Faisceaux magnétiques. — L'aimantation ne dépas
Fig. 157.
sant pas les couches superficielles, on a été conduit, pour obtenir des barreaux puissants de grande dimension, à les composer de lames minces qu'on aimante isolément et qu'on juxtapose ensuite. Les pôles de même nom, tous du même côté, sont ordinairement encastrés dans une pièce de fer doux qui s'aimante par influence et donne sur sa face terminale un pôle de même nom que ceux qu'elle réunit {/ig. 157).
194. Action démagnétisante. — Le moment magnétique d'un faisceau est loin d'être la somme des moments des lames
qui le composent et si, après quelque temps, on vient à le démonter on trouve que la valeur du moment a diminué pour chacune des lames, mais surtout pour les lames centrales.
Il est facile de voir en effet que chacune des lames éprouve
de la part de toutes les autres une action démagnétisante qui
tend à y développer une aimantation de sens contraire à celle
qu'elle possède.
Dans un barreau unique, chaque portion est soumise de la même manière à l'action démagnétisante de toutes les autres. Il en résulte un affaiblissement progressif du barreau d'abord très rapide et ensuite beaucoup plus lent. La grandeur de cette action dépend de la forme du barreau : elle est beaucoup plus grande dans un barreau court que dans un barreau de forme allongée. Elle explique comment il est impossible de réaliser un aimant cylindrique uniforme : les extrémités des filets sélénoïdaux qui devraient rester parallèles et aboutir à la base du cylindre se repoussent mutuelle^ ment et viennent aboutir aux surfaces latérales; les pôles qui devraient §e
trouver sur les bases mêmes sont ainsi rejetés à l'intérieur^ Toutes les causes qui, comme les chocs, les vibrations, les
variations brusques de température, peuvent avoir pour effet
do vaincre l'inertie des molécules, aident à l'efret des actions démagnétisantes et font tomber rapidement le moment magnétique d'un barreau.
195. Armatures des aimants, — L'action démagnétisante serait évidemment nulle dans un aimant en forme d'anneau fermé dans lequel tous les filets magnétiques seraient fermés sur eux-mêmes et par suite sans action à l'intérieur et à l'extérieur (160). Dans la pratique on cherche autant que possible à se rapprocher de cette condition. Les barreaux prismatiques sont groupés par deux aussi identiques que possible et placés parallèlement dans une boîte, les pôles de noms contraires disposés en regard et réunis par des pièces de fer doux qui complètent, pour ainsi dire, le circuit magnétique [fig. i58).
Dans les aimants en fer à cheval, on réunit les deux pôles par une pièce de fer doux qu'on
appelle V armature [fig. iSç)). Les formes adoptées pour l'armature et pour les pièces de fer doux qui terminent le faisceau ont pour but de ramener autant que possible les filets magnétiques au parallélisme et les empêcher de s'épanouir sur les faces latérales. On peut ainsi obtenir des aimants pouvant porter des poids considérables.
La figure iSg représente un aimant en fer à cheval formé, d'après la méthode de M. Jamin, de lames d'acier flexibles aimantées séparément, puis encastrées dans des pièces po-
Fiff. i6o.
laires en fer doux. La figure 160 montre la disposition donnée ordinairement aux armatures d'un aimant naturel. Les deux pôles P et P' sont garnis de pièces polaires en fer doux A et B maintenues par un anneau transversal de cuivre.
L'expérience montre qu'il y a avantage pour la conservation d'un aimant à lui faire porter une charge permanente. On peut même, en augmentant progressivement cette charge, faire porter à l'aimant un poids beaucoup plus grand que celui qu'il pouvait soulever tout d'abord. C'est ce qu'on appelle nourrir un aimant. Quand le contact se détache par suite d'un excès de charge, il retombe le plus souvent audessous de sa force primitive. On peut la lui restituer en recommençant à le nourrir.
196. Aimantation par l'action de la terre. — 11 est rare de trouver un morceau d'acier ou de fer, à moins que ce ne soit du fer parfaitement doux, qui ne présente la polarité magnétique. L'aimantation s'est produite à un instant donné par suite d'un choc ou de toute autre action mécanique sous l'action de la terre. Un barreau de fer doux qu'on place parallèlement à l'aiguille d'inclinaison prend une aimantation temporaire, qui change de sens quand on retourne le barreau bout pour bout. Mais il suffit de frapper un coup de mail] et sur l'extrémité de la barre pour qu'elle garde l'aimantation due à sa situation actuelle. Un nouveau coup frappé sur la barre placée transversalement au champ suffit pour lui enlever tout son magnétisme. Un faisceau de fil de fer doux tordu sur lui-même tandis qu'on le tient dans la direction de l'aiguille conserve également une aimantation permanente.