LA PROPRIÉTÉ EN GÉNÉRAL
1. Ancienneté et généralité de la propriélé, présomptions en faveur de sa
nécessité. — 2, Sans la propriété il n'y a ni culture du sol ni échange. — ï 3. Il ne suffit pas d'affirmer la nécessité de la propriété, il faut encore en démontrer la légitimité. — 4. Origine de la propriété en général, sa légitimité. — 5. Origine commune de la propriété et de la valeur. — 6. Gon- 2 séquence de cette communauté d'origine. — 7. La propriété ne peut jamais être un attribut de la matière. — 8. Travaux nécessaires pour h donner de la valeur à la matière et la rendre susceptible de devenir une propriété. — 9. Limites de la propriété, dans le temps et dans l’espace, —10. Effets de la propriété. Elle implique le droit de jouir et de disposer.
1. — La propriété est de date aussi ancienne que la société. Partout où l’une existe, on voit l’autre se former et se développer. Chez les peuplades les plus sauvages, on reconnaît à chaque membre la propriété de sa hutte, de ses ustensiles de ménage, de ses engins de guerre, de chasse, de pêche, etc, Celui
qui dérobe un de ces objets à autrui y emploie la ruse, et le
fait avec crainte et mystère, sachant, quoique confusément peut-être, qu'il fait le mal, et craignant, soit la vengeance de celui qu’il dépouille, soit une punition infligée par les chefs de
la tribu. Cette manière d’agir n’implique-t-elle pas au moins une sorte de conscience du droit de propriété? À mesure que les sociétés se civilisent, les objets auxquels cedroit s’applique, deviennent plus nombreux et plus importants; ce sont des troupeaux, des esclaves, des provisions, des ustensiles de plus en plus compliqués, des objets précieux, la propriété indivise de vastes terrains de chasse ou de pâturages, et finalement, un état plus policé encore est caractérisé par la propriété individuelle du sol, se divisant en parcelles de plus en plus nombreuses, et par la multiplication, toujours plus grande, d’objets de toute nature, susceptibles de former autant de propriétés.
Or, quand un fait est aussi ancien que la société elle-même, quand il se montre partout où elle existe, quand il s’étend, se développe et se perfectionne avec elle, n’est-1l pas permis, tout au moins, de présumer que ce fait est de nécessité sociale ?