‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 49 sur 57 · RÉSUMÉ DE LA CINQUIÈME SECTION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA CINQUIÈME SECTION

La consommation est le but final que l’homme se propose en produisant. Elle consiste en une destruction d'utilité ou de valeur, compensée, soit par la satisfaction qui en résulte, soit par la production d’une valeur nouvelle, égale ou supérieure à celle qui a été consommée. Dans le premier cas, la consommation est absolue; dans le second, elle est reproductive, ét, dans le langage pratique, on la désigne sous le nom d’avance.

La quantité de valeur consommée dans un temps donné, est rigoureusement limitée par celle qui a été produite dans ce

(4) N'ayant pu, dans ce traité élémentaire d'économie politique, nous occuper que de la théorie générale du papier-monnaie, des impôts et de l'emprunt, nous renvoyons le lecteur qui désirerait connaitre de plus am pies détails sur ces importants sujets à l'excellent Trailé de Finances de notre collègue et ami M. Joseph Garnier. (Paris, Garnier frères et Guilaumin et Gi, À vol. gr. in-16, 2: édition, 1862.)

temps. Elle ne peut excéder cette dernière, en effet, qu'aux dépens des agents productifs qui, diminués de tout cet excédant, ne peuvent plus créer une même quantité de valeur consommables dans l'avenir.

11 résulte de là que la quantité des valeurs consommées et la manière dont elles le sont, exerce une grande influence sur la prospérité des nations. Cette prospérité décline quand la consommation dépasse la production; elle demeure stationnaire, quand l’un et l’autre de ces actes se compensent exactement, Enfin elle s’accroît, quand la production, dépassant la consommation, fournit un excédant qui est converti en capital.

La production ne dépend de la consommation qu’en ce qui concerne la quantité relative, la nature et la qualité des choses consommées. Dans ce cas, c’est le consommateur, mais non le

producteur, qui est responsable de l’usage raisonnable ou non,

auquel ces objets sont consacrés. |

Tout monopole artificiel, en matière de consommation, exerce sur la société le même effet que s’il était établi sur la production; dans ces deux cas, cet effet se résume en une déperdition d'utilité gratuite.

Les consommations privées doivent avoir pour but principal l'entretien et l’amortissement des fonds productifs d’où émane le revenu qui alimente ces consommations, ainsi que la satisfaction des besoins indispensables de la famille; le surplus peut être affecté, soit à l’embellissement de l’existence, soit à l’accroissement des fonds productifs, selon les goûts individuels et l'état de la demande du capital.

Les consommations en commun ne produisent une économie réelle ou un surcroît de satisfaction, à dépense égale, qu’à la condition d’être librement consenties par ceux qui les font.

Toute consommation est nuisible, quand elle a pour résultat de diminuer ou d’anéantir le fonds » productif qui l’alimente, de porter atteinte au bien-être, ou à la considération de la famille, ou de nuire à autrui.

Les consommations publiques sont aussi nécessaires à l'etisi tence de la société, que les consommations privées le sont au maintien de la famille. Les unes et les autres sont régies par les mêmes lois économiques et morales. Les premières diffèrent seulement des secondes, en ce que, au lieu d’être alimentées par des agents productifs spéciaux, comme celles-ci, elles sont pui-

sées dans le revenu des particuliers, Ré l’impôt ou par d’autres moyens analogues.

L’impôt peut être défini: la portion de revenu consacré par chaque citoyen au paiement de la sécurité et des autres services qui lui sont rendus par l'Etat.

L’impôt Le plus juste et le plus simple est celui qui se prélève directement sur chaque individu, en proportion de son revenu net, mais l’énormité des dépenses auxquelles les gouvernements ont à pourvoir, la difficulté d'évaluer le revenu réel de chacun, et d’autres causes n’ont pas permis jusqu'ici de faire usage de cet équitable système. On lui a donc préféré celui des impôts multiples, les uns directs, les autres indirects, offrant tous, mais surtout les derniers, des inconvénients plus ou moins graves, auxquels il est très difficile de remédier, autrement que par la suppression ou la réduction des consommations publiques, inutiles ou nuisibles.

Les impôts de douane, d’octroi et d’accises ne sont pas seulement onéreux aux contribuables, par l’extrême élévation de leurs frais de perception et les vexations qui l’accompagnent, mais ils nuisent aussi à la société entière en portant atteinte à sa moralité, en entravant l’essor du commerce et de l’industrie.

L'exploitation de certains services publics en régie ou en monopole artificiel par l’Etat, qui en perçoit la rente à titre de revenu public, a tous les inconvénients reconnus au monopole artificiel, en général, et équivaut à un impôt indirect pour les frais de perception élevés, l'excitation à la fraude, l'instabilité du revenu, les entraves à l’industrie, etc. De plus, elle complique encore les attributions de l'Etat, déjà trop étendues partout.

La facilité extrême avec laquelle Les gouvernements contractent des emprunts, est due, en partie, à de funestes préjugés qui ont cours en cette matière, en partie aux récents progrès du crédit public. Elle a permis aux divers Etats des deux continents de contracter des dettes, dont le capital s’élève à des dixaines de milliards, sans que la dépense de cette énorme somme ait contribué, d’une manière sensible, à accroître le bien-être de l'humanité; celle-ci lui doit, au contraire, les fréquentes guerres qui ont ensanglanté et dévasté le globe et l'accroissement, à perpétuité, des impôts servant à payer les intérêts de cette dette,

Les emprunts publics sont injustes, en ce qu’ils font peser sur les générations à venir, les charges contractées dans le présent, quoiqu’elles n’aient servi, le plus souvent, qu’à des consommations improductives ou même nuisibles, ou dont l'utilité se perpétue rarement au delà d’un demi-siècle.

Les emprunts publics sont nuisibles, en ce qu’ils sont géné- - ralement plus onéreux que l’impôt pour la nation qui les contracte, et qu’ils font perdre une grande partie de la puissance productive déjà formée, en entravant aussi son accroissement dans l’avenir.

Les impôts et les emprunts excessifs, avec les calamités qu’ils engendrent, sont la juste et providentielle punition des peuples, qui ont laissé leurs gouvernements s’arroger des attributions exagérées, et se livrer à des guerres agressives et, dès lors, injustes. Ces fléaux ne cesseront que le jour où les individus, isolément ou par l'association, sauront se rendre à euxmêmes la plupart des services, la seule sécurité exceptée, qu’ils réclament aujourd’hui de leurs gouvernements, et où la guerre, c'est à dire la violence et la spoliation exercées en grand, leur inspirera autant d'horreur et de répulsion, que le meurtre et le vol, pratiqués en détail, en provoquent chez chacun des individus dont ces nations se composent.

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