Involontaires 1 ^^'"^^^ industrielles
( Pertes accidentelles.
o„ -17 T ♦ • ( D'entretien.
2» Volontaires J ,
I De luxe.
2 Nous suivons, dans toute cette partie de l'économie politique, les divisions des programmes et de l'école.
que l'homme qui se nourrit fait une consommation stérile? Lui reproche-t-on de vivre? Non, sans doute; dès lors, il nous parait inutile d'employer des termes qui ne répondent en aucune façon à notre pensée. Il n'y a de consommation improductive que celle qui ne sert absolument à rien, ni à l'individu ni à la société, et ce n'est point de celle-là que nous nous occupons.
L'économie politique recommande les consommations reproductives ou industrielles ; il serait déplorable que les consommations de jouissance absorbassent la partie des revenus nécessaire au renouvellement des capitaux fixes ; mais il est évident que les consommations proprement dites, nécessaires à l'entretien de la vie et des forces de l'homme, tiennent la plus grande place au sein des sociétés. Avant d'épargner, il faut vivre : avant de songer aux moyens de satisfaire les besoins futurs, il faut donner satisfaction aux besoins impérieux du moment.
Dans le nombre des consommations reproductives nécessaires à une industrie agricole ou manufacturière, dit M. Levasseur, il y en a de rapides et il y en a de lentes ; les premières sont généralement du capital circulant et les secondes du capital fixe. Lorsqu'on essaye de dresser un état des diverses consommations industrielles, on compose un tableau qui reproduit l'analyse des éléments du capital fixe et du capital circulant de la façon suivante :
Consommations industrielles
Matières premières.
Salaires.
Rapides :
Loyer (si l'entrepreneur
Appartenant
est locataire)
en général
Frais
Autres dépenses généra-
au capital
1 généraux. ^
les de l'établissement.
circulant.
Dépenses d'entretien de l'entrepreneur.
Bâtiments (si
l'entrepreneur en est pro-
Lentes :
priétaire).
Appartenant
Mobilier industriel.
en général au
Outillage.
capital fixe.
Mobilier personnel de l'entrepreneur.
Nous avons longuement parlé des consommations repi'oductives en analysant le phénomène de la production. Nous pouvons donc nous borner à dire quelques mots de la consommation proprement dite K
D'une manière générale les consommations les mieux entendues sont :
1° Celles qui satisfont des besoins réels, c'est-à-dire les besoins à la satisfaction desquels tiennent notre existence et notre santé, et qu'on oppose à ceux qui proviennent d'une sensualité recherchée de l'opinion ou du caprice.
2° Les consommations lentes plutôt que les consommations rapides et celles qui choisissent de préférence les produits de la meilleure qualité. « Il y a, dit J.-B. Say, des villages qui manquent d'eau et qui consomment dans un seul jour de fête ce qu'il faudrait d'argent pour amener de l'eau et élever une fontaine sur leur place publique. » De même la rapide succession des modes appauvrit un État de ce qu'elle consomme et de ce qu'elle ne consomme pas.
3° Les consommations faites en commun. Il y a une foule de services dont les frais ne s'augmentent pas en proportion de la consommation qu'on en fait.
4° Celles qu'avoue la morale. Les consommations qui l'outragent finissent ordinairement par tourner à mal pour les sociétés comme pour les particuliers.
' Quelques auteurs appellent consommations préservatives les institutions d'assurance que nous avons étudiées. A ce sujet nous devons ajouter ici à la liste des lois relatives aux accidents de fabrique les projets de M. Minghetti en 1880, du ministère italien en 1881, du gouvernement russe en 1883, du ministère autrichien en décembre 1883, la loi danoise du 23 mai 1873, la loi hollandaise du 19 septembre 1874, la loi suédoise et norvégienne du 22 décembre 1846, etc.
Les principes que nous avons mis en avant dans tout le cours de cet ouvrage nous dispensent d'insister sur ce point.
On divise encore les consommations de la manière suivante :
1" Les consommations privées ;
â" Les consommations publiques.
Les premières sont celles qui sont faites par les individus, pour leur usage et celui de leurs familles.
Les secondes sont celles qui sont faites par l'État pour le service de la société. Nous étudierons successivement les unes et les autres.
Rapports entre la consommation et la j)roduction. Extension et limites de la consommation. — Nous avons fait voir dans la première partie de cet ouvrage que la production devait se régler sur les besoins de la consommation. Sans doute, ces besoins ont une certaine force d'expansion, mais cette expansion ne se fait qu'avec lenteur, tandis que la production industrielle peut à un moment donné devenii' exagérée. L'équilibre est facilement rompu, et aussitôt surgissent des crises qui arrêtent à la fois la production et la consommation, ruinent une foule d'entrepreneurs et plongent dans la misère une foule d'ouvriers. Nous avons suffisamment parlé de ce phénomène considérable dont on tient si peu compte quand on étudie la richesse sociale abstractivemenl. Quelques économistes, reconnaissant qu'il est impossible d'établir a priori une proportion satisfaisante entre la production et la consommation, prétendent que pour éviter les crises et permettre l'extension indéfinie de la production, il suffisait d'encourager le développement du luxe. Ils oublient que toutes les consommations ne sont pas propres à accélérer la pro-
PRINCIPES CIKNÉHAIX DK LA CONSOMMATION 485
duction : un grand nombre ne font que dissiper en pure perte le capital social. Bien loin, par exemple, que certaines fêtes publiques fassent aller le travail et le commerce, il serait plus exact de reconnaître qu'elles dérangent une foule de travailleurs excités à des dépenses fâcheuses. Le remède à cette situation qui ne fait que s'aggraver de jour en jour paraît être dans la reconstitution spontanée de ces associations qui, connaissant l'état général du marché, pourraient diminuer la concurrence et restreindre momentanément la production sans violence et sans danger pour personne. De tout ce que nous avons dit sur les hens étroits qui rattachent la consommation à la production, on a conclu que la consommation augmente en raison de la diminution du prix des denrées. Toutes les fois que par suite d'inventions nouvelles ou de meilleurs procédés, ou par l'effet d'intelhgentes réformes, ces prix se sont abaissés, on a vu la consommation prendre de nouveaux développements. La production était alors en état d'équilibre. C'est de 18^0 à 1870 que les progrès de l'industrie ont été les plus considérables ;*or, pendant cette même période, la consommation a augmenté d'environ 50 0/0 : cette augmentation porte surtout sur le froment et sur la viande. La France consommait 53.900,000 hectoHtres de blé en 1820 et près de 95 millions en 1874. La consommation du café a quintuplé, celle du chocolat a décuplé, celle du coton, du chanvre et du lin a doublé ; en 1820 nous dépensions en moyenne et par tête 2 livres 1/2 de sucre, cette moyenne est aujourd'hui de 12 livres. Tous ces faits et une foule d'autres que l'on trouvera dans les traités spéciaux semblent établir que la consommation s'est élevée en même temps que la puissance productive du travail, mais ce qu'il serait surtout utile de savoir,
c'est SI cette progression a eu lieu au profit de toutes les classes de la société ou seulement au profit de quelques-uns. Le but de l'économie politique est loin d'être atteint lorsque, comme à Rome, la moyenne des consommations ne s'élève qu'en raison du luxe progressif d'un petit nombre de citoyens, tandis que la masse reste dans le statu quo ou devient de plus en plus misérable. La statistique, en ce cas, va à rencontre de ce qu'elle veut prouver.
Des consommations privées. Du luxe. De Vabsentéisme. — L'usage que les particuliers font de leurs revenus intéresse au plus haut point les sociétés. Lorsqu'un peuple en est venu, par oubfides principes qui font la force et la grandeur des nations, à dissiper follement ses revenus , le gouvernement et les lois sont impuissants à lui faire remonter la pente fatale qui conduit à la décadence et à la ruine.
Les consommations privées, a-t-on dit, sont en rapport avec le caractère et les passions des hommes. Elles sont souvent excitées par la vanité, la générosité, la cupidité elle-même. Les excès en sens contraire s'appellent prodigalité et avarice. L'une et l'autre se privent des vrais avantages que procurent les richesses; on peut même dire que la prodigafité, qui obtient plus facilement grâce devant le pubHc , est , plus que l'avarice, fatale à la société, en dissipant les capitaux qui servent à l'industrie, et en détruisant un des agents de la production. L'avare, à la vérité, ne favorise pas l'industrie, mais du moins il ne lui ravit aucun de ses moyens; le trésor amassé l'a été aux dépens de ses propres jouissances, et non aux dépens du public.
Sans nous arrêter sur ces conditions générales, où l'accord de la morale et de l'économie politique doit
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être très étroit, nous nous bornerons à dire quelques mots de deux questions qui ont été longtemps controversées, celle du luxe et celle de la consommation des absents.
Du luxe. — Le luxe est r usage irrationnel et abusif des choses de grand prix '. Il s'entend, en mauvaise part, des consommations proprement dites, lorsqu'elles dépassent par leur exagération les limites que trace la raison.
La première remarque que nous ayions à faire, c'est que le luxe est relatif et dépend des lieux, des temps et des personnes. Ce qui serait un luxe pour une fortune modeste peut être une parcimonie pour une immense fortune, et ce qui nous parait aujourd'hui nécessaire à l'entretien ou au plus simple ornement de la vie était considéré comme une folle dépense il y a quelques siècles et parfois quelques années. 11 n'y a donc pas de mesure absolue du luxe dans une société donnée, et il faut rattacher ce mot à l'idée d'abus, d'excès, de jouissances exagérées et exclusives.
Il ne faudrait pas, avec quelques économistes, définir simplement le luxe Vusage du superflu. L'économiste anglais Mac Culloch, montre « qu'il n'existe guère un seul article parmi ceux regardés aujourd'hui comme indispensables à l'existence qui n'ait été dénoncé, à son apparition, comme une superfluité inutile, ou comme étant en quelque sorte nuisible. >
A la fin du xiv" siècle, on s'élevait contre le luxe de la reine Isabeau, notamment parce qu'elle avait deux chemises de toile, et les premiers bas de soie tricotés à l'aiguille , au temps de Henri III , furent portés
* C'est la définition généralement donnée dans les Traités.
comme un ornement fastueux. Même au siècle de Louis XIV, le luxe consistait dans l'usage de choses que nous considérons aujourd'hui comme peu importantes : aussi, Madame de Maintenon écrivait à son frère en 1678 « Je mets une livre de chandelles par jour, qui est de huit : une dans l'antichambre, une pour les femmes , une pour les cuisines , une pour l'écurie; je ne vois guère que ces quatre endroits où il en faille. »
Résumant notre pensée, nous n'hésitons pas à dire que le luxe, tel que nous l'avons défini, est condamnable au nom de la morale d'abord, parce qu'il enlève à l'homme tout amour pour le travail et toute notion de sa destinée terrestre; puis au nom de V économie politiqiie, parce qu'il fait disparaître des capitaux qui eussent pu être appliqués à la production. On objecte parfois que ces capitaux sont en d'autres mains; mais il est facile de répondre que, disséminés entre une foule de personnes, ils n'ont plus qu'une fonction circulatoire et sont perdus pour l'industrie.
Il ne faut pas confondre avec le lu.xe l'encouragement qu'un homme riche sait donner aux arts, aux lettres ou aux sciences , en employant une partie notable de son revenu à commander des statues, des tableaux, à faire construire un château suivant les règles d'une architecture savante et dessiner des jardins et un parc; en agissant ainsi, cet homme se rend compte de la fonction sociale de la richesse et rend un service au pays. Il y a sans doute des capitaux immobilisés et enlevés à la production industrielle, mais le goût public s'est développé, les artistes ont été récompensés et, si le propriétaire de ces statues, de ce château et de ce parc sait user des richesses de la façon indiquée par saint Paul,
c'est-à-dire comme n'en usant pas, il y aura profit pour tous, pour les individus et pour la société.
Mais le luxe ordinaire, tel qu'on l'entend, c'est-àdire ces dépenses abusives, exagérées, n'ayant d'autre but que de satisfaire les mauvaises passions de l'homme , la vanité , la gourmandise , la luxure , régoïsme, etc., le luxe est une véritable plaie sociale. Il épuise les nations et les conduit au paupérisme.
De la consommation des absents et de f absentéisme. — Les effets économiques de Vabsence des propriétaires ont été signalés en tous les pays et le mot absentéisme, d'origine anglaise, a été créé pour désigner l'une des causes principales auxquelles en a attribué l'état misérable de la population irlandaise.
Lorsque les propriétaires fonciers quittent la région où sont situées leurs terres et vont consommer au loin leurs revenus, un désordre matériel et moral ne tarde pas à s'introduire; les populations souffrent et le pays s'appauvrit. Rien ne fait mieux voir la fonction de la richesse et la nécessité du patronage des hautes classes dirigeantes, que les résultats partout constatés de l'absentéisme. M. Cherbuliez, dans son Étude sur les causes de la vnisère, AI. de Gerando, dans son Traité sur la bienfaisance publique, M. Villermé, dans son Tableau de rétat physique et moral des ouvriers, insistent à l'envi sur ce point. Le patronage, dit M. Le Play, constitue un des éléments essentiels de toute société. Partout il est le principal symptôme de l'harmonie sociale et du progrès de la civilisation. »
Mais si le patronage, s'exerçant par le contact journalier du propriétaire et des fermiers, du capitahste et des ouvriers, est, dans l'ordre moral, une véritable nécessité sociale, comment veut-on qu'il s'exerce en
Vabsence d'une des parties? Si le riche oublie ses devoirs , comment le pauvre se rappellera-t-il les siens * ?
Dans l'ordre matériel, les conséquences de la consommation des absents ne sont pas moins fâcheuses pour une contrée. Lorsque les revenus du sol et de l'industrie sont dépensés au loin, aucune portion ne s'en applique aux améliorations agricoles, ni aux développements de l'industrie manufacturière, et le pays va s'appauvrissant. Ce n'est pas tout. Nous savons que les propriétaires émigrés afferment à longue échéance leurs domaines à des capitahstes et ceux-ci, à leur tour, cèdent leurs baux à des spéculateurs désignés en Irlande sous le nom de middlemen, lesquels traitent directement et à court terme avec les cultivateurs quils pressurent de toutes façons. On voit qu'à tous les points de vue l'absentéisme doit être considéré comme une plaie sociale.
1 Consulter, sur tous ces points, les excellentes Études de M. le comte Yvert, et de la Société des propriétaires chrétiens.