‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 147 sur 192 · livre troisième · texte numérisé non relu

livre troisième

CONSOMMATION

Paragraphe préliminaire.

C'esl une tradition ancienne, surtout dans la ^

nomique française, de faire une place à part a 1 etude de la

Consommation (1). , j u «îp éenno-

II semble pourtant, au premier abord, que

mique ne présente que deux aspects, et que, apres avoir e.

posé comment les richesses sont produites, f

expliquer comment le produit du travail ^ollec iE se répartit

entre^les individus : la consommation apparaît comme chose toute individuelle, et l’on ne conçoit pas immédiatement comment elle peut faire séparément l’objet d’une étude scientifique — du moins de la part de l’économiste.

Fl à vrai dire, parmi les chapitres consacres a la consommlL pilles aùtLrs classiques, il en est qui se rattachent

rnanifesremenl à l’étude de la production et d ^

raissent être du domaine de la morale plutôt que de 1 Lconomie politique. Aussi l’usage de traiter séparément de^la consommation ne s’est-il pas généralisé dans tous les pa s et •! tendait, récemment encore, à disparaître de la littérature éc

d-aboc tout à fait inexacf de repcéaen ter la conson, malion comme n-inléressant que la vie privée de findividu ; aux yeux de l’écouomiste, la “

n-esl pas l’usage iudividuel des objets acquis, c est tout <1 abord U dépense. Or, la nature de la dépense n’interesse pas seule-

(1) J -B. Say semble avoir le premier isolé, dans une derniere partie de son cours, l’étude de la consommation.

ment l’individu, mais la socii^té économique ; et il y a à cela une première raison, qui est essentielle ; c’est que la dépende dirige la production ; suivant, [lar exemple, la part faite dans les dépenses aux oltjets de [iremière nécessité ou aux objets de luxe, la production de chacune de ces deux catégories de produits est plus ou moins stimulée.

Or, la consommation, ou, si l’on veut, la dépense est l' expression à la fois des besoins et des mot/ens d'g satisfaire: la direction quelle donne à la production dépend à la fois de la répartition des revenus glubaux et de la façon dont les besoins sont proportionnés et combinés dans les différentes classes de la société. Son étude ne se ramène donc intégrale-» ment ni à celle des besoins, phénomène primordial île la Production, ni à celle de la Hépartilion ; et ainsi, il peut sembler opportun de l’aborder séparément, et seulement lorsque, après avoir parcouru le cycle de la vie économique, on se trouve ramené à ce qui, dans un étal économique donné, en constitue la raison d’ètre et eu quelque sorte, le point de départ (I).

(1) La nature de cet ouvrage ne nous permet d’ailleurs pas de nous attarder sur ce problème théorique, qui a été depuis fort longtemps envisagé sous divers aspects dans la littérature économique.

Il apparaît tout d'abord que l'activité économique est gravement intéressée par la proportion des revenus affectés d’une part à la dépense propement dite, et d’autre part au placement, c’est à-dire, le plus souvent, en fait, à la dépense en agents productifs : un accroissement de la part consacrée à la consommation immédiate, dans une société donnée, diniinnerait sa faculté d’accumuler les capitaux, et, partant, de développer sa production par l’adoption de processus productifs plus complexes et plus longs. Aussi, depuis fort longtemps, les économistes classiques se sont efforcés de détruire le préjugé populaire d’après lequel la dépense « fait aller le commerce »; et ils n’ont pas eu de peine à démontrer que le riche est généralement plus utile à la société par l’épargne qu’il place, c’est-à-dire qu il permet de consacrer à la production, que par ses dépenses somptuaires, qui dirigent l’activité économique vers des productions de luxe, sans en augmenter le rendement total.

Le problème a d'ailleurs été posé dans des termes plus subtils par les économistes antérieurs à l'époque classique, et notamment par Canlillon. Celui-ci observe que le travail et la terre, facteurs primordiaux de la production, entrent en proportion inégale dans les divers produits ; ainsi, il y a moins de terre — et plus de travail — dans le blé obtenu par le labour que dans la viande obtenue en laissant paître les bestiaux ; en consommant plus de viande, on consomme don*

paragraphe préliminaire

De plus, des fails nouveaux

dujugement sommaire par prémaluré-

tTpTréClit assignée 'dans réinde des faits

dont l activité s e. e p , nercu leurs revenus, en

répartition: des m

remetteiit V^^foisune p constituées les sociétés

nager leurs dépense. mû ont uuur but de nermetlre

coopératives de je leurs aci.uts en com- •

J leurs membres de ^ je,

luun ; des caisses d / g y sociétés de secours

'“"f ;f.es ; ';i: - les diverses

Tonims qu’elles^revMeut. ^ «

enfin des

on assoeiatious de saceroi-

embryonnaire, mais dont 1 ii ip . j. ■ j prendront une

.‘'““‘■Tu: ;én:r e l^rt Intérêt éconoitiWnes (I). indirect à ces diverses i r .ssuraiices lit sou inter-

qu’il n’y a pis lieu d’en faire un expose distinel.

ptns Je terre, et - diminue ^um ^'^rr/^rd^trii

Kii eiilreteiianl des ch ,r-,vail et les moyens de subsister.

encore, diminue ’emp oi bu

«.'o"'»rdm.t Ar“.t unJ Bodrii et dans tes JiKapoimmes cco-

mmtques. de M. A. Landry, Une théorie

Sur ce sujet. ^ la demande sur la productivité

négligée : de l'influence de , /iccue d'econ. polxL, 1^10.

du travail, les salaires et la p P français M Gidk, a très iargeraeut

(„ Notons ici t 'rsommatiou sa place dans féoo-

I contribue à rendre a l etude ae la cui

î uomie politique contemporaine.

( HAPITRE PREMIER

Sociétés coopératives de consommation et ligues

de consommateurs.

§ 1. — Les sociétés coopératives de consommation : définition ;

historique.

Les sociétés coopératives de consommation peuvent se délinir par leur bul, qm est facile à saisir : il s’agit, pour leurs membres, de faire, en quelque sorte, leurs achats en commun, alin d’obtenir des réductions de prix. Mais cette préoccupation, en apparence modeste et terre à terre, a pu cacher de vastes desseins, et d<»nner naissance à des institutions complexes et puissantes. En effet, les coopérateurs, qui font leurs achats en ( ommun pour les faire à meilleur compte, ont un moyen essentiel de réaliser leur désir ; c’est iï éviter le premier intermediaire qui perçoit sur eux un bénéfice : le commerçant de détail. Us doivent donc ôdtesser leurs commandes aux producteurs, ou aux commerçants de gros, et avoir un magasin. Ce local commun, et le personnel nécessaire pour recevoir et distribuer les marchandises, constituent généralement le premier élément matériel d’une société coopérative. Mais les coopératives peuvent, en se groupant, éviter, dans une certaine mesure, les commerçants de gros ; elles peuvent parfois même éviter de s’adresser à des producteurs, en organisant elles-mêmes la production de certaines marchandises de consommation courante. Voilà comment, en partant de l’idée simple de faire leurs acliats en commun, les coopérateurs ont pu en arriver, dans certains cas, à prendre l’initiative de la production, et suggérer à certains penseurs l’idée d’une organisation économique où la production serait dirigée par des groupements de consommateurs (1).

(1) Parmi les plus enthousiastes, nous citerons M. Ch. Gide, auteur

CHAP. 1. - SOCIÉTÉS COOPÉBAT.VF.S UE CONSOMMATION 493 Quoiqu’on trouve dès

de ce genre, et que es p siècle, le niouve-

caractérisées existent dès Tla célèbre as-

ment coopératif moderne ne ^ , y iiuchdale fondée en

sociation des Equitables liistorique étaient des

,844. U. .nembres d.sciples

ouvrieis . d .om.i.un, pourcmn-

itù; ' o’ptro.., oucap.ial d. 2» „v, es s.erhn^ (environ 700 >'■“““)• J , début,, leur programme aUeste

üïr :=:t :

'"■?Suvrrr‘un lt".>.'pour la vente de denrée» alimentaires,

«era convenable de produite.

tgk™r;,|ne la coopération de con- ^ ^ nu \c\ le développement le plus rapide et

sommation a eu, J^q . fondée à Manchester la Coopéle plus complet , des 18 ’ . sociétés destinées aux

rative Wholesale socie g. Continent. En

achats en gros. Le ^plus ^

France, la vogue des ^ quelques coopératives

favorisa indirectement la créât un ,,„ent

de consommation, qu’i^dale’r de 1883, époque où

coopératif ne s y est B J coopératif. L'essor des

roJié^s'd: Ln^mmrtion (Consnmvereine) n'a pas été moins

diirrérie “

titre « La cêopéralion »■ de la pensée économique, 9.

„)Voir plu, loin. avaient pour but

(2) Il est vrai, que ces deux de ® complet dans l'ouvrage

m" c“ Ti'ot ' L

494 LIVRE Ht. CO.XSOMMATION

tardif en Allemagne, mais il a été plus rapide, et nous verrons plus loin que l’Allemagne compte aujourd’hui quelques-uns des groupements les plus puissants qui soient dans la coopération de consommation.

§2. Le domaine d’application de la coopération

de coiiBomiitatioii.

Le domaine favori de la coopération de consommation est précisément celui où semble sejuslilier le mieux l’existence d’un entrepreneur chargé de réunir des produits ayant les | origines les plus diverses pour les mettre, en tout lieu, à la | disposition immédiate d’un public ; c’est le domaine par excellence du commerce de détail : l'épicerie. C est par l épicerie que commencent la grande majorité'des coopératives, et beaucoup d’entre elles n'étendent pas leur activité au delà. Lette prédilection de la coopération de consommation pour 1 épicerie s’explique d’ailleurs par plusieurs considérations : la coopérative, destinée par sa nature même à se substituer au commerce de détail, se substitue d’abord à celui qui pourvoit aux besoins les plus courants, les plus réguliers, et qui, en môme. temps, comporte le moins d’aléas, grâce à la variété des produits et à leur conservation généralement facile.

Cependant, aussitôt après l’épicerie vient la boulangerie, qui répond, elle aussi, à un besoin très régulier. Il y a même un certain nombre de groupements coopératifs, — ceux surtout qui voient dans la coopération un puissant moyen de propagande — qui font de la boulangerie la base de leur système Tcar l’achat quotidien du pain permet de maintenir un contact permanent entre la société et ses membres, et de contrôler leur lidélité.

Après la boulangerie, la brasserie prend, en b rance du moins, une place assez imiiorlante dans la coopération. On peut signaler ensuite les coopératives destinées à l’achat du vin, et aussi du charbon.

La coopération s’étend aussi, mais plus difficilement, à la boucherie, surtout en raison de la régularité moins grande du débit, et des aléas relatifs à l’acquisition et à la conservation de la' viande, et à l’utilisation des déchets.

inwiipipiri'

CHAP. l-

SOCIETES COOPÉRATIVES DE CO^SOSiMATIO^

Pps diverses catégories d’activité peuvent être poursuivies.

société, cjpéraUves^ donU..

nTnoinbre quTpoar^^ encore à d’autres besoins usuels, eriournissant /es vHemenU, la mercerk. ks diausmrc^. a

ret:';rà„ssi ^ une e.ploi.a,ion coopérati^^^^ “abirsoit propSè"^ ne permet pas de

tin, ment la Angleterre. Nous y reviendrons au chap.tre su,-

''“pnlin nous verrons plus loin comment, par suite de la té- , , f sociétés coopératives et ,1e l'accumulat.on de leurs capilauv, elles en sont arrivées, dans certains pays, à pratiquer su? une large écbelle les productions les plus variées.

1 3 CondiUons économiques et juridiques de 1. coustitutiou et du ^ fonctionnement des sociétés cooperatives.

Au point de vue économique, la eonslilution d’une société coonérative de consommation ne présente pas de grosses dit

i ricnités matérielles : il suflit t marche sur les bases modestes qui conviennent à un début, ^ Z pe’tit capital constitué par les seuls versements des sociétaires. M. Gide l’évaluait avant la S“«"e >le t9U a une somme de 60 à tOO francs pour chacun des Ceux-ci souscrivent des actions qui, en France (d du 24 juillet )867), peuvent n être que de 2o francs, et do i un dixième seulement doit être versé au moment de la constitution de la société, les versements ultérieurs pouvant être

prélevés sur les bonis.

(1) Ch. Gidb, Op. cit., p. 96

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