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LA REACTION LIBERALE EN FRANCE

cette notion se rattache à toute la philosophie de l’époque ; puis, au point de vue pratique, elle fournit un argument général et « scientifique » contre la réglementation de l’Ancien Hé^dme : les lois positives doivent être conformes aux lois naturelles, et les laisser s’exercer sans obstacle : « laissez faire; laissez passer », telle est la maxime de l’Ecole.

Cet ordre naturel, que l’Ecole, s’est proposé de découvrir, elle croit l’avoir trouvé ; et c’est ici que se manifeste l’infiuence personnelle de son chef. Le D' Quesnay, se servant d’une métaphore déjà ancienne (1), mais qui pouvait sembler neuve — et qui d’ailleurs n’est pas encore tout à fait usée — compare la société à un organisme, dont il étudie la physiologie ; et il se représente la circulation naturelle des richesses d’une façon assez analogue à la circulation du sang. Le point de départ de cette circulation est dans l’agriculture. « Le cultivateur consomme immédiatement ce qui est nécessaire à sa nourriture ; le reste se partage entre lui et le propriétaire, et tous deux, par leurs dépenses, distribuent le reste en salaires à tous les autres membres de la société pour prix de leur travail. Les valeurs que ceux-ci ont reçues retournent, par l’achat des denrées qu’ils consomment, entre les mains des cultivateurs, pour en sortir de nouveau par une circulation dont la continuité fait la vie du corps politique, ainsi que la circulation du sang fait la vie du corps animal » (2).

Ainsi, toute richesse a sa source dans l’agriculture, et c’est à elle que les Physiocrates attribuent cette primauté que les Mercantilistes attribuaient au commerce où à l’industrie. Us vont même plus loin ; ils considèrent que seule l’agriculture est productive ; et, tandis qu’ils voient dans les cultivateurs la « classe des producteurs », ils qualifient les artisans et les commerçants de c/fl55es/éri7e, Non pas, à vrai dire, qu’ils contestent la réalité ni l’utilité du travail effectué par ceux qui transforment ou font circuler les richesses, mais parce que, seule à leurs yeux, l’agriculture ajoute au stock de richesses existant. Les cultivateurs seuls « produisent par génération, [>ar augmentation réelle du produit » ; l’artisan au contraire

(1) Ou la trouve iiotamiueiit chez Montchrétien.

(2) Quesnay. Ve lettre sur la liberté du commerce des grains. Œuvres, édit., Guillaumin, t. I. p. 183-184. Le célèbre tableau économique n'est qu’une illustration de cet exposé.

548 LIVRE IV. — dÉveloppeme?(t de la pensée économiqce

« produit addition des matières premières et des substances cLerties en travail » : il ne fait que combiner^ richesses existantes, et reçoit une valeur égale à celle qu il fournit.

De l’existence d’un ordre naturel, les Physiocrates concluent à une politique généralement très libérale ; ils concluent aussi qu’il faut favoriser l’agriculture. Mais, conséquents avec leur propre doctrine, ils estiment que l'impôt doit frapper immtdiaternent la terre, source de toute richesse, et se rnonlren partisans d’un impôt umV/u^, qui, au lieu d atteindre le propriétaire foncier par de multiples et coûteux détours, l alleiii-

drait direclenietit.

La doctrine physiocratique, fondée sur des arguments qui valent plutôt par les circonstances historiques que par leur force logique, et reposant d’ailleurs sur une connaissance bien restreinte, chez la plupart de ses adeptes, du mécanisme de la vie économique, n’a même pas eu besoin de l épreuve du temps pour s’effondrer. La « secte >., comme on disait alors, a connu, parmi ses contemporains, "Ombreux detracteurs, parmi lesquels on peut citer Condillac (1), et o taire lui- même. Cependant, le libéralisme contenu dans sa doctrine, et aussi son projet de réforme financière n en ont nas moins eu une grande inlluence sur la préparation du mouvement révolutionnaire et sur la législation des assemblées de la Itévolution.

Il est d’ailleurs permis de voir dans la foi des Physiocrates en un ordre naturel l’expression, un peu naïve sans doute, mais très nette, d’une conception scientitique assez nouvelle : les Physiocrates ont eu l’intuition que la vie économique est faite avant tout du jeu spontané d’activités individuelles, et nue avant de préconiser des moyens d en améliorer le tonclionnement, il convient d'étudier les phénomènes qui en sont

la inanifôslation.

8 5 — Les origines et la formation de l’Economie politique classique : les philosophes écossais ; Adam Smith; J. -B. Say.

Au moment où la pensée économique se développait en Fiance sous une forme si particulière, l’Economie politique

(2) Le commerce et le gouvernement, 1 volume. 1776.

„„a,»es ET EOEM.T.OT »E e’ÉCONOM.E TOUT.QEE CUSS.QOE 54 9

•I à nrpndre une place dans l’enseignement des commençait a ® H^agne, et principalement en

Universités de

Ecosse. Elle est alors f ° l’on doit attri-

sophie, et déductif que l’économie politique

buer le caractère a ^ iours. Parmi ces pré-

anglo-saxonne a P'!"®”'? „„ peut citer Ilutcheson,

curseurs du c 1^ pi,îiosophie morale à l’Uni-

(|U, professa, de ' a’ Adam Smith, Ferpurotl,

versité de ,„n„ David Hume (17H-1776)(1).

T cè aerniér consacre des études pénétrantes à

“:":ertaiu noi’bre de problèm^es ^

“Tque^C‘^s“teTd\;oe' libérales, il annonce déjà Adam publique. 1 ar raîllpnr<» une inlluence personnelle

".T'tcm"- r-en S’Spenlurde rau'coup que fétude éco-

l’école a..glaise, ,îc„sse en 1723, succéda à

^ “,f/Hutheson dans la^ chaire de philosophie morale a son maître Uutctieson uaut» ,,ne théorie des

l’Université de ijgYà'l?! 6 il voyagea en France et

sauce de’s « philosophes » (des

l’Aixtnthprl pte 't et des^i économistes » (des I liysiociaies e lle^T^rgm): t\778, U publia son célébré ouvrage sur la

Richesse des nations, et il mourut en 179 . „,„ui.es et

Malgré ce qu’Adam Sn.ith a pu devoir a ses ma, très.

(1) Sur David Hume consulter A. Scatz, L’œuvre ècmemque de Do-

rid Hmne, th., Paris, 1902. international, déjà

(2) Telle, la théorie de Mqe l‘l’''''J“

exposée avant lui, mais rendue c exporte du numéraira

Stuart Mill: lorsqu’un pays a trop «nn stock monétaire

Hi

550 LlVnE IV. DÉVELOPPEME.'HT DE LA PENSEE ECONOMIQUE

notamment à David Hume, sa forte personnalité, sa tournure d’esprit, sa méthode, donnent à son œuvre un caractère tout à fait original, et très différent aussi des productions postérieures de l’économie politique anglaise. Comme son titre complet l’indique {An inquiry into the nature and causes of the wealth of nations) l’ouvrage de Smith est une « enquête ». Ci’est tout d’abord un ouvrage d’observation et de documentation, d’ailleurs coordonnées par l’effort d’une logique aussi souple que pénétrante. Le plan en est simple : il est divisé en cinq livres, dont les deux premiers sont consacrés à l’économie politique proprement dite ; le troisième — intitulé : de la marche différente des progrès de l’opulence chez les différentes nations — à l'histoire économique ; le quatrième — intitulé : des systèmes d’Ëconornie politique — à l’histoire des doctrines et à l’élude de la politique économique ; le cinquième — intitulé : du revenu du souverain ou de la république — à la science financière.

Les deux premiers livres sont ceux qu’il convient d’envisager de plus près|; car ils contiennent tout l’essentiel de la théorie de Smith. Le premier apo.ir titre : « des causes qui ont perfectionné les facultés de travail et de l’ordre suivant lequel ses produits se distribuent dans les différentes classes du peuple » ; c’est un exposé des conditions de la Production qui débute par l’étude de la division du travail), et de la Répartition ; l’auteur y expose en bon ordre la théorie de la valeur et de la formation des revenus. Quant au second livre, intitulé « de la nature des fonds, de leur accumulation et de leur emploi », c’est une étude très documentée du mécanisme du crédit.

Au point de vue doctrinal, Adam Smith professe en général des opinions nettement libérales ; cependant, son libéralisme n’a rien d’intransigeant, et il sait y apporter de lui-même les dérogations qui lui paraissent opportunes.

L’ouvrage de Smith est d’une lecture aisée et agréable, d’ailleurs instructive et suggestive encore de nos jours. Et, si parfois sa pensée paraît incertaine et prend des formes contradictoires, c'est parce que la souplesse de son esprit lui a fait entrevoir la complexité des grands problèmes dont la théorie économique donne tant d’interprétations divergentes. Le succès de cette œuvre puissante fut d’ailleurs aussi rapide qu’étendu : quelques années seulement après sa publication.

il».

„„,CmES ET EOEEAT.O. »E e’ÉCOEOM.E P»UT.,EE CEEEE.OEE 551

des nations était traduite dans presse Routes les

langues civilisées. .^'"7 usinent comme le fondateur de considéré à peu près f t reconnaître cepen-

pEconon,ie politique U même influence

dantqulln^apaaeu dans son JoF^^^^^ ' ^ ,„i,

'’“,t'To"iqurétquéfr David Hume. Et c’est plutêt rre'com-rnU Vd devait t-uver des oon—

Le premier en date, Cet économiste fut

a-abord employé de des Arts et Métiers,

industriel, et professeur au Conservât

puis au Collège de France. Ayant lu sm^^ P^^.^

s’élait passionné pour la science ,emanié dans

ro'iiX <?‘rurs3a^^^

n’en a pas moins eu le gran M*avoir

baynend pa d^Economie politique (1), d avoir

premier véritable ha (Production, Répartition,

Lpté une class.ficat.on bgiqu^^^ ^.j^rd hm. et d’avoir, Consommation) qui se j s examiné dans un ordre

i l’in.ériem de qrs'împosent à l’atten-

^réclnlSs. Ces Ls^notab^^s flualités^valurent à son

éS q"! c'elurdTsmUh: eUui acquirent une réputation

et une intluence universelles. ^ quelques théories

On doit lui iS;?e d^ débouchés (2).

nouvelles, notamment de la celenre ineu

(1) Un an avant, en 1802, avaient par» les fSHubî.lp^

rrict:.rùtes e?;a;«cu“lre"S 'Zi on":," - -r-teJTc-B.

mais il la, en tous cas, amp ^^nrlnits s'échangent contre les produits,

qu’il en donne est la suivante : des échanges,

et le fait que la monnaie est l hauteur tire plusieurs consê-

ne doit pas masquer cette commerce international - qui

quences : d’abord en ce qui co compte, on paye les pro-

selon lui, s’équilibre, parce que, concerne la théorie des

duits avec des produits ; - puis, en ce qui

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