‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 5 sur 75 · DIVISIONS GÉNÉRALES PRODUCTION, ÉCHANGE, RÉPARTITION ET CONSOMMATION · texte numérisé non relu

DIVISIONS GÉNÉRALES PRODUCTION, ÉCHANGE, RÉPARTITION ET CONSOMMATION

L'Économie politique se divise en quatre parties correspondant aux quatre objets principaux de ses études :

1° La Production ; 2° L'Échange; 3° La Répartition; 4" La Consommation*.

1° Production. — La Production comprend la partie de la science économique qui traite des sources de la richesse, c'est-à-dire du travail de l'homme apphqué à transformer les choses pour leur donner de l'utinté.

C'est la première phase de l'œuvre économique.

1 Nous suivons ici l'ancienne division de l'école.

o2 DÉFINITIONS ET DIVISKiNS

L'homme crée la richesse ou plutôt il transforme les choses de manière à leur donner une utilité qu'elles n'avaient pas auparavant.

Comment s'opère cette transformation ?

Par le travail s'appliquant à la moAière, avec l'aide du capital, c'est-à-dire avec l'aide d'engins, d'outils, d'instruments.

On étudiera donc, dans cette première partie, les lois spéciales du travail, ainsi que la législation et la situation statistique de chaque industrie : industrie agricole, industrie e.xtractive, industrie manufacturière, industrie commerciale et industrie des transports.

2° L'échange {ou circulation) des richesses. — La seconde partie de l'Économie politique comprend l'étude des procédés de l'échange, s'appliquant au commerce intérieur et au commerce internat i^^^ al.

Quand la richesse est créée, elle s'échange, elle passe de mains en mains.

Toutes les législations ont réglementé cet échange des produits. Nous aurons à étudier, dans cette deuxième partie, la monnaie, instrument des échanges, le crédit, le commerce intérieur, le commerce international et tous les systèmes douaniers usités par les divers États. (Prohibition. — Libre-échange. — Système protecteur. — Échelle mobile. — Traités de commerce, etc.)

3° Répartition des richesses. — La richesse doit se répartir entre ceu.x qui l'ont produite : capitalistes, propriétaires, entrepreneurs , ouvriers, etc. C'est la troisième partie de l'Économie politique dans laquelle on examine le phénomène complexe de la distribution des valeurs produites entre ceux qui ont concouru à les former.

Cette troisième partie comprend toute la législation

DÉFINITIONS KT DIVISIONS o3

relative aux rentes, aux intérêts, aux salaires et aux profits, aux institutions d'épargne , de prévoyance, d'assurance, etc.

C'est à cette place que nous étudierons les grands problèmes qui s'agitent à propos de la limitation de la puissance du travail industriel, et de l'accroissement de la population (théorie de Malthus).

4° Consommation des richesses. — La dernière partie de l'Économie politique traite de l'emploi définitif des richesses, c'est-à-dire de l'usage des valeurs produites.

La consommation se divise elle-même en consommation prime et en consommation publique.

A propos de la consommation privée ^ nous aurons à rechercher les conséquences spéciales du luxe, de Vabsentéisme, de la consommation reproductive ou imjji'oductive.

A propos de la consommsiiion publique , nous serons amenés à nous occuper des impôts, des emprunts, des budgets, des revenus et des dettes de l'État, des départements et des communes.

La consommation est le but et la fin matérielle de la production. C'est la dernière phase de l'œuvre économique.

SCIENCES ANNEXES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. — STATISTIQUE. ÉCONOMIE AGRICOLE OU INDUSTRIELLE.

Pour formuler ses régies et établir la législation sur des données sérieuses, l'économie politique fait appel à des sciences annexes , qui ont pris en ces derniers temps une importance capitale : la statistique et Véconomie agricole ou industrielle.

La statistique est l'art de rassembler les faits sociaux

susceptibles de dénombrement, de les grouper, de comparer les résultats. C'est l'étude numérique des faits, étude indispensable pour quiconque aspire à donner à son pays une législation sérieuse. La statistique est la base matérielle de l'économie politique surtout lorsqu'il s'agit du commerce extérieur, du rendement industriel, du relevé des douanes, etc. L'économie agricole (agronomie) et l'économie industrielle ont aussi une très grande importance. Ces deux sciences ont pour but, l'une de rechercher les meilleures conditions de l'industrie agricole, l'autre les meilleurs procédés de l'industrie manufacturière et des transports. Les données spéciales de ces sciences sont des guides indispensables pour l'économiste et l'homme d'État.

Plusieurs autres sciences techniques viennent en aide à l'économie politique, par exemple la métallurgie. Sans doute, tout ce qui concerne l'extraction et le traitement du minerai, la construction des hauts fourneaux, etc., est spécial à cette industrie, mais l'économiste est tenu de se rendre compte du mouvement des prix de revient et de la création ou de la perte des débouchés.

RAPPORTS DE L'ÉCONOMIE POLflIQUE AVEC LA MORALE ET LE DROrr. — LÉGISLATION ÉCONOMIQUE.

Les rapports de la science économique avec la morale sont très étroits. Tout ce que la morale condamne au nom de la loi supérieure, l'économie politique doit le condamner aussi, et s'il se trouvait qu'une règle de justice et de morale fût en désaccord avec un intérêt économique, l'économie politique s'inclinerait.

C'est donc à tort qu'on a dit que la morale et l'économie politique donnaient des enseignements discordants parce que l'écononde politique , recherchant l'intérêt matériel, nierait l'obligation morale du dévouement et du sacrifice.

Ces imputations sont fausses , à moins qu'elles ne s'adressent à l'école utilitaire de Bentham et de Stuart Mill, qui confond le juste avec l'utile; la véritable économie politique ne repousse pas la doctrine du dévouement, du renoncement et du sacrifice, et elle sait fort bien que l'homme ne doit pas rechercher les richesses pour elles-mêmes , mais comme un moyen d'atteindre sa fin et de remplir sa mission sociale. C'est en ce sens que la véritable économie politique et la morale sont en parfait accord.

Les rapports de Véconomie politique et du droit sont aussi très étroits. Le règlement des rapports sociaux par le droit produit un effet considérable sur l'ordre économique. On peut citer comme exemple le rôle des lois successorales. La législation positive opère de très vives réactions sur le monde du travail. On ne peut être économiste sans connaître les lois civiles, ni législateur sans avoir des notions précises sur l'économie pohtique. Il est clair que les lois qui régissent la propriété, les contrats, les successions et donations, le commerce et l'industrie , ont une grande influence sur l'accroissement des richesses dans une nation : un impôt trop lourd ou mal établi, un tarif douanier mal calculé peuvent anéantir une industrie nationale, c'est-à-dire une des sources de la richesse.

Il y a un point sur lequel le droit et l'économie pohtique sont unis plus intimement encore: c'est quand il s'agit de la législation économique.

On entend par législation économique l'ensemble des lois spéciales qui, dans un État, régissent les matières rentrant plus spécialement dans le cadre de l'économie politique, telles que le commerce intérieur et international, le crédit, le travail dans les manufactures, les monnaies, les voies de transport, les assurances, etc.

Cette législation économique varie suivant les besoins du pays et les tendances du législateur. Nous aurons à examiner en détail la législation française actuelle dans les quatre parties de la science.

Utilité de Véconomie politique. — On a contesté l'utilité de la science économique. Les faits répondent assez :

L'étude de la science économique est aujourd'hui indispensable, à cause de l'importance prise par le mouvement industriel dans les questions sociales.

Il est indispensable de connaître :

Le régime du travail, ses meilleures conditions, tant dans l'ordre moral, entre le faux libéralisme qui affranchit le capital de tout devoir social et le socialisme qui arme le prolétariat de droits antisociaux', que dans l'ordre matériel , avec les lois qui régissent aujourd'hui l'agriculture, l'industrie et le commerce, par exemple les lois sur les mines, sur les chemins de fer, les brevets d'invention, etc. ;

Le régime des échanges internationaux, c'est-à-dire les lois douanières, les divers droits protecteurs, les traités de commerce internationaux , etc. ;

Le régime de la répartition, c'est-à-dire les lois sur les salaires, sur l'intérêt, sur les caisses d'épargne, sur les assurances , etc. ;

1 Du Régime du travail. Questions sociales, t. XIII.

Le régime de la consommation publique^ c'est-àdire les lois sur les impôts, les emprunts, les budgets, la conversion et l'amortissement des rentes, etc., etc.

Or, toutes ces études, nécessaires à un homme éclairé, ne se font nulle part ailleurs qu'en économie politique : l'utilité de cette science n'a pas besoin de plus ample démonstration.

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