‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 8 sur 75 · ÉLÉMENTS DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA PRODUCTION

De l'action de l'HOMME .

(principe actif) ■[ et seul facteur de la ri chesse).

la NATURE

(principe passif),

Z [son travail/

et

§ (son capital^

( musculaire..

( intellectuel., produit résultant d'un travail antérieur, c.-à-d.

de l'action de l'homme

sur la nature.

la terre,

et les forces physiques non appropriées.

le' élément.

3« élément.

2» élément.

Il résulte les ser- '

Frais de la production. — On entend par frais de production la somme des frais et dépenses nécessités par la production d'une valeur.

Nous reviendrons plus tard sur ce sujet. Bornonsnous à dire ici que dans toute entreprise on rencontre des frais de production correspondant aux trois facteurs dont nous venons de parler :

1° Les salaires, émoluments, honoraires, etc., frais de production du travail;

2" Uintérêt et le loyer , frais de production du capital;

3** La rente ou le fermage, frais de production de la terre \

C'est l'entrepreneur (le patron) qui distribue ces frais de production aux ouvriers, capitalistes et propriétaires.

La somme totale des frais divisée par le nombre d'objets produits donne ce qu'on appelle le prix de revient de chaque objet.

^ Nous .suivons encore ici l'ancienne division de l'école.

L'entrepreneur ajoute à ce prix un certain bénéfice qui est réglé normalement par la juste concurrence, et on obtient ainsi le prix coûtant de l'objet, c'est-àdire le prix sur le marché.

Il se peut que le prix coûtant, par suite d'événements fâcheux, d'un mauvais régime économique, ou d'une concurrence désordonnée, ne puisse pas être supérieur au prix de revient. Dans ce cas, l'entrepreneur-patron ne gagne rien. Il n'y a pour lui aucun profit. Il se peut même qu'en temps de crise le prix coûtant devienne inférieur au prix de revient : en ce cas, l'entrepreneur est en perte, et si cette situation se prolongeait, l'entreprise périrait à bref délai.

On voit à quel point le calcul des frais de production d'un objet est important pour tout entrepreneur et dans chaque industrie : car si les ouvriers, capitalistes et propriétaires sont payés le plus souvent à forfait, l'entrepreneur n'est payé que s'il y a bénéfice. Sa rémunération est donc essentiellement aléatoire.

Caractères de la production des richesses. — 1° La production s'accroit en raison : 1" du nombre et de la qualité des travailleurs ; 2° de l'introduction de nouvelles machines ; mais elle est limitée par les résistances des agents naturels, et surtout du sol. — Cette proposition renferme plusieurs vérités économiques qui ont été successivement méconnues.

La production peut s'accroître, mais non pas indéfiniment , ni surtout sans efforts de plus en plus grands.

Elle s'accroît :

Lorsque les travailleurs sont plus nombreux, plus habiles ou plus laborieux ;

Lorsque de nouvelles machines sont inventées qui facilitent le travail et augmentent la somme de ses

résultats. C'est une intervention du capital, sous sa forme la plus productive.

Mais l'œuvre de la production a des limites, qui, pour n'être pas absolues, n'en sont pas moins difficiles à élargir. Ces limites se rencontrent surtout dans l'industrie agricole, la première et la plus nécessaire de toutes : c'est quand le sol intervient comme élément principal de la production que la puissance créatrice du travail humain rencontre une limite réelle et actuelle, qu'on ne recule qu'au prix de grands et pénibles efforts.

Les conséquences morales de cette loi supérieure n'ont pas besoin d'être développées. C'est là que viennent se briser toutes les théories socialistes sur le progrès indéfini de l'humanité vers la jouissance sans travail.

II. Le travail de la production doit se régler sur les besoins de la consommation. — La consommation a des limites assez étroites, et qui ne sont pas susceptibles d'une extension très rapide. Chacun de nous se contente d'un ou de deux vêtements : ce n'est pas sous prétexte de bon marché que nous irions acheter chacun dix chapeaux ou dix paires de souliers ; nous les offrit-on à vil prix, nous ne les prendrions pas. Cette limite des besoins de la consommation doit aussi servir de limite à la production, et si eUe est dépassée aveuglément, les crises industrielles les plus cruelles pèsent sur les peuples , comme celle dont l'Europe et les États-Unis souffrent depuis 1873. C'est la théorie des débouchés.

Il est vrai que cette limite est difficile à reconnaître dans l'état actuel de l'industrie individualiste, et avec ces immenses entreprises à qui un seul jour de retard

fait perdre des sommes considérables. La production et la consommation sont presque toujours soit en avance soit en retard l'une sur l'autre, ce qu'on reconnaît aux variations de la valeur d'échange. M. Cauwès dit avec raison : € La production et la consommation sont comme deux pendules dont les oscillations en sens contraire tendraient à s'éloigner de moins en moins jusqu'à un même point d'arrêt. Là se trouve l'équilibre, mais, dans la réalité, il ne se fera qu'imparfaitement. »

La surproduction industrielle excitée par la concurrence illimitée, la spéculation , l'appât du gain , l'absence de toute réglementation sous le régime de l'individualisme actuel, est la source des effroyables crises qui, tous les dix ou quinze ans sévissent sur les industries du monde entier, ruinent une foule d'entreprises, plongent dans la misère les travailleurs qui n'ont pas d'avances et mettent en péril la vie des ouvriers et l'ordre social.

C'est à mettre fin à cette situation et à ces dangers que les législateurs et les économistes sérieux doivent s'appliquer.

III. Enfin la production n'est durable et ne fait pénétrer le bien-être dans toutes les classes de la société que si les travailleurs s'inspirent des vertus de moralité, d'économie et d'honnêteté; si l'ordre, selon la justice et l'union, selon la charité, régnent entre les ouvriers et les patrons , et si l'instruction professionnelle est de plv^ en plus répandue. Ce qui fait la grande différence entre les nations antiques et les nations chrétiennes, ce n'est pas tant la masse des richesses que leur distribution. Dans le monde grécoromain, la richesse était aux mains de quelques-uns :

la foule restait misérable. Depuis le christianisme, la richesse s'est répandue davantage au sein des sociétés. Le raisonnement et l'expérience nous prouvent que le travail dans l'ordre matériel est intimement lié au travail dans l'ordre moral : tels seront les travailleurs, et surtout tel sera le régime économique, et telle sera la production.

Avant d'aborder la classification et la législation des diverses industries, nous étudierons successivement le travail et ses diverses formes, Vassociation, le capital, la terre et les agents naturels.

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