CHAPITRE PREMIER
De la Peau et de ses accessoires.
§ I®'’. De la Peau,
La texture de la peau est un des points qui ont le plus exercé la patience des anatomistes. On peut assurer que , sans le secours de l’anatomie comparée et de l’analogie, les opinions seraient encore partagées sur les élémens qui entrent dans la composition de l’enveloppe extérieure du corps.
C’est en sc- resserrant que le tissu cellulaire forme le derme, qui lui-méme produit son épiderme. Nous allons examiner les six
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couches principales qui composent l’enveloppe extérieure, en commençant de dedans en dehors.
Première couche mnscnlaire. Elle est réduite à sa plus simple expression, et ne commence à être apparente que vers la partie sujiérieure du corps où la réunion de quelques libres constitue un muscle large et mince, appelé muscle peaucier; c’est, pour ainsi dire, ime seconde peau, au-dessous de laquelle sont placés tous les muscles du cou , que l’on aperçoit même à travers le tissu très-mince de ce muscle qui est quadrilatère; il s’étend de la mâchoire inférieure à la partie supérieure du thorax et à la région de l’épaule ; sa face externe est en rapport avec le derme, sa face interne avec tous les objets qui forment le plan superficiel des parties antérieures et latérales du cou : ce muscle fronce la peau du cou.
Deuxième couche, le derme. Il est composé d’un grand nombre de fibres de tissu cellulaire , dirigées dans tous les sens , et foimant un tissu plus ou moins serré, suivant les diverses parties du corps auxquelles
DEHMK.
il appartient : il est beaucoup plus épais 1 5UT la ligne moyenne , aux plantes des pieds à la paume des mains, que partout aileurs (i). C’est à cette couche, plus dense, .plus épaisse, qu’appartient essentiellement ' ia fonction de limiter la surface du corps I et de lui donner sa forme.
Troisième couche. Le réseau 'vasculaire I est dû à des anastomoses multipliées des ^ trois ordres de vaisseaux. Les liourgeons , sanguins de M. Gauthier ne seraient que ce réseau lui-méme, qui se moulerait sur les papilles nerveuses. Le développement de ce réseau et l’énergie régulière des vaisseaux i^sanguins sont ordinairement le partage delà jeunesse et de la santé ; ils sont encore eu rapport avec l’influence de l’air, la nature des mouvemens , et un grand nombre d’agens pliysiques et moraux : ce sont eux qui fournissent au tempérament sanguin I un de ses meilleurs caractères. La prédomi-
(i' T)c iiu'me on voit le derme .nequérir une grande épais- I çi’iir dans lej pailles sur lesquelles s’accroupisscul ou se repu- ‘■enlles auimaus runiin.ans du genre eliaiiieau. Le genou de I la giralle , cerné d’un large bourrelel, eu est encore un exemple. On pourrait encore citer le tarse des Kangtiroos et la queue I de quelques singes.
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iiance des vaisseaux veineux dans ce réseau i donne naissance au tissu érectile , tel que les corps caverneux de la verge et du clitoris, le mamelon et les lèvres qui doivent leur couleur vermeille à l’affluence du sang i dans ces mêmes vaisseaux. On rapporte à ' la même cause le vif incarnat dont les joues s’animent sous l’empire de certains senti- ! mens très - divers , tels que l’amour et la pudeur. :
Quatrième couche, le pigmentnm. Avec ' la couche vasculaire , il a été décrit , par ceux qui n’ont étudié que l’anatomie de l’homme, sous le nom de réseau de rnalpighi, de corps réticulaire, etc. M. Gall pense que cette couche n’est autre chose que de la substance grise, d’où naîtrait le système nerveux rentrant. Nous verrous h l’article encéphale que ce système rentrant est toutà-fait illusoire. L’aspect du pigmentum est entièrement granuleux. M. de Blain ville ne serait pas éloigné de croire que c’est un dépôt exhalé par les parois mêmes des vaisseaux veineux. Sa structure granuleuse peut aisément s’étudier chez la race nègre, dans l’état physiologique et pathologique. Lors-
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qu’on enlève l’épiderme et qu’on éraillé avec un scalpel la surface du pignientum, qui paraît alors d’un bleu foncé , on aperçoit des stries rougeâtres dues au plus grand abord du sang dans les capillaires sanguins qui semblent en isoler les grains : cet effet est plus manifeste sur la surface dénudée par l’application d’un vésicatoire, dont la longue suppuration détruit même le pigmentum, quoi qu’en aient dit quelques auteurs modernes. Plusieurs vertébrés, chez lesquels cette quatrième couche revêt les couleurs les plus riches et les plus variées , telles que le bleu sm’ les joues du mandril, le plus beau noir sur le mufle des bœufs et sur le museau de certains digitigrades, l’orangé sur le crâne du vautour royal , l’écarlate étincelant sur les caroncules du faisan doré, le rose le plus tendre sur les joues de la grue couronnée du Sénégal , et le Idanc le plus pur sur celles du psittacus ava et de notre coq domestique, ne seront pas moins favorables â l’étude du pigmentum. Il notis resterait encore à examiner quels sont les divers cbangemens qu’il éprouve par rinnucncc AXATOMTF.. 3
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du climat , de l’habitation , du genre de nourriture, du croisement des races, et de quelques maladies ; mais les bornes de notre résumé ne nous permettent pas d’entrer dans tous ces détails, qui sont du plus haut intérêt, et qui appartiennent plutôt à la physiologie.
Cinquième couche , le corps papillaire. Il se compose d’une infinité de petits cônes plus ou moins saillans, assez semblables aux papilles de la langue ; quoique peu apparent dans certaines parties de la peau, l’analogie nous force de l’y admettre. Cette particularité anatomique tient au moins grand nombre de nerfs qui s’y rendent.
Son développement est relatif à la part que prend chaque partie à la fonction du toucher; il est richement répandu sur la pulpe des doigts de l’homme et des quadrumanes, sur la queue des singes à queue prenante. La trompe de l’éléphant et le museau préhensil du tapir, le nez du chien, de la taupe et de tous les quadrupèdes dont l’organe du toucher semble confiné dans cette partie, présentent à divers degrés ce développement des corps papillaires; mais de toutes les
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régions favorables à leur étude, la langue, en général, et le palais de quelques animaux , nous les offrent à leur summum d’accroissement et de perfection. Ils sont plus appareils chez les animaux carnassiers que chez les herbivores : on est effrayé de la longueur et de la dureté des papilles qui tapissent la face supérieure de la langue et la voûte palatine du lion , en prêtant à ces parties l’aspect et l’àpreté d’une râjie. Ces corps sont réunis entre eux par un mucus produit par des cryptes intermédiaires, et dont l’usage, conjointement avec la langue, est de prévenir leur dessèchement.
Leur principale fonction est de donner connaissance des qualités palpables des corps mis en contact avec notre peau , et dont l’épiderme atténue l’action trop stimulante : l’habitude ou l’abus de ces stimulus émousse, exagère ou vicie plus ou moins leur sensibilité.
Sixième couche , V épiderme. C’est une expansion homogène, mince, demi-transparente, adhérant à la couche sous-jacente par une multitude de filamens déliés que Bichat considérait comme une multitude
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de vaisseaux exhalans et absorbans. L’existence de ces vaisseaux n’est rien moins que démontrée; on n’a jamais pu parvenir à les j injecter. Les an.atomistes n’ont encore pu I y distinguer ni vaisseaux sanguins ni vaisseaux lymphatiques : l’on remarque à sa surface Interne des enfoncemens qui correspondent aux papilles tactiles.
Ces stries, d’autant pins visibles à la surface interne de l’épiderme que la région où on les observe est plus spécialisée pour la fonction du toucher, dépendent certainement de la direction des papilles nerveuses qu’elles protègent et séparent , et les figures qu’elles décrivent correspondent également à l’ordre de succession de ces mêmes corps i papillaires. L’épiderme qui recouvre la j pulpe molle des doigts, la paume des mains et la plante des pieds , pe-ut être considéré comme une lame plissée dont les convexités internes répondent à l’intervalle des papilles , sensibles , et les externes à leur sommet , de ; manière que leurs sillons alternent continuellement. On volt cette disposition s’affaiblir et disparaître avec la destination qui la réclamait sur l’extrémité des appendi-
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ces, et la couche épidermoïde , redevenue àj plus mince et plus égale , s’étend uniformé- ®j ment sur le reste de la peau , dont l’éduca- 41 tion moins perfectionnée , s’il est permis de S s’exprimer ainsi, exigeait moins d’apprêts r et de ménagemens, ne devant sentir le cont tact des corps que d’une manière vulgaire I et générale.
J Cependant on suit encore la disposition [i papillaire sur les autres parties du corps, à travers cet épiderme qui modifie <à l’infini ses rapports de protection : plus dense sur I les organes dont la sensibilité est plus ex- » citable, comme nous l’avons déjà vu; plus i) épais sur les parties qui doivent fouler la N terre, porter le poids du corps dans l’état I de repos, ou soutenir sans moyens de dé- I fense le choc des corps extérieurs , il s’a- I mincit sur les surfaces que préserve l’action I libre des membres, à la partie interne de I ceux-ci, autour des organes des sens, et son état est toujours en rapport avec leur disposition.
Il nous sera facile de citer des exemples de ces nombreuses modifications sans nous écarter de l’homme , objet principal de no-
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tre étude. En effet, qui n’a pas remarcpié l’accroissement de l’épiderme de la plante des pieds, quelquefois telle qu’elle produit une sorte de calle ou de semelle comme chez l’éléphant ou le chameau? Qui n’a pas observé son épaississement graduel depuis le doigt annulaire jusque sur le pouce, qui se trouve, pour ainsi dire, intéressé au mouvement de tous les autres , et dont les fonctions avaient plus besoin de ce secours? La sagesse de la nature s’observe dans tous ses actes. La couche d’épiderme qui revêt le visage ainsi que les paupières , ces voiles si mobiles de l’organe visuel , n’est si légère que pour n’en point gêner les mouvemens et ne rien faire perdre à leur expression , qu’aide singulièrement la coloration, lorsque le réseau vasculaire s’est injecté sous l’influence de telle ou telle passion.
Indépendamment des stries alongées, spirales ou concentriques, plus rarement anastomosées, qu’on observe sur l’épiderme , on en remarque un très-grand nombre d’autres plus petites qui semblent Indiquer la séparation des papilles» Ces intervalles présentent chacun à la loupe, lorsque la
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transpiration est augmentée par un stimulant quelconque,. de petites ouvertures dont nous nous occuperons bientôt.
Les auteurs ont beaucoup varié d’opinion sur la texture de l’épiderme. Fontana le croyait formé de vaisseaux contournés. Fabrice d’Aquapendente, Laurenberg, Gaultier, M. Cloquet, ont admis qu’il se composait d’un certain nombre de couches, hypothèse que n’a encore justifiée aucune observation régulière. Nous l’avons assimilé a une membrane plissée, ce qui s’accorde avec l’opinion de M. de Humboldt. Cependant il semble, en certains lieux de la surface des membres, formé d’un grand nombre de lames qui se recouvrent à moitié, ou mieux s’entuilent réciproquement, comme on le voit, à l’aide du scalpel, sur celui de la face palmaire des mains et des pieds. Cette opinion, réfutée par plusieurs anatomistes, sera peut-être démontrée , du moins à certams égards, par une expérience analogue .sur l’épiderme des oiseaux, en particulier sur celui qui revêt la plante du pied des galhnacées, et qu’une disposition à peu près semblable à celui de l’homme rend fort intéres-
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sant pour cette étude. Cette comparal.son éclairera encore la dissidence des opinions de Cruiksliank, partagées par Sciler, avec celles de Chaussier, de Bichat, et plus récemment de Béclard, sur les prolongemens inférieurs de l’épiderme dans les couches sous-jacentes.
Quant à la couleur de cette couche, on a faussement avancé que l’épiderme du nègre fût d’un gris noirâtre. Cette couleur n’appartient point à l’épiderme , mais bien au pigmentum, qui lui est sous-jacent, et dans ' l’histoire duquel nous avons signalé cette propriété. Cependant il est vrai qu’aux parties exposées à de violens efforts , telles que les mains et les pieds, la compression favorise l’imprégnation du pigmentum dans le tissu très-perméable de l’épiderme. Cet effet est alors purement mécanique, comme celui du suc laiteux du chelidonium majus et du suc très -astringent de V hibiscus sineiisis , avec lequel plusieurs peuples d’Asie se teignent les moustaches et les sourcils.
Les éphélides , ou rousseurs de la peau , qui sont des altérations de coideur dans le pigmentum , prouvent encore l’indépendance