CHAPITRE PRÉLIMINAIRE. PROBLÈME DE LA REPARTITION
revenu se trouvera accru ou diminué. Les revenus résultant d’échanges juridiquement libres, il y a lieu, pour savoir comment ils se forment, de rechercher quelles sont les conditions générales qui déterminent le taux des échanges, c’est-à-dire la valeur d'échange des marchandises ou des services, — ou, en termes un peu plus concrets, leurs prix. C’est ce que nous avons exposé, dans la me.'-ure strictement nécessaire pour expliquer l’adaptation spontanée de la production aux besoins : nous aurons à y revenir pour expliquer comment le mécanisme de la formation des prix détermine les revenus.
§ 4. — La propriété privée et la distribution des revenus.
En ne considérant d’abord que des entrejirises individuelles, on [>eut passer très lapidement de l’élude du prix des marchandises et dt s services à celle des revenus. Voici, en ellet, un producteur travaillant seul, ou en famille, par exe+nple un menuisier qui veiul des tables, un cultivateur qui vend du blé, un professeur de musique qui donne des leçons au cachet : une fois le prix connu, il nous suftit de savoir combien le premier a livré de tables, le second de sacs de blé, et combien le troisième a donné de leçons, pendant un laps de temps déterminé, pour connaître le revenu de chacun d’eux pendant cette période.
Toutefois, même dans ce cas très simple, les principes et les circonstances qui régissent les échanges ne donnent pas l’explication intégrale des conditions dans lesquelles s’opère la répartition. En effet, nous avons vu plus haut que l’entreprise privée repose sur la propriété privée : la disposition de richesses antérieurement acquises, disons ici de capitaux, est presque toujours nécessaire au chef d’entreprise. Ainsi, môme notre professeur de musique a besoin, pour exercer lucrativement son art, d’un certain capital, qui comprend non seulement ses instruments et ses frais d’étude, mais tout ce qui, dans son habitation ou même dans son vêtement, est moins destiné à satisfaire à ses besoins qu’à plaire à sa clientèle. Or^ les produits de l’entreprise ou les services qu’elle peut fournir, et le nombre, sinon le taux même, des échanges qu’elle effectue sur le marché, sont souvent en rapport avec le capital dont elle dispose. Notre menuisier vend moins de tables que son
voisin, qui a plus de bois ou plus d’oulils ; noire cultivateur vend moins de bl^ que son voisin qui possède un champ plus grand ; notre maître de musique lui-même donne moins de leçons, ou se les fait payer moins cher qu’un concurrent, même moins bien doué, qui dispose d’un meilleur instrument, qui a pu étudier plus longtemps, qui a un loyer moins modeste ou des vêtements moins râpés.
En d’autres termes, le rendement de l’entreprise dépend souvent des capitaux dont elle dispose. Or, même dans l’hypothèse où l’on n’envisage que des entreprises individuelles y comme les capitaux dont dispose chacune d'ellessont inégaux, en raison même de l inégale distribution de la propriété parmi les individus, il convient, pour expliquer la répartition qui s’opère entre les ditTérentes entreprises, de prendre en considération non seulement les principes et les circonstances qui ont régi les échanges de chacune d’elles, mais aussi la distribuiion antérieure de la propriété privée.
Pour rendre compte des phénomènes les plus généraux de la Répartition, il faut donc envisager non seulement les principes de la valeur d’échange, mais aussi la distribution de la propriété privée (1).
§5. Les diverses catégories de revenus d’après le rôle des indivi-
dus dans la production : — 1° revenu de l’entrepreneur, — 2° revenu du capitaliste prêteur, — 3“ revenu du salarié.
Nous n’avons jusqu’ici envisagé qu'un aspect très simple du problème ; nous n’avons considéré que des entreprises individuelles ; et, dans ce cas, le revenu des individus se confond pour ainsi dire avec celui des entreprises : notre menuisier gagne exactement ce que lui rapporte son atelier.
Mais nous avons vu dès les premiers chapitres de cet ou- YPage — et la moindre expérience de la vie suftirait d’ailleurs à nous l’apprendre — que, si notre organisation économique repose principalement sur l’entreprise privée, cette entreprise privée est souvent collective. Dans le cas où elle ne comporte que des co-entrepreneurs, ayant une participation de même
(1) Sur les notions statistiques relatives à la distribution de la propriété, voir plus loin, 3® section, cli. i.