Les compagnies d'assurances à primes sont organisées
» d’une manière plus conforme au principe de la division du travail ; elles remplissent aussi d’une manière plus complète le … but que l’on a en vue en s’assurant: celui de convertir un
danger éventuel maïs considérable en une perte certaine, mais très faible par rapport à celle que l’on aurait à subir en cas d'accident.
Les compagnies d’assurances à primes prennent en effet à leur charge tous les risques d’une entreprise ou d’une propriété, moyennant une prime fixe payée ou consentie à l’avance, une fois pour toutes, ou annuellement, selon que le risque est temporaire ou permanent.
La prime fixe perçue par ces compagnies sur leurs assurés comprend la compensation du risque, les frais d'administration et le bénéfice des entrepreneurs. Elle est toujours proportionnelle à la valeur assurée et se compte à tant pour cent ou pour mille de cette valeur.
Elle est aussi en raison de la grandeur, de la durée et de la fréquence du danger auquel est exposée la chose assurée.
1. — Pour calculer la prime dans chaque cas particulier, on se fonde sur ce principe du calcul des probabilités, que les événements dont l’arrivée et la succession semblent dues au hasard et que rien ne peut faire prévoir, sont cependant soumis à des règles appréciables et presque certaines, lorsque ces événements sont observés un très grand nombre de fois dans des circonstances identiques ou analogues.
Par exemple, si l’on jette deux dés au hasard, rien ne peut faire prévoir le nombre de points qu’ils amèneront et qui sera compris entre 2 et 12. Quoique la moyenne de leur somme soit 7, il n’y a aucune raison pour que ce soit plutôt ce nombre que tout autre qui sorte.
Cependant, si on jette Les dés cent fois, et si l’en additionne le nombre de points ainsi amenés on trouvera un chiffre différant peu de 700.
Si l’on répète la même opération mille fois, la somme se rapprochera encore davantage de 7,000 et ainsi de suite, de telle sorte que plus les faits se multiplient, plus la probabilité s'approche de la réalité,
C’est ainsi que les données fournies par les registres de l'état civil permettent de calculer, avec une grande approximation, le nombre annuel des naissances, des mariages, des décès; la durée de vie probable des habitants, etc., dans une contrée de quelque étendue, et que d’autres événements, tels que des incendies, des naufrages, etc., peuvent être prévus avec une
certaine exactitude lorsqu'un grand nombre de maisons ou de navires se trouvent dans des circonstances semblables.
3. — L’assurance à prime fixe peut s’appliquer à une multitude de cas, tels que: les naufrages et les risques maritimes pour les navires et leurs cargaisons, les avaries du transport intérieur par terre et par eau, l’incendie des maisons et autres bâtiments, des meubles et des marchandises, des meules, des récoltes sur pied, des forêts, etc. ; les effets de la grêle sur les récoltes ; les épizooties, les accidents qui peuvent arriver à Pliomme dans l’exercice de sa profession ou pendant ses voyages; les résultats des faillites pour les commerçants, etc.
Les assurances à primes, combinées avec le cumul des intéxêts de capitaux versés par anticipation, peuvent s’appliquer à toutes les chances de la vie humaine, et servir à constituer des pensions viagères, des héritages, des dotations, etc.
Enfin divers genres d’assurances, soit personnelles, soit mutuelles, soit combinées avec le cumul] des intérêts, peuvent garantir les ouvriers contre les chances de la misère (voir le chap. du salaire).
Les banques sont, comme on l’a vu au chap. xr11, des entreprises d'assurances contre le risque de perte des capitaux prêtés ou l’irrégularité du paiement des intérêts.
9. — En résumé les risques auquels toute entreprise ou toute source de revenu est exposée, peuvent être attribués à trois causes générales, qui sont : 1° Les causes naturelles ; Ales causes sociales, et 30 les causes individuelles,
1° Les premières, provenant de l’irrégularité des phénomènes naturels ou d'accidents fortuits et qu’il est impossible deprévoir ou de déterminer avec exactitude, semblent cependant se reproduire avec uné certaine régularité, et devenir ainsi lawbase d’un calcul au moins approximatif, quand on considère ces circonstances, soit sur un large espace, soit pendant un temps très long. Ce genre de risques est donc celui qui se prête le mieux à l’application du principe de l’assurance, qui est, comme on l’a vu plus haut, de transformer une perte éventuelle mais considérable, en une perte certaine, mais relativement très faible. A mesure que ces risques, par leur répétition fréquente, ont pu être mieux étudiés et que la nécessité le s'en garantir a été mieux sentie, des compagnies ont pu se Ormer pour prendre ces risques à leur charge, moyennant une
prime, élevée dans l’origine, mais qu'une connaissance plus exacte des probabilités, jointe à une concurrence plus étendue entre les assureurs, tend chaque jour davantage à égaler à la moyenne exacte des risques évités, augmentée des frais et des bénéfices de l’entreprise d'assurance.
20 Dans l’état actuel de la civilisation, les risques sociaux ne sont pas susceptibles d’une évaluation aussi précise que les risques naturels; aussi ne donnent-ils, nulle part, lieu à des entreprises d’assurances bien définies. 51 les gouvernements peuvent, À certains égards, être considérés comme des assus reurs contre ce genre de risques, et l'impôt, comme la. prime destinée à les couvrir, le monopole artificiel dont ils jouissent (voir le chapitre x, 2° section, pour les effets de ce monopole) et les attributions multiples qu’ils s’arrogent, contrairement au principe de la division du travail, font que le degré de sés curité qu’ils donnent en échange d’une prime généralement très élevée, laisse beaucoup à désirer, et qu’elle ne dispense pas chaque producteur de compter, au nombre de ses frais de pro: duction, les pertes éventuelles auxquelles il est exposé par suife du manque de sécurité, et chaque consommateur de devoir re: trancher de son revenu annuel une certaine part destinée à compenser les chances d’irrégularités dues à la même cause; Aussi voit-on chaque guerre, chaque révolution, chaque cala: mité sociale, en un mot, ou même la simple menace d’une telle calamité, enchérir tous les produits en ajoutant une prime, d'assurance à leur prix ordinaire et diminuer tous les revenus,! en leur ôtant une prime semblable destinée à remédier à le insuffisance probable, Ainsi, ces calamités, indépendamment des maux directs qu’elles engendrent, causent un appauvrisse+ ment général, car, nous le répétons, la prime d’assurance contre un risque quelconque est toujours une perte pour l’assurésans constituer jamais un gain pour l'assureur; elle est donc, æn définitive, une perte sèche pour la société. Celle-ci est, partant; intéressée à amoindrir, le plus possible, le risque qui causé cette perte, en veillant, avec plus d'intelligence et d'énergie qu’elle n’en déploie d'ordinaire, au maintien de la sécurité générale. {
8° Les risques individuels ont leur cause, partie dans la durée incertaine de la vie des individus et dans les maladiesset les accidents qui peuvent en modifier les conditions d'activité;
partie dans l’état des facultés morales et intellectuelles de cet individu, d’où dépendent les chances diverses qu’il peut avoir de faire réussir les entreprises auxquelles il consacre ses facultés.
… Les risques inhérents à la santé et à la vie, rentrant dans la classe des risques naturels, sont susceptibles comme ceux-ci “d'être prévus et calculés. L’approximation à laquelle attei- “gnent ces calculs est même très exacte, à cause du nombre très considérable de cas analogues qui fournissent des données au calcul.
Aussi les risques sur la vie et la santé peuvent-ils donner lieu à un grand nombre de combinaisons d’assurances, soit mutuelles, soit à primes fixes, et il est à regretter que leur action si utile ne soit pas encore plus généralement répandue. — Malgré la fréquence et l'importance des risques auxquels les entreprises ou les biens sont exposés par suite du manque de “capacité et de moralité des individus, il n’est encore qu’un très “petit nombre de ces risques qui fassent l’objet d'entreprises “spéciales. Les autres contribuent à élever le prix des produits par le prélèvement de la prime nécessaire pour compenser les chances de perte, auxquelles les entreprises productives sont exposées, par suite de l’ignorance ou de la mauvaise foi de ceux dont elles exigent le concours. — Ilest certains produits pour lesquels le prix est affecté d’une semblable prime, d’une manière très sensible. Ainsi, il est des localités où la paresse et “linhabileté des ouvriers et des artisans fait enchérir, d’une manière notable, tous les objets fabriqués sur commande, Ail- Jeurs, c’est le luxe des commerçants qui impose un tribut aux acheteurs. Chacun sait que la différence de prix entre un vêtement confectionné sur commandeet payé à terme, et celui d’un vêtement tout fait, acquitté au comptant, provient en grande partie de la prime d'assurance que le tailleur est obligé de prélever sur ses clients, pour se couvrir du risque de n’en pas être payé. Les ouvriers qui achètent à crédit les objets de leur “consommation, les paient beaucoup plus chers que les gens ri- “ches, pour des raisons semblables. En somme, il n’est pas de “risque dû à des causes analogues, qui n’exige une prime d’as- “surance pour sa compensation, et si la somme de ces primes pouvait être calculée, on verrait qu’elle forme partout et toujours une partie considérable du prix de toutes les marchandises.
Il résulte de là que le perfectionnement des facultés morales et intellectuelles, en atténuant le risque, et, avec lui, la prime d'assurance nécessaire pour le compenser, tend directement à diminuer le prix de toutes choses, c’est à dire à accroître la somme de satisfactions que l'humanité peut se procurer à efforts égaux, ou, en d’autres termes, à accroître son bien-être,