CHAP, II. TECHNIQUE ET INDUSTRIE
bien plus grande part de la force motrice que la petite industrie, il est évident que sa prédominance est encore plus grande que ne l’indique le dénombrement du personnel (1).
La prédominance actuelle de la grande industrie concentrée s’explique par les raisons mêmes qui ont fait apparaître cette forme nouvelle d'organisation industrielle. Non seulement la grande entreprise est mieux proportionnée à la nature et à l'étendue des débouchés qu’offrent les moyens de communication modernes ; mais la grande industrie concentrée bénéficie à la fois de la supériorité de son outillage, de la meilleure division du travail parmi les employés, et de divers avantages accessoires, tels que l’utilisation des sous-produits, etc. A ces avantages d’ordre technique s’en ajoutent d’autres d’ordre économique, tels que l’obtention de meilleures conditions d’achat ou de crédit, qui résultent de l’importance et de la notorité de l'entreprise.
Au total, la grande industrie concentrée est, le plus souvent, la mieux adaptée aux conditions générales de l’économie contemporaine, et rien ne donne présentement à penser qu’elle soit en voie de faire place à une forme nouvelle d’organisation industrielle. Cependant, nous allons voir que des formes d’organisation plus anciennes conservent encore à côté d’elle une place notable, et peuvent même, dans quelques cas, tendre à regagner du terrain.
2® La grande industrie occupant des travailleurs à domicile. — La grande industrie à domicile répond à la nécessité moderne d’une organisation commerciale adéquate à l’étendue des débouchés, là où les nécessités du machinisme n’ont pas imposé la concentration, notamment dans les industries du vêtement (confection, lingerie, etc). L’industrie à domicile suppose pour le moins un entrepreneur, et des salariés travaillant chez eux. Souvent aussi s’interpose entre les deux un sous-entrepreneur, qui s’engage à fournir, à un certain prix, les produits achevés, et qui va distribuer le travail chez les ouvriers ou qui les fait travailler chez lui, dans son atelier (2).
(1) Voir \di Statistique des forces motrices en 1906 dans tes publications de la statistique générale de la France.
(2j En ce dernier cas, s’il est vrai que l'ouvrier ne travaille pas chez le chef d’entreprise, il ne travaille plus, à vrai dire, dans son propre domicile. — Sur la condition souvent malheureuse des travailleurs à domicile, voir 2« livre (Répartition) et Bouhguin, op. cit., p. 171.
L’industrie à domicile salariée est souvent, comme nous 1 avons indique au paragraphe précédent^ le résultat d’une évolution qui a fait tomber l’industrie domestique ou le métier sous la dépendance d’un chef d’entreprise. « Telle a été l’évolution notamment pour les cordonniers dans diverses parties de 1 Allemagne et de l’Autriche, pour les horlogers de la Forêt Noire, les ébénistes de Breslau, les verriers de Bohème, les fabricants de gants, peignes et éventails de Vienne, etc. (1). » Piii ce cas, c est, sous une forme évoluée, une survivance d’une organisation industrielle antérieure.
Mais, parfois aussi, l’industrie à domicile est une création lirecte de l’époque actuelle. Ce mode d’organisation suffit, en jffet, aux besoins d’un certain nombre d’industries ; et des îtablissements nouveaux se créent immédiatement sous cette orme : « tel est le cas pour la cordonnerie en Bohême, la abrication des cigares en Allemagne, et pour de nombreusesndustries féminines en Belgique : couture, broderie, cousage de gants, etc. (2). »
Enfin, par une sorte de réaction, l’industrie à domicile suc- < ède parfois à l industrie concentrée. C’est ainsi, par exemple, que les fabricants de cols et de manchettes deTroy, aux Etats- Unis, font effectuer au domicile de leurs ouvriers et ouvrières une notable partie du travail qui s’effectuait antérieurement ( ans leurs ateliers.
Les causes de la persistance, et, parfois, du renouveau de cette forme d’organisation industrielle sont à la fois d’ordre tîcbnique, économique et juridique.
Au point de vue technique, un grand facteur de concentrat on est la machine à vapeur, qui peut actionner un très grand I ombre de machines extrêmement variées, mais dans un rayon très restreint. L’électricité ou les moteurs à gaz perrietterit, au contraire, de transporter la force à domicile. Leur emploi peut donc, en certains cas, faire disparaître la nécessité d’une concentration des travailleurs dans l’usine (3).
(1) Cf. Rourguin, op. cit., p.;i75. Voir aussi, K. Rucher, op. cit., la disparition du métier.
(lilCf. Rourgcin, op.cit., p. 175.
(3) .Votons aussi que, dans certaines industries, le machinisme ne j lue pas un rôle essentiel. Même dans le tissage, on conserve parfois 1. métier à main, soit pour faire des tissus très fins, soit parce que 1ns caprices de la mode ne permettent pas au patron d’immobiliser