CUAP. I. — LE PROBLÈME DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX
siècle, se trouvaient avoir, de ce fait, une créance supérieure au montant de leurs exportations annuelles de capitaux. Si bien que, la compensation une fois opérée, ils restaient en possession d’un solde créditeur, qui, comme nous le verrons au paragraphe suivant, compensait leurs dettes en marchandises et leur laissait généralement un reliquat en numéraire (1).
3® Population. — La population est infiniment moins mobile que les capitaux : elle est attachée au sol national par la langue et les habitudes, et, en général, elle n’émigre pas volontiers, si ce n’est dans des pays où elle retrouve des conditions d’existence analogues à celles de la mère-patrie. Aussi l’émigration a-t-elle eu longtemps des causes en partie extraéconomiques, — causes religieuses principalement — ; et, malgré la facilité croissante des moyens de communication, une population même rapidement croissante tend à rester sur le sol national.
Cependant, on peut distinguer deux catégories de mouvements internationaux de la population : premièrement, des migrations temporaires, et secondement des migrations suivies d’un établissement définitif à l’étranger. Les ouvriers de certains pays, attirés au loin par un salaire plus élevé, comme les capitaux le sont par le taux de l’intérêt, vont travailler à l’étranger pour une saison ou pour une année; c’est ainsi que des Belges ou des Espagnols viennent en France faire la moisson ou les vendanges, que des italiens vont faire la récolte jusque dans la République Argentine. D’autres émigrent — tels les b^ ançais des Basses-Alpes qui vont au Mexique — pour la durée de leur vie active, mais avec l’idée do se retirer dans leur pays.
Au contraire, il y a des émigrants qui abandonnent leur patrie sans esprit de retour ; tels sont, le plus souvent, les Anglais qui vont s’établir dans leurs colonies de peuplement (Canada, Australie, iNouvelle-Zélande, Colonie du Cap) ; les Irlandais, les Allemands, les Suédois, les habitants de l’Europe centrale et orientale qui se rendent aux Etats-Unis ; et, souvent aussi, les Portugais, Espagnols, Italiens et Français qui vont se fixer dans l’Amérique du Sud. Il y a là des courants d’émi-
lî-
(1) Pour plus de détails, sur la période d’avant-guerre, voir Fernand Faüke, Le mouvement international des capitaux (Revue écon. intern. oct. 1911). Sur les restrictions apportées depuis la guerre aux mouvements internationaux de capitaux, voir plus loin, § 5.
PAflT. II.
cincüUTio.N
que Icnlc-
„rfnH ^population jouenf, depuis longtemps, un
neufs. Mais aujourd hui, ils tendent aussi à intéresser des notions de formation ancienne, qui ne possèdent pas une population correspondant aux possibilités de leur développement économique. Ainsi déjà avant la guerre, la France, eTnZe
mmi" aSr’r"’ ® '•0'0''uiant de nombreux
imi rants fournis par des pays qui, au contraire, ne posséda ent pas des ressources suffisantes (Italie, Pologne, Es,îagne) pourenyetenir une population croissante. Fes différences ifans e taux de la natalité et Imégalilé des vides causés par la guerîe
ont sans doute développer encore ces mouvements migrafoire«
ciale. Les pays d émigration cherchent à la fois à protéger leurs travailleurs à l'étranger et à donner à leur émitLiof un caractère temporaire ; les pays d’immigration cherchent à protéger leurs travailleurs nationaux contre une concurrence létale tout en accueillant une main-d’œuvre désirable, mais enVitant des agglomérations trop denses d’éléments étrangers qui deviendraient massimilables. L’évolution de cette double poliique aura sans doute une grande influence sur le développement prochain de certaines nations (2).
^ i‘;„7 «le» échang., de marchandises et de capilani et
leu reglement. - L-idée dUn équilibre de la balance des "comptes
rnolmèrêr “■'““'«e"* ‘uferuationaux de valeurs
Les institutions propres au commerce extérieur et, surloul les procédés de règlement usités dans les échanges internationaux,
!i* '.“'■'.•■U''':''*''». L'émlgrallon mropéeme au sitele.
qu onrplVbrd h P" ■““^‘1* '"‘eruatienaur
qui ont pour but d harmoniser tes intérêts des pays d’émieralion ftf
d immigration, tels que la convention franco-polonaise du 3 sentem
(Vo^ rCcA:o‘7:r r-nco-italie!:! éaSolXLTm;.
jvoir B. NoGAno, Les recentes conventions d’émigration et d’immiaration
feZlnacT' oct. 1920) et La main d'œuvre étrangère
pendant la guerre {Revue dec. pol., oct. 1920). ^
CH.AP. I. LE PROBLÈME DES ÉCH.\>'GES lMER>'ATIO:qAI’X
suffisent à suggérer l’idée que ces échanges ont un mécanisme particulier, qui leur d mue un caractère dilîérent de ceux qui s’accomplissent à l’inlérieur d’un pays, làtant donné le rôle qu’}' joue la compensation, et la forme qu’elle y prend, on est amené à considérer les transactions internationales comme formant un tout distinct ; et l’idée s’est peu à peu fait jour, parmi les économistes, que les exportations payaient les importations, qu’il y avait là une sorte de troc entre marchandises de valeur égale, la monnaie constituant à peine un appoint très minine, et nécessairement limité, qui peut, pour ainsi dire, être négligé. Ainsi se sont constituées les théories de Véquilibre An commerce international.
La plus simple est celle de J. -13. Say, proposition détachée de sa « théorie des débouchés », dont la formule générale est la suivante: « les produits s’échangent con're les produits ï.
On peut les résumer ainsi :
l.es pays qui produisent des métaux précieu.x les ont tout d abord exportes comme de simples marchandises, et ceux qui n en produisent pas ont dù d abord les acquérir contre des marchandises ;si bien que, en réglant une part de leurs importations avec de la monnaie, c’est bien au fond, avec leurs produits qu ils les payent. Le commerce international se réduit donc à uti troc de marchandises contre marchandises. Telle est il
1 application delà théorie des débouchés au commerce internatioual. Mais elle ne résout le problème de l’équilibre du commerce international qu’en comptant la monnaie parmi les marchandises échangées ; or, ceux qui examinent ce problème se proposent généralement de rechercher si, le stock monétaire du pays une fois constitué, les échanges ont une tendance à se régler, sinon sans sorties de métaux précieux, du moins sans drainage prolongé du stock monétaire.
La théorie que l’on a coutume d’attribuer à IHcardo (1) résout la question de façon affirmative. Elle professe, en etfet, que les entrées et les sorties de métaux précieux — du moins pour les pays qui ne produisent pas ces métaux — sont limitées, et ont une tendance à se contrebalancer. Voici la démonstration :
Lorsqu une nation a un excédent d’importations, elle règle
(1)On la trouve cependant avant lui, notamment dans Hume. Voir A. ScHATz, L’œuvre économiquede David Hume, Ih. Paris, 1902, p. 141.
rw
ruai. U. — cincuLATioiN
la différence en numéraire; mais son stock monétaire se trouva mmué, et celui de l étranger accru d'autant ; la valeur de la
™a°s"enT « Pay*. autreraent dit les prix
baissent, tandis qu ,1 y a une tendance contraire cà l’étranger-
a ns. les exportations de la nation considérée se trouven; stimultes — puisqu elle peut vendre moins cher — et les importations entravées : un excédent d’exportation aura donc leu, qui fera rentrer les métaux précieux sortis. — Puis un
P""- ‘1» l’accroiasement du
ock monétaire dans le pays en question. Ainsi, les échanges
d une nal.ou avec l’extérieur tendeut, à travers d; perpé u”! s iTh e'rve"*’ T-' "" el. ünalemrnt.^omme
pour effet précisément que les choses se passent à peu nrès comme s. elle n’exislait pas. co.ume s’il y avait unTroo’^
tives dont quelques-unes sont assez incorrectes du point de ™ de la log,que(l). et assez difaclles à concilier'lvëc les
En réalité, les mouvements internationaux de numéraire indiquent qu un certain nombre de pays ont eu une balance d^s comptes créditrice pendant un très grand nombre d’années (t • d au res, au contraire, ont subi un drainage prolongé de leuis ock monétaire : tel est, ou a été, le cas de plusieurs rénë! iques américaines, et, en Europe même, de pays tels que
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principaux de la balance des comptes, transactions commer-
(1) Ainsi, même en admettant que les prixvanVnf
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igiioroiis de combien sera la’ lia ie dê."'’' f''- “»“»
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CHAP. I. LE PROBLÈME DES ÉCHAXGES I."<TERXAT10NAUX 287
ciales et transactions financières, on constate qu’ils se compensent dans une certaine mesure. Ainsi, les nations d’Europe qui ont atteint le plus grand développement économique (Angleterre, France, Allemagne), avaient, déjà avant la guerre, une balance commerciale débitrice, et cependant leurs importations d’or semblaient bien attester une balance des comptes créditrice dans son ensemble : résultat que l’on doit généralement attribuer au solde créditeur de leurs opérations financières.
En outre, on peut penser que le mécanisme même des réglements internationaux contribue à équilibrer la balance des comptes.
En effet, lorsque, par suite d’une balance des comptes longtemps déficitaire, la monnaie métallique, ou, en des termes plus modernes, la monnaie d’or a été exportée, le change, n’étant plus contenu dans les limites du goLl point, oscille dans de larges proportions, et s’élève considérablement au-dessus du pair: dès lors, les débiteurs de l’étranger et notamment les importateurs, subissent une perle appréciable pour payer leurs achats : ce qui invite à ralentir l'importation ; par contre, les créanciers de l’étranger, tireurs de lettres de change, les vendent avec un bénéfice appréciable, ce qui favorise la production en vue de l’exporlalion (1). Et, malgré
(1) Cette dernière proposition est moins certaine que la précédente. Eu efTet, même en adraeltaut que les exportateurs du pays à monnaie dépréciée « se couvrent » toujours en tirant sur leurs acheteurs étrangers des traites libellées en monnaie extérieure, il n’est pas certain qu’ils en retirent un bénéfice de change. Ainsi, par exemple, un fabricant français de porcelaines fait actuellement une vente à Londres et tire une traite de 1 .000 livres sterling. Il est bien exact que cette traite représente aujourd’hui environ 50.000 francs, alors qu’elle en aurait représenté 25.000 avant la guerre; mais peut-être que notre exportateur, en fixant à 1.000 livres sterling son prix de vente à l’acheteur anglais, a tenu compte par avance de son bénéfice de change : peutêtre n’aurait-il pas vendu le même lot moins de 50.000 francs à un acheteur français.
Ainsi, il peut arriver que, eu fixant son prix, l’exportateur laisse le bénéfice de change à l’acheteur étranger. En ce cas, il est vrai, cet avantage pourra attirer la clientèle étrangère et contribuera aussi à développer l’exportation.
Mais il y a une considération essentielle qui fait que le bénéfice de change peut ne pas suffire à développer l’exportation: c’est que, le plus souvent, la perte au change est accompagnée d’une hausse de prix à
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les répercussions diverses delà perte au clian-e, il semble
Tnîlaie dTpll^^ ^
.Mais tant que le numéraire exportable — pratiquement ujour hui 1 or — n’a pas e'té drainé, les oscillations du ange, contenues dans les étroites limites des gold points no
sulT'T nature à agir d’une façon ap^éciable
^ur les transactions commerciales. Le pair de la livre sierlin-
'r2'> fr! marchandises, représente, en principe,
de marchandises représenteront, en fait, 25.350 francs. Il ne semble pas qu une différence aussi minime (120 francs sur un clnlfre de plus de 25.000) suffise à faire décider ou arrêter ni îcme hâter ou différer la conclusion d’un marché, s’il s’a-it une operation commerciale ordinaire, c’est-à-dire d’un achat
bén^L -
Iribuer peut suffire, ou du moins con-
tribuer, à provoquer une opération spèculalive, telle qu’un
^ une émission
même, qui fait monter d’abord fe tîx
répercussion. les autres Dès lors f 1^ objets importés et, par
rieur est é^ale ou supérieure au bénéfice dT'cham>e au* ^ retirer l’exportateur ou son aciieteur étranger le Stimulant à tat.on disparaît et l’exportation peut méme"êt;e entravée G est précisément ce qui se passe en Allemagne à l’heure où nmi,
hausse des prix à l’intérieur le, nriraoP • f ' : vu la
rr;r
luttersur le marché international. ae
Cependant cette observation ne prouve nullement que la perte au change ne soit pas un facteur de rééquilibre dans le commerce fnterna t onal . elle prouve seulement que, pour que ce facteur a^isne il faut que la perte au change, ou, autrement dit. la prime des traites libellées en monnaies étrangères, soit plus forte que la hausse des prix intérieure • par conséquent, i faut tenir compte du niveau de ces prix e Ts di-
ZJI <1' =0"Ser à redresser !.
CIIAP. I. LE PROBLÈME DES ECHANGES INTERNATIONAlX 289
arbitrage sur marchandises, ou plutôt sur valeurs mobilières. En effet, les arbitrages internationaux sur valeurs mobilières sont des opérations basées sur le bénéfice résultant d’une //ès petite différence, multipliée par un très gros chiffre: car elles portent toujours sur un très grand nombre de titres. Une légère dilférence de cours sur deux bourses où est cotée une même valeur, par exemple à Londres et à Paris, — pourvu qu’elle ne soit pas absorbée ultérieurement par les frais divers de transfert, commissions, etc., — pourrait suffire à provoquer un arbitrage, c’est-à-dire l’acliat sur la place où le titre a la cote la moins élevée, accompagné de la vente sur la place où il est le plus cher. Mais, il faut ajouter que, avant d’effectuer son opération, l’arbitragisle doit évaluer très exactement à combien elle lui revient au moment où il la règle ; or, s il lait un achat à l’étranger, il dispose, pour payer, de monnaie du pays où il habite, alors qu’il doit payer en monnaie étrangère, et il faut donc qu’il sache exactement combien, il devra donner de sa propre monnaie ; si au contraire il vend à l’étranger, il lui faut calculer exactement la somme qu’il recevra finalement dans sa monnaie : en d’autres termes, il doit nécessairxment tenir compte du cours du change. Et comme l’opération est tout entière basée sur de très petites différences, on voit que les variations du change, môme limitées entre les gold points, peuvent tendre à neutraliser les dilférences de cours des valeurs, ou, au contraire, à les augmenter, de manière à décider de l’opportunité de l’arbitrage.
Ainsi, supposons que la cote des consolidés anglais à Londres corresimnde à un prix de 3 £ 15 sh. ; s’ils sont cotés à Paris au même moment 9t fr. 50, le cours de Paris ne sera inférieur que de 0 fr. 07, par titre, si on le calcule au pair des monnaies ; car, au pair de 25 fr. 221 par livre sterling, le cours de 3 £ 15 sh. correspond sensiblement à 9ifr. 57. Mais, à moins que le change entre Paris et Londres ne se trouve être précisément au pair — ce qui est un cas exceptionnel — cette différence de 0 fr. 07 peut être neutralisée, et au delà, ou au contraire notablement majorée pour l’arbitragiste, par suite de l’état du change. Si le change est à 2o fr. 15 par exemple, les tities achetés à Londres au prix de 3 £ 15 sh. reviendront à l’arbitragiste parisien chacun à 9i fr. 30 ; en tenant compte du change, c est donc à Londres et non à Paris que le prix Nogaro 19
part. II. — - CIRCULATION
d’achat est le moins élevé (abstraction faite des frais accessoires) br, au contraire, le cours est à 25 fr. 27, le titre acheté à Londres revient à 94 fr. 76, et la différence en faveur de
^aris est donc non pas seulement de 0 fr. 07, mais bien de uix-neuf centimes.
Cela posé, on comprend aisément comment le mécanisme même du change tend à équilibrer la balance des comptes • cest, en effet, quand la balance des comptes est débitrice que le cours du change, exprimé en monnaie nationale, s'élève et, par conséquent, que les valeurs achetées à iétranqer reviennent plus cher; on nest donc pas porté à en acheter^ mais plutôt a en vendre au dehors.
C est, au contraire, quand la balance des comptes est créditnce que le cours du change, exprimé en monnaie nationale baisse, et que, par conséquent, les valeurs achetées à l'étranqer reviennent moins cher, toutes choses égales d'ailleurs Le cours du change pousse donc, en ce cas, à acheter des titres à elranpr. En somme, le cours du change tend à restreindre les achats et même à provoquer des ventes de titres à l etranger quand le pays est déjà trop endetté vis-à-vis de L extérieur, et réciproquement. Ainsi, quoique l’influence du c ange sur les arbitrages internationaux ne puisse être exactement mesurée, il semble que l’on soit en droit d’y voir un facteur d’équflibre, du moins dans les échanges entre pay^ dont les marchés financiers sont en relations constantes.
^ politique commerciale ; libre*
échangé et protection. — La protection douanière. — Les restriclions au mouvement des capitaux.
En matière de commerce extérieur, les conceptions doctrinales sont dans un rapport étroit avec les faits, d’abord parce que le problème des échanges avec l’extérieur a, depuis l’oripne des nations modernes, vivement préoccupé le public et les gouvernements, et ensuite parce que chaque gouvernement dispose en cette matière de notables moyens de contrôle et (1 action. Les impôts douaniers — et même les prohibilons— (I) lui permettent de restreindre l’entrée, ou même le
(1) Voir au chapitre suivant.