‹ Traité élémentaire d'archéologieChapitre 44 sur 98 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

el travaillée par les anciens; si elle provient d’un gisement d’où ils purent en tirer pour leur usage, et si les bons artistes l’employèrent. Le lini parfait du travail, la franchise du dessin, la fidélité du costume, le fond de la gravure bien poli et bien pur, sont des indices assez certains d'antiquité ; quelques incorrections ou quelques fautes môme dans le dessin ne les contredisent pas; une gravure peu profonde, el même presque à plat, n’est pas un ouvrage moderne, quoique la gravure antique soit souvent très-profonde et le relief très-haut. L’emploi de la perspective rend une pierre très-suspecte, les anciens ayant ignoré cette application de la dioptri— (lue; ils se bornaient à graver plus profondément la ligure principale, alin qu’elle sortit davantage dans les reliefs ; ils savaient cependant produire dans les camées une sorte de distribution d’ombres eide lumières. On a remarqué enlin que le méplat (aplatissement des parties rondes du corps humain dans les figures) est un des principaux caractères des pierres antiques. Du reste, les camées, dont on a fabriqué un grand nombre dans les temps modernes, sont en général t. u. i

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plus suspects que les inlailles. On conseille encore très-particulièrement l’examen attentif de la matière des pierres, leur dureté, leur poids, leur saveur, leur opacité et l’effet du tact; de les exposer aux rayons du soleil pour s’assurer que leurs couches sont naturelles, et que les inscriptions n’ont pas été ajoutées par des faussaires. On doit remarquer aussi qu’on a exécuté un travail moderne sur des pierres antiques découvertes toutes préparées. L’aspect des pierres antiques est en général plus mat et moins brillant que celui des pierres modernes; le sujet et les inscriptions sont d’un grand secours j pour aider à une distinction qui résultera plus sûrement de l’usage et de l’étude comparative des ouvrages anciens avec les modernes, et d’un grand exercice des yeux et du jugement. On a dit que la cire s’attachait plus aisément aux pierres modernes qu’aux pierres antiques; mais celle règle n'est pas certaine : la cire s’attachera à une pierre d'autant plus fortement que le poli de la pierre sera moins parfait, qu’elle soit antique ou ! moderne. Enlin on connaît des pierres anli- | ques qu’on a nouvellement repolies, ce qui I

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altère très-sensiblement les traits de la composition, et leur fait perdre de leur prix.

§ VI. Sujet des pierres gravées.

14. Les sujets des pierres gravées, autres que les portraits et les compositions de fantaisie, sont tirés de la mythologie, ou des temps héroïques, ou des événements historiques. On examinera donc si le sujet est conforme aux rits, aux mythes et aux traditions qui sont consacrées, si les attributs et le caractère des figures s’y rapportent exactement, ainsi que les symboles accessoires. On doit remarquer cependant que des sujets mythologiques inconnus ou difficiles à expliquer prouvent plutôt en faveur de l’antiquité de la pierre que contre elle. Les Égyptiens ont été lidôles, dans leurs ouvrages, aux idées de leur nation, et leurs scarabées sont d’ailleurs en trop grand nombre pour qu’on songe à les contrefaire, si ce n’est sur des matières rares ou singulières; mais dans ce cas, le tracé mal conformé des inscriptions décèlerait bientôt le faussaire. Quant aux Étrusques, le style de leurs ouvrages est un type d’authenticité qu’il n’est pas facile d’imiter,

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et qui ne peut tromper si ou le combine avec les indices généraux exposés au précédent paragraphe. Les Grecs ne traitèrent que des sujets pris de leur mythologie ou de leur histoire héroïque, et rarement des événements contemporains de la pratique de l’art. A Rome, les artistes s'adonnaient encore aux sujets grecs, et s’ils représentèrent un sujet de l'histoire romaine, ils mêlèrent toujours l’allégorie à l’histoire, et l’absence des ligures allégoriques dans des sujets de ce genre rend toujours la pierre très-suspecte. I 15. Les inscriptions sont ordinairement très-courtes : elles sont des devises ou des |j noms propres. Ainsi, sur une cornaline représentant Hercule se reposant de ses travaux, on écriviLen grec celte sentence : « Le j « travail est la source d’un honorable repos.» Quant aux noms propres, on a tiré de leur ; étude ces trois préceptes : sur les pierres I étrusques, c’est le nom du personnage quel- ! les représentent; sur les pierres grecques, |j c’est le nom de l’artiste ; sur les pierres ro- ;i mairies, le nom du propriétaire ou celui de j l’artiste. Les inscriptions sont d’un grand j! secours pour l’examen de l’authenticité d’une |l

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pierre; on doit donc s’attacher à ces inscriptions, examiner la forme des lettres, si elle est telle que l'indiquent la nature des alphabets antiques, leurs variations et leur état pour l'époque à laquelle la pierre paraît remonter; si elle est étrusque, les lettres doivent l’être aussi ; le vieux style grec exige les lettres de l’alphabet contemporain , et il en est de même pour les temps postérieurs : on trouvera à la IIIe planche le tableau de ces alphabets. En général, les artistes grecs ont écrit leur nom au génitif, sous-entendant les mots ouvrage de...

Une inscription ajoute au prix d’une pierre, mais les faussaires se sont particulièrement appliqués à ce genre de supercherie. Pour ne pas en être la dupe, on examine si la beauté du travail répond à la réputation de l’artiste ancien auquel on l’attribue, et dont le faire est connu par d’autres ouvrages; si la matière, par sa beauté et par son prix, répond aux soins qu’avaient les meilleurs graveurs de ne travailler que sur les plus belles pierres. La manière dont les lettres sont gravées est aussi un bon indice; sur les plus anciennes, elles ne sont pas très-soi-

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gnées, el offrent même quelquefois maintes incertitudes. Cependant le fond est bien terminé, et le poli ne diffère point de celui de l'ensemble de la pierre; le secours de la loupe est ici indispensable. Les inscriptions des pierres du siècle d’Auguste sont remarquables par la beauté des lettres et leur parfaite exécution, quoique très-petites. Les grands artistes ne laissaient à personne le soin d’y inscrire leur nom, ils voulaient que tout fût parfait dans leur ouvrage. Ces inscriptions, particulièrement celles du temps d’Auguste, sont terminées par de petits points ronds très-égaux dans leurs proportions, leurs in- ; tervalles el leurs profondeurs; ils sont en creux et faits à la boulerolle; on pense qu’ils indiquaient la distance des lettres et l’intervalle de leurs jambages, afin de les rendre plus régulières. 11 est presque superflu d’avertir que le mélange des lettres grecques et latines dans une inscription dénonce au I premier aspect l’ouvrage d’un faussaire, ainsi ) que la mauvaise orthographe des mots et des noms propres, trompés qu’ils étaient par la ! prononciation, comme pour le nom du gra- < veur Dioscorides, qu’ils ont écrit Moitcomor |

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au lieu île aioskoïpiaov, comme le veut l’ctymologie. Il en est de même si l'on a donné à la même lettre répétée deux formes différentes qui appartiennent à deux époques de l’alphabet, tandis que la pierre ne peut être contemporaine que d’une seule : ainsi, le s grec, figuré par s et par c dans le même mot. On trouve quelquefois deux noms propres sur une pierre : si le premier est au nominatif et le second au génitif, comme evtvxhx moïkovpuov, Eutichùs... de Dioscoride , on voit que l’auteur de la pierre était le lils ou l’élève de celui qui porta le second nom ; si l’on y lit deux noms propres unis par la conjonction ïtn , avec , c’est que les deux artistes ont travaillé à la même pierre. Enlin, un artiste a ajouté à son nom celui de sa profession ai ho... lithoglyphe ; et d’autres, le nom de leur pays. Les noms des graveurs romains sont le plus souvent écrits en grec. Il est presque inutile d’ajouter qu’une pierre portant le nom d’un artiste dont l’époque est connue, et un sujet tiré des temps postérieurs à cet artiste, révèle aussitôt son évidente fausseté. Les plus habiles imitateurs des inscriptions antiques, parmi les artistes

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modernes, furent Flaviano Sirleti, Natter et Pichler, graveurs du dix-huitième siècle. Le premier sigua ses propres ouvrages, pour leur donner une apparence d’antiquité, des initiales de son nom en lel 1res grecques i>.t.x. Phlabiou tou Sir/etou. Pichler l’écrivit tout entier : hixahp. Natter traduisit le sien par le mot grec tapox, et des antiquaires célèbres s’y sont laissé tromper. Souvent l’époque où vivait un lilhoglyphe ancien n’est pas exactement connue; son nom peut donner quelques approximations, cl celui de Zosime, par exemple, rappellera le Bas-Empire, ce nom étant d’un usage plus fréquent à cette époque. Les graveurs modernes ont abusé des noms les plus célèbres, et la collection de feu le prince Poniatowski abonde en ouvrages signés des Pyrgotèles, Polyclète, Apollonide, ChromiusetDioscoride, qui sont tout autan! de noms supposés. Mais la difficulté de s’assurer de ces suppositions rend presque impossible la rédaction d'uiie liste certaine des graveurs en pierres fines de l’antiquité.

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