Animaux articulés
On n’aperçoit pas la moindre trace d’yeux dans les Enthelminthes. Les Cercaires , qui , d’ailleurs, peuvent, en partie , vivre librement , sont les seuls chez lesquels Baer (1) ait vu les indices de deux yeux.
(i) Nom act. nat, çtir. loin. XJII , P. ir , pag. 637.
ÔRGÀNES Ï)ES SENS. 4^ y
Mais il est déjà fréquent de rencontrer ces organes dans la classe des Annélides. Ainsi on les trouve chez les Naïs , les Néréides , les Aphrodites , les Sangsues. Ils sont même souvent en nombre considérable , car la Sangsue ordinaire en a dix, disposés en fer à cheval au dessus de l’orifice de la bouche , et qui s’aperçoivent surtout très-bien chez les jeunes sujets , parce qu’ils font saillie à la surface du corps, comme autant de verrues d’une couleur foncée.
Tous les Neusticopodes , si l’on excepte quelques bernées , ont un , deux ou trois yeux. Mais , d’après la découverte de Nordmann (1) , les bernées offrent un nouvel exemple de la disposition que nous avons signalée en parlant des Rotifères ; car la Lernœocera cyprinacea , tant qu’elle est à l’état de larve , possède un bel œil rouge , dont toute trace a disparu chez l’animal parfait.
Du reste , c’est dans cette série du règne animal qu’on commence à rencontrer pour la première fois les yeux composés, ou à facettes, que nous décrirons à l’occasion de l’ordre suivant. Mes observations m’ont appris qu’il existe, chez XApus cancriformis , deux gros yeux dont la cornée se partage en im grand nombre de facettes hexagones , et un autre œil médian, arrondi , plus gros , dont la cornée paraît finement grenue quand on l’examine au microscope, be Lirmulus polyphemus porte également, des deux côtés de son bouclier céphalo-thoraci(^ue, de gros yeux à facettes , qui sont réniformes.
Tous les Décapodes ont deux yeux composés , reposant sur des pédoncules particuliers , mobiles et quelquefois assez longs, ce qui est, jusqu’à un certain point, une répétition des yeux du bimaçon portés par les grandes cornes de l’animal. C’est aux travaux surtout de J. Muller (2) que nous de-
{i) Micrographische Beürcege zur Naturgeschichte der Wirbeüosenthiere . Berlin, i83a , in»4 , fig. col., cah. II, pag. 127.
la) Zur foerghxch^nden Physiologie des GesichUsinnes ^ pag. 337.
47^ TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
vons de bien connaître la structure des yeux à facettes , et
voici quelles sont les particularités les plus importantes qu’ils
présentent.
j:.e perf optique des Crustacés pénètre dans l’œil par Je pédoncule cylindrique calcaire ( pl, vi, %, xiil,a ) , ©t s’y renfle , comme chez les Seiches , en un ganglion considérable r De lia face externe et convexe de ce renflement partent en rayonnant une multitude de fibres nerveuses déi liées , qui vont gagner la surface de l’œil , et dont les interstices sont remplis d’mi pigment vasculaire de couleur foncée. Ce pigment est d’un bleu violet dans l’Écrevisse , et l’on y distingue trois couches concentriques ( fig. xiii , d y b , c ). Les fibres du nerf optique cessent au voisinage de la surface dé l’œil , terminaison qui doit être considérée comifle tenant lieu de la rétine , et à l’extrémité de chacune d’elles se trOuveun corps pyramidal transparent, dont le sommet est tourné vers le nerf et la base vers la cornée. Ces pyramides remplacent le, corps vitré , et sont également entourées de pigment. Vient enfin la cornée elle-même, qui tient lieu de cristallin, de cornée transparente et de conjonctive , et qui offre des facettes ( carrées dans l’Écrevisse ) , dont chacune correspond à une pyramide du corps vitré et à une fibre du nerf optique. Dans le Homard , on peut compter jusqu’à 2,500 facettes sur uif seul œil.
La conformation des yeux varie beaucoup chez les Isopadesl Le Jule n’en a que deux , composés de cinquante à soixante facettes. La Scolopendre en a un gros placé en travers , et vingt-trois petits qui sont simples (1).
Les yeux paraissent quelquefois manquer tout-à-fait chez les Acarides. Certains de ces animaux ( Bdella }, en ont quatre petits et simples , d’autres {Smaris) deux égalemeüt simples.
Les yeux sont pédonculés dans quelques Trombidies.
(i) TaÊVîRASüâj f'emischte Schrifien, tom. II, pag. 40*
ORGANES DES SENS
Les Arachnides n’ont que des yeux simples ( yeux lisses , ocelles , stemmates ) , mais parfois très-développés à Tiutérieur.
Yoici quelle est la structure des deux gros d’entre ceux du Scorpion d’Afrique , d’après J. Muller (1). Au dessous de^ la cornée se trouve un cristallin globuleux , qui conserve sa transparence même dans l’alcool. Vient ensuite un gros corps vitré, de forme à peu près hémisphérique , dont un pigment de couleur foncée recouvre la face piano-concave antérieure/ ri ce n’est à la partie moyenne , et qu’entoure en arrière la rétine , expansion en forme de godet du nerf optique , aulour de laquelle se trouve également un dépôt de pigment.
Indépendamment de ces deux gros yeux , les Scorpions en ont six à dix autres, plus petits et simples.
Le nombre et la situation des yeux varient aussi tellement dans les Araignées, que l’on en tire des éaraeteres pour la distinction des genres entre eux. Ceux desgrandes espèces , par exemple de l’Araignée aviculaire , que leur volume rend accessibles aux recherches , sont essentiellement construits comme les gros yeux des Scorpions ( pl. vu , jSg. 6 ).
Dans , les Hexapodes stptërès , on ne retrouve plus généra-^i lenaent que deux yeux composés. Treviranus pense que les yeux de laÆorbicine (£episma -) sont simples (2) / mais J. Muller fS) les déclare à facettes, ce qui s’accordé avec mes propres observations , et il en a trouvé de plus trois autres qui sontrimples. *
Quant aux Hexapodes ailés, GU auX /«srefés proprement dits , les plus parfaits d’entre eux , les Coléoptères , n’ont que deux yeux composés. Indépendamment de ceux-là, qu’on re^ trouve dans les autres ordres , chez tous les Insectes pourvus
(l) lec. cit. , pag. 3i6.
(a) Zoc. ciV. , pag. 12.
(3) Loct cit., pag. 3a6.
48o TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
du sens de la vue , il y a encore des yeux simples , la plupart du temps au nombre de trois.
Du reste, les larves des Insectes répètent fort souvent les formes inférieures , même en ce qui concerne les yeux ; car celles, par exemple , de la plupart des Coléoptères et Hyménoptères , n’ont pas d’yeux du tout , tandis que celles de presque tous les genres contenus dans les autres ordres n’en ont que de simples. Ainsi on trouve six à huit stemmates dans les Chenilles. Il n’y a que fort peu de larves qui aient de très-gros yeux, même des yeux à facettes ; telles sont celles des Orthoptères , qui subissent ime métamorphose incomplète , celles des Microptères , dans l’ordre des Coléoptères , et celles de quelques Diptères, par exemple des Cov&m&^Culex pipiens).
Enfin, il est fort remarquable qu’ontrouve aussi des espèces privées d’yeux parmi les Insectes parfaits. Tels sont les Claviger , une Branla , qui vit en pai’asite sur les Abeilles , et les neutres de quelques Fourmis (1).
La première chose à signaler dans les yeux composés des Insectes , c’est leur volume considérable. Marcel de Serres nous a donné à ce sujet des tables détaillées, d’après lesquelles on voit que , chez quelques uns de ces animaux {Anthrax maura, Musca vomitoria) , le volume du corps est à celui des yeux dans la proportion d’un à quati*e , mais que la proportion ordinaire est de six , huit , dix ou seize à un , et que jamais le volume des yeux ne descend au dessous d’un à soixante-et-un {Phasma rossia ).
Les facettes sont toujours hexagones. Le nombre en est souvent énorme. Il y en a 25,088 dans la Mordella , 11,300 dans la Phalœna cossus ; mais on n’en compte que 1,300 dans le Sphinx convohuli , et 50 seulement dans les Fourmis.
Du reste , la structure des yeux ne diffère pas de celle qui a été décrite plus haut (§456). J’ai représenté (pl. vu, figXLiv)
(i) PiUDOt.i'Hi , Grundriss der Physiologie, tomi II » pag. i50.
OU&ANES DES SENS
un lambeau de cornée transparente , en a; et en h, l’idéal de ’ la coupe transversale d’un œil composé ; a est le renflement nerveux , h les fibres nerveuses entourées de pigment , et v les corps vitrés placés derrière la cornée. Le pigment est parsemé ici d’une innombrable quantité de petites trachées , dont le tissu forme là une sorte de choroïde. Les couleurs de ce pigment sont aussi extrêmement variées , plus vives en dehors , plus foncées en dedans; il est d’un rouge clair dans les Mantides , doré dans les Chrysops, pourpré dans la Mouche do mestique , violet dans la Blatte orientale , bleu noirâtre dans les Abeilles, les Papillons , etc. (1).
Enfin , je dois signaler aussi , comme un fait très-intéressant, l’existence d’un rudiment de pupille , qu’on aperçoit sur les yeux composés dont le pigment extérieur est de Côùletir claire , comme , par exemple , dans les Locustes , les Libellules et beaucoup de Lépidoptères. Mais, depuis que Muller nous a fait mieux connaître les cônes transparens du corps vitré , nous savons qu’il faut attribuer ce phénomène à ce que, quand notre axe visuel tombe sur l’œil composé conique, nos regards plongent à travers les cônes du corps vitré jusque dans la partie interne de l’œil entourée de pigment d’une teinte foncée , tandis qu’ autour de ce point il tombe sur les couches de pigment plus claires qui entourent les cônes.
A l’égard des yeux lisses des Insectes, Muller (2) leur assigne également la même conformation essentielle qu’à ceux des Scorpions et des Araignées. Ils sont composés d’une cornée , d’un cristallin , tantôt globuleux, tantôt oblbng, qui conserve sa transparence même dans l’alcool , d’une choroïde externe , avec un pigment qui a ordinairement la couleur du pigment extérieur des yeux composés , d’un corps vitré et d’un filet nerveux ; ce dernier naît du ganglion cérébral , au même point que Celui des autres yeux simples , ou bien il se
(1) MuiLER, Lpc. de, pag. 354*
(2) Ibid. pag. 33i.
48t>- traité d’anatomie comparée.
réunit avec eux pour former un nerf unique. Ce dernier cas a lieu , d’après Marcel de Serres , dahs les yeux lisses des Chenilles , à la place desquels se développent plus tard des yeux composés. ^