‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 62 sur 75 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la consommation proprement dite et de la consommation productive. — Rapports entre la consommation et la production. — i Des consommations privées. — Du luxe et de l'absentéisme.

La consommation est le dernier terme des opérations économiques. Nous l'avons déjà dit : sitôt qu'un produit a été rendu tel qu'il ne semble plus opportun ni d'en extraire les éléments ni de les modifier d'aucune manière, ce produit est achevé ; l'homme alors le détruit pour la dernière fois, mais en le détruisant il se l'applique et en recueille une certaine jouissance, par exemple, la réparation des forces vitales. Cette destruction définitive (non de la matière elle-même qui ne cesse pas d'exister, mais des utilités spéciales que l'homme, par son travail, lui avait données) clôt.

termine et scelle, en quelque sorte, le cercle des opérations économiques.

La consommation n'est donc autre chose que l'usage ou remploi des richesses.

On a élevé de vives critiques contre le terme de consommation : on l'a trouvé trop vulgaire et on a proposé de le remplacer par des synonj-mes tels que ceux-ci : utilisation, permutation, transformation; mais ces termes ne valent pas celui que la pratique a fait prévaloir. Ne savons -nous pas d'ailleurs que l'homme ne crée ni ne détruit la matière, et qu'il s'agit uniquement de transformations successives, c'est-àdire de production et de consommation d'utilité? Il nous semble inutile d'insister sur ces considérations.

Consommation proprement dite et consommation reproductive. — On distingue les consommations à plusieurs points de vue ' :

1° La consommation proprement dite ou improductive est celle qui consiste dans V application directe des richesses à nos besoins. Lorsque le cultivateur consomme pour sa nourriture et celle de sa famille une partie de son blé il fait une consommation de cette nature. La richesse productive est définitivement

1 Au point de vue de leur effet sur les choses matérielles, on distingue les consommations objectives, avec des changements de forme ou de lieu modi liant l'état des richesses, et les consommalions subjectives, qui n'ulVectent ni les qualités intrinsèques des choses, ni leur état matériel, mais dont l'action se produit par le fait instinctif ou raisonné de l'homme sur la valeur des richesses. Telle est l'influence de la mode quant aux vêtements, et d'une découverte nouvelle quant au.x machines ! Kos arsenaux sont ainsi remplis d'armes dont la puissance a été dépassée (voir Précis, I, p. 341). En prenant les choses à ce point de vue, nous ne nous occuperons que des consommations objectives.

employée. Nous en dirons autant des vêtements que nous portons et que l'usage détruit peu à peu. Ces vêtements, après avoir été produits et échangés, et après avoir donné lieu à une répartition de ricliesses entre les divers groupes de producteurs et de commerçants, viennent remplir ainsi le but pour lequel ils ont été destinés '.

2" La consommation reproductive est celle qui détruit une valeur en la remplaçant par une autre. Par exemple, lorsque le cultivateur prélève sur sa récolte une partie de son blé et le sème, il fait une consommation reproductive. 11 détruit pour reproduire. De même lorsque le cordonnier emploie le cuir pour le tailler et en faire des souliers, il consomme reproductivement. Il en est de même de toutes les consommations industrielles, qui ne sont autre chose que de véritables productions. C'est pourquoi nous avions raison de dire au début de cet ouvrage : « produire, c'est altérer, modifier ; dans l'ordre de la matière l'homme ne produit qu'à la condition de détruire. »

Cette distinction admise par tous les économistes est utile en ce qu'elle sert à séparer deux ordres d'idées très distincts-. Quelques auteurs appellent consommation i77iproductive ou même stérile celle qui détruit la valeur sans remplacement ; nous n'avons pas cru pouvoir accepter cette expression qui implique une critique sans fondement. Comment peut-on dire

1 On a résumé comme suit les consommations improductives :

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