CHAPITRE XIII
DES INDUSTRIES MANUFACTURIERES
Législation et situation économique des principales industries manufacturières. — Industries textiles, alimentaires et du bâtiment. — De la grande et de la petite industrie. — Statistiques comparées.
Les industries manufacturières étant celles qui transforment les objets fournis par les industries cxtraclives et agricoles, il est vrai de dire qu'il y a un rapport constant entre la fécondité de ces deux sources de richesses. « Ce n'est que quand la terre produit un excédent suffisant, que l'on voit les arts manufacturiers se séparer des travaux de l'agriculture *. >
Sitôt qu'une industrie manufacturière s'établit, une agglomération ouvrière se forme auprès d'elle, de sorte qu'on a pu dire que si le caractère inhérent à l'industrie agricole est de disperser ses agents sur des surfaces étendues, c'est la tendance de l'industrie manufacturière d'agglomérer les siens dans quelques grands foyers. Une population nombreuse est la condition nécessaire d'une industrie développée. De cette
1 M. Baudrillart, Manuel, p. 201,
nécessité résultent des maux que les optimistes seuls peuvent se refuser à reconnaître. Au point de vue matériel, l'agglomération industrielle a aggravé le paupérisme par les chômages subits, périodiques et prolongés , l'instabilité des salaires , les grèves , les fatigues de tout genre qui sont imposées aux ouvriers, et l'hygiène encore imparfaite des atehers. Au point de vue moral, elle a amené un relâchement des mœurs par le rapprochement, sans surveillance suffisante, d'ouvriers des deux sexes. Nier ces faits, c'est volontairement fermer les yeux pour ne pas voir les maux dont souffre la société et c'est aussi repousser d'avance les remèdes proposés. Toutefois, il faut reconnaître qu'il y a des progrès accomplis dans la tenue de certains ateliers, dans la surveillance et dans l'hygiène. Les heureux résultats dus aux efforts persévérants d'industriels chrétiens, tels que MM. Harmel, Pavin de la Farge, André, Sépulchre, etc., prouvent que le fonctionnement et le développement de l'industrie manufacturière peuvent se concilier avec les institutions et les bienfaits du régime corporatif. Il ne faut donc accuser que l'incurie ou la faiblesse de ceux qui restent indifférents à toutes les souffrances de la classe ouvrière, et la législation actuelle, fondée sur l'individualisme et l'égoïsme universel.
Situation économique des manufactures. — Nous ne donnerons que quelques renseignements généraux sur ce point, en renvoyant le lecteur aux traités spéciaux.
On sait que les industries manufacturières comprennent surtout : 1° les industries textiles; 2° les industries alimentaires; 3° les industries du bâtiment et de V ameublement.
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1° Industrie textile. — Notre industrie textile est très importante. Sa production s'est élevée à près de quatre milliards*. Elle se subdivise en industrie cotonnière, industrie lainière, industrie des toiles de lin ou de chanvre, industrie de la soie.
L'industrie cotonnière subit depuis quelques années une forte crise, et réclame une protection plus énergique. Elle vient au troisième rang, après l'Angleterre et les États-Unis ^. En 1873, la France produisait une valeur d'environ 500 millions de francs, avec 115,000 ouvriers, et 4 millions et demi de broches.
L'industrie lainière perd du terrain en France, sous la concurrence active de l'Angleterre, de la Saxe, de la Prusse, de la Belgique, et même de la Russie. En 1875 , nous exportions encore pour 350 millions de produits en laines. D'après la statistique de 1866, cette industrie occupe en France 175,000 individus, et on évalue à 1,200,000,000 la valeur annuelle des produits en laines de toutes sortes'.
Notre industrie des toiles souffre également. Nous entrerons plus tard dans quelques détails à ce sujet. En 1878, l'Angleterre avait 1,250,000 broches, et la France 716,000 en 1873, et 500,000 seulement en 1879. L'Allemagne et l'Autriche ont chacune 400,000 broches; ces pays gagnent ce que nous perdons. On sait que
1 L'Europe entière produit 14 milliards.
2 L'Angleterre seule emploie 2,893,000 balles de coton, et produit une valeur de près de 3 milliards. L'Europe importe 5 millions et demi de balles de coton. Les États-Unis ont 12 millions de broches.
3 L'Angleterre a 5,450,000 broches et la France 2,650,000. Cette industrie traverse, elle aussi, une crise redoutable par suite de la concurrence allemande.
c'est un Français, Ph. de Girard, qui a inventé la filature mécanique que l'Angleterre a seule exploitée pendant longtemps.
L'industrie de la soie est la grande industrie française; elle occupe, dans la vallée du Rhône, un nombre considérable d'ouvriers (140,000) et produit une valeur qui s'est élevée à 800 millions. Toutefois notre production de cocons n'a pas encore regagné le terrain perdu depuis le fléau qui ravagea les magnaneries en 1853, et nous sommes obligés d'importer des soies asiatiques de la Chine, du Japon et des Indes. Nos exportations de tissus qui s'élevaient en 1859 à 500 millions sont tombées en 1880 à 240 millions \
2° Industries alimentaires. — Une des plus importantes parmi toutes les industries alimentaires est l'industrie des sucres.
On sait que cette industrie fut introduite en France par un décret impérial du 25 mars 1811, qui, pour parer aux effets du blocus continental, consacrait 32,000 hectares et une somme importante à l'exploitation des betteraves à sucre. C'est un exemple de l'impulsion que peut donner la protection industrielle quand elle est bien appliquée. Depuis cette époque, l'industrie des sucres a fait des progrès constants jusqu'en 1876. En 1828, elle donnait déjà 6,000 tonnes ; en 1850, 76,000; en 1860, 100,000; en 1875, 450,000, une série de mauvaises récoltes et de lourds impôts ont à ce moment écrasé cette industrie qui est tombée en 1876 à 300,000 tonnes. La loi du 19 juillet 1880 a opéré en sa faveur un dégrèvement des impôts. Mallieureusement, la production allemande, favorisée
1 L'Allemagne, l'Angleterre et la Suisse nous font une concurrence de plus en plus vive, surtout pour les étoffes à bon marché.
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par la qualité spéciale des betteraves et par une protection énergique, menace l'existence de nos établissements. L'Allemagne a pris le premier rang, en produisant plus de 500,000 tonnes. L'Autriche vient ensuite avec 440,000 tonnes, et la Russie, après nous, avec 200,000 tonnes. De nouvelles mesures sont soumises à notre Parlement pour protéger efficacement notre industrie sucrière et empêcher sa ruine.
Nos grandes raffineries, au nombre de 35 (1877) livrent au commerce une valeur annuelle d'environ 4o0 à 500 millions : elles opèrent à la fois sur les sucres coloniaux de canne à sucre, les sucres étrangers et les sucres indigènes.
3" Industries du bâtiment et de V ameublement. — Ces industries sont intéressantes à un double point de vue : 1° à cause de la corrélation qui existe entre les différents corps de métiers qui les constituent; 2° parce qu'elles répondent à des besoins de première nécessité et comportent un immense développement. En 1872, l'industrie parisienne seule occupait 120,000 ouvriers pour la construction et le mobilier.
Statistique des principales industries françaises. — Nos industries de tout ordre occupent environ 9,274,000 personnes, dont 3,133.000 dans la grande industrie et 6,000,000 dans la petite.
Oh- classe sous huit chefs les industries principales de la France :
V La métallurgie du fer, ayant 1,100 établissements, occupant dans les hauts fourneaux, forges et aciéries 85,000 ouvriers et produisant une valeur d'environ 450 millions ;
2° La métallurgie des autres métaux (plomb, cuivre, laiton, zinc);
3" La préparation des substances minérales autres
que les métaux (porcelaines, faïences, céramiques, verres, cristaux, glaces). La production du verre seul s'élève à 90 millions : la production totale de ces industries est de près de 200 millions ;
4" Papiers et cartons. — Cette industrie produit 280 millions de kilogrammes d'une valeur d'environ 110 millions de francs. Les États-Unis produisent 375 millions de kilogrammes et l'Angleterre 340 millions. Notre seule industrie des chiffons et cordages fait vivre 100,000 personnes ;
5" Gaz d'éclairage. — La valeur des produits de cette industrie s'élevait ces dernières années à environ 160 millions ;
6° Produits chimiques (bougies, stéarines, savons, soudes, cuirs). — Cette industrie est une de nos plus importantes. La production seule des savons s'élève à 100 millions de francs, celle des bougies à 50 millions, celle des cuirs à 400 millions, etc. ;
7° Sucres. — Nous avons 539 fabriques qui occupent environ 70,000 ouvriers et produisent 275 millions; et 34 raffineries produisant une valeur de 500 millions de francs ;
8" Industries textiles (coton, laine, lin, chanvre, soie). — La production totale était en 1873 de 3 milliards et demi.
Législation industrielle. — Nous avons déjà fait connaître la législation qui régit nos industries manufacturières en étudiant la réglementation industrielle.
En thèse générale, nos industries sont placées sous le régime de 1791.
Toutefois, l'intervention de l'État se manifeste : 1° par des lois de police, 2° par des lois de tutelle.
Lois de police. — La police de l'industrie comprend:
1" Les monopoles (régie des tabacs, allumettes, poudres et salpêtres, armes du calibre de guerre, moules à papiers filigranes pour les cartes à jouer) ;
2" Les règlements nécessités par V intérêt fiscal {V exercice, par les agents du fisc, sur la fabrication du sel, les raffineries, brasseries, distilleries, etc.);
3" Les règlements nécessités par Vintérêt public (autorisations, après enquête de commode et incommodo, pour les établissements insalubres et dangereux, éloignement et épreuves des machines à vapeur, décret du 11 mai 1880);
4" Les règlements ayant pour but d'assurer les subsistances (taxes municipales du pain ou de la viande, loi du 22 juillet 1791; pénalités contre les détenteurs d'une marchandise , qui, par coalition , tendent à ne pas la vendre ou à ne la vendre qu'à un certain prix, art. 419 et 420 du Code pénal; interdiction de la vente des blés en vert, loi du 6 messidor, an III; interdiction à tout cultivateur de vendre ses grains dans les villes ailleurs que sur les marchés, décret du 4 mai 1812);
5" Les règlements assurant la responsabilité (signature des imprimeurs sur toutes leurs publications).
La police de Vindustrie peut avoir aussi pour objet de protéger les intérêts des producteurs ou des consommateurs. Nous rappellerons, à titre d'exemples, la répression de la concurrence déloyale, usurpations de noms, d'enseignes, d'achalandage, ou contrefaçon de marques, modèles et dessins. La loi du 28 juillet 1824 punit l'usurpation de noms sur les produits. Les marques de fabrique sont régies par les lois du 23 juin 1857 et du 28 novembre 1873. Les dessins et modèles de fabrique sont protégés par une loi récente assimilant l'auteur à un inventeur. Notre législation
est incomplète sur la plupart de ces points. Quant au consommateur, il est protégé, très imparfaitement, d'ailleurs \ par les articles du Code pénal punissant la tromperie sur la nature de la chose vendue, l'usage de faux poids ou fausses mesures, par la surveillance administrative sur les denrées alimentaires (lois des 27 mars 1851 et 5 mai 1855), et enfin par la marque obligatoire de certains produits dont on ne peut facilement vérifier la composition (matières d'or et d'argent, etc.).
Lois de tutelle. — La tutelle de VÉtat sur l'industrie manufacturière comprend l'institution de juridictions spéciales (conseils de prud'hommes), de conseils et de comités consultatifs, de chambres consultatives, d'expositions , d'établissements modèles , de récompenses et même de subventions. Nous ne reviendrons pas ici sur la discussion qui s'élève à ce sujet entre les économistes de l'école du laissez faire et ceux qui croient à la mission tutélaire de l'État. L'enseignement industriel et professionnel rentre également dans cette catégorie. La loi du 11 décembre 1880 a décidé la création d'écoles manuelles d'apprentissage. Les écoles industrielles libres peuvent recevoir des subventions. Notre École centrale a été créée et soutenue par l'initiative privée avant de devenir établis-
* On trouvera sur tous ces points de curieux détails dans le Précis de M. Cauwès, qui ne craint pas de dire, dans une note de la page 368 : « Il est bien certain que la formation de liens corporatifs libres, qui est l'une des aspirations les plus légitimes des patrons et des ouvriers, aurait pour conséquences principales la police de la profession et notamment la réforme de l'apprentissage. Bien souvent la mauvaise fabrication n'a pas d'autre cause que l'insuffisante préparation industrielle de l'ouvrier. » Nous aimons à trouver une semblable déclaration sous la plume d'un professeur d'une faculté d'État.
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sèment public. Les écoles des Arts et Métiers (Châlons, Angers, Aix, Nevers), celles de dessin et de tissage (Lyon , Nîmes) et celle d'horlogerie (Cluses) répondent très imparfaitement aux besoins de l'instruction professionnelle. L'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, la Suisse nous ont depuis longtemps devancés sur ce point.
Le privilège des inventeurs (brevets d'inventions de 20 ans, 17 ans ou 15 ans suivant les pays) et celui des auteurs et des compositeurs ou artistes rentrent également dans la législation industrielle : ils sont réglés par les lois de 1844 et du 14 juillet 1866 que nous avons précédemment analysées.
De la grande et de la petite industrie. — On entend par grande industrie celle qui emploie de puissants engins mécaniques, qui dispose de capitaux considérables, et occupe de nombreux ouvriers travaillant ensemble le plus souvent dans les ateliers de l'entre^ preneur.
La petite industrie est au contraire celle qui ne dispose que d'engins économiques très restreints ou qui n'emploie que le travail à la main, et dont les ouvriers, peu nombreux, travaillent généralement à domicile.
La question suivante a été souvent posée : faut-il préférer la grande à la petite industrie ?
L'organisation économique actuelle est telle, que la question, ainsi posée, n'est pas susceptible de solution utile. Mais on peut et on doit se rendre compte des caractères distinctifs de chaque sorte d'industrie, et des avantages ou des inconvénients qu'elles offrent.
Dans l'ordre matériel, et en se plaçant au point de vue du producteur isolé, la grande industrie semble
tout d'abord dans des conditions pri^àlégiées pour produire beaucoup et à bon marché. La raison en est simple. Toute production comporte des frais généraux et des frais spéciaux : les premiers sont ceux qui résultent de la constitution même des entreprises, et qui comprennent l'outillage, les capitaux fixés en général, et la rémunération du travail ; les seconds sont afférents à la fabrication de chaque quantité de produits, et par conséquent proportionnels à l'activité de la production; ils comprennent les capitaux d'achat des matières premières, du combustible, de la rémunération du travail à la tâche, etc. Or, les frais généraux, se répartissant sur l'ensemble des produits fabriqués, sont relativement moindres dans la grande industrie et dans le grand commerce. Une grande manufacture qui fait le travail de vingt ateliers n'a qu'un seul loyer , une machine , un seul mécanicien, tandis que les vingt ateliers ont chacun leur loyer, leur machine et leur mécanicien ; de même, si un grand magasin comme celui du Louvre à Paris paie un loyer de 400,000 francs et fait 100,000 francs d'affaires par jour, son importance étant mille fois plus grande que celle d'un petit magasin qui ne ferait que 100 francs d'affaires par jour, il faudrait, pour que celui-ci pût lutter contre le premier, que son loyer ne fût pas plus lourd proportionnellement, c'est-à-dire ne dépassât pas 400 francs ! Chacun sait que cette proportion n'existe pas et ne peut exister. De même, les frais spéciaux sont bien moins élevés dans la grande industrie qui fait ses approvisionnements à V avance, en temps opportun, par grandes masses, et obtient des réductions considérables.
Le prix de revient est donc moins élevé dans la
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grande industrie que dans la petite, et cet avantage, qui permet de vendre à bas prix et n'a pas de compensation, est de nature à écraser les petits ateliers.
De plus, la grande industrie concentre des capitaux considérables au moyen des sociétés anonymes par actions qui se répandent de plus en plus, en fractionnant les risques et la responsabilité. Cet autre avantage mater ieU qui permet d'employer tous les engins mécaniques et d'obtenir une fabrication en quelque sorte automatique, ne se rencontre pas dans la petite industrie où le patron ne dispose que de ses capitaux propres et est responsable personnellement de sa gestion.
C'est ce régime du capitalisme anonyme et cosmopolite qui, au moyen des sociétés par actions admises pour ainsi dire sans contrôle par la loi de 1867, s'est emparé de presque toutes les grandes entreprises industrielles , commerciales et financières , en en évinçant les individualités éminentes dépourvues de capital, et qui tend à se répandre de plus en plus, faute d'une législation prévoyante sur les sociétés anonymes.
Les dangers de la grande industrie sont donc faciles à mettre en relief; il nous suffira de les résumer :
1° Les frais généraux étant irréductibles, la production ne peut s'arrêter sans causer de grandes pertes d'intérêt. En cas de crise, la grande industrie est forcée de travailler à perte, tandis que la petite se borne à restreindre sa production ;
2" La concentration des capitaux anonymes donne un libre essor à la spéculation, à l'esprit de jeu, à l'aventure, à la fièvre de production, et à la rupture de tout équilibre entre la production et la consommation, situation qui amène périodiquement des crises prolongées, des faillites et des chômages ;
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3" La concurrence universelle des grandes industries, non réglée par une législation internationale, peut aboutir à un monopole de fait pour l'industrie d'une nation et à un relèvement subit et énorme des prix;
4° La grande industrie, surtout quand elle est organisée par actions, parvient difficilement à éviter les abus et le coulage;
5" Dans l'ordre moral, la grande industrie a créé ou aggravé une situation sociale extrêmement dangereuse pour la paix des sociétés et, quand elle est livrée à elle-même, elle est amenée à désorganiser la famille ouvrière en séparant le père de la femme et de l'enfant, et en éloignant ceux-ci, dès le bas âge, du foyer domestique.
En dépit de ces dangers, la grande industrie prend sans cesse de plus vastes proportions, tandis que disparaissent les établissements d'ordre moyen. Les inventions nouvelles tendent aussi, de plus en plus, à supprimer ou à restreindre le travail manuel. Malgré l'accroissement de la production, le nombre des établissements industriels décroît. Ce phénomène, inquiétant pour l'avenir , peut être facilement établi par quelques exemples : en 1852, nous avions 366 filatures de coton et 3,457,000 broches ; en 1873, nous n'avions plus que 46o filatures, mais avec 4,600,000 broches. En 1835 , nos 866 usines de l'industrie du fer employaient 22,000 chevaux vapeur; en 1869, 368 usines occupaient à elles seules 47,900 chevaux vapeur. Cette concentration se fait surtout remarquer aux États-Unis et en Angleterre, où l'on voit des établissements de 280,000, 200,000 et 150,000 broches ; elle est partout accompagnée des mêmes phénomènes : surproduction, baisse des salaires, emploi abusif des
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femmes et des enfants, et chômages périodiques. A Vienne et dans la Basse-Autriclie, le nombre des usines et manufactures qui était en 1870 de 21 7o, était en 1880 de 237o, et dans la même période le norabre des ouvriers s'était abaissé de 126,000 à 115,000 ; en Angleterre la production houiUère s'est élevée de 1874 à 1880 de 140,713,000 à 161 ,466,000 tonnes, et le chiffre des mineurs est tombé de 538,000 à 484,000 ! En 1838, il y avait 800,000 tisseurs de coton ; en 1861, il n'y en avait plus que 230,000, malgré l'essor de la production. Le papier qui occupait 27,000 personnes en 1851 n'en occupait plus que 7000 en 1883. En 1850, on ne comptait que 15,000 enfants au dessous de 13 ans dans l'industrie du coton, et en 1875, il y en avait 66,900 : le nombre des femmes s'était élevé de 183,000 en 1850, à 258,000 en 1875 : d'ailleurs, le chiffre total des femmes employées dans l'industrie était de 2,652,000 en 1851, et de 3,453,000 en 1871, soit une augmentation de 30 0/0 en 20 ans. C'est cette situation de la grande industrie qui a provoqué en tous pays l'intervention du législateur ; mais cette intervention n'a produit jusqii'ici que de faibles fruits parce qu'eUe ne repose que sur l'arbitraire et l'uniformité, au lieu d'être établie sur la base féconde du régime corporatif.
Les avantages de la petite industrie se déduisent clairement de tout ce que nous venons de dire : elle a pour elle l'esprit d'ordre, d'économie, la surveillance incessante, la stabilité, la sécurité, l'élégance et le fini du travail, et, comme le dit avec raison M. Cauwès, elle réalise entre les mains du chef d'entreprise une concentration d'autorité favorable à l'unité de direction, à la spontanéité de l'impulsion et à la hardiesse des innovations-.
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Statistique comparée de la production industrielle. — La statistique comparée de la production offre un élément d'études très grave et très utile.
Elle peut être résumée par le tableau suivant extrait d'un savant travail de M. Meyer :