CHAPITRE VII
DE LA VALEUE
— Viuiisequences üe 1 erreur qu . — La valeur est indépendante de rutilité :e d’un effort fait ou épargné. — Erreur qui qu’aux choses susceptibles de durée. —La rement au travail qui l’a créée. - Origine de -Le jugement qu’on porte sur l’utilité des î fondement de la valeur.— Inconvénient des valeur en échange.
- Impossibilité de Danger d’admettre . — Causes qui ont
La nécessité de pourvoir à leurs besoins obli« diviser le travail entr’eux et à échanger les proc échangé peut-il se faire au hazard et d’une faço sans nulle règle ? Évidemment non, l’équité ex: équivalence entre les choses échangées. Mais cett comment sera-t-elle constatée? Se donnera-t-on n d égalés quantités de matière ?
Cela n est pas possible; on n’échange pas 1 kilo i kilog. de fer, un hectolitre de houille contre un ïamants. La difficulté de la comparaison euti ec langees serait plus grande encore si l’une d’elles pas de matière, par exemple, dans l’échange du xvocat contre une certaine mesure de blé.
I est impossible de mesurer et, par conséquent les besoins et des satisfactions oui ne ne,wpnf
in
•e fixer dans un même individu pnisiu’Us varient d’un instant a l’autre ■ il en est de même de l’utiUté ou de ce qui sert a proeore ces satisfactions. L’utilité gratuite que nous fournit la nature n’a pas de Umites, et n’est pas susceptible efforts seuls que nous faisions, pour nous approprier eette utù ou pour en faire jouir les autres, sont susceptibles de compa-
"etrdTl’utUité onéreuse que l’on éelrange Mité gratuite étant donnée par dessus le marché. Ce sont les effo^ ^fUes oue l’ou apprécie et que l’on échange a valeur égalé. On peut donner le nom plus simple de services à ces Lrs la valeur est l’appréciation comparative qu.se fait, rannort qui s’étabUt entre deux serviees échangés.
efforts ou deux quantités de travail qui ne sont pas non p us
C’f 1 forme vicieuse du langage en erreur à eet égard. Quoi de plus d’entendre dire : un hectolitre de tromeii vau .
houille, ou d’autres L froment
de là que la matière contenue dans un hectolit
vaut autant que la matière contenue dans dix heetohtres
U^a^™ "drlsaerer autant de temps et d’efforts pour produire l’une de «
NL^’rtavons absolument rien, mais en
même le premier cas, pourquoi les hommes se des efforts de la nature pour attribuer plus ou moins de valeur
" Cetü'seul s’évalue et seul s’échange, en ee cas, c’est la
somme d’efforts utiles ou de services qu’il a fallu faire ou rendre j)our produire un hectolitre de blé avec la coopération des forces de la nature, contre ce qu’il a fallu de services pour extraire dix hectolitres de houille du sein de la terre, et pour les mettre à la portée du consommateur. Il serait plus correct, mais en même temps il serait ridicule de s’exprimer ainsi : Le travail nécessaire pour produire un hectolitre de blé équivaut à celui qui est exigé pour 1 extraction de dix hectolitres de houille.
L’erreur si commune, malheureusement, qui consiste à considérer la valeur eomme un attribut de la matière a deux graves conséquences. La première c’est qu’elle rend impossible la démonstration de la légitimité du droit de propriété fondé sur le travail (ch ). La seconde, c’est qu’il n’y aurait dans la société de classes réellement productives, que celles qui recueillent les dons de la nature, ou qui en provoquent la création, tout au plus celles qui en modifient les propriétés. Les classes de la société, dont le travail ne s’applique pas à la matière, seraient incapables de créer de la valeur, mais comme cependant elles en consomment, il en résulte qu’elles devraient être considérées comme vivant indûment aux dépens des classes exclusivement productives de valeur.
Quelques économistes attribuent de la valeur à tout ce qui est utile, pourvu que ces choses utiles n’existent pas en quantité indéfinie et soient par conséquent susceptibles d’appropriation.
• Ainsi pour eux, l’air, la lumière du soleil, l’eau de la mer existant en quantités illimitées par rapport aux besoins des hommes, ne peuvent pas être appropriés ni avoir de valeur, mais il en est différemment de l’eau d’une source, d’une terre, d’une * ■ mine, de certains agents naturels, etc. Cette erreur est encore fondée sur une observation incomplète des faits. C’est ce que montrera un exemple : un homme a près de sa demeure une source qui lui fournit, sans qu’il se donne pour cela une peine appréciable, toute l’eau nécessaire à ses besoins. 11 considère, d’accord en cela avec les économistes l’eau comme un
don naturel, d’un usage gratuit, et entièrement dénué de valeur.
Mais une longue sécheresse ayant fait tarir la source, il est obligé d’aller chercher de l’eau à la rivière qui est à une grande distance de chez lui.
Rien n’est changé dans les propriétés de l’eau sinon que pour en jouir, il doit se donner une peine qu’il se garde bien de confondre, cependant, avec les quahtés inhérentes à l’eau. Bientôt, cependant, il trouve plus avantageux de charger une autre personne de prendre cette peine pour lui, à la condition qu’elle en sera payée par un produit du travail de notre consommateur d’eau, à raison de 10 centimes par litre, par exemple. L’eau n’a pas encore de valeur, mais le travail accompli pour l’apporter vaut dix centimes par litre d’eau.
Bientôt pour s’épargner la peine d’une phrase trop longue, on se contente de dire : l’eau vaut 10 centimes le Htre. L’usage de cette expression incorrecte finit par prévaloir, et l’on demeure convaincu parce qu’on l’a entendu dire, que cette fois, l’eau a de la valeur.
Le voisin ayant fait creuser un puits, il permet à notre homme d’y puiser de l’eau à la condition de payer 8 centimes par chaque litre qu’il en retirera. Cette valeur est encore attribuée à l’eau comme agent ou don naturel approprié.
Cependant les propriétés de l’eau sont encore restées les mêmes, et parmi celles-ci il n’en est aucune qui ait engendré de la valeur; seulement, dans le premier cas aucun travail appréciable n’a été ajouté à l’utilité naturelle et gratuite de l’eau, aucune valeur n’a été créée ; dans le second cas celui où l’eau a dû être transportée, à l’utilité gratuite est venue s’ajouter de l’utilité onéreuse, il a fallu rémunérer la peine prise pour cela, d’où est résultée une valeur faussement attribuée à l’eau. Dans le troisième cas une peine a été épargnée au consommateur d’eau, et ce service rendu de même nature que le précédent, quoique obtenu par d’autres moyens, quand même ils n’auraient
rien coûté à celiû qui s’en est servi, ce service disons-nous a engendré une valeur eneore attribuée à tort à un don naturel
approprié. 1 1 -j.
Cette erreur est encore dangereuse en ce qu’il semblerait en
résulter que la valeur nait de la propriété, tandis que c’est la
propriété qui naît de la valeur donnée à un objet ainsi que nous
le démontrerons plus loin (cb. IX).
L’exemple qui précède montre en même temps que ^ le
service et, par conséquent, la valeur peut résulter soit dun effort utile fait pour autrui, soit d’un effort qu on lui épargne.
Confondre l’utilité avee la valeur, c’est commettre une erreur aussi grave que de faire de la valeur un attribut de la matérialité. Pour qu’il y ait valeur, il faut nécessairement qu’il y ait utüité, mais là s’arrête la relation entre ces deux choses essentiellement distinctes, car l’utilité se rapporte à la satisfaction des besoins; plus grande est la somme d’utilités dont les hommes disposent, plus il y a pour eux de satisfactions et de bien-être ; mais l’augmentation de valeur tend seulement à établir qu’il y a eu plus de difficultés à vaincre plus d’obstacles à surmonter, ou plus d’efforts à faire pour arriver à la satisfaction des besoins, et l’accroissement de la valeur ou du rapport entre les services échangés ne prouve rien quant à la plus grande somme de satisfactions qui en peut résulter. L’humanité est donc intéressée a la multiplication des utilités, non à celle des valeurs.
Adam Smith n’admettait pas que les choses non susceptibles de se conserver ou d’avoir de la durée pussent avoir de la valeur; cependant, une représentation théâtrale, un concert, la leçon orale d’un professeur, le plaidoyer d’un avocat, etc., s’échangent tous les jom*s contre des choses incontestablement pourvues de valeur, telles que la monnaie , par exemple, sans que ceux qui ont donné des objets d’une nature durable en échange de sons fugaces, ou de la vue momentanée de certaines combinaisons de formes, de couleurs et de mouvements, se plaignent de n’avoir pas reçu l’équivalent de ce qu’ils ont donné.
De même qu’il n’y a pas de valeur là où il n’y a pas d’utilité, sans que cependant l’une de ces choses soit nécessairement proportionnelle à l’autre, de même, il n’est point de valeur qui ne soit le résultat d’un travail, actuel ou antérieur, en donnant au mot travail le sens étendu que nous lui avons attribue au chapitre II. Mais il ne suit point de là que le travail soit toujours l’exacte mesure de la valeur. Celle-ci n’exprimant qu’un rapport entre deux services, qui pour être rendus ont exigé du travail, la valeur du service peut varier non seulement en raison du travail qu’il a coûté, mais encore de celui que l’on peut obtenir en échange, ce qui dépend de la quantité d utilité onéreuse que la société tient à la disposition de celui qui lui apporte le produit de ses efforts. Ainsi un travail très considérable et offrant dans certains cas une grande utilité, tel qu’un traité scientifique, par exemple, peut n’avoir aucune valeur s’il est offert, soit à une société ignorante et incapable d’apprécier le service que pourrait lui rendre la connaissance de cet ouvrage, soit à des personnes trop pauvres pour pourvoir offrir d’autres services en
retour.
Celui qui travaillerait à fabriquer des patins pour les Brésiliens, des perruques pour les Turcs , des éventails pour les Lapons, ne créerait aucune valeur par son travail ; il en serait à peu près de même pour celui qui s’obstinerait de nos jours à cultiver le coton en serre chaude dans les régions froides de l’Europe , et à transformer ce coton en fils et en tissus sans l’aide des machines, car personne ne consentirait à lui donner ce qui a coûté de la peine en retour de ce que le soleil des climats chauds et le concours des machines donnent gratuitement.
Pour que le travail crée de la valeur il faut donc, en premier lieu qu’il soit utile, et qu’on ne puisse le remplacer par le concours d’aucun agent gratuit, en second lieu, il faut qu il se trouve en présence d’autres services contre lesquels ses produits
puissent être échangés.
Certams aateura ont cru voix dans la rareté des choses,
'Te«èr*,n.nnec.osesoitxaxW
de la valeur. U faut qu>u même temps
service ciu-eUe peut rendre à qui la possédé, ne puisse etre It™ par auerü autre moyen. Il est dans la nature un grmid nombre de choses rares, mais qui, ne jouissant d aucune propriété utile, ne satisfont aucun besoin et ne possèdent pas par conséquent l’un des éléments indispensables de la valeur.
Lorsque la rareté se joint à l’utilité, elle rend celle-ci difflede à obtenir, ebe est donc un obstacle qu’il faut surmonter pour arriver à la satisfaction d’un besoin, cet obstacle pour etre leve exige un effort, et celui qui le fait rend un service qm peut s’échanger contre un autre service et a, par eonsequent, de a
rareté ou plus généralement la difficulté d’obtenir une chose ou un service est donc une des causes qui engendrent de
la valeur, mais elle n’en est pas la cause unique.
On a dit aussi que la valeur nmt du jugement que 1 on porte
sur l’utilité des choses (Storck, économiste msse). En effet, pour qu’il y ait valeur il faut qu’il s’établisse une comparaison entre deux choses, et celle-ci nécessite un jugement. Mais le jugement qui ne porte que sur l’utilité comparative de deux choses est insuffisant, pour en faire apprécier la valeur. On peut encore citer ici l’exemple si connu de la lumière du soleil et de celle d’une bougie; si leur valeur était en raison de leur utilité la valeur de la lumière solaire, l’emporterait de beaucoup sur
celle de l’éclairage à la bougie.
Un homme qui vivrait isolé pourrait porter un jugement fort
exact sur l’utilité comparative des choses qui l’entourent, mais il ne pourrait se former aucune idée de leur valeur, tant qu il n’aurait pas comparé en même temps l’effort que la possession
de ces choses lui coûte au service exigé ou offert par autrui en
vue d’une satisfaction égale. ,
TeUes sont les principales erreurs incomplète ou fautive des phénomènes economiques relati
la valeur, a donne lieu.
Il en est résulté, pendant longtemps, une grande difficMt pour l’étude de la science et un retard dans ses progrès. C est surtout aux travaux de Bastiat que l’on doit d’avorr aujourd hui des idées plus claires sur la notion de valeur, et c est par suite de ses critiques fondées que l’on a cessé d’employer les mots valeur C7i échange et valetir en usage qui jetaient tant de confusion dans le langage économique, le même mot, suivant la quahfication qui y était ajoutée, poffvant signifier deux choses aussi
opposées que gratuité et onerosité.
On a souvent cherché, mais en vain une valeur qm fut une commune mesure fixe et invariable des autres valeurs.
Cette recherche est à l’Économie politique ce que la pierre philosophale est à la chimie, le mouvement perpétuel à la mécanique, la quadrature du cercle à la géométrie : une chimere. ^
En effet la valeur est un rapport entre deux quantités qui ne peuvent rien avoir de fixe. On a vu que les besoins des hommes varient sans cesse, et avec ces besoins doit varier l’utilité ou ce qui sert à le satisfaire : l’un des deux éléments de la valeur.
D’un autre côté, l’effort à faire pour arriver à la satisfaction varie en raison inverse de la coopération de la nature , qui est
tantôt avare, tantôt prodigue de ses dons.
Nos besoins variables eux-mêmes sont donc satisfaits par des combinaisons très variables aussi d’utilité onéreuse et d utilité gratuite, et rien, dans tout ceci, ne se prête à une mesure fixe. La monnaie, le travail, le blé, choses auxqueUes on a succesffivement cru reconnaître cette propriété d’avoir une valeur invariable, ne la possèdent nullement.