LIVRE II
ouvriers se rendaient à pied à l’atelier proche de leur demeure.
Ainsi, en résumé, les revenus réels ne peuvent être évalués qu’en tenant compte non seulement des variations des revenus pécuniaires, mais aussi des variations dans le coût de l'existence (1) ; celles-ci d’ailleurs résultent des fluctuations du niveau général des prix, mais sans se confondre tout à fait avec elles (2).
§ 2. — Comment les mouvements généraux des prix affectent les
diverses catégories de revenus.
Ce n’est pas seulement par leur rapport avec le coût de l’existence que les mouvements des prix alîeclent les revenus réels; c’est aussi parce qu’ils influent sur les revenus pécuniaires eux-mêmes. Mais cette double influence aflecte fort inégalement les diverses catégories de revenus.
Nous avons vu plus haut que le revenu en monnaie du chef d'entreprise dépendait assez étroitement du mouvement des prix; en elîet, quand les prix, en général, tendent vers la hausse, par suite du développement de la demande, le chef d’entreprise vend, en moyenne, plus cher; et à moins d’une réduction compensatrice dans le nombre des unités vendues, ses recettes brutes augmentent. Comme, d’autre part, le prix
(1) Cette proposition, déjà exacte alors que le niveau moysn des prix variait peu et lentement, est devenue beaucoup plus évidente depuis la période de guerre rjle coût de la vie est aujourd’hui une des préoccupations essentielles de .l’opinion publique ; mais comme nous allons le voir au paragraphe.|suivant, les variations des prix affectent très différemment les diverses catégories de producteurs.
(2) On voit ainsi quelle influence e.\ercent sur la détermination des revenus réels tous les facteurs qui agissent sur le niveau des prix, tels que, par exemple, l’organisation de la production et de la circulation. Ainsi, le pullulement des commerçants de détail, en assignant à chacun d’eux un débouché trop restreint pour ses frais généraux, les oblige à vendre chaque unité sensiblement plus cher que ne le ferait un commerce mieux équilibré; cette organisation vicieuse fait ainsi peser sur l’ensemble des consommateurs un impôt énorme et diminue d’autant leur revenu réel, sans autre compensation que de faire vivre assez modestement des travailleurs qui pourraient trouver un emploi plus utile.