‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 23 sur 42 · partie éclairée des populations · texte numérisé non relu

partie éclairée des populations

La misère est la conséquence inévitable et le châtiment

nécessaire de cette imprévoyance et de ces vices ; vouloir soustraire l’homme à ce châtiment providentiel lorsqu’il l’a mente, c’est agir contre les intentions de la Providence elle-même, qui ne nous châtie de nos fautes que pour nous ramener au bien. Soustraire les hommes à ce châtiment lorsqu’ils l’ont mente, c’est leur ôter la conscience du mal qu’ils font, et de la responsabilité qu’ils supportent. Aussi est-ce un fait que l’observation a confirmé, et quelle confirme chaque jour davantage, que la charité excessive et peu éclairée, surtout celle qui s’exerce d une manière régulière et sur laquelle le pauvre peut compter d’avance, accroît la misère au lieu d’y remédier, en ôtant à ceux qu’elle secourt toute prévoyance et tout ressort moral.

Lorsque l’exercice de la charité est conhé à l’Etat, il en résulte une aggravation du mal que nous venons de sigualei. Cette charité consiste à donner des moyens d’existence à ceux qui n’ônt pas pu ou qui n’ont pas voulu en acquérir par leur labeur, et à donner des instruments du travail a ceux qui ii ont pas pu ou pas voulu en acquérir ou les conserver, et qui, probablement, ne les conserveront pas mieux et ii’cn feront pas meilleur usage quand ils les auront acquis sans efforts.

Tandis que pour pouvoir donner ces secours a ceux qui en ont besoin, l’État doit les ôter à ceux qui les ont acquis légitime-

ment par leur labeur, et qui connaissant tout le prix de ce capital par la peine qu’il leur en a coûte pour l’acquérir, sauraient l’accroître et le conserver. Non seulement donc, la charité légale détruit des capitaux qu’elle devrait accroître, mais elle décourage la formation d’épargnes nouvelles, en privant de leur jouissance ceux qui les auraient formées.

Cette prétendue charité s’éloigne donc doublement du but qu’elle se propose d’atteindre, qui est de remédier à l’excès de population, puisqu’elle tend à diminuer le capital au lieu de l’accroître.

Ija charité, judicieusement exercée, n’est donc qu’un palliatif temporaire, et non un remède réel à l’excès de population ; la cliarité mal dirigée ou poussée à l’excès rend permanent un mal qui, sans elle, eût pu u’être que temporaire ; la charité légale offre le même inconvénient à un plus haut degré et y joint celui de décourager l’épargne et d’aecélérer la destruction du capital formé.

Les seuls moyens de prévenir l’excès de la population, et d’empêcher l’action répressive de la nature de se manifester par la misère et la mort, sont donc d’une part, tout ce qui peut favoriser la formation et le meilleur emploi du capital, et d’autre part tout ce qui peut développer chez l’homme la prévoyance, l’empire sur ses passions et le sentiment de la responsabilité.

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