V. — REVENU DU TRAVAILLEUR SALARIÉ 1 LE SALAIRE
mom-entanées du prix du marché, ou prix courant résultant des variations dans le rapport de l'ollre à la demande, et considèrent que* le prix naturel ou normal est essentiellement
déterminé par le coût de production. •
Or. cette conception, appliquée au prix flu travail, constitue une première théorie du salaire, professée notamnaent par Turgol, par Ricardo et par Lassu-lle ; et ce dernu rendue célèbre, en la faisant dévier un peu de sa sigmhcalion
primitive, sous le nom de loi d'airain.
D-aprts res auteurs, le. prix du travail peut J*™'''''"®" lluctiier comme tout autre prix, en raison de ■ demande ; mais il a, lui aussi, un Umi m.mmum Mermmé par le coût de production, ou, plus exactement, par le coiU d'entretien et de reproduction des travailleurs salariés, ht ces auteurs ajoutent que ce taux minimum tend à devenir un
taux novuial. ^ ,
A l’appui de cotte conceplion*pessimi^te, Turgol se borne à
faire remarquer que l’employeur « a le choix entre un g^a^id
nombre d'ouvriers », et « qu’il préfère celui qui travaille au
meilleur marché » (1). Ln somme, il admet que la corenr-
rence est plus grande parmi ceux qui otîrenl le travail que
parmi ceux qui le demandent.
Usant d’uii argument plus savant, Ricardo expose que toute
hausse du salaire, en augmentant la quantité de subsistances à la disposition des ouvriers, favorise l’accroissement de la population ouvrière, et développe, parla, l’olTre de travail : si bien qu’une hausse momeni anée du sa’aire porte en elle-même le germe d’une dépression nouvelle (i). Sans doute, Ricardo reconnaît que de nouvelles augmentations de capital peuvent mainlenir, pendant un temps indélerinino, malgré l’accroissement de la population ouvrière, la hausse des salaires acquise. Mais, partageant les idées do Malthus, il pense que les salaires tendent généralement vers le minimum d’existence : « car, dit-il, le nombre des ouvriers continue à s accroître dans une
(1) Tcrgot, Hé flexions sur la formation et la distribution des richesses,
§ 11, OKaires, Edition 1844, t. 1, p. 10. . j,
(2) « Lorsque, par l’encouragement que les sa-aires éleves donnent a
l’aocroiasement de la population, le nombre des Iravai lenis s es accru, lee salaires retombent à leur prix naturel et, quelquefois même, par Teffet d’uue réaction, plus bas encore. * Ricardo, Pnncip&s, Irad. tr.,
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progression un peu plus rapide que celle de la demande ».
^ Le socialiste Ferdinand Lassalle (1). sans rien ajouter à 1 argumentation de Ricardo, l’arfirme d’une façon plus absolue et l’exprime dans une formule brutale: la loi d’airain des salaires. — Enfin, Karl Marx revient en quelque sorte à l’idée de I ergot, lorsqu il explique la prétendue tendance vers un salaire minimum, non par un excédent absolu de population, niais par l’exisience d’une « armée industrielle de réserve », cest-à-dire d’ouvriers inoccupés, dont la concurrence tend à altaisser le salaire (2).
Ceite théorie d un salaire naturel ou normal, qui serait esscn/iellemetil dé/ernihié [)i\r h coût de production du travail, ou, si 1 on veut, par le coût d’existence des travailleurs salaijés, n’a pas pu n'siter longtemps aux objections qu’elle soulève. Sans méconnaître 1 induence déprimante que peut provoquer, dans certains cas, une coirurrence excessive entre ceux qui offrent leur travail, on doit reconnaître que cette influence se manifeste d’une façon extrêmement variable d’un métier à un autre, et d’une époque à une autre ; et il paraît un peu exagéré d aftirmer que, d une façon générale, la con'"urieiice soit plus vise parmi ceux qui offient le tiavail que parmi ceux qui le demandent (.1). 1) autre ]iart, I influence qu’exercerait, d’après lîicardo et Lassallf', une hausse éventuelle des salaires sur le deve oppemenl de la population ouvrière suppose entre les conditions de la vie é' onnmique et l’état démographique une relation beaucoup trop simpliste pour pouvoir être acceptée sans réserves Il en est de même de l’idée professée par Malthus, et admise par lUcardo, que la population s’accroît plus vile que les moyens de production, et que la population ouvrière, plus spécialement, augmenterait plus vite que le capital permettant de l’employer. Cette conception a sans
( ) \ oir plus loin, he dcceloppeiïiCHt de bi p€ïk$t^c écotxoiïi^ue^ § 11.
(2) On Irouvera ces ciLations ét un bon résumé de l'argunientalion dans Christian Cor.xrlissen, Théorie du salaire et du travail salarié,
(3) Voir cependant plus loin, p. 415 et en sens contraire p. 422.
(i) Sans doute, la liausse des salaires peut, en sauvant des existences, être un facteur d’accroissement pour la population ouvrière. Mais on observe généralement que la natalité diminue avec le bien-être ; et, par conséquent, il se peut fort bien que la hausse des salaires, au lieu de favoriser raccroissement de la population ouvrière, favorise au contraire, sa restriction.