‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 52 sur 57 · PRET A · texte numérisé non relu

PRET A

deuxième république française : » Donnez-nous le droit au travail, et nous vous abandonnons le droit de propriété. »

Le premier de ces droits implique, de la part de la société, lobligation de fournir des moyens d’existence à tout individu qui lui offre son travail.

On peut opposer à celte prétention la même raison qu’au droit à l'existence : service pour service, Là où la société ne demande pas de travail, parce qu’elle n’en a pas besoin, et ne peut l’utiliser, le travail offert n’a aucune valeur, et celui qui l'offre ne peut rien exiger en retour.

L'avantage de la société consiste en ce que celui qui offre ses services dans le milieu social, a la chance d’obtenir en retour, outre les résultats d’un travail équivalent, une somme de plus en plus considérable d’utilité gratuite, à mesure que cette société accomplit des progrès; mais cet avantage ne peut s'étendre au delà de cette limite, sans occasionner un dommage équivalent à la société.

On a vu au chapitre 11, que l’homme dénué d'instruments ou de capital, et dont l'intelligence n’a pas été développée par l'éducation, ne peut parvenir à satisfaire ses besoins et doit fatalement périr de misère s’il est isolé; la coopération de la société n’empire pas cet état de choses, mais l’homme, dont le travail ne suffit pas à pourvoir à ses besoins, a-t-il le droit d'exiger que la société lui accorde constamment, en retour de ce travail insuffisant une valeur plus grande et suffisante pour son existence? Il est évident que ce principe étant admis, ce serait en même temps celui de la non-responsabilité de l’individu, et nul, désormais, ne serait obligé de développer son intelligence ou de faire usage de toutes ses facultés, pour se procurer un capilal ou des instruments de travail, puisqu'il pourrait toujours obliger la société à suppiéer à ce manque, Quel stimulant plus actif pourrait-on imaginer pour la paresse, l’imprévoyance, l’ignorance et la prodigalité? Quel obstacle plus efficace à l’activité de l'esprit d'épargne que le droit au travail? Ce droit est celui de l’homme qui n’a pas travaillé au fruit du labeur de son semblable actif et intelligent, c’est en un mot le droit au bien d’autrui, la négation la plus absolue

. du droit de propriété, le communisme pur. Combien de temps,

en effet, la propriété subsisterait-elle, en présence d’une loi qui dépouillerait le diligent au profit du paresseux, qui arracherait

le capital des mains de celui qui a su l’accumuler, le conserver et le faire fructifier, pour le confier à celui qui n’a pas su l’acquérir ou qui l’a dissipé ?

N'est-ce pas contre un tel système que l’on pourrait retourner le mot célèbre de Proudhon en disant * le droit au travail c’est le vol. »

Ce prétendu droit n’est donc ni légitime en principe, ni applicable en fait. Il ne peut se soutenir que devant ceux qui admettent que l’impôt et l'emprunt ne coûtent rien à une nation, et que l’État peut puiser indéfiniment dans les poches des contribuables, sans jamais les vider. Nous avons déjà démontré l'absurdité de ces préjugés dans les chapitres xXVI et XXII.

10, — Les socialistes, en proclamant le principe du droit au travail, en portant ainsi une atteinte mortelle à la propriété acquise, n'ont rien innové, ils n’ont fait que se rendre les organes d’une réaction populaire contre l’abus contraire, contre la spoliation du travail. Il est ordinaire, en effet, quand une classe d'hommes, longtemps opprimée, parvient à s’affranchir, qu’elle aspire moins à la liberté qu’à la faculté d’opprimer à son tour.

Sous les anciens rois de France, sous Henri III particulièrement, le droit de travailler était une des prérogatives royales; nul ne pouvait se livrer à une industrie quelconque, sans en avoir obtenu l'autorisation en la payant. Les maîtrises, les jurandes, les corporations témoignaient de ce vasselage du traveil, qui ne fut affranchi qu’en 1789, et qui fut soumis depuis lors, à de nouvelles restrictions moins complètes, et moins étendues, à la vérité, mais agissant tantôt directement sur le travail, tantôt et plus souvent, sur la libre disposition de ses produits, en constituant, dans l’un comme dans l’autrecas, une atteinte à la propriété en voie de réalisation.

Quoi d'étonnant, dès lors, que les travailleurs se soient dit: “ Quand viendra notre tour d’être les maîtres, nous nous vengerons, sur la propriété réalisée, des atteintes si -longtemps portées au travail, qui est la propriété à réaliser, notre seul bien à nous. «

Le socialisme révolutionnaire et plus ou moins franchement subversif de la propriété individuelle et de la famille, prend donc sa source dans un autre genre de socialisme, moins apparent, mais non moins dangereux dans ses conséquences extré-

mes, qui consiste à vouloir maintenir et accroître la propriété réalisée aux dépens du travail, en invoquant, pour y parvenir, l'appui de l’Etat et des lois, et en se fondant sur une série de préjugés antiéconomiqueset antisociaux, d'autant plus urgents à combattre, qu’ils dominent presque universellement dans les sociétés même les plus civilisées, et que l’on trouve encore de nos jours peu de personnes éclairées qui en soient entièrement exemptes. Ce genre de socialisme pourrait être défini, en lui appliquant le nom de système du droit au profit.

11. — Bien peu de gouvernements ont su, de nos jours, répudier complétement cette espèce de socialisme partiel et illogique qui consiste à » prendre aux uns pour donner aux autres, » tandis que le communisme, plus rationnel, prend à tous pour donner à tous.

Ce qui donne au demi-socialisme gouvernemental un caractère particulièrement odieux, mais ce qui fait également sa force et sa durée, c’est qu’à l’inverse de ce que veut le socialisme révolutionnaire, il spolie les pauvres en faveur des riches, én accordant à ceux-ci des monopoles artificiels et des priviléges, à l’aide desquels ils peuvent donner aux services qu’ils rendent une valeur plus élevée que celle résultant de la concurrence non entravée.

Nous disons que ce genre de socialisme a plus de durée que celui qui agit d’une facon inverse, parce qu’il est facile d’enrichir un petit nombre de personnes au moyen d’un faible et presque insensible prélèvement sur le revenu de la grande masse de gens pauvres ou peu aisés, sans que ceux-ci s’en aperçoivent ou puissent s’y opposer, tandis qu’en dépouillant complétement les gens riches de leur fortune, ce quine peut avoir lieu qu’une fois, et ne s’opère pas sans de vives résistances, on n’augmente l’aisance du grand nombre que d’une manière insensible et peu durable, puisque le capital, ainsi spolié, est toujours consacré à des consommations absolues.

De là vient que tous les essais de réalisation des divers systèmes de communismeet de socialisme ont été de courte durée, tandis que les systèmes de spoliation légale du pauvre par le riche peuvent se perpétuer indéfiniment, pourvu qu’ils soient modérés et que des préjugés, universellement répandus, fassent considérer cette spoliation comme une chose nécessaire et même bienfaisante,

Le système du droit au profit se réalise chaque fois que, par suite d’un décret d’une loi ou d’une mesure administrative, le rapport entre l'offre et la demande de certains services s’établit autrement qu’ilnele ferait, s’ilrestait pleinement soumis à l’action de la concurrence, ou bien encore, lorsque un impôt, servi par l’ensemble des contribuables, est dépensé à l'avantage exclusif d’une partie d’entre eux, ou que la contribution payée par certaines classes seulement, profite à toutes, ou bien à d’autres que celles qui paient l’impôt.

Chez toutes les nations, les impôts indirects offrent de nombreux exemples de taxes supportées, en entier ou en grande partie, par certaines classes, tandis que toutes profitent de la dépense qui se fait au moyen du produit de ces taxes.

Parmi les diverses formes que peut prendre le socialisme gouvernemental, la plus dangereuse et la plus nuisible est, sans contredit, celle qui a reçu le nom de » Système protecteur du travail national » et qui consiste encore à prendre aux uns pour donner aux autres, c’est à dire en une véritable spoliation légale, que l’on n’hésiterait pas à qualifier de vol, si elle avait lieu sans l’intervention de la loi et sans la sanction d’un préjugé encore très répandu.

Le système prétendûment protecteur du travail national (c’est la réalisation la plus complète, l'idéal du droit au profit) doit son origine au système mercantile, dont il n’est que la conséquence logique, quoiqu'il existe aujourd’hui des partisans du premier qui considèrent le second comme absurde. Selon celui-ci, une nation ne peut s'enrichir que par l’excès de ses exportations sur ses importations, la différence étant soldée en numéraire qui vient accroître sa richesse, Elle s’appauvrit au contraire et devient tributaire de l’étranger, quand la valeur des marchandises exportées est moindre que celle des marchandises importées. Pour éviter une telle calamité, il faut donc qu’une nation puisse se passer le plus possible de consommer des produits étrangers, surtout des produits manufacturés, et, à cette fin, elle doit chercher à les créer elle-même; elle doit aussi développer sa production manufacturière, de manière à pouvoir beaucoup exporter et à donner aux marchandises qui sortent un maximum de valeur, afin d'obtenir beaucoup de numéraire ou de métaux précieux en retour. Pour atteindre ce but, un gouvernement sage doit donc encourager le développe-

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