LIVRE IV. — DÉVEI.OPPEMEM DE LA PENSEE ÉCONOMIQUE
Dans la République et dans les Lois, Platon observe nettement le phénomène de réchan>»e, dont il fait la base de notre organisation sociale. Mais à l’observation se mêle chez lui la critique : il est hostile à la propriété privée, du moins héréditaire, parce qu’elle engendre l’inégalité des richesses et le luxe ; et, dans sa République, il dépeint une cité idéale, où l’Etat sera le régulateur de la production et le maître de la distribution des richesses produites : Platon est un socialiste (l). Aristote, moins imaginatif, présente des observations plus complètes, et l’on trouve chez lui, les rudiments d’une théorie de la valeur et de la monnaie (2).
Chez les Romains, nous ne trouvons guère que quelques études d’économie rurale [Caton, Varron], très spéciales, et d’un caractère plutôt technologique qu’économique. Il faut noter cependant que les jurisconsultes romains eurent à se constituer une doctrine relativement à certains problèmes juridico-économiques : problème de l’intérêt, de la monnaie, etc. (3).
Au début du Moyen Age, l’état très rudimentaire à la fois de l’économie et de la culture intellectuelle est peu favorable au développement de la pensée économique. Cependant, peu a peu, les théologiens, qui sont les penseurs de l’époque, sont amenés, par des préoccupations morales, à envisager de nouveau certains problèmes économiques. A l’origine, les pères de l’Eglise n’avaient guère envisagé les conditions fondamentales de la vie économique que pour en faire la critique : comme Platon, ils condamnaient la propriété privée, génératrice des inégalités sociales, du luxe et de la misère (4). Avec le développement delà vie économique, avec les progrès d’une production plus diversifiée, où l’échange reprend une large place, l’opinion des théologiens évolue ; et, dans un effort
(1) Du moins, il supprime la propriété privée en ce qui concerne les classes dirigeantes.
(2) Voir son Ethique à Nicomaque el sa Politique. Consulter l’ouvrage de M. A SoüCHON, Histoire des doctrines économiques dans la Grèce antique. Voir aussi Espinas, Histoire des doctrines économiques, partie.
(3) Voir Düreao de la Malle, Economie politique des Romains, 2 vol.
(4) « La nature dit Saint-Ambroise a mis en commun toutes chose» pour l’usage de tous..., l’usurpation a fait le droit privé. »