Sous le litre de paléographie étrusque
INSCRIPTIONS
nous comprenons : 1° les inscriptions des Étrusques proprement dits, dont le territoire était borné par la Macra et le Tibre; 2° celles des Sabins, des Volsques et des Samniles (Étrurie inférieure), peuples qui habitaient à l’orient du Tibre; 3° enfin celles de l’Étrurie supérieure qui occupait les rives du Pô. Les documents qui nous restent des uns et des autres sont assez peu nombreux, leurs alphabets et leurs formules sont assez analogues, pour ne pas exiger de minutieuse:
distinctions qui , par ces deux motifs même seraient assez difficiles à établir. La natioi étrusque fut d’ailleurs la plus puissante d tous les peuples italiotes; ses monument écrits sont les plus connus, ceux dont les sa-j vants se sont le plus occupés, et il résultli des recherches qu’ils ont publiées, une assegrande divergence d’opinions non-seulemei sur l’origine de l’alphabet étrusque, sur 1Y poque de son invention ou de son introduis tion en Italie, mais sur le temps môn auquel on peut assigner les plus anciens me numents écrits de cette nation. Sans no occuper ici de ces graves questions, nous a Ions exposer les préceptes les plus certaL
PALËOüKAPHIB UES ÈTUUSQUES. 159
sur la paléographie étrusque, tels du moins que les ont laits les doctes critiques dont le sentiment a réuni les plus imposants suffrages. Nous avons dû considérer aussi que les monuments dece genre ne se trouvant qu’en Italie, et leur étude ne pouvant être d’une très-grande importance pour l’archéologie française, il pouvait suffire au but de cet ouvrage, d’y consigner les généralités relatives à cette classe de monuments. Le sujet du plus grand nombre d’entre eux , offrant encore beaucoup d’incertitudes, il suffira de les considérer ici dans un ordre dépendant de leur plus ou moins grande étendue : les inscriptions funéraires sont les seules dont la nature soit reconnue sans opposition.
92. Comme remarques générales applicables à la lecture des inscriptions étrusques, nous dirons : 1° que les inscriptions sont toujours écrite de droite à gauche; 2° que les voyelles sont très-ordinairement supprimées, et que les consonnes sont les seules lettres constamment exprimées , soit que l’usage de supprimer les voyelles dans l’écriture fût propre aux Ilaliotes comme aux Orientaux, soit qu’ils astreignissent trop l’écriture à figurer
ICO
INSCRIPTIONS
en quelque sorte la prononciation, et l’on a reconnu que plus une inscription étrusque est ancienne, moins on y retrouve de voyelles.
Il faut donc les suppléer, et ce devoir n’est pas facile, lorsqu’il s’agit des mots d’unei langue qui est perdue : ce n’est donc que< par l’analogie et en trouvant dans une autre inscription le même mot avec une ou plusieurs des voyelles qui entrent dans sa composition, qu’on peut espérer de suppléer ces- I voyelles avec quelque certitude. Mais selon le système de l’illustre Lanzi, il suffirait de seguider, dans ce travail très-hasardeux, pai le mot grec ou latin qui, par le nombre et l’ordre des consonnes, a le plus de rapport avec le mot étrusque abrégé, et l’on sent que l’on peut ainsi assez aisément faire unt phrase latine ou grecque et môme française avec une phrase étrusque dont on n’écri , (lue les consonnes : la méthode la plus sûre la plus digne dusulfrage des bons critiques' me semble donc consister dans les rapproche ! ments du même mot employé dans plusieur j inscriptions; 3° que les mots d’une inscrip tion sont quelquefois séparés par un poin I ou par deux, même par un trait perpendicu j
laire irrégulier, et souvent ne le sont par aucun signe; c’est là une difficulté de plus et qui exige, pourêtre surmontée, une grande habitude des lexles étrusques; 4° qu’une inscription étrusque, surtout si elle est funéraire, est parfois bilingue; c’es. -à-dire en étrusque d’abord et en latin au-dessous, ou bien dans un ordre contraire; et comme elles ne contiennent que des noms écrits selon ces deux alphabets, elles ont été d’un grand secours pour restituer l’alphabet étrusque; 5° que si l’inscription est sur une plaque de bronze ou de plomb, elle est souvent tracée sur lesdeux côtés decelte plaque, elque quelques inscriptions, quoique en caractères étrusques , sont cependant purement romaines.
it3. Les grandes inscriptions étrusques sont pou nombreuses, et les plus célèbres sont : 1° celles qu'on a trouvées à Goubio, l'antique Eugubium, en 1444, connues sous le nom de tables cugubines, et desquelles un Français, Bourguet , lira le premier alphabet étrusque en 1732 ; 2° le grand cippe quadrangulaire, d’environ 5 pieds de hauteur, découvert en 1822 auprès de Pérouse, et sur
INSCKIPTiONS.
lequel M. Vermiglioli publia en 1824 de doctes conjectures. .Les tables eugubines en caractères étrusques (nous parlerons ailleurs de celles qui sont en caractères latins), ont beaucoup exercé la sagacité des critiques, et il paraît, d’après l'illustre Lanzi, que leur texte regarde entièrement des matières religieuses, qu’elles sont des fragments de ce que les anciens nommaient pontificales et riluales libri. Ce sont les fratres atherii ou atheriates , ordre particulier de prêtres, qui doivent exécuter les cérémonies prescrites par ce rituel , et les prêtres appartiennent à une tribu nommée Ikuvina , qui lit ensuite alliance avec les Romains. Quelques-uns de ces prêtres y sont nommes, ainsi que divers lieux de cette partie de l’Italie et plusieurs familles connues ailleurs par les rapports de l’histoire. On y distingue aussi quelques noms de divinités locales. Viennent ensuite les formules des prières qui doivent précéder les sacrifices, la désignation des animaux et des comestibles à offrir dans ces sacrifices, i l'indication des parties des victimes consacrées aux dieux, ce qui concerne la cuisson des viandes, enfin les actes qui doivent sui—
vre les sacrifices. Lanzi croit aussi avoir discerné plusieurs indications d’époques, telles que les ides de novembre, etc., et môme une date, A. CCC, l’an 300. Pour l'aire comprendre la méthode d’interprétation de Lanzi, nous citerons ici un seul passage, et nous avons choisi l’un de ceux où le célèbre interprète a eu le moins à suppléer de lettres et de mots : ce sont les lignes 28, 29 et 30 de la table n° 1 et 2 selon Dempster, et le lecteur voudra bien supposer ces lignes écrites en caractères étrusques tracés de droite à gauche ; notre inversion de gauche à droite conserve exactement l'ordre et la correspondance des lettres et des mots selon le texte étrusque qui est sous nos yeux ; la version latine de Lanzi est ici interlinéaire, afin de mieux exposer la corrélation des mots dans les deux langues :
1VIKA : meusuva : uviikum : GABETU :
jecora Mfta (femora) ovium habeto à
Pli PATRUSTE : ATIIERIE : AHTISPER :
f'ratribus Atheriatibus... pro eiikyasatis : tutates : iiuvina : trephivadatis Iota Jovina tribu pro
TER : IIUVINA : SAIKRE.
jovina sacrum.
INSCRIPTIONS
On remarquera toutes ces analogies de mots étrusques avec le latin, et que dans ce passage, Lanzi n’a eu recours qu’à un seul mot grec, mais il est rarement aussi sobre de tels secours.
94. L’inscription de Pérouse occupe la face antérieure et le côté gauche du cippe ; M. Ver- i miglioli conjecture qu’elle se rapporte aux lois rurales, à la limitation des terres, etc., et ce savant en a entrepris l’interprétation conjecturale d’après les principes exposés et pratiqués par Lanzi; il s’occupe donc de chaque mot l’un après l’autre, reconnaît ceux qui sont des noms propres d’hommes ou de lieux, comme le prouvent quelques inscrip- j lions funéraires, et il cherche les analogues des autres dans le grec ou le latin, pour déterminer leur expression probable au moyen I de ces analogies. On voit par là que la criti- il que interprétative des monuments écrits pro- j venant des divers peuples de l’Italie primi- Il live est très-peu avancée, si ce n’est dans la j| lecture des noms d’hommes et de lieux, qui || varient peu sous les différentes dominations « auxquelles ils sont successivement soumis. I Les autres genres d’inscriptions étrusques I
dont il nous reste à parler confirmeront ces aperçus généraux.
95. Les inscriptions votives et autres, celles qui se trouvent sur des vases, sur des cachets, des piédeslaux, des figurines, des ustensiles, etc., sont en général fort courtes. Les figurines de forme humaine en offrent rarement, les attributs et les symboles qu’elles portent suffisant pour les caractériser. Les figurines représentant des animaux, tels que porcs, loups, etc., et même des chimères, ont une courte inscription qui est ordinairement le nom d’une divinité à laquelle la figurine a été offerte, ou bien le nom de la personne qui en a fait l’offrande, et cette inscription est presque toujours écrite sur une partie du corps de la figure consacrée. Les inscriplions de cette dernière espèce sont caractérisées par des formules souvent répétées sur les monuments, et d’où l’on a conclu leur généralité et leur expression. Les formules les plus ordinaires sont les suivantes : mi : cana, m’a donné (sur les plus anciens monuments); tece et analogues, pour le grec a placé, a dédié; turuce, turce, a donné , a dédié ; c’est la
INSCRIPTIONS
formule la plus commune; phi.eres, don , consécration ■ sütiiî, suthil, de ,
pour le salut de, ou pour.... On a reconnu aussi quelques noms de divinités dans ces Inscriptions, et entre autres Apulufe , Apollon, Aritimi, Artémis (Diane); Selvan, Silvain; Marte, Mars; Menerva, Minerve; Mercuriei, Mercure.
96. D’autres inscriptions , non funéraires, se rapportent aux usages domestiques des Italiotes : ils écrivaient sur la porte principale de leur maison, arse verse, et c’était une invocation contre les incendies, ces deux mois signiliant, selon Sextus, averte ignem. Dans les champs, des cippes portaient ces mots : mapte hdiue (ou Thurie) à Mars Terminalis. ean, pour evan, écrit sur un amulette ayant la forme d’un cœur, est le litre d’un initié aux mystères de Bacchus , et Virgile les nomme en effet Evanles ; ce même mot evan était l’acclamation ordinaire dans la célébration de ces mystères. Sur les autels, les candélabres, etc., on voit les noms et prénoms des personnes qui les ont offerts aux dieux, avec ou sans la formule mi cana (m’a donné). Une tour près*
PALÉOGRAPHIE DES ÉTRUSQUES. î 67
de Pérouse porte une grande inscription en plusieurs lignes; on en trouve aussi dans des grottes, et par une singularité remarquable, une de celles-ci se compose des lettres mêmes de l’alphabet étrusque dans l’ordre ordinaire. On a reconnu aussi dans ces inscriptions votives ou historiques, des noms de magistrats, de familles, de lieux, de collèges politiques ou religieux, et telle est l’inscription qui constate qu’unestatue debronze, qui est au musée royal de Florence, est celle d’Aulesius Metellus, lils de Velius et de Vesia, et qu’elle fut érigée eu son honneur par l’ordre des décurions et la cité entière des Pitalani.
97. Les inscriptions funéraires étrusques sont les plus nombreuses, et leur nature même explique cette particularité. On les trouve, écrites ou gravées, sur des pierres isolées, des urnes cinéraires , des bas-reliefs peints ou sculptés, sur de petites colonnes, des briques, ou des plaques de métal, dans les grottes, les chambres sépulcrales, ou enfouies dans la terre. Assez ordinairement les lettres gravées sur la pierre ont été ensuite coloréesen rouge au pinceau. Lesinscriptions
INSCRIPTIONS
qui se lisent sur des urnes portant des basreliefs, ont rarement quelque rapport avec le sujet de la sculpture, et l’on a vu la môme représentation répétée sur plusieurs urnes dont chacune portail une inscription différente. Elle est simplement relative au mort, dont elle contient le prénom et le nom ; un surnom s’y trouve quelquefois, mais très-rarement; le nom du père y est aussi, mais plus ordinairement celui de la mère suivant l’usage de plusieurs des peuples , les plus anciens, â cause de la polygamie. Pour les femmes, on ajoutait à leur nom celui de leur mari ou de la famille à laquelle elles s’alliaient; enfin on terminait quelquefois une inscription funéraire par l’indication de l’âge du défunt, mais il y en a peu d’exemples. Les inscriptions étrusques funéraires se distinguent donc par une extrême simplicité comme par leur peu d’étendue.
98. Les noms qu’on y a lus sont ordinairement au nominatif, moins souvent au génitif, et alors .ils sont précédés du monosyllabe mi. je suis ; comme mi. larthias, sum larthiœ, je suis (le tombeau) de Larthias. Si l’inscription ne porte que le nom du défunt,
sans son prénom ni son surnom, c’est l’indice que le monument est d’une grande antiquité si la forme des caraclères le démontre aussi, ou bien il est celui d’une personne peu considérable; dans le premier cas, si l’inscription est des temps primitifs de l’Italie, où les individus ne portaient qu’un seul nom, les prénoms sont : 1° d’origine étrusque pure, comme Lucumo , Aruns, etc. , que Denys d’Haliearnasse appelle des noms lyrrhéniens, et c’est une marque certaine d’antiquité relative; 2° communs aux Étrusques de toutes les régions et aux Romains, et ce sont les plus fréquenls. Les mêmes prénoms sont employés en parlant des femmes aussi bien qu’en parlant des hommes, mais pour les unes ils finissent en a, et pour les autres en i: ; les femmes , quoique très - jeunes , portent déjà un prénom , ce qui en prouve l’usage général chez les Étrusques. Ceux de leurs prénoms qu’on ne retrouve pas dans la liste des prénoms romains sont : Annius et Ennius ; Lar et Laris , qui a fait Larentia (Acca Larentia, ensuite Laurenlia) , et Lare surnommé Porsena ( Porsenna ) ; f.artes, Larthes et Larlhia; Lautme ; Tai-
INSCRIPTIONS
cumo; Tanquil et Tanaquil ; Velius et Vclia.
99. Les noms propres, ou üe famille, sont assez nombreux et ont passé pour la plupart chez les Romains. Ils sont quelquefois abrégés, mais on les termine facilement, d’après leurs désinences habituelles, en e pour les noms d’hommes, en a pour ceux de femmes. On y remarque les mêmes dérivations et diminutifs que dans les noms romains; Metlna pour Metellina, dérivation et dimi nutif de Matalla, à moins, comme on l’a pensé aussi, que dans ces noms N ne soit employé pour i, ce qui semble moins nalu— j rcl. Les noms féminins se terminent aussi très-souvent par la diphthongue ei à la dernière syllabe, comme Arunlleia pourAruutilia, ce qui ne prouverait qu’une chose, c’està-dire que cette diphthongueEi seprononçaii i , et l’ancienne orthographe latine nous l’avait déjà appris. Mais cette désinence peu aussi être le caractère d’un adjectif, et le moi précité signifie que la femme qui le portai était la fille ou l’épouse A'Aruns.