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LA RÉACTION LIBERALE EN FRANCE

§ 4. — La réaction libérale en France : l’école physiocratiqne.

Tandis que des écrivains continuaient, à travers le xviu' siècle, la tradition du mercantilisme et préconisaient des mesures interventionnisles destinées à favoriser le

commerce et l’industrie, d’autres auteurs commençaient à réagir en faveur d’une politique plus large et plus libérale. Laréaction est surtout marquée en France, où un régime corporatif toujours rigide et tracassier, un système de douanes intérieures (1) et de péages peu en harmonie avec la constitution administrative d’un Etat déjà très unifié, et enfin un interventionnisme maladroit et versatile (2) contrastaient avec l’évolution des idées et des mœurs, et avec le développement de l’esprit public.

La révolte des idées est d’ailleurs accéléréepar la misère qui sévit en France au xviii® siècle, et parle désarroi qui ne cesse de régner dans les finances publiques. Dès le début du siècle, Boisguilbert (3) et le maréchal de Vauban (4) signalent la détresse où se débat le royaume, et cherchent un remède à la fois dans une réforme profonde du système d'impôls et des douanes, et dans analyse plus précise des fondements de la

richesse publique. Boisguilbert notamment, par sa conception des lois naturelles (\\x\ dominent l’activité des hommes, et par l'importance qu’il attache à l’agriculture, apparaît déjà, dans certains passages, comme un véritable précurseur des Physiocrates.

De la double préoccupation de remédier aux misères du

temps par une réforme fiscale profonde et l’abolition d’une

réglementation surannée, et, d’autre part, de constituer l’éco-

Deschaups, Les moyens de la politique 'de conquête des marchés étrangers au xvii*e( au iviiie siècle {Revue (fécon. polit., 1918, p. 364 et suiv.)

(1) On trouve alors de très nombreux écrits relatifs à la liberté du commerce des grains. Voir l’introduction de M. E. Dépithe, à la réédition de l’Essai de Herbert, sur la police générale des grains.

(2) On trouvera un exemple de cet interventionnisme bien intentionné, mais tracassier, dans l’histoire des toiles peintes. Voir E. De- PJTRE, La toile peinte en France aux xvii® et xvme siècles.

(3) Le détail de la France (1696) et le Faction de la France (1707). Dissertation sur la nature des richesses, de l'argent et des tributs.

(i) La dime royale (1707).

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l'il

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546 LIVRE IV. — développement de la pensée économique

nomie politique en un corps de doctrines allait sortir 1 physiocratique. Mais cette école, l'une des plus disciplinées qui aient existé parmi les écoles économiques, devait en outre recevoir l’empreinte personnelle de son chef, le docteui

Quesnay. » r i •

Quesnay (1694-1774), médecin de Louis XV, n a écrit lui-

même que des opuscules assez courts, dont les principaux sont les articles (1756) et Grains, dam C Encyclopédie, les Maximes générales du gouvernement économique dun royaume agricole, une brochure sur le Droit naturel, logues sur le commerce et les travaux des artisans. Mais il a directement Inspiré les travaux de ses disciples : il avait, en effet, avec eux des entretiens fréquents, discutait leurs ouvrages, et en corrigeait parfois les épreuves pour en mieux contrôler l’orthodoxie. Parmi ses disciples les plus connus sont le Marguis de Mirabeau, Dupont de Nemours, Mercier de la Ihvière, l'abbé Bandeau, Le Trosne, et enfin un adepte lointain, prince régnant d’ailleurs, le margrave de Bade. Un peu en marge de l’école, mais en contact étroit avec elle, se tenaient 1 intendant Vincent de Gournay, et Turgot, auteur des Lettres sur la liberté du commerce des grains des Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (écrites en 17o6, publiées en

La préoccupation théorique dominante, celle qui donne au système physiocratique son unité, est la préoccupation de découvrir un ordre naturel de la vie économique. Sans doute, l’idée de lois naturelles en économie politique est-elle déjà ancienne ; on la trouve non seulement chez les précurseurs immédiats de la Physiocratie en France, ou du libéralisme anglais, mais même chez certains écrivains mercantilistes. Cependant elle prend dans la doctrine des physiocrates une valeur toute particulière: d’abord, au point de vue théorique,

(1) La plupart de ces écrits ont été réimprimés dans la collection des Grands éLnomistes (édit. Uaire). Mais ilexistedesed.tions postérieures et préférables. Pour Quesnay, consulter l’edition Oncken, et pour un cerUin nombre d’auteurs la Collection des eeonomistes et des réformateurZSZ en France. - Sur les Physiocrates il existe un ouvrage récent et fondamental: G. Vkulkrsse, Le mouvement physiocratique en France 2 vol., qui ne doit pas faire oublier cependant les très bons chapitres de l'Histoire des doctrines économiques de Hector Denis. Voir aussi L. Brocard. Le marquis de Mirabeau.

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