‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 93 sur 95 · S’oissons · texte numérisé non relu

S’oissons

L’œil des Poissons ressemble parfaitement à celui des Seiches , analogie qui se prononce surtout eu égard au volume , à la situation et à la forme des globes oculaires , comme aussi pour ce qui concerne la forme du cristallin , la proportion des humeurs , etc.

Les Poissons ont , en général , de très-gros yeux. Il n’y.a que les espèces vermiformes , comme les Anguilles , les Lamproies , les Gastrobranches , qui les aient petits (1). Ces organes reposent ordinairement sur un coussinet de graisse ;à demi-liquide , des deux côtés de la tête ; plus rarement ils se dirigent en arrière ou en haut, par exemple chez ruranoscope. Ce qu’il y a de plus rare , c’est de les trouver tous deux du même côté , comme dans les Pleuronectes (§ 186).

La forme de l’œil des Poissons est presque toujours, arrondie en arrière et aplatie en devant (pl. ix , fig. xv). Les Poissons à petits yeux , mais surtout le Blennius viviparm , suivant Cuvier , et plusieurs Cartilagineux , d’après Rosenthal (2) , font exception à cette règle.

On pourra juger de la forme des orbites d’après, la description du crâne et d’après les figures (pl. viii, fig. v et

(r).Le Gastrohranchus cœciis serait même privé d’yettx , sejon Bloch. Mais il est probablement dans le même cas que la Murœna ccecq et le Si'ùrus cœcutiem. Chez ce dernier , E-udolphi a trouvé l’œil de la grosseur .d’un grain de millet et tout-à-fait caché sous la peau. Cependant Blainville n’a pu découvrir d’yeux dans la Myxîne, avec quelque soin qu’il la disséquât {^Principes d’anatomie comparée, tom. I, pag. 428).

(2) Voyez son Mémoire sur l’œil dès Poissons, dans- REit’s Archiv, tom. X, pag. SqS.

ORGANES DES SENS

fig. XII). L’œil y est fixé, dans les Poissons osseux, par six muscles assez courts , dont quatre droits et deux obliques (1). Mais , dans les Raies et les Squales , il l’est en outre par un pédicule cartilagineux implanté sur le globe et au fond de l’orbite, qui rappelle le pédicule oculaire des Crustacés (§ 436).

Chez les Poissons aussi la peau se continue sur l’œil , et parfois elle change si peu de nature en couvrant cet organe, qu’elle le soustrait entièrement à la vue, et que l’animal doit être presque insensible à.la lumière. C’est le cas du Gastrobranche et de la Muræna cæca. Dans plusieurs Poissons , notamment” l’ Anguille commune , on parvient aisément à détacher la peau du globe de l’œil , et alors la portion correspondante à la conjonctive se montre sous la forme d’une tache -claire et transparente. Quand la conjonctive se distingue si peu des tégumens communs, on ne trouve non plus aucun vestige de paupières , de même que chez la Seiche. Dans beaucoup d’autres Poissons , au contraire , où l’œil est plus gros et la conjonctive plus fine , outre un petit bourrelet qui entoure l’œil entier , on aperçoit encore , dans l’angle postérieur , mais surtout dans l’antérieur , un repli semi-lunaire, semblable à celui que j’ai signalé chez le Poulpe .(§ 454), mais qui est sans mouvement, et qui couvre peu l’œil. Cuvier a trouvé , dans le Poisson* Lune [ Tetrodon mola)^ une véritable paupière oirculaife , susceptible de se fermer à l’aide d’un sphincter , et pouvant être ouverte par cinq muscles rayonnés. , .

Les Poissons paraissent être encore dépourvus de glandes lacrymales, comme le sont les animaux des classes inférieures.

La membrane extérieure du globe de l’œil est dure , élastique et de nature aponévrotique. Elle embrasse un ou plusieurs

(i) La Corjphcena equiselis a quatre muscles obliques et deux droits, suivant Albers.

4^4 traité d’anatomie comparée.

disques cartilagineux , tantôt plus et tantôt moins grands, disposition dont j’ai trouvé l’analogue dans la Seiche (§ 454). Il n’est point rare que ces plaques s’ossifient sur plusieurs points, à leur partie antérieure. Dans la Carpe , le disque cartilagineux est mince , et il ne s’étend en arrière que jusqu’ un peu au-delà du milieu du globe oculaire. Mais , dans l’Esturgeon , il est extrêmement épais , égale la sclérotique en étendue , et ne laisse qu’une ouverture en arrière pour l’entrée du nerf optique (pl. ix, fig. xxiii, c'). Divers anatomistes ont rencontré les ossifications dont je viens de parler dans l’Espadon [Xiphias gladius) , la Baudroie [Lophius piscatorius), le Cyprinus aspia et la Corypliæna equiselis ; elles formaient • tantôt une seule pièce , comme dans les premiers genres , tantôt trois plaques distinctes , comme dans les derniers , et tantôt enfin deux osselets demi-circulaires , insérés au bord du cartilage , comme dans l'Esturgeon.

La cornée transparente est ordinairement plan-convexe à l’extérieur; mais Rosenthal a reconnu qu’en dedans sa forme se moule sur celle du cristallin , et quelle y est un peu plus concave (1). Elle se compose de trois feuillets membraneux. Le Brochet montre très-clairement quelle a plus d’épaisseur à la circonférence et qu elle s’amincit vers sa partie moyenne. En général , l’immersion dans l’alcool la ternit moins que celle de l’homme (2). Dans le Cobitis anableps , elle est formée , d’après Sœmmerring , de deux hémisphères transversaux , entre lesquels se trouve un ligament déliée quoique d’ailleurs sa courbure reste simple ; à cette division en correspond une de la pupille , produite par un prolôngement dd l’iris , qui n’est point encore touLà-fait fermé chez les jeunes individus ; de là résultent deux pupilles , l’une supérieure plus grande , et l’autre inférieure plus petite. Une chose remarquable, c’est

(1) Reii.'s Archiv, tom. X, p.ig. 898.

(2) Dans le Brochet, on trouve, derrière la cornée, une membrane mu* quense paiTicuiière d’un jaune vif, qui est la cause de la couleur verie de la pupille de ce Poisson,

ORGANES DES SENS

qu’ici cette division de l’œil en deux moitiés est même indiquée par deux prolongemens falciformes de la choroïde qui s’avancent dans la rétine , et par un étranglement du cristallin qui donne presque la forme d’une poire à ce corps (1).

Il est très-facile de distinguer trois feuillets dans la choroïde des Poissons. L’externe a le brillant de l’argent et est assez ferme; arrivé au bord antérieur de la sclérotique , à laquelle il adhère peu d’ailleurs, il se réfléchit vers l’axe du globe oculaire ; mais , une fois parvenu au bord de la pupille , il subit une nouvelle inflexion de dedans en dehors , qui est très-prononcée, au moins chez la Carpe, et forme ainsi l’étroit iris , à reflets également argentins ou dorés , qui s’accole ensuite au bourrelet dont la cornée est bordée en dehors. Le feuillet le plus intérieur de la choroïde ( membrane de Ruysch ) est noirâtre , mou et couvert de pigment noir à sa face interne ; cependant je le trouve pourpre dans le Brochet , de même que dans la Seiche. Il se courbe avec l’autre en dedans , pour se réfléchir dans l’intérieur , quand il est arrivé au bord de la pupille, et former ainsi l’uvée (pl. ix , fig. xxii, e, b). Entre ces deux membranes, on trouve, tout autour du nerf optique , une masse rougeâtre , presque glanduleuse (glande choroïdienne) , qui, suivant les uns (2) , sert à la sécrétion du mucus noirâtre répandu à la face interne de la ruyschienne , selon d’autres (3) , constitue une sorte de réseau admirable (§ 123) , et, suivant d’autres encore (4) , fait l’office d’un muscle. Cette masse est surtout très-apparente dans la Carpe (fig, xxii , g) , où elle a une couleur rouge intense , et entoure presque circulairement le nerf optique. De son bord externe part une troisième chO’

(1) De oculorttm hominis animaliumque sectione Jiorizontaîi. Gcettingne , i8i8 , in-fol., fig., pag. 68.

(2) E.0SEHTHA1:, , loc. cit. pag. 4oO'

(3) A1.BEKS, dans Gcetting. Anz. 1806 , pag. 687.

(4) Haller , EUm, physiologies , V. 864 et 5 16.

486 TRAITÉ d’anatomie comparée.

roïde Ynojenïie {membra7ia vasculosa Halleri) , qui s’étend

sur la ruyschienne.

D’après les recherches très-exactes , mais encore médites, de Ritterich, cet organe est essentiellement un foyer des veines choroïdiennes , par conséquent un appareil jusqu’à un certain point analogue au foie , et l’on pourrait dire qu’il joue , par rapport aux branches de ces veines , le même rôle que le renflement terminal du nerf optique de la Seiche à l’égard des fibres de la rétine. Blainville lui a donné le nom très-convenable de ganglion vasculaire choroïdien.

Les Raies et les Squales sont privés de cet organe , et leur choroïde ne se divise pas aussi évidemment en plusieurs feuillets. Du reste , la choroïde nacrée de la Raie perce , au fond de l’œil , à travers la membrane ruyschienne , et comme cet effet ne tient qu’à ce qu’il n’y a point de pigment noir sur ce point, nous pouvons y voir le premier vestige de ce qu’on appelle le tapis chez un grand nombre de Mammifères. Dans plusiem's Squales {Squalus galeus, catulus, gîaucus , acanthias ) , la choroïde est entièrement argentine , à l’exception d’un petit point de son étendue. Elle a une couleur nacrée chez l’Esturgeon.

L’iris des Poissons est étroit , lisse et tout-à-fait immobile. Lacépède parle cependant d’espèces chez lesquelles il peut se contracter en une fente verticale. Il jouit d’un vif éclat métallique. Une chose digne de remarque, c’est qu’Ehrenberg(l) a rencontré , tant ici que sur le feuillet externe également nacré de la choroïde , des cristaux aciculaires déliés , qui ne contiennent pas de chaux et consistent uniquement en une matière animale particulière. Ceux de l’œil de la Carpe nous offrent la plus belle couleur nacrée.

La pupille est ordinairement ronde et grande. Dans les Raies seulement , d’après Cuvier , son bord supérieur se pro-

(i) Dans Poggendgrff’s Annalen,Xom. XXVIII, cab. III, pag. 469.

QTvGAMES des sens.

longe en plusieurs lanières éu^oites , disposées en rayons , et représentant ensemble une palmptle. Les lanières sont dorées en dedans et noires en dehors. Ç^lies peuvent fermer la pupille comme une jalousie. Dans le Cobitis anableps , la pupft^ est complètement double , quoique le cristallin soit simple .{§ 462).

Lés procès ciliaires manquent chez les Poissons osseux. On ne les rencontre que chez quelques Squales, où ils ne sont toutefois point aussi grands que dans les Seiches. Après avoir formé de courtes saillies qui touchont à la capsule du cris tallin , ils se continuent avec les stries de l’uvée. Cependant les procès ciliaires sont remplacés , jusqu'à un certain point , par les autres vaisseaux ou membranes vasculaires allant à la capsule cristalline , qui , sous la forme de proloiigemens falciformes , pénètrent au bord antérieur de la rétine , par une fente que cette capsule y présente , et sont surtout bien marqués chez le Brochet ( pl. ix , fig. xxty , p ) , oq i on voit pénétrer dans la capsule , d’un côté le prolongement falcifoi’me noir , de l’autre un petit faisceau vascplaire. Il n’est pas rare qu’on trouve encore , entre les feuillets de ce prolongement falciforme, un petit corps pyriforme ( de Haller) , dont on ne connaît pas bien la structure. On a comparé ces organes à un procès ciliaire isolé , et peut-être n’ était-il pas possible d’en donner une meilleure idée (i).

Le nerf optique pénètre ordinairement dans l’oeil sous la forme d’un petit disque arrondi , comme chez l’homine. C’est ce qu’on voit par exemple dans la Carpe ( pl. ix , fig. xxii ). De son centre partent les vaisseaux centraux de la rétine , qui se répandent sur le corps vitré , pour se réunir en une couronne vasculaire à son extrémité. Chez d’autres Poissons , par exemple le Brochet (pl. ix, fig. xxiy), le nerf perce obliquement la sclérotique , et forme , comme dans fa Seiche, une

(l) Rosentuai., Loç. cit, pag. 4^6.

488 TRAITÉ d’anatomie comparée.

ligne blanche , des bords de laquelle naît la rétine. Cette perforation est plus oblique encore dans l’Esturgeon , où Je nerf parcourt une certaine distance entre la rétine et la choroïde avant de s’épanouir pour donner naissance à la première des deux membranes ( pl. ix , fig. xxiii ).

La rétine elle-même se divise aisément , chez ces animaux , en deùx feuillets , l’un interne fibreux , l’autre externe non fibreux , et se termine par un bord libre à l’origine de l’uvée

(pl. IX, fig. XXII, f).

Parmi les parties transparentes , l’humeur aqueuse , chez les Poissons, comme chez les Seiches , manque presque entièrement d’enveloppe spéciale; elle est plus mucilagineuse aussi. Le cristallin, entouré d’une mince capsule, est presque parfaitement sphérique , de même que dans les Seiches (fig. XXIII, XXIV). En le faisant sécher, on y aperçoit de petites côtes qui vont d’un pôle à l’autre , et à l’intérieur plusieurs couches ; le noyau central conserve sa transparence , même dans les acides , suivant Rosenthal. Le volume et la forme globuleuse du cristallin font que le corps vitré ne constitue qu’une petite masse. Sa membrane n’est unie en devant à la capsule cristalline qu’à l’aide de deux ligamens , qui , lorsqu’ils sont fortifiés par des prolongemens de la ruyschienne , comme dans le Brochet , forment bien manifestement deux axes auxquels le cristallin est suspendu.

Relativement aux nerfs externes de l’œil , les observations de Muck (1) nous ont appris que les Poissons n’ont pas de ganglion ophthalmique pour les nerft ciliaires.

Ë'. B-eptiles.

L’œil des Reptiles se rapproche encore assez de celm des Poissons , sous plus d’un rapport , notamment à l’égard des parties qui le protègent , du volume de la lentille , du peu de

(i) Dîm. des ganglio ophthalinico.'Ld.nàshnt , i8i5, in-4i %•> P®g. 6i.

orgAnes des sens.

développement des procès ciliaires et de la mobilité peu prononcée de l’iris.

La forme du globe oculaire est ordinairement plus sphérique j par exemple dans les Grenouilles , les Salamandres , les Serpens et les Crocodiles ; seulement la cornée est un peu aplatie , quoiqu’elle le soit moins que chez les Poissons.

L’œil est encore assez gros , surtout eu égard au cerveau. Quant à sa situation, il est toujours placé sur les côtés de la tête , et logé dans des cavités orbitaires encore peu fermées en partie (1) , dont j’ai donné la description précédemment (pl. XI, fig. Il, IV; fîg. xii,?;vii).

Suivant Cuvier , il est fixé , dans les Tortues et le Crocodile , non-seulement par les six muscles qui appartiennent déjà aux Poissons, mais encore par quatre autres plus petits, qui embrassent le nerf optique ; mais , dans la Grenouille , il l’est par un muscle en entonnoir et divisé en trois portions , qui entoure le nerf optique , ainsi que par un droit inférieur et un oblique antérieur. *

Quelquefois aussi , chez les Reptiles , la peau couvre les yeux si complètement , qu’on les aperçoit à peine. C’est ce qui a lieu , par exemple , dans le Froteus anguimis , qui est cependant très-sensible à l’impression de la lumière, ainsi que j’ai pu m’en convaincre sur le vivant.

Les paupières semblent manquer entièrement chez les Serpens ; mais J. Cloquet (2) a démontré , et je m’en suis également assuré , qu’il est plus exact de les considérer comme adhérentes , la peau se prolongeant sur l’œil en trois couches , l’une extérieure , cornée, que l’animal rejette avec son épi-

(1) Ainsi, par exemple, chez la Grenouille, les yeux font saillie tout entiers dans Ja cavité orale ( pl. xrir, fig. vu, c ) : l’animal même les cache en les abaissant à l’aide d’un muscle particulier , et les refoulant’ dans sa houche,

(2) Mémoire lur l’existence et la disposition des voies lacrymales dans les Serpens, Parb, 1821 , in'4> fig*

490 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

derme, quand il mue, la seconde composée de fibres déliées, et la troisième qui constitue le feuillet externe de la conjonctive, Ces trois couches sont transparentes. On trouve ensuite une cavité qui reçoit le liquide sécrété par une glande lacrymale placée derrière l’œil ; ce liquide coule dans le nez par un point lacrymal situé à l’angle antérieur de l’œil. Vient alors le feuillet interne de la conjonctive , qui tapisse la cornée. Ainsi nous voyons ici , avec le caractère d’organisation permanente, un état de choses qui n’a lieu que durant les premières périodes de la vie chez ceux des animaux supérieurs qui viennent au monde aveugles , c’est-à-dire avec les paupières réunies. On doit également remarquer la petite bourse qui , selon Home (1) , existe à l’angle antérieur de l’œil , chez certains Serpens, et qui peut être comparée aux larmiers des Mammifères , à moins qu’on ne soit tenté dè la considérer comme une répétition des fosses nasales en cul-de-sac des Poissons (§ 414).

La Salamandre a bien deux paupières en bourrelet , l’une supérieure et l’autre inférieure ; mais ces paupières ne suffisent point encore pour couvrir entièrement l’œil. Je crois aussi ne devoir admettre que deux paupières dans la Grenouille , car ce que Cuvier a décrit sous le nom de troisième paupière , ou de paupière verticale , n’est évidemment que la paupière inférieure elle-même amincie, qui, étant ordinairement plus large et plus active dans les classes inférieures , forme , lorsque l’animal l’abaisse pour ouvrir l’œil , une duplicature à laquelle seule Cuvier impose le nom de paupière inférieure. La troisième paupière paraît ne pouvoir jamais se mouvoir que d’avant en arrière , c’est-à-dire horizontalement , et il ne faut point oublier que , dans les Seiches et les Poissons , elle apparaît avant la supérieure et l’inférieure. Chez les Tortues et les Sauriens, le

(t) Philos. Trans, i8o4 > P®S' 7^ > pil la tiourse da Serpent à sonnettes est figurée.

ORGAkES des SEKS.

Crocodile surtout (pl. xii;, fig. xiii , B ) , cette troisième paupière ( a ) est visible dans l’angle antérieur de l’œil , et l’action d’un muscle particulier qui entoure le globe de l’œil (fig. xi , b ) la rend susceptible de couvrir la cornée comme d’une mince membrane , à travers laquelle on voit cependant percer toujours la pupille. Enfin la grande paupière circulaire et musculeuse du Caméléon mérite aussi une mention spéciale. Elle adhère tout autour à la sclérotique , à environ une ligne de distance de son bord antérieur , porte à sa face interne inférieure un disque cartilagineux lisse , blanc et concave , et ne s’ouvre que par une très-petite fente transversale , vis-à-vis de la cornée, qui est délicate et d’une petitesse frappante en proportion du bulbe. Le Caméléon possède également , au bord supérieur et antérieur de la cavité de la conjonctive , une glande lacrymale aplatie , réniforme et d’un volume proportionnel considérable ; il a aussi , dans l’angle interne de. l’œil , une troisième paupière perpendiculaire et très-forte ( membrane nictitante ) , qui est située en dedans de la grande paupière circulaire.

La cornée transparente se comporte à peu près déjà comme chez l’homme. Cependant il y a plusieurs Reptiles , tels que la Tortue franche et l’Iguane , d’après Albers (1) , chez lesquels son bord antérieur offre des anneaux de lamelles osseuses minces ( pl. xii , %. su) , qui m’ont néanmoins paru être cartilagineuses dans l’Iguane. La moitié antérieure de la cornée a aussi la consistance du cartilage dans le Caméléon.

Cette membrane est plus bombée que dans la classe précédente , quoique du reste elle n’ait point.ùne épaisseur considérable , et , de même que celle des Poissons, elle ne devient pas opaque par l’immersion dans l’alcool , ce qu’ Albers a remarqué (2) chez la Tortue. J’ai constaté le même fait dans

{i) Denksckrijten der Muencher Akademie^ l8o8 > pag. 83.

(?) Himlv , Ophthalmolog, Biblioth, tom. Il , cah, II , pag. 179,

49^ traité d’anatomie comparée.

les Salamandres, les Grenouilles, lesSerpensetle Caméléon.

Il m’a été impossible de distinguer plusieurs feuillets à là choroïde des petits Reptiles indigènes , ni même à celle d’une Iguane. Cependant la surface externe de cette membrane a encore le brillant de l’argent , dans la Grenouille comme chez les Poissons. La partie antérieure de la choroïde s’infléchit vers l’axe de l’œil , et devient ainsi l’iris , qui est également argentin dans beaucoup de Reptiles , de même que chez les Poissons (1) , quoique d’ailleurs sa couleur varie beaucoup; il est verdâtre dans le Crocodile , brunâtre, avec l’éclat de l’or, dans la Grenouille, et parfois tacheté chez les Serpens, où son hémisphère inférieur est d’un brun foncé , et le supérieur jaune. La pupille est ordinairement ronde , par exemple dans les Salamandres , les Sauriens , les Ophidiens , les Chéloniens ; mais , dans la Grenouille , elle a la forme d’un rhomboïde situé en travers, et dans le Crocodile, celle d’une fente verticale ( pl. xii , fig. xi , xiii , B ). Ses mouvemens sont déjà sensibles ici, quoique lents. Je l’ai toujours vue , chez la Grenouille , se rétrécir quand elle venait à être frappée d’une liunière vive. Albers a trouvé aussi que la pupille de la Tortue franche se contractait avec force aux rayons du soleil (2).

Les procès ciliaires n’existent point dans les Salamandres, les Serpens et plusieurs Sauriens. Cuvier les a vus en forme de fils allongés dans une grande Rainette étrangère. Dans la Grenouille , j’ai remarqué seulement , à l’endroit où la choroïde devient l’uvée , un anneau blanchâtre auquel adhère fortement la couronne ciliaire. Ils existent chez les Tortues ( pl. XII , fig. X , b ) , mais sont petits. Je les trouve très-bien développés dans le Crocodile ; mais , dans l’Iguane et le Caméléon, les procès ciliaires proprement dits disparaissent, et l’on n’aperçoit plus qu’un anneau de la choroïde , large ,

(1) Ehrenberg n’a cependant pins retrouvé ici les cristaux dont j’ai parlé précédemment ( § 464 )•

(2) Himlt , Loc. cit. tom. II , cah. II, pag. 1 84. Je n’ai rien vu de sem» blable sur une Testudo elephantopus longue de trois pieds.

, OnGAKES, DES SENS. 4g3

lisse, appliqué à la circonférence antérieure et plus dure delà sclérotique , et remarquable par sa couleur plus grise , dont le bord libre , plus étroit que l’autre , se tourne vers Id cristallin , etsé continue ensuite immédiatement avec l’uvée.

Le nerf optique paraît percer la sclérotique en ligne droite chez tous les Reptiles , et former en dedans une plaque arrondie , qui produit la rétine par son épanouissement. Cette entrée du nerf optique dans l’œil est très-remarquable chez l’Iguane, où j'ai vu naître , du milieu de la plaque , un petit prolongement noirâtre delà choroïde (pl. xii, fig. xiv), que nous retrouverons beaucoup plus développé encore dans la classe des Oiseaux , et dont , là comme ici , la présence tient à ce que le nerf optique offre des plis longitudinaux , entre lesquels marchent des vaisseaux sanguins , qui passent ensuite de l’origine de la rétine dans le corps vitré. On rencontre aussi chez le Caméléon un prolongement analogue et noir de la choroïde vers le cristallin ; mais il est un peu plus petit. Le corps vitré lui-même continue toujours à être fort petit; le cristallin est encore très-convexe, mais cependant sa forme se rapproche moins de celle d’une sphère que dans la classe précédente. Chez les Grenouilles , de même que dans le Caméléon , il a un volume considérable , tandis qu’il est petit , au contraire , dans la Tortue franche (fig. x , f ) , et plus convexe en devant qu’en arrière. Le cristallin des Grenoüiiles et des Salamandres m’a offert , dans son intérieur, un noyau solide, que les acides ne rendaient point opaque, et qui ressenabfait à celui qu’on trouve chez les Poissons.

Page 1