V. UEVEM’ ue TRAVAILLELU SALAlUE ; LE SALAIRE
vrter pouvait « faire concourir entre eux les employeurs, pour obtenir ses services aussi activement qu’un employeur peut faire rivaliser entre eu.x les travailleurs pour la vente de leurs services » (1). Cl celle réserve est fort imporlaule.
Mais on resle un peu sceptique reluliyt ment a l applicalioa pratique du procédé de complahililé ingénieux qui permet d’isoler ainsi la productivité du travail des salaries. Les auteurs qui citent des exemples les prennent dans uii monde agreste dont la simplicité a quelque chose d’e.x. eptiouneL et presque d’irréel, quand il s'agit d’expliquer un grand phénomène de la vie moderne. M. Clark affirme, il est viai, que « les entrepreneurs ont sans cesse ù mesurer l’effet d’une petite diminution ou d’un léger accroissement de leurs forces de travail >>, et que, « ce faisant, ils mesurcnl la productivité (male du travail ». Mais cette assertion n'api.araît pas comme parfaitement fondée. Il arrive assurément, à tout instant, qu un patron embauche ou renvoie un salarié, ou un groupe de ^alancs ; mais il n’est pas aussi certain qu’il mesure exactement l’accrnissementou la diminution de [iioduct.vité qui en résulté. Quant aux accroissements de personnel de quelque importance ils sont liés souvent accompagnés d’une augmentation du capital, et d’un accroissement de l’effort de sui veillam e ou de direction, si bien que la productivité du travail doit être eiiolübéedansla pioduclivité de ces deux facteurs. Quoi qu il ea soit, la théorie de la productivité a le mérite de rappeler opportunémenl celle idée simple que la demande de travail repose sur sa productivité, et que, par conséquent, la productivité doit n’êlre pas sans relation avec le prix du travail.
L’application de celle idée, est d’ailleurs, souvent évidente, lorsqu’il s’agit d'expliquer pourquoi certains salaires sont plus élevés que les autres. Klle peut être beaucoup moins certaine lorsqu’il s’agit de mesurer la productivité du travail salarié par rapport aux autres éléments productifs Mais nous verrons plus loin que l’ubservat.on, guide beaucoup plus sûr que l’imagination la plus ingénieuse, semble indiquer que la productivité globale, sinon la productivité propre des salariés, n est
passans inlluence sur le taux des salaires.
La théorie de la productivité contient donc, comme les pré-
(1) J. -B. Clark, Principes iV Economique, trad. franc., W. Oualid et O. Leroy (Giard et Rrière), p. 131.
LIVKE II.
- RÉPAimTIO>’
cédentes, des suggestions inconijilètes, mais utiles à retenir au moment d'éluJier le me'canisme par lequel se détermine le salaire. Sans vouloir pratiquer un éclectisme systématique, il apparait, en effet, que toutes les théories déductives ont envisagé d’une façon plus ou moins prépondéianle certains aspects de la réalité qui méritent d’ètre, les uns et les autres, retonüs. .Mais, tout en s’efforçant, non sans logique, d’appliquer au salaire des notions empruntées àla théorie généralede la valeur, elles n ont pas dégagé assez neltemenl les différences qui existent entre les conditions qui détiMuninenl les prix des marchandises ou des services fournis par les entreprises et celles qui déterminent le prix des services du Ir ivail salarié. Pour tenir compte de ces dillérences, il convient tout d’abord d’exposer avec quelques détails le mécanisme de l’offre et de la demande du travail.
§5. — Le mécanisme de l'offre et de la demande collectives de travail ; coalitions,, grèves et loc kouts ; syndicats ouvriers et patronaux ; contrat collectif.
Le taux du salaire ne dépend pas seulement des iniluenci.s « quantitatives » qu’envisage la théorie classique : l’action de 1 otîre du travail, notamment, ne résulte pas seulement du nombre des ouvriers qui offrent leurs bras, mais de leur isolement ou de leur groupement, et linaleincntde l’organisation des parties en présence.
En effet, le salaire est généralement, dans la société moderne, le résultat de contrats juridiquement libres. Mais la situation de fait des individus qui contractent est assez inégale. Ainsi, lorsque le salarié se trouve isolé devant un employeur qui occupe un grand nombre de salariés, — ce qui est un cas très fréquent dans l’industrie moderne — il ne peut discuter avec lui, sur le pied d’égalité, les conditions du contrat de travail. Le plus souvent, en effet, il importe assez peu au'patron d avoir un ouvrier de plus ou de moins ; en tous cas, il peut habituellement attendre. Au contraire, l’ouvrier àla recherche
de travail, souvent privé de ressources, tient généralement à trouver un emploi dans le plus bref délai. Le patron est, d’ailleurs, peu enclin à accepter des discussions individuelles avec les salariés. Ces inégalités ont été déjà aperçues et nellement