RÉSUMÉ DE LA QUATRIÈME SECTION
La production étant effectuée et ses résultats évalués et réalisés par l’échange, ils doivent être répartis ou distribués entre les ayants droit, proportionnellement au concours qu'ils ont prêté à cette production, soit par leur travail, soit à l’aide des autres agents productifs, tels que le capital et la terre dont ils disposent.
Cette répartition a toujours lieu d’une manière d’autant plus équitable, que la concurrence agit, entre les participants, avec plus de liberté, C’est elle, en effet, qui tend constamment à proportionner la rémunération au service rendu, le dédommagement ou la prime d’assurance, au risque couru. En d’autres termes, la concurrence ayant toujours pour effet d’égaler la valeur des choses à ce qu’elles ont coûté à produire, il suffit d’en évaluer le prix nécessaire, pour connaître la rémunération que mérite celui qui en a créé la valeur.
Quand cette valeur est à partager entre deux participants, tels que le travail et le capital, la part de chacun d’eux est encore réglée par le rapport de l’offre à la demande, et c’est ce rapport qui permet d'apprécier, d’une manière très exacte, les
quantités relatives de ces agents de la production, dont la société éprouve le besoin,
Toute quantité de travail où de capital, offerte au delà de ce besoin, n'obtient donc plus une compensation suffisante aux frais et aux risques de sa production, ce qui décourage toute continuation de celle-ci.
Quoique la population humaine, ou l’offre du travail, puisse se multiplier selon une progression très rapide, en obéissant à la loi physiologique de la reproduction, elle est cependant contenue, dans des limites assez étroites, par la loi économique que nous venons de mentionner. La manière dont cette loi est observée se mesure assez exactement par la longévité moyenne des populations. Si elle est bien suivie, elle a pour résultat le progrès et le bien-être, s’il y est désobéi, sa sanction pénale est la misère et le malheur, auxquels l’émigration et la charité n'offrent, la dernière surtout, que des moyens fort imparfaits de se soustraire.
En vertu de la même loi économique, énoncée plus haut, le salaire du travailleur tend toujours à s’égaler aux frais de production de son travail, qui comprennent une prime d’assurance contre les risques divers auxquels il est exposé, et un profit net.
Les différences, mêmes très notables, que l’on remarque souvent, entre les salaires des diverses classes d'ouvriers, ont presque toujours pour cause, soit les variations des risques donnant lieu à une prime d’assurance, soit les difficultés que présente l’apprentissage ou l'exercice de chaque profession, Ces différences sont donc bien fondées et rien ne serait moins légitime, au contraire, que l’égalité du salaire pour tous les travailleurs.
Le travail du manouvrier dénué de toute intelligence ne vaut ses frais de production que là ou, étant rare, il est en même temps très demandé. Partout ailleurs, il coûte tant, en comparaison de son utilité, que l’on y substitue volontiers la force de tout autre moteur naturel. 1l en est autrement du travail fourni par l’ouvrier intelligent, car bien que les frais de production en soient plus élevés, il ajoute à la nécessaire compensation de ces frais une forte somme d'utilité gratuite, puisée, soit dans le pouvoir qu’il acquiert de faire usage de certains agents naturels, soit dans les connaissances qu’il em-
prunte au vaste réservoir commun de la science et de l’expérience acquises par les générations antérieures. Il résulte de là qu’à un salaire élevé peut correspondre du travail à bas prix et réciproquement, de telle sorte que la société est intéressée à favoriser le développement intellectuel et moral des travailleurs,
La théorie du salaire s DB TAUe aussi au revenu de l’entrepreneur d'industrie, mais en tenant compte, toutefois, des dificultés qu’offrent l'apprentissage et l'exercice de cette profession, ainsi que l’obtention d’un capital suffisant. En outre, l’entrepreneur, en payant un intérêt et un salaire fixe au capital et au travail dont il a besoin, assume sur lui seul la responsabilité de ses opérations, ce qui motive le prélèvement d’une prime d’assurance contre le risque qu’elles ont à courir.
Cette responsabilité, supportée par lui seul, est une circonstance favorable aux progrès de l'industrie; car, étant intéressé à amoindrir les risques inhérents à sa profession, afin d’en convertir la prime en une rente de monopole naturel, il y applique toutes ses facultés, tandis que bientôt la concurrence le force à abandonner cette rente, au profit des consommateurs de ses services.
La rémunération des savants est analogue aussi à celle des ouvriers d'élite ; elle serait à la fois plus forte, plus assurée et: mieux proportionnée au vrai mérite, sous un régime qui donnerait de meilleures garanties à la propriété des œuvres de l’intelligence.
La rémunération du service rendu par le prêt d’un capital prend le nom générique d'intérêt. Ce dernier se compose de trois éléments : du loyer, dédommagement de la privation que s’impose le prêteur.; d’un amortissement qui compense l’usure ou la détérioration du capital, pendant la durée du prêt; d’une prime d’assurance contre le risque de non-remboursement, partiel ou total. ,
L’intérêt est toujours légitime quand il a été fixé à la suite d’un libre débat entre le prêteur et l’emprunteur. Toute loi qui en détermine arbitrairement le taux, est injuste et nuit à la fois au prêteur et à l’emprunteur.
L’élévation du loyer est un avantage pour le prêteur, sans entraîner toujours un inconvénient proportionné pour l’emprunteur : elle stimule et facilite accroissement du capital, au
profit de tous. L’élévation de la prime d’assurance, au contraire, est une perte pour l’emprunteur sans un gain pour le prêteur ; l’un et l’autre sont donc intéressés à la réduire le plus possible.
La rente est la rémunération, toujours aléatoire, du service rendu à la société par un travail de découverte, d’appropriation et de formation de débouchés, appliqué, soit à la terre, soit à tout autre agent naturel, ou même à une utilisation spéciale d’une des propriétés de l’un de ces derniers,
Cette rente, à la fois légitime et nécessaire pour qu’un travail aussi utile soit entrepris, ne fait pas partie du prix originaire des produits créés par le concours de l’agent naturel approprié. Bien loin donc qu’elle soit une cause d’enchérissement de ces produits, elle n’est que l’effet de cet enchérissement, occasionné par l’excès de la demande sur l'offre qui en est faite.
Plus la rente est élevée, plus tôt elle trouve son correctif dans la concurrence, qui finit toujours par la convertir, au moins partiellement, en utilité gratuite, à l'avantage de la so- ciété entière.
La conclusion à tirer de ce qui a été exposé dans cette section, c’est qu’il existe une intime solidarité d'intérêts entre les trois classes de coopérateurs à la production, à savoir les tra-
vailleurs, les capitalistes et les propriétaires. …—.. En effet, l’une de ces classes ne peut absolument créer aucune utilité, sans le concours simultané des deux autres, et elle recevra une valeur d'autant plus grande, en retour de ses services, que ce concours sera plus complet, c’est à dire que les deux autres classes de coopérateurs seront arrivées à un plus haut degré de puissance et de prospérité. Chacune de ces classes est donc intéressée au développement progressif des autres.