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sont les conditions qui la déterminent. Ainsi est-on amené à constater qu’elle est déterminée tout d’abord par des conditions nalurelles, dont on peut donner une idée on peu de mots.
Nous venons, en effet, de constater que les hommes, en général, étaient obligésde transformer le milieu qui les entoure pour satisfaire à leurs besoins. Or, cette constatation môme en présuppose deux autres ; la première est que le milieu naturel où nous vivons contient ce qui est nécessaire à la satisfaction de nos besoins ; la seconde, que nous ne pouvons cependant satisfaire à la plupart de nos besoins sans exercer sur ce milieu un certain effort d’adaptation, autrement dit, sans le transformer plus ou moins.
Celte transformation est ce que, dans le langage économique, on nomme la production des richesses ; et l’on a coutume d'exprimer l’observation qui précède d’une façon plus abstraite en disant il y a deux facteurs de la .production : la Nature et le travail.
Le Travail est donc l’effort d’adaptation nécessaire pour convertir le milieu naturel en richesses. La notion de travail est, avant tout, une notion technique, plus étroite que celle d’activité économique. En effet, l’activité économique tend bien à procurer k l’individu des richesses ; mais c’est le travail qui les produit. Ainsi, le labeur d’un homme de loi ou d’un professeur constitue bien, lorsqu’il est rémunéré, une manifestation de l’activité économique, car il constitue un moyen d’acquérir des richesses ; mais il ne les crée pas (t). Ce n’est donc pas un travail, au sens technique du mot. ^
Le travail, facteur de la production, est une des conditions, de l’existence humaine, et plus spécialement de la vie économique ; mais l’activité économique n’implique pas nécessairement le travail, au sens technique, puisque, aussi bien, s’il est nécessaire de transformer la Nature pour satisfaire aux besoins de rnomme,il n’est pas nécessaire que tous les individus concourent directement à cette transformation.
(1) Ou du moins, il n’y contribue que d’une façon tout à fait indirecte, en maintenant l’ordre, en propageant la science, etc.
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§6. — Le capital comme facteur de la production.
S’il est vrai, comme nous venons de le dire, que le milieu qui nous entoure contient ce qui est requis pour la satisfaction de nos besoins, pourvu que nous accomplissions un certain effort d’adaptation, J1 est logique d’admettre que la production des richesses ne suppose que deux facteurs, à la fois nécessaires et suffisants : la Nature et le Travail.
Cependant, c’est une vieille tradition chez les Economistes que d’en énumérer trois ; La Nature, le Travail, et le Capital,
En effet, dans toute société qui a derrière elle un passé, et qui possède, par conséquent, des richesses acquises, une partie tout au moins de ces richesses, sert désormais à la production de richesses nouvelles. Il y a, en effet, des objets (outils, instruments) qui ne peuvent avoir d’autre usage que de servir à la fabrication d’autres objets. Quant à ceux qui peuvent satisfaire directement à nos besoins, leur accumulation permet à l’homme de consacrer ses efforts à une production nouvelle (1) : ainsi, sans les approvisionnements <\\x\ leur sont fournis, les travailleurs qui fabriquent des machines, établissent des voies ferrées, percent des tunnels, construisent des navires, etc., ne pourraient accomplir leur tâche. Les biens existants jouent donc un tel rôle dans la production des biens nouveaux que l’on conçoit aisément pourquoi les économistes leur ont fait, sous le nom de capital, une place parmi les facteurs de la production.
Bien plus, dans une société développée, on ne se sert guère pour la production que d'objets déjà transformés par le travail de l’homme. Le sol lui-môme, qui, à l’origine, est le plus important des agents naturels, a été le plus souvent transformé par là culture ouïe défrichement, ou tout au moins par
(1) On distingue ainsi les capitaux /îxes, qui correspondent généralement à l'outillage, et les capitaux circulants (approvisionnements matières premières, combustibles), qui doivent être consommés au cours de la production. Sur celte distinction ancienne, voir notamment Paul Leroy-Beaulikc, Traité théorique et pratique d'Economie politique, 4 vol.
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rétablissement de voies de communications, ou par le voisinage d’agglomérations : la pampa argentine ou la forêt équatoriale ne sont plus ce qu’elles étaient avant l’arrivée des Européens ; même les parties de ces terres lointaines qui n’ont pas été encore exploitées ni appropriées sont déjà transformées par des facilités d’accès toutes nouvelles : la preuve en est, nous le verrons plus loin^ qu’elles ont une toute autre valeur qu’autrefois. — La terre elle-même est donc devenue un produit de la nature et du travail, une richesse, un capital.
11 reste bien, sans doute, des agents naturels, qui semblent échapper à toute appropriation, comme l’air ou la chaleur solaire. Mais l’utilisation de ces forces naturelles est généralement liée à l’appropriation du sol lui-même, ou d’objets tirés du sol : pour utiliser la chaleur solaire, il faut tout d’abord utiliser le sol ; pour utiliser la mer, il faut un navire, etc. On peut donc dire que, pratiquement, pour entreprendre une production nouvelle, il faut tout simplement disposer à la fois du travail et du capital.
Ainsi, il reste vrai qu’il n’y a que deux facteurs primitifs de la production — parce que, seuls, ils expriment les conditions naturelles de toute vie économique — ; mais il n’est pas moins certain que, dans une société comme la nôtre, le capital, facteur composé, se substitue presque complètement, en fait, à l’un des deux facteurs originels, la Nature.
Ayant à exposer ici ce que l’on doit entendre par « facteurs de la production », nous avons désigné sous le nom de capital l'ensemble des richesses qui sont considérées comme contribuant à la production d'autres richesses ; et il n’est pas douteux que ce soit ce que 1 on entend par capital, quand on parle des facteurs de la production, toutefois, le langage vulgaire, et aussi la langue des économistes, attribuent encore à ce mot une autre signification :on considère comnie capital les choses qui rapportent un revenu à leur possesseur. En fait, les biens qui servent, au moins indirectement, à la production d autres biens étant souvent prêtés, et fournissant, en ce cas, un revenu à ceux qui les prêtent, les deux définitions du capital portent souvent sur le même objet et coïncident ainsi en grande partie dans la pratique.
INTRODUCTION
11 n’en convient pas moins, à notre avis, pour éviter des discussions sur la nature du capital, de distinguer ces deux notions, en reconnaissant simplement que le moi de capital représente deux idées différentes :\d. première relative aux problèmes de la Production, la seconde aux problèmes de la
Répartition.
Nous nous garderons donc de chercher à distinguer les richesses qui sont capital et celles qui ne le sont pas : puisque les mêmes objel.s peuvent être ou n’être pas considérés comme capital suivant les circonstances. Et nous donnerons au mot capital l’un ou l’autre des deux sens qui viennent d’être définis, selon qu’il s’agira de Production ou de Itépartition (1).
§ 7, Conditions sociales de la vie économique :
ses relations avec la technique et avec les institutions juridiques.
On ne saurait aller bien loin dans l’étude de la vie écononique. si l’on ne tenait compte que des conditions naturelles de son développement. L’étal social, dans son ensemble, influe sur l’activité économique, et l’on ne peut comprendre dans un même tableau la vie économique de tous les pays et
de tous les temps.
D’abord, le milieu physique lui-même n est pas identique
dans toutes les régions (facteur géographique).
L’Homme aussi est divers (diversité de races, de civilisations, etc.). Elle rapport qui existe entre la Nature et l’Homme
(1) Faute de faire celte distinction simple relative à la usuelle les économistes éprouvent souvent une finaude difflculte à définir la notion de capital. Nous conviendroiis toutefois no
double définition suffit à un exposé concret en
finctiou et de la répartition, certains auteurs ont pu être amenés, e Juf de l’élaboration de systèmes déductifs, à adopter des définitions nlus subtiles On trouvera notamment une énumération et une dise s In dès prTncipales définitions du capital dans l’ouvrage de M av.NO F1SHF.R, The nature of Capital and Incarne.
d’Ecommique, p. 166 et suiv., las deux articles de M. ^ ^
nue le capital? daïii la Revue d Economie politique, t. Ht (année 1689), p. 497 eU. IV (1890), p. 53. et ses Principes d Economie politique, 3 éd.
INTRODUCTION
varie lui-aièine en raison des variations de ces deux facteurs (1). Ainsi, on peut dire que la Nature ne varie pas seulement objectivement, en raison des conditions géographiques
niais aussi subjectivement, en raison de la connaissance que I Honinie en a.
Les besoins, source de toute activité économique, différent selon la race, le milieu et l’époque ; il en est de môme des moyens d’y satisfaire. Les deux éléments sont, d’ailleurs, unis par un lien de dépendance réciproque; car, par une sorte de réaction, les besoins, qui font naître le travail, varient selon les procédés de travail dont on dispose, et tendent à se multiplier lorsque les moyens de production se perfectionnent.
^ On ne saurait donc décrire ni expliquer la vie économique d’une société sans envisager, dans son ensemble, son état de civilisation; mais il y a deux facteurs surtout qu’il est indispensable de déterminer : la Technique et les Institutions juridiques.
En effet, la notion abstraite de travail, notion fondamentale, ne suflît pas à éclairer les phénomènes qu’étudie l’Economie politique. Car l’élément travail varie — comme l’élément nature — avec l’étal de nos connaissances. Et, si c’est à la Technologie plutôt qu’à l’Economie politique qu’incombe la tâche de faire connaître les procédés de travail dans une civilisation donnée, les notions qu’elle fournit n’en sont pas moins à la base de toute etude économique concrète.
La connaissance des institutions juridiques n'est pas moins nécessaire à l’étude des phénomènes économiques, môme les plus abstraits.
Il serait, sans doute, exagéré d’affirmer que la vie économique est conditionnée par les institutions juridiques; car aussi bien peut-on dire que le Droit est issu, pour une grande part, de nécessités économiques. Mais, ce qui est certain, c’est que les institutions juridiques expriment certains caractères fondamentaux de l’organisation économique ; et il n'est pas d ouvrage d économie politique pure qui ne doive prendre pour
(1^ Cf. P. Clerget, Géographie économique. L'exploitation rationnelle du globe.
INTRODUCTION
base de son observation et de ses déductions une organisation économique conforme à un état du Droit déterminé. N est-il pas évident, par exemple, que, en supposant identiques les moyens techniques de production, la vie économique sera organisée tout différemment selon qu’elle sera fondée sur la propriété privée ou sur la propriété collective? Suivant que tout individu sera libre d’établir un commerce ou une industrie quelconque, ou ijue les producteurs seront groupés en castes ou en corporations ? Selon que la famille constituera une unité plus ou moins étendue, et que ses membres seront plus ou moins dépendants les uns des autres?
Il y a plus ; les conditions même dans lesquelles nous pouvons aborder l’étude des faits économiques différent profondément selon l’état du Droit. Imaginons un instant un étal de civilisation où l’activité économique serait entièrement réglementée par l’autot ité publique, |oü les lois et règlements détermineraient la division du travail et assigneraient à chacun sa tâche: dans une telle société, il suffirait, pour décrire la vie économique, de connaître les procédés techniques de production et la législation qui régit l’organisation du travail et la distribution des biens produits. Au contraire, dans une société comme la ywtre, où la production est pour la plus grande part laissée à l’initiative de ceux qui ont la propriété des biens, il y a lieu, pour connaître le mécanisme de la vie économique, de rechercher comment ces initiatives se coordonnent et se combinent spontanément ; l’étude des phénomènes économiques devient ainsi une science distincte à la fois de la l’echnologie et du Droit (1).
§ 8. — Eléments fondamentaux de notre organisation économique : propriété privée et initiative privée. — Libres contrats et opérations économiques élémentaires.
C’est donc dans une société où l’organisation économique est fondée principalement sur des institutions de droit privé que
(l) Sur les rapports entre l’économie politique et les autres sciences sociales, voir l\. Maonieb, Droit et économie politique, Th. Pari.®, 1910.
INTRODUCTION
nous allons envisager la vie économique. Et, puisque, comme nous l’avons observé plus haut, les manifestations de l’activité économique ne dépendent pas seulement du milieu naturel, mais aussi du milieu social tout entier, c’est plus particulièrement dans la société actuelle que nous l’étudierons. — Cela, d’ailleurs, ne nous écarte pas de la tradition : car, tout en envisageant certaines institutions économiques dans leur évolution historique, les traités d’ Economie politique étudient toujours la vie économique dans une société individualiste ; et ceux qui décrivent son mécanisme avec quelque détail se réfèrent presque exclusivement à l’état présent des choses. Il importe seulement d’avoir bien conscience de cette localisation des faits considérés, afin de ne pas attribuer aux observations faites une portée trop générale (1).
Les caractères les plus fondamentaux de notre organisation économique sont exprimés par notre droit privé. On peut même dire qu’ils correspondent assez exactement aux divisions du Code civil français. Ce dernier est divisé en trois livres, dont le premier traite de la famille, le second de la propriété privée, et le troisième des conventions.
Or, la famille est bien assurément — quoique on néglige le plus souvent de le mentionner explicitement — l’un des éléments de notre organisation économique. Outre qu’elle est encore assez frécjuemment une association de production (2i, elle constitue, au point de vue de la consommation, un élément de communisme, très restreint, sans doute, mais à peu près irréductible, et qui explique le caractère héréditaire de la propriété privée.
La propriété privée est la base essentielle de notre régime économique. En etïet, la grande majorité des biens existants étant appropriée par des particuliers, et l’usage de richesses antérieures (en ce sens, des capitaux) étant generalement indispensable à toute production nouvelle, ce sont les individus, détenteurs de la richesse acquise, qui jirennent presque tou-
(1) Ou trouvera un exposé historique des principales institutions économiques dans les Principes d'Economie politique de G. Schmoller, trad. Giard et Brière, 5 vol.
(2) Voir plus loin le chapitre relatif à Ventreprise privée.
IXTaODüCTlOX
iours l’initiative de la production. Les règles du droit public moderne relatives à la liberté du travail, à la liberté du commerce et de l’industrie ne sont que des applications logiques des principes qui régissent la propriété des biens.
Enfin, en l’absence de toute organisation coercitive, la coordination des activités productrices qu’exige la division du travail ne peut être le résultat que de conventions juridiquement libres. Et, en effet, quoique les codes paraissent surtout consacrés à réglementer ces conventions, il apparaît clairement que celte réglementation a généralement pour but beaucoup moins de restreindre la liberté des individus que d assurer le
respect de leur volonté.
Les contrats du droit civil et du droit commercial ne sont donc, pour la plupart, que l'expression d'opérations économiques élémentaires, dont la répétition, l’enchaînement, l enchevêtrement constituent la trame de la vie économique, dans une
société basée sur la propriété privée.
Tels sont, en effet, les divers contrats de société et ceux que
Ton réunit aujourd’hui sous la dénomination vague, mais commode, de contrat de travail] ils règlent, comme nous le verrons, les modes d’association relatifs à l’entreprise privée.
Tels sont encore tous ces contrats dérivés de la notion d’échange, tels qu’ils se développent dans une société où la monnaie est en usage : la vente, le prêt à intérêt, le louage le 'dépôt. Nous savons, en effet, par notre seule expérience de la vie, que l’organisation économique comporte la constitution de sociétés, le prêt de capitaux, la vente de marchandises, le dépôt de fonds ou de litres dans des banques, etc. Nous verrons dans la suite que ces contrats représentent les combinaisons les plus usuelles auxquelles les individus ont recours pour
coopérer à l’œuvre de production commune.
Entin, les actes juridiques ayant un caractère de libéralité (donations et testaments) jouent un rôle infiniment moindre, mais notable cependant, dans notre organisation économique
(fondations, assistance, etc.).
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INTRODCCTION
§ 9. — Eléments subsidiaires de notre organisation économique : rôle
de l Etat et des personnes publiques
D’une façon générale, l’Etat s’abstient donc de régler le mécanisme de la vie économique. Son rôle essentiel consiste à sanctionner des actes basés sur le principe de la propriété privée, et qui se coordonnent spontanément par des conventions juridiquement libres.
Cependant, ce n’est pas seulement en posant et en sanctionnant les principes généraux du droit privé que l’Etal intervient dans la vie économicjue. Il y intervient aussiconslamment par la politique extétieure ou intérieure, et par l’administration ; une politique pacifique ou belliqueuse, ferme ou hésitante, une administration honnête ou vénale, souple ou bureaucratique, décentralisatrice ou centralisatrice à outrance, favorise ou retarde l’essor écocomique d’un pays. L’Etal intervient encore dans la vie économique par la législatioji. Et nous aurons à observer fréquemment l'action que les lois fiscales, douanières, monétaires, industrielles, les lois relatives à la propriété foncière, aux mines, aux forêts, au régime des eaux, etc., exercent sur l’activité économique. Au total, il y a peu de branches de la législation qui ne ratîectent er} quelque manière.
En outre, si l’Etat se présente avant tout comme une entité politique, l’ensemble de ses fonctions n’en intéresse pas moins le mécanisme do la vie économique. En efîef, nous pouvons considérer que, par les services qu’il rend, l’Etat assume la tâche de pourvoir à certains de nos besoins (besoins de sécurité, d’éducation, etc.), ce qui est une fonction économique. Nous verrous même que l'Etat et d’autres personnes publiques (notamment les municipalités) participent, parfois, à la production en organisant des entreprises autonomes, sur des bases analogues à celles des entreprises privées.
IXTRODUCTIOX
§ 10. — Le principe régulateur de la vie économique dans nne société principalement individualiste : échange et valeur d'échange.
En dépit de cette intervention de l’Etat dans la vie économique, il reste vrai, comme nous l’avons dit précédemment, que notre organisation économique est basée principalement sur l’activité spontanée des individus. En effet, la plupart des richesses acquises, dont la possession est nécessaire pour produire d’autres richesses, appartiennent à des individus, ou à des collectivités privées (familles, sociétés, voir plus loin le chapitre relatif à V entreprise privée). C’est donc de l’initiative privée que dépend généralement l’activité économique.
Mais alors, un problème capital se pose. En effet, dans notre société, la vie économique repose essentiellement sur la libre initiative des individus ; les tâches y sont très divisées, et chaque individu agit à sa guise, le plus souvent dans son intérêt propre, sans avoir une connaissance exacte de la place qu’il occupe parmi les autres, sans même avoir la conscience précise d’un effort collectif. Dès lors, comment se fait-il que ces activités individuelles s' harmonisent pour aboutir à une production globale de richesses ? et comment les biens produits en commun parviennent-ils à se distribuer parmi les individus ?
L’explication de ce double problème constitue, à vrai dire, la tâche essentielle de l’économie politique. On la trouvera esquissée dans la suite de cet ouvrage. Il est permis, cependant d’indiquer dès à présent le principe régulateur grâce auquel s’accomplit à la fois cette mystérieuse coordination des efforts en vue d’une production en commun, et le partage des biens produits.
En effet, dans notre organisation économique, où l’Etat n’assume pas la tâche de coordonner les activités productrices, ni de répartir les biens entre les individus, la mise en commun des efforts et le partage des produits résultent normalement, comme nous l’avons déjà noté plus haut, d'échanges volontaires. Or, comme chaque individu n’obtient les services ou Nogaro 2
lyün^ijfinmw HP I 11^ »■ V ;
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IMRODÜCTrO.X
les produits dont il a besoin que contre d’autres services ou d’autres produits qu’il fournit, il est obligé de fournir des services ou des produits qui répondent également à des besoins : car, s’ils n’avaient pas d’utilité pour autrui, ils ne lui procureraient rien en échange, ou en d’autres termes, ils n’auraient pas de valeur d'échange. On peut donc constater que toute activité économique n’exi^te d'une façon durable que si elle a sa raison d'être dans un besoin. On doit ajouter qu’elle tend à se proportionner à r intensité de ce besoin. En etîet, lorsque les services ou les produits otîerts par un individu sont très demandés par ses semblables, ceux-ci les lui paient plus cher ; autrement dit, ils lui otîrent plus eu échange. La valeur d’échange d’un produit ou d’un service, nulle quand il est inutile, augmente généralement à mesure qu’il devient utile (1). Au contraire, elle décroît quand l’utilité elle-même diminue; et le producteur est invité, en ce cas, à ralentir son activité, ou à la porter ailleurs.
Ainsi, chaque individu trouve son intérêt à fournir des objets ou des services qui répondent à un besoin, et cet intérêt croît, ou décroît, normalement avec l’intensité de ce besoin. Les activités productrices tendent donc à se coordonner automatiquement. On voit pas là comment peut se régler la production en commun, dans une organisation basée sur l’initiative et l’intérêt privés. On aperçoit, en outre, de quelle façon s’opère la répartition des biens produits parmi les individus qui concourent à l’activité économique : la part de chacun d’eux, en effet, dépend précisément de ce qu’il peut obtenir en échange des produits ou des services qu’il offre, ou eu d’autres termes, de la valeur d’échange de ses produits ou de ses services.
En résumé, c'est dans la valeur d'échange, que se trouve le grand principe régulateur de notre organisation économique.
(i) Ces observations élémentaires ont été formulées depuis longtemps par les économistes classiques dans la « théorie de l’offre et de la demande ». Nous y reviendrons plus loin en exposant la théorie des prix (voir plus loin, l®' livre 2* partie, Circulation), et de la valeur (2* livre, Répartition).
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§11. — Divisions de l’ouvrage
Une fois en possession de ces notions générales, qui dominent tout l’exposé de la vie économique contemporaine, notre tâche est d’en étudier sommairement, mais aus.si méthodiquement que possible, le mécanisme.
Nous avons constaté d’abord l’existence d’une manifestation très caractérisée de l’activité humaine, que nous avons dénommée l’activité économique. .Nous avons observé, en outre que, si elle consiste, pour chaque individu, à se procurer des biens utiles, elle a pour condition essentielle qu’un grand nombre d’individus transforment la matière première pour l’adapter aux besoin.‘i, autrement dit qu’ils produistnt. C’est donc la Production que nous aurons à étudier tout d’abord. Comme, d’autre part, cette production a un caractère collectif, il nous faudra ensuite rechercher comment la masse des biens produits se répartit entre les individus : ce sera l’étude de la Répartition ou Distribution.
Ces deux parties de notre programme embrassent les deux aspects essentiels de la vie économique. Cependant, il arrive que, après avoir retiré leur part des produits du travail collectif, certains individus en remettent quelque chose eu commun pour en mieux aménager la consommation. Les institutions qui résultent de cette activité économique extra-professionnelle, et logiquement postérieure à la répartition des produits parmi les individus, sont devenues assez importantes pour qu’il convienne de les envisager séparément sous la rubrique Consommation.
Nous nous trouvons ainsi ramenés à la division de l’Economie politique en Production, Répartition et Consommation, qui fut inaugurée par J. -B. Say (1). Cette division tripartite
^ (1) Traité d'économie politique, Paris, 1803. — Notons toutefois que l’usage a longtemps prévalu de traiter à part de la circulation des richesses, c’est-à-dire du mécanisme de l'échange. Mais, comme l'échange est une condition essentielle de la production en commun, nous faisons rentrer celte rubrique dans le premier livre, relatif à la production.
20 INTRODUCTION
nous paraîl la plus adéquate aux nécessités d’une description
systématique de la vie économique.
Cette description seradonc divisée en trois livres.Toutefois, un quatrième et dernier livre sera consacré à 1 exposé sommaire de la formation de la pensés économique (Théories, doc-
trines et méthodes) (1).
(1) Certains professeurs donnent cet aperçu sommaire de l’évolution
dis ’docSs lonomiques au début de i.ur cours i. '
cas à l’étudiant de se reporter au quatrième livre de cet ouvrage, aussitôt après la lecture de cette introduction, pour se conformer à
son programme.