RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE SECTION
L'homme éprouve des.besoins sans cesse renaissants, ayant une tendance constante aussi, à s’accroître, et dont la satisfaction est nécessaire au maintien et à l’embellissement de son existence. ,
À l’origine de la civilisation, cette satisfaction, bien que très incomplète encore, n’est obtenue par lui qu’au prix de pénibles et incessants efforts, mais bientôt il applique l'intelligence et la force morale dont il est doué à diminuer ces efforts, tout en augmentant leurs résultats. Il y parvient d’abord, en rendant son travail matériel plus fructueux par adjonction de ses forces morales et intellectuelles, qui impriment à ses efforts une direction mieux assurée, plus utile, et lui font puiser, dans l’immense réservoir de la nature, des forces bien supérieures aux siennes, puisqu'elles sont indéfinies comme ses besoins.
Le travail est d'autant plus productif d'utilité ou de satisfactions que celui qui l’accomplit est plus libre, c’est à dire qu’il a mieux développé toutes ses facultés, et qu’il en fait le meilleur usage pour lui-même et pour autrui.
Les forces et les dons de la nature lui sont acquis en quantités indéfinies, par l’aide du capital, qu’il obtient en s’imposant, avec persévérance, un travail supérieur à celui qui satisferait aux besoins ordinaires de la vie, en épargnant les résultats de ce travail et en les appliquant, sous forme de connaissances acquises, d'instruments, de matériaux ou de provisions, à une production nouvelle.
La puissance productive que l’homme s’adjoint ainsi quand
il en fait un bon usage peut devenir indéfinie comme les agents naturels que le capital met à sa disposition.
C’est en substituant à ses efforts pénibles et, partant onéreux, lPaction toujours gratuite des forces de la nature, que les machines permettent à l’homme d'atteindre à un degré tonjours plus élevé de civilisation, de liberté, d'égalité et de bien-être, sans que, par suite de l’extensibilité indéfinie de ses besoins, elles puissent jamais l’exposer à manquer de travail.
Les aptitudes si diverses dont les hommes sont doués leur font une loi de diviser entre eux, ou de spécialiser, les occupations auxquelles ils se sentent le plus propre; il en résulte un développement plus complet et un emploi plus utile de leurs facultés. Ce résultat est profitable non seulement à l'humanité en général, en augmentant, dans une proportion considérable l'effet utile de son travail, mais spécialement, aux classes les moins bien douées de force et d’intelligence, en leur permettant également de contribuer à la production générale, même par le plus chétif travail.
La division du travail a pour compléments nécessaires, l'échange, la propriété (dont les effets seront indiqués dans les sections suivantes), et l'association, tacite ou conventionnelle, qui à pour résultats principaux d'accroître le produit des efforts en les multipliant par leur union et de rendre les plus grandes entreprises accessibles aux moindres intelligences et aux moindres fortunes, en s’opposant ainsi à ce que les spéculations soient l’objet de monopoles préjudiciables aux vrais intérêts de la société. Ces bons effets de l'association ne peuvent toutefois se réaliser qu’à la condition qu’elle soit libre.
Travail libre convenablement spécialisé, capital sous forme de connaissances acquises, de machines et de provisions, association volontaire et libre, tels sont donc les moyens que les nations civilisées mettent en œuvre pour atteindre à la plus grande somme de puissance productive,