‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 37 sur 42 · DU SOCIALISME · texte numérisé non relu

DU SOCIALISME

ïeiulances conmiunes à toutes les sectes socialistes de vouloir régénérer la société en substituant au principe de la liberté et du droit de propriété diverses formules incompatibles avec ces droits. — Théorie de la gral uilé du crédit. Sa réfutation. Absurdité de raccusalion portt*e contre le capital de tyranniser le travailleur. — Prétendus droits naturels opposés au droit de propriété. — Examen et réfutation des théories du droit à Fassistauce et du droit au travail. — Similitude entre les systèmes socialistes et le communisme. — Le droit à Fassistauce et le droit au travail ont pris leur origine dans le système restrictif du travail, au système du droit au prolit, et dans les entraves apportées à la liberté du droit de travailler. —Exposé du système du droit au profit dit Système protecteur du travail national. — Conséquence morale du système restrictif. — Conclusion.

A l’époque où nous sommes, ce serait perdre du temps que de le consacrer à la description minutieuse et à la réfutation complète des théories écloses dans le cerveau de quelques prétendus réformateurs modernes, qui, trouvant que la providence n’a pas mis dans l’organisation des relations de l’homme avec ses semblables, la même harmonie que celle qui existe dans les lois du monde physique, ont eu la prétention de refaire et de perfectionner son œuvre. L’histoire et la critique de ces étranges théories a été faite, et nous n’y reviendrons plus (1).

Il existe encore des disciples de Saint-Simon, mais, arrivés à l'âge mur, ils ont répudié les illusions et les utopies de leur jeunesse, ils ont délaissé la théorie des « Couples « etlahiérar-

(li Le leclour qui désire connaître ces détails peut consulter les Eludes su ries rêformuleurs anciens et modernes de M. Louis Keybaud; VHisloirc coynmwnmne par M. Alfred Sudre; le Socialisme dans EanliquHé^i^^ le Sockdisme et ses promesses par Af. Thonissen.

chie théocratique ; et s’ils ont conservé la célèbre formule « De chacun selon ses capacités, à chacun scion ses œuvres, « c’est de la liberté, de la concurrence, et non de la contrainte qu’ils eu attendent la réalisation.

La théorie fouriériste de l’attraction passionnelle et du travail attrayant compte encore de nombreux adeptes, mais aucun, croyons-nons, n’est plus disposé à admettre que la réalisation universelle des idées du maître transformera notre pauvre globe Il encroûté de philosophie « de telle manière que la mer prendra un goût de limonade, qu’il naîtra des anti-baleines, des antilions, etc.

Le circulus de M. Pierre Leroux, et le crédit gratuit de M. Proudhon et bien d’autres idées semblables, neuves ou empruntées aux anciens, attendront peut-être pendant des siècles encore , que quelque nouveau prophète les acclame , ou que quelqu’autre novateur les présente comme les fruits de son génie.

Aujourd’hui, la plupart des prétendus rénovateurs de la société sont morts ou exilés , leurs disciples sont découragés et dispersés, quelques-unes de leurs théories sont tombées sous le ridicule après avoir été exaltées bien haut par un enthousiasme irréfléchi; mais du fond de toutes les idées soulevées par les diverses écoles socialistes, ont surgi quelques doctrines, qui, quoique peu nettes ont cependant pénétré beaucoup d’esprits, même parmi les plus éclairés, et ont causé une inimitié sourde, non contre les imperfections de notre état social actuel, mais contre son principe même.

C’est principalement de l’école fouriériste que sont sorties ces théories si répandues aujourd’hui, du « Droit au travail, » du Il Droit à V assistance, « de « Y Illégitimité de la propriété foncière, « de la « tgratmie du capital, « etc.

Ces idées étant encore très accréditées aujourd’hui parmi bon nombre de personnes appartenant à. toutes les classes de la société, et surtout à la classe ouvrière, chez laquelle elles excitent

un sourd mécontentement contre l’organisation actuelle delà société, nous croyons nécessaire de les réfuter.

Empêcher la tyrannie du capital par des mesures restrictives delà liberté de Toffre, faire tomber Tintérét à zéro par des eombinaisons de crédit, voilà ce que veulent certains socialistes, entr autres M. Proudhon. Nous avons démontré au chajntre XX que le loyer du capital, qui fait partie de l’intérêt, est la rémunération d un service rendu par le prêteur à l’emprunteur, celui-ci acquérant par là la disposition djuii instrument sans lequel son travail ne produirait rien.

Or, dans la société, chaque service donne droit à un autre service rendu eu retour ; pourquoi le service rendu par le prêt du capital ferait-il seul exception ?

Le loyer du capital prêté est donc légitime : de plus, il est necessaire, car qui consentirait à s’imposer le labeur et la privalion indispensable à la formation d’un capital s’il était obligé de s’en dessaisir au profit d’un autre, en ne conservant qu’une propriété illusoire à laquelle aucune jouissance ne serait attachée ? Sans le stimulant de l’intérêt on ne créerait point de capitaux et on ne les prêterait pas, et certainement, la condition du travailleur qui ne trouve de capital à emprunter à aucun prix est pire que celle du travailleur qui peut emprunter, même à un intérêt élevé.

On objecte a cela qu’à l’aide de certaines combinaisons de banques et de crédit mutuel, on peut multiplier les capitaux et même y substituer des signes représentatifs, de telle sorte que l’intérêt soit réduit à zéro ou à une simple commission de banque destinée à couvrir les frais de cette institution de crédit.

Cette objection est fondée sur une fausse entente des fonctions du crédit ; celui-ci sert, d’une part à diminuer la quantité de numéraire dont une nation a besoin pour eflcctuer scs échanges, ce qui permet de convertir l’excédant en capital, et d’autre part le crédit facilite la circulation des capitaux, ou fait

utiliser les épargnés et les tonds momentanément inactifs. Par ces deux modes d’action le crédit augmente rotlre des capitaux et tend a faire baisser le taux de Tintérêt, mais cette action a des limites assez restreintes, et il faudrait qu’elle fût absolument sans limites pour pouvoir faire tomber à zéro le loyer du capital ; et encore cette circonstance laisserait- elle intactes les causes qui agissent sur la prime d’assurance, autre élément de l’intérêt, que certaines combinaisons peuvent réduire aussi, mais non jusqu’à zéro.

La tyrannie du capital envers le travail ne pourrait avoir lieu que si le capitaliste parvenait, par l’emploi de la contrainte, ou de la ruse, à obtenir du travailleur, en échange du service qu’il lui rend en lui prêtant son capital, plus que ce service ne vaut, c est a dire la totalité du produit due à la coopération du capital

dans la production, pins une partie de la part du travail luimeme.

C’est ce qui ne peut arriver, tant que les relations d’offre et de demande entre le capital et le travail demeurent libres, car alors le travailleur retirera sa demande et agira comme si le capital n existait pas ; en d’autres termes, il se passera de son concours, dès que celui-ci lui deviendra onéreux. Or, un capital qui cesse d’exister pour le travailleur dès que ses prétentions dépassent la limite de son utilité peut-il le tyranniser?

Cette accusation de tyrannie portée contre le capital est donc absurde.

Selon les socialistes l’appropriation individuelle du sol est mie spoliation du droit de tous. Dans l’origine de la société, disent-ils, les liomines vécurent sur la terre indivise, ayant chacun un droit égal à ses produits spontanés; l’appropriation a ravi ce dioit au plus grand nombre pour en faire le privilège de quelques-uns, c est là une usurpation, et les propriétaires doivent opérer la restitution du fonds commun ou dédommager ceux qu’ils ont dépouillés de leur droit.

du sol eu Europe, qui serait la cause du prolétariat ou de la misère à laquelle serait vouée fatalement la classe des travailleurs, privée de ce que les socialistes appellent // ses droits naturels, w

Comme on le voit, raccusation lancée contre la propriété est gi'ave, et il importe de justifier celle-ci de la manière la plus complète a peine de laisser dans la société un germe permanent de discorde. Quoique nous ayons démontré dans le chapitre IX la légitimité de 1 appropriation du sol, sa nécessité pour le bienêtre de la société et son utilité pour ceux-là mêmes qui ne possèdent pas la moindre parcelle de terre ; quoique nous ayons démontre au chapitre XXI que la rente de la terre n’est que la juste rémunération d’un travail dangereux, difficile et chanceux dans ses résultats , nous croyons utile de prouver encore que 1 appropriation du sol ne lèse pas les non -propriétaires et ne prive personne de ses droits légitimes.

Pour cela, supposons une peuplade de sauvages composée de cent familles et vivant de chasse, de pêche et de la cueillette des fruits spontanés du sol, sur un territoire de cent lieues carrées d étendue , reconnue nécessaire à son existence , et que la peuplade considère comme sa propriété collective, et défend avec énergie contre toute agression des peuplades voisines. Supposons encore, qu’un sauvage de cette tribu, ayant profondément réfléchi aux avantages que lui procurerait la culture régulière du sol, fasse à ses compagnons la proposition suivante : w J ai résolu d’abandonner la chasse et la pêche pour me livrer exclusivement à la culture de la terre, avec l’aide de ma famille; j)Our cela j’ai besoin d’avoir un champ qui m’appartienne eu propre, et que je puisse enclore afin de le préserver de toute déprédation, Notre territoire coimmiu étant de cent lieues

carrées, s il était divise entre nous, chaque famille posséderait une lieue carrée; je vous propose de m’accorder la propriété exclusive de la dixième partie de celte étendue, que je juge suffisante pour produire ce dont ma famille et moi nous avons

besoin poui- vivre, et, eu compensatiou je vous abaudouue ma part de notre droit collectif surtout le reste du territoire, et je renonce désormais à y aller chasser, pêcher ou recueillir les fruits

spontanés du sol. » . . , ,

Y a-t-il dans cette proposition rien qui puisse léser les droits

ou les intérêts de la peuplade ? Son territoire de chasse s’est accru, puisque 99 familles jouissent d’un territoire de 99,9 lieues carrées; personne n’a donc été lésé. De plus, la culture d’une partie du sol en ayant fait utiliser incomparablement mieux la force productive naturelle, chaque fois que les chasseurs de la tribu échangent leur gibier contre les denrées agricoles de leur frère le cultivateur, ils reçoivent à travail égal, une plus grande somme d’utilités gratuites qu’ils n’en eussent pu obtenir^ si tous fussent demeures chasseurs, et que la terre n eût point été

cultivée.

Le temps et l’expérience aidant, la peuplade constate que le travail agricole donne des résultats plus avantageux et plus certains que la chasse et la pêche ; peu à peu le sol se défriche, et quand tout le territoire est cultivé, il nourrit aisément une population décuple de celle qui y vivait primitivement des seules industries extractives, ce qui prouve encore que nulle lésion des droits naturels n’a entravé le développement de la production et du bien-être. Quand tout le territoire est cultivé, la population augmentant encore, les nouveaux venus ne peuvent plus prétendre à leur part du sol ; mais une population devenue plus nombreuse, plus éclairée et plus riche a d autres besoins que ceux qui peuvent etre satisfaits par les produits bruts de la terre. Les non-cultivateurs trouvent donc à s’occuper de travaux manufacturiers et quand ils échangent les produits de ces travaux contre les denrées agricoles, ils retirent de cet échange le même avantage qu’en retiraient jadis les chasseurs quand ils échangeaient leur gibier contre les j)roduits du sol cultivé , c’est à dire une somme d’utilités gratuites plus grande que celle qu’ils eussent obtenu de leur travail direct, la coopération de la

nature, plus complètement utilisée, leur étant donnée, par surcroît, dans cet échange.

Si plus tard la population, s’accroissant encore, atteignait une proportion telle que cette utilité gratuite provenant de l’exploitation des facultés productives du sol, jointe à l’utilité onéreuse résultant de sou travail, ne fût plus sufBsante pour satisfaire tous ses besoins, il en résulterait certainement de la misère; mais celle-ci n eût-elle pas existé, ou eût-elle été moindre, si les habitants du pays, par la non- appropriation du sol, étaient demeurés tous en possession de leurs droits naturels, de chasse, de pêche et de cueillette de fruits spontanés? Il est permis d’assurer le contraire. On peut donc encore conclure de ce qui précède comme de ce que nous avons exposé dans les chapitres IX et XXII que l’appropriation individuelle du sol, loin d’être une spoliation des droits de la communauté, est une chose légitimé et profitable à tous, puisqu’elle ne lèse aucun droit antérieur, et qu’elle met à la disposition de la communauté une somme d’utilité gratuite bien plus considérable que tout ce que l’on aurait pu obtenir sans elle.

La fausseté du principe du droit à l’existence et du droit à l’assistance, peut être démontrée par le même raisonnement. Les socialistes en effet, fondent ces prétendus droits sur ce que dans l’état de sauvagerie, l’existence de l’homme est toujours assurée par son travail, grâce aux quatre droits naturels de chasse, de pêche, de cueillette et de pâture dont il jouît, que ces droits ayant été supprimés, dans la vie civilisée, par l’appropriation individuelle du sol, la société doit dédommager les nonpropriétaires des quatre droits naturels dont ils ont été dépouillés, en leur garantissant un minimum de moyen d’existence égal à celui qu’ils pouvaient se procurer dans la sauvagerie.

Remarquons encore ici, que la société, en substituant librement et volontairement le droit de propriété privée du sol au droit d’exploitation en commun de ses produits spontanés, a fait un acte avantageux à tout le monde et qu’elle n’a aucune

restitution à faire, aucun dédommagement à donner. Elle a stipulé pour la génération présente, et cette stipulation a permis à une population incomparablement plus nombreuse que dans l’état de sauvagerie, de vivre des produits du sol.

Cet état permet en effet à la population d’un territoire, de vivre des produits spontanés de la terre, à charge par elle de les recueillir, mais c’est à la condition expresse que cette population demeure toujours très clair-semée, ne dépassant pas par exemple un habitant par lieue earrée dans les circonstances les plus favorables, et qu’elle se eontente de la satisfaction assez précaire des besoins les plus grossiers ; or dans les sociétés civilisées, sans qu’il y ait besoin à cet égard d’aucune loi, d’aucune prescription de l’autorité, la charité privée seule fait bien plus que de pourvoir au strict nécessaire pour faire vivre, un misérable par lieue carrée. En admettant donc même que ce fût là une obligation sociale, résultant de l’usurpation des droits naturels du prolétaire, selon la pompeuse expression des socialistes, cette obligation se trouverait plus que remplie et les prolétaires n’auraient rien à réclamer.

La loi de la société d’ailleurs, inexorable si l’on veut, quoique susceptible d’être tempérée par la charité , mais juste avant tout, est : » service pour service « et nul n’a le droit de lui demander des moyens d’existence, s’il ne peut donner l’équivalent en retour ; car il ne peut exiger plus, sans qu’un autre reçoive moins, et alors l’équilibre est rompu, et la justice est lésée d’un autre côté.

Nous disons plus, la société voulût-elle, par esprit de charité ou pour obéir à un semblant de justice, garantir des moyens d’existence à tous ses membres, qu’elle n’y pai-viendrait pas.

Le prétendu droit à l’existence qui implique, pour la société, l’obligation de garantir le nécessaire à tous ses membres, est la base de tous les systèmes communistes et socialistes, et c’est en proclamant bien haut ce principe, que les auteurs du système ont gagné les sympathies de tant de personnes qui n’ont pas

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réfléchi à l’impossibilité radicale de sa mise en pratique, et surtout de la classe ouvrière, exposée, plus que les autres, au l)esoin d’avoir recours au droit à l’assistance.

C’est parce que les économistes ont toujours nié l’existence de ce droit prétendu,c’est parce que la théorie de la population de Malthus démontre l’impossibilité de sa mise en pratique, que les socialistes se sont livrés à tant de déclamations et ont proféré tant d’injures contre l’Économie politique et contre Malthus et son Principe de population. Selon eux, les économistes sont des gens sans cœur et sans entrailles, puisqu’ils ont constaté la loi physiologique d’après laquelle la population tend à dépasser ses moyens d’existence, si la volonté de l’homme ne vient pas mettre obstacle à cet accroissement. C’est comme si l’on accusait les médecins d’inhumanité parce qu’ils ont constaté la loi physiologique d’après laquelle l’intempérance, la gourmandise et l’ivrognerie causent des maladies et tendent à abréger la vie des hommes.

En admettant que les systèmes d’organisation du travail d’où la concurrence serait bannie, tels que le travail attrayant et par courtes séances des séries passionnelles inventé par Fourier, le système de la bienveillance universelle imaginé ou retrouvé par M. Owen, et celui des ateliers nationaux recommandé par M. Louis Blanc, en admettant, disons-nous, que ces systèmes aient quelque valeur ailleurs que dans l’imagination de leurs auteurs, et qu’ils présentent des avantages tels que la production des utilités en soit décuplée, et même centuplée, cet énorme accroissement des résultats du travail ne suffirait pas à compenser l’influence pernicieuse et délétère que la reconnaissance du droit à l’assistance exercerait sur l’humanité. Quel amour du travail, quel zèle, quels efforts intellectuels et moraux, surtout, peut-on attendre de celui qui a la certitude que nulle paresse, nulle incurie, nulle imprévoyance n’aura jamais pour résultat le besoin, le danger de voir sa famille périr de faim et de misère ? Quel empire sur scs passions, quelle continence , quelle réserve

prudente et morale peut-on imposer à des gens, délivrés d’avance, par l’action sociale, des embarras de la famille, des soucis de la pauvreté ?

La concurrence est un principe tellement vivace dans l’humanité, que rien ne peut la détruire, pas même le socialisme qui a cette prétention ; si les hommes s’associent librement pour l’anéantir, les diverses associations se feront une concurrence plus active peut-être que celle qui aurait eu lieu entre les indi ■ vidus; si l’association est universelle, et dès lors elle êesse d’être libre, les hommes perdent la responsabilité de leurs actes ou leur liberté, et aussitôt la concurrence reprend en sens inverse de son action ordinaire; ce sera à qui travaillera le moins et à qui consommera le plus, la famille aidant à la consommation.

Or ce genre de concurrence est rapidement destructif des moyens d’existence ; quelque bien organisée que puisse être la

production, et elle l’est toujours mal là où l’homme cesse d’être intéressé à faire des efforts.

Le travail diminue et cesse d’être fructueux là où un surcroît de jouissance ne vient pas compenser un surcroît d’efforts ; la consommation augmente d’une manière prodigieuse, tarit les sources du capital et détruit celui qui existe là où il n’y a nulle prévoyance, nul souci du lendemain, nulle responsabilité individuelle. Toutes les expérimentations dès systèmes communistes ou socialistes, phalanstères, ateliers nationaux et autres, ont abouti à une ruine complète ou partielle par les inévitables effets de cette concurrence inverse.

lout système social, sous quelque dénomination qu’on le pré- ^ sente, contient le communisme, au moins en germe, dès qu’il admet le droit à l’assistance, car ce droit n’est autre que le droit à la jouissance de la propriété d’autrui, c’est à dire la négation même de tout droit de propriété. Vouloir concilier ces deux droits est chose impossible ; vouloir faire la part à chacun ne l’est pas moins, l’un doit fatalement absorber l’autre.

Il ny a donc que deux systèmes rationnels d’organisation sociale : le système de la liberté et du droit individuel de propriété, et le communisme.

Tous les systèmes intermédiaires sont irr.ationnels et faux, et tendent inévitablement vers le communisme. Le socialisme et le système de l’intervention de TËtat dans les affaires d’intérêt privé ne sont que du communisme déguisé.

Les socialistes ne sont ni les seuls ni les premiers qui aient proclamé le prétendu droit à l’assistance : la reine Élisabeth d’Angleterre, dans son statut qui institue la taxe des pauvres, et qui date de 1602, reconnaît aussi ce droit, et le met partiellement en pratique en chargeant les paroisses de l’entretien de leurs pauvres.

Le statut de 1602 ordonne que les pauvres ne recevront que le strict nécessaire pour vivre, ou le supplément de ressources nécessaires pour cela, si leur travail ne suffit pas ; il dit bien aussi que les indigents valides achèteront les secours par un rude labeur accompli dans une maison de travail (workhouse) assez semblable à une prison; mais le droit à l’assistance ainsi limité II en était pas moins reconnu en principe, et ne devait pas moins amener ses terribles conséquences : l’accroissement excessif du nombre des secourus, l’insuffisance, chaque jour croissante des ressources consacrées au soulagement de la misère, la dégradation morale, intellectuelle et physique de la classe des secourus, enfin, la misère passée à cet état endémique et presque incurable, auquel on a donné le nom de paupérisme. Le mal fut ap-avé par la négligence avec laquelle les prescriptions de la loi des pauvres reçurent exécution; les secours furent distribués avec partialité et sans discernement ni économie ; les maisons de travail étant devenues insuffisantes, le capital manquant pour alimenter le travail, et celui-ci faisant d’ailleurs une concurrence nuisible et peu loyale aux artisans libres, ce travail cessa d être la condition indispensable pour accorder des secours aux pauvres valides.

Ou a attribué à l’incomplète exécution de la loi des pauvres et aux nombreux abus auxquels elle a donné lieu, l’état croissant du malaise des classes nécessiteuses en Angleterre; mais c’est au principe même de cette loi qu’il faut l’attribuer , car la réforme de 1834 n’y a remédié que très imparfaitement, et le nombre des pauvres, et le montant de la taxe continuent de croître malgré le prodigieux développement de la production qui a eu lieu en Angleterre depuis cette époque, et malgré une répartition plus équitable des taxes payées naguère presque exclusivement par les classes les moins aisées.

Dans notre pays, et dans une grande partie de l’Europe continentale, l’existence des bureaux de bienfaisance, de dépôts de mendicité et d’autres établissements de charité, entretenus par les produits de certaines taxes locales , provinciales ou générales, constitue aussi la reconnaisssance implicite du droit à l’assistance, et ce principe, quoique appbqué d’une manière moins générale et moins étendue qu’en Angleterre, produit cependant des effets analogues, mais proportionnés à l’intensité avec laquelle agit la cause.

Le « Droit au travail « si souvent invoqué par les socialistes, n’est pas mieux fondé en justice que le droit à l’existence qui a la même origine et produit les mêmes effets. Le droit au travail est un principe essentiellement communiste, qui ne peut coexister avec le droit de propriété.

M. Proudbon disait en 1848 , à l’assemblée constituante de la deuxième république française : « Donnez-nous le droit au travail , et nous vous abandonnons le droit de proju'iété. »

Le droit au travail implique de la part de la société l’obligation de fournir des moyens d’existence à tout individu qui lui offre son travail.

On peut opposer à cette prétention la même raison qu’au droit à l’existence : service pour service. Là où la société ne demande pas de travail, parce qu’elle n’en a pas besoin, et ne

j)eut l’utiliser, le travail offert n’a aucune valeur, et celui qui l’offre ne peut rien exiger eu retour.

L’avantage de la société consiste en ce que celui qui offre scs services dans le milieu social a la chance d’obtenir en retour, outre les résultats d’un travail équivalent, une somme de plus en plus considérable d’utilité gratuite, à mesure que cette société accomplit des progrès; mais cet avantage ne peut s’étendre au delà de cette limite sans occasionner un dommage équivalent à la société.

On a vu au chapitre II, que l’homme dénué d’instruments ou de capital, et dont l’intelligence n’a pas été développée par l’éducation, ne peut parvenir à satisfaire ses besoins et doit fatalement périr de misère s’il est isolé ; la coopération de la société n’empire pas cet état de choses, mais l’homme dont le travail ne suffit pas à pourvoir à ses besoins, a-t-il le droit d’exiger que la société lui accorde constamment en retour de ce travail insuffisant une valeur plus grande et sufffsante pour son existence? Il est évident que ce principe étant admis, ce serait en même temps celui de la non-responsabilité de l’individu, et nul, désormais, ne serait obligé de développer son intelligence ou de faire usage de toutes ses facultés pour se procurer un capital ou des instruments de travail, puisqu’il pourrait toujours obliger la société à suppléer au manque de l’un et de l’autre. Quel stimulant plus actif pourrait-on imaginer pour la paresse, l’imprévoyance, l’ignorance et la prodigalité? Quel obstacle plus efficace à l’activité de l’esprit d’épargne que le droit au travail? Ce droit est celui de l’homme qui n’a pas travaillé au fruit du labeur de sou semblable actif et intelligent , c’est en un mot le droit au bien d’autrui , la négation la plus absolue du droit de propriété, le communisme pur. Combien de temps, en effet, la propriété subsisterait-elle en présence d’une loi qui dépouillerait le diligent au profit du paresseux, qui arracherait le capital des mains de celui qui a su l’accumuler, le conserver et le faire fruc-

tifier, pour le confier à celui qui n’a pas su l’acquérir ou qui l’a dissipé?

Le prétendu droit au travail n’est donc ni légitime en principe ni applicable en fait. Il ne peut se soutenir que devant ceux qui admettent que l’impôt et l’emprunt ne coûtent rien à une nation, et que l’État peut puiser indéfiniment dans les poches des contribuables, sans jamais les vider. Nous avons déjà démontré l’absurdité de ces préjugés dans les chapitres XXIV et XXV.

Les socialistes en proclamant le principe du droit au travail, en portant ainsi une atteinte mortelle à la propriété acquise , n ont rien innove, ils n ont fait que se rendre les organes d’une réaction populaire contre l’abus contraire , contre la spoliation du travail. Il est ordinaire, en efiiet, que quand luie classe d’hommes, longtemps opprimée, parvient à s’affranchir, elle aspire moins à la liberté qu’à la faculté d’opprimer à son tour.

Sous les anciens rois de 1 rance, sous Henri III particulièrement, le droit de travailler était une des prérogatives royales ; nul ne pouvait se Livrer à une industrie quelconque , sans en avoir obtenu l’autorisation et sans avoir payé cette autorisation. Les maîtrises, les jurandes, les corporations témoignaient de ce vasselagedu travail, qui ne fut affranchi qu’en 1789 , et qui fut soumis depuis lors , à de nouvelles restrictions moins complètes, et moins étendues, à la vérité, mais agissant tantôt directement sur le travail, tantôt et plus souvent, sur la libre disposition de ses produits, en constituant dans l’un comme

dans l’autre cas, une atteinte à la propriété en voie de réalisation.

Quoi d’étonnant dès lors à ce que les travailleurs se soient dit : H Quand viendra notre tour d’être les maîtres, nous nous vengerons , sur la propriété réalisée , des atteintes si longtemps

portées an travail, qui est la propriété à réaliser, notre seule propriété à nous. «

Le socialisme révolutionnaire et plus ou moins franchement

subversif de la propriété individuelle et de la famille, prend donc sa source dans un autre genre de socialisme, en réalité moins apparent , mais non moins dangereux dans ses conséquences extrêmes, qui consiste à vouloir maintenir et accroître la propriété réalisée aux dépens du travail, en invoquant poiu: y parvenir l’appui de l’Etat et des lois , et en se fondant sur une série de préjugés anti-économiques et anti-sociaux qu’il est d’autant plus nécessaire de combattre , qu’ils dominent encore presque universellement dans les sociétés même les plus civilisées, et que l’on trouve encore de nos jours peu de personnes éclairées qui en soient entièrement exemptes. Ce genre de socialisme pourrait être défini en lui appliquant le nom de système du droit au profit.

Bien peu de gouvernements on su, de nos jours , répudier complètement cet espèce de socialisme partiel et illogique qui consiste à w prendre aux uns pour donner aux autres, « tandis, que le communisme plus rationnel prend à tous pour donner à tous.

Ce qui donne au demi socialisme gouvernemental , un caractère particulièrement odieux, mais ce qui en fait également la force et la durée, c’est qu’à l’inverse de ce que veut le socialisme révolutionnaire, il spolie les pauvres en faveur des riches en accordant à ceux-ci des monopoles artificiels et des privilèges à l’aide desquels ils peuvent donner aux services qu’ils rendent une valeur plus élevée que celle résultant de la concurrence non entravée.

Nous disons que ce genre de socialisme a plus de durée que celui qui agit d’une façon inverse, parce qu’il est facile d’enrichir un petit nombre de personnes au moyen d’un faible et presque insensible prélèvement sur le revenu de la grande masse de gens pauvres ou peu aisés, sans que ceux-ci s’en aperçoivent ou puissent s’y opposer, tandis qu’en dépouillant complètement les gens riches de leur fortune, ce qui ne peut avoir lieu qu’une

fois, et ne s’opère pas sans de vives résistances , on ne peut

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augmenter l’aisance du grand nombre que d’une maniéré insensible et peu durable, puisque le capital ainsi spolié est toujours

consacré a des consommations absolues.

De là vient que tous les essais de réalisation des divers systèmes de communisme et de socialisme ont été de courte durée, tandis que les systèmes de spoliation légale du pauvre par le riche peuvent durer indéfiniment, pourvu qu’ils soient modères et que des préjugés, universellement répandus, fassent considérer cette spoliation comme une chose nécessaire et même

bienfaisante.

Le système du droit au profit se réalise chaque fois que par suite d’un décret d’une loi ou d’une mesure administrative, le rapport entre l’offre et la demande de certains services s’établit autrement qu’il le ferait s’ü restait pleinement soumis à l’action de la concurrence, ou bien encore , chaque fois qu un impôt ; servi par l’ensemble des contribuables et dépensé à 1 avantage exclusif d’une partie de ceux-ci ou que la contribution payée par certaines classes seulement, profite à toutes les classes ou à

d’autres que celles qui paient l’impôt.

Des exemples de cette dernière espèce de communisme gouvernemental peuvent être cités en foule dans un grand nombre de pays ; dans le nôtre, on peut mentionner la chaux fournie à prix réduit par le gouvernement à une partie des habitants de la province de Luxembourg pour favoriser les progrès de l’agriculture. La différence entre le prix d’achat et le prix de vente de cette chaux, qui ne profite qu’à quelques citoyens seulement, est prélevée sur les impôts payés par l’ensemble des contribuables.

Peut-être les agriculteurs du Luxembourg allégueront-ils, non sans quelque raison, qu’une partie des impôts payés par eux ]>rofite exclusivement à d’autres provinces du royaume ; mais les abus ne se justifient pas par leur multiplicité, surtout quand il est impossible de vérifier si leurs effets se compensent.

Un exemple analogue et moins justifiable encore est fourni

par les administrations de presque toutes les grandes villes, qui prélèvent sur des impôts acquittés par tous leurs administrés, et principalement par les moins aisés d’entr’eux, quand cet impôt est l’octroi, pour subventionner les théâtres, dont les riches profitent exclusivement.

Chez toutes les nations, les impôts indirects offrent de nombreux exemples de taxes supportées en entier ou en grande partie par certaines classes , tandis que toutes profitent de la dépense qui se fait au moyen du produit de ces taxes.

Parmi les diverses formes que peut prendre le socialisme gouvernementjl, la plus dangereuse et la plus nuisible est sans contredit celle qui a reçu le nom de « Système protecteur du travail national « et qid coiasiste encore à prendre aux uns pour donner aux autres, c’est à dire une véritable spoliation légale , que l’on n’hésiterait pas à qualifier de vol si elle avait lieu sans l’intervention de la loi et sans la sanction d’un préjugé encore très répandu.

Le système prétendûment protecteur du travail national (c’est la réalisation la plus complète, l’idéal du droit au profit) doit son origine au système mercantile (voir le chapitre XI), dont il n’est que la conséquence logique, quoiqu’il existe aujourd’hui des partisans du système proteeteur qui considèrent le système mercantile comme absurde. Selon ce système, une nation ne peut s’enrichir que par l’excès de ses exportations sur ses importations, la différence étant soldée eu numéraire qui vient accroître sa richesse; elle s’appauvrit au contraire et devient tributaire de l’étranger, quand la valeur des marchandises exportées est moindre que celle des marchandises importées. Pour éviter une telle calamité, il faut donc qu’une nation puisse se passer, le plus possible de consommer des nroduils étrangers , surtout des produits manufacturés, et à cette fin, elle doit chercher à les produire elle- même ; elle doit aussi développer sa production manufacturière de manière à pouvoir beaucoup exporter et à donner aux marchandises exportées un maximum de valeur, afin

d’obtenir beaucoup de numéraire ou de métaux P^’^cieux en retour. Pour atteindre ce but un gouvernement sage doit donc encourager le développement de l’industrie nationale en la protégeaut contre la concurrence étrangère par a pro i i^iou d’entrée des marchandises étrangères semblables à celle qu el e fabrique, ou tout au moins par des droits d’importation très élevés, et en encourageant l’exportation des produits nationaux par des primes et des restitutions de droits à la sortie. ^

Tel est le principe du système protecteur, qui s’est combine avec le système colonial pour créer une méthode d’exploitation et de monopoles réciproques de la métropole envers la colonie et de celle-ci envers la métropole ; enfin un troisième système , celui des droits différentiels, a eu pour but d’encourapr le développement de la marine nationale en frappant de droits d importation les marchandises transportées par des navires étrangers.

Examinons maintenant comment opère le système protecteur et quels sont ses résultats moraux et matériels. Les chefs d’une industrie s’adressent à l’État et lui font observer qu’il est impossible que leur production se développe sous l’action de la concurrence étrangère qui leur fait un tort d autant plus sensible, que les étrangers sont mieux favorisés par des dons naturels, par de grands capitaux, par une meilleure éducation industrielle,

par plus de liberté et moins d impôts.

Pour être protégés contre les effets désastreux de cette concurrence, les industriels demandent que l’on prohibe à l’entrée les produits étrangers similaires aux leurs, ou, tout au moins qu’on ne les laisse introduire dans le pays qu’à la condition d’acquitter un droit de douane très élevé appelé droit protecteur ; en un mot, que le gouvernement prenne des mesures qui tendent à leur garantir le droit au profit. Les industriels promettent au gouvernement, qu’ils renonceront à cette faveur aussitôt que leur industrie aura acquis assez de force pour lutter « h armex égales « contre la concurrence étrangère, et ils font remarquer qu’alors, ils auront affranchi le pays du tribut qu’il paie a

l’étranger pour ses produits manufacturés. Si l’État accorde aux industriels leur demande, il met ceux-ci en possession d un monopole artificiel, en vertu duquel ils peuvent élever le prix de leurs produits jusqu’à la limite passé laquelle les consommateurs sont forcés de renoncer à leurs achats, si les industriels ont obtenu par la prohibition la suppression absolue de toute concurrence étrangère. Si celle-ci est seulement entravée par des droits protecteurs, le monopole artificiel dont jouissent les industriels, leur permet d’élever le prix de leurs produits de tout le montant de ce droit augmenté des vexations, des pertes de temps et des embarras divers qu’occasionne sa perception, et des frais de transport de la marchandise éti'angère. Il faut reraaiquer que ce sont les industries le moins favorisées par les avantages naturels du pays où elles s’exercent, qui ont le plus besoin de protection; une partie de celle-ci, c est à dire de la sur-élévation de prix qu’elle occasionne, sert donc à payer la différence entre les frais de production de la marchandise protégée, dans les contrées où on la produit le plus facilement et dans le pays

où elle a besoin'de piotection pour être produite.

Cette différence représente exactement la valeur du travail nécessaire pour remplacer le concours gratuit de la nature dont on s’est volontairement privé en repoussant la marchandise

étrangère qui sert de véhicule à cette gratuité.

Une nation qui veut protéger son travail contre la concurrence étrangère par la prohibition des produits exotiques , perd donc tout l’avantage qu’elle réaliserait par l’échange, et est obligée de remplacer l’utilité gratuite qu elle obtiendrait au moy^en de eet échange, par de l’utilité onéreuse, à moins que l’on admette avec M. de Saint-Chamans que ce système enrichit une nation en la forçant à travailler davantage pour obtenir une même somme de satisfaction. Le système protecteur a pour effet prémédité, et avoué d’élever le prix des produits protégés contre la concurrence étrangère. Une partie de cette élévation de prix sert à compenser le surcroît des frais de production ; elle

est une perte pour le consommateur sans être un profit pour le producteur j c’est donc en définitive une perte pour la nation soi-disant protégée; l’autre partie de l’accroissement du prix constitue la rente du monopole artificiel engendré par la protection ; c’est un gain indûment perçu par le producteur au détri meut du consommateur, gain qui constituerait un vol si le producteur le prélevait lui-même , directement et par l’emploi de la force, et qui peut être déguisé mais non légitimé par l’intervention d’une loi, puisque celle-ci doit avoir pour but de garantir le droit de propriété et non d’en autoriser la violation.

Vouloir protéger l’industrie nationale par des lois douanières restrictives de la concurrence , c’est donc (que l’on nous pardonne la trivialité de cette comparaison en faveur de sa justesse) , prendre trois écus dans la poclie du consommateur pour en mettre un dans la poche du producteur, les autres écus se perdant dans le trajet d’une poche à l’autre, le premier absorbé par un inutile surcroît de frais de production , le deuxième par les frais, les embarras et les entraves de toute nature qui occasionnent l’établissement et le maintien des moyens de restriction dont le système protecteur fait usage.

Là ne s’arrête cependant pas encore le dommage matériel infligé par le système protecteur aux nations qui l’adoptent. Il cause des perturbations dans la production et dans la consommation, dont les consommateurs ne sont pas les seules victimes. La surélévation des prix résultant du monopole artificiel a pour résultat infaillible une diminution de la demande, qui amène une réduction du profit des producteurs. Si, malgré cela, celui-ci demeure plus élevé qu’il l’est dans les industries non protégées, le capital , l’intelligence et le travail tendent à abandonner ces dernières, ce qui ne peut se faire sans des pertes notables, pour se porter vers les industries privilégiées jusqu’à ce que les bénéfices s’équilibrent de part et d’autre.

D ou resuite en fin de compte que les industries protégées ne produisent pas plus d’avantages que les autres , à ceux qui les

exercent , tandis qu’elles causent au pays la perte considérable résultant du déplacement des capitaux engagés, de connaissances et d’expériences acquises et devenues inutiles par le changement de profession, etc., et surtout la perte des utilités gratuites dont profitaient les industries abandonnées et dont les industries protégées ne peuvent pas tirer parti. Enfin la production générale s enchérit encore des frais qu’occasionne le maintien coûteux du système protecteur, des froissements qu’il produit, de la repression de la contrebande qu’il nécessite, etc. De là résulte que les nations qui protègent leur travail produisent plus chèrement que celles chez qui le travail est libre, ce qui fait qu’ elles ne peuvent lutter avec celles-ci sur les marchés extérieurs où elles ne sont pas protégées.

Le rétrécissement des débouchés qui en résulte amène l’instabilité de la production , l’élévation relative des frais généraux, la fréquence des crises et des chômages, la misère des classes laborieuses incapables de prévoir ces chômages et de se prémunir contre eux par l’épargne ; bref, le système protecteur engendre une foule de calamités contre lesquelles ceux qui en souffrent ne voient, par un aveuglement incroyable, d’autre remède que l’accroissement des mesures soi-disant protectrices du travail national.

Aussi deux faits sont-ils bien avérés aujourd’hui : l’un c’est que l’industrie prospère bien mieux sous le régime de la liberté que sous celui de la restriction; l’autre, que jamais une industrie protégée ne s’est déclarée elle-même, assez forte pour lutter sans défense légale contre la concurrence étrangère ; toutes jettent au contraire des cris de désespoir et se déclarent perdues dès que l’on ose parler de lever des prohibitions ou de réduire des droits protecteurs (1).

^1) Quelques écrivains, économistes orthodoxes sur d’autres points, sont d’avis que des considérations d'utilité publique justifient les entraves mises par les lois à la libre sortie de certaines matières premières dont la production ou la récolte ne semble pas susceptible d’une extension indéfinie, et pour

Quelque funeste que soit riufluence du système protecteur sur les intérêts materiels des nations qui l’adoptent, elle est plus désastreuse encore sur leurs intérêts moraux, \oici les conséquences principales de cette influence :

a) Admettre que l’État ou la loi peut autoriser la spoliation du consommateur par le producteur, ou qu’il puisse prendre aux unes pour donner aux autres, sous le vain prétexte d’encourager l’industrie nationale ou d’aflrancliir le pays d un prétendu tribut payé à l’étranger, c’est fausser chez un peuple toutes les notions du juste et de l’injuste, c’est méconnaître et même nier

lesquelles la demande tend sans cesse à dépasser Toffre possible, telles que le minerai de fer, la ferraille, les chiiïons, le salpêtre, les os, certaines matières propres à former des engrais, le bois dans les contrées peu boisées, etc. Nous ne partageons nullement celte manière de voir; si Tutililé publique sullîsait à jusUlier les proliibilions de sortie, il n’est aucun produit brut ou manufacturé pour lequel on ne pourrait invoquer de TÉlal une mesure semblable, et Tiasécurité qui en résulterait pour les indusiries qui s’occupent de créer ou de recueillir ces produits engendrerait la pénurie et la diertô de ceux-ci, qui nuiraient à la société dans une mesure beaucoup plus forte que la prohibition ne leur aurait été utile. La production des matériaux que nous venons d’indiquer n'est pas susceptible d’uu accroissement indéfini, meme sous un régime de parfaite liberté, mais elle est tr.'s susceptible de diminution par l’effet du monopole que s’en attribueront les consommateurs, c’est à dire par un débouché restreint et incertain, et par dos prix que ces consouimaleurs lixeronl à leur gré. En pareil cas, il arrive toujours que les industries ainsi traitées, consacrenlà la production le miniauim de capital et d’intelligence, d’où résulte que les frais de cette production s’élèvent, au maximum, et qu’elle se restreint elleméme au point que la rareté de l’offre élève le prix au niveau de ces frais, ce qui enlève aux consommateurs tous les pvVanlagcs de leur nionopole, et par delà. Mais quand même cet avantage leur ilemeurerail pleinement acquis, quand meme l’intérêt public serait entièrement satisfait par des mesures restrictives de la demande de ces produits, ces mesures n’en demeureraient pas moins injustes et attentatoires au droit de propriété. En effet, celui-ci n’est pas moins sacré quand il s’agit d’un minerai brut, d’un morceau de vieux fer, d’un chiffon ou d’un os, que quand il concerne une terre, un capital, un livre ou une invention.

La valeur ou l’origine de la chose possédée n’influe en rien sur la validité du droit de possession, et admettre que l’État peut déposséder qui que ce soit de ce droit, sous prétexte du bien public, et sans le dédommager, c’est admettre le communisme dans toute sa plénitude.

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le principe du droit de propriété ; c’est faire descendre l’opinion des niasses par la pente rapide et irrésistible de la logique, vers le communisme, qui prend à tous pour donner à tous au lien de prendre aux uns pour donner aux autres, selon des règles qui peuvent varier à rinfîui sans jamais être conformes à la justice; c’est justifier le droit au travail et à l’assistance par le droit au profit.

2“ l>) Chez une nation soumise au régime protecteur, la probité, l’activité et rintelligcnce ne suffisent plus aux succès des entreprises, celui-ci se trouvant subordonné aux modifications possibles d’une loi, d’un tarif ou d’un traité de commerce, en un mot à des éventualités que nulle prévoyauce ne peut calculer.

Le développement de ces précieuses qualités est donc découragé, et il s’y substitue ou de l’apathie ou de la corruption et de l’esprit d’intrigues à l’aide desquels on parvient à faire mieux réussir les affaires. Enfin cette réussite dépendant en partie de la faveur des gouvernements, l’intérêt des gouvernés est souvent placé en opposition avec leur liberté et leur dignité, qui en subissent toujours une fâcheuse atteinte.

3“ c) Le système protecteur a pour effet de diminuer d’une manière notable l’échange des produits entre les nations, d’où résulte une diminution correspondante de l’échange des idées et des sentiments, ce qui nuit au progrès de la civilisation et tend à isoler les nations les unes des autres, à opposer leurs iutérêts, à faciliter les mésintelligences, les ruptures et les guerres, taudis que la liberté et i’exteusion indéfinie des échanges établit, comme on l’a vu au chapitre YI, des liens d’harmonie, de solidarité et de paix entre les nations.

En résumé, il résulte de ce que nous avons exposé dans ce chapitre, que le socialisme n’est qu’une variété illogique, iuconsequeute du communisme qui se renie en quelque sorte luimême; que toutes les théories socialistes aboutissent au coninuinisme absolu , c’est à dire à la négation complète du droit de propriété et de la liberté, à l’abolition de la famille, au sacrifice

de la dignité humaine et de tout ce qu’il y a en l’homme d’esprit d’indépendance et d’initiative, de sentiments nobles, élevés, pour le ravaler au rang de la brute gardée par une race privilégiée qui seule aura conservé les qualités qui distinguent l’homme des autres êtres animés. Il faut conclure également de ce qui précède que de toutes les variétés du socialisme, celle qui attribue à la loi le pouvoir de modifier, d’altérer et même de détruire le droit de propriété, et qui donne au gouvernement, à TEtat ou à la société le droit d’intervenir dans des questions d’intérêt privé, et de prendre aux uns pour donner aux autres, sous prétexte d’utilité publique, est la plus dangereuse et malheureusement la plus commune de toutes. Enfin, que le communisme dans lequel il faut ranger les diverses variétés du socialisme, le protectionisme, et les autres modes d’intervention de 1 litat dans le domaine de l’activité privée, étant destructifs à des degrés divers de la liberté et du droit de propriété, ces deux éléments indispensables de toute prospérité et de tout bien-être pour l’humanité, il importe à celle-ci de combattre par le progrès des lumières, par la diffusion de la vérité, le communisme sous quelque forme qu’il se présente, la plus dangereuse étant celle qui se déguise le mieux.

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