CHAPITRE III
CONFIGURATION INTÉRIEURE DE L'eNCÉPIIALE
Après avoir étudié d'une manière générale la configuration extérieure des centres nerveux, nous devons faire une étude aussi succincte de la configuration intérieure, afin de compléter une vue d'ensemble qui permettra de mieux comprendre )es rapports réciproques des diverses parties.
Le cerveau proprement dit est constitué pai* deux hémisphères reliés entre eux par une commissure volumineuse, le corps calleux, que l'on aperçoit en écartant les bords de la scissure inierhémisphérique. Le corps calleux, plus étroit en avant qu'en arrière, est constitué par des fibres transversales qui donnent à sa surface supérieure une direction assez régulièrement plane et unie; cependant, on voit sur la ligne médiane une ligne longitudinale un peu saillante qui à reçu le nom de raphé du corps calleux, et, de chaque côté de cette ligne, deux autres tractus, aussi longitudinaux : ce sont les nerfs de Lancisi. C'est le long de ce raphé que l'on trouve quelquefois dans la pie-mère une certaine quantité de graisse, dont le développement exagéré peut donner lieu à la production de tumeurs lipomateuses. Le corps calleux, sensiblement plan dans le sens transversal, présente dans le sens antéropostérieur une convexité assez accusée; à ses deux extrémités il se replie sur lui-même, pour former en avant le genoïc et en arrière le bourrelet du corps calleux.
Le genou du corps calleux est situé à 4 centimètres à peu
près de l'extréraité antérieure du cerveau ; le bourrelet est au contraire à plus de 6 centimètres de l'extrémité postérieure du lobe occipital. Quand nous aurons rappelé que la convexité est située à 2 centimètres au-dessous la convexité des hémisphères, il sera possible d'en déduire les rapports généraux, du corps calleux avec les parois du crâne .
Au-dessous du genou, le corps calleux va se terminer en s'amiucissant et former le hec du corps calleux. A ce niveau, on voit encore les nerfs de Lancisi ; ces deux tractus s'écartent latéralement, en même temps que le bec du corps calleux se divise, et chaque division constitue avec le nerf correspondant un des pédoncules des corps calleux qui vont se perdre dans la substance perforée antérieure. Entre les pédoncules du corps calleux et le chiasma, on voit une lame triangulaire,, grise, qui n'est autre que la racine giHse des nerfs optiques.
Si avec un couteau placé à plat sur la convexité du corps calleux on rase de chaque côté ce qui dépasse de riièmisphère cérébral, on obtient une coupe horizontale du cerveau qui montre une masse blanche irrégulièrement ovalaire, avec une échancrure antérieure et une postérieure, correspondant à la scissure interhémisphérique : c'est le centre ovale de Vieussens. Lorsqu'on pratique la coupe des deux hémisphères un peu au-dessus du corps calleux, on obtient deux surfaces blanches, aussi ovales, séparées par la scissure interhémisphérique. C'est à ces deux surfaces séparées que Vicq-d'Azyr a donné aussi le nom de centre ovale. On comprend en général sous le nom de centre ovale les différentes parties blanches de l'hémisphère qui ne sont pas comprises entre les segments du corps opto-strié.
Lorsqu'on incise longitudinalement le corps calleux de chaque côte de la ligne médiane, on pénétre dans les cavités du cerveau en ouvrant les deux ventricules latéraux. Si on enlève les lèvres externes de l'incision, on rend accessible la cloison qui sépare en avant ces deux cavités. Cette cloison est constituée par une membrane transparente irrégulièrement triangulaire, dont le bord supérieur, convexe, s'attache au corps calleux, le bord inféro-postérieur, concave, adhère au trigone cérébral, et le bord inférieur, arrondi, s'insère au genou et au bec du calleux. Cette mince membrane est double, et entre ses deux minces feuillets se trouve une cavité, ventricule de la cloison, ou cinquième ventricule, qui pourrait à peine contenir une goutte de liquide, et ne communique pas avec les autres cavités cérébrales. La disposition précédente fait comprendre comment la cloison transparente est constituée par quatre feuillets séreux et deux feuillets nerveux.
La même incision longitudinale du corps calleux montre la cavité des ventricules latéraux largement ouverte par sa paroi supérieure; et on peut voir leurs trois prolongements inférieurs, dont l'un antérieur, s'étendant dans le lobe frontal de l'hémisphère cérébral, c'est la corne antérieure ou frontale, et l'autre postérieur, la corne 'postérieure ou cavité digitale ou ancyroïde, s'étendant dans le lobe occipital ; et enfin un troisième, creusé dans le lobetemporo-sphénoïdal, la corne sphénoïdale, dirigée en bas, en dehors et en avant. La corne sphénoïdale paraît s'ouvrir en bas, en dehors et en arrière du pédoncule cérébral, et communiquer avec la fente de Bichat ; mais elle est fermée en réalité par un prolongement en partie membraneux, en partie nerveux, qui part du corps bordant et se continue avec le plexus choroïde.
Sur la paroi interne de la corne sphénoïdale, on voit une saillie allongée, la corne d'Ammon, sur laquelle nous aurons à revenir ; et sur la paroi interne de la corne occipitale, une
saillie analogue, l'ergot de Morand, dont la constitution est beaucoup moins complexe.
La paroi supérieure des ventricules latéraux est lisse, elle est formée par la face inférieure du corps calleux et la continuation de ses fibres dans le centre ovale,
La paroi inférieure est constituée en grande partie par les ganglions centraux du cerveau ; on y voit d'avant en arriére : 1° la face supéro-interne du noyau caudé, renflé en avant, aminci en arrière et comprenant la couche optique dans sa concavité ; 2° le sillon intermédiaire au noyau caudé et à la couche optique, où l'on trouve : a, la lame cornée, b, la veine du corps strié, et c, la bandelette demi-circulaire ; 3° la partie de la face interne de la couche optique qui est située au-dessus de la voûte à trois piliers ; 4° enfin la face supérieure de cette voûte.
Pour découvrir la. voûte à trois piliers, ou trigone cérébral, on coupe transversalement le corps calleux à 1 centimètre ] }2 en arrière du genou, à peu près au niveau de la partie postérieure du septum lucidum, et on relève en avant le lambeau antérieur. On voit alors un triangle blanc tranchant sur la coloration rougeâtre des plexus choroïdes qui le bordeat : c'est la voûte à trois piliers ou voûte à quatre piliers, ou bandelette géminée, constituée par deux bandelettes réunius par leur bord interne à la partie antérieure, et s'écartant à mesure qu'on se porte en arriére. La voûte forme une convexité plus prononcée que celle du corps calleux; son extrémité antérieure est en effet séparée de celle du corps calleux par la hauteur du septum lucidum, tandis qu'en arriére il est accolé à la grande commissure cérébrale. La face supérieure du tr-igone forme de cliaque côté la partie la plus interne de la paroi inférieure du ventricule latéral.
La face inférieure ou concave du trigone, doublée de la toile choroïdienne, forme la paroi supérieure du ventricule moyen; elle repose latéralement sur la couche optique, sans y adhérer. Ses bords amincis présentent une concavité externe, et sont en partie recouverts par les plexus choroïdes qui y adhérent lâchement, de même que la toile choroïdienne adhère à sa face inférieure ; c'est en effet de ces plexus et de la toile choroïdienne que la bandelette géminée reçoit ses vaisseaux.
La base du trigone est tournée en arrière ; elle est formée par l'écartement des deux bandelettes qui constituent alors les piliers postérieurs, et s'enfoncent sur le bord des cornes inférieures des ventricules latéraux, où elles forment le corps horde. Dans l'écartement de ces piliers, on voit des tractus blancs transversaux formant une surface triangulaire connue sous le nom de lyre ou corpus psalloi^des. La base de ce triangle, qui est en même temps la base du trigone, répond au bourrelet du corps calleux.
A la partie antérieure, les bandelettes géminées sont accolées et constituent l'angle antérieur du trigone ; puis elles se dirigent en bas pour former les piliers antérieurs, qui s'écartent à angle aigu. Les piliers antérieurs se portent immédiatement en arrière de la commissure blanche antérieure qui se dirige transversalement d'un corps strié à l'autre, et croisent sa direction. On donne le nom de vulve au cul-de-sac qui est compris entre les deux piliers et la commissure ; ce cul-de-sac, qui se trouve dans l'axe du>entricule de la cloison, ne communique pas avec lui comme on le croyait autrefois. Après avoir formé les bords latéraux de la vulve, les piliers antérieurs se portent en bas et en arrière dans l'épaisseur des couches optiques, qu'ils traversent pour aller former à la base du cerveau l'écorce blanche des tubercules mamillaires. Après s'être tordus successivement en dedans, puis en haut et en dehors, ils remontent dans la partie antérieure de la couche optique où
ils se perdent. Le faisceau qui descend daus la paroi du septum lucidura, s'étale sur la tète du noyau caudé, et entre en connexion avec le noyau lenticulaire, la capsule externe etl'avantmur.
En dehors de chaque pilier antérieur, en avant de la couche optique, on voit de chaque côté un orifice arrondi, ce sont les trous de Monro, qui font communiquer les ventricules latéraux avec le ventricule moyen.
Fig. 9 (d'après Welcker). Moule des cavités ventriculaires .
I. II, ventricules latéraux ; — III, troisiftme ventricule ou ventricule moyen;
— IV, quatrième ventricule; — CA cornes antérieures des ventricules latéraux ;
— CP, coraes postérieures des ventricules latéraux ; — CI, corne inférieure des ventricules latéraux ; — TM, trous de Monro ; — A2, Aqueduc de Sylvius ; — R4, recessus lateralis du quatrième ventricule ; — II, empreinte de la corne d'Ammon ; — EM, empreinte de l'ergot de Morand ; — F, fastigium du 4= ventricule.
Au niveau du trou de Monro, la couche optique offre une dépression où l'on voit un faisceau de fibres blanches qui borde la partie postérieure du trou. Ce faisceau n'est autre que le pédoncule antérieur de la glande pinéale qui envoie quelques fibres dans le pilier antérieur de la voûte. Le trigone qui
forme le plancher des ventricules latéraux, constitue le plafond du ventricule moyen ou troisième ventricule qui présente la forme d'une fente antéro-postérieure descendant jusqu'à la base de l'encéphale, dont elle n'est séparée que par la racine grise des nerfs optiques et le tuber cinereum. Cette fente est formée latéralement par la partie interne des couches optiques, qui à l'état normal est à peu près verticale et plane. Les deux couches optiques sont réunies à travers le ventricule par une masse de substance grise, la commissure grise oumoUe qui manque sur un certain nombre de cerveaux. A la partie postérieure du troisième ventricule s'ouvre l'agwec^wc de Sylvius, qui fait communiquer le ventricule moyen avec le quatrième ventricule. L'orifice de l'aqueduc était décrit par les anciens anatomistes sous le nom d'anus : il est situé au-dessus de l'écartement des pédoncules cérébraux et au-dessous d'un cordon de substance blanche, la commissure blanche j^ostérieure, qui se rend d'une couche optique à l'autre.
L'aqueduc de Sylvius est creusé dans la partie de l'isthme de l'encéphale qui correspond à la région postéro-supérieure de la protubérance. Il passe au-dessous des tubercules quadrijumeaux,et se termine sous la lamelle nerveuse connue sousle nom de valvule de Vieussens et qui remplit l'espace compris entre les pédoncules cérébelleux supérieurs, etjenvoie vers les tubercules postérieurs deux petits tractus blanchâtres, les freins de la valvule. C'est de chaque côté de ces freins que naissent les seuls nerfs dont l'émergence ne se voit pas à la base de l'encéphale, les nerfs pathétiques ou de la quatrième paire.
Dans l'espace laissé libre entre la commissure postérieure et la base du trigono se place la glande pinéale, comprise dans le dédoublement de la toile choroïdienne, au-dessous de la veine de Galien.
La glande pinéale ou conarium, que Descartes regardait
comme le siège de l'âme, tire son nom de sa forme en pomme de pin. Le sommet du cône est dirigé en arriére et en haut. Elle repose sur les tubercules quadrijumeaux antérieurs, et de sa base on voit partir de chaque côté trois prolongements, les pédoncules antérieurs ou supérieurs, les pédoncules moyens, et les pédoncules inférieurs ou postérieurs. 1° Les pédoncules antérieurs, les rênes, habe^iœ, sont deux cordons de substance blanche, qui se portent de chaque côté le long de la limite externe et supérieure du A'^entricule moyen et du bord de la toile choroïdienne, et se continuent jusqu'au bord postérieur du trou de Monro et dans les piliers antérieurs de la voûte. . 2* Les pédoncules moyens sont aussi de petits cordons blancs qui se portent transversalement de chaque côté à la couche optique. 3° Les pédoncules postérieurs passent en avant de la commissure postérieure ; ils se dirigent en bas en divergeant pour aller se perdre dans la couche optique correspondante.
La glande pinéale est constituée par une enveloppe fibreuse, de la face interne de laquelle partent de nombreux prolongements; son parenchyme est formé d'une quantité considérable de noyaux et d'un certain nombre de follicules clos. On voit souvent à son centre des concrétions de matière organique qui se présente sous forme de sable composé de sels calcaires, incolores ou colorés en jaune citrin. Lorsque ces concrétions sont très abondantes, elles peuvent constituer de véritables tumeurs qui ont été décrites sous le nom de psamrnomes. La glande pinéale peut d'ailleurs être le siège d'autres productions pathologiques, et principalement des kystes séreux. Descartes y ayant placé le siège de l'âme, on ne doit pas s'étonner qu'on signale son absence dans l'idiotie ; mais c'est une adaptation * qui mériterait d'être appuyée sur de nouvelles observations.
La description que nous venons de faire de la voûte à trois piliers et des parties qui entrent en connexion avec elle, per-
met de comprendre la constitution du troisième ventricule ou ventricule moyen. Ce ventricule est situé sur la ligne médiane entre les couches optiques, qui forment ses parois latérales, au-dessous du trigone et de la toile choroïdienne appliquée à sa face inférieure. Il a la forme d'une fente infundibuliforme, dont la partie la plus large, qui regarde en haut, répond au trigone, et le sommet à la tige pituitaire. On voit sur son bord antérieur la bifurcation des piliers du trigone, la vulve et la commissure blanche antérieure ; sur son bord postérieur on remarque aussi, de haut en bas, le bord postérieur de la voûte, l^a glande pinéale comprise entre les feuillets de la toile choroïdienne, la commissure blanche postérieure, et enfin l'anus ou orifice antérieur de l'aqueduc de Sylvius.
L'infundibulum, qui répond à la partie inférieure du ventricule moyen, est constitué par une membrane de suhstance grise en connexion avec la racine grise des nerfs optiques, et d'où part, entre la partie postérieure du chiasma et les tubercules mamillaires, un cordon cylindrique, creusé d'un étroit canal, la tige pituitaire, qui aboutit à un organe étranger aux centres nerveux, mais qui mérite cependant une courte description :
Laglandepiluitaire remplit la selle turcique ; c'est un corps ovoïde, à grand diamètre transversal de ISmilIimétres environ, son plus petit diamètre antéro-postérieur n'a que 6 à 8 millimètres. Elle pèse environ 40 centigrammes, Galien la considérait comme une sorte d'éponge destinée à absorber la pituite ; pour Meckel, au contraire, elle sécrétait le liquide ventriculaire ; d'autres auteurs admirent une opinion mixte : ces différentes explications du rôle de la pituitaire avaient pour hase la croyance généralement admise que la tige de l'infundibulum était perméable. Wenzel lui faisait jouer un
rôle considérable dans le développement de l'épilepie; plusieurs auteurs, et notamment Bourgery, l'ont regardée comme uue des origines du grand sympathique; on y avait placé le centre des mouvements de l'iris. Luys, Frey, Kolliker, etc., y ont reconnu la présence de follicules clos, et on la considère maintenant comme une glande vasculaire sanguine. Cependant Yirchow pense qu'on doit distinguer un lobe postérieur composé surtout de névroglie et de quelques éléments nerveux. Ce corps, qui paraît résulter de l'étranglement de la partie supérieure delà bourse pharyngienne, peut être le siège d'un certain nombre de productions pathologiques : abcès, cancer, tubercules, tumeurs colloïdes, kystes séreux, kystes à échinocoques, qui sont susceptibles de comprimer les parties voisines, et en particulier le chiasma, les bandelettes optiques, les pédoncules cérébraux.
Le quatrième ventricule ou ventricule du cervelet est situé entre la face postéro-supérieure du bulbe et la face inférieure du cervelet. Sa paroi inférieure présente la forme d'une dépression losangique, dont les bords antérieurs sont constitués par l'écartement des pédoncules cérébelleux supérieurs, et les bords postérieurs par l'écartement des pyramides postérieures. Le losange est divisé longitudinalement par un sillon médian déterminant le fond de la vallée. Ce sillon, désigné sous le nom de tige du calamus scriptorius, commence, en haut, à l'ouverture de l'aqueduc de Sylvius, et se termine en bas à l'orifice du canal de l'épendyme qui parcourt la moelle de haut en bas ; à sa partie inférieure il est plus profond : les pyramides postérieures qui, en se rapprochant, tendent à le recouvrir, sont réunies au niveau du bec du calamus scripto- I rius par un tractus transversal, le verrou, recouvrant l'angle inférieur du ventricule, au moment où il se continue avec le canal épendyraaire. Au-dessous des angles latéraux du quatrième ventricule, sa paroi inférieure est parcourue transver-
salement par un certain nombre de fibres blanches, les barbes du calamus scriptorius, qui ne sont autre chose que les racines postérieures des nerfs acoustiques. Au-dessus de ces fibres, on voit, de chaque côté du sillon médian, deux faisceaux longitudinaux, désignés sous le nom de fasciculus teres. Un peu plus haut, existe de chaque côté une petite région légèrement saillante, d'un gris ardoisé ; c'est le locus cœruleus qui recouvre le noyau d'origine du nerf trijumeau. Au-dessous des barbes, on voit, de chaque côté de la ligne médiane, un triangle de coloration blanche, à base inférieure et à sommet supérieur, c'est Vaile blanche interne qui recouvre le noyau de l'hypoglosse ; plus en dehors, une autre surface triangulaire à base supérieure et à sommet inférieur, c'est Vaile grise qui recouvre le noyau des nerfs spinal, pneumogastrique et glossopharyngien, ou nerfs mixtes ; enfin contre le bord externe du ventricule un autre triangle dirigé comme le premier et blanc aussi, c'est Vaile blanche externe, qui recouvre le noyau du nerf acoustique. La paroi supérieure du quatrième ventricule est constituée par le vermis in ferior àii cervelet et Isivalvule de Vieussens.
Les cavités intra-encéphaliques etintra-médullaires sont en communication constante, et on se rend facilement compte des rapports de ces cavités, si on se rappelle leur mode de formation. Lorsque de chaque côté du sillon longitudinal en feuillet corné, les lames médullaires se sont élevées progressivement et rapprochées l'une de l' autre, puis enfin soudées, il s'est formé un canal continu, le canal encéphalo-rachidien. Tandis que la portion médullaire ne subit que des modifications de structure, la région antérieure subit des changements de forme. En conséquence de la flexion céphalique, le canal encéphalo-rachidien s'infléchit à sa partie antérieure ; en même temps qu'elle se renfle, cette partie subit une sorte de gonflement. Elle présente tout d'abord trois renflements vési-
culaires; on voit se former les vésicules antérieure, moyenne et postérieure. La vésicule cérébrale" antérieure se subdivise bientôt en deux parties : l'une antérieure, l'autre postérieure; la partie antérieure elle-même est bilobée et donne naissance aux hémisphères cérébraux dans lesquels sont creusés les ventricules latéraux ; la partie postérieure constitue le cerveau moyen avec le troisième ventricule. L'origine commune des trois cavités cérébrales reste indiquée chez l'adulte par la persistance des trous de Monro. La vésicule moyenne reste indivise ; elle constitue l'isthme de l'encéphale et est creusée par l'aqueduc de Sylvius, qui établit une communication avec la cavité de la vésicule postérieure qui, elle, se subdivise pour constituer le cervelet et le bulbe ; à cette vésicule correspond le quatrième ventricule qui se continue avec la portion spinale du tube encéphalo-rachidien. La figure 9, qui représente un moulage des cavités ventriculaires, rend bien compte de leurs rapports et de leurs communications.
Les parois du canal encéphalo-méduUaire sont tapissées par une membrane conjonctive, Vépendyme, qui présente à sa surface un épithélium cylindrique à cils vibratiles ; sur certains points cependant, ces cellules s'aplatissent, pour prendre quelquefois l'aspect de l'épithélium pavimenteux. Cette membrane, qui constitue une sorte de pie-mère interne, participe à la plupart des altérations pathologiques de la pie-mère extérieure.
Les cavités ventriculaires contiennent, à l'état normal du moins, une très petite quantité de liquide céphalo-rachidien ; on peut facilement se convaincre, lorsque l'on pratique des coupes sur des têtes congelées, que ces cavités peuvent être
considérées comme des cavités virtuelles, à peu près complètement remplies par les plexus choroïdes, dont le volume doit
Fig. 10 {Coupe transversale de Vhémisphère gauche. Lésion congénitale ; — destruction de la couche optique et do la partie postérieure du centre ovale ; dilatation du ventricule latéral (hémialiiétose, hémianesthésie sensitivosensorielle).
être plus considérable encore pendant la vie, lorsque les vaisseaux sont distendus par le sang. L'absence d'une quantité considérable de liquide peut encore être établie, par ce fait, qu'il peut s'établir des adhérences entre ces parois ventriculaires ; on en voit assez souvent au niveau de la tête du noyau caudé
chez les sujets âgés. Toutefois, dans certaines conditions pathologiques, les cavités ventriculaires acquièrent une capacité beaucoup plus considérable ; c'est ainsi que dans l'hydrocé-
Fig. 11 (même cas que la figure 10). Destruction partielle des masses centrales, dilatation du ventricule.
phalie congénitale, les hémisphères cérébraux sont transformés en de véritables bourses à parois minces, presque transparentes. Dans un cas de ce genre nous avons vu les trous de Monro laisser passer le petit doigt. Chez les vieillards, les cavités cérébrales, et, en particulier, les ventricules latéraux, sont beaucoup plus étendues que chez l'adulte. Certaines
lésibns encéphaliques peuvent déterminer leur élargissement et leur déformation ; c'est ainsi que les ramollissements cérébraux anciens un peu étendus provoquent, du côté correspondant et dans la région correspondante des ventricules une dilatation plus ou moins considérable : le liquide céphalorachidien prend la place des parties détruites. Ces faits peuvent expliquer comment la distension ventriculaire est la conséquence de l'atrophie sénile du cerveau {Fig. 10 et 11) (1).
Si l'embryologie nous explique la communication des cavités cérébro-médullaires, elle peut encore nous rendre compte de la communication, ou de l'apparence de communication, qui existe entre ces cavités et la cavité sous-arachnoïdienne. Nous avons vu que, primitivement, les vésicules cérébrales sont fermées de toutes parts et ne communiquent qu'entre elles. Mais peu à peu, les vésicules des hémisphères cérébraux se développent et s'étendent en arrière sur le cerveau intermédiaire qu'ils recouvrent. Sous l'influence de la pression, la paroi supérieure du cerveau intermédiaire s'amincit, s'atrophie, et finit par disparaître, et il n'est plus fermé de ce côté que parla pie-mère, qui formait un double repli interposé entre les deux ventricules. Ce double repli constitue la toile choroïdienne qui forme réellement la paroi supérieure du quatrième ventricule. On comprend de la même manière, et grâce à l'adossement des hémisphères, la formation de la grande fente de Bichat ou fente circumpèdonculaire, qui laisse passer par sa partie moyenne la toile choroïdienne dans le troisième ventricule, et les plexus choroïdes dans les ventricules latéraux.
La pie-mère, qui pénètre ainsi dans les cavités cérébrales par toute l'étendue de la fente de Bichat, constitue la pie-mère
1. G. Paul, Du rôle des ventricules latéraux dans les changements de volume du cerveau. {Bull. acad. méd. 1884.)
interne, destinée à fournir des vaisseaux aux parois des cavités ventriculaires. Elle forme la toile choroïdienne et les plexus choroïdes des ventricules latéraux.
1° La toile choro'i'dienne présente une forme triangulaire Sa base, tournée en arrière, est située entre le bourrelet du corps calleux, et les tubercules quadrijumeaux, au niveau desquels elle comprend la glande pinéale entre ses deux feuillets. Son sommet, tourné en avant, est bifurqué, et chaque branche de bifurcation passe dans le trou de Monro du même côté. Ses bords sont en continuité avec les plexus choroïdes, ils reposent sur la face supérieure des couches optiques, auxquelles elle adhère pour fermer en haut le ventricule moyen. Sa face inférieure est en rapport avec la cavité de ce ventricule ; et elle recouvre latéralement une partie de la face supérieure de la couche optique. On y voit, prés de la ligne médiane et de chaque côté, une traînée de granulations rouges qui se dirige vers le trou de Monro : ces granulations ne sont autre chose que les plexus choroïdes du ventricule moyen, qui se continuent en avant avec les plexus choroïdes des ventricules latéraux.
La face supérieure adhère autrigone dans toute son étendue. Cette adhérence est lâche chez les sujets sains ; mais elle devient plus intime dans certaines conditions pathologiques; dans la périencéphalite Chronique diffuse, la membrane piemériennene peut quelquefois être détachée qu'en arrachant une couche de substance nerveuse. La toile choroïdienne est une membrane très vasculaire qui contient surtout un grand nombre de veines, parmi lesquelles les veines de Galien ({m, nées de chaque côté des veines des plexus choroïdes des ventricules latéraux, se réunissent vers la partie postérieure de la toile en un seul tronc qui va se jeter dans le sinus droit.
2" Les plexus choroïdes des ventricules latéraux naissant
des parties latérales de la fente de Bichat sont surtout volumineux dans la corne sphénoïdale du ventricule ; ils contournent la couche optique en suivant le pilier postérieur du trigone jusqu'au trou de Monro. Ces plexus sont très vasculaires ; on peut même direqu'ils sont presque exclusivement constitués par des vaisseaux soutenus par le prolongement de la pie-mère.
On se souvient que, d'après son mode de formation, le prolongement pie-mérien est double : ses deux feuillets se confondent en général sur la plus grande partie de l'étendue des plexus ; toutefois, ils restent séparés sur certains points, et cette disposition suffit à expliquer la formation des kystes séreux qu'on y rencontre si fréquemment. Ces replis conjonctifs ne contiennent pas de graisse à l'état normal ; toutefois on peut y rencontrer quelquefois, comme dans la pie-mère delà base de l'encéphale, des productions lipomateuses généralement de petit volume.
De même que la superposition et la pression réciproque des vésicules hémisphériques et de la vésicule intermédiaire ont pu nous expliquer la formation de la fente de Bichat et de la communication apparente des ventricules latéraux et moyen avec la cavité sous-arachnoïdienne ; de même la superposition et la pression réciproque des deux vésicules secondaires de la vésicule postérieure nous explique la communication du sinus rhomboïdal avec la même cavité sousarachnoïdienne. Cette communication est fermée par le même mécanisme que la fente de Bichat, par un double prolongement de la pie-mère qui constitue de chaque côté le plexus choroïde du quatrième ventricule, beaucoup moins développé que ceux qui précèdent.