CHAPITRE PREMIER
La monnaie.
§ 1. — La monnaie : Définition.
On a coutume de définir la monnaie « une marchandise qui sert d' instrument d'échange ou d’intermédiaire dans les échanges ». Cette définition peut suffire à faire entendre ce dont il s’agit. Mais elle dit à la fois trop et pas assez, et, sous son apparence modeste et anodine, elle contient des notions qui pourraient induire en erreur.
On ne saurait contester |que la^monnaie ait été, à l'origine, une marchandise ; cela signifie que l’on n’a pas, à vrai dire, inventé un instrument d’échange, mais que Pusage s’est répandu d’accepter dans les échanges une marchandise — d’ailleurs variable suivant les pays — que l’on ne désirait pas pour e//emême, mais que l’on se proposait d'échanger ultérieurement contre un objet désiré. Et sans doute est-ce par suite de cette pratique que cette marchandise a fini par devenir, en etîet, l’intermédiaire habituel des échanges. 11 est vrai aussi, d’ailleurs, que, aujourd’hui encore, la plupart des systèmes monétaires sont basés sur la circulation de métaux auxquels on aurait mauvaise grâce à refuser la qualité de marchandise, puisqu’ils sont susceptibles d’une autre utilisation, et qu’ils ont, par conséquent, une existence économique historique-
LA MONNAIE
ment antérieure à tout emploi monétaire, et logiquement indépendante de celte fonction.
Mais il n’en est pas toujours ainsi. Tel billet de papier est fait d’une matière dont l’utilité est insignifiante, et la somme de monnaie qu’il représente est sans aucun rapport avec la quantité de matière qu’il contient ; sans doute peut-on objecter que ce billet n’est que la représentation d’une monnaiemarchandise ; et il est exact que, historiquement, le papiermonnaie se rattache presque toujours à une monnaie métallique. Mais nous aurons l’occasion de constater plus loin qu’un .système monétaire continue à fonctionner quand il a perdu sa base métallique, et qu’on [leut parfaitement le concevoir sans cette base (1).
La notion de marchandise ne rentre donc pas nécessairement dans celle de monnaie. Elle lui est même, dans une certaine mesure, opposée : en effet, ce qui caractérise une monnaie, c’est qu’elle est reçue dans les échanges, non pour ellemême, mais en vue d'un échange ultérieur. Ainsi, même lorsque la monnaie est incorporée dans une marchandise, c’est-à-dire dans une chose pouvant faire évemuellement l’objet d’une utilisation directe, ce qui lui donne son caractère monétaire, c’est précisément le fait qu’elle n’est pas utilisée directement et qu’on ne la prend que pour la remettre en circulation (2).
Nous laisserons donc en dehors de la définition de la monnaie la notion de marchandise, qui, en tant qu’elle peut avoir un sens précis dans la terminologie économique, ne lui est pas essentielle.
Nous n’y ferons pas rentrer davantage la notion d’instrument d’échange : car, bien qu’elle exprime assurément la fonc-
(1) Sur l’origine du papier-monnaie elles conditions dans lesquelles le système du papier-monnaie peut fonctionner, consulter l’important ouvrage de M. Sobercaseaux, Le papier-monnaie, Paris, 1920.
(2) Enfin, l’idée que la monnaie est une marchandise conduit assez naturellement à la croyance que la valeur de la monnaie est déterminée par sa qualité de marchandise et se fixe comme celle d’une marchandise quelconque : or, ce sont là des conclusions contraires aux résultats d’une observation précise et d’un raisonnement rigoureux, et qui fausseraient l’interprétation de la plupart des phénomènes monétaires. Voir B. Nogaro. L’expérience bimctalliste du xix* siècle et la théorie générale de la monnaie. Extrait de la Rev. d'écon. polit., oct.nov. 1908. Paris, Larose et Ténin, et plus loin 3' section ch. m, § i.
PART. II
tion primordiale de la monnaie, certaines conceptions que l’on rencontre fréquemment dans les écrits relatifs à la monnaie montrent le danger d’attirer trop exclusivement l’attention sur cette notion abstraite.
Nous éviterons ainsi de donner une définition qui implique une conception a priori de la nature de la monnaie et de ses fonctions ; et, nous fondant sur un critérium d’ordre psychologique, nous dirons simplement :
La monnaie est un objet que l'on reçoit habituellement dans les échanges, non pas pour lui-mème, mais en vue de V échanger à son tour ultérieurement .
§ 2. — Les fonctions de la monnaie.
Ces réserves faites, nous pouvons indiquer, dès à présent," quelles sont les principales fonctions de la monnaie.
Le rôle de la monnaie se conçoit tout d’abord lorsque l’on se représente les difficultés qu’offre le troc ou échange en nature. Qu’est-ce, en effet, que le troc ? Un échange immédiat de deux marchandises, c’est-à-dire de deux objets destinés l’un et l’autre à une utilisation directe. Or, celui qui désire acquérir une marchandise déterminée rencontre difficilement un coéchangiste enclin à accepter la marchandise dont il dispose ; celui-ci désire une charrue, et possède un cheval dont il peut se passer ; lorsqu’il aura trouvé l’homme qui peut lui fournir une charrue, rien ne prouve que celui-ci aura précisément besoin d’un cheval. A supposer cependant que cette heureuse rencontre se produise, les objets mis en présence pourront n’ètre pas estimés équivalents. Et, si l’un deux au moins ne peut être divisé sans détérioration, le marché ne pourra se conclure que par des combinaisons assez compliquées. C’est ainsi que nous voyons « un Egyptien du temps des Ramassides troquer un taureau contre une natte, cinq mesures de miel, onze mesures d’huile, et sept autres articles divers (1) ». On est conduit, de k sorte, très vraisemblablement, à accepter des objets que l’on ne désire pas immédiatement.
Les difficultés du problème ne se trouvent résolues que du
(1) Voir de Fovillk, La monnaie, p. 9.
LA MONNAIE
jour où l’usage s’établit d’accepter, à la place des marchandises aliénées, et de fournir, à la place des marchandises acquises, non pas une marchandise désirée pour elle-même, mais un objet — toujours le même — qui n’est reçu qu’en vue d’être remis en circulation, et qui, constamment consacre au
règlement des échanges, devient une monnaie. Ainsi disparaît tout d’abord le principal obstacle à l’échange : l’individu qui veut acquérir ou aliéner une marchandise n’a plus, désormais, à se préoccuper du désir de son coéchangiste ; il achète ou vend, c’est-à-dire qu’il donne ou reçoit de la monnaie eu échange de celte marchandise. Enfin, pour peu que la monnaie en usage se compose d’éléments faciles à additionner et à diviser, la seconde difficulté, qui est d’offrir l’équivalent de la
marchandise demandée, disparaît à son tour.
Sans doute, celui qui reçoit la monnaie n’a d autre but que de s’en servir tôt ou tard, en l’aliénant contre autre chose ; et il n'est pas malaisé de voir que l'opération d’échange, commencée par l’acquisition de la monnaie, ne sera complétée que par son aliénation ; mais le troc primitif n’en est pas moins rompu par l’intervention de la monnaie. U est donc bien vrai de dire qu’elle sert à." intermédiaire dans les échanges. Et c est là, semble-t-il, sa première fonction.
D’autre part, en vertu de l’habitude prise d’échanger les marchandises contre de la monnaie, c’est par rapport à elle que l’on est amené à les évaluer. La monnaie devient ainsi la commune mesure des valeurs ; et c’est, peut-on dire, sa se-
conde fonction.
Ce n’est pas tout. La monnaie constituant le moyen usuel de se procurer une marchandise, une somme de monnaie représente, en quelque sorte, Tulililé de l’une quelconque des marchandises qu’elle permet d’acquérir. Si à cette considération l’on ajoute que la monnaie est généralement incorporée dans une matière durable et peu encombrante, comme un métal précieux, par exemple, on s’explique aisément la faveur dont elle jouit dans l’estime populaire et l’idée qu’elle symbolise, pour ainsi dire, la richesse. C’est en effet, sous cette forme que la richesse se conserve, s’accumule et s’échange le mieux. Nous verrons plus loin que c’est la forme la plus commode du capital, et celle sous laquelle il se transfère le plus aisément. La monnaie est donc, à proprement parler, V instrument primordial du crédit. Et, contrairement à la tradition
PART. II
classique qui y voit exclusivement un moyen d’échange, nous devons noter, dès à présent que la monnaie intéresse, non seulement le mécanisme de la circulation, mais celui de la production proprement dite.
Le troc a fait place non pas seulement à l’échange décomposé en achat et vente, mais à toute la série des autres'^ontrats pécuniaires (prêt, commandite, louage, dépôt irrégulier, etc. y, qui constituent les opérations économiques élémentaires sous un régime de propriété privée. Et, pour se faire une idée du rôle de la monnaie, il ne suffit pas de dire, avec les classiques, quelle « facilite » les échanges, « comme l’huile facilite le mouvement d’une machine a ; mais il faut se représenter que l’évolution économique de l’humanité, telle qu’elle s’est accomplie, nous serait inconcevable si nous en faisions abstraction.
D’ailleurs, l’action de la monnaie se manifeste sous des formes variées, et donne lieu à des phénomènes économiques nombreux que nous aurons à expliquer.
§ 3. La matière monétaire. — Monnaies métalliques
et monnaies de papier.
La matière dans laquelle s’incorpore la monnaie a beaucoup varie suivant le temps et le milieu.Chez les peuples paseurs, les têtes de bétail, et principalement les moutons ont joue le rôle de monnaie, et cet usage a laissé des traces dans notrepropre langue, l’adjectif t pécuniaire «étant dérivé du mot latin pecus, troupeau. Divers autres objets d’un usage courant autrefois le tabac en Virginie, les balles de plomb en Massachusetts, récemment encore, la morue à Terre-Neuve, et. de nos jours, le thé au ïhibet, le sel et le mil en Afrique, sont acceptés communément dans les échanges, et remplissent ainsi 1 oftice de monnaie. H en est de même aussi de certains objets qui ne se^mblent pas, en dehors de la fonction monétaire, avoir d autre destination qu’un usage d’ornementation : tels sont les cauris, coquillages blancs qui, recueillis dans les îles de la bonde, circulent comme monnaie en Afrique, notamment au boudan ou encore diverses perles ou pièces de verroterie, dont le domaine est plus limité.
CHAP. I. la monnaie
a) Monnaies métalliques. — L’usage monétaire du métal remonte aussi fort loin ; le cuivre, le plomb, l’argent, l’or, l’électrum servirent de numéraire en Egypte plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne. Mais ces métaux circulaient sous la forme de lingots, évalués directement d’après leur poids. L’antiquité grecque connut la monnaie frappée, et les spécimens qui nous en restent attestent à la fois le talent de ses artistes et son degré d’évolution économique.
Aujourd’hui, le monde civilisé n’utilise plus — en dehors du papier que contiennent les monnaies fiduciaires, dont nous allons parler — d’autre matière monétaire que les métaux : d’abord les métaux précieux, or et argent ; puis, comme appoint, en vue des menus paiements, des métaux de moindre valeur, tels que le nickel et le bronze. Les raisons de cette prédilection s’expliquent à la fois par leurs qualités physiques et par les conditions auxquelles doit satisfaire une monnaie pour bien remplir toutes les fonctions que nous avons indiquées. La monnaie doit être une ; en effet, tant que ce n’est pas un seul et même objet qui est accepté habituellement en vue d’un échange ultérieur, il n’y a pas, à vrai dire, de monnaie ; il faut aussi qu’elle soit durable^ et que la matière dont elle est faite puisse se diviser sans détérioration ; elle doit encore être aisément transportable.
Or, les métaux répondent parfaitement à ces desiderata : à l’état pur, ce sont desj corps simples, et, partant, toujours identiques à eux-mèrnes, quel que soit le point du globe d’où ils sont extraits ; même les alliages sont parfaitement homogènes. Donc, rien ne s’oppose, de ce fait, à leur division. L’or et l’argent, qui sont inoxydables, présentent les garanties les plus parfaites de bonne conservation. Sans doute, ils s’usent bien un peu eux aussi, par le frottement : c’est ce que, dans la technique monétaire, on nomme le frai. Mais c’est un inconvénient auquel on pare, dans une certaine mesure, par l’alliage de ces métaux avec le cuivre, et que Ton ne saurait guère se flatter d’éviter complètement avec aucune autre matière.
Les métaux aujourd’hui consacrés aux usages monétaires présentent d’ailleurs des propriétés qui ont permis de porter la monnaie métallique à son plus haut degré de perfection ; tout en étant très résistants, ils sont très malléables ; et c’est grâce à ces caractères qu’ils peuvent circuler sous les apparences de ces petits disques couverts d’une empreinte qui nous sont fa-
PART. II. CIRCDLATION
miliers, autrementdit sous la forme de monnaies frappées (1).
EnQn, 1 argent et surtout l’or, ofit une valeur assez élevée pour permettre de conserver et de transférer aisément des sommes considérables. Il convient de remarquer, cependant, que, par suite de l’importance croissante des transactions, on leur préfère souvent des instruments monétaires moins encombrants, tels que des billets de papier.
h) Monnaies de papier. — On a coutume de désigner sous le nom de monnaie fiduciaire des instruments monétaires n ayant pas, comme on dit, une a valeur intrinsèque » (2) appréciable, et dont la circulation repose, par conséquent, sur la confiance (flducia) du public, sur le crédit qu’il veut bien leur faire. Tels sont les billets de papier, ou, parfois, des jetons faits d un métal vil, qui sont en usage dans certaines colonies.
Tout en réservant pour fa suite de ce chapitre l’examen de la distinction usuelle entre les monnaies ayant une « valeur intrinsèque » et les monnaies « fiduciaires », nous devons exposer ici-même ce que sont les instruments monétaires qui se présentent sous la forme d’un billet de papier.
On en peut distinguer trois sortes :
Ü^bord les certificats, comme les gold et silcer certificates des Etats-Unis : ces bulletins de papier n'ont de la monnaie de papier que la forme extérieure ; car ils représentent strictement l’or ou l’argent qui se trouvent en barres dans les caves du Trésor, lous les porteurs de certificats ont la faculté de se faire remettre la quantité de métal mentionnée sur leur titre, et ils ont la certitude de le trouver, môme s’ils venaient à le réclamer simultanément. L’émission de ce papier n’est donc qu’une autre forme de monnayage des lingots (3).
Secondement, ce sontles garantis, tels que les billets
de banque et les billets d’Etats pourvus d'une garantie spé-
€/ V iÀ V W •
(1) Sur tous ces points, on trouvera de plus amples détails dans l’ouvrage déjà cité de M, de Foville, ancien directeur de la Monnaie de
aris,^ notamment au chap. iv de la première partie, et dans la deuxieme partie. Technique monétaire.
(2) Expression vicieuse, car la valeur d’échange est un simple rapport mais dont le sens est assez clair : il s’agit d’une valeur marchande indépendante de la valeur monétaire.
(3) Et non la moins onéreuse, car, d’après M. de Foville,
p. 205, il en coûte plus d’entretenir une circulation de billets retondre les monnaies frayées.
op. cit., que de
CUâP. I.
LA MONNAIE
Le billet de banque n’est, en principe, qu’une promesse de payer, et non pas une monnaie. Cependant, lorsque l’Etat lui donne cours légal (1) — et c’est un cas normal aujourd’hui — les particuliers sont tenus de le recevoir en paiement les uns des autres, et il remplit, entre eux, le rôle d'une monnaie. Sans doute, il est convertible, c’est-à-dire que le porteur est autorisé à en demander le remboursement en métal, aux guichets de la Banque ; et, par là, le billet se rapproche du certificat américain. Cependant, l’émission est généralement supérieure à l’encaisse ; et, si tous les porteurs réclamaient simultanément la conversion de leurs billets en espèces, il serait presque toujours impossible, en fait, de leur donner satisfaction immédiate. Donc, pour la dilférence entre l’émission et l’encaisse, autrement dit, en termes techniques, pour le montant du découvert, le hillet de banque constitue bien, au point de vue de la circulation monétaire, un élément distinct, qui vient s’ajouter à la monnaie métallique (2 j.
Les caractères des billets d’Etat, pourvus d’une garantie spéciale, semblent d’abord être assez analogues ; toutefois, lorsque la garantie ne consiste pas dans une couverture métallique, mais, par exemple, dans une hypothèque (3), elle est inefficace à assurer la conversion des billets, et, comme ils sont ainsi dépourvus de garantie elîective, nous devons les confondre avec la catégorie suivante.
La troisième et dernière catégorie des instruments monétaires se présentant sous la forme d’un bulletin de papier est constituée par les billets sans garantie. Ceux-là sont nécessairement, dans leur intégralité, un élément de la circulation distinct de tout élément métallique, et ils méritent seuls la dénomination de papier-monnaie.
Le papier-monnaie ne résulte généralement pas d’une création directe et systématique, mais d’un expédient gouvernemental. C’est, le plus souvent, une dégradation de la catégorie,
(1) Ne pas confondre cours légal et cours forcé : le cours légal ne permet pas à la banque émettrice de payer définitivement en billets, celle-ci reste tenue de les rembourser à vue, c'est-à-dire à la première réquisition d’un porteur quelconque.
(2) Voir plus loin le chapitre relatif aux banques d’émission et le chapitre relatif au crédit.
(3) Tel fut notamment le cas des mandats territoriaux émis par le Directoire.
précédente, provenant, soit de l^inefficacilé de la garantie donnée à des billets d Liât ou de banque, soit de la suspension légale de la conversion {cours forcé) {{). Mais il n’en constitue pas moins la base d’un régime monétaire autonome, donnant lieu à des phénomènes qui exigent une élude spéciale (2).
§ 4. — Les systèmes monétaires.
Des nécessités pratiques exigent l’emploi concurrent de plusieurs instruments monétaires : on conçoit aisément que la même monnaie ne saurait suffire, malgré la diversité des coupures employées, à régler tous les échanges, depuis ceux qui résultent des plus menus achats jusqu’à ceux auxquels donnent heu les plus vastes opérations financières. Si l’on voulait employer de l’or pour payer quelques centimes, il faudrait faire des pièces si petites qu’elles seraient imperceptibles.
1 ar contre, 1 or lui-même, le plus précieux des métaux monétaires, devient bien incommode lorsqu’il s’agit de transférer
des sommes importantes ; et l’on préfère, en ce cas, recourir au papier (3).
Aussi la circulation de tous les pays civilisés comporte-t-elle toujours plusieurs métaux, et, en outre, du papier.
Mais un régime monétaire n’est pas défini par l’énumération de ses éléments : leur nombre, et la nature des matières monétaires employées, ne suffisent pas à le caractériser. Dans un très grand nombre de pays, il existe à la fois des espèces d or, d argent, de nickel, de bronze et des billets de papier : cependant la combinaison de ces éléments donne naissance à des systèmes monétaires différents, selon le rôle attribué à
(1) Parmi les billets d’état nouvellement créés, citons les treasuru notes emis en Angleterre depuis la guerre. On peut mentionner aussi! parmi les billets inconvertibles, les billets émis en France par les chambres de commerce (coupures de 2 francs, 1 francs et 0 fr. 50) et qui n ont cours que dans une zone restreinte: ils peuvent cependant être échangés contre les billets de la Banque de France.
(2) Voir plus loin 3® section, ch. ni, et l’ouvrage déjà cité de Suber-
(3) Une enquête monétaire relativement récente (1903) faite en
France, montrait que les billets rpnré<?pntai«nt ’•
ac: a/a a i représentaient, dans nos caisses publiques, 85 0/0 de la valeur totale de l’encaisse. ^
CHAP. 1. LA .MOXNAIE
chacun d’eux ; et ce rôle dépend principalement des conditions de l’émission.
Quoique presque tous les Etals modernes connaissent l’usage simultané du métal et du papier, il convient de distinguer tout d’abord les systèmes monétaires à base de métal et les systèmes à base de papier.
Dans la première catégorie, nous classerons ceux qui comprennent des instruments monétaires de papier, mais où le papier est effectivement convertible en métal, et où la présence de billets, tout en facilitant les échanges, ne modilie pas la nature d’un système essentiellement métallique. Ainsi, nous y rangerons le système monétaire suisse, le régime monétaire français d'avant-guerre, quoiqu’il comprissent une circulation de billets de banque à découvert ; nous y rangerons même le système monétaire des Etats-Unis, quoiqu’il reste encore dans la circulation de ce pays des billets légalement inconvertibles (les greenbacks) ; car, en fait, chacun peut, à volonté, changer ces billets contre de l’or.
Par contre, nous en aurions exclu avant la guerre celui de l’Espagne, bien que le billet de banque espagnol n’ait pas subi le cours forcé ; car, en fait, la Banque n’offrait la conversion qu’en argent, et, pour des raisons que nous connaîtrons plus tard, le public ne pouvait tirer parti de celle faculté. Nous en excluons de môme aujourd’hui le système monétaire britannique, bien que le cours forcé n'ait pas été proclamé en Angleterre, parce que for n’est pas exportable, et que, par conséquent, la convertibilité du billet serait inopérante dans le seul cas où elle est indispensable.
Ainsi, dans la catégorie des systèmes monétaires à base de papier, nous classerons ceux où le métal ne joue qu’un rôle de monnaie d’appoint, et où l’élément essentiel de la circulation est un papier-monnaie, légalement ou effectivement inconvertible.
§ 5. — Les systèmes de monnaie métallique.
Les systèmes de monnaie métallique ne sont généralement pas caractérisés par le nombre des métaux employés, mais par les conditions légales de la conversion de chaque métal en monnaie, et de sa circulation.
PAKT. n. CIRCULATION
En ce qui concerne d’abord la conversion du métal en
monnaie, elle se produit habituellement par l’opération de la
trappe, qui estellectuée parles soins de l’autorité publique M)
Mais les concluions légales de la frappe diffèrent s uLnt lès
metauj. et peuvent aussi varier pour un même métal. Et dest
ce (lui différencie essentiellement les diverses systèmes de monnaie métallique.
l’our les métaux accessoires, nickel, bronze, etc., qui forment les monnaies dites de billon, ou d’appoint, le pro-
~~ d’importance — se résout
de la maniéré suivante : l’Etat achète le métal nécessaire pour
on ectionner des jetons, qui représentent une certaine fraction des monnaies d’or ou d’argent. La valeur attribuée à ces monnaies est, en général, sensiblement supérieure au cours
sZ'mr'f ^°‘"P^'se, et l’on se préoccupe
O IV eut fort peu de proportionner la valeur indiquée pL
empreinte a la quantité de matière contenue dans la pièœ
esq monnaies liduciaires, dont le cours
la lé! métallique. D'ailleurs,
législation limite a de très faibles sommes leur emploi dans les paiements. ^
Mais, dans les nations modernes, l'un au moins des métaux, ou argent, qui entrent dans un système monétaire est soumis a un régime différent ; celui de la frappe libre. Il y a frappe libre lorsque l'Etat reçoit tous les lingots (2) que les particuliers lui apportent, et leur restitue, sous forme
monnayées un poids de métal fin égal à celui qui tai a ete remis \è). '
L Etat, en acceptant dans ses ateliers monétaires tous les mgots qui lui sont présentés, donne, en réalité, la qualité de monnaie au métal admis à ce régime, tout comme s'il laissait
(1) On peut cependant laisser circuler les lingots, comme monnaie •
Ils ont alors pesés parles particuliers. La Chine est encore au rSê
fri? <^ertams pays, comme la France, on retient cependant les ais de frappe, sans toutefois compter le métal de l’aliiai-e. Dans autres pays, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis, la frappe du méU^"'^' gratuite, et par conséquent il y a restitution intégrée
LA MONNAIE
les lingots eux-mêmes circuler comme monnaie pesée. Le monnayage n’a, en ce cas, d'autre but que d'en rendre la circulation plus commode. Et le métal, dans son ensemble, étant transformable en numéraire ad libitum, on peut dire qu’il est virtuellement monnaie (1),
Il est évident aussi, dans ce cas, que la mention sur la pièce, d’une unité de compte traditionnelle (livre, florin, couronne, franc, etc.) ne constitue en rien une tarification de la monnaie. En effet, cette unité de compte étant elle-même définie, dans la législation monétaire, par un certain poids de métal fin, ou de métal à un titre déterminé, la mention d’une certaine somme en unités de compte est strictement synonyme de la mention du poids de ce métal contenu dans la pièce désignée. Et, tant que dure le régime de la frappe libre, coninie tout morceau du métal est convertible en un poids égal de monnaie, on peut même dire d’une façon plus générale encore, que cette mention n’est qu’une autre expression du poids de métal.
Ainsi, sous le régime de la frappe libre, l'Etat ne crée pas de la monnaie, il se borne à décider ou à reconnaître que tel métal circulera comme monnaie ; et l’opération de la frappe, en permettant d’attester le poids et le titre de chaque pièce, dispense simplement les particuliers de contrôler et de peser. L’Etat s’abstient ainsi, autant que possible, de toute ingérence en matière monétaire; et l’on a même longtemps pu croire qu’il n’exerçait, de celte façon, aucune influence sur le cours de la marchandise admise comme monnaie (2).
L’attribution de la frappe libre au métal, ou aux deux métaux qui constituent l’élément essentiel du système monétaire, est la caractéristique du régime moderne de la monnaie. Ce régime s’est généralisé au début du xix® siècle, après qu’une expérience plusieurs fois séculaire eut établi la vanité des efforts faits pour tarifer l’or et l’argent (3).
(1) Au point de vue de la libre introduction et delà libre circulation de la monnaie dans un pays, le régime de la frappe libre équivaut à celui de la monnaie pesée (lingots ou monnaies étrangères acceptées pour leur poids de métal fin).
(2) Sur cette idée, d’ailleurs inexacte, et ses conséquences, voir plus loin, notamment 3® section ch. ni § 2.
(3) Il a pourtant abouti, comme nous le verrons, à établir un rapport fixe entre la valeur de l’or et celle de l’argent pendant trois quarts de siècle.
part. II. CIRCULATION