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V. — REVENU DU TRAVAILLEUR SALARIE I LE SALAIRE 4 l'S

contrats collectifs ne se confondent nullement avec le ci nlrat de travail qui lie chaque ouvrier individuellement avec son patron : ils ne visent en aucune façon l’exécution d'un travail à faire ; ils constituent simplement une « réglementation contractuelle '6 du travail, qui se suhslilue plus ou moin.s aux rèqlemenls d'atelier, et domine ainsi les contrats individuels. Ils comprennent, d’ailleurs, hahiluellement un tarif, qui fixe les salaires des diverses catégories d’ouvriers intéressées. Grâce à ces conventions collectives, le taux du salaire peut être librement déhaitu, ce qui est le plus souvent impossible avec les seuls < ouïrais individuels ; et nous allons voir que cette liberté de discu.ssion ne semble pas avoir été sans influeiice sur le mouvement des salaires. D’ailleurs, les contrats collectifs tendent parfois à exercer une influence directe sur l’offre de travail, soit, par exemple, en liinitaut le nombre des apprentis, soit en stipulant un mode de rémunération plus favorable aux ouvriers, soit encore en stipulant que, à égalité d’aptitude, la préférence sera accordée, dans l’embauchage, aux ouvriers syndiqués (I).

Toute Cl tle organisation collective du travail — coalitions et associations professionnelles, avec la lactique qui en résulte — a incontestablement exercé une influence sur la détermination du salaire, et il est permis d’affirmer que, dans l’ensemble, elle a amélioré la situation de ceux qui offrent leur travail, et favorisé la hausse des salaires.

La grève d’abord, qu’elle éclate sous l’impulsion de coalitions momentanées ou d’associations permanentes, aboutit, en moyenne, à la hausse du salaire.

En effet, des enquêtes menées par l’office du travail français il résulte que, en France, la proportion des succès dans la décade 1890-1809 avait été la suivante :

individuels des parties représentées lors de ta conclusion des conventions collectives doivent être conformes à ces conventions. Les adhérents aux groupeineats qui ont conclu ces conventions sont liés par elles, sauf la faculté qui leur est reconnue de se retirer de ces groupements dans un délai très bref. Ils peuvent toutefois se dégager ultérieurement en noliliant leur décision un mois d’avance, si la convention a été conclue pour une durée indéterminée.

(1) Cette clause est usuelle en Australie et en Nouvelle-Zélande. Voir B.Nogaro, L'arbitrage obligatoire, th., Paris, 1906,

/i20 UVFIE II. HÊ1'ARTITI0>Î

Succès 24,10 ®/o intéressant 18,04 o/o grévistes.

Transactions . . 31,29 » 43,33 »

Échecs .... 44,61 » 38,63 »

foil au total, 01 0 0 des grévistes, qui obtienneul une salisfaclion complète ou partifdle.

Quanta la décade 1890-1900, elle piéseale des résultats encore plus favorables aux ouvriers :

Succès 22,16 ®.'o intéressant 11,56 o o grévistes.

Transactions . • 38,28 » 63,21 »

Échecs .... 39,56 » 24,83 »

Soit une propor'ion do 73 0 0 des grévistes obtenant uu succès au moins partiel (I).

l.cs statistiques étrangères indiquent des résultats assez analogues, et, dans la décade 1900-1 9 J9, la majorité des grèves paraît sc terminer à l’avantage des ouvi ier.s, sauf en Ht Igique (2).

Pour établir un bilan complet des grèves, il conviendrait toutefois de tenir compte des journées de travail perdues (3). Mais nous nous bornons ici à envisager leur inlluence sur la détermination du salaire journal er.

Quant aux associations profcS'ionnt lies ouvrières, en dé[)it de la résistance qu’elles ont pu rencontrer de la pari des groupements patronaux, le fait seul de leur constitution parait également avoir contribué à la hausse des salaires, soit qu’elles aient eu pour objet l’organisation de la grève, — et alors leur action se confond avec l’action delà grève elle-même, — soit quelles aient manifesté leur activité dans la discussion pacifique des conditions du travail. A vrai dire, l’idée d’une relation entre la constitution des syndicats ouvriers et la hausse des salaires ne paraît pas conlirmée par certaines données statistiques globales. Ainsi, en France, les syndicats, d’abord

(1) Il faut noter toutefois que toutes les grèves n’ont pas pour objet le taux du salaire, et pour avoir une i iée précise, il faudrait pouvoir envisager séparément la proportion des échecs et des succès dans les grèves relatives au salaire.

(2) Ch. Gide, Economie sociale, 4® édition, p. 123. — Voir aussi Ch. l’icouENARD, Le bilan financier des grèves, {Rev. d'écon. pçltt., 1908, p. 356).

(3) Voir plus loin, § 9, Le chômage.

CUAP. V. — REVEMJ DL' TnAV.AJLLELT* SALAIUÉ : LE SALAIRE 421

peu nombreux, se sont considérablement multipliés après leur reconnaissance légale en I88'i ; or, la hausse des salaires qui, d’après la statistique française, avait été très forte entre 1871 et 1880, est devenue très lente entre cette époque et la fin du siècle ; et c’est seulement au début du xx“ siècle que l’ascension est redevenue rapide. Cet'e constatation suggère 1 idée que, si l’on considère le niveau moyen des salaires dans un pays, il lient principalement à des causes plus profondes que la constitution d’associations professionnelles permanentes. Cependant, les témoignages ne manquent pas pour attester l’elTet, parfois immédiat, de la création de syndicats ouvriers sur le taux des salaires (l) ; et il est certain que les salaires les plus bas se rencontrent le plus souvent dans les métiers où les syndicats sont rares, pauvres ou inexistants (|.Hin( ipalement chez les liavailleurs cl les travailleuses à domicile).

Les divers marchés du travail: salariés industriels et agricoles; ouvriers qualifiés et non qualifiés ; salaires des femmes et des travailleurs à domicile ; « sweating system »•

Les services du travail salarié — mémo en prenant l’expression de salarié dans l’accoption resliTinle qui a été définie plus haut — sont loin d’avoir la même homogénéité que ceux du capital [irèlé, et le marche du travail est loin de présenter la même unité que celui du capital ; aussi les salaires varientils selon la nature du travail fourni, * l selon l organisation du marché relatif à chaque catégorie de travail.

Il y a, en ellcl, des marchés oùrolTi e et la demande collec-

(1)S. et B. Webb, dans leur histoire du trade-unionisme, déclarent que, dans beaucoup de villages anglais, en 1872, la simple fondation dune succursale de syndicat suftisa t à provoquer une hausse subite du salaire. D’autre part, le rapport final de 1 Industrial commission des Etats- Unis (cité par Coknêlissen, op. vit., p. 517) signale l’exemple suivant : dans riilinois, les salaires (des mineurs de charbon) baissèrent dans les années précédant 1884. Ils baissèrent encore de 17 0/0 environ entre 1890 et 1896, mais, en 1897, lorsque se constitua, sur une vaste étendue, la première forte organisation des mineurs, leurs salaires liaussèient de 30 à 40 0 0. alors que la hausse avait été infiniment moindre dans les autres métiers. Et ce rapport conclut que le facteur le plus important pour te progrès des salariés est leur aptitude à établir et à mainteuir une organisation.

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