‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 4 sur 192 · PRÉFACE DE LA 2« ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA 2« ÉDITION

: Le temps qui s’est écoulé depuis l’apparition des Elé))ients

I d’ Economie politique a été sinon trop court, du moins trop j rempli par les événements pour permettre d’en faire une révij sion aussi complète que l’auteur l’aurait désiré.

I Cependant, en en préparant la deuxième édition, sous un ! format moins réduit et sous un titre un peu dilTérent, il s’est J efforcé de faire une place assez large aux faits nouveaux : ce : n’est pas qu’il considère, ainsi qu’on l’affii me communément, i que les phénomènes économiques auxquels nous assistons i soient de nature à jeter le doute sur les notions précédemment acquises; il lui semble, au contraire, que, par leur ampleur inaccoutumée, ils permettent de les mettre plus vigoureusement ! en relief. Et c’est en obéissant à cette préoccupation, qu ’il a été ; conduit, non seulement à remanier son texte, sur un grand ) nombre de points, et à y ajouter des notes nouvelles pour l’illus- . trer de quelques exemples, mais encore à consacrer de nouveaux développements à quelques sujets, tels que : concurrence et monopole, le problème des crises, et enfin la théorie de la monnaie. Un chapitre entier (p. 256 et suiv.) est, désorj mais destiné à présenter les conclusions théoriques des expo- I sés consacrés aux problèmes monétaires, tant dans le présent I ouvrage que dans d’autres travaux du même auteur.

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INTRÜDrCTION

Objet de l'Economie politique

L expression d’Economie politique a, dans sa majesté traditionnelle, quelque chose d’un peu fallacieux; et il anive souvent qu’une explication soit nécessaire pour dissiper erreur ou l’équivoque qui existe dans l’esprit de 'bien des ecteurs. En elTet, le sens originel des mots qui la composent (od^os signifie maison et po//s, cité) évo jue des idées dilTérentes, voire même contradictoires, dont l’enchaînement logique n apparaît pas clairement même à l’étymologiste ; il y est question, sans que l’on puisse deviner dans quelle mesure et dans quel rapport exact, de ce qui est domestique, et pari tant strictement privé, et de ce qui est public. Aussi le profane se laisse- 1- il généralement impressionner par celui des

deux termes dont il pense le mieux saisir la signification • et il incline — conformément, d’ailleurs, à la concepiion des premiers économistes eux-mêmes - à imaginer que l’Eco

nonne politique doit être quelque branche de la science ou de 1 art, du gouvernement. ’

Ainsi puisque l’interprétation littérale de la dénomination consacrée ne nous renseigne pas exactement sur le contenu de 1 Economie politique, nous allons entreprendre de définir cet ordre d’études en exposant quel est son objet.

ca objet nous est ramilier, et il sufnt de laire appel à notre expérience de tous les jours pour le reconnaître.

Voici, par exemple, un culüvateur dans son champ, un ouvrier sur le charnier ou dans l’usiue, un commerçani dans sa

Nogaro

INTROBUCTION

Imiiliaue uncommis dans son bureau, on fadeur des postes sur la^roûle, un médecin ches son malade, un 1’™'®®““'' sa chaire, un arlisle dans son atelier, un acteur Les occupations de ces personnages sont certes .

et leurs actes matér iels n’ont rien de

peut faire de la musique, peindre ou modeler, pa . ■ .

marcher, n.auier des outils, ou même remuer „

donner satisfaction aux déstrs les plus dirers, pa . P

pour se distraire ou se délasser. Cependant, nous savons for

Uenque les hommes que nous considérons ont

un iW conrmrm, qui est, comme on dit vulga, rement e

aam>er leur vie ; directement ou indirectement, ris

ruf de se ;,rocnrer ce ,-rr leur parait nicessa.re ou des,raHe

’’°n c’erpar'là que nous pouvons distinguer leur activité des

auues formas de l’activité humaine. Cette actiyté est ce que l’on nomme [aclimté économique, et élude de ses tatiom constitue la tâche essentielle de

Toutefois, il laut noter qu’un certam '* ‘"‘‘‘7“;

narmr lesquels se rangent nécessarrernent les enfants e ào-e les vieillards inlirmes et les malades, ne prennen f pari à l’activité écononrique. lit. si leur présence ne mod.l.e nâr dans ses principes essentiels, l'organrsat, on économique que nous aurons à décrire, elle inilue cependan sur les conditions de la vie économique, en ce sens qu ris pro lient de l’activité économique des autres, et qu ils participent à la v.e économique comme consommateurs ^ous dirons donc, d une façon ^s large encore, que Vobjet de l’économie po-

lilinue ebt la

Cela posé, il n’esl pas impossible de trouver a la Me expression consacrée par l’usage un

urologie des mots qui la composent : 1 Lconoraie polit q étudie on ellel, des activités individuelles, et poursuivant un but privé, - eu quoi elle est à proprement parler la science

m Nous disons de « se procurer .. et non de produire, car comme nous le verrons plus loin. p. 8, certains .nd.vi^dus participent a 1 ac livité économique sans concourir à la production.

INTHODUCTION 3

« économique » ; mais elle recherche, en se plaçant à un point de vue extérieur aux individus, comment leurs activités se cbmhinent, et elle considère ces combinaisons comme des manifestations de la vie sociale.

L’épithète « politique » ne doit cependant pas faire illusion : dans une organisation sociale comme la nôtre, où l’Etat, comme nous le verrons, joue un rôle dans la vie économique!

mais où celle-ci résulte principalement du jeu spontané d’ac-^ tivités privées, la science économique ne doit nullement être confondue avec le corps de doctrines relatives au gouvernement. Il sera, sans doute, loisible «à chacun, après l’avoir étudiée, et en s aidant des données qu’elle fournit, de se demander quelle doit être la part faite à l’autorité publique, et si elle devrait être élargie ou restreinte dans l’intérêt collectif;

mais ces appréciations sortent du cadre scientifique que nous nous traçons.

§ 2. — Vie économique et Science économique.

Pour délinir l’Economie politique, il ne suffit pas de dire quel est son objet : il faut encore faire admettre que, sans une étude scientifique, cet objet ne nous serait pas suffisamment

connu, et. enfin, qu’il peut être connu grâce à cette étude scientifique.

La première proposition est celle dont on peut se convaincre tout d’abord. En effet, si l’expérience quotidienne nous donne une notion claire de ce qu’est l’activité économique, elle est impuissante à nous faire savoir exactement comment les diverses manifestations de cette activité s’exercent et se combinent dans une société civilisée. Considérons une société commé la nôtre ; les tâches y sont extrêmement variées et subdivisées : chacun semble libre de choisir son emploi, sans souci du voisin et sans autre guide que son intérêt propre ou ses goûts personnels ; et, cependant, il est hors de doute que les activités économiques individuelles ne s’exercent pas au hasard, et que. en l’absence de toute organisation coercitive, en l’absence même de toute conscie^e

4 1XTR0DUCTI0.>

précise d’un effort commun, elles se coordonnent : puisque, au total, tous les individus — à de bien rares exceptions près — parviennent tout au moins à subsister. Il apparaît donc aussitôt qu’une manifestation de la vie sociale aussi pleine de mystère no peut être expliquée que par une étude rigoureuse et systématique.

Tne telle étude est-elle possible? Le présent ouvrage a pour but, après et avec beaucoup d'autres, de démontrer qu’elle l'est, du moins dans une certaine mesure, et qu’elle se trouve déjà partiellement réalisée. Nous aurons plus loin l’occasion d’examiner quel degré de précision et de certitude il convient, en chaque espèce, d’attribuer au résultat de nos investigations. Nous nous bornerons ici même à écarter, en quelques mots, l’argument de ceux (jui prétendent refuser à l’Economie politique le litre de science, sous prétexte qu’elle no se plie pas à toutes les méthodes des sciences antérieurement constituées.

L’économiste doit être le premier, sans doute, à formuler des réserves sur la valeur de ses connaissances. Mais, de ce que toutes les méthodes des sciences j»hysiques, par exemple, ne s’appliquent pas à l’Economie politique, il ne résulte nullement que l’Economie politique no po.ssède pas d’autres méthodes pour découvrir la vérité ; nous croyons, au contraire, disposer, pour l’investigation des faits sociaux, de procédés dont on ne dispose pas pour connaître les phénomènes physiques (1).

L’étude de la vie économique peut être poursuivie dans un espiil parfaitement scienlitique ; et elle aboutit, comme la plupart des sciences, tantôt à des connaissances très exactes et très générales ('2), tantôt à des connaissances moins générales, tantôt encore à des hypothèses; mais elle atteint, dans l’ensemble, dos résultats positifs, dont la valeur et

(1) Voir plus loin, 4‘ livre: Le développement de la pensée économique. Sur la méthode économique en général, voir aussi A. Landry, Manuel d' Economique, Paris, Giard et Prière, p. 43 et suivantes, et Fr. Simiand, La méthode positive en science économique.

(i) Sur la question des « lois naturelles » en économie politique, voir CH. Gide, Cours d'Economie politique, ch. i, § 2.

l’étendue dépassent très sensiblement les données de l’observation courante. Aussi, sans vouloir nous attarder davantage à une discussion qui ne serait plus qu’une querelle de

^ mots, n’hésiterons-nous pas à employer l’expression de

science économique, sans autre ambition, après tout, que

d’employer un terme commode,. — l’expression de science étant la seule dont nous disposions pour désigner un ensemble d’études méthodiques sur un sujet déterminé (î).

§ 3. — DéfinitioDB et terminologie.

Une étude rigoureuse et sj^stématique exige tout d’abord des notions précises sur l’objet envisagé, et dos termes assez bien définis pour permettre d’exprimer ces notions, sans être exposé à y impliquer des éléments qui seraient de nature à obscurcir les problèmes posés et à fausser les raisonnements. Or, étant donné l’objet de l’Economie politique, son vocabulaire est presque toujours emprunté au langage courant ou à la terminologie spéciale des « affaires ». Le sens usuel des mots que nous emploierons sera donc souvent assez vague ; et, de plus, notre point de vue de spectateurs différera fréquemment de celui des acteurs. Il nous sera souvent utile, pour bien comprendre, de distinguer des faits que l’on confond dans la pratique, sous une même dénomination, ou, au

(1) Nous n’insisterons pas sur la vieille controverse de la « science» et de « l’art » en Economie politique. Comme toutes les disciplines scientifiques, l’Economie politique fournit des données qui peuvent être utilisées, en vue d’une application pratique ; ainsi, une théorie sur la monnaie peut servir à élaborer le système monétaire d’un pays donné: cela, c’est de F « art » économique. Mais les préceptes relatifs à des applications pratiques ne doivent pas être, selon nous, mêlés aux constatations et aux démonstrations scientifiques qui, seules, constituent l’Economie politique proprement dite.

A fortiori, l’économiste n’a-t-il pas à donner son opinion sur la moralité des actes et des faits qu’il enregistre. Il lui convient de dire tout ce qu’il observe, sans se préoccuper des opinions qu’il peut, indirectement heurter ou suggérer. Comme tout homme de science, il se borne à rechercher la vérité, et à l’exposer intégralement, sans commentaires ni réticences.

INTRODDCTION

contraire, d’embrasser d’un seul regard, afin d’en saisir l’enchaînementj des faits que les nécessités de la vie courante font considérer séparément. Aussi conviendra-t-il, principalement dans l’expression des idées générales, d’attacher aux mots que nous empruntons à la langue de tous les jours un sens souvent plus étroit, souvent aussi plus large, mais presque toujours mieux défini que celui que leur donne

l’usage.

C’est ce que nous allons faire tout d’abord pour un petit nombre de notions fondamentales.

§ 4. Trois notions fondamentales : besoins : utilité : richesses.

Il nous a suffi d'évoquer le spectacle d’un ordre d’activité que la moindre expérience de la vie permet de reconnaître pour comprendre quel est l’objet de la science économique. Cependant, en abordant son étude, il y a lieu de définir plus exactement cet objet.

Nous savons tous que le but de l’activité économique est l’acquisition de choses destinées aux usages les plus divers; et la moindre réfiexion nous montre que cette activité a une raison d’être nécessaire, et qui pourrait être suffisante, dans les conditions physiologiques de l existence humaine.

Nous pouvons respirer, mais nous ne saurions nousnounir, et, par conséquent, nous ne pourrions subsister, sans un effort conscient exercé sur la matière qui nous entoure, sans ce minimum d’effort tout au moins qu’il faut pour cueillir un fruit, arracher une racine ou s’emparer d'un animal. Celte nécessité dans laquelle nous nous trouvons de faire des efforts cons- ' dents, et de transformer plus ou moins le milieu qui nous en-

I toure pour entretenir notre existence, la langue vulgaire 1 ex-

prime en disant que nous avons des besoins.

Cependant, l’expérience montre que des mobiles purement ' . psychologiques — le goût de la parure par exemple — poussent

^ l’homme à des efforts du même genre (1). En ce cas, on dirait,

, (1) Celui qui confectionne un bijou ou une œuvre d’art peut assu-

1>'TR0DUCT10.N '

dans le langage courant, qu’il s’agit de simples désirs. Mais, comme, parmi les mobiles de l’activité économique, le groupe primordial et essentiel est constitué par les besoins, et que, d’ailleurs, l’Cconomisle prend l’activité économique comme une donnée, sans avoir à faire de distinction sur ses origines, nous désignerons, pour la commodité de l’expression, l ensemble des mobiles de l'activité économique par le terme unique de besoins (1).

Conséquemment, nous qualifierons d'utiles les objets qui permettent de satisfaire aux besoins ainsi définis ; et nous dénommerons richesses, ou biens, les choses (2) que 1 activité de l’homme aura rendues utiles, sans rechercher si les besoins auxquels elles répondent sont naturels, factices, imaginaires ou même vicieux. Nous considérerons le tabac et l alcool comme utiles, par le seul fait qu’il y a des gens pour les produire et pour les consommer ; car l’économiste, dans ses fonctions, n’a pas à s’ériger en moraliste ni en hygiéniste.

Ainsi besoins, utilité, richesses, sont des termes qui expriment trois notions corrélatives. Et il suffira de se rappeler la signification du premier d’entre eux pour retrouver celle

des autres.

§ 5. — Conditions naturelles de l’activité économique.

Les deux facteurs primitifs de la production : Wature et Travail.

Au moment d’entreprendre un exposé systématique de la vie économique, il convient, sans doute, d’examiner quelles

rément agir dans un moment de loisir, et trouver dans cet acte même une satisfaction d’ordre purement esthétique. Mais, s’il agit pour procurer à autrui des satisfactions esthétiques, en éctiange desquelles il recevra de quoi satisfaire à ses propres besoins, il accomplira un véritable travail, au sens économique du mot, et il sera vrai, en ce cas, qu’un désir d’ordre esthétique a donné naissance à une manifestation de l’activité économique.

(1) Sur l’analyse des mobiles de l’activité économique, voir A. VS a- GNER, Les fondements de l'économie politique, trad. Giard et Brière, t. I, Tarde, Psychologie économique, et Landry, op. cit., 1. 1.

(2) Sur la notion de « richesses immatérielles », voir l’article de M. Tuhgeo.v , Des prétendues richesses immatérielles, dans la Revue d'économie politique, t. JIl (1889), p. 223.

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