HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
On donne le nom à'héinisphères cérébraux auxdeuxraasses latérales qui sont comprises au-dessus de latente du cervelet et de chaque côté de la faulx du cerveau. Ils constituent la plus grande partie de l'encéphale. Leur poids présente des variations assez notables suivant les âges et suivant le sexe et la race. Ils acquièrent leur développement complet bien avant les autres parties du corps, et c'est une circonstance qu'il faudrait avoir présente à l'esprit si on cherche à apprécier l'âge du sujet d'après le volume de son cerveau.
Il existe fréquemment des différences de poids entre les deux hémisphères cérébraux: ces différences peuvent être de 5, 10 et même 15 grammes sur des sujets normaux ; mais elles sont difficiles à apprécier exactement. Il y a en effet de nombreuses causes d'erreur dans les pesées; il est difficile de pratiquer des sections exactement symétriques, et le liquide qui s'écoule entre la pesée des deux hémisphères peut créer des différences artificielles. Toutefois on peut dire que l'hémisphère gauche est en général un peu plus lourd ; mais sa prépondérance n'est guère que de4 à 5 grammes : elle n'est donc pas proportionnelle au fonctionnement plus actif de cet hémisphère.
Nombreuses et variées sont les conditions pathologiques dans lesquelles on observe des inégalités considérables des deux hémisphères.
Chez les idiots, on rencontre fréquemment une asymétrie des hémisphères qui peut être due, soit à une atrophie congé-
nitale par arrêt de développement, soit à une encéphalite fœtale ou de la première enfance, soit à une lésion nécrobiotique due à une oblitération vasculaire. Ces lésions destructives en foyer déterminent quelquefois des pertes de substance telles, que la membrane ventriculaire vient s'adosser à la piemère ; il peut même en résulter une communication entre la cavité ventriculaire et la cavité arachnoïdienne; ces lésions ont été désignées sous le nom de porencéphalie.
Chez l'adulte, les lésions destructives peuvent aussi déterminer des asymétries plus ou moins considérables et des inégalités de volume et de poids. Mais, tandis que l'atrophie congénitale ou infantile du cerveau détermine une inégalité de développement des deux moitiés du crâne ; chez l'adulte et chez le vieillard les diminutions de volume localisées du cerveau ont souvent pour conséquence une augmentation régionale de l'épaisseur du crâne, qui tend à remplir en partie la place laissée vide.
Il convient de dire que si chez l'enfant l'asymétrie crânienne peut être due à un trouble dans le développement d'un hémisphère cérébral, souvent aussi l'asymétrie cérébrale est la conséquence d'une asymétrie du crâne, asymétrie crânienne qui peut être due, soit à un vice de développement congénital, soit à une lésion osseuse qui détermine une soudure prématurée d'une suture latérale, soit à une cause mécanique comme le décubitus postéro-latéral prolongé, soit à un trouble de nutrition sous l'influence d'une attitude vicieuse qui met obstacle à la circulation : c'est ainsi que Broca a pensé que le torticolis peut amener un arrêt de développement latéral du crâne.
Quant aux atrophies cérébrales consécutives à des lésions périphériques, comme les amputations par exemple, nous verrons que, si elles peuvent être considérées comme vraisemblables, elles sont loin d'être démontrées.
L'hémisphère cérébral ci'eusé du \'entricule cérébral, dont nous avons déjà donné une description sommaire, comprend dans sa constitution : 1° une couche grise périphérique; 2° des noyaux centraux aussi formés de substance grise, et 3° une masse bianche intermédiaire désignée sous le nom de centre ovale.
La substance grise périphérique se présente sous l'aspect d'une couche sensiblement uniforme par son épaisseur et sa coloration, qui entoure l'hémisphère de toutes parts, constituant lemanteau de l'hémisphère.
§ 1. — Morphologie des circonvolutions cérébrales.
Le manteau de l'hémisphère, qui est lisse chez certains animaux nommés pour cola lissencéphales, est au contraire accidenté de sillons, d'anfractuosités et de dépressions chez les animaux supérieurs. Toutefois dans les premiers mois de la vie fœtale, le cerveau de l'homme rappelle par son aspect extérieur le cerveau des animaux inférieurs; ce n'est guère que vers le cinquième mois de la vie fœtale qu'il commence à présenter des plis à la surface. Ces plis présentent tout d'abord une grande simplicité, et se prêtent au moins aussi bien à l'étude que le cerveau des singes, que l'on a pris l'habitude de prendre pour type. Le cerveau du fœtus permet seul de comprendre certains détails morphologiques tout à fait propres au cerveau de l'homme.
Le cerveau de l'homme présente à sa surface des sillons et des anfractuosilés qui séparent des reliefs, désignés sous le nom de circonvolutions, et résultent du plissement du manteau de l'hémisphère.
La formation de ces plis résulte de causes complexes. La saillie qui sépare l'étage antérieur de l'étage moyen de la base du crâne et qui est constituée par la petite aile du sphénoïde, déprime directement la base de l'encéphale et détermine
Fif/. 12 (d'après M. Richer). Face sxtpérieure du cerveau. — 1, scissure de Sylvius ; — 2, sillon de Rolando ; — 3, scissure inter-pariélale ; — 4, scissure parallèle ; — 5, scissure perpendiculaire cxlerne.
F 1, première circonvolution frontale ; — F2, deuxième circonvolution frontale ; — F3, troisième circonvolution frontale; — Fa, circonvolution frontale ascendante ; — Pa, circonvolution pariétale ascendante ; — Ps, lobule pariétal supérieur ; — Pi, lobule pariétal inférieur; — Pc, pli courbe; — 01, première circonvolution occipitale ; — 02, deuxième circonvolution occipitale ; — 03, troisième circonvolution occipitale.
(Deux traits ponctués divisent par tiers les deux circonvolutions ascendantes.)
la formation d'un sillon profond, qui se continue sur la face externe de l'hémisplièpe; la présence des artères joue peut-
être un certain rôle dans la formation des sillons secondaires ; mais le défaut de proportion qui existe entre le développement des parties centrales et des parties périphériques rend surtout nécessaire la production de plis à sa surface ; il est en effet facile de se convaincre par l'étude des cerveaux de fœtus que les noyaux centraux ne se développent pas parallèlement au manteau, qui ne pourrait conserver ses connexions sans se froncer à sa surface.
Au point de vue de la description de ses plis, on peut diviser l'écorce cérébrale en trois régions : une externe, une interne et une inférieure.
Étudions d'abord la face externe (1) :
Cette face est en rapport avec la voûte crânienne, sur la concavité de laquelle elle se moule : lorsqu'on a enlevé la calotte crânienne et la dure-mère on découvre la partie supérieure de cette face qui est limitée sur la ligne médiane par la scissure interhémisphérique {Fig. 12); latéralement, elle est en rapport avec le pariétal.
Sur cette face nous remarquons deux grands sillons ou scissures, qui ont la plus grande importance dans l'étude de la morphologie de l'écorce, ce sont le sillon de Rolande et la scissure de Sylvius.
Xu&sillon de Rolando{Fig.]2et]d), a une direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant; il est situé un peu en avant de la partie moyenne de l'hémisphère, et sépare le lobe frontal du lobe pariétal. Il commence en haut sur le bord de la scis-
1. Pour la synonymie des circonvolutions cl des sillons, voir le travail do M, Kéraval, Smonj/mk des circonvolulions cérdbrak.i de llioinmc (Arch. de neurolof/ie 1881).
sure interhémispliérique dans laquelle il pénétre un peu en général; puis il se dirige en bas et en avant en décrivant des sinuo-
Fig. 13 (d'après M. Richer). Face externe. Hémisj>hère gauche. — 1, scissm-e de Sylvius ; — 2, sillon de Rolando ; — 3, scissure interpariétalo ; — 4, scissure parallèle ; — 5, soissure perpendiculaire externe.
PI, première circonvolution frontale; — F2, deuxième circonvolution frontale ; — F3, troisième circonvolution frontale ; — Fa, circonvolution frontale ascendante; — Pa, circonvolution pariétale ascendante ; — Ps, lobule pariétal inférieur; — Pc, lobule du pli courbe : — ï, première circonvolution temporale; — T2, deuxième circonvolution temporale ; — 0, première circonvolution occipitale : — 02, deuxième circonvolution occipitale ; — 03, troisième circonvolution occipitale.
sités plus OU moins importantes suivant les sujets, et il s'arrête en bas un peu au-dessus de la scissure de Sjlvius dans laquelle il ne pénètre que très exceptionnellement. Dans les cerveaux simples, chez le fœtus et chez quelques idiots, le fond du sillon est parfaitement continu, sans aucune interruption; mais en général sur les cerveaux plus riches en plis, le fond du sillon est interrompu par des contreforts, des arcs-boutants qui s'appuient sur les circonvolutions marginales. Dans un certain nombre de cas, les arcs-boutants, annexés à la région correspondante des deux circonvolutions marginales, se confondent et constituent au fond du sillon un pli transversal que l'on n'aperçoitqu'en écartant les bords du sillon, c'est un^j^erfejîa^-
sage profond. Il est rare que ces plis de passage soient plas volumineux et viennent faire saillie à la surface, pour interrompre complèleraeut le sillon de Rolando. Wagner avait signalé un i^li de passage superficiel de ce genre, nous en avons montré plusieurs (1), et depuis les exemples se sont multipliés (2). Cette anomalie peut se rencontrer chez des idiots, avec d'autres malformations cérébrales; mais dans la plupart des cas, elle existait chez des sujets normaux. Le sillon de
Fiff. 14. Face externe de l'hémisphère, gauche. — SS, scissui-e de Sylvius ; — R, sillon de Rolando; — ip, scissure ititerpariétale ; — op, scissure occipitale externe: — sp, scissure parallèle; — A, circonvolution frontale ascendante ; — B, circonvolution pariétale ascendante ; — Fi, F2, F3, première, deuxième et troisième circonvolutions frontales ; - PI, lobule pariétal supérieur : — P2, lobule du pli courbe ; — P2, pli courbe ; — Tl, T2, T3, première, deuxième et troisième circonvolutions temporo-sphénoïdales.
Rolando est bordé en avant et en arriére par deux circonvolutions qui affectent une direction parallèle à la sienne, on les désigne sous le nom de circonvolulions ascendantes. Celle
\. Ch. Féré. iVo/ç mr un ca.i d'anomali asymétrique du cerveau (Arch. de neurotof/te, iHo.ij.
2. Giacomini. Varieta délie circonvoluzione cereirali, 2« éd. 1884
qui est eu avaut appartient au lobe frontal, celle qui est en arrière appartient au lobe pariétal.
La circonvolution ascendante antérieure est aussi désignée sous le nom de circonvolution frontale ascendante^ parce qu'elle fait partie du lobe frontal; mais il importe de se souvenir qu'elle est tout entière recouverte parle pariétal et qu'elle n'a de rapport en aucun point avec l'os frontal. Cette circonvolution est oblique comme le sillon de Rolando ; elle commence contre la scissure interliémisphérique où elle se confond avec la partie postérieure de la première circonvolution frontale, et se termine près de la scissure de Sylvius où elle se continue avec le pied de la troisième circonvolution frontale. La frontale ascendante n'est pas en effet aussi nettement délimitée à sa partie antérieure qu'à sa partie postérieure ; on voit naître de son bord antérieur trois circonvolutions longitudinales qui sont, de haut en bas, la première, la seconde et la troisième circonvolutions frontales, séparées les unes des autres aussi par deux sillons longitudinaux.
hdi première circonvolution frontale est la plus longue des trois ; c'est aussi la plus étendue en largeur, car nous la retrouverons sur la face interne de l'hémisphère où elle tient une grande place. Elle suit la direction de la scissure mterhémisphérique, et va se terminer vers la pointe du lobe frontal. Cette circonvolution est quelquefois divisée longitudinalement par un sillon souvent superficiel.
La deuxième circonvolution frontale est intermédiaire aux deux autres par sa position et par son volume. Plus souvent que la précédente, elle est subdivisée par un sillon parallèle à sa direction et qui la dédouble quelquefois jusqu'à son insertion à la frontale ascendante : il existe alors quatre circonvolutions frontales. Mais ce dédoublement de la deuxième circonvolution frontale ne répond à aucune particularité ph3'siologique ou psychologique connue ; c'est à tort qu'on a cru qu'elle
appartenait en propre à certaines catégories de criminels (1).
h2Ltroisième circonvolution frontale est la plus inférieure et la plus courte. Elle présente des sinuosités, que l'on ne peut bien comprendre que lorsqu'on a étudié la scissure de Sylvius et ses branches.
La troisième circonvolution frontale, comme les deux pre- :mières, se bifurque, en général, à sa partie antérieure et les ,
Fig. 15 (d'après M. Richer). Face externe. Hémisphère droit. — 1, scissure de Sylvius ; — 2, sillon de Rolando ; — 3, scissure interpariétale ; — 4, scissure
i parallèle ; — 5, scissure perpendiculaire externe.
Fi, première circonvolution frontale ; — P2, deuxième circonvolution fron-
:lale; — P"3 troisième circonvolution frontale; — Fa, circonvolution frontale as^.endante ; — Pa, circonvolution pariétale ascendante; — Ps, lobule pariétal infprieur; — Pc, lobule du pli courbe ; — Tl, première circonvolution temporale ; — T2, deuxième circonvolution temporale ; — T3, troisième circonvolu-
:tion temporale ; — 0), première circonvolution occipitale ; — 02, deuxième cir-
I convolution occipitale ; — 03, troisième circonvolution occipitale.
bifurcations de ces trois circonvolutions s'anastomosent entre elles pour formera la pointe du lobe frontal un plexus plus ou moins inextricable.