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CHAP. VI. REVENUS EN MONNAIE ET REVENUS REELS

des services productifs, capital et travail, n’augmente pas dans la même proportion, l’écart entre son prix de revient et son prix de vente augmente aussi, et son revenu net en argent tend à s’accroître plus que proportionnellement (1). Quant à son revenu réel, il se trouve aussi accru, du fait que le chef d’entreprise a vu s’accroître, comme nous venons de l’indiquer, son revenu nominal plus que proportionnellement à la hausse des prix, alors qu’il subit cette hausse dans la même proportion que tout autre consommateur, salarié ou capitaliste-

prêteur.

Soit, par exemple, un petit chef d’entreprise qui avait en 1914 un chilfre d’alTaires de 10.000 francs; ses frais étaient de 5.000 francs, son revenu de 5.000 francs également, et il consacrait cette somme à sa consommation. Les prix, en 1919, ont triplé, eu moyenne, et nous admettons que les jiroduits qu’il vend ont, eux aussi, triplé exactement. Dès lors, si le nombre d’unités vendues était resté constant, son chiffre d'affaires serait de 30.000 francs; admettons une réduction du nombre d’unités vendues et fixons le chiffre d’affaires à

29.000 francs. Son prix de revient n’a pas triplé, caries salaires et surtout le loyer du capital emprunté ne se sont pas élevés tout à fait dan.^ la même proportion : admettons qu’il soit passé à 13.000 francs : le revenu net de notre entrepreneur sera ainsi de 16.000 francs. Quant à ses dépenses, elles seront, pour une consommation identique, passées de 5 à

15.000 francs. Son revenu réel se sera ainsi accru et il pourra développer sa consommation ou son épargne.

Les chiffres de cet exemple ont été arbitrairement choisis, dans le seul but de fixer les idées ; mais ils correspondent à des hypothèses vraisemblables, dans le cas d'un entrepreneur qui a participé à la hausse des prix dans une mesure correspondant à l'augmentation moyenne. Il va sans dire que la hausse des prix est beaucoup plus profitable à certaines caté-

(1) On peut d’ailleurs noter, avec M. Irving Fischer {Rate of interestr cb. XIV, ^ 2) et M. Rist (La Hausse de l'intérét et la hausse des prix. Rev, éeon. intem., mars 1913, p. 492) que. même si le prix des services productifs s’élevait dans la même proportion que le prix des marchandises, le bénéfice en monnaie de l’entrepreneur s’élèverait, en vertu de cette vérité d’arithmétique élémentaire que, lorsque l’on augmente deux nombres dans la même proportion, le nombre qui exprime leur différence augmente aussi (10-8 = 2 ; 15-12 3).

goi ies de chefs d’entreprise ; notamment à ceux qui, comme les fournisseurs de guerre, ont développé leurs débouchés pendant la période de hausse, et ont bénéficié, pour les produits vendus, d’une hausse supérieure à la moyenne, ou à ceux qui — comme les petits exploitants ruraux — n’emploient ni capital emprunté ni travail salarié, et peuvent ainsi recueillir presque tout l’excédent de revenu brut résultant de la hausse des prix.

Au contraire, dans les périodes de dépression, alors que les prix tendent à baisser, le chef d’entreprise, comme nous l’avons indiqué plus haut, ne parvient pas à restreindre immédiatement le coût des services productifs ; il subit une diminu-

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tion de revenu en monnaie, de revenu nominal, laquelle risque de n’èlre pas compensée par la diminution du coût de l’existence, qui correspond plus ou moins à la baisse générale des prix.

En résumé, les mouvements généraux des prix aiîectent dans le même sens le revenu nominal du chef d'entreprise et son coût d’existence ; mais les variations du premier élément étant de plus grande amplitude que celles du second, le revenu réel du chef d’entreprise tend à s'accroître pendant les périodes de hausse des prix et à diminuer dans les périodes de baisse.

Il en est tout autrement du salarié. Celui-ci, nous l’avons déjà vu, obtient souvent des augmentations de salaire lorsque la hausse des prix de vente assure au chef d’entreprise une plus grande marge de bénélice, mais l'augmentation de salaire ne suit que d’assez loin la hausse des prix de vente ; par contre,

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