‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 41 sur 57 · LA RENTE OU LE REVENU DES AGENTS NATURELS APPROPRIÉS · texte numérisé non relu

LA RENTE OU LE REVENU DES AGENTS NATURELS APPROPRIÉS

1. Définition de la rente. — 2. Définition erronée de la rente, donnée par quelques économistes. Conséquences fàcheuses qui en résultent. — 3. La rente est toujours la rémunération d'un travail humain.—4. Démonstration pour la terre. Il en est de même pour les découvertes et les inventions. — 5. Théorie de la formation de la rente, selon Ricardo. — 6. Conséquence. La rente ne fait pas partie du prix originaire des produits du sol. — 7, Elle s'applique aux rentes de toute nature. — 8. Elle est à certains égards inexacte et incomplèle. — 9. Objections de M. Carey. — 10. Fausseté des conséquences tirées par les socialistes de la théorie de Ricardo. — 11. Conclusions.

1. — La possession d’un agent naturel, susceptible d’être approprié, en totalité ou en partie, confère un monopole naturel (chapitre 1x) dont l’exploitation donne lieu à un revenu. Depuis longtemps, il a été constaté, en effet, que le propriétaire d’une terre par exemple, en obtient un revenu, dont l’origine est différente de celui que rapporte le capital consacré au défrichement et à la fertilisation du sol, ou à sa facile exploitation. Le propriétaire d’une mine retire aussi de son exploitation quelque chose de plus que le simple intérêt et l’amortissement du capital qu’il y a employé; enfin l’inventeur d’une machine ou d’un procédé qui lui sert, à l’exclusion d’autrui, à rendre au public un service quelconque, que celui-ci ne peut obtenir lui-même qu’au moyen de frais plus considérables, profite en totalité ou en partie, de la différence entre les frais de production de ce service par les procédés anciens et ces mêmes frais par le procédé nouveau, dans lequel il fait usage d’un agent

naturel, qu'il s’est approprié. C’est à ce profit, toujours indépendant de celui du capital qui sert à l’exploiter, que nous avons donné, avec M. G. de Molinari, le nom de rente réservé par d’autres économistes au seul revenu résultant » dela faculté d'exploiter les forces productives et impérissables du sol, »

2.— Un grand nombre d'écrivains, parmi lesquels nous devons, à regret, ranger des économistes d’un haut mérite, ont attribué la rente, c’est à dire la création d’une valeur, au pouvoir productif des agents naturels eux-mêmes, et en particulier, à la fécondité du sol, indépendamment du travail humain, qui, dans ce cas, ne sert qu’à recueillir cette valeur, et non à -la créer,

Ricardo lui-même, qui a exposé, d’une manière si nette et si lucide, Ja théorie de la rente du sol, a laissé dans le doute l’origine réelle de cette rente et paraît l’attribuer aux forces productives de la terre et des agents naturels, bien plus qu’au travail de l’homme.

D’autres auteurs, beaucoup plus explicites, déclarent que le propriétaire du sol qui perçoit une rente, exploite indûment les dons de la nature au détriment de la société, et qu’il s’arroge un monopole injuste (1).

Il importe d’autant plus de combattre ces erreurs, -qu’elles servent d’argument aux diverses sectes socialistes et communistes, dans leurs attaques contre le droit de propriété, et que . c’est en se fondant sur les écrits de certains économistes que Proudhon a pu proclamer sa célèbre sentence : » la propriété c’est le vol. »

3. — Nous avons démontré (chap, vitr) que les agents naturels ne créent que de l'utilité gratuite, et que le travail humain seul, en les exploitant, ou en mettant leurs produits à la portée du consommateur, engendre de la valeur. Mais comme celle-ci peut, dans certains cas, (c’est à dire par l’existence d’un monopole naturel, par exemple) se mesurer à l'effort

épargné au consommateur, au lieu de s’estimer d’après l’intensité de l'effort accompli par le producteur, la différence entre ces deux évaluations a été considérée, à la suite d’une obser-" vation inexacte des choses, comme le résultat direct de la force

(4) Serop et Senior. — Gilés par Bastiat, Propriété el Spolialion, p. 16. — Florez-Estrada, Cours d'économie polilique, etc.

même des agents naturels appropriés et exploités. Ce n’est cependant pas à la coopération des agents naturels ni à ce qu’ils sont devenus une propriété ou l’objet d’un monopole, qu’il faut atttribuer la formation d’une rente: celle-ci est en entier, ainsi que nous l’avons démontré précédemment (chap. x), le paiement du travail de découverte ou d’invention, d’appropriation et de conservation, de la terre, du capital matériel, du procédé ou de l’idée constitués en propriété exclusive, c’est à dire d’un monopole.

Nous en avons démontré la légitimité, en établissant qu’il est le fruit et la récompense d’un travail, exceptionnellement difficile et dangereux ou chanceux, pour celui qui s’y livre et utile pour la société qui en profitera un jour; nous avons prouvé qu’il est nécessaire, parce que ce n’est que l’appât d’une récompense, assurée et considérable, qui peut stimuler à ce genre de travail; enfin qu’il est utile, même à ceux qui ne le possèdent pas et qui, à cause de cela, en paient la rente, parce que, sans ce travail de découverte et d’appropriation, auquel ce monopole sert de récompense, la terre n’eût été ni découverte, ni défrichée, ni conservée, et que la société n’eût pu jouir, à aucun prix, des produits qu’elle donne aujourd’hui,

4, — La possession du sol par quelqu'un est done indispensable pour que tout le monde, lesnon-propriétaires y compris, puissent jouir des fruits qu’il donne, et, à moins qu’un monopole artificiel et illégitime ne vienne s’ajouter au monopole naturel, l’action de la nature demeurera toujours gratuite, et la concurrence que se font les cultivateurs, tendra sans cesse à réduire à la juste rémunération de leurs services, ce qu'ils peuvent obtenir pour avoir sollicité la coopération des forces productives naturelles du sol.

Il en est absolument de même quand, au lieu de la découverte et de l’appropriation d’une terre, d’un gisement de richesses minérales, il s’agit de l'invention et de l’appropriation d’une idée, d’une image ou des moyens de la réaliser ou de l’exploiter, C’est encore É un travail très utile et en même temps difficile, chanceux et dangereux, comme celui de la découverte et de l'appropriation d’une terre ‘lointaine ; il a donc droit à une récompense identique.

5. — C'est toujours le rapport entre l'offre et la demande qui se fait des services ou des produits, à la formation desquels

a concouru un agent naturel approprié, qui détermine la valeur de ces services ou de ces produits; mais comme ici la concurrence entre les producteurs est limitée par l’existence d’un monopole naturel, il en résulte que le prix ne tend plus nécessairement à s’évaler aux frais de production, mais que ce sont, au contraire, ceux-ci qui tendent à se proportionner au prix, ainsi que l’a démontré Ricardo, dans sa Théorie de la rente.

I1 suppose qu’une population, peu nombreuse dans l’origine, s’établit dans une contrée fertile et bien située, de sorte que les produits d’une partie des terres voisines suffit à son alimentation. Les denrées alimentaires portées sur le marché n’ont d’autre valeur que leurs frais de production, parce que la concurrence des vendeurs fait équilibre à celle des acheteurs. Dans ces frais de production ne sont pas compris les frais de découverte et d’appropriation, à moins que la population déjà établie n’exige, comme elle en aurait le droit, la restitution d’une part proportionnelle de ces frais, à toute personne qui voudrait occuper une partie du sol acquis par les occupants primitifs, pour le cultiver et y bâtir. Dans l’origine d’une colonisation, il importe tellement aux colons d'encourager l’accroissement de la population des travailleurs, des entrepreneurs et des capitalistes, qu’ils se montrent d'ordinaire peu exigeants sur ce remboursement.

À mesure que la population et son aisance augmentent, la demande des produits agricoles s’accroît, et tend à dépasser l'offre qui en est faite, Les producteurs réalisent alors de leurs denrées un prix qui s’élève au dessus des frais de production, et ce surplus constitue pour eux une rente. Mais en même temps, ce prix plus élevé, permet à d’autres entrepreneurs de cultiver des terres moins fertiles ou moins bien situées, par rapport au marché, et ceci a lieu jusqu’à ce que les frais de production sur ces terres de deuxième qualité (y compris les frais de transport) aient atteint la limite du prix. Dans ce cas, c’est donc ce dernier qui détermine, à son tour, la limite supérieure des frais de production, ainsi que la rente qui résulte de la différence entre leur taux le plus élevé et le plus bas.

Si la population augmente encore en nombre et en richesse, la demande des produits agricoles suit une progression ascendante, qui détermine le même mouvement dans le prix.

D'où nouvel encouragement à cultiver des terres moins fertiles ou plus éloignées, mais où le cultivateur retrouve ses frais de production dans les denrées qu’il en obtient. En même temps, les propriétaires des terres de deuxième classe reçoivent, de la vente de leurs produits, une rente égale à la différence entre leurs frais de production et ceux des terres de troisième classe, et les possesseurs des terres de première classe réalisent, sur leur ancienne rente, une augmentation égale à cette même différence, et ainsi de suite, à mesure que s’élève le prix des denrées alimentaires sur le marché. La même chose a lieu quand on cherche à augmenter la production agricole, non en cultivant une plus grande étendue de terres, mais en y appliquant plus de capital ; 1l arrive alors que les capitaux ainsi placés deviennent successivement de moins en moins productifs, d’où résulte une rente ou un accroissement de rente, en faveur des capitaux qui, ayant été employés les premiers, l’ont été de la façon la plus productive.

6. — Ainsi que le fait observer Ricardo, il suit de là que la rente est le résultat et non la cause du prix élevé des produits du sol, et que, quand même on supprimerait les propriétaires ou leur rente, ce seraient les fermiers, mais non les consommateurs qui en profiteraient, le prix des denrées demeurant toujours égal aux frais de production de celles que l’on obtient sur les terres les moins fertiles ou les plus éloignées.

7. — Nous avons déjà fait remarquer que ceci n’est pas un phénomène particulier à la terre, mais qu’il n’existe peut-être pas deux entreprises industrielles du même genre, dans lesquelles les prix originaires soient égaux ; dans ce cas, si l’offre dépasse la demande, l’entreprise qui produit le plus chèrement, subit une perte égale à la différence entre les frais de production dans les deux fabriques; si la demande dépasse l'offre, l’entreprise qui a les frais les plus élevés parvient à les couvrir, tandis que celle qui produit à plus bas prix, jouit d’une rente égale à la différence entre ces frais, rente qu'elle doit à une situation mieux choisie, à une direction plus habile ou à toute autre cause de supériorité, qui constitue alors en sa faveur un monopole naturel, pouvant être dû quelquefois au hasard, mais qui est le plus souvent la récompense de l’intelligence et du génie.

8. — La définition de la rente donnée par Ricardo eût été moins concise, mais plus claire, plus vraie et elle eût évité beaucoup de dissentiments entre les économistes, s’il l'avait formulée ainsi : » La rente foncière est cette partie du fermage que l’on paie au propriétaire pour la peine prise et le risque couru par lui ou ses ancêtres, dans le travail de découverte et d’appropriation de la terre.

L’exposé que fait Ricardo de la manière dont la rente prend naissance et s’élève progressivement, par l'accroissement de la population et de sa richesse, est incomplet et même inexact, à certains égards, ainsi que l’a démontré M. Carey, d’après les faits qui se passent actuellement aux Etats-Unis d'Amérique. Il n’y a pas de rente pour le propriétaire du sol dans l’origine d’une colonie, non parce que cette rente ne lui est pas légitimement due, comme étant la rémunération d’un travail de découverte et d’appropriation, qui doit indispensablement précéder le défrichement et la culture du sol, mais à cause de l’abondance de l'offre des terres découvertes et appropriées, par rapport à la faible demande, qu’une population, encore peu nombreuse , fait des services de cet agent naturel et parce que, d’un autre côté, le capital et le travail sont à la fois trop nécessaires et trop rares, pour qu’il soit possible de les obtenir, autrement qu’en leur faisant de grandes concessions.

Le propriétaire ne commence donc à percevoir une rente, que quand la population s'étant accrue et enrichie, la demande des produits agricoles augmente en même temps que l'intérêt du capital et le salaire du travail tendent à s’abaisser. Souvent aussi, de nouveaux travaux de recherche et d’appropriation de- ‘ viennent nécessaires pour pouvoir défricher et cultiver une plus grande étendue de terre, et ceux qui en ont besoin préfèrent payer ces travaux déjà accomplis aux anciens propriétaires, plutôt que de courir les risques inhérents à de nouvelles découvertes. Mais il peut arriver aussi, comme beaucoup de colonies anciennes ou récentes en offrent l’exemple, que la prospérité d’un premier établissement soit étounffée dans son germe, soit par les obstacles matériels qu’il rencontre dans l’appropriation du sol, ou le maintien de la propriété acquise, soit par la difficulté que le climat ou d’autres causes opposent à l’accroissement de la population, soit encore parce que le gouvernement de la mère patrie exploite, d’une manière inintelligente

les ressources de la nouvelle colonie, en forçant les colons à n’'acheter les objets de leur consommation que dans leur pays d’origine, à ne vendre leurs produits qu'aux habitants de ce même pays, et à se servir exclusivement de sa marine pour en effectuer les transports. Dans de telles circonstances ou d’autres analogues, qui ne se présentent que trop souvent, la population et sa richesse demeurent stationnaires, croissent lentement, ou peuvent même aller en déclinant, de telle façon, que la rente du propriétaire du sol demeure nulle ou insuffisante, pour rémunérer les frais et les risques de la découverte et de l’appropriation. Le capital représenté par cette avance de primes et de dangers à surmonter, n’est-il donc pas placé de la manière la plus aléatoire, et n’est-il pas parfaitement légitime que, dans le cas, plus rare qu’on ne le pense d’ordinaire, où l’entreprise réussit complétement, il jouisse d’une rémunération exceptionnelle? Ricardo dit aussi que quand on engage des capitaux dans le sol pour en augmenter la fertilité, chaque nouvelle portion de capital ajoutée devient de moins en moins productive, et qu’alors les capitaux les plus anciens jouissent, par rapport aux autres, d’une rente égale à la différence entre les produits obtenus à l’aide de quantités égales de capital, Ceci n’est vrai qu'en supposant une immobilité complète des procédés agricoles; mais si l’art du cultivateur fait des progrès, il doit en résulter que souvent les nouveaux capitaux engagés dans le sol deviendront plus productifs que les anciens, et que par l'emploi judicieux d’un nouveau capital, la rente donnée par ceux-ci tendra à baisser plutôt qu'à hausser.

D’un autre côté, M. Carey fait remarquer, avec raison selon nous, que dans une colonie naissante, où Les capitaux, les bras, les connaissances spéciales, et surtout l'expérience acquise sont rares, on ne commence pas le défrichement par les meilleures terres, mais bien par les plus légères, pour lesquelles ce travail est plus facile, et surtout ne fait pas attendre aussi longtemps ses résultats, ce qui est un grand avantage, eu égard aux avances souvent considérables qu’il nécessite. La rente dont

ces terres jouiraient, si la population était forcée, par ses accroissements successifs, à cultiver des terres ae moins en moins fertiles, ou situées dans des lieux de plus en plus éloignés, est donc au moins compensée et peut se résoudre en perte pour le propriétaire, si les terres que l’on défriche après la sienne sont

plus fertiles, si le progrès des voies de communication atténue ou annule le désavantage de la distance, enfin, si la plus grande abondance des capitaux et des bras, si des perfectionnements dans les procédés de défrichement rendent celui-ci moins coûteux pour des terres fortes, qu’il ne l’était, dans l’origine, pour des terres légères. |

On voit que ces diverses circonstances peuvent encore contrebalancer et même dépasser, pour un temps plus ou moins long, l'influence exercée sur la rente foncière par l’accroissement de la population et de sa richesse, Par ce fait encore, la rente est donc loin d’être une rémunération assurée et stable des travaux du propriétaire. La suppression des entraves à la liberté du commerce des productions du sol, le progrès de l’industrie des transports, celui de la production agricole dans des contrées moins peuplées, tout cela peut agir sur la rente foncière, de la même façon qu'un défrichement plus productif et moins coûteux de terres nouvelles.

Enfin, de grandes perturbations sociales peuvent détruire ou ruiner des populations entières, et anéantir ainsi, non seulement la rente du sol, mais le revenu total de son propriétaire.

Que sont devenues les immenses populations de l'Orient et de la plupart des contrées baignées par la Méditerranée? Combien de villes populeuses et riches jadis, qui aujourd’hui sont dépeuplées et en ruines, combien de champs autrefois cultivés et produisant une rente, qui ne sont plus que des landes stériles, des forêts, des bruyères ou des marécages!

10. — Quoique Ricardo ait contribué beaucoup, par son analyse si nette, à élucider la théorie de la rente foncière, très confuse avant lui, nous croyons qu'il a laissé la démonstration de cette théorie incomplète en deux points, qui ont été éclaircis par les beaux travaux de Bastiat, de MM. Carey, G. de Molinari et de quelques autres économistes. En premier lieu, comme nous l’avons montré plus haut, Ricardo n’a pas indiqué, assez clairement, que la rente n’est autre chose que la rémunération, très incertaine et très variable, d’un travail humain, difiicile et dangereux ; en second lieu, il a présenté cette rémunération comme trop certaine et susceptible de s’élever très haut, et cela parce qu’il n’a pas suflisamment tenu compté des auses nombreuses qui peuvent la rendre aléatoire ou nulle,

ou même la convertir en une perte, qui peut, dans certains cas, devenir considérable et absorber toute la valeur de la propriété,

Il est résulté de là que beaucoup de personnes, parmi lesquelles on peut en compter d’illustres, se fondant sur l’opinion de Ricardo, en ont conclu à l’illégitimité de la rente foncière et même de toute espèce de rente. Cette dernière, en effet, est considérée par elles comme le produit d’un monopole artificiel, dû à un vice de notre organisation sociale, qui a permis que certains hommes ou certaines castes s’appropriassent des agents naturels qui devraient n’appartenir à personne aux dépens de la partie dépossédée de l'humanité. Cette erreur provient de ce qu’on ne tient aucun compte du travail très aléatoire que cette appropriation a coûté, ni de la juste et nécessaire rémunération qu’exige ce travail, utile à l'humanité entière.

Il est encore résulté de là que l’on a considéré la rente foncière, qui tend incontestablement à hausser avec l’accroissement de la population et de sa richesse, comme absorbant, au bénéfice de la seule classe des propriétaires fonciers, tout le profit net réalisé dans la société, par l’emploi du capital et surtout du travail, celui-ci ne pouvant s’offrir qu’à la condition de consommer des produits grevés de la rente.

De là, cette triste conclusion, répétée à l’envi par les socialistes et les communistes :

» Sous l’organisation sociale qui a pour base la propriété | individuelle, le propriétaire tend à devenir de plus en plus riche, à mesure que le nombre des hommes et la puissance de leurs moyens de produire s’accroissent, et cet enrichissement a lieu aux dépens des autres classes de la société. 7

C’est encore là une grave et dangereuse erreur; il n’est pas vrai (nous l’avons démontré au chapitre xvr1) que les propriétaires profitent, dans une plus large mesure que les autres classes de la société, de l'accroissement de la population en nombre, en richesse et en lumières. Si, en apparence, la part des propriétaires dans les résultats de ce progrès est plus grande, c’est en compensation de ce qu'ils ne peuvent pas, comme les travailleurs et les capitalistes, se soustraire par l'émigration aux conséquences de la dépopulation et de la ruine du pays où leurs terres sont situées.

Ne résulte-t-il pas d’ ailleurs, de ce que la rente tend à s’accroître à chaque progrès dans le nombre des capitaux et des

travailleurs, que les propriétaires sont très intéressés à ce que ces progrès se réalisent; or pourrait-il en être ainsi, si la rente enlevait aux capitalistes et aux travailleurs tout le profit net de la production qui est, précisément, le plus énergique, et même le seul stimulant de ce progrès?

11. — Nous croyons donc pouvoir conclure de ce qui précède : 1° que la rente n’est, de même que l'intérêt et le salaire, que la juste rémunération d’un travail utile; 2° que la classe des propriétaires ne peut, pas plus que celle des capitalistes et des travailleurs, échapper à la loi de solidarité qui lie entre eux les hommes réunis en société, et en vertu de laquelle le bien et le mal qui arrive à l’une de ces classes, se partage nécessairement avec toutes les autres,

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