‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 91 sur 95 · mollusques · texte numérisé non relu

mollusques

A l’inverse de ce qui a lieu dans la classe précédente , cè sont ici les ordres inférieurs qui manquent d’yeux ; ce n’est que chez les Gastéropodes , les Ptéropodes et les Céphalopodes , qu’on en trouve qui sont tantôt plus ou tantôt moins parfaits. Mais il n’y en a jamais ni plus ni moins de deux, un de chaque côté , dont les nerfs optiques ne se croisent jamais.

La position des yeux varie beaucoup. Chez les Céphalopodes , ils occupent la tête , sur les côtés de laquelle ils sont placés avec symétrie , un peu en arrière , et dans les enfoncémens du cartilage céphalique. Dans les genres Pferotrachœa fil Aplysia, de même que chez les Rotifères , on les aperçoit à la nuque , de chaque côté. Ailleurs , et la plupart du témps, ils tiennent aux tentacules , dont ils occupent tantôt la base {Fhysa, Cyprœa , Buccinum), tantôt la partie latérale ( Gèrithium) , OU le sommet ( -Heîia; , lÀmaæ ^ Turbo).

La structure des yeux , dans les Gastéropodes, est simple, comparativement à ce qu’on observe chez les animaux supérieurs ; cependant les parties essentielles sont développées d’une manière assez sensible. Il est vrai que presque toujours on a confondu jusqu’ici le nerf optique avec le nerf du tentacule, mais dans X Hélix pomatia, il n’est qu’accollé à ce dernier , sous la forme d’un filet très-délié (1) , et il se plonge ensuite dans la base du bulbe oculaire , qui contient un cristallin, avec un épiderme enduit de pigment noir. Au devant du cristallin se trouve une portion transparente de la peau extérieure , que l’on peut considérer comme conjonctive (2). Swammerdam avait cru distinguer aussi une humeur aqueuse

(1) J. Mnller l’a démontre {^Annaî. des sc, naturelles , vol. XXII).

(2) Sliebel, dans Meceel’s Archiv, tom. V,cah. II, pag. 265.

et une humeur vitrée (3). J’ai déjà fait connaître , en traitant des organes du toucher ( § 387 ) , la manière dont cet œil , quand il occupe le sommet du tentacule, est embrassé par le tube musculeux de ce dernier , qui l’entraîne en se renversant sur lui-même.

Les yeux des Seiches , des Poulpes et des Calmars sont d’une grosseur énorme , proportionnellement à la tête j car , pris ensemble , ils font près des deux tiers de la masse de cette dernière. La sclérotique elle-même] et deux petits muscles les fixent à l’endroit indiqué dans le paragraphe précédent. Le bulbe oculaire est un péu comprimé dé dehors en dedans. On ne trouve pas de paupières chez la Seiche ordinaire , dont l’œil est couvert par un prolongement des tégumens communs tenant lieu à la fois de conjonctive et de cornée transparente. Je n’en ai été que plus frappé de rencontrer , chez le Poulpe , certaines duplicatures de la peau extérieure , qui formaient évidemment des paupières , l’une postérieure, plus grande (et non pas supérieure), l’autrè antérieure , plus petite , dans lesquèlles il était impossible dè méconnaître , tant sous le rapport de la structure que sous celui delà situation , une ressemblance frappante avec la troisième paupière , également antérieure , dés Oiseaux et des Mammifères , ou avec le repli sémilunaire de la conjonctivè humaine. Des fibres musculaires existent même dans celui dé ces plis demi-circulaires qui est situé en îœrière , de sorte qu’il ne semble pas impossible que l’animal meuvè cette sorte de paupière.

D’après mes observations , la sclérotique se partage en arrière , tant dans le Poulpe que dans la Seiche , en deux feuillets , qui renferment le gros renflement du nerf optique , et dont l’externe contient une petite plaque cartilagineuse chez la Seiche (pl. iv, fig. xv-, e). En devant, lâ sclérotique devient plus molle; elle change de couleur vers son bord

(3) JBibelder Natur^ pag. 45-48 , pl, ir.

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libre , devient d’un jaune rougeâtre dans la Seiche , acquiert un brillant argentin , et , remplaçant en quelque sorte l’iris , produit ainsi la pupille, qui est réniforme dans la Seiche (pl. IV, fig. XII , a) et ronde chez le Poulpe. La choroïde est délicate , rougeâtre et nacrée. Elle se réfléchit en avant; prenant alors l’aspect d’une membrane plus épaisse , circulaire, enduite d’un pigment de couleur pourpre foncé , et munie de fibres concentriques ( pl. xiv , c) , qui est l’analogue des procès ciliaires de l’homme , elle se dirige vers le cristallin arrondi et assez volumineux ( fig. xm ) , sur la circonférence duquel règne un sillon qui la reçoit.

Le nerf optique , après avoir traversé le feuillet externe de la sclérotique, produit un renflement considérable (fig. XXI, a), plus volumineux que le ganglion cérébral, d’où partent d’innombrables filets , qui , dans la Seiche , forment une bande longue d’environ neuf lignes , sur deux de large ( fig. xv , a). Ces filets percent le feuillet interne de la sclérotique et la choroïde , pour donner naissance à la rétine. Celle-ci a cela de particulier, quelle porte un pigment pourpre foncé et peu adhérent sur les fibres saillantes qu’elle offre à sa face interne , du côté du corps vitré.

Il est difficile de démontrer l’existence de l’humeur aqueuse. Mais toute la capacité intérieure de l’œil est occupée par une humeur vitrée , liquide et visqueuse , que renferme une membrane très-délicate.

On peut donc dire , au total , que l’œil des Céphalopodes est déjà très-parfait.

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