‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 79 sur 95 · Meimmifères · texte numérisé non relu

Meimmifères

Comme les tubercul es olfactifs du cerveau sont très-gros { § 125 ) dans cette clas se , de même aussi l’organe de l’odorat se fait remarquer par les sinuosités extrêmement nombreuses de l’os ethmoïde, qu’on rencontre ici pour la première

(r ) Loc. cit. pa g, 82 .

(2) Loc. cit. pag. 84. — Vo yez anssi,{K)url;ipftrfectIon en général tlusens 'de l’onïe cliezles Oiseauï ï.'5tAr.r.Eii , TJcment.. ithysxoL tom. V, pag. loB.

434 TRAITÉ d’akATOMIE COMPAREE.

fois , et par une conformation plus parfaite du nez. Cependant il ne manque pas non plus d’états de choses servant de transition à ceux qu’on rencontre dans les classes précédentes.

Ainsi , par exemple , l’OrnithorUynque se rapproche des Oiseaux , sous le ppipt de vue de la situation de son organe olfactif {l) j mais on peut aussi le comparer , jusqu’à un certain point, aux Reptiles sous ce rapport, puisque les deux narines sont de petites ouvertures simples et rondes , auxquelles correspondent intérieurement deux ouvertures à la voûte palatine , qu’on doit considérer comme les conduits de Stenson , et en même temps , à cause des nombreux nerfs qui s’y rendent , comme les organes de Jacobson ( § 403). Les étroites fosses nasales sont , à feur origine , partagées par deux valvules menibraneuses en trois conduits , dont celui du milieu représente le conjduit nasal proprement dit , qui est très-long', et qui se termine en arrière , dans le voisinage de la inouibrane du tympan , par 1,’ouverture nasale postérieure (2). L’él;roitesse de la lame cribleuse , qui ne ressemble guère à un crible , peut encore être citée comme une analogie de plus avec les Oiseaux. Cette lame est , au contraire , très-grande dans l’Échidaé , d’après Blainville (3).

Une autre transition est marquée par la réapparition des prolongemens du nez en manière de trompe , comme chez certains Ghélonions , mais avec une beaucoup plus grande perfection. La conformation même des cavités nasales chez les Cétacés , où elles deviennent de simples conduits aquifè-

(1) Un fait extrêmement remarquable , c’est qu’au dire de Home ( Philos. Trans. 1802 ), la cloison nasale de l’Échidné est percée d’une fissure , absolument comme elle l’est chez un grand nombre de Palmipèdes et d’Échassiers(§4i7).

(2) Mf.ckeii, Orniihorhynchi paradoxi descrïptio anatomica é-®, pl. VIII , fig. vri et xji , 12.

(3) Loc, çit. pag. 3oi.

ORGANES BES SENS

res , rappelle les trous temporaux des Raies et des Squales, dont nous parlerons en traitant de l’organe auditif , et par lesquels l’eau peut également être rejetée.

Déjà , en effet ' lorsqu’il a été question du squelette de la tête , nous avons signalé la situation insolite des narines dans les Dauphins et les Baleines , et nous avons fait remarquer que les fosses nasales sont dirigées perpendiculairement de haut en bas , au lieu de se porter d^ avant en arrière , en suivant , comme de coutume , une direction horizontale. Ces fosses ne sont plus tapissées par la membrane muqueuse et molle qu’on a l’habitude de trouver, mais par une autre membrane sèche , fibreuse , recevant peu de nerfs et de vaisseaux sanguins , ce qui , joint à l’absence ou à la petitesse extrême des nerfs olfactifs (§ 12S ) , annonce que le sens dé l’odorat n’existe réellement point chez ces animaux (1). Les arrière-narines s’ouvrent dans un espace converti par le voile du palais en une bourse dont le tissu charnu peut refouler vers les fosses nasales l’eau qui y remonte du pharynx. De même aussi les fosses nasales s’ouvrent à l’extérieur dans une poche membraneuse , çà et là cartilagineuse , couverte d’expansions musculaires , et revêtue d’une membrane noirâtre. Cette seconde poche repose sur la concavité externe du crâne { pL xviu , fig. VI , a ) , et elle est partagée ordinairement en deux loges. Elle offre une ouverture simple ou double , presque toujours transversalement sémilunaire et entourée d’une sorte de rebord cartilagineux. Elle a pour usage de rejeter l’eau au dehors, par l’action de ses muscles propres , et pendant que ceux-ci se contractent, une valvule, dont Cuvier a

(i) Rndolphi ( Physiologie , tom. Il, pag. io6) dit bien, qn’aa rapport d’Anderson et de Lacépède , il y a des faits attestant l’existence du sens de l’odorat chez !es Baleines , et que les poches intérieures des évents pourraient remplir l’office d’organeS de ce sens , puisqu’elles reçoivent des nerfs de la cinquième paire ; mais je n’en regarde pas moins les défauts que j’ai signalés comme trop importans pour permettre d’adopter cette hypothèse.

436 trA-txé d’anatomie comparée.

donné la figure (1) , bouche l’orifice des fosses nasales (2).

A cette organisation remarquable des Cétacés se rattache la conformation du nez de quelques Phoques, quoique le sens de l’odorat soit ici très-développé , et que , suivant la remarque déjà faite par Rapp (3) , l’état de choses dont nous allons parler doive être considéré plutôt comme une répétition de ce qu’on observe à certains égards chez les Crocodiles (§ 415). En effet , chez le mâle adulte du Phoque à capuchon ( Cystophora borealis) , l’espace compris entre l’ouverture extérieure du conduit osseux des fosses nasales et les narines extérieures , pourvues elles-mêmes de valvules musculeuses particulières , est dilaté en un grand sac musculomembraneux , coupé en deux par un prolongement de la cloison du riez , et tapissé par une membrane qui se continue avec celle des fosses nasales. Ici également cette dilatation des fosses nasales ne sert point à l’odorat, mais paraît être un réservoir d’air utile à l’animal quand il plonge. Du reste , la remarque déjà faite plus haut (§418) explique pourquoi on ne la rencontre que chez les mâles.

Le Phoque à trompe ( Phoea prohoscidea ) offre un prolongement analogue des fosses nasales , mais qui a la forme d’une trompe.

A l’égard de l’organe olfactif des Mammifères , sa structure se déduit déjà en partie des détails dans lesquels je suis entré au sujet de l’os ethmoïde , des cornets du nez et des fosses nasales , en traitant du squelette de la tête. En général, donc , lés contours multipliés des cellules ethmoïdales et des cornets , ainsi que l’ampleur des sinus frontaux , maxillaires

(1) 'Leçons d’ anatomie comparée , tom. "V, pl. xxxi, fig. z.

(2) La hantear cln jet d’eau lancé par les Baleines s’étend , dit-on , à près de quarante pieds. On peut voir d’ailleurs une très-belle figure de la disposition des fosses nasales du Dauphin dans mes Tahidœ illustrantes , cah. IV,pl.vii, fig. IV.

(3) MECSEn’s ArchiVf 1829, pag, 286.

organes des sens. 437

et sphénoïdaux (1) , exigent que la membrane sensible sur laquelle s’épanouissent les filets des nerfs olfactifs et ceux de la cinquième paire , ait une étendue extraordinaire chez les Mammifères. Les calculs de Harwood (2) sur les dimensions de celle qui tapisse les fosses nasales du Phoque , pourront mieux que tout autre chose donner des idées exactes à cet égard. Après avoir fait remarquer que, chez les animaux herbivores ( auxquels il faudrait cependant adjoindre aussi le Cochon ) , les cornets nasaux sont plus roulés , simples , mais parfois aussi réticulés , tandis que, chez les Carnivores , les lames de l’ethmoïde et des cornets se ramifient généralement bien davantage , Harwood calcule que , chez le Phoque , en raison de la division extraordinaire de ces lames osseuses, la membrane muqueuse de chacune des deux fosses nasales doit avoir une étendue de cent vingt pouces carrés , de sorte que la surface sensible acquiert nécessairement des dimensions énormes chez cet animal.

Cependant les Tatous sont , d’après Blainville (3), ceux de tous les Mammifères chez lesquels les masses latérales de l’ethmoïde ont le plus de capacité.

Ces dispositions, jointes au volume et à la caité des tubercules olfactifs (. § 125 ) du cerveau , expliquent jusqu’à un certain point la perfection extraordinaire du sens de l’odorat chez beaucoup de Mammifères.

Au reste , il est remarquable que , chez les Singes , où nous recommençons à trouver un nerf olfactif médullaire et filiforme , non-seulement l’os ethmoïde perd de son volume , mais encore les fosses nasales deviennent bien plus petites, tandis que les orbites grandissent et se rapprochent, caractères à par rapport auxquels les Singes difîerent beaucoup des

(i) Les sinus spLénoïdaux et maxillaires ne sont pas toujours proportionnés aux frontaux ; cependant ils ont , comme ces derniers, des dimensions considérables dans les Éléphans et les Rnminans.

(2) System on comparative anatomy, pag. 20.

(3j Principes anatomie comparée , pag. 293.

4^8 traité d’anatomie comparée.

Makis , qui leur ressemblent d’ailleurs à tant d’autres égards, mais qui , au lieu de nerfs olfactifs libres , ont des tubercules olfactifs.

J’ai déjà dit(§ 397 ) que le nez acquiert une grande mobilité chez la plupart des Mammifères (1) , et que par là il semble non-seulement contribuer à rendre les impressions olfactives plus faciles à saisir , mais encore devenir un excellent organe de toucher et de préhension. C’est ici le lieu d’examiner plus en détail cette organisation.

Le nez le plus développé qu’on connaisse est celui de l’Ér léphant , dont la trompe se compose de deux longs tuyaux cylindriques , partant de l’ouverture antérieure des fosses nasales. Ces tubes se rétrécissent à la région de l’intermàchoire , ce qui empêche l’eau pompée par la trompe de pénétrer dans les cavités nasales ; ils offrent ensuite une dilatation , puis se resserrent de nouveau à l’endroit où ils s’ouvrent dans les narines osseuses , et où ils sont couverts par un cartilage nasal ovale. Leur membrane interne ressemble à peu près à celle du Dauphin , avec les évents duquel la trompe de l’Eléphant peut d’ailleurs être comparée sous plusieurs rapports. Cuvier l’a trouvée sèche et peu propre à l’exercice du sens de l’odorat. A l’extérieur , les tubes sont entourés d’une multitude de faisceaux musculaires , les uns longitudinaux , les autres rayonnant vers la peau et servant à comprimer les premiers , quelques uns enfin , mais en moins grand nombre , circulaires. Cependant il faut distinguer dé ces muscles, propres à la trompe , ceux qui servent à mouvoir l’organe en entier. Ces derniers sont comparables aux mus-

(i) Un fait très-rem arqn aLIe , c’est l’occlasion complète de la fente des narines chez les Mammifères amphibies , pendant qu’ils plongent. J’ai pu m’en convaincre sur un Phoca monachus vivant. Dans le Morse , les narines, également susceptibles de se fermer, ont la forme de deux ) (.

Or.GÀHES DES SENS.

des dè la quelle (1). On les distiri^üe eii eiévâtéürs'èt àiijiisseurs supérieurs ët latéraux , qui iiaissent du frotit, ^ës os propres du nez , et des cartilages ; tant de l’os iiiàxiilâire supérieur que de rihtérmaiiîlaire. tuv - -

Chez d’autres Mammifères pouHîis d’iiiiè tëoîïi|5e" plils courte , tels qüë le Tapir , lè fco'pÜh , là Taupe / été. / les prolongemens des fosses nasâlef sqht'partàg'és ëh '(feux toiiduitspar une cloison cartilagîhëüsë', "^lii S’ossfflëménië (|üelquefois. Plusieurs muscles fixés .à la mâchoire supérieure par des tendons, les mettent eh mbhyénfënt tpi. iviii, %. xx , b , c , d, e ). Dans le genre CdndyiuPé. qüî sé rapphhchëbë coup de la Taupe , l’èxtréMtë de Ta trôhiph èst ëirtoüréë dé lamelles particulières , d’uhë teinté’ hBhgèâtrë , qui ; paé delà qu elles sont très-mObiles ; àppâftiennént vràihé'rhblâflîenïèht moins au sens de l’odorat qu’à celui du toucher.

Le nez des Riimihans èt deâ Shfîpeflës é'st êh grande partie membraneux ; on n’y trohyé Hh càTrtilag’és-qu’àu bout et sur les côtés. Des muscles cutanés fiàFtîcnîièrS le mettent eh mouvement. Celui des Carnivores ; dés RoSgeiirs et dëà Singes se rapproche déjà dâvantàgë de cefiti dé flibriime , par la forme de ses cartilages. ' '

La structure singhliète du nez de pltiâfëurs 'diëirbptères mérite que nous nous y arrêtions un peu. Le né£ des Chéiroptères anistibphores ( Késpërtilw j n’bffre rien de

bien remarquable , si ce n est la iâi^ëur dèS nàrinès. Blais celui des Istiophbres( Phylloètoma , Rkm6lop%us ■ MoVossm) offre des fosses nasales petites èt très-courtès ; avec des cornets peu divisés j et une lamé cribleuse presque sîfiipîehient perforée , de sorte que cë peü de dévèîbppèriiëhf Ôe l’intérieur du nez devient en quelque sorte la conditibh bh la cause de celui qu’acquiert l’extérieur de l’organe. En effet , le cartilage

(i) La trompe , comme membrè terminal impair de là tête, correspond exactement aa membre terminal également impair du bassjn , la queue.

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