‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 53 sur 57 · RE · texte numérisé non relu

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ment de l’industrie nationale, en la protégeant contre la concurrence étrangère, par la prohibition d’entrée des marchandises semblables à celles qu’elle fabrique, ou tout au moins par des droits d'importation très élevés, et en encourageant l’exportation des produits nationaux par des primes et des restitutions de droits à la sortie.

Tel est le principe du système protecteur, qui s’est combiné avec le système colonial, pour créer une méthode d’exploitation et de monopoles réciproques de la métropole envers la colonie et de celle-ci envers la métropole; enfin, un troisième système, celui des droits différentiels, a eu pour but d'encourager le développement de la marine nationale, en frappant de droits d'importation les marchandises transportées par des navires étrangers.

Examinons, maintenant, comment opère le système protecteur, et quels sont ses résultats moraux et matériels. Les chefs d’une industrie s’adressent à l’Etat et lui font observer, qu'il est impossible que leur production, se développe sous l’aetion de la concurrence au dehors, qui leur fait un tort d'autant plus sensible, que les étrangers sont mieux favorisés par des dons naturels, par de grands capitaux, par une meilleure éducation industrielle, par plus de libertéet moins d’impôts.

Pour être protégés contre les effets désastreux de cette concurrence, les industriels demandent que l’on prohibe à l’entrée les produits similaires aux leurs, ou, tout au moins, qu’on ne les laisse introduire dans le pays qu’à la condition d’acquitter des taxes douanières très élevées, appelées droits protecteurs; en un mot, que le gouvernement prenne des mesures qui tendent à leur garantir le droit au profit. Les industriels promettent au gouvernement qu’ils renonceront à cette faveur, aussitôt que leur industrie aura acquis assez de force pour lutter & armes égales contre la concurrence étrangère, et ils font remarquer qu’alors ils auront affranchi le pays du tribut qu’il paie à l’étranger pour ses produits manufacturés. Si l'Etat accorde aux industriels leur demande, il les met en possession d’un monopole artificiel, en vertu duquel ils peuvent élever le prix de leurs produits, jusqu’à la limite passé laquelle les consommateurs sont forcés de renoncer à leurs achats, si les industriels ont obtenu, par la prohibition, la suppression absolue de toute concurrence étrangère. Si celle-ci est seulement entravée

par des droits protecteurs, le monopole dont jouissent les industriels leur permet d’élever le prix de leurs produits de tout le montant de ce droit, augmenté des vexations, des pertes de temps et des embarras divers qu’occasionne sa perception, et des frais de transport de la marchandise étrangère. Il faut remarquer que ce sont les industries le moins favorisées pär les avantages du pays où elles s’exercent, qui ont le plus besoin de protection; une partie de celle-ci, c’est à dire de la surélévation qu’elle occasionne, sert donc à payer la différence entre les prix originaires de la marchandise protégée, dans les contrées où on la produit le plus facilement et dans le pays où elle a besoin de protection pour être produite.

Cette différence représente exactement la valeur du travail nécessaire pour remplacer le concours gratuit de la nature, dont on s’est volontairement privé, en repoussant la marchandise étrangère qui sert de véhicule à cette gratuité.

Une nation qui veut protéger son travail contre la concurrence étrangère, par la prohibition des produits exotiques, perd donc tout l’avantage qu’elle réaliserait par l'échange, et est obligée de remplacer l’utilitégratuite, qu’elle obtiendrait aïnsi, par de l’utilité onéreuse, à moins que l’on n’admette, avec M. de Saint-Chamans, que ce système enrichit une nation, en la forçant à travailler davantage pour obtenir une même somme de satisfaction. Le système protecteur a pour effet prémédité et avoué d'élever le prix des produits protégés, contre la concurrence étrangère. Une partie de cette élévation de prix sert à compenser le surcroît des frais de production; elle est une perte pour le consommateur, sans être un profit pour le producteur; c'est donc en définitive une perte pour la nation soidisant protégée; l’autre partie de l’accroissement du prix constitue la rente du monopole artificielengendré par la protection; c’est un gain indûment perçu parle producteur, au détriment du consommateur, gain qui constituerait un vol si le productenr le prélevait lui-même, directement et par l'emploi de la force, et qui peut ètre déguisé, mais non légitimé, par l’intervention d’une loi, puisque celle-ci doit avoir pour but de garantir le droit de propriété et non d’en autoriser la violation.

Vouloir protéger l’industrie nationale par des lois douanières restrictives de la concurrence, c’est donc (que l’on nous pardonne la trivialité de cette comparaison en faveur de sa jus-

tesse), prendre trois écus dans la poche du consommateur pour en mettre un dans la poche du producteur, les autres écus se perdant dans le trajet d’une poche à l’autre, le premier, absorbé par un inutile surcroît de frais de production, le deuxième, par les frais, les embarras et les entraves de toute nature occasionnés par l’établissement et le maintien des moyens de restriction, dont le système protecteur fait usage.

Là ne s’arrête cependant pas encore le dommage matériel infligé par le système protecteur aux nations qui l’adoptent,. Il cause des perturbations dans la production et dans la consommation, dont les consommateurs ne sont pas les seules victimes. La surélévation des prix résultant du monopole artificiel a pour résultat infaillible une diminution de la demande, qui amène une réduction du profit des producteurs. Si, malgré cela, ce profit demeure plusélevéqu'ilnel’est danslesindustries non protégées, le capital, l’intelligence et le travail tendent à abandonner ces dernières, ce qui ne peut se faire sans des pertes notables, pour se porter vers les industries privilégiées, jusqu’à ce que les bénéfices s’équilibrent de part et d’autre.

D'où résulte, en fin de compte, que les industries protégées ne produisent pas plus d'avantages que les autres à ceux qui les exercent, tandis qu’elles causent au pays la perte considérable résultant du déplacement des capitaux engagés, de conuaissances et d'expériences acquises et devenues inutiles par le changement de profession, etc., et surtout la perte des utilités gratuites dont profiteraient les industries abandonnées et dont les industries protégées ne peuvent pas tirer parti. Enfin, la production générale s’enchérit encore des frais qu’occasionre le maintien coûteux du système protecteur, des froissements qu'il produit, de la répression exercée contre la fraude qu’il nécessite, etc. De là résulte que les nations qui protégent leur travail produisent plus chèrement que celles chez qui le travail est libre, ce qui fait qu’elles ne peuvent lutter avec celles-ci sur les marchés extérieurs où elles ne sont pas protégées.

Le rétrécissement des débouchés qui en résulte amène l’instabilité de la production, l'élévation relative des frais généraux, la fréquence des crises et des chômages, la misère des classes laborieuses, incapables de prévoir ces chômages et de se prémunir contre eux par l'épargne; bref, le systèmeprotecteur engendre une foule de calamités contre lesquelles ceux

qui en souffrent ne voient, par un aveuglement incroyable, d’autre remède que l’accroissement des mesures soi-disant protectrices du travail national.

Aussi deux faits sont-ils bien avérés aujourd’hui : l’un, c’est que l’industrie prospère bien mieux sous le régime de la liberté que sous celui de la restriction ; l’autre, que jamais une industrie protégée ne s’est déclarée elle-même assez forte pour lutter, sans défense légale, contre la concurrence étrangère; toutes jettent au contraire des cris de désespoir et se proclament perdues, dès que l’on ose parler de levée des prohibitions ou de réduire des droits protecteurs (1).

(1) Quelques écrivains, économistes orthodoxes sur d’autres points, sont d'avis que des considérations d'utilité publique justifient les entraves mises par les lois à la libre sortie de certaines matières premières dont la production ou la récolte ne semble pas susceptible d’une extension indéfinie, et pour lesquelles la demande tend sans cesse à dépasser l'offre possible, telles que le minerai de fer, la ferraille, les chiffons, le salpètre, les os, certaines matières propres à former des engrais, le bois, dans les contrées peu boisées, etc. Nous ne partageons nullement cette manière de voir; si l'utilité publique suffisait à justifier les prohibitions de sortie, il n'est aucun produit brut ou manufacturé, pour lequel on ne pourrait invoquer de l'État une mesure semblable, et l'insécurité qui en résulterait pour les industries qui s'occupent de créer ou de recueillir ces produits, engendrerait la pénurie et la cherté de ceux-ci, qui nuiraient à la société dans une mesure beaucoup plus forte que la prohibition ne leur aurait élé utile. La production des matériaux que nous venons d'indiquer n’est pas susceptible d’un accroissement indéfini, même sous un régime de parfaite liberté, mais elle est très susceptible de diminution, par l'effet du monopole que s’en attribueraient les consommateurs, c’est à dire par un débouché restreint et incertain, et par des prix que ces derniers fixeraient à leur gré. En pareil cas, il arrive toujours que les industries, ainsi traitées, consacrent à la production un minimum de capital et d'intelligence, d’où résulte que les frais de cette production s'élèvent, au maximum, et que celle-ci se restreint elle-même au point que la rareté de l'offre élève le prix au niveau de ces frais, ce qui enlève aux consommateurs tous les avantages de leur monopole, et par delà. Mais quand même cet avantage leur demeurerait pleinement acquis, quand même l'intérêt public serait entièrement ‘satisfait par des mesures restrictives de la demande de ces produits, elles n'en demeureraient pas moins injustes etaltentatoires au droit de propriété. En effet, celui-ci n'est pas moins sacré, quand il s’agit d’un minerai brut, d’un morceau de vieux fer, d’un chiffon ou d’un os, que quand il concerne une terre, un Capital, un livre ou une invention.

La valeur ou l'origine de la chose possédée n'influe en rien sur la validité du droit de possession, et admettre que l'Etat peut dépouiller qui que ce soit de ce droit, sous prétexte du bien public, et sans le dédommager, c'est admettre le communisme dans toute sa plénitude.

Quelque funeste que soit l'influence du système protecteur sur les intérêts matériels des nations qui l’adoptent, elle est plus désastreuse encore sur leurs intérêts moraux, Voici les conséquences principales de cette influence :

1° En admettant que l’Etat ou la loi puisse autoriser la spoliation du consommateur par le producteur, ou qu’il lui soit pérmis de prendre aux uns pour donner aux autres, sous le vain prétexte d'encourager l’industrie nationale, ou d’affranchir le pays d’un prétendu tribut payé à l'étranger, on fausse, chez un peuple, toutes les notions du juste et de l’injuste ; on méconnaît et on nie même le principe du droit de propriété ; on fait descendre l’opinion des masses, par la pente rapide et irrésistible de la logique, vers le communisme, qui prend à tous pour donner à tous, au lieu de prendre aux uns pour donnér aux autres, selon des règles qui peuvent. varier à l'infini sans jamais être conformes à la justice; on justifie le droit au travail et à l’assistance, par le droit au profit.

20 Chez une nation soumise au régime protecteur, la probité, l’activité et l'intelligence ne suffisent plus aux succès des entreprises subordonnées aux modifications possibles d’une loi, d’un tarif ou d’un traité de commerce, en un mot à des éventualités, que nulle prévoyance ne peut calculer.

Le développement de ces précieuses qualités est donc découragé, et il s’y substitue ou de l’apathie ou de la corruption et de l’esprit d’intrigue, à l’aide desquels on parvient à faire mieux réussir les affaires. Enfin, cette réussite dépendant en partie de la faveur des gouvernements, l’intérêt des gouvernés est souvent placé en opposition avec leur liberté et leur dignité, qui en recoivent toujours une fâcheuse atteinte.

30 Le système protecteur a pour effet de diminuer, d’une manière notable, l'échange des produits entre les nations, d’où résulte une diminution correspondante de l’échange des idées et des sentiments, ce qui nuit au progrès de la civilisation et tend à isoler les nations les unes des autres, à opposer leurs intérêts, à faciliter les mésintelligences, les ruptures et les guerres; tandis que la liberté et l’extension indéfinie des échanges établit, comme on l’a vu au chapitre vix, des liens d'harmonie, de solidarité et de paix entre les nations.

18. —En résumé, 1l résulte de ce que nous avons exposé dans ce chapitre, que le socialisme n’est qu’une variété illo-

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gique et inconséquente du communisme, qui se renie en quelque sorte lui-même; que toutes les théories socialistes aboutissent au communisme absolu, c’est à dire à la négation complète du droit de propriété et de la liberté, à l’abolition de la famille, au sacrifice de la dignité humaine et de tout ce qu’il y a en l’homme d’esprit d'indépendance et d'initiative, de sentiments nobles, élevés, pour le ravaler au rang de la brute gardée par une race privilégiée, ayant seule conservé les qualités qui distinguent l’homme des autres êtres animés. Il faut conclure également de ce qui précède, que de toutes les variétés du s0cialisme, celle qui attribue à la loi le pouvoir de modifier, d’altérer et même de détruire le droit de propriété, et qui donne au gouvernement, à l’Etat ou à la société le droit d’intervenir dans des questions d'intérêt privé, et de prendre aux uns pour donner aux autres, sous prétexte d'utilité publique, est la plus dangereuse et malheureusement la plus commune de toutes. Enfin, que le communisme, dans lequel il faut ranger les diverses variétés du socialisme, le protectionisme, et les autres modes d’intervention de l'Etat, dans le domaine de l’activité privée, étant destructif, à des degrés divers, de la liberté et du droit de propriété, ces deux éléments indispensables de toute prospérité et de tout bien-être pour l'humanité, il importe à celle-ci de combattre, par le progrès des lumières, par la diffusion de la vérité, le communisme, sous quelque forme qu’il se présente, la plus dangereuse étant celle qui se déguise le mieux,

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