DES AUTELS
également consacrées par le zèle ou l’intérêt des particuliers; les inscriptions votives se ressemblent beaucoup sur ces deux, espèces de monuments; mais on remarque assez ordinairement sur des piédestaux, des restes de soudure de la statue qu'ils portaient, ou les trous qui avaient servi à l’y fixer.
48. Les autels égyptiens sont des monolithes de l'orme conique tronquée, de 4 pieds de hauteur , mais fort évasés ensuite à la partie supérieure, qui est ordinairement creusée en entonnoir terminé par une ouverture qui traverse la pierre dans toute sa longueur : la partie supérieure du contour pose sur une pointe de quelques pouces. On connaît des autels égyptiens en basalte vert et en granit; le cabinet du Roi en possède un de la première matière; son poli est parfait, et des inscriptions hiéroglyphiques le décorent. Caylus, pl. 19 du tome I*r de son Recueil, donne la figure d’un autre dont les inscriptions hiéroglyphiques portent le nom du roi Psammétique. 11 est rare, en effet, de trouver un monument égyptien d’un certain volume, dénué d’inscriptions ou de sculptures symboliques; ce peuple était essentielle-
ment écrivain; il voyait toujours devant lui les temps futurs, et semblait s’attacher à leur arriver tout entier. L’indifférence des Grecs et des Romains pour les productions des arts de l’Égypte l’a en quelque sorte conservée dans son intégrité à nos éludes . et à notre admiration.
49. Les autels grecs, d’abord debois, bientôt après de pierre, et quelquefois de métal, sont en général remarquables par le goût qui a présidé à leur exécution. Les autels placés dans les temples étaient de diverses formes, carrés, ronds ou triangulaires, de brique on de pierre ; ils ne devaient pas être trop élevés, afin de ne pas cacher la statue du Dieu. Les autels destinés aux libations étaient creux, les autres massifs; on les ornait de feuilles et de fleurs d’olivier pour Minerve, de myrte pour Vénus, de pins pour Pan, etc.; les sculpteurs imitèrent ensuite ces ornements, et la différence des feuilles, des fleurs ou des fruits qui lps composent, indiquait exactement je dieu auquel ils furent consacrés. On y voit aussi figurer des têtes de victimes, des patères, des vases, et autres ornements religieux, et sur les plus élégants, des bas-reliefs
DES ACTEES.
dont le sujet est relatif aux sacrifices; des inscriptions s’y lisent aussi fort souvent , et la langue dans laquelle elles sont écrites indique l’origine du monument.
50. Ce que nous venons de dire des autels grecs s’applique en général aux autels romain,j; les inscriptions latines caractérisent ces derniers; il ne iaut d’ailleurs pas oublier que les Romains n’employèrent que des artistes grecs, et le goût de ceux-ci préside à tous leurs ouvrages.
51. Autels et temples gaulois. On a voulu considérer comme des autels les monuments gaulois connus sous le nom de pierre* levées; mais, en ayant moi-môme fait fouiller plusieurs, et ayant toujours reconnu dans ces fouilles tout ce qui constitue Une sépulture, je ne puis les considérer que comme des tombeaux , et j'en parlerai en leur lieu. Quant aux temples gaulois, on a pris pour tels d’antiquesconstructions quelquefois souterraines, mais on est généralement d’accord qu’une pareille attribution ne; mérite aucune confiance. {t'oyez n° 43.)
SECTION V
Des colonnes et obélisques.
52. Colonnes. C’est un pilier cylindrique, quelquefois renflé à une certaine hauteur, et composé du fût ou corps de la colonne, d’une tête ou chapiteau, et d’un pied ou base. D’abord faites de bois, on les remplaça trèsanciennement par toutes sortes de pierres dures. Les colonnes ne furent d’abord que des soutiens, mais le goût et le progrès des arts les ornèrent ensuite, et les différences de ces ornements et des proportions qu’on donna aux diverses parties de la colonne, constituèrent les divers ordres classiques qu’on a réduits à cinq; ordres grecs : dorique, ionique, corinthien ; ordres romains : toscan, romain ou composite. 11 resledesexemplesdc presque tous ces ordres; les livres d’architecture apprennent à les distinguer, (tffoyez PI. I, fig. 2, 3, 4, 5, 6.) 1
53. Egyptiens. La forme des colonnes véritablement égyptiennes (PI. II, lig. 1), antérieure à l’influence des Grecs, est très-variée ; elles sont cylindriques en général, et quelque-
i Vovex le Traite d architecture.
fois à plusieurs côtés, plusou moins déprimées à une certaine hauteur, et toujours chargées de sculptures et d’inscriptions' hiéroglyphiques; leurs proportions varient beaucoup; elles n’avaient pas de base, ou du moins elle était peu sensible, et leurs chapiteaux sont variés à l’infini. Destinées à supporter de grandes masses^ elles sont d’un très-grand diamètre par rapport à leur élévation ; cependant certains chapiteaux en hobquet de lotus ou en campane, sont d’une élégance et d’une richesse extraordinaires.
51. Grecs. Le plus ancien ordre chez les Grées fut le dorique (fig. 2), et c’est lui qui démontre pleinement l’origine égyptienne de l'architecture grecque. Il élail court et massif comme les constructions les plus anciennes sur les bords du Nil, et réunit néanmoins une noble simplicité à beaucoup de grandeur. La colonne dorique avait d’abord beaucoup d’épaiseur et peu d’élévation; elle approchait quelquefois de la forme d’un
Icône tronqué; elle n’avait pas l diamètres inférieurs de hauteur ; on lui en donna cn- Ç suite un peu plus; telles sont les colonnes des deux temples de Pæstum. On arriva à
62 MONUMENTS DARCIUTECTÜRE.
leur donuer 5 diamètres 1/2 , et cette réforme remonte au temps de Périclès; celles des propylées d’Athènes en ont près de 0, et on les porta enlin à 6 diamètres 1/2 infé— 'rieurs, comme au temple de Jupiter Néméen entre Argos et Corinthe. Les Romains portèrent ces proportions jusqu’à 16 modules.
C’est ici le lieu de rappeler un fait considérable dans l’histoire de l’architecture. On voit à Beni-IIassan /dans l’Égypte moyenne, de nombreux hypogées, ou tombeaux creusés dans la montagne : l’entrée de quelques-uns est précédée d’un portique taillé à jour dans le roc et formé de colonnes absolument semblables aux colonnes doriques grecques de Sicile et d’Italie. Elles sont cannelées, à base arrondie, et d’une belle proportion. Des colomles semblables se voient aussi dans l’intérieur des deux derniers hypogées : c’est le véritable type du vieux dorique grec, et on peut l’affirmer, car ces deux hypogées datent au moins du dix-neuvième siècle avant l’ère chrétienne, et dans le dernier, ces colonnes doriques sont sans base comme dans le temple grec de Pæstum eL dans tous les beaux temples grecs d’ordre dorique. On ne peut
méconnaître dans ce fait l’origine de l’ordre dorique adopté par l’architecture grecque.
La colonne ionique (fig. 3) a le caractère d’une beauté mâle et sévère. Elle eut d’abord pour hauteur 8 diamètres, compris le chapiteau, et non la base. Celles de YErechtheum , à A thènes , en ont 9 environ , et on les porta quelquefois jusqu’à 10. La colonne corinthienne (lig. b) surpasse toutes les autres en élégance et en magniticence ; tous les charmes de l’art et du goût s’y montrent ordinairement. On lui donnait la même hauteur qu’à la colonne ionique; son chapiteau seul avait plus d’élévation. Il repose sur une astragale qui lui sert de base et qui termine le fût de la colonne.
55. Etrusques. L’ordre toscan (fig. 5) leur appartient en propre. La hauteur de la colonne toscane, lq chapiteau et la base compris, était égale à un tiers de la longueur de l’édifice, le diamètre inférieur était égal au septième de la hauteur, et la diminution du fût allait jusqu'au quart de ce diamètre. Telles sont les proportions données par Vitruve, d’après le temple toscan de Cérès à Rome; il n’en reste aujourd’hui aucun me-
dèle. Ou a cru le retrouver à Pæstum et dans l’amphithéâtre de Veronne, mais les proportions diffèrent sensiblement du toscan primitif dont il est ici question.
56. Romains. La colonne composite (fig. 6) appartient aux Romains; elle est absolument semblable à la colonne corinthienne, dont elle ne diffère que par l’addition des volutes ioniques au chapiteau. Le plus ancien exemple se trouve au temple de Mylasa, dans la Carie, consacré à Rome et à Auguste,
Nous devons indiquer ici un principe de ' l’architecture égyptienne qui ne fut pas connu des Grecs ni des Romains. Dans les monuments de ces deux peuples, l’architrave repose immédiatement sur le chapiteau de la colonne. L’aspect en général massif de celte partie de l’entablement S’harmonise difficilement avec l’élégance et la flexibilité des feuilles de l’ordre corinthien, la mollesse des coussins ioniques, et les autres ornements qui décorent et composent le chapiteau. Les Égyptiens posèrent donc un dé carré entre le centre, le massif de la colonne et l’architrave : l’œil et la raison sont également satisfaits, trouvant, dans cet arrangement toute
l’apparence de la solidité sans nuire à l’élégance, ni au bon goût, ni aux principes essentiels de l'art.
57. Colonnes monumentales. Elles sont de grandes proportions, et ont été élevées en l’honneur d’un prince ou d’un chef militaire. On connaît en ce genre la colonne dite de Pompée, à Alexandrie d’Égypte, et qu’une inscription latine annonce avoir été érigée par un préfet romain en l’honneur de l’empereur Dioclétien. Elle a 88 pieds 6 pouces d’élévation, et son fût est d’une seule pièce; il se rapproche de l’ordre ionique, et il est parfaitement profilé. Le chapiteau annonce le Bas-Empire. La colonne Trajane et la colonne Antonine , à Rome, revêtues de bas-reliefs historiques, et ayant un escalier à l’intérieur , ont servi de modèle à la colonne française de la place Vendôme à Paris.
58. Colonnes milliaires. On les trouve en France sur les anciennes voies romaines, du moins on en a recueilli plusieurs sur leurs bords, et quelquefois encore en place; une base carrée, prise dans le bloc, servait à les fixer en terre de mille en mille pas; la co-
6<» MONUMENTS ü’ ARCHITECTURE.
loune s’élevait au-dessus du sol de plusieurs pieds, et une inscription latine indiquait le nom de l’empereur qui avait fait construire ou réparer la route sous son règne. Venait ensuite l’indication numérique de la colonne, qui donnait ainsi la distance en milles de la ville où la route commençait. Les chiffres sont précédés des lettres M ou M P , milliarium, ou milliarium passuum. Quelquefois on y lit même le nom de la ville d’où la distance était comptée. Une colonne trouvée à Saguenay en Bourgogne , sur la route de Langres à Lyon, porte : AND. M. P. XXII, al> Andemaluno milliarium passuum vigesimum secundum, Andematunum étant l’ancien nom de Langres. Ces colonnes milliaires marquant les distances en milles , existaient dans toutes les possessions romaines; mais dans les parties de la Gaule conquise par César, les distances étaient marquées en lieues, leùgœ, sur ces colonnes. Il y en a une à Vic-sur-Aisne, du temps de Caracalla, qui porte : AB. AYG. SVESS.
LEVG. VII; a b Augusto-Suessonum leùgœ septem; Augusto-Suessonum est l’ancien nom de Soissons , ét Vie en est éloigné de
7 lieues gauloises, composées de 1500 pas romains chacune.
59. Obélisques. Ils sont faits d’une seule pierre à quatre faces, ordinairement d’une longueur remarquable, quelquefois extraordinaire, et dont l’épaisseur diminue de la base au sommet. Ils étaient placés sur un pié— Üéstal simple et carré, mais plus large que l’obélisque même. Cet ouvrage d’architecture est d’origine égyptienne; les Romains et les modernes l’ont, imité, mais ils n’ont jamais égalé leurs modèles (pl. II, lig. 7).
Egyptiens. Les obélisques égyptiens sont ordinairement de granit rose; des deux qui ornaient l’entrée du temple de Louqsor, à Thèbes, l’un a 72 pieds de longueur, 6 pieds 2 pouces de côté à la base, et doit peser 352,760 livres; l’autre a 77 pieds d’élévation, 7 pieds 8 pouces de côté, et son poids est estimé à 525,236 livres. On eu connaît qui ont plus de 120 pieds de longueur. Chaque face est oriléé d’inscriptions hiéroglyphiques en creux, et le sommet se termine en pyramide dont les quatre côtés représentent des scènes religieuses , accompagnées aussi d’in- Scriptions. Les arêtes des obélisques sont fort
vives et bien dressées, mais leurs faces ne sont pas parfaitement planes, et leur légère convexité est une preuve de l’attention que les Égyptiens apportaient à la construction de ces monuments. Si les faces étaient planes, elles paraîtraient concaves à l’œil; la convexité compensç cette illusion d’optique.
Les inscriptions hiéroglyphiques sont en ligne perpendiculaire ; quelquefois il n’y en a qu’une au milieu de la largeur de la face, et souvent il y en a trois; la découverte de l’alphabet des hiéroglyphes par mon frère, a permis enlin de connaître la véritable nature et la destination des obélisques égyptiens sur lesquels on a tant écrit, et débité tant de fausses suppositions. L'inscription n’est qu’une commémoration du roi qui a fait construire le temple ou le palais duquel l’obélisque dépendait; on y indiquait encore si ce prince y avait ajouté des allées de sphinx ou de béliers, enlin l’érection des obélisques euxmêmes. Tel est le sujet de l’inscription qui est au milieu de chaque face de l’obélisque, et quoique le nom du même roi et les mêmes circonstances soient répétés sur les quatre côtés, il existe dans les quatre textes
comparés quelques différences , ou dans l’invocation des divinités particulières, ou dans les titres du prince, ou dans l’indication des ouvrages qu’il a consacrés aux dieux. Tout obélisque n’avait, dans sa première forme, qu’une seule inscription sur chaque face, et de l’époque môme du roi qui l’avait érigé; mais un prince qui venait après celui-ci ajoutait une cour, un portique, une colonnade au temple ou au palais, faisait graver sur l’obélisque primitif, avec son nom, une autre inscription relative à ces accroissements; ainsi, tout obélisque orné de plusieurs inscriptions est de plusieurs époques. Le pyramidion qui les termine représente ordinairement par ses sculptures le roi qui a érigé l'obélisque, faisant diverses offrandes au dieu principal du temple et à d’autres divinités, quelquefois aussi l’offrande même de l’obélisque. Les courtes inscriptions des pyramidions portent le nom du roi, celui du dieu, les paroles et la réponse des deux personnages. On sait donc par ces noms les noms des rois qui érigèrent les obélisques, subsistants encore, soit en Égypte, soit ailleurs. Le plus ancien est celui de Saint-Jean-de-
70 MONUMENTS d’ARCHITECTURK.
Latran à Rome; il porte le nom du roi Mœris, 5 » roi de la 18' dynastie égyptienne, et qui régna vers l’an 1736 avant l’ère chrétienne. Les deux obélisques de Louqsor, dont il a été question plus haut, ont été élevés par le roi Ramsès Iir, 13e roi de la même dynastie (vers 1560) ; on en connaît de plusieurs autres Pharaons, cl rien n’égale l’effet grandiose de ce genre de monument, qui témoigne si positivement de la puissance des arts en Égypte. ,
C’est, un des deux obélisques du temple de Louqsor qui a été transporté à Paris et qui orne la plus grande place de la capitale. Mon frère les avait demandés tous deux au viceroi d’Égypte dans une des audiences que Son Altesse lui accorda, durant les mois de septembre et octobre 1829. Dès le commencement de l’année suivante leur transport en France était décidé : diverses circonstances n’ont permis d’en transporter qu’un seul, celui qui était placé à droite en entrant dans le temple, et désigné par mon frère comme le mieux conservé des deux, quoique le moins long. Sa matière est le granit rose de Syène; sa hauteur est de 22 mètres 83 cent.; sa lar-
geur, de 2 mètres 42 cent, à 2 mètres 44 cent. ; sa circonférence à la hase, 9 mètres 70 cent. , à la base du pyramidion, 6 mètres 16 cent.; poids total 220,528 ldi. (4,457 quintaux anciens). Ses faces ont à l’extérieur une convexité de 15 lignes, afin de compenser l’apparente concavité que produirait une lumière brillante sur les surfaces. Le sommet de l’obélisque est brut, et n’a jamais été taillé : tant que la matière l’a permis, on a prolongé les faces mêmes du monument; on se proposa vraisemblablement de couvrir ce défaut par un pyramidion de même matière : mais l’obélisque a toujours été vu à LouqSor dans l’état où il se trouve à Paris. Chaque face porte trois inscriptions perpendiculaires : celle du milieu, dans tous les obélisques, quand il y en a plusieurs, est la plus ancienne : on lit le nom d’un roi sur la face tournée vers le palais de la Chambre des députés, et sur les trois autres faces c’est un nom différent. Voici l’explication de cette singularité : le roi Méuephtha I eut deux fds ; l’aîné , qui lui succéda sous le nom de Rhamsès II, vers l’an 1580 avant Jésus-Christ, fit la guerre en Asie et en Afrique , voulut en conserver le
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MONUMENTS D’aBCHITECTURE.
souvenir, fit travailler à l'obélisque, et en avait fait graver les trois inscriptions qui portent son nom, lorsque la mort vint le frapper. Son frère lui succéda sous le nom de Rhamsès III, et après plusieurs guerres heureuses, continua l’ouvrage de son prédécesseur, fil mettre son propre nom sur la quatrième face de l’obélisque restée vide, sur le plan de la basé, sur le piédestal, et le fil ériger vers l’an 1550 avant Jésus-Christ : il y aura bientôt 3100 ans. J’ai publié en 1833 la description de ce monument, et pour la première fois des copies exactes et complètes de ses inscriptions.
60. Grecs. Les Grecs ne firent point d’obélisques hors de l’Égypte j les rois macédoniens ou Ptolémées, qui régnèrent dans cette contrée depuis Alexandre jusqu’à Auguste, y élevèrent, terminèrent ou agrandirent plusieurs monuments, mais toujours selon les préceptes des Égyptiens. Les artistes égyptiens exécutèrent donc des obélisques pour ces princes grecs, mais ils ne s’écartèrent point, pas plus que dans les autres monuments, des coutumes antiques. Le style et les proportions égyptiennes s!y reconnaissent toujours, elles
inscriptions sont également tracées en hiéroglyphes. L’obélisque trouvé à Pliilæ avait été érigé en l’honneur de Plolémée-Évergètell et des deux Bérénices, ses femmes, et placé sur un socle portant des inscriptions grecques qui rappellent le motif et l’occasion de ce monument. Il est bien loin d’approcher des dimensions dés obélisques pharaoniques; son exécution n’a donné lieu d’ailleurs à aucune observation relative aux principes suivis jusque-là par les artistes.
61. Romains. Après qu’ils eurent fait de l’Égypte une province romaine, ils la dépouillèrent de quelques-uns de ses obélisques. Il en reste encore 13 à Rome, dont quelquesuns sont de l’époque môme de la domination x'omaine en Égypte. Ainsi les Romains lirent exécuter des obélisques en l’honneur de leurs princes; mais la matière et le travail des inscriptions les font aisément distinguer des obélisques plus anciens. L’obélisque Barberini est de ce nombre : il porte les noms d’Hadrien, de Sabine sa femme, et d’Antinoüs son favori. Il en est de môme de l’obélisque de Bénévenl, où se lisent les noms de Vespasien et de Dopai tien; ce dernier porte de plus le
74 MONUMENTS p’AKCJirj'ECTlîltE.
110m d’un Lucilius ; on lit celui de Sextus Rufus sur l’obélisque Albani, et l’on connaît deux préfets romains de l’Égypte qui furent nommés ainsi : c’étaient donc ces magistrats qui faisaient exécuter dans ce pays ces monuments en l'honneur des empereurs régnants, et qui les envoyaient ensuite à Rome. On a aussi les fragments de deux obélisques de l’époque romaine, qui durent être semblables, et être élevés en pendants, à l’entrée de quelque grand édifice. Enfin les Romains essayèrent de faire des obélisques à Rome môme, et tel est l’obélisque Sallustieu, qui es|, une mauvaise copie de celui de la porte du peuple, élevé jadis eu Égypte en l’honneur du pharaon Ménephtha Ier, de la 189 dynasfie, 1550 ans avant la réduction île l’Égypte en province romaine. Les empereurs romains en Orient firent transporter aussi des obélisques égyptiens à Constantinople ; enfin, on a trouvé aussi les fragments de deux de ces monuments à Calane en Sicile; l’un des deux est à huit pans ou faces, mais on ignore l’époque à laquelle il peut remonter.