SATYRUS
mates noirs. — S. Pasiphac, Esper, espèce analogue à la précédente, très répandue en mai et juin dans les lieux un peu boisés du midi de la France, Hyèrcs, Monlpellier, Danphiné, etc.
Le dernier groupe du grand genre Srt^^/r«s, correspondant auxDumicoles de Duponchel, peut être appelé celui de?, petits Satyres: c'est le sous-genre Cœiionympha , Hûbner, Herrich SchtcU'er, ou Chortobius, Guenée. Dans ce sous-genre, le corps est petit, très poilu; les ailes entières, arrondies, avec les trois nervures costale, médiane et sous-médiane des ailes supérieures très fortement et également renflées à leur origine, ces ailes poilues et munies d'une longue frange, de même que les ailes inférieures; les yeux proéminents et glabres, les antennes annelées de gris et de brun, à massue allongée et fusiforme ; les tarses des pattes palatines du mAle uniarticulés, ceux de la femelle à articles épineux, aux autres pattes les jambes et tarses soyeux, avec les éperons des jaml)es longs, les ongles des tarses aigus, courbés et entiers; l'abdomen médiocrement long et grêle. Cbenilles assez courtes, lisses, avec des raies longitudinales funcées, la queue fourchue, la tête petite et globuleuse ; s'attacliant par la queue pourlanymphose. Chrysalides courtes, épaisses, arrondies, sans tubercules, avec la tête très légèrement bifide.
Les petits Satyres de ce groupe sont assez nombreux en espèces, surtout en Europe, dans la Russie asiatique, l'archipel indien, l'Australie et la ÎNouvelle-Zélande, la Californie. Ils ont les taches oculaires plus ou moins nombreuses sur les quatre ailes, la frange étant précédée en dessous, dans presque toutes les espèces, d'une ligne argentée. La plupart voltigent sur les buissons et dans les taillis. Ce sont des l'apillons qui habitent exclusivement les lieux herbus des bois et des champs, et se posent à terre les ailes relevées et rejetées en arrière. Les deux sexes sont presque semblables. Nous citerons dans ce groupe : S. Hero, Linn., le Mélibée d'Engramelle, espèce localisée dans certains bois huçnides, se trouvant abondamment près de Paris, à Armainvilliors, de la fin d'avril à la fin de mai et au commencement de juin, aussi dans le bois Notre- Dame, rare à Montmorency et Bondy, très rare à Fontainebleau , forêt sèche, se trouvant aux bois deHenrichemont et de Saint-Florent dans le Cher, dans la forêt de Sentis et à l'Ile-Adam ; devenant commune quand on remonte au nord de la France, dans les Vosges, en Alsace, etc. ; envergure o2 millimètres; ailes d'un brun noirâtre, les supérieures ayant parfois au sommet un petit puint noir eutoux'é de fauve, les inférieures trois ou quatre points semblables, dont deux beaucoup plus gros ; dessous beaucoup plus clair, avec une ligne antéterminale plombée et brillante, ce dessous aux ailes inférieures oiïrant cinq ou six yeux noirs, à pupille blanche, à iris d'un fauve rouge, ces yeux précédés d'une banJc! blanche très inégale, le bord terminal étant en outre longé par une ligne d'un rouge fauve. Femelle ayant parfois un second point sur les ailes supérieures et les ocelles mieux marqués; elle pond des œufs verts. Ce Satyre offre de grandes variations pour les taches oculaires,
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surtout pour la face-du dessous dos ailes, ainsi que je l'ai constaté sur de nombreux sujets récoltés pendant plus de dix ans dans la forêt d'Armainvilliers. Dans le type le plus fréquent de celte localité, le mille ne présente aucun ocelle à la face supérieure de l'aile antérieure, tandis que la face inférieure en offre le plus souvent un petit, qui manque parfois. La femelle a au contraire un ocelle aux deux faces de cette aile antérieure, ocelle fauve, à prunelle noire, près du bord antérieur. Sur le dessous de l'aile inférieure existent, prés du bord six ocelles bordés intérieurement d'une étroite bande blanche, et en dessus quatre ocelles fauves à prunelle, deux gros moyens, deux petits extrêmes. Ce sont ces quatre ocelles de la face supérieure de l'aile inférieure qui offrent les plus fréquentes variations, tantôt perdant les prunelles noires, réduits tantôt à trois, tantôt aux deux moyens, tantôt effacés presque complètement et môme disparaissant tout îi fait ; de sorte que le mâle est alors unicolore en dessus. Il y a des mâles qui prennent un ocelle fauve à la face supérieure de l'aile antérieure, en général petit et sans prunelle; j'en ai même rencontré plusieurs où il acquiert la prunelle foncée, comme dans le type habituel des femelles. I.a variété des mâles avec ocelle fauve sans prunelle aux ailes supérieures est au moins aussi commune que l'autre type dans certaines allées de la forêt d'Arraainvilliers: cette localisation excessive de certaines variétés spécifiques est un fait habituel à beaucoup d'espèces. Au contraire, on trouve des femelles chez lesquelles cet ocelle typique perd la prunelle et se réduit à un petit cercle fauve, et enfin même cet ocelle peut disparaître par atrophie complète. Il est à l'inverse des femelles, où l'on trouve à la face supérieure de l'aile antérieure un second ocelle fauve au-dessous du premier, près du bord postérieur, c'est-à-dire une hypertrophie du caractère typique. Je n'ai pas vu de sujets femelles où ce second ocelle présentât une prunelle, et aucun mâle ne m'a offert l'existence de cet ocelle supplémentaire. On ne connaît pas encore la chenille et la chrysalide du S. Hero; c'est un intéressant sujet de recherches pour les amateurs parisiens. La chenille est probablement verte, et doit se trouver très cachée au pied des épaisses touffes de Graminées qui abondent dans les lieux boisés et humides où vole S. Hero.
Nous avons, à côté du S. Hero, le S. OEdipus, Fabr., très localisé dans des endroits de peu d'étendue, en juin dans les Landes de Bordeaux, dans la Charente, ainsi près de Jarnac (H. Delamein), près de Dax (Lafaury), en Daupliiné, en Sologne, près de Heaugency, dans les clairières à Carcx, dont vit la chenille. Il est probable que l'espèce s'avance dans h; lUaisois et aussi dans le parc de Chambord. (U; Satyre offre les aihis d'un brun noir en dessus et sans ocelles, eu dessous plus claires, avec la ligne argentée près de la frange et. des ocelles à pupille et à prunclfe jaunâli es très variables, surtout pour les ailes supérieures : ils peuvent manquer, ou bien il y en a un, deux, trois et même quatre chez les femelfes, en dedans et conlre la ligne
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argonlée ; le dessous des ailes inférieures a un gros ocelle contre le bord antérieur et quaîreoucinq rapprochés, non loin du bord externe, bordés en dedans d'une étroite bande blanchâtre. Viennent ensuite : S. Arcaniiis, J.inn., le Céphale de Geoffroy, de 3i millimètres d'envergure; les deux sexes pareils ; les ailes d'un brun noirâtre, les supérieures avec le disque largement fauve et un trait fauve à l'angle anal des ailes inférieures; dessous des ailes supérieures fauve avec une ligne antéterminale argentée et un petit œil au sommet à iris fauve; inférieures en dessous d'un jaune grisâtre jusqu'à la ligne médiane, puis une bande blanche rétrécie à ses extrémités, suivie d'une série de trois à six yeux noirs à iris fauve, dont trois plus grands, surtout celui du bord antérieur, la ligne antéterminale de couleur plombée. J'ai trouvé à Arniainvilliers et à Bondy, et volant avec le 6'. Hero, un Satyre qu'on serait tenté de regarder, au premier abord, comme un hybride des S. Hero et Arcanius; le dessus de l'aile supérieure a la région fauve centrale moins étendue que dans le type, et surtout d'un fauve très obscurci et non d'un fauve clair, et le pourtour foncé bien plus large et brun noirâtre. L'examen du dessous des ailes inlcrieures fait voir qu'il s'agit d'un S. Arcanius affecté de mélanisme. En effet, ces ailes en dessous se ressemblent beaucoup chez les S. Hero et Arcanius, les taches ocellaires étant en même nombre et de même disposition. Chez le S. Arcanius, la bande Idaiiche du dessous de l'aile inférieure, habituellement beaucoup plus large que chez le S. Hero, passe toujours entre le grand ocelle du bord antérieur de cette aile et le premier et petit ocelle de la série des cinq ocelles marginaux, tandis que, dans le S. Hero, jamais la bande blanclie ne s'intercale entre ces deux ocelles: c'est ce caractère qui permet d'affirmer qu'il n'y a pas d'hybride, mais une simple variété de ,S. Arcanius. Le 6'. Arcanius disparaît dans le nord de la France, où il est remplacé par le S. Hero, de même qu'il paraît être remplacé dans nos départements méridionaux par le S. Dorus, I:^sper. La chenille de S. Arcanius est glabre, d'un beau vert, avec une ligne dorsale d'un vert noirâtre, et quatre lignes latérales jaunes lisérées de foncé ; la tête, les pattes, les pointes caudales vertes. Elle ne paraît qu'une fois, sur diverses Gramhiées, surtout sur la Mélique ciliée {Melica ciliata), et, vers le milieu de mai, se change en une chrysalide suspendue, arrondie, sans angles ni tubercules, assez grosse et ramassée, d'un gris rougeâlre, donnant le papillon à la fin de mai ou au commencement de juin. — i,e S. Davus, Linn., le Daphnis d'Engramelle, n'existe pas aux environs de Paris, mais n'est pas rare dans le nord et l'est de la France, en jiiiii, dans les prairies humides des montagnes, dans les Vosges, Epinal, Sainte-Marie aux Mines, le Champ du Feu, très commun autour du lac de Uelournemer, dans le Jura, dans la Creuse, dans les prairies humides de Saint-Florent (Cher), dans les prairies humides qui enlourent le parcdeMonljeu (Saùnc-et-Loire),àla Forêt-Verte, près de Rouen, assez rare, etc., dans les îles Britanniques {the Marsh liinyletj; envergure,
35 millimètres; ailes d'un jaune fauve, parfois brunAtre, les supérieures plus claires sur le disque, avec un point oculaire apical; les inférieures plus foncées, avec un ou deux yeux prés de l'angle anal; dessous des ailes supérieures fauve, avec le sommet gris et deux ou trois yeux précédés d'une ligne plus claire; dessous des inférieures d'un gris roussâtre, avec la base et le bord externe d'un cendré verdâtre et une série de six yeux noirs entourés de jaune. Femelle semblable, mais plus claire. — Le S. Pamphilits Linn., le Procris de Geoffroy, the Small Heath des Anglais, est le plus petit, le plus prde et le moins orné de nos Satyres. Il vole isolément en rasant l'herbe des pelouses et des prairies ; paraît pendant une grande partie de la belle saison, en mai, puis en juillet et août et même jusqu'à la fin de septembre; envergure, 29 millimètres, un peu plus chez la femelle; du reste, semblable au mille; ailes d'un jaune fauve, avec une bordure brunâtre plus prononcée sur les inférieures et un petit point noiriltre au sommet, parfois presque nul; dessous des ailes supérieures fauve sur le disque, avec l'ocelle noir entouré de jaune pâle; dessous des inférieures d'un gris verdâtre, avec une éclaircie blanchâtre au bout de la cellule discoïdale et une série de petites taches rondes, brunâtres, légèrement ocellées, souvent peu sensibles. Var. Lyllus, Esper, ayant la bordure des quatre ailes brune et bien tranchée, le point apical plus gros aux ailes supérieures, parfois une série de petits points bruns sur le dessus des inférieures, le dessous d'un gris blanchâtre ou jaunâtre, avec la ligne médiane blanchâtre bien -marquée aux ailes inférieures, les points ocellés plus nombreux. Femelle plus grande, la bordure moins prononcée, semblable du reste. Cette variété est assez commune, en mai et en juillet, dans la France méridionale; se trouve, mais rarement, à la secoude génération, en août, en Auvergne et sur les grèves sablonneuses du Cher, à Saint-Florent (Maurice Sand) : il y a probablement, pour ces localités, un dimorphisme saisonnier. Chenille en avril et en juin et juillet, sur diverses Graminées, surtout sur le Poa annua, et sur la Créfelle des prés {Cynosurns cristatus), qu'on se procure aisément en fauchant sur les hautes herbes, entièrement glabre, d'un joli vert-pomme, avec trois lignes longitudinales vertes plus foncées et bordées de blanchâtre, une dorsale et deux latérales; les pattes d'un vert jaunâtre, ainsi que la tète, qui est globuleuse et légèrement hispide, les pointes anales rougeâtres. Chrysalide tantôt toute verte, tantôt avec trois lignes noires sur les fourreaux alaires, dont l'extérieure est bordée de blanc et celle du milieu bifurquée, suspendue aux Graminées par une pointe anale rougeâtre, arrondie, sans aucun angle ni tubercule sur le dos, la tête légèrement bifide.
Les auteurs allemands ont fait un dernier sous-genre, Tn'phyza, Zellcr, pour un Salyre russe, de la l'aune asialique, le S. Phryne, Pallas, dont le mâle est d'un brun fauve, tandis que la femelle, très dillércnte, est blanche.
CIIIONOISAS. 223
C'iiaoïvOISAS, Boisduval (syn. Œneis, Hiibner).—- Antennes plus courtes que le corps, à tige grêle et à massue longue et peu épaisse. Palpes assez rapprochés, garnis de longs poils qui cachent la spiritrompe et dont le dernier article est court et velu. Tête petite ; yeux glabres. Ailes arrondies, les supérieures on triangle allongé, avec la nervure costale longuement, mais l'aiblement dilatée, la médiane un peu épaissie, la sous-médiane sans aucune dilatation; frange entrecoupée de gris et de brun. — Chenilles et chrysalides inconnues.
Le genre Chionobas a été établi, détaché de l'ancien genre Saiijrus, pour des espèces qui volent fréquemment au-dessus des neiges, comme l'indique le nom du genre. Elles se rencontrent en effet sur les plateaux des montagnes les plus élevées, au-dessus de la région des arbres, au milieu des glaciers et dans les régions polaires arctiques. Ce sont des Satyres ayant des ailes minces, d'un gris fauve livide, et qui semblent comme étiolés par le froid, Nous citerons le C. Aello, Esper, des sommités des Alpes de la Suisse et du Tyrol ; les ailes supérieures d'un fauve pâle, bordées de noirâtre, la base obscurcie, avec trois ocelles noirs sur les ailes supérieures, l'apical très petit, et un ocelle noir, à pupille blanche, à l'angle anal des ailes inférieures ; le dessous de celles-ci étant nuageusement*marbré de noirâtre, de fauve et de blanc jaunâtre. On trouve en France ce Papillon, qui est assez répandu dans les collections, volant en juillet et août dans les Alpes de la Savoie et de la Suisse ; à Chamonix, il faut aller pour le prendre jusqu'au Jardin ou aux Grands-Mulets. On assure qu'on l'a vu, mais très rare, dans les Basses-Alpes, près de Barcelonnette^ sur les dernières crêtes accessibles de la montagne du Pain de sucre, près des neiges perpétuelles. Les autres Chionobas sont surtout de l'extrême nord de l'Europe et fort peu connus dans leurs mœurs. Tels sont : C. lialder, IJoisduval (pi. lxxxhi, fig. 1; le même de profil, fig. 1 a ; 1 b, tête grossie; 1 c, antenne grossie; 1 d, bouton de l'antenne très grossi). Cette espèce ressemble à C. Aello, mais avec taille plus petite, les ocelles noirs très réduits; elle est du cap Nord, du Groenland, et se trouvait en Islande dans la première moitié de ce siècle. C.Norna, Esper, volant en juillet dans le nord de la Laponie; C. Jutta, llùbner, de la Laponie méridionale; C. fiooie.v, Boisduval, du cap Nord et du Groenland; C. Bure, llûbner, de la Laponie septentrionale; C. OEiio, Boisduval, du cap Nord et indiqué d'Islande, dont il aurait probablement disparu récemment, d'après M. Staudinger, avec les autres Diurnes, etc. Citons encore C. Ccliincne, Cramer (,syn. Tarpeia, Esper), des rives du Volga en Russie. Le genre Chionobas renferme plus de vingt espèces. Outre les localités déjà indiquées, on rencontre des' espèces en Californie, à l'île Vancouver, dans les niontagues Uocheuses, l'Himalaya, le (.hili et à Port-Famine (Patugonie).
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EREltiA , Boisduval, Dalman (syn. Maniola, Schrank). — Tête un peu moins large que le corselet et entièrement unie avec lui; antennes de longiunir variable, terminées par une massue ovale, oblongue, très distincte de la tige cl très aplatie. Palpes écartés, couverts de poils serrés, fins, soyeux, le dernier . peu distinct et à peu près aussi velu que les autres. Veux glabres. Ailes arrondies, plus ou moins velues à leur base, les nervures des supérieures sans dilatation sensible à leur origine, quelquefois la costale un peu plus saillante que les autres, surtout en dessous. — Chenilles et chrysalides encore peu connues.
Le genre Erehia a été détaché, avec beaucoup de raison, îles Satyrus de Fabi-icius, d'après la coloration générale et surtout par les mœurs et l'habitat. Ce sont les Satyres nègres des anciens auteurs, car les ailes de leurs nombreuses espèces sont d'un brun noirâtre, presque toujours traversées, près du bord lermnial, par une large bande d'un l'oux ferrugineux, chargée de gros points noirs avec pupille blanche; parfois la bande n'existe qu'aux ailes supérieures, ainsi chez E. Ligca, Cassiope, Epistigne; parfois elle manque aux deux ailes, comme dans E. OEme, mais il y ;i toujours les ocelles entourés de fauve rougeâtre. Les Erébies ont, le plus souvent, la frange des ailes unicolore et d'un blanc grisûtre; chez certaines, comme E. Ligea et Euryale, elle est entrecoupée de gris et de noir. Ces Satyres nègres sont toujours de localités froides, presque toujours par l'altitude, quelquefois par la latitude: ainsi E. Dioxippe, Hubner, qui vole à la tin de juin en Laponie et dans les steppes de la Dalécarlie ; E. Disa, Thunberg, habilanf la Laponie. On peut dire que les Érébies manquent dans les pays absolument plats et peu élevés au-dessus de la mer. Ce genre semble peu répandu dans les îles, même grandes. Ainsi il n'y a aucune Éi'ébie en Corse, où cependant existent des montagnes élevées, conservant même une neige continuelle au sommet en ceriaines années; tandis que ce genre oO're un grand nombre d'espèces sur le continent européen, il n'en existe que Irois dans les îles Britanniques : E. Cassiope (the SiiuiU Ringlel), E. Blnndina {the Scotch Argus), E. Ligea {theScarce Scotch Argus). Ce genre compte plus de soixante espèces, la plupart d'Europe, les autres de rAfri(|uc australe, de Madagascar (1), de Sibérie , de l'Himalaya, des monts Ourals, de l'Amurland, de l'Amérique arctique, du Chili, de Port-Famine (Patagonie), du Moupin, de la Nouvelle-Zélande, du Colorado. Les explorations des montagnes exotiques accroîtront sans doute ce nombre dans une forte proportion.
On peut dire que les Érébies, qui comptent au moins trente espèces en Europe, et qui n'ont qu'une génération par an, sont presque toutes propres aux montagnes élevées ou moyennes; il en est cependant qui descendent en plaine, mais toujours sur des plateaux boisés assez élevés
l\j 11 existe à .AIail;iL,'ascar des montagnes de pins de i'M) niclrci d'allitudr, oià la t(;in|i('ratui'c s'abaisse parfois la nuit au-dessous de zéro.
h HE tu A. '22,î
et oiululés de collines. Nous citerons, de ce dernier groupe : /:'. Mcdusn, cat. de Vienne; le Moyen nègre à bandes fauves, d'Engramellc. /j2 miilimùlres d'envergure chez le mâle, ailes d'un brun noir, arrondies, les supérieures avec une bande d'un ferrugineux jaunâlre, ornée de six taches, 1, /i et 6 plus petites, souvent nulles, les deux dernières arrondies et isolées, 2, 3, 5 et souvent 6 chargées chacune d'un œil noir, les inférieures avec trois ou quatre taches antéterminales, fauves, arrondies, ayant chacune un œil noir; dessous d'un brun plus clair, avec la répétition des caractères du dessus, les yeux du sommet souvent seuls visibles; femelle plus grande, d'un brun plus pâle, avec les taches plus jaunâtres et les yeux plus grands; chenille à toute sa taille en mai, vivant sur le panic sanguin {Panicum sanguinale), pubescente, d'un vert clair, avec une bande dorsale et trois lignes latérales d'un vert plus foncé, la bande dorsale bordée de chaque côté d'un liséré d'un blanc \erdûtre; en outre, une ligne de la même couleur audessus des pattes qui sont vertes, ainsi que la tète et les pointes caudales. Papillon en mai et juin dans les régions orientales de la France, surtout dans les bois élevés, mais descendant en certains endroits dans la plaine, comme cela arrive pour les belles promenades boisées des environs de Bade ; Doubs, Vosges, Alsace, Jura, environs de Colmar, d'Épinal, de Metz, de Pontarlier, Aube, sur les collines, près de Barsur-Seine, Saône-et-Loire, assez commun en mai et en juin dans les forêts élevées et dans les prairies silvatiques de Planoise, Prudhun, Canada, Monijeu, etc., toujours très localisé, et ne descendant pas en plaine dans ce département; rare dans le Cher et très localisé dans les forêts de Saint-Palais et d'Allogny. Cette Érébie est celle qui s'approche le plus de Paris, ainsi que la suivante. — E. JEthiops, Esper (syn. Blandina, Fabr.), le Grand Nègre des bois, nom donné aussi par Fngramelle au Satyrus Phœdra, mâle de àli millimètres d'envergure, les ailes d'un brun noir, les supérieures avec une bande ferrugineuse courte, arrondie, déprimée au milieu des deux côtés, de manière à donner le dessin grossier d'une semelle; quatre ocelles sur cette bande, d(Hix au sommet, plus gros et réunis, l'inférieur isolé, l'intermédiaire très petit, souvent nul, presque toujours sans pupille, les ailes inférieures un peu dentées, avec trois ou quatre ocelles sur autant de taches ferrugineuses; dessous des ailes supérieures d'un ferrugineux plus clair que le dessus, dessous des inférieures d'un brun rouge, avec deux bandes blanchâtres, l'une basilaire, l'autre antélerminale, sur laquelle sont les ocelles du dessus, dont la pupille seule est apparente; femelle plus grande, plus pâle, avec le dessous des ailes inférieures jaunâtre ou vcrdâtre, les bandes blanches plus prononcées, les yeux plus gros, plus apparents, parfois au nombre de cinq. Fii juillet et août, des bois et plaines du nord-est et du centre de la France, du nombre; des Erébies qui ne s'élèvent pas très haut, Vosges^ Golmar, Épinal, Sainte-Marie-aux-Mines; rare dans l'Indre, forêt de Ghâteauroux, bois de Chabencl; commune dans le bois
GIRAKD, IN. — 1 J
de Saint-Florent (Cher), et en Auvergne, au Mont- Dore, à Riom, ù Volvic (Maurice Sand), dans Saône-et-l.oire, des mêmes localités que E. Médusa, mais ne volant qu'en août et paraissant tenir moins à la montagne, etc. Godart dit avoir capturé E. Blandina dans la forêt de Villers-Cotterets, par conséquent non loin de Paris. —E. Ligea, Linn., a frange entrecoupée de blanc et de noir, habitait les bois de médiocre élévation et même les plaines, de juillet et d'août; la bande rougeùtre et triangulaire des ailes supérieures portant trois ocelles noirs à pupille blanche, les ailes inférieures sans bande, avec trois ocelles accolés, rougeûtres, à iris noir, à pupille blanche, peu apparents et seulementnoirâtres en dessous sur un bord d'un gris violacé. Chenille en jnin, sur le panic sanguin (Pan/c(tm sanfiuinale), pubescente, à fond jaunâtre, avec une raie dorsale noirâtre, placée entre deux lignes vertes ; en outre, de chaque côté du corps, une bande verte, suivie de deux lignes de la même couleur, les pointes caudales vertes, les pattes jaunâtres, la tête fauve; est et centre de la France, Vosges, le Valtin, le Champ de Feu, environs de Grenoble, Basses-Alpes, Mont-Dore, Clermont-Ferrand et Volvic, en Auvergne, Guéret, dans la Creuse; le Lioran, dans le Cantal (Maurice Sand), etc. — E. Stygne, Ochsenheimcr, la plus abondante en sujets des Erebia, dans ces localités, et comprise dans les espèces qui ne s'élèvent pas très haut ; envergure des deux sexes, Zi2 millimètres; les ailes d'un brun noir foncé, arrondies, avec une bande ferrugineuse sur les supérieures, sinuée extérieurement, dentée intérieurement, avec trois yeux noirs k pupille blanche, les deux antérieurs réunis, le dernier isolé; en outre, souvent deux autres plus petits, habituellement sans pupille, l'un apical, l'autre intermédiaire ; les inférieures avec une bande de taches ferrugineuses, avec trois à cinq yeux, dont deux manquent souvent; dessous des ailes supérieures ne reproduisant jamais que trois yeux, lors même qu'il y en a cinq en dessus ; dessous des inférieures avec une bande antémarginale un peu plus claire et à peine sensible, répétant les yeux du dessus, mais plus petits et ordinairement sans contour ferrugineux; femelle plus terne, les yeux mieux marqués en dessus, ceux qui sont accidentels parfois de même grandeur que les autres; le dossous des ailes inférieures offrant la bande plus visible et le fond saupoudré de gris. En juillet : Alpes, Pyrénées, Basses-Alpes, Vosges, Tout, Sainte-Croix, dans la Creuse, où l'espèce est rare, commune au contraire en Auvergne, à Royat, au Mont-Dore, sur les pelouses des montagnes Maurice Sand), près de Florac, dans la Lozère.
La plus grande partie des Érébies sont exclusives à ces régions dites des montagnes, souvent fort élevées; leur chasse est réservée, à parj les habitants, aux amateurs privilégiés qui peuvent passer l'été dans los localités chères aux touristes. Nous chercherons à leur donner les indications les plus exactes, en nous servant surtout des notes de notre collègue et ami, M. J. Fallou, qui a capturé, presque sans exception, toutes
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les espèces de la fiance. On doit recommander aux personnes qui veulent prendre un grand nombre d'espèces diverses de ces Satyres nègres de fixer leur résidence à une certaine élévation, afin de ne pas être forcées de faire tous les jours de grandes ascensions, ce qui amène beaucoup de fatigue et fait perdre un temps considérable. 11 faut au moins une bauteur dQ 1000 mètres; l'entomologiste éprouve alors la satisfaction que, dans ses promenades, il voit apparaître des espèces nouvelles tous les UOO à 500 mètres dans la verticale. Les meilleures localités qu'on puisse choisir, comme demeure d'été, sont le village du Mont-Dore, en Auvergne ; Vernel-les-Bains, dans les Pyrénés-Orientales ; Gavarnie , dans les Hautes-Pyrénées; Cbamonix en Savoie; Zermatt, dans le Haut-Valais. Nous citerons rapidement presque toutes les espèces : E. Evias, Lefèvre, espèce assez rare, s'élevant haut, en juillet, Alpes, Basses-Alpes, Larche, Hautes-Pyrénées, pic de Bisos, Pyrénées- Orientales,Vernet-les-Bains. — E.Cassiope, F'abr., Alpes, Pyrénées, Vosges, commune au Valtin et sur le Brézouard , en juillet, commune sur les plateaux élevés du Mont-Dore, en Auvergne, fin juin, juillet et commencement d'août, et, dans le Cantal, au Lioran (Maurice Sand); les individus des Vosges sont plus noirs , avec la bande ferrugineuse plus vive et les points noirs plus marqués que dans les sujets des Alpes et de l'Auvergne (Bercej ; aberr. Nelumiis , Boisduval, différant de Cassiope en ce que les points noirs sont en totalité ou en partie effacés, avec le type, mais plus rare : Cassiope est une variété d'^". Epiphron, Knoch, des sommités du nord de l'Allemagne , se trouvant aussi , d'après M. Berce, en même temps que Cassiope, sur les hauts sommets des Vosges, au Chaume de Tanet , au Brézouard, en juillet : ce type allemand diffère de Cassiope par une taille généralement plus grande, les points noirs plus gros, mieu\ alignes, souvent à pupille blanche, surtout chez les femelles. - E. Melampus, Fuessly, pas rare en juillet et aisée à capturer, dans les prairies élevées des Alpes de la France et de la Savoie, mont Cenis, montagnes du Var, dans les Basses-Alpes, Larche, lac de la Madeleine, etc. — E. Ttjndarus, Esper (syn. Dromus, Fabr.), espèce très commune dans les Alpes et les Pyrénées, commune en Auvergne, fin juin, juillet et première quinzaine d'août, sur le versant méridional du Puy-de-Sancy, à la Cacadogne, aux Gorges-d'Enfer, au Mont-Dore : on la reconnaît tout de suite à sa petite taille, 33 millimètres d'envergure, et surtout à ce que les ailes brunes ont un reflet vert chatoyant, du plus bel aspect quand le papillon, récemment éclos, vole au soleil ; cette espèce vole très haut dans les Alpes et les Pyrénées, où M. J. Fallou l'a rencontrée jusqu'à 2800 mètres, et très commune à 2000 mètres : il y a deux races, l'une des Alpes et d'Auvergne, à fond plus sombre, l'autre des Pyrénées, où les ocelles se détachent sur des macules fauves plus étendues que dans le lype précédent, ce qui produit un aspect général moins rembruni; au Monlanvert, près du Mont- Blanc, E. Droiaus n'a plus que de petits points oculaires, et, au Talèfre,
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dernière limite de la végétation européenne, cette Ércbic, plus petite . et plus ibncéc, ayant à peine trace de la bande ferrugineuse, est dépourvue totalement de taches oculaires , à tel point que leurs traces disparaissent entièrement; c'est là l'aberration Cœcodroînus, Guenée. — E. Pyrrha (catal. de Vienne), espèce assez commune, en juillet, dans les Pyrénées, les Alpes, l'Auvergne, prairies des plateaux du Mont-Dore, a Cacadogne, dans les Vosges, le llohneck, parfois, tandis que le type est très oculé, entièrementdépourvue d'ocelles, et formant alors l'aberration locale Cœcilia, Boisduval, des mêmes localités que le type. — E. Euryale, Esper, espèce à frange entrecoupée de blanc et de noir, variant beaucoup, très commune dans les Pyrénées et les Alpes, Larche, prairies du Godemart, Pain-de-Sucre, en Auvergne, prairies élevées du Mont-Dore, en juillet et août, au Lioran, dans le Cantal (Maurice Sand). — E. Pronoœ, Esper, syn. ^ rac/ine, Fabr., hautes prairies des Pyrénées et sus du Mont-Dore, Auvergne. — E. Neoridas, Boisduval, Isère, Lozère et des Alpes, en août, Mont-Cenis, Villard-Saint-Jean , dans le Dauphiné, Murât, dans le Cantal, juillet et août (Maurice Sand), pâturages au-des- Dasses-Alpes, environs de Barcelonnetle et de Larche, Auvergne, à Clermont-Ferrand, Royat, Gravenoire, au plateau de Gentioux, dans la Creuse, au Lioran, dans le Cantal, au commencement d'août, et commun (Maurice Sand). — E. OKine, Hûbner, Alpes de la France et de la Savoie, en Auvergne, mais rare, en juillet et en août, au Puy-de-Sancy ; E. Epistygnc, Boisd., de localités restreintes, Var et Basses-Alpes, au commencement d'avril dans les montagnes arides des environs d'Aix, aisée à prendre, car elle vole lourdement : ne durant que très peu de temps.— £■. Manto, calai, de Vienne (syn. Lappona, Esper), assez commune sur les hauts sommets des Alpes et des Pyrénées, près des neiges éternelles, Galibier, Ilaul-Uichard, dans le Dauphiné, Lauzanier, dans les Basses-Alpes, au Puy-de-Sancy, Auvergne, en juillet, mais rare (Maurice Sand). — E. Ceto, Hûbner, assez commune dans les Pyrénées, dans os Basses-Alpes, montagnes de l'Ozglosse et de Malmorte , aux bords de l'Lbayette, dans le Dauphiné , au Laularet près du Bourg d'Oisans,lscre(l),près de Murât, dans le Cantal, en juillet (Maurice Sand). — E. Scipio, Bohd., espèce peu répandue , trouvée seulement dans les Basses-Alpes, en juillet, environs de Digne et de Barcelonnetle, prairies de l'Ozglosse, Larche, Malmorte, etc. — E. Goanle, Esper, en juillet et août, environs de Digne, Larche, Mont-Ccnis, etc. M. J. Fallou n'a pris celte espèce que dans la Savoie, à Chamonix et dans le Haut-Valais, à Zcrmatt, où elle était commune en août ; il ne l'a jamais rencontrée au-dessus de 2000 mètres; la femelle est plus rare que le mâle, dont elle dillore par la taille. — E. Gorgone, Boisd.,en juillet, dans les Hautes- Pyrénées, sur les pelouses escarpées, à 20UO mètres d'altitude. — E. Gorge,
(1) L(! L;uiLarL'l, avec Ses niayiiiliques prairies aliiines, est une des luoilleures stalious fiitoiiioloi^iques do t'iaiiec.
LYCÉMENS. 229
Esper, espace assez rare, des sommets rocailleux: des montagnes, Pyrénées, Basses-Alpes, Larche, environs du lac de la Madeleine, hautes prairies du Pain-de-Sucre, Mont-Cenis, en juillet et août, Isère, au fialibier, au Haut-Hichard , etc. Cette espèce s'élève très haut, car .M. J. Fallou l'a prise au sommet du Canigou (Pyrénées-Orientales), volant en compagnie d'E. Lefevrei, et rare au Gornergrat et au-dessus de l'hospice du Grand-Saint-Bernard. — E. .l/fc/o, Hùbner, espèce assez rare partout, en juillet, des hauts sommets rocailleux des Hautes et Basses-Alpes, prairies de l'Ûzglosse, du Pain-de-Sucre et de la Madeleine, Mont-Cenis, sommetsau-dessusdu lac, en Dauphiné, sommets du Galibier et du Haut- Richard. C'est FErébie qui s'élève le plus haut dans les Alpes, fort difficile et même dangereuse à prendre, à cause des escarpements; M. J. Fallou l'a capturée, mais défraîchie, le 10 août, au sommet du Gornergrat, à 3150 mètres d'altitude. — E. Lefevrei, B()isd.,qui n'est peut-être qu'une variété pyrénéenne de l'^". il/^/as, Herbst, qui vole en juin et juillet dans les montagnes de la Hongrie. Cette espèce paraît très sensiblement en entier d'un brun noir, les bandes qui portent les ocelles étant à peine lavées de rougeâtre; Hautes-Pyrénées, pics de I.éviset du Midi, et hauteurs qui dominent le cirque de Gavarnic. M. J. Fallou a pris plusieurs individus de cette espèce recherchée des amateurs, et rare, sur le sommet du Canigou (Pyrénées-Orientales), au risque de se tuer dans la mer de pierres où il faut aller pour capturer l'espèce. Nous citerons, comme une localité intéressante pour les Érébies, d'après M. Bellier de la Chavignerie, la montagne de Faille-Feu, au nord-est de Digne, où l'on prend, en s'élevant successivement, les E. Stygne, Euryale, Droiniis, plus haut, puis Cassiope, Goante, puis Gorge, sur les sommets dénudés. M. Bellier de la Chavignerie a reconnu l'existence de dix-sept Erehia dans nos départements des Hautes et Basses-Alpes, ce sont : E. Cassiope, Melampus, Mnestra , Ceto , Stygne, Evias. Epistygm,Scipio, d'une chasse presque impraticable par l'escarpement des pentes (col de la Madeleine, Larche), Alecto, Xeoridas, Ligea, Eurynle, Goante, Gorge, Gorgophone , Manto, Dromus , et il est probable qu'on y trouvera en outre les E. OEine, Pyrrha, Pharle. Ce sont donc là les régions de la France qu'on doit le plus recommander aux amateurs.
Tribu des LYCEmEMS.
HEXAPODES, au moins (hoz les femelles.
Cette tribu des Lycéniens se compose de Lépidoptères d'assez faible taille, car il n'en est qu'un petit nombre qui atteint la taille moyenne des papillons ordinaires ou Macrolépidojjlères. Ces plus petits papillons de jour ne sont pas moins bien partagés que les grandes espèces sous le rapport de l'élégance des formes et de la variété des couleurs. Chez
beaucoup d'entre eux les ailes inférieures se prolongent en queues plus ou moins longues, ce qui faisait désigner certaines espèces, par les anciens auteurs, sous le nom de Petits porte-queues. Antennes droites, terminées par une massue graduellement allongée; palpes ayant leur troisième article nu, presque dénué d'écaillés; pattes ambulatoires, au nombre de six, au moins dans les femelles ; abdomen caché presque en entier au repos par les deux bords internes des ailes inférieures, qui se joignent en dessous et forment une gouttière, peu prononcée quand ces ailes sont étalées. — Les chenilles des Lépidoptères de cette tribu sont lentes et se déplacent peu sur les végétaux qui les nourrissent, l'^n général, elles sont élargies, hérissées de poils fins, avec la tète très petite et globuleuse et les pattes très courtes, de sorte que la plupart ressemblent à des Cloportes (Oniscus) par la forme et l'aplatissement de leur corps, ce qui les fait appeler chenilles onisciformes dans les ouvrages d'entomologie. Les chrysaUdes sont arrondies, hérissées de poils fins et attachées par la queue et par un lien ceinturai.
LYCÉNIDES.
Antennes droites, à tige annelée de blanc. Yeux oblongs, cernés de blanc. Palpes dépassant de beaucoup la tête et dont le dernier article est toujours plus grêle et bien distinct des deux autres. Thorax robuste. Ailes à cellule discoïdale fermée par une petite nervure; crochets du bout des tarses très petits. Abdomen plus court que les ailes inférieures. — Chenilles à télé petite et rétractile, onisciformes, à pattes extrêmement courtes. — Chrysalides contractées , obtuses aux deux bouts, à segments immobiles, généralement attachées par la queue et par le milieu du corps, parfois reposant libres sur le sol.
Les Lycénides présentent une assez grande quantité de genres, dont plusieurs très nombreux en espèces. L'Europe en possède une assez forte proportion, et elles sont répandues dans les autres parties du monde. Ce sont les plus petits papillons diurnes , et il n'en est aucun qui atteigne même la taille moyenne. Les mouvements des Lycénides sont vifs et gracieux. Leur vol n'est pas très rapide, mais il est vif et saccadé, de sorte qu'ils échappent assez facilement à la vue, bien qu'ils ne s'éloignent guère du lieu d'où on les fait partir. Beaucoup d'entre eux sont ornés de couleurs éclatantes, fauves ou dorées , bleues ou argentées : ce sont de véritables petites fleurs parmi celles de nos prairies. Tant que le soleil brille, ils voltigent avec vivacité et comme étourdiment sur les feuilles ou les fleurs, fermant et ouvrant alternativement leurs ailes et restant rarement dans un repos complet. Les papillons ont en général les antennes annelées de noir et de blanc, les pattes complètes chez les femelles, à dernier article du tarse oblitéré et à ongles nuls chez les mâles.
LYCiENA. "231
Le? œufs des Thecla et des Polijommatus paraissent pul)escpnts à la vue simple; cela tient à ce qu'ils sont couverts d'écaillés imbriquées, comme les bractées d'un artichaut. Les chenilles ont un sillon dorsal plus ou moins prononcé .
GENRES PRINCIPAUX
IiYC.¥;!V.\. Oclisenheimer. Boisduval. — Antennes assez allongées, terminées par une massue pirifornie à son extrémité. Palpes courbés , le second article garni de poils courts et serrés, le troisième nu , .^rêle et fusiforme. Bord postérieur des secondes ailes arrondi dans le ]>lus grand nombre des espèces, échancré à l'angle anal dans quelques-unes, avec une petite queue linéaire ou filiforme près de ce même angle dans quelques autres. Dessus des ailes presque toujours bleu dans les mâles, brun dans les femelles, le dessous grisâtre avec des points ocellés dans les deux sexes; tarses minces et d'une seule couleur. — Chenillos en ovale allongé, épaisses. — Chrysalides un peu déprimées sur le dos.
Les Lycî'nes frappent tout de suite les yeux par la charmante couleur bleue, de diverses nuances, des ailesdos mâles, tandisque les lemellesont généralement les ailes brunes. Il y a des femelles qui ont normalement les ailes saupoudrées de bleu à la base, sur un fond brun ; on en rencontre parfois où le bleu des ailes est dû au genre d'aberration : femina maris colore. Les mâles sont en général plus grands que les femelles et les entraînent dans l'accouplement, qui est long et s'opère les corps opposés, au repos sur une tige ou une feuille. On rencontre souvent les Lycœna à terre, occupés à boire en troupe, là où le sol laisse suinter de l'eau. C'est le genre le plus nombreux en espèces. Les chenilles vivent sur les l^égumineuses, sur des plantes herbacées ou sur des arbustes, les unes dans les gousses, aux dépens des graines, les antres mangeant des feuilles ou des fleurs, il arrive assez souvent, dans les Lycènes, que les taches ou les ocelles du dessous des ailes inférieures offrent des aberrations par confluence, ou manquent plus ou moins, ou sont remplacées par des traits noirs. Un certain nombre de cas d'hermaphrodisme bilatéral ont été constatés chez les I>ycènes, rendus très frappants par le contraste de la couleur bleue de la moitié mâle avec la couleur brune de la moitié femelle. On «lirait, dans ces hermaphrodites, que les deux moitiés de papillons, chacune d'un sexe «litférent, sont colléas dans le sens de leur longueur, de la tète à l'anus, sans qu'il soit possible d'apercevoir de suture. On a signalé notamment ces hermaphrodites chez les Lycœna Alexis et Adonis, et Vohjommatus //c/Ze (Alexandre Lefévre, ann. Soc. entom. de Fr., 1835, p. l/iO . Dans la collectidti Boisduval se trouvait un très curieux hermaphrodite croisé de Lycœna Alexis, présentant, mâles et bleues, les ailes supérieure droite et infé-
r32 LÉPIDOPTÈRKS.
l'ietire gauche, et les deux autres femelles et brunes. Il y avait, en outre, un liermaphrodisine aux trois quarts de L. Alexis. Les chenilles des Lijcœna et des PoUjommatus sont peu crêtées et carénées. Les chrysalides sont souvent posées sur la terre, sans attache.
Nous citerons parmi les espèces les plus répandues en France : L. Bœ^ tica, Linn., le Porte-queue bleu strié, de Geoffroy, se trouvant aussi aux îles (lanaries, charmante espèce avec une queue grêle à l'aile inférieure et deux taches à son origine, des parcs el grands jardins, espèce importée, volant en août et septembre; la femelle pond dans les gousses du baguenaudier (Colutea arborescent) et ne confie qu'un œuf à chaque graine ; la chenille, qui est d'un vert plus ou moins foncé, avec le dos jaspé de rouge, se nourrit de la graine et passe de l'une à l'autre, puis passe dans une autre gousse, en bouchant le trou par lequel elle s'y est introduit; à défaut de baguenaudier, elle mange des pois verts. Chrysalide jauncltre, avec cinq rangées de points noirâtres le long du dos.
— L. TiVes/as, Roltenburg ou Amyntas (catal. de Vienne), aussi avec une petite queue grêle au bout des ailes inférieures, le Petit porte-queue d'Engramelle, volant isolément en juillet et août dans les prairies et les clairières des bois, les ailes du mâle d'un bleu violet avec la bordure noire, et quelques points terminaux noirs aux ailes inférieures, la base du dessous des ailes d'un vert bleuâtre. Les autres espèces , bien plus nombreuses, de nos Lycœna , n'ont pas de queue. Ainsi L. /Egon (cat. de Vienne), très commun partout, existant dans les Iles-Britanniques, en mai et juin, puis en août et septembre, le mâle d'un bleu violet foncé et la femelle brune, une bordure noire assez large et la frange blanche, le dessous cendré avec de gros points noirs cerclés de blanc, mais non à la base des ailes supérieures, et une série marginale de taches fauves avec arcs noirs et points noirs. Chenille sur les genêts.
— L. Argus, Linn., moins commun que le précédent el lui ressemblant beaucoup, souvent plus grand, avec la bordure noire plus étroite, les points ocellés du dessous en série mieux alignée, moins en faucille que chez L. Aigon, la femelle brune, à ailes souvent saupoudrées de bleu à la base ; vole en juillet et août, dans les clairières des bois secs remplis de bruyères. Chenille pubescente, d'un vert brunâtre, avec des lignes ferrugineuses longitudinales, les autres transverses, bordées de blanc, tête et pattes écailleuses noires, en mai sur le mélilot , les genêts, les sainfoins et autres Légumineuses. Chrysalide svelte , d'un brun verdâtre, avec le bord postérieur de l'enveloppe des ailes et les dei'uières incisions du corps ferrugineux. Dans ces deux espèces, souvent confondues par les jeunes amateurs, ou trouve des femelles avec le disque des ailes supérieures et inférieures bleu comme chez le mâle. — /.. Medon, llufnagel, ou Ageslis (cat. de Vienne), à ailes d'un brun noirâtre dans les deux sexes, ce qui l'a fait nommer The lirown Argus par les Anglais, avec un point discoïdal noir el une rangc'-e marginale de lunules fauves, est commun dans les régions calcaires en juin, août el septem-
r.vr.ENA. 233
bro, dans les bois, les champs, les prairies , le long des chemins. Le L. Icarus, Rottenbiirg ou Alexis (catal. de Vienne), existant aux îles Canaries, est un de nos Lycènes les plus communs, se trouvant dans les Iles-Britanniques, The Common Blue ; les ailes du mâle d'un bleu violet soyeux, avec une fine bordure noire etla frange blanche, celles de la femelle brunes, souvent saupoudrées de violet, le dessous d'un gris cendré avec beaucoup de points noirs ocellés, dont deux ou trois à la base des ailes supérieures, et une rangée de taches fauves triangulaires appuyée sur des points noirs. Chenille duveteuse, verte, avec le dos plus foncé , vivant sur la luzerne , le trèfle, les Ononis , Ilcydisarum, Astragaliis, Onobrychis, sur la bugrane, le fraisier, etc., adulte pendant toute la belle saison, dans les prairies, les champs de trèfle et de luzerne, etc. — L. Adonis (catal. de Vienne), Y Argus bleu céleste U'Engramelle, The Chifden blue des Anglais, est celui de nos Lycènes dont la couleur bleue est la plus pure, les ailes d'un beau bleu d'azur finement bordées de noir, la frange blanche entrecoupée de noir; en dessous un cendré roussàtre, des points ocellés, dont un ou deux à la base, des lunules fauves au bord marginal; femelle brune, souvent saupoudrée de bleu, et parfois toute bleue; var. Ceronus Esper, de la France centrale et méridionale. L'Adonis., toujours bien moins commun que l'Alexis, vole en mai, puis en juillet et août, dans les clairières, les lieux secs et pierreux. Chenille pubescente, verte ou d'un bleu clair, avec une ligne dorsale plus foncée et comprise entre deux rangs de taches fauves triangulaires, sur ÏHippocrepis, divers trèfles et le genêt herbacé, dont elle ne mange que la fleur. Chrysalide d'un gris noirâtre ou verdâtre. — L. Corydon, Scopoli, un de nos plus grands Lycènes, V Argus bleu nacré d'Engramelle, se trouvant dans les îles Britanniques, le mâle d'un bleu argentin , à frange blanche entrecoupée de noir, la bordure noire ocellée sur les ailes inférieures, la femelle brune, avec le dessous d'un brun roux. Chenille en mai et juin sur les Trifoliiim , Lotus, Hippocrepis, etc.; adulte assez commun en juillet et août, mais localisé surtout dans les bois secs et pierreux, souvent en grand noml)re sur les fleurs de thym et de serpolet. Je ne l'ai vu nulle part aussi abondant que dans la Charente, sur la route entre bois allant de Jarnac à Rouillac; on en faisait lever des troupes à chaque pas, et, çà et là, parmi les femelles brunes, on voyait voler l'aberration Syngrapha, Keferstein, femelle de la couleur du mâle, d'un bleu un peu plus sombre, la bordure noire plus nette, les taches fauves plus vives. — L. Argiulus, Linn,, nommé en Angleterre the Azuré blue, d'un bleu violet pâle, la bordure noire élargie à l'angle apical; le dessous d'un blanc bleuâtre légèrement teinté de verdâtre à la base, avec un arc central et une ligne transversale de petits points noirs non ocellés; femelle de la couleur du mâle, avec la bordure noire très large, un arc noir aux ailes supérieures et une rangée de points noirs au bord externe des inférieures; en mai, puis fin juillet, toujours isolé, voltigeant autour des arbres et des buissons, des
23/i LÉPIDOPTÈRES.
clairières de bois et des jardins, mOme dans les villes. Chenille pubes cente, d'un vert jaiinAtre, avec le dos d'un vert foncé, la tête et les pattes noires ; en juin et septembre, sur le lierre et la bourdaine. Chrysalide lisse, verte à la partie antérieure, d'un brun mélangé à sa partie postérieure, avec une ligne noire sur le dos. — L.C!///aru«, Rottenburg, VAj-giis bleu à bandes brunes d'Engramelle, qui n'existe pas dans les îles Britanniques, un de nos plus beaux Lycèncs de toute la France, mais jamais commun; des jardins, prairies et clairières des bois humides, en mai, juin, juillet; ailes d'un bleu violet un peu satiné, avec bordure noire assez large aux supérieures, plus étroite aux inférieures; frange grisâtre , dessous d'un gris cendré , avec une petite lunule centrale et une ligne courbe de gros points noirs ocellés aux ailes supérieures, une large teinte verdâtre à la b'ise des inférieures et une série de petits points ocellés, souvent nulle ; femelle d'un brun noir, avec le disque plus ou moins largement saupoudré de bleu violet. Chenille en j.uin et juillet, sur les luzernes, les trèfles, les Onobrijchis , le mélilot , le genêt herbacé, diverses Astragales, pubescente, d'un vert jaunâtre pâle, avec une ligne rougoàtre le long du dos et des lignes transverses d'un vert brunâtre sur chacun des côtes, les pattes écailleuses noires, les pattes membraneuses colorées comme les lignes latérales. Chrysalide brunâtre.— Le L.Arion,Lmn., le plus grand de nos Lycènes, aussi nommé the Large blue par les Anglais, de la seconde quinzaine de juillet, toujours très localisé, des clairières des bois, ainsi se trouvant aux environs de Paris, à la côte d'Aulnay, à Versailles, sur les hauteurs de Villed'Avray, à Lardy, à Fontainebleau, etc., variant pour la couleur du bleu le nombre et l'intensité des taches noires.
Nous représentons les détails d'un Lycène exotique. L. Roxus, Godart, des Indes-Orientales (pi. i.xxxiv, tig. 7, tète; 7 a, extrémité de l'antenne ; 7 b, palpe dépouillée de ses écailles). Le catalogue de M. Kirby le place dans le genre Cupido, Schrauk.
POl.TOMMATS:<îi, Latr. (syn. Chrysophanus, Hiibner). — Tète plus étroite que le corselet. Antennes presque aussi longues que le corps , terminées par une massue courte. Palpes presque droits, le dernier article nu, long et subulé. Bord postérieur des ailes inférieures prolongé à l'angle anal dans la plupart des mâles, un peu échancré avant cet angle dans les femelles. Tarses épais, d'une seule couleur. — Chenilles en ovale allongé, assez convexes. — Chrysalides courtes, presque ovoïdes, pubesceutes.
Ce genre compte en Europe une douzaine d'espèces, ayant le fond des quatre ailes, en tout ou en partie, d'un fauve doré, soyeux et brillant, au moins chez les mâles. J.es chenilles vivent sur les plantes basses, notamment les Huinex. L'espèce la plus commune en France est le /'. Phlœas, Liiiii., le lironzé de Geolfroy, The Copper des Anglais, papillon qui est commun partout et presque toute l'année, mais surtout à
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l'arriùre-saison, jusqu'en novembre, existant aux îles Canaries. Dans tout le nord de l'Amérique et en Californie, se trouve un P. Hypophlœas qui lui ressemble beaucoup, et que certains auteurs regardent comme de mtîme espèce. Le /*. l'hlœas est un des premiers et des derniers Diurnes qu'on voit voler, surtout dans les clairières des bois et le long des routes, aimant à se poser à terre; les individus de septembre passent l'hiver en chrysalide et ne donnent l'adulte qu'en avril; la chenille se trouve toute l'année sur l'oseille sauvage {Rumex acetosa). Le papillon, pareil dans les deux sexes, ort're les ailes supérieures brunes, avec le disque d'un fauve doré semé de points noirs, les inférieures échancrées, avant l'angle anal d'un brun noir avec une bande marginale fauve, s'appuyant intérieurement sur quatre ou cinq points noirs; en dessous les ailes supérieures ont le disque fauve et des points noirs, les inférieures sont d'un cendré brunâlre, avec de très petits points noirs et une ligne de taches rougeUres; dans une aberration par défaut de pigment, le brun est remplacé par du blanc. A consulter, pour cette espèce , H. Lucas , quelques remarques sur une variété du Chrysophanus l'hlœas. Lépidoptère Achalinoptèrc de la tribu des Eryciniens et de la famille des Lycénides (Aiin. Soc. entumul. de France, 1865). On trouve aux environs de Paris : 1° le type à fond d'un fauve vif; 2° la variété Eleus, où le fauve est remplacé, en plus ou moins grande partie, par du brun; 3" une aberration où le fauve est remplacé par du jaune-paille clair (collection J. Fallou); dans un autre sujet de la même collection' cette couleur se montre à l'aile droite antérieure seulement; ce sont des décolorations accidentelles, tenant sans doute à quelque condition spéciale de la chrysalide, peut-être à une insolation : il est curieux de voir dans le même lieu, ainsi dans le bois de Boulogne, cette aberration albine à côté de la variété mélaiiienne; /i" entin parfois, surtout dans les femelles, il y a quelques points bleus au-dessus des points noirs des ailes inférieures. — Le P. Don lis, Hufnagel, ou Xanthe, Fabr., Y Argus myope, de Geoifroy, qui ne se trouve pas dans les îles Britanniques, est aussi une espèce très commune dans les régions calcaires, paraissant deux fois, en mai puis en août, volant dans les clairières des bois, abondant sur les fleurs des Oriyanum, fréquent aux environs de Paris. Le mâle a les ailes brunes avec des points noirs et une série antéterminale de lunules fauves s'appuyant sur des points noirs, le dessous d'un jaune un peu verdâlrc, avec la répétition des points du dessus pour les supérieures et un plus grand nombre pour les inférieures, la bordure antimarginale fauve enlri» deux séries de points noirs ; femelle à ailes supérieures plus arrondies, fauves, ornées de points noirs plus gros que chez le mâle; nombreuses variétés, surtout pour les femelles, parfois entièrement brunes en dessus, parfois à taches noires confluentes, parfois avec quelques atomes bleus aux ailes inférieures. Dans les montagnes de la Suisse et des Basses-Alpes est une variété Montanus, Meyer-Dûr, à ailes d'un bleu violacé brillant,
sans taches fauves, les points noirs comme dans le type , mais plus petits et très finement cerclés de jaune. — P.Eurydice, Rottenburg, ou Cliryseis (calai, de Vienne). r.4r(/t/s satiné changeant. d'Ulngramelle, manquant aux îles Britanniques, espèce propre aux montagnes subalpines, mais qu'on prend aussi dans les forêts marécageuses, ainsi en juin , à Compiègne, surtout entre les étangs de Saint-Pierre et Pierrefonds, à Chantilly, près de l'étang de la Reine-Blanche. I/espèce est aussi bien des montagnes que des plaines, car la plante qui nourrit la chenille et qui est l'oseille {Rumex acetosdla), vit également dans les prairies basses et dans les prairies élevées; ainsi Duponchel a trouvé ce Polyommate dans les prairies élevées de la Lozère, près du pont de Montvert, et il remarque qu'il existe sur les cimes de la Lozère des marais tourbeux analogues à ceux de la Picardie. On trouve, par aberration, dans cette espèce, les taches rondes du dessous remplacées par des lignes noires, parfois des deux côtés, parfois d'un seul côté, les ailes restant normales de l'autre côté. Le mille a les ailes d'un fauve doré vif, avec reflet de bleu chatoyant, la côte des supérieures et une partie des inférieures d'un noir glacé de bleu violet, deux petits points noirs sur le disque de chaque aile ; en dessous un cendré jaunAtre, avec beaucoup de points noirs cerclés de gris , le disque des supérieures plus ou moins fauve, ainsi qu'une bande antémarginale souvent courte aux ailes inférieures ; femelle brune, avec le disque des ailes supérieures légèrement fauve et ime double rangée de points noirs bien alignés, les inférieures avec une bande fauve plus large et mieux marquée dans le mille. Le P. Hippothoe, Linn., qui se rencontre dans les îles Britanniques, les ailes du mâle d'un fauve doré, avec petite bordure noire crénelée intérieurement sur les inférieures, une lunule noire sur les disques, le dessous des ailes supérieures fauves, avec une petite bordure d'un gris cendré, le dessous des inférieures d'un cendré clair lavé de bleu vers la base, avec une bande marginale d'un fauve rouge, renfermée entre deux rangées de points noirs ; femelle avec plusieurs points noirs sur les ailes supérieures, les inférieures d'un brun noirâtre et une bande terminale fauve, ornée intérieurement de gros points noirs : juin et août dans les lieux marécageux, Colmar, Strasbourg, Metz, et, d'autre part , environs de Saint-Ijuentin. Dans les marais tourbeux de certaines localités de la Somme est une rare et magnifique variété, clispar, à ailes très grandes, qui fut d'abord connue d'Angleterre, des prés marécageux des environs de Cambridge, thc Large Copper, mais qui n'y n'existe plus, depuis qu'ils ont été drainés et livrés à la culture; on trouve cette variété dans les marais au nord et au nord-ouest de Bordeaux (Gironde) en mai, en juin; une seconde éclosion en août et septembre est le type ordinaire Ilippotlt'jc.- - P. Virgaureœ, Linn., qui est aussi de la faune britannique, tfie Scarcc Copper, d'un fauve doré des plus vifs chez le mâle, avec bordure noire, précédée d'un rang de points noirs aux ailes inférieures; la ciienillc de cette espèce vit sur la verge d'or (Solidago
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virgaurea) et sur I;i jiatience sauvage (lUimex aculus), et parât ( deux fois, en juin et en septembre. Les individus de la première génération donnent leurs papillons en juillet et août, et ceux de la seconde en mai de l'année suivante, après avoir passé l'hiver en chrysalide. Ce Polyommate se trouve principalement dans les prairies des montagnes secondaires, volant abondamment dans le Jura pendant les premiers jours d'août; aussi des Alpes, des Pyrénées, de l'Auvergne, des Vosges. — P. Baillis, Fabr. , les ailes brunes chez le mâle, des poils \erts au corselet, un duvet vert sous les ailes inférieures, des points noirs, rouges et blancs en dessous; la femelle a le disque des ailes supérieures et une grande tache marginale aux inférieures d'un fauve clair; vole en mars aux environs de Cannes, d'Hyères, de Toulon, en Espagne, en Portugal, en Algérie. Chenille en mai sur le Lohis hispidus.
Parmi les Polyommates exotiques nous citerons : /'. Thoe, Boisduval, Le Conte, de l'Amérique du i\ord, ayant de la ressemblance avec /*. l'IiUras (pi. i.xxxiv, fig. Zi: /i «, le même de profil; h b, antenne, œil, palpe et spiritrompe), et une charmante espèce de Ceylan et des Indes orientales, le P. Amor, Dalrnan (pi. lxxxiv, fig. 6), du genre Sithon, Iliibner, brun, avec une bande blanche au milieu des ailes supérieures, les inférieures terminées par trois pelites queues, et offrant au bord postérieur trois bandes, l'interne rouge, la médiane noire, l'externe jaune.
TlIl'^f'i.A, Fabr. — Têle plus étroite que le tliorax. Antennes longues, droites, teiiniuccs par une massue ovalu-cjlindrique, souvent grêle ou peu renllée. Yeux visiblemenl cuuveits de poils. Palpes squameux ou à peine ciliés, a trois articles bien distinets, le troisième presque nu et subulil'orme et presque aussi long que le second, lîord |iostérieur des ailes intérieures ayant presque toujours une petite queue linéaire, souvent précédée en dehors d'une dent plus ou moins saillante. Tarses courts et toujours de deux couleurs. ■ — Chenilles eu forme d'écusson aplati, large en avant, rétréci en arrière. — Chrysalides courtes, un. peu rugueuses, pubescentes, convexes en dessus, plates en dessous.
Les papillons du genre Tkecla, pourvus de petites queues filiformes, volent autour des arbres avec une grande vivacité et se posent sur les feuilles souvent très élevées. Les chenilles sont carénées sur les côtés et crètées sur le dos, les chrysalides allachées aux feuilles ou aux brandies. Les (!spèci!.s d'ilurope, qui sont peu nombreuses, ont les papillonsTgénéraleiuenl bruns en dessus, les deux sexes souvent peu différents, le dessous sans ocelles. 'Les espèces exotiques sont très abondante.-;, dans le gein-e Tlwcla et les genres annexes, et très souvent parées dt; nuances bleucis éblouissantes; mais leur dessous ressemble plus ou moins à celui des espèces européeinies. Les espèces du genre Tkecla sont répandues dans toutes les parties du monde, do taille
médiocre, rarement moyenne. Dans l'accouplement des Thecla la femelle porte le mâle. Les chenilles vivent généralement sur les arbres et les arbrisseaux.
Parmi les espèces d'Europe, nous citerons d'aboid la plus grande de tous nos Lycénides; c'est le T. betulœ, Linn., le Porte-queue à bande fauve d'Engramelle, the Broam Hairstreak des Anglais, de 36 millimètres d'envergure, les ailes brunes chez le mâle, ayant chez la femelle une grande tache fauve au milieu des supérieures. Chenille en juin sur le bouleau, le prunellier etle prunierdomeslique, verte avec plusieurs raies jaunes longitudinales et des raies transverses un peu moins foncées sur les côtés. Chrysalide brune, lisse, avec des lignes plus claires. Adulte en août et septembre, dans les bois, parcs et jardins, volant principalement autour des haies et broussailles, de toute l'Europe, mais solitaire et jamais très commun. — T. ilicis, Esper, ou Lynceus, Fabr.,le plus comaïun de nos Thecla, les ailes d'un brun noir, avec un point fauve à. l'angle anal dans les deux sexes et une tache fauve plus ou moins grande sur les ailes supérieures de la femelle, le dessous d'un brun plus clair, avec une ligne blanche, transverse, interrompue, et, aux ailes inférieures, une série de taches fauves bordées de noir, s'appuyant sur un liséré blanc. Chenille en mai sur le chêne, difficile à se procurer, quoique l'insecte soit commun, car il faut secouer fortement les taillis des jeunes chênes pour la faire tomber; elle est duveteuse, d'un vert pâle, avec trois lignes jaunes interrompues sur le dos et les flancs, la tête et les pattes écailleuses fauves. Cette chenille devient rougeâtre au moment de la ùymphose et donne, aa début de juin, une chrysalide , d'abord jaunâtre, puis brune, avec trois rangs de points obscurs à larriôre du corps. Adulte à la fin de juin et en juillet, volant autour des buissons de ronce en fleurs, butinant aussi sur les fleurs du serpolet. — T. pruni, Linn., existant aux îles Britanniques, the Dark Hairstreak, les ailes, d'un brun foncé, avec une rangée antémarginale de taches fauves, manquant souvent aux supérieures, en dessous d'un brun plus clair, avec une ligne blanche, ondulée et interrompue, les inférieures ayant une large bande d'un fauve vif, plus marquée chez la femelle, bordée des deux côtés d'un rang de points noirs, dont les supérieurs sont surmontés d'arcs blancs. Cette espèce, peu répandue, vole en juin, par les temps chauds et sereins, dans les clairières des bois, aimant à se poser sur les buissons, surtout ceux de cornouiller, alors en fleur. Chenille à tête petite, jaune, avec deux points noirs simulant des yeux, le fond du corps vert, avec des lignes longitudinales d'un jaune blanchâtre et plusieurs petites lignes transverses, sur le dos des tubercules dont la sommité est noire; en mai sur l'épine-vinette, le chêne, le noisetier, le bouleau et surtout le prunellier, difficile â trouver. Chrysalide différant de celle des autres Polyommates en ce que son abdomen très rentlé est garni de tubercules pointus (chenille et chrysalide figurées
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sur le prunellier, pi. lxxxiv, fig. 5); centre et est de la France, Alsace; près de Paris : bois de lîondy et de Versailles, Compiogne, etc. — Le T. rnbi, Linn., Y Argus vert de Geoiïroy, ilie Green Hairstreak des Anglais, petit Lycénide immédiatement reconnaissable dans les deux sexes à la couleur du dessous, qui est d'un beau vert, nuance rare chez les papillons, avec une ligne blanche interrompue, le dessus d'un brun luisant avec un point brun ovale à la côte des ailes supérieures, manquant chez la femelle ; commun sur les haies et dan.s les taillis des bois de toute la France en mars, avril, mai et juin, dans les années tardives. Chenille sur les ronces, les genêts, le sainfoin, les cytises, a sa taille en juillet et août, pubescente, d'un vert pré ou d'un vert jaunâtre, avec une rangée de taches triangulaires d'un jaune pâle sur chacun des côtés et une ligne blanchâtre au-dessus des pattes. Chrysalide passant l'hiver, brune avec les stigmates plus clairs. En Californie se trouve le T. dameturum, qui n'est peut-être qu'une race locale de T. rubi; CarofF avait pris, aux environs de Paris, une curieuse aberration de T. rubi, qui était verte en dessus comme en dessous. — T. quer^ eus, Linn., the Purple Hairstreak des /anglais, de oh millimètres d'envergure, les ailes du mâle d'un brun noir, glacées de violet foncé un peu cbangeant, dessous d'un gris satiné avec une ligne blanche onduleuse et deux taches rousses à l'angle interne; la femelle d'un brun noir en dessus, avec une large tache bleue, brillante, échancrée à la bifurcation de la nervure médiane. Ces papillons ont ledernier article des palpes coudé et les yeux très velus : toute la France, assez commun de la tin de juin au mois d'août sur les lisières et dans les avenues des grands bois, voltigeant souvent à une assez grande hauteur autour des châtaigniers en fleur, les deux sexes se poursuivant sans cesse, ce qui rend parfois sa capture peu aisée; mais on l'élève aisément de sa chenille, qui n'est pas rare dans tout le courant de mai et jusqu'au 15juin, en battant les chênes. Cette chenille, large, aplatie, à anneaux débordants, a la tète petite, arrondie et brune, le corps pubescent, d'un gris brunâtre avec des rangées de points le long du dos et les incisions jaunâtres; la chrysalide est brune, avec des taches plus claires, et fait entendre, lorsqu'on la prend entre les doigts, une sorte de stridulation assez distincte, analogue à celle de certains Longicornes (divers auteurs et A. Constant). -- T. Walbain, Knoch, existant aux îles Britanniques, The Black Hairstreak, d'un brun noir en dessus, d'un brun plus clair en dessous, avec une ligne blanche interrompue, dessinant sur les ailes inférieures un NV très anguleux : de presque toute la France, en juin et juillet, dans les lieux plantés d'ormes, sur lesquels vit la chenille. — T- acaciœ, Fabr., espèce rare, de la France centrale et méridionale, des coteaux calcaires, des vignobles, des Vosges, delà Lozère, des Pyrénées-Orientales, du midi de la Russie, etc.; elle ressemble en dessus à l'espèce précédente, s'en distinguant par deux taches fauves chez le mâle, à l'angle anal des ailes inférieures,
2/l0 LÉPIDOPltHES.
l'une au-dessus de la queue, et quatre chez la femelle, dont l'anus otfre un bourrelet de poils noirs, etc.
Parmi les Thecla exotiques, il en est un très curieux par ses mœurs et que nous ne pouvons passer sous silence, c'est le T. hocrates, Westwood, des Indes orientales, les ailes du mâle d'un brun obscur, brillantes d'un glacis plombé bleuâtre, celles de la femelle bleuâtres à la base seulement, d'un brun plus fauve, avec une tache fauve centrde en avant; queues des ailes inférieures, dans les deux sexes, noires puis blanches au bout, avec deux taches noires à l'angle anal, à la naissance de la queue, entourées d'une bordure d'écaillés argentées, avec une ceinture jaune autour des taches chez la femelle; dessous des ailes d'un gris cendré, avec deux légères bandes plus foncées, l'appendice anal noir, avec tache d'un bleu argenté. Cette espèce est nuisible par sa chenille qui détruit les grenadiers en dévorant les graines (1). Les chenilles vivent à l'intérieur des grenades, au nombre de sept à huit pour le moins dans chacune; il est probable que la femelle pond ses œufs sur le fruit encore très jeune. Les chrysalides, d'une couleur brune, se forment dans le fruit, attachées en dedans contre la paroi par un lien ceinturai. Les chenilles ont eu l'instinct de perforer la paroi du fruit de trous 'ovales, par où sortiront les papillons.
niVRIJUA, Fabr. — Antennes extrêmement grêles^ renflées à leur extrémité en une très petite massue. Palpes grêles, à peu près aussi longs que la tête, avec leur dernier article ayant la moitié de la longueur du précédent. Corps assez grêle. Ailes inférieures terminées par deux prolongements caudiformes, dont l'externe est souvent plus long que l'aile.
On ne connaît que quelques espèces exotiques de ce genre, dont le type est le M. Jaffra, Godart, de l'île de Java (pi. i.xxxv, tig. 3 : adulte de profil en dessous, d'un blanc nacré, la base des ailes inférieures rosée et trois taches bleues terminales, avant les queues; 3 a, tête vue de face et antenne : 3 b, id. de profil; 3 c, extrémité de l'antenne; 3 d, palpe dépouillé de ses écailles; 3 e, patte antérieure.
ÉRVCINIDES.
Antennes longues. Palpes généralement très petits. Ailes inférieures ayant la cellule discoïdale tantôt fermée, tantôt ouverte ou fermée par une petite nervure récurrente, la gouttière anale
(1) J. 0. Westwood, Sonie account nf tlie Habits of a Edst Indian Spccics of Butterfly^ belonging to t/ie Genus Tliccla (Trans. Soc. fintom.\^of London, 1837, I[, part. 1, p. 1, pi. i).
KliVC.IMlKS. '2/4 1
peu prononcée. Pattes ambulatoires au nombre de quatre chez les mâles et presque toujours de six dans les femelles. — Chenilles à tète très petite et globuleuse , pubesccnles ou hcritsées de poils fins, en ovale allongé, presque onisciformes, à pattes très courtes. — Chrysalides arrondies et courtes, également hérissées de poils tins , ressemblant beaucoup pour la forme à celles des I-ycénides, et suspendues comme elles par la queue et par un lien ceinturai.
Les Érycinides répondent en grande partie à l'ancien genre Erycina de Codart (Encycl. méthod., 1819), et presque toutes les espèces de cette famille, à peu d'exceptions près, habitent l'Amérique, principalement ['Amérique méridionale.
Les Érycinides sont encore peu étudiés, parce qu'ils n'ont en Kurope qu'une seule espèce. Us abondent au contraire en Amérique, et M. C. Uar, de Cayenne {op. cit.), a fait connaître les ditrérenccs importantes qu'ils olfrcnt avec les autres familles de Rhopalocères, Ses caractères sonl tirés du port d'ailes pendant le repos et de la locomotion des adultes. Les Lépidoptères prennent, pendant les heures de la nuit ou pendant les instants de pluie, une attitude immobile, qui doit être considérée comme celle du repos, car on ne peut regarder comme telles les attitudes qu'ils affectent pendant les heures de vagabondage, dans les temps d'arrêt : pendant ces instants, sous l'exposition d'un soleil brillant de tout son éclat, l'insecte ouvre et ferme alternativement ses ailes, ce qui est une marque de satisfaction ou de bien-être, mais ce qui n'est pas le repos. Dans le plus grand nombre des Rhopalocères, on s'aperçoit que, pendant le repos, toutes les espèces, sans exception, tiennent leurs ailes absolument conniventes, dans une attitude perpendiculaire au plan de position, mais plus ou moins inclinées en arrière. Chez les Erycinides, comme aussi parmi les Hespériens, il y a une grande diversité dans la manière de poser les ailes au repos, ce qui correspond à des groupes différents et bien caractérisés : dans les uns, les ailes sont dressées et conniventes, comme dans la majorité des Rhopalocères; dans d'autres, elles sont à demi ouvertes, comme chez certains Hespériens ; enfin, dans le plus grand nomi)re, elles sont étendues à plat sur la surface d'appui, comme chez les l'haléniens. Quant à la locomotion, les Érycinides marchent sur quatre pattes, des paires 2 et 3 dans les m'ilcs, et sur les six pattes thoraciques dans les femelles. Aussi M. C. Rar en fait le groupe des Ilétrropoiles, (iuénée, sous le rapport de la locomotion, ou des Variables, C. Rar (en y réunissant alors les Hespériens), au point de vue de la position des ailes pendant le repos. Ces papillons devraient former une tribu séparée, les Lryciniens; nous les laissons à litre de famille dans les I.ycéniens, à cause de leur pou d'imporlaïu'e dans les espèces européennes, qui sont de beaucoup celles qui intéressent les lecteurs de notre ouvrage élémentaire.
GUiAKD. 111. — 16
m'EMEOUH'!^, Stcphens, ou Hamearis, Hubncr. — Antennes aussi longues que le corps, non compris la tête, droites, brusquement terminées par un bouton aplati, presque triangulaire. Palpes courts, droits, ne dépassant pas la tête, à trois articles distincts, les deux premiers ciliés, le troisième presque nu et subuliforme. Yeux oblongs, bordés de blanc comme chez les Lycénides. Thorax très robuste, plus large que la tète. Ailes arrondies, l'angle apical des supérieures aigu; crochets du bout des tarses très petits. Abdomen assez long, non entièrement caché par la gouUière peu iiroiioncée des ailes inférieures lorsqu'elles sont relevées. — Caractères indiqués à la famille pour les chenilles et chrysalides.
La seule espèce connue de ce genre est d'Europe, de presque toule la France, surtout centrale et septentrionale, des îles Britanniques, the Dulc of Burgutuhj Fritillary, volant en mai, et une seconde fois, inoins communément, en août, dans les forêts humides, principalement dans les clairières et les taillis, ressemblant beaucoup par ses couleurs à un Melitœa, mais se rattachant à la tribu des Lyccniens par ses premiers étals et par la manière dont la chenille se métamorphose. C'est le N. Lucina, Linn., le Fauve à taches blanches d'Engramelle, à ailes d'un brun fauve, entrecoupées de taches jaunes en séries transversales et de quelques taches blanches aux ailes supérieures. La chenille se trouve en juin et en septembre, vivant très cachée sur diverses espèces de Primevères et de Rumex. Les sujets de la première génération donnent leurs papillons en août, ceux de la seconde passant l'hiver engourdis, continuent de croître au printemps, se changeant en chrysalide dans le courant d'avril, pour donner les adultes de mai. La chenille est de contour elliptique, un peu aplatie, d'un brun roux, couverte de faisceaux de poils de même couleur, avec une ligne dorsale plus foncée, surchargée de points noirs, dont un sur chaque anneau ; la tète petite, arrondie et d'un brun rougeâtre ; les pattes extrêmement courtes et à peine visibles (pi. i.xxxiv, tig. 2). La chrysalide, attachée par la queue etpar un lien transversal (tig. 2 a), est jaunâtre, hérissée de longs poils noirâtres et marquée de nombreux points noirs rangés en cercle, avec les fourreaux des ailes bordés en noir. Détails de l'adulte ; 2 b, tête ; 2 c, palpe garni de ses poils et palpe dépouillé; 2 d, bouton de l'antenne; 2 e, patte antérieure; 2 f, patte postérieure.
C'est très près du genre Nemeobius que doit se placer un petit Lépidoptère des États-Unis du Sud présentant Pangle apical de l'aile supérieure très aigu, et décrit par Guérin-Méneville sous le nom à'Erycina Virginiensis, Boisduval (pi. lxxxiv, fig. 1 : 1 a, le même, de profil en dessous). Le corps et les ailes sont, en dessus, d'un brun ferrugineux, les quatre ailes couvertes de nombreuses petites taches oblongues et transversales, formant des bandes sinueuses très irrégulières, avec deux petites bandes très minces et argentées, près du bord externe. Le dessous est d'un jaune un peu orangé, ponctué de noir, avec les deux
ËUMENIA, PAPILIONIENS. 243
bandes argentées du dessus, mais plus larges, l'interne maculuire; les antennes sont anuelées de noir et de blanc.
EUMKXIA, Godart (syii. Eu.moeus, Hubner). — Antennes longues, à massue subfiliforme, se renflant peu à peu vers le bout. Ailes parfaitement arrondies, sans queue.
I>e type de ce genre américain est VE. Minyas, Hubner ou E. Minijas,
lUauchard, du Mexique. iNous représentons une belle; espèce de la Havane,
E. Atala, Poey, à ailes noires largement teintées d'un riche vert sur le
disque, ainsi que pour les taches du bord terminal des ailes inférieures,
'abdomen d'un rouge orangé, ainsi que la gouttière alaire inférieure
pi. Lxxxui, tig. 3:3a, profil en dessous; 3 6, tête; 3 c, antenne).
Un genre voisin, Eurijbia, lUiger, est remarquable par les antennes extrêmement longues et à massue véritablemeiît filiforme, à peine sensible, les ailes en pointe à l'angle apical des supérieures, à l'angle inféro-externe des inférieures, rappelant un peu la coupe d'ailes des Gunepteryx. Nous figurons une espèce de très grande taiile pour la tribu, r^. Carolina, Godart, du Brésil, à corps brun, à ailes brunes avec nombreuses taches orangées et deux' blanches sur le disque des supérieures (pi. lxxxiu, fig. U : U a, tète; k b, antenne subfilifoime).
ÏRiBU DES PAPIIittOiUlKIl».
HEXAPODES.
Certains genres de cette tribu des Papilioniens présentent les Uhopalocères de la plus grande envergure d'ailes {Ornilhoptera). Les six pattes sont propres à la marche dans les deux sexes, les antennes très rapprochées et presque coniiivenles à la base. Les chenilles sont allongées et cylindroïdes; les chrysalides, dépourvues de lâches métalliques, sont, outre le lien caudal, attachées en tra\ers du corps par un ou plijsieurs fils qui les fixent, soit contre des feuilles ou des figes, soit contre des rochers, des pierres ou des murailles. 11 y a exception pour ,e genre Parnassius.
PIÉRIDi:S.
Antennes allongées, ou terminées brusquement et en massue, ou s' épaississant pou à peu jusqu'à Textrémilé Palpes cylindriques, à articles distincts, hérissés de poils ou finement écailleux. Ailes à cellules discoïdales toujours fermées, nervure dlsco-celhilaire supérieure manquant presque toujours, première nervure disco'idalc souvent unie
2hU IlYMtNOPTÈRLS.
à la nervure subcostale; bord abdominal des ailes inférieures ibrmant un canal pour recevoir l'abdomeu. Six pattes propres à la marche, semblables dans les deux sexes; jambes des pattes antérieures ne présentant pas d'éperon dans leur milieu ; premier article des tarses le plus long de tous ; ongles bifides, appendiculés. — Chenilles légèrement pubesceules, atténuées aux deux extrémités, généralement plus grêles que celles des Papilionides, dont elles difVérent surtout par l'absence de tentacule en Y sur le premier anneau thoracique. — Chrysalides sans taches métalliques, anguleuses, un peu comprimées, appointées aux deux e\trémités, celles-ci ni biiîdes ni tronquées.
Le genre Pieris est répandu sur toute la surface du globe, depuis le cercle arctique jusqu'à l'extrémité sud de l'Afrique et de l'Amérique; on en trouve aussi dans toute l'AusIralie. Les genres Anthocharis et Colias sont presque aussi répandus, mais jusqu'à présent aucun de ces genres n'a été rencontré en Australie. Le genre Leucophasia paraît exclusif à l'Europe; le genre Lcnconea est d'Europe et de l'Asie centrale; le genre Gonrpteryx ou Rhodocera, avec ses formes variées, existe dans les deux hémisphères, mais ne se rencontre pas en Australie, et s'étend en Europe beaucoup plus an nord qu'en Amérique. Les Terias et Callydrias sont des régions tropicales des deux continents et d'Australie, les Nathalis exclusifs à l'Amérique, les Eronia à l'Afrique, les genres Eulerpe ei Lpptalis appartiennent à l'Amérique tropicale, les Ponlia et Idmuis à l'Asie et à l'Afrique tropicales, les Tcstias et les Iphias li l'Asie tropicale seulement. Des resseml)lances dans la forme du corps et des ailes et dans leur couleur existent entre certains genres de Piérides et des espèces de tribus très différentes, ainsi les Terias avec les Lycénides; les Leptalis ont de très grands rapports, peut-être par suite d'imitation défensive, avec les Héliconides, qui n'ont que quatre pattes ambulatoires.
GENr.ES PRINCIPAUX.
A:«TII0CIB.%DIBS, Boisduval (syn. EiicuLOE, Hubii.). — Tète astez forle, presque aussi large que le corselet. Antennes assez courtes, à tige unicolore, terminées par une massue ovoïde et comprimée. Palpes assez longs, hérissés de poils raides, le dernier article grêle et aciculaire ; le reste comme les Pieris. — Chenilles minces, pubcscentcs, assez fortement atlénuées aux extrémités. — Chrysalides arquées, navioulaires, carénées, pointues aux deux bouts, sans pointes latérales, à abdomen inflexible.
Le genre Anthocharis renferme une vingtiiine d'espèces d'Iùirope, du nord de l'Asie, de l'Amérique du Nord, de Californie et de l'Afrique boréale. C'(!st dans celle dernière région qu'il est surtout répandu; il y en a en Europe une dizaine d'espèces ou races, dont les chenilles vivent sur les Crucifères et les Capparidées. Le tyiie qui nous annonce le
ANTHOCIIARIS. 2.'t5
retour du printemps, est ÏA. canlamines, Ijnn., YAurure de Geolfroy, tlic Oranije-tip des Anglais, qui ont celte espèce, volant en avril et mai, dans les champs, les prés et les clairières des bois. I.c mâle a les ailes blanches, avec une grande tache aurore au sommet des supérieures, et un point central noir au-dessous des inférieures, ce dessous d'un blanc marbré de vert et de jaune; la femelle manque de la tache aurore, mais a le sommet de l'aile supérieure largement saupoudré de noirâtre. I.'.t. cardamines a offert assez fréquemment des hermaphrodites bilatéraux, aisés à reconnaître par la grande diderenco de coloratinn des deux sexes et la rapidité du vol très diminuée, car les ailes sont plus grandes du côté femelle. Ainsi M. Bellier de la dhavignerie {Ann. Soc. entuin. Fr., 2^ série, 1852, t. X, p. 325) a cité un hermaphrodite de cette espèce ayant les deux ailes et l'antenne gaucho d'un mâle, les deux ailes droites femelles et plus développées, l'antenne droite femelle antrement colorée. Auparavant, Al. Lefèvre avait décrit un hermaphrodilc analogue (.l/i?». Soc. cntom. Fr., 1835, p. lZi6); de pareils sujets ont été pris, près de Paris, par Carofi', par M. J. Fallou. Dans la collection Boisduval se trouvaient des hermaphrodismes aux trois quarts (trois ailes d'un sexe, une de l'autre) de l'-l. cardamines et de l'espèce suivante A. Eupheno. Près de Hordeaux, l'.-l. cardamines paraît deux fois, d'abord en mars et avril, semblable au type ordinaire du nord de la France, puis en juin, et alors remarquable par sa grande taille et la vivacité de ses couleurs. En Provence, en Languedoc, dans la Lozère, les Basses-Alpes, le Var, et, beaucoup plus rare en individus, en Auvergne, vallée de Fonlenat, Royat (très localisée), dans le Cantal, Murât, vallée de l'Alngnon (Maurice Sand), cette espèce est remplacée, à la même époque, par une espèce plus petite, A. Eupheno, Esper., l'Aurore de Provence, dont le mâle a le bout apical de l'aile supérieure d'un jaune vif, non orangé, le reste jaune pâle, tandis que cette aile est blanche chez la femelle, avec une lunule centrale assez grosse, et l'extrémité jaune divisée par des traits brunâtres. Vax l'Espagne, eu Algérie, dans l'Asie Mineure, dans la France méiidionale et centrale, très rarement aux environs de i^aris, se trouve une espèce dimorphe, A. Belia, Fabricius, avril o( mu, à dessous des ailes inférieures verdàtre, à taches nacrées, et^l. Ausonia, Ihibner, race d'été, de juillet et d'août, le dessous des ailes inférieures plus saupoudré de jaune à taches blanches plus grandes, sans reflet nacré. Citons, de l'extrême midi de la France, A. Tagis, Ilubner, dont le type est d'Espagne et de Portugal, var. Bellezina, Boisd. ; A. Belemia, Esper, d'Andalousie, de Portugal, d'Algérie, d'Egypte; A. Glauce, Hubn., des mêmes régions, etc.
On a détaché de ce genre le genre Zegris, Rambur, dont la chenille s'enveloppe d'un réseau soyeux, à la façon des Thais et des Parnassius, l'adulte ayant le corselet robuste et très velu, les antennes courtes, terminées brusquement par une forte massue, ovale et comprimée. La
266 HYMÉNOPTËRES.
chrysalide, courte, contractée, gibbeuse, étranglée au milieu et avec une espèce de queue arquée, ressemble beaucoup à celle des Danaïdes et de quelques Satyres. Le type est le Z. Euplicme, Esper, rare espèce d'Andalousie et de Crimée, volant en avril, avec une très grande rapidité. Une seconde espèce est Z. Menestho, Menétriès, d'Espagne méridionale.
€OIiIAS, Fabr. — Tète médiocre. Antennes droites, courtes, se terminant insensiblement en une massue obconique. Yeux nus, assez saillants. Palpes rapprochés et contigus, comprimés, garnis de poils soyeux, le dernier article obtus. Corps assez robuste. Prothorax très court. Ailes assez robustes, à cellule discoïdnle fermée, les inférieures formant une gouttière qui embrasse entièrement le dessous du corps. Abdomen un peu plus court que les ailes inférieures. — Chenilles chagrinées, légèrement pubescentes, un peu atténuées aux deux extrémités. — Chrysalides carénées ou bossues en dessus, non arquées, dépourvues de pointes latérales, terminées antérieurement en pointe.
Les Collas sont des papillons assez robustes et dont le vol est vigoureux et rapide, habitant les régions tempérées et froides des deux hémisphères, comprenant une quarantaine d'espèces des deux mondes, sauf l'Australie. Leur taille est moyenne; les ailes inférieures ordinairement arrondies et les supérieures ayant un point discoïdal noir, visible dessus et dessous; les secondes ailes ayant un point central orangé en dessus, ordinairement argenté en dessous; la couleur du fond varie du jaune pâle au jaune orangé. Boisduval a signalé, comme caractère spécilique des Coliades, une poche ou sac glanduleux que les mâles portent au bord antérieur d«s ailes inférieures, contre leur origine; il est- très marqué chez Edusa, petit et lenticulaire chez Myrmidune, nul dans Hyale et Chrys^otheme. Les chenilles vivent en général sur des Légumineuses herbacées. Lors de Faccouplement des Collas, le mâle emporte la femelle.
Dans les prairies sèches de toute l'Europe, sur les pelouses fleuries, les trèfles, les luzernes, on voit volera deux époques, mai, puis août et septembre, deux espèces assez communes, qui sont aussi d'Algérie, d'Egypte, de Sibérie, du Népaul et du Cachemire. L'une, le Souci de Geofi'roy, C. Edusa, Linn., qui est rare en Angleterre, the Clouded Yellow, et qui se trouve aussi dans l'Amérique septentrionale et aux îles Canaries, a, chez le mâle, les ailes d'un jaune foncé, assombri à la base, entourées d'une large bordure noire ; chez la femelle, un p(ui plus grande, la base des ailes supérieures est plus sablée de brun et la bordure noire a une bande de taches jaunes. Dans les années très chaudes, des sujets de cette espèce ont une troisième éclosion en octobre. Une belle variété femelle, de la France méridionale et centrale, très rare près de Paris, est Hélice, Ilubner, plus grande que le type, ayant le fond
COLIAS, GONEPTERYX. 2kl
d'un jaune pAle, ainsi que les faciles de la bordure. Cette variété est fréquente dans le Bordelais et les Charentes, à la seconde génération, et au moins aussi commune que le type près de Saintes I.a chenille de C.Edusa est verte, avec une raie latérale mêlée de blanc et de jaune, marquée d'un point fauve sur chaque anneau. La chrysalide est verte, avec une ligne latérale jaune et quelques points ferrugineux, [/autre espèce répandue estC. Hyale, Linn., le Soufre d'Engramelle, très rare en Angleterre et très recherchée des amateurs de ce pays, offrant les ailes du mâle d'un jaune de soufre, avec une grosse tache noire circulaire à l'extrémité de la cellule discoïdale des ailes supérieures, les inférieures ayant sur le disque une tache orangée pâle. Les ailes supérieures ont une large bordure noire, décorée de taches de la couleur du fond, celte bordure étant courte et étroite aux ailes inférieures, parfois réduite à une série de taches noires, parfois nulle. Le dessous des ailes inférieures est d'un jaune roussâtre, avec un point géminé argenté et une série antémarginale de taches rousses. La femelle diH'ère du mâle en ce que le fond de sa couleur est d'un jaune très pâle, quelquefois presque blanc en dessus. Les Anglais appellent cette espèce the Pale Clouded Yelloiv. Comme espèces des régions froides, il faut citer C. Phicomone, Esper, de Sibérie, assez commun en juillet dans les Alpes, et C. Palœno, Linn., de Suède et de Norvège, du nord de la Russie, des Alpes, des Pyrénées, des points les plus élevés des Vosges. 11 y a des espèces ou races de Culias au cercle polaire et au-dessus : ainsi, C. Hecla, Dup., d'Islande; C. Doolhi\ rapporté par Ross des régions polaires américaines.
«i»>'r,PTKRVX, Lnach fsyn. RiioDOCERA, Boisd.). — Tète petite, enfoncée. Antennes assez courtes, tronquées, grossissant insensiblement du milieu à l'extrémité. Yeux nus, peu saillants. Palpes très comprimés, rapprocliès, contigus, garnis do poils courts, écailleux, serrés, le dernier article très court, écailleux. Thorax assez robuste, recouvert de poils fins et soyeux. Ailes assez fortes, dépourvues de frani^e, à cellules discoïdales fermées, les supérieures ayant toujours le sommet terminé par un angle curviligne, les inférieures tantôt presque arrondies, tantôt munies d'un angle saillant. — Chenilles allongées, chagrinées, pubescentes, atténuées aux deux bouts, convexes en dessus, plates en dessous. — Chrysalides bossues, très arquées, ayant la partie alaire très renflée, fusifornies aux deux extrémités.
Ce genre a de grandes analogies avec des Piérides exotiques, les Callidryas, qui sont des régions intertropicales des deux continents et vivent sur les Légumineuses arborescentes, surtout les Cassia. Au contraire, les clnuiilles des Gunepteryx se trouvent sur divers arbrisseaux du genre Rhamnus. La couleur domiiuinte des espèces de ce giMire est le jaune plus ou moins pâle, de couleur plus vive chez les mâles, qui ont, dans plusieurs espèces, entre le bord costal et la nervure médiane
2^8 iiYMf:soi'i{:Kî'S.
des secondes ailes, un espace glanduleux pulvérulent. Nous avons communément en France, aux îles Britanniques, aux îles Canaries, el aussi en Barbarie et dans le nord de la Californie, le G. rhamni, Liun., le Citron de Geoiïroy, the Brimslone des Anglais, papillon qui paraît au printemps, puis en été, dans les champs, les jardins, les clairières des bois. Le mdle (envergure, 50 millimètres) a les antennes roses et les ailes d'un jaune citron, avec un point orangé sur le disque, plus petit sur les supérieures; en raison de cette vive couleur, on le reconnaît de loin au vol. La femelle est pareille, mais d'un blanc verdrUre, qui la fait appeler Citron vert, par opposition au mâle ou Citron jaune. La chenille est verte, finement chagrinée de noirâtre, avec une raie latérale blanchâtre ou d'un vert très pâle, fondue supérieurement avec la teinte générale. La chrysalide est vôrte, avec quelques points ferrugineux. Les sujets de la seconde génération, ou du moins beaucoup d'entre eux, hivernent dans les creux d'arbre, entre les pierres, dans les crevasses des murs, sous les rebords des toits, etc., et on les voit voler dès les premiers jours de février, dans les jardins, dans les bois encore entièrement dépourvus de feuilles, s'ilfaitdu soleil. J'ai été témoin, en mars, de l'accouplement et de ses préludes chez le G. rhamni. Les deux individus volent longtemps très près et vis-à-vis l'un de l'autre. La femelle se pose sur les feuilles pèches, tout à fait immobile, les ailes en toit, plus bas que le corps, relevant la partie anale de l'abdomen. Le mâle tourne autour, en marchant, en agitant les ailes avec vivacité, et semble la flairer en divers sens. Parfois il se repose, les ailes dressées, puis reprend son manège. Ces préludes sont longs. Au reste, ce sont les mêmes postures que pour les Pieris, pour Leuconea cratœgi, etc. On pourrait croire que le mâle va se placer de même au-dessus de la femelle, les corps en position parallèle et directe. Il n'en est rien. L'accouplement est très long. Les deux sexes restent immobiles, les ailes pliées parallèles au corps, celles de la femelle emboîtant celles du mâle, les têtes opposées ou les corps inverses sur la même ligne, les deux anus au sommet du toit des corps. On peut emporter Ta plante où ils s'attachent sans qu'ils bougent. Outre les pays déjà cités par G. rhamni, il faut joindre l'Asie Mineure, la Perse, le nord de l'Inde et le Japon.
Dans le midi de la France et en Algérie se trouve une seconde espèce très voisine, qu'on voit voler en avril et mai, le G. Cleopatra, Linn., à ailes un pçu moins anguleuses, le mâle ayant tout le disque des ailes supérieures couvert d'une large tache d'un rouge orangé, mal délimitée; on assure que cette poussière orangée répand un parfum très suave; la femelle offre, sur le vert pâle des ailes, un ton légèrement carné, qui manque à G. rhamni. Le G. Cleopatra remonte assez haut dans le sud-ouest de la France, dans le Bordelais, dans les Charentes, mais rare, ainsi aux environs de Cognac, de Jarnac, de Saintes, etc. On rencontre celte espèce conjointement avec G. rhamni. Aux îles Cana-
ries (exploration Webb et Ber(helot), le mûlc de G. Cloopatra a les ailes antérieures entièrement orangées, et la femelle est tout entière d'un jaune un peu orangé. Le G. Cleopatra a été trouvé à la fin d,e juillet, puis hivernant et reparaissant en mars et avril, dans le Cantal, mais rare, vallée de l'Alagnon, Murât, Ytrac, Aurillac (Maurice Sand), et aussi aux environs de I>yon (P. Millière). On a cité, dans cette espèce, des cas d'hermaphrodisme partiel. A Digne, on trouve h la fois, en égale quantité, G. rhamni et G. Cleopatra: à Lure, on trouve seulement G. Cleopatra, avec des mâles entièrement jaunes en dessus, ce qui n'a pas lieu pour ceux de Digne (Bellier de la Chavignerie).
Les Goneplcrxjx ne comptent que cinq espèces qui sont d'Europe et de diverses régions de l'Asie, du Mexique, de la Floride, de Californie, des Antilles, du Venezuela, de Madère, des îles Canaries.
LEICOXEA, Diiponchel (syn. Aporia, Hiibner). — Antennes presque aussi longues que \h corps, à tige entièrement noire, terminées par une massue fusiforme ; les quatre ailes à larges nervures, arrondies et sans frange, les ileux tiers antérieurs des supérieures presque dégarnis d'écaillcs et à demi transparents chez la femelle. — Chenilles sociales et des arbres, velues sur le dos. — Chrysalides à angles arrondis, terminées antérieurement par une pointe mousse.
Les espèces de ce genre, d'Europe et d'Asie, établissent un passage des Pieris aux Parnassius, par la forme et la dénudation des ailes. Le type est L. cratœgi, Linn., le Gazé de Geoffroy, grand papillon blanc à fortes nervures noires, nommé, pour cette raison, en Angleterre, tho Black-veined White. La chenille noire, dans le premier âge, se garnit ensuite de poils jaunes et blancs, courts, implantés directement sur la peau, et entre lesquels on voit trois lignes noires longitudinales; les poils du ventre sont grisâtres et plus longs que ceux du dos. Chrysalide jaune ou blanche et quelquefois de ces deux couleurs, avec de petites raies et des points noirs. Au contraire du genre Pieris, la femelle du Gazé (1) emporte le mâle lors de l'accouplement. Un autre bon caractère qui motive la séparation générique, c'est le mode de vie des chenilles, non sur les plantes basses, mais sur l'Aubépine, le Prunellier, le Cerisier odorant et divers arbres fruitiers. Les jeunes chenilles passent l'hiver sous des toiles communes, avec des petites cases individuelles; on recommande avec soin de flamber ces toiles en hiver. En etVet, les chenilles en sortent au printemps et rongent les bourgeons, ce qui cause de graiuls dommages. Aussi Linuieus appelle l'es- (^ pèce fléau des jardins, horturum pestis. L'adulte paraît en juillet et n'a L^ qu'une génération. 11 est très commun dans toute hi l''rance, des champs
(1) Donzel, U/jservations .sur l'acconpletnext de (juelqucs yenres de Lépidoptères diwnes {Ann. Soc. e/itom. de Fr., 1837, t. VI, p. 77).
cl jardins. L'espace esl si abonclaiite dans la Sibérie méridionale, que, au dire de Pallas, on croirait voir en l'air des tlocons de neige quand elle vole. Elle esl, aussi de l'Amérique boréale el occidentale. Près de Pékin, il y a une race ou une espèce voisine, à taille plus grande, avec les nervures noires plus épaisses et le dessous des ailes saupoudrées de jaunâtre.
liEl]C«9a»ia.%SI.%, Stephens. — Tête assez grosse. Antennes assez courtes, terminées par un bouton ovale et aplati. Palpes écartés et peu velus. Ailes oblongues, minces el étroites, la cellule discoïdale des inférieures situé tout à fait à leur base. Abdomen grêle, linéaire, beaucoup plus long que les ailes inférieures. — Chenilles très fortement |iubeseenles, effilées, assez fortement atténuées aux extrémilég, — Chrysalides anguleuses, non arquées, à segments mobiles.
Ce genre est constitué par un Lépidoptère d'une grande partie de l'Europe et qui n'est nulle part très abondant. 11 paraît en mai, puis en août. Le L. sinapis, lànn., le Blanc de lait d'Engramelle , the Wood White des Anglais, parcourt les allées des bois d'un vol incertain et vacillant; très reconnaissable à sa couleur, à ses formes grêles, à son long abdomen, qui n'a guère qu'un millimètre d'épaisseur. La chcnine se nourrit de Léguinineusos silvestres , Vicia, Lotus, Lathyrus, Orobus; elle est verte, avec le vaisseau dorsal un peu plus obscur et une raie latérale jaune située au-dessus des pattes. 'La chrysalide est d'abord d'un vert jaunâtre, puis d'un gris blanchâtre, a\ec des traits roux ou ferrugineux sur les côtés et sur les fourreaux des ailes. L'adulte type, de 38 millimètres d'envergure, a les ailes minces, d'un blanc de lait, le sommet des supérieures orné d'une l.lche arrondie noirâtre, moins marquée d'ordinaire chez la femelle, le dessous des inférieures d'un blanc jaunâtre, avec deux bandes d'un gris cendré. Il y a des races sur lesquelles régnent certaines incertitudes. On rencontre près de Pari? Enjsiini, Borkliausen, dont la femelle manque de la tache apicale noire, et Diniensis, Boisd., ayant le dessous des ailes inférieures blanc et sans taches. D'après M. Bellier de la (ihavignerie , les deux générations annuelles de L. sinapis donnent en France des sujets pareils, tandis qu'en Corse, où l'espèce a aussi deux générations, la première éclosion ressemble beaucoup à celle du continent, mais dans la seconde , les mâles, tout blancs, sont de la variété Erysimi, et les femelles de la variété Dinicnsis, blanches en dessous, mais avec bout de l'aile supérieure noir. A Digne, d'après le même entomologiste, on trouve L. sinapis et var. Diniensis, à dessous sans aucun dessin, tandis que le dessus est tantôt tout blanc, tantôt comme dans le type ordinaire. En mai et juin j'ai pris à Armainvilliers L. sinapis, type do première éclosion , a\ec dessous verdâtre el du noir aux ailes supérieures, et ce type a tous les passages avec Erysimi, blanc en dessus et parfois en dessous, et qui n'est incontestablement qu'une variété , ollrant les deux sexes. J'ai capluré, au
Li-ucoPH\siA, pn:Ris. 251
commencement de juillet, dans la mr^me localité, Diniensis, qui venait d'éclore, avec le dessous blanc, la tache noire très foncée aux ailes supérieures, pareille aux sujets pris à Florac (Lozère) par M. J. Fallou, à la fin de juin, dans la première quinzaine de juillet. M. Guenée rei^arde Diniensis à tache noire des ailes supérieures foncée et à dessous des ailes inférieures jaune, presque sans bandes d'atomes gris, comme n'élant qu'une variété estivale de si napis et a\ ce des passages. Il reste à savoir si c'est bien une race constante de seconde éclosion ou une autre espèce très voisine, ou si cette forme ne comporte que des femelles (Bellier). On signale encore chez L. sinapis une variété du nord de l'Asie, dile Ainurensis, du bassin du fleuve Amour. Enfin il y a une race rare, méridionale et très localisée, que la plupart des auteurs regardent comme une espèce distincte: c'est L. lathyri, Hubner, de Pro\ence, du Languedoc, de la Lozère; les ailes supérieures, coupées plus carrcmt^nt , ont la tache apicale bien plus grande et triangulaire , le dessous des ailes inférieures d'un gris cendré et décoré de deux taches blanches.
PIi:ni§), Sclirank. — Tète courte. Antennes longues ou moyennes, à massue piriforme. Yeux nus, médiocres. Palpes grêles, hérissés île poils raides peu serrés, le dernier article en pointe. Ailes médiocrement robustes, à cellule discoïdale fermée; les inférieures embrassant plus ou moins le dessous de l'abdomen. Abdomen peu robuste, un peu plus court que les ailes inférieures. — Chenilles cylindroides , allongées , pubescentes , à léte petite et arrondie , marquées de raies longitudinales et munies de petits granules plus ou moins visibles. — Chrysalides anguleuses, terminées antérieurement par une seule pointe plus ou moins longue, tantôt presque lisses, tantôt armées de tubercules plus ou moins aigus, attachées, sous toutes sortes d'inclinaisons, par la queue et par un lien transversal.
Les espèces du genre Pieris sont très nombreuses, environ cent quarante, et de toute la terre, moins toutefois en Amérique que dans l'ancien monde, dont les régions intcrtropicalcs, ainsi que l'Australie, nourrissent les plus remarquables espèces. La couleur dominante est le blanc plus ou moins pur, presque toujours avec une bordure noire, plus ou moins large. 11 en est de jaunes ou d'orangées, de noirâtres ou bleuâtres ; le dessous difl'ère ordinairement beaucoup du dessus et a parfois des teintes vives. Les différences sexuelles sont tantôt faibles, tantôt très prononcées. Les chenilles connues vivent sur les Crucifères, les Hésédacées, les Tropéolées et les Capparidées. Dans l'accouplemeul des Pieris, le mâle emporte la femelle.
Les espèces d'Europe ont les antennes à articles bien nets, annelées de noir et de blanc. La plus grande est le /'. Iirassicœ, Linn., le Grand Papillon blanc du chou, de Geoffroy, de 65 millimètres d'envergure. Les ailes du mâle sont blanches, un peu obscurcies à la base et à la côte.
252 LtpiDOI'TËIiliS.
avec l'angle apicaj largement noir, les inférieures avec une tache noire au bord interne et d'un jaune sablé de noir en dessous, ainsi qu'à l'angle apical du dessous de l'aile supérieure. La femelle est pareille, mais avec deux grosses taches noires au milieu de l'aile supérieure et une raie noire au bord interne. Elle pond une quantité considérable d'œui's obtus, rassemblés en petits tas perpendiculaires aux feuilles. La clu^nille, d'un jaune un peu verdâfre, à. tête bleue, piquée de noir, offre trois raies jaunes longitudinales, séparées par de petits tubercules noirs, donnant naissance chacun à un poil blanchâtre (pi. i.xxx, fig. 2). Elle tapisse de soie la place où elle veut se fixer, et se change en une chrysalide (fig. 2 à) d'un cendré blanchâtre, tachetée de noir et de jaunâtre. Les chenilles vivent en petits groupes sur les Capucines, les Câpriers et toutes les Crucifères, surtout les Choux cultivés dans les potagers, ce qui les rend très nuisibles par leur abondance et leur voracité. Il faut écheniller avec soin et ne pas craindre de chasser au filet les adultes dans les jardins et les écraser. Au moment de la nymphose, les chenilles, bien que lentes dans leurs mouvements, se dispersent, et, devenant vagabondes, établissent leurs chrysalides sur les supports et sur les murs, souvent très éloignés. J'ai vu de ces chrysalides au haut des cheminées d'une maison à trois étages. L'adulte a deux générations: l'une en mai et juin , l'autre en août et septembre. Pendant toute la belle saison, on voit voler ces grands papillons blancs dans toute l'Europe, rÉgypte, la bordure septentrionale de l'Afrique, la Sibérie, le Népaul, le Cachemire et le Japon. L'espèce porte, dans les îles Britanniques, le nom de the Great While Cabbage. Nos meilleurs auxiliaires, contre cette funeste engeance, sont les entomophages, surtout Ylchneumon à coton jauhe, de Geoffroy {Microgaster glomeratus, Linn.), qui pique la plupart des chenilles, et sans lequel nous ne mangerions pas de choux en certaines aimées. On voit sortir les larves de la chenille émaciée et qui meurt bientôt, et elles fout, contre son corps même, leur amas de petits cocons soyeux, d'un jaune vif, qu'il faut bien reconnnander aux jardiniers de ne pas détruire. Une seconde espèce , plus petite , aussi très commune, des deux mêmes époques d'apparition, est le Petit l'apillon blanc du choii^ de Geoffroy, le P. rapœ, Linn., des mêmes couleurs et taches que l'espèce précédente dans les deux sexes, l'angle apical moins fortement noir, le mâle ayant parfois deux taches noires sur les ailes supérieures. L'espèce est de toute l'I'Airope, de la Sibérie, des environs de Pékin et des rives de l'Amour, d'Asie Mineure, du Cachemire, d'Egypte et de la côte de Barbarie. Importée accidentellemeni, il y a peu d'années, dans l'Amérique du Nord, elle a été bientôt envahie par le jaune et constitue une race remarquable (S. II. Scudd(!r). La chenille est verte, pubescente, avec trois lignes jaunes, dont une dorsale et une de chaque côté, souvent un peu interrompue au-dessus des pattes. Elle vit sur le Chou, le Navet, le Réséda, la Capucine , mais n'y 'ait que de médiocres dégâts , car elle est solitaire et peu vorace; elle
pjtnis. 2:).)
s'inlroduit dans l'intéiieur de ces végétaux, ce qui Ta fait appeler Ver du cœur. La chrysalide est d'un cendré plus ou moins pâle, ponctuée de noir et souvent lavée d'incarnat. On nomme cette espèce, dans les îleS Britanniques, the Sinall W'Iiite Cabbage.
Les espèces suivantes ne sont pas nuisibles: ainsi, P. napi, Linn., le Papillon blanc veiné de vert de GeoU'roy, the Green-veined IVhite des Anglais, volant dans les prairies et sur les lisières des bois, analogue à l'espèce précédente, mais ayant le dessous des ailes inférieures d'un Jaune pâle, avec les veines d'un noir verdâtrc couvi'ant les nervures, et cela dans les deux sexes; la clienille vit sur les Crucifères des bois et aussi des jardins ; deux éclosions, au printemps et en l'été, cette dernière donnant la variété napea\ Lsper, dont le dessous des ailes inférieures n'a plus que quelques veines courtes et noinltres, les bandes vertes étant peu apparentes, comme effacées. Peut-être y a-t-il là une seconde espèce, car un amateur rapporte avoir placé sous treillage des P. napi de printemps, et avoir obtenu sur des Choux, des œufs d'où sont écloses des chenilles; les chrysalides Issues de ces chenilles n'ont pas donné leur papilloil en été, mais au printemps suivant, et c'est le /'. napi, à bandes bien vertes, et non P. napeœ, à bandes verdâfres très effacées. — P. napi, importé accidentellement, par transport de plantes vivantes., aux États-Unis, y est devenu jaune comme /'. rapœ; var. femelle bryoniœ, Ochs, des montagnes, dont quelques auteurs font une espèce, décoloration jaunâtre obscure, avec les nervures noirâtres dilatées en dessus. — P. Daplidice, Linn., le Papillon blanc marbré de vert d'Engramelle, d'après la couleur des ailes inférieures en dessous , e.xis- / tant dans les îles Britanniques, the Grecn-che^ered White , bien moins Ir^ commun partout que les espèces précédentes. des Tiilaspis et Ré- "^ sodas sauvages, en avril et mai, puis en juillet, de France et d'une partie de l'Europe, de Barbarie, d'Asie Mineure , des environs de Pékin et des bords du fleuve Amour, du Cachemire, des îles Canaries, parcourant d'un vol rapide les Ueux sabloimeux et les prairies sèches; en Algérie, P. Daplidice présente les taches noires des ailes bien moins fortement marquées que chez les individus qui habitent l'Europe. — /'. Callidice, Espcr, des hautes montagnes, près des neiges éternelles, la chenille sur de petites Crucifères acaules. Nous représentons (pi. XXX, lig. 1 et ia, tète de profil) une belle espèce de P/er/s, des îles Sondaïques et des Indes méridionales, P. Nero, Fabr., du geiu'c actuel Tachyri.s, Wallace, espèce en entier d'un riche rouge orangé en dessus, avec la gouttière abdominale des ailes inférieures jaunes.
C'est probablement non loin du gcuire Pieris que viendra se placer une espèce encore imparfaitement connue, très curieuse parce que les chenilles se (lient un nid soyeux en commun, fait anormal chez les Uhopalocères, existant aussi dans le genre Brassolis, mais que nous retrouverons surtout chez un certain nombre de Bombyciens, dans les
Hétérocores. Un de ces nids, trouve aux environs de Mexico (1), présente à peu près huit pouces de long, attaché à une branche par un large anneau plat suivi d'un pédicule ; cV^st une poche, parcheminée d'aspect et de couleur, ayant l'apparence d'un nid deGMc'/^e cartonnièrc, formé d'un nombre considérable de très fins filsde soie accolés et de même direction. A Pintérieur et pendues par la queue étaient les chrysalides d'une espèce sociale de Rhopalocères, offrant les fourreaux alaires très saillants. On a reconnu, en ouvrant une de ces chrysalides, les antennes d'un Diurne, avec la massue se rcntlant peu à peu et les pattes anté rieures très complètes. On ne connaît pas les chenilles sociales qui ont filé ce nid en commun. M. Wetswood a appelé l'espèce Euclmra sodalis, à cause de la perfection des tarses de toutes les pattes, à ongles bifides et allongés, ces tarses munis d'une grande pelote centrale et de deux appendices latéraux membraneux.
PAPILIONIDES.
Bord abdominal des ailes inférieures concave et replié en dessus laissant l'abdomen entièrement libre; cellule discoïdale fermée; crochets des tarses simples. — Chenilles ayant le premier anneau toujours pourvu d'un tentacule charnu, rétractile, en forme d'Y, la tête assez petite et arrondie. Les unes sont cylindroïdes et lisses; d'autres ont des prolongements charnus assez allongés, ou des mamelons velus. — Les chrysalides sont plus ou moins anguleuses antérieurement, puis grosses et arquées, ou bien conoïdes et effilées, la tête tantôt carrée, tantôt bifide, parfois tronquée.
GENRES P R I N C 1 PA U X
thaïs, Fabr. — Tète assez petite. Antennes assez courtes, terminées par une massue un peu arquée de bas en liaut. Yeux médiocres. Palpes droits, velus, dépassant notablement la tête, offrant trois articles distincts et subégaux. Ailes peu robustes, à nervures peu saillantes, dentelées, à fond jaune, sur lequel se détachent de nombreuses taclies noires et rouges, avec une ligne noirâtre en feston, les inférieures à bord interne un peu replié en dessus, dégageant bien l'abdomen. Corps peu robuste. — Chenilles cylindroïdes et courtes, avec tentacule charnu en Y au premier anneau, chargées d'épines charnues, hérissées à l'exlrémilé de petits poils raides; tète "assez petite, arrondie, comprimée en avant. — Chrysalides effilées, coniques, anguleuses antérieurement, à tète tronquée en biseau.
(i) J. 0. Westwood, Descripliim of llœ Ne.st o/ a grcgarious spedes of Bulcrflfi frmn M/'Xico{Trans. Soc. entoiii. of Londo/i, 1834-1836, l. 1, p. 38, pi. vi |.art. I).
TUAIS, PARNASSIUS. 255
Le genre Tliais, formé de peu d'espèces, est essenliellement méditerranéen, c'est-à-dire du midi de l'Europe, du nord de lAlrique et de l'Asie Mineure. Les chenilles vivent soit solitaires, soit par petits groupes, sur les Aristoloches, et, outre la suspension normale des Papilionides, s'entourent d'un léger tissu de soie. Dans l'accouplement des Tlxtis, la femelle emporte le mâle. La synonymie des espèces et de leurs variétés est difficile iXous représentons (pi. lxxxv, fig, Zi : /i a, sa tète) le T. Cerisiji, God., de l'Asie Mineure, de la Grèce, des îles de l'Archipel. L'espèce la plus répandue en France est le T. Medesicaste, Illiger, variété de T. Bumina, Linn. ou de T Hypsipyle, Fabr., qui est plus particulièrement du sud-est de lEurope. Le T. Mcdc.sicaste, de Z(5 millimètres d'envergure, a les ailes un peu arrondies, d'un beau jaune, les supérieures à bord marginal noir, divisé par des lunules jaunes, les inférieures avec la bordure marginale noire, formant deux lignes parallèles, surmontées d'un rang de taches rouges, beaucoup de taches noires et rouges sur les quatre ailes, deux ou trois taches blanches apicales sur les supérieures. On voit voler cette espèce en mai et juin: Languedoc, Provence, Lozère, Dauphiné, Basses-Alpes. Les chrysalides mettent quelquefois deux ans à éclore ; près de Digne, la 1res rare aberration, Hunnorati, Boisduval. Aux environs d'Hyères, en mars et avril, T. Cassandra, Ilubnei, variété de T. Pohjxena, du midi de l'Autriche. Les Thaïs manquent en Corse, où abondent cependant les Aristoloches.
Le genre Dorit/s fait le passage entre les Thais et les Parnassius. Les antennes en massue arquée et l'abdomen de la femelle, sans poche cornée en dessous, rappellent les Thais, tandis que les palpes, la texture, le dessin, la forme des ailes sont analogues aux Parnassius. Lue seule espèce, D. ApoUina, Boisduval, de l'Asie Mineure et aussi de quelques îles de l'Archipel grec, ce qui la fait rentrer, pour les collectionneurs, dans la faune européenne.
P.tnXASSîHS!», Latr. (syu Doritis, Fabr., Ochs.). — Tête assez petite. Antennes courtes, terminées par une massue droite, allongée et ovoïde. Yeux médiocres et peu saillants. Palpes plus longs que la tète, s'élcvaiil au delj d^i front, hérisses de poils longs et fins, formés de trois articles distincts et subégaux. Ailes parclieminées à nervures assez saillantes, à contours arrondis, non dentés, presque dénudées d'écaillés en dessous et vers le sommet en dessus, les inférieures laissant l'abdomen entièrement libre. Corps épais et velu, l'abdomen des femelles muni en dessous, à l'extrémité, d'une poche cornée, d'usage inconnu. — Che. nilles lisses, épaisses, cyliuilroides, à premier segment avec tentacule charnu en Y, munis de petits uiainelons un peu velus. — Chrysalides conoïdes, saupoudrées d'une efflorescence cércuse bleuâtre, env(doi)pées, entre les feuilles d'un léger tissu de soie et maintenues par ipielques fils transverses.
Ce genre, extrêmement remarquable par les grandes ailes blan-
25(3 LÈPIDOPTÈRliS.
chclires, ocellées, demi-lransparentcs, est composé d'un petit nombre d'espèces propres aux régions froides, soit boréales, soit des montagnes hautes et moyennes, d'Kurope, de Sibérie et du Kamtschatka, de l'Himalaya, du Labrador et des montagnes Rocheuses de l'Amérique du Nord. L'espèce type est le /'. Apollo, Linn., l'Apollon d'Engramelle, le Papillon des Alpes, répandu en France dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes, les causses de la Lozère, le Jura, l'Auvergne, Mont-Dore, Gravenoirc, puy de Pariou, à Murât, dans le Cantal, certains points des Vosges, s'étendant jusqu'au Doubs et à la haute Alsace, pris en sujets égarés en l>elgique, dans Saône-et-Loire, etc. 11 se trouve aussi en Sibérie, dans les Carpathcs et les Alpes Scandinaves, et vole en plaine dans les parties les plus seplenlrionales de la Suède et de lalNorvège. La chenille se trouve sur les Crassulacées {Saxifraga et Sedum). D'une envergure de 80 millimètres, l'Apollon se distingue par ses ailes blanchritres, à nombreux atomes noirs, avec trois grandes taches noires près de la côte des supérieures, la tache externe dédoublée et ornée de rouge, une grande tache noire infradiscoïdale, les inférieures à base largement noircie avec un grand œil à pupille rouge bordée de noir, la femelle plus grande, à taches noires plus fortes, avec la poche cornée sous-abdominale brune, recourbée en dedans à son extrémité. La chenille est épaisse, d'un noir velouté, avec des poinls orangés et des mamelons bleuâtres. Une espèce analogue, plus petite et plus rare, est le P. Delius, Esper, syn. Phœbus, Hubner, God. (pi. lxxxv, fîg. 3, en dessous et de profil; 3 a, une des pattes avec les crochets des tarses). Ailes blanches, les supérieures avec trois taches noires à la côte, l'externe divisée en deux, marquée supérieurement d'un point rouge, avec une bande courte antémarginale d'atomes noirs, les inférieures avec deux ocelles sur le disque bordés de rouge et de noir, et, dans le noir de la base, deux ou quatre petites taches rouges bordées de noir; femelle avec le noir plus marqué et les taches plus grandes, la poche abdominale comme chez V Apollon, mais od'rant une carène plus prononcée et plus tranchante : en juillet, des Alpes de Suisse, de Savoie, d'Italie, des Basses-Alpes; aussi de Sibérie et du Kamtschat'Ka. On rencontre encore, en juin et juillet, mais plus rarement que ÏAjiollou, dans les Alpes, les Pyrénées, les causses de la Lozère, au Mont-Dore, en Auvergne, mais rare, aussi rochers et plateaux du Capucin, le P. Mnemosyne, Linn., de 60 millimètres d'envergure, à antennes noires; ailes blanches, avec de fines nervures noires, les supérieures ornées de deux taches noires dans la cellule discoïdale, transparentes à l'extrémité, les inférieures avec le bord interne pointillé de noirâtre et une tache disco'idale noire, manquant quelquefois; femelle semblable au mâle, mais un peu plus obscurcie, avec une grande poche cornée sous le bout do l'abdornen, blanchâtre, très saillante. En Californie, on trouve le P. Numion, pareil à celui de Sibérie et du nord de la Chine, le P. Cla^ rius, à très peu près semblable à celui de l'Altaï, et le P. Sminthcus, la
PAPiLio. 257
plus petite espèce connue du genre Parnassins, à peine de la taille de
Pieris brassicœ.
PAPIMO. Linn. — Têle grosse. Antennes assez allongées, renflées à leur extrémité en une massue arquée de bas en haut. Yeux grands, saillants. Palpes labiaux très courts, ne dépassant pas les yeux, fortement appliqués sur le front, à articles très peu distincts, le troisième invisible. Ailes à nervures saillantes, leg inférieures à bord extérieur plus ou moins denté, souvent terminé par une queue. Abdomen assez gros, médiocrement allongé. — Chenilles à tête assez petite et arrondie, épaisses, en général, cylindroïdes ou amincies antérieurement ; corps ou glabre ou muni de prolongements charnus plus ou moins allongés. — • Chrysalides sans taches métalliques, médiocrement anguleuses, tantôt presque droites, tantôt fortement arquées, avec les bords latéraux parallèles ou comprimés, garnies de crêtes régulières; quelques-unes cornées sur la partie dorsale ; tête tantôt carrée, tantôt bifide, quelquefois tronquée.
Le genre l'apilio compte environ trois cents espèces, des régions tempérées et chaudes de la terre, répandues à peu près également dans les deux hémisphères. Les queues dont sont presque toujours pourvues les ailes inférieures et leur forte taille les firent appeler Grands porte-queues par les anciens auteurs, et, d'après les taches du Ihorax, Linnfeus les divisait, d'une manière assez bizarre, en Chevaliers Grecs et Chevaliers Troyeiis, les seconds à thorax noir avec des taches rouges, les premiers à thorax sans tache, mais portant un œil ou une tache ocellée vers l'angle inférieur des ailes de la seconde paire (ainsi nos /'. Machaon et Podalirius). Si certaines de leurs chenilles sont sociales jusqu'à la nymphose, la plupart vivent solitaires. Les unes sont cylindroïdes et entièrement lisses (^ainsi celle de P. Macliaon), les autres ont des prolongements charnus assez allongés; chez un certain nombre les deux premiers anneaux sont amincis et peuvent se retirer sous le troisième et le quatrième, qui sont renflés et souvent ornés de taches oculitbrmes, disposition analogue à celle des chenilles de CJiœroco?n/)a (Sphingiens); d'autres sont raccourcies et pourvues de plusieurs pointes charnues assez courtes; enfin il en est qui ont quelque ressemblance de forme avec des Limaces, Ces chenilles vivent sur des plantes très différentes; mais, en général, les espèces dont les adultes forment un petit groupe naturel se nourrissent de végétaux de la même famille. Les plantes préférées sont les Ombellifères, les Drupacées, les Malvacées, les Laurinées, certaines Anonces et Aristoloches, et surtout les Aurantiacées pour les espèces tropicale?.
U y a dans les régions tempérées de l'ancien monde, et en particulier de ton le l'iMiropc, (U^wx espèces fondamentales, de deux types dilVérents. L'une est le /'. Podalirius, Linn., le Flambé de Geoffroy, qui manque dans les îles lîrifanniqucs et qui est rare en Belgique et dans l'extrême nord de la France : envergure allant à 75 niillhuèlre», CIRAUD. m. — 17
fond des ailes d'un jaune pâle, avec des bandes noires transverses, à peu près parallèles au corps, simulant des flammes ; les ailes inférieures avec deux lignes noires, l'une au milieu, l'autre au bord interne, se réunissant à la rencontre d'une tache oculaire noire, bleue et ferrugineuse; leur bord interne est noirâtre, avec quatre lunules bleues, les queues noires, avec l'extrémité jaune. De toute l'Europe tempérée et chaude, des champs et jardins; n'est jamais très commun. Dans l'extrêmemidi de l'Europe (Pyrénées-Orientales, en France), dans le nord de l'Afrique et l'Asie Mineure, on trouve, outre le type, une race dite Feisthamdi, Duponchel, à fond plus blanc, à lâches ocellées plus nettes, avec la côte des ailes supérieures et les échancrures des ailes inférieures jaunes, et du jaune entre les flammes noires. La chrysalide du Podalire est roussâtre, un peu arquée, à tête un peu bifide; la chenille est lisse, renflée en avant, atténuée en arrière, variant du vert gai au jaune roussâfre, avec les teintes intermédiaires ; elle vit sur beaucoup d'arbres et d'arbustes à fruits à noyau, prunellier, pêcher, abricotier, amandier, et aussi sur le berbéris et l'aubépine. 11 paraît en mai, puis en juillet et août. L'Europe a encore trois autres espèces de Papilio, formant un petit groupe naturel, se nourrissant en chenille d'Ombellifères. La plus répandue est le P. Machaon, Linn., un peu plus grand que le précédent, le Grand Porte-queue d'Engramelle, le Machaon, le seul Papilio des îles Britanniques {the Stvallow-tailed), bien plus commun que le précédent, ayant aussi deux générations, les chrysalides de la seconde passant l'hiver. Les ailes sont d'un jaune soufre, à nervures noires. Les supérieures ont trois grandes taches noires à la côte et une large bande noire au bord externe, divisée par une série de huit taches jaunes; ailes inférieures offrant aussi au bord externe une bande noire, celle-ci ornée de taches bleues, l'angle anal décoré d'une tache d'un fauve rouge, surmontée d'un croissant d'un violet blancliAtre, les queues noires à l'extrémité. La chenille vit en mai et septembre sur les Ombcllifères, principalement le fenouil et la carotte. Lente dans ses mouvements et à découvert, comme celle du Flambé, il est facile de la ti'ouver en plein jour, car elle trnnche vivement sur la sombre verdure des carottes, par ses anneaux d'un joli vert, avec des bandes d'un noir de velours et des points d'un rouge fauve (pi. lxxxv, fig. 2 : 2 o, sa tête avec les appendices qui en sortent dès qu'on la touche, en forme de caroncule orangée, molle et charnue, d'une odeur pénétrante et fétide) ; de même pour la chenille du Flambé. La chrysalide, suspendue et ceinturée (fig. 2 6), est tantôt veite, tantôt grisâtre, avec une bande latérale jaune souvent peu marquée. Le Machaon, comme le Flambé, a le vol rapide et soutenu. Il se trouve dans toute TlMirope, sauf le nord extrême, aux îles Canaries, en Sibérie, en l'Egypte et dans tout le nord de l'ATrique, en Syrie, au Népaul et dans la vallée de Cachemire, aux îles Canaries. En Algérie, le Machaon est plus petit qu'en Franco, ofl're le jaune plus foncé et les parties noires plus intenses et plus larges, les
PAPJLIO.
taches bleues plus grandes aux ailes inférieures. Il y a passage à la variété Sphyrus, de Calabre et de Sicile, à maculatures noires très fortes ; la Corse et la Sardaigne ont aussi de ces passages. Les sujets de printenaps sont toujours à fond jaune soufre, ceux d'été (juillet et août) sont généralement plus jaunes et parfois d'un jaune ocreux, surtout dans les années sèches et chaudes; c'est un effet d'insolation, car les Machaons, dans les cadres longtemps exposés à la lumière solaire, prennent cette teinte ocracéc. Les mriles éclosent, comme d'usage, un peu avant les femelles; un mfde se poste sur un épi, près d'une luzerne, guettant les femelles, qui, aussitôt nées, viendront butiner le nectar sur la luzerne. Il reste immobile, les ailes tournées au soleil. Si un autre mâle vient dans le voisinage, il y a un combat acharné; les deux mules s'élèvent à perte de vue dans les airs; puis, l'ancien mâle, ayant expulsé l'autre, revient se placer sur le même épi. Quand une femelle paraît, il se précipite dessus, la renverse sur le sol les ailes étalées et la copule.
L'Europe présente encore deux autres espèces du genre Papilio, toujours à fond jaune avec dessins noirs. L'une, rare et très localisée, de Corse et de Sardaigne, ressemble au Machaon, qui coexiste, au reste, avec elle. Cette espèce insulaire présente la taille plus petite et plus de noir: c'est P. Hospiton, Gêné, sa chenille ayant des pointes et vivant exclusivement et en petites familles sur la Feriila communis. M. Bellier de la Chavignerie a trouvé, au début du printemps, un exemplaire de p. Hospiton, à taches noires très prononcées et envahissantes, analogue à la variété Sphyrus de P. Machaon. L'autre espèce, le /'. Alexanor, Esper, participe des P. Podalirius et Machaon. 11 a la bordure noire du Machaon, avec deux taches noires allongées aux ailes antérieures et une longue flamme noire parallèle au corps, près de la base de ces ailes, et se prolongeant sur les inférieures. On le trouve en France, dans les Hautes et Basses-.Vlpes, dans les montagnes, principalement près de Digne, très rare près de Hurceloiinette en juin, à la montagne de Sermur (Creuse), mais rare, en juin et juillet, et aussi en Dalmatie et en Morée. La chenille vit sur le Seseli niontanum, et la chrysalide, d'un gris cendré uniforme, passe l'automne et l'hiver fixée aux pierres et aux rochers avec lescjuels elle se confond par la couleur. Pour bien faire éclore les chrysalides de cette espèce, il faut les arroser d'eau fréquemment. En outre, de même que les chrysalides des Thaïs, et par un retard rare chez les Diurnes, elles peuvent n'éclore qu'au bout de deux et même de trois ans. Dans nos quatre espèces de Papilio d'Europe, les dessous des ailes reproduisent les dessus, mais affaiblis, et les femelles sont pareilles aux mâles et généralement un peu plus grandes.
Nous représentons une espèce dépourvue de queue à l'aile inférieure, espèce exotique du genre, le P. Latreitlianus, Codart, de Sierra-Leone et de la côte occidentale d'Afrique (pi. lxxsv, tig. 1: la, le même vu
ait- "^-^ *
260 LÉPinoPTÈHES.
de profil). Dans les individus frès frais, les taches des ailes sont d'un joli vert pomme, comme chez une espèce voisine, qui vient de Madagascar, le P. Cijrnus, Boisduval.
On a détaché du grand genre Papilio le genre Ornithoptera, Boisduval, comprenant des espèces à longues antennes, avec massue allongée et à très longues ailes supérieures, à nervures saillantes et robustes, les inférieures, d'aire beaucoup moindre, grossièrement dentées et sans queues; l'abdomen est gros, notablement allongé, celui du mâle pourvu de deux grandes valves anales arrondies, muni en dessous d'une profonde gouttière. Chenilles grosses, épaisses, armées de pointes charnues et pourvues de deux tentacules rétractiles, renfermées chacune dans un étui extérieur. Chrysalides grosses, un peu arquées, dont le lien transversal n'entoure pas le corps, mais s'insère de chaque côté, à la partie latérale, par un petit tubercule soyeux. Ces papillons, ornés de riches couleurs, sont de la partie sud des Indes Orientales, des Philippines, îles Sondaïques et Moluques. Un autre genre a été séparé par le caractère exceptionnel de ses palpes longs et avancés, et n'offre qu'une seule et très rare espèce, des montagnes les plus élevées de l'Himalaya, particulièrement sur les frontières de l'Assam : c'est le Te inopalpus impériales, llope. Les ailes postérieures diffèrent beaucoup dans les deux sexes, fortement dentées et à une seule queue chez le mâle, ayant trois queues chez la femelle. Chenille et chrysalide inconnues.
Tribu des HEiSPÉRlElViS.
Les Hcspéricns forment un groupe bien tranche parmi les Lépidoptères Rhopalocères, et que tous les auteurs s'accordent à rejeter vers la fin de cette légion. Us se rapprochent en effet des Hélérocères par plusieurs caractères tirés soit de la forme adulte, soit des chenilles, l-cur nom indique que ces papillons volent surtout dans l'après-midi, ce qui est déjà un rapprochement avec les iNocturncs, qui sont, en grande partie, réellement crépusculaires. En outre, et c'est un autre rapprochement, cespapillons constituent le groupe des quadricalccarali de M. A. Cuenée, car ils ont généralement deux éperons à chacune des jambes postérieures. Enfin, au repos, les Ilespériens ont une manière toute spéciale de disposer leurs ailes. Au lieu de les fermer perpendiculairement au corps, ou parfois de les étaler tout à fait à plat, conmie font lesautr(;s Diurnes, ils relèvent à moitié les supérieures et abaissent les infV'riciires presque parallèlement au plan de position, à peu près connue si ces ailes étaient cassées à l'insertion; c'est sans doute ce qui a l'ait donner à ces papillons le nom d'Estropiés, par Ceoffroy. La tète des Ilespériens est forte, portant des antennes très écartées à linsertion, avec une petite aigrette de poils à leur base; elles sont
HESPÉRIENS. 2G1
courtes, terminées pcar une massue épaisse, souvent arquée, parfois avec un petit crochet au bout; le thorax est massif et robuste, les ailes généralement courtes et larges, à fortes nervures, la cellule discoïdale des ailes inférieures toujours ouverte, les six pattes développées et propres à la marche, l'abdomen très long. Les Hespériens sont encore assez mal cojmus, surtout dans les genres exotiques, et même parmi une cinquantaine d'espèces seulement que renferme l'Europe, les îles l'.ritanniques n'en possédant que sept, il en est dont la délerminalion est 1res difficile, uotanmient dans les genres Scelothrix ou Sijrichius et Spilothijnis; il y a même des geiu'es sur lesquels les classificateurs ne sont pas encore d'accord : ainsi ceux qui renferment les espèces Sylvanus, Comtna et Aracinthus. Les Hespériens d'Lurope ont généralement des couleurs peu brillantes, fauves avec des bandes ou des lignes noires, ou grises avec des stries ou des taches plus claires, ou brunes avec de petites taches blanches; parfois le dessous des ailes inférieures est varié de blanc, de gris ou de verdâtre, parfois même avec dessins bien accusés et des taches brillantes {Carterocephalus Paniscua, Cyclopides Aracinthus). Nos Hespériens habitent les bois aussi bien que les prairies; on trouve même souvent certaines espèces dans les jardins, ce qui explique le nom à'Urbiœlœ que leur donnait Linuéeus. Le vol des Hespériens n'a pas une grande étendue, étant souvent saccadé et à crochets; mais il est tourbillonnant et mémo très rapide sur place.
Les chenilles des liespériens sont cylindroïdes et amincies aux deux extrémités, glabres ou pubescentes, rarement poilues (quelques exotiques), mais non épineuses; leur tète très grosse, globuleuse et un peu lendue, .-rmblaut portée sui' une sorte de cou par le rétrécissement du protliuiax; elles ont les seize pattes normales. Les chenilles des espèces européennes vivent sur les plantes basses, notamment des Malvacées, des Légumineuses, des Graminées, etc. Pour se métamorphoser, elles se ménagent un abri en roulant autour d'elles une partie de la feuille, ou plusieurs feuilles voisines associées au moyen d'un clair réseau de fils de soie, à la façon des Tordeuses (Hétérocèrtis); quelques-unes se retirent dans des tiges creuses pour y passer l'hiver. Les chrysalides ont des formes qui varient suivant les genres, étant en général allongées et un peu cylindroïdes, sans taches métalliques, enveloppées dans un cocon très lâche, attachées par la queue, et souvent en outre par un ou plusieurs fils trans\ersaux, d'où le nom d'Eiu'Oulés (involuti) donne' à toute la tribu des Hespériens par le D' Boisduval, dans sa ili\ision des lUidpalocères en trois sections, selon le mode d'allaclie i\iii chrysalides.
La classillcalion difficile des Hespériens a été l'objet de travaux récents. Lu Amérique, .\L S. Scuddcsr a divisé les Uibicolœ de Linmeus en deux groupes, Hespcridcs et Asttjci {thc tiro princijial uroupa uf Vrbicolœ, liesperidœ, auct., in Hull. liHJfaln Suc. nul. xc, déc 1873
avrill87û, t. I,p. 195-196; et Notice, Psyché, juillet 187^i, f. I, p. 11). En France, M. P. Mabille a adopté les mêmes bases systématiques que l'entomologiste américain {Sur la classification des Hespériens, avec la description de plusieurs espèces nouvelles, dans Anti. Soc. entom. de France, 1876, p. 251). Le nouveau caractère dislinctif dont se servent ces auteurs, indiqué d'abord par Rambur et par M. Lederer, mentionné par M. A. Guenée dans son catalogue, est la présence ou l'absence d'un pli {pli déhiscent de Rambur) à la côte de l'aile supérieure chez les mâles. Ce pli, en forme de bourrelet pouvant s'entr'ouvrir, occupe la partie moyenne de la côte; il est velu en dedans et feutré de poils écailleux, et s'entrouvre souvent dans toute sa longueur. Une première division d'Hespériens possède le pli déhiscent; on y rencontre d'abord des genres d'Hespériens exotiques, de grande taille pour la tribu ; des genres GoTiJMn/s, Hubner; £'uda?nMs, Swainson; Telegonus, etc. Parmi les genres européens, sont les genres Scelothrix, Rambur, ou Syrichtiis, Boisduval; Spilothyrus, Duponchel; Erytinis, Schrank. Ce sont là les Hesperidœ. L'autre groupe, sans pli déhiscent à la côte de l'aile supérieure des mSles, les Astyci, commence par le genre Battus, Schrank, dont l'espèce type, B. Sao, Hubner, se relie tout à (ait aux Spilothyrus, sauf qu'elle manque du pli déhiscent des mâles des Spilothyrus. Puis, toujours sans le pli costal, viennent les genres /'«mp/ii/o, beaucoup d'auteurs (syn. Hesperia, Latr.); Thymelicus, Hubner (espèces Linea, Lineola, Acteon); Cyclopides, Hubn.; Carterocephalus, Lederer, genres qui ont des espèces en Europe. M. P. Mabille a proposé de faire une troisième section, Frœnati, pour une espèce anormale et qui sera peut-être rejetée des Hespériens: c'est VEuschemon RaffJesiœ, de la Nouvelle-Hol-' lande, offrant deux stemmates, et, chez les mâles, un frein très long, partant du haut de l'aile inférieure, et allant s'engager dans un anneau écailleux, très apparent, situé au premier tiers de l'aile supérieure; ces caractères sont extraordinaires chez un Diurne.
Les Hespériens se rencontrent dans toutes les régions de la terre, même en Australie, beaucoup plus nombreux en espèces dans les régions intertropicales. C'est une tribu considérable et la moins bien connue des Hhopalocères. Le catalogue de M. Kirby donne au moins douze cents espèces décrites; il y en a en outre un certain nombre d'autres, soit in litteris, soit absolument inédites dans diverses collections.
Les connaissances sur les chenilles des Hespériens sont encore très bornées, et en raison de l'imperfection des notions sur les adultes. Parmi les Hespériens d'Europe, il y en a environ un tiers dont les chenilles sont encore inconnues. 11 y a certaines chenilles exotiques de cette tribu qui sont décrites. Ainsi Fabricius, puis Al)bol, ont décrit les métamorphoses d'un Hespérien du genre Eudamus, genre remarquable par la taille et surtout le corps très robuste de ses espèces ; c'est celle de 'E. Proteus, Linn., Hespérien à ailes inférieures prolongées en longues
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queues, abondamment répandu dans toules les parties de l'Amérique situées entre les tropiques, remontant, mais rare, jusqu'en Géorgie, dans les États-Unis du Sud. Cette chenille vit sur le CUturia rouge, et, de môme que les chenilles des Hespériens d'Europe, elle plie les feuilles de cette plante pour s'y mettre à l'abri et se filer une coque légère. Sloll et Sepp ont figuré un certain nombre de chenilles d'Hcspériens de l'Amérique méridionale chaude, principalement de la Guyane hollandaise. M. II. Burmeister, directeur du Musée d'histoire naturelle de Buenos-Ayres, a fait connaître (1) un certain nombre de chenilles d'Hcspériens de la région de l'Amérique méridionale qu'il habite, chenilles qui, par leurs formes et leurs caractères, peuvent se partager en groupes distincts. Elles ont, en général, les caractères ordinaires des chenilles de Diurnes, sauf la tète, relativement plus grande et plus séparée du tronc par un petit cou corné, plus ou moins distinct. Les antennes sont composées, comme chez les Morphonides, de trois articles, celui de l^ base, long et gros relativement, le second très petit, le dernier assez long et terminé par une longue soie. Les yeux constituent une petite plaque ovale, allongée, avec six yeux simples, dont quatre placés en haut sur le bord antérieur, le cinquième vers le milieu du bord postérieur, et le dernier en bas de l'ellipse, près des antennes, c'est-à-dire à peu près la même constitution que chez les chenilles des Papilionides. Les mâchoires ressemblent à celles des Morphonides; leur côté tranchant est simple et très aigu, et non denté en scie comme chez les Papilionides; les autres organes de la bouche sont très petits et ne présentent aucune particularité; il en est de même pour les six pattes en crochets sur les trois anneaux du thorax et pour les dix pattes membraneuses, à deux rangées de crochets au bout, portées sur les anneaux 6, 7, 8, 9 et 12. Le corps est garanti par une peau assez mince, le plus souvent glabre, mais couverte d'une pruiuosité Dlanchritre, avec de petits poils cachés sur les côtés. Le premier anneau est très petit; la partie supérieure est garnie d'une plaque cornée. Les deuxième et troisième anneaux grossissent successivement et assez brusquement, le quatric-me a déjà la taille régulière delà chenille qui se continue jusqu'au dixième ; puis le corps s'atténue ensuite jusqu'à l'extrémité, qui est presque toujours de la grosseur du premier anneau. Le onzième ne porte jamais de corne ni de tubercule. M. H. Burmeister décrit d'abord deux chenilles du genre Eudanius, dont l'une vit sur le robinier (faux acacia) et doime une chrysalide ovalairc, sul)cylindrique, avec la spiritrompe dans l'enveloppe commune, très luisante, d'un brun jaunâtre assez foncé, attachée par des filets de soie, parlant de la queue, renrermée dans une enveloppe de feuilles unies les unes aux autres par un tissu blanc assez compact (|ui tapisse tout l'intérieur. Cette chenille et cette chrysalide
(1) Heclterchcs sur les chenilles de Lépidojilères de la tribu des Hespérides {Revueet Magat. de ï.ool.^ 1§75> P- 50 et pL i).
'2(J'| I.ÛPlDOPTÈliliS.
sont très voisines de celles fignrées par Abbot et Smitb, sous le nom à'Hes^ peria Tityrus, dans leur ouvrage sur les papillons deTAmérique du Nord, Une autre chenille du genre T/frac/deSjHubner, commune aux environs de Buenos-Ayres, vit sur une Scitaminée du genre Canna et donne une chrysalide presqu^aussi longue qu'elle, couverte d'une pruinosité blanche, tantôt noir6|i(^{jTOt verte, renfermée dans de minces fragments de feuille de Canna enroulés en cylindre tapissé à l'intérieur d'un tissu serré, et soutenue par deux ceintures de soie, l'une au milieu du thorax, l'autre ta la pointe caudale qui s'y attache; le fourreau très allongé de la spiritrompe dépasse même celte pointe terminale du corps. Une autre chenille, du genre P/ic6oie.s', Flubner, vit aussi sur une Scitaminée, s'enferniunt dans un morceau de feuille enroulée, soutenue par cinq ou six forts fils de soie. Quand on ouvre son tuyau pour l'étudier, elle se met aussitôt à le reconstruire, mange beaucoup la nuit et tapisse d'un tissu plus dense l'intérieur de son tuyau de feuille pour devenir chrysalide, celle-ci soutenue par deux ceintures disposées comme chez la précédente et ayant le fourreau de la spiritrompe prolongé jusqu'aux trois quarts de l'abdomen. Une autre chenille d'ilespériensdu même pays vit sur les orangers.
Ces types de chenilles sont" analogues à celles des Hespériens d'Europe; il en est de fort différents rencontrés dans les genres exotiques Pyrrhupyga et Erycides, assez grosses comme les papillons qu'elles doivent produire, brunes avec des incisions rouges ou jaunes, revêtues de longs poils blancs, surtout sur les côtés du corps; la chrysalide est assez épaisse, presque cylindrique, la spiriti'ompe renfermée dans l'enveloppe commune, la queue aiguë, attachée par des fils de soie aux feuilles réunies par d'autres fils, contenue ainsi dans un culde-sac, sans ceintures transversales. D'autres espèces, tigurées par Seep et probablement du genre Goniloba, ressemblent aux chenilles des Pyrrhopyga, mais manquent des longs poils, et les chrysalides sont soutenues dans leur couche de feuilles enroulées par une forte ceinture transversale. Un autre type de chenille, figuré par Le Conte et Boisduval, offre à la tète deux protubérances, comme deux cornes, la chrysalide sans pointe à la tète et à spiritrompe renfermée sous la peau générale; enfin Stoll figure trois petites espèces, l'une à chenille translucide, l'autre à chenille velue, la troisième à chenille nue, avec les chrysalides à tète obtuse et à forte ceinture. M. H. 13urmeister les regarde comme de trois genres différents. Nous suivrons dans la répartition des Hespériens en familles la classification de iM. P. Maijille (1).
(1) Catnlogue (li:; Ilesinh-iiles «lu Minik; roi/nl (h; lU'UXcllci [Aiui. Soc. cntom.
PYlUlHOPYr.TDES , EUDAMIDLS. 265
§ 1. — iiK«i»F-Ki».i;, Fabr., Lalr.
PVlUtHOPVGIDES.
Côte des ailes supérieures Irùs forte et ne préseulaut pas le pli déhiscent, caractère général des Hesperidœ : il est probablement atrophié en raison de l'épaisseur de la cote. Cette tribu est composée d'espèces exotiques américaines, du Mexique, du Pérou, de Bolivie, du Brésil. Dans le genre l'ijrrhoinjua, Hubner, l'armure génitale des mâles présente deux pièces qui varient beaucoup avec les espèces: ce sont deux valves cornées, plus ou moins longues, deulées-écliancrées inférieurement, saillantes et égalant parfois la longueur du bouquet de poils terminal. Ce bouquet de poils est inséré à la partie supérieure du dernier anneau, et l'échancrure où est placé l'organe sexuel est située en dessous et beaucoup en arrière; les deux derniers anneaux de l'abdomen forment en dessus une arcade cornée qui dépasse plus ou moins les valves; en dessous l'abdomen est mou et se tasse plus ou moins, ce (jui donne encore plus de relief aux parties supérieures.
EUDAMIDES.
Tous les mâles ont le bord antérieur des premiiires ailes pourvu d'un pli ou rebord qui est déhiscent. Les antennes ont toujours la massue fusiforme, non ovoïde, courbée vers les deux tiers et finissant en pointe aiguë et rétléchie, plus ou moins longue. Les jambes postérieures ont toujours deux paires d'éperons. Les ailes inférieures sont très variables de forme; elles peuvent être sinuées, à longues queues ou arrondies.
Le genre Eudamus, Swainson, qui donne son nom à cette famille, présente des Ilespériens de grande taille pour la tribu, répandus en .Asie, en Afrique et surtout dans l'Amérique méridionale. Tantôt les aih^s inférieures, à bords siuués, se terminent par de longues queues: ainsi dans E. Proteus, Linn., ayant aux ailes supérieures, sur fond noir, une bande maculaire de quatre taches blanches et deux taches blanches sur le sommet, espèce très répandue en Amérique entre les tropiques; tantôt les ailes postérieures sont arrondies inférieurement : ainsi dans E. versicolor, Go(\a.vi, du l$résil, ayant les ailes des deux paires traversées par des bandes de taches allongées et de minces bandes sur les anneaux de l'abdomen. Deux espèces très comiues sont E. Or/on, Cramer, de la Guyane et du Brésil, présentant le dessous des ailes inférieures marbré de taches d'un noir bleuâtre, séparées par du gris cendré; et E. Brachius, Hubn<;r, de; la Guyane, avec le dessous des ailes d'un noir uni.
Les Eudamus ont le thorax et l'abdomen très épais.
Il faut encore citer dans cette même famille deux genres formés d'espèces exclusivement américaines, les genres Thymelc. l'abr. (avec réduc-
lion depuis) et Telegonus, Hubner, diminué également par les auteurs modernes,
l'HAI^'AOS, Boisd. (syn. Erynnis en partie, Schrank.) — Massue des antennes fiisiforme et très courbée en dehors. Palpes écartés, très velus, le dernier article plus mince et assez saillant, Têto aussi large que le corselet, qui est robuste. Abdomen se terminant sensiblement au niveau du bout des ailes inférieures. Ailes bien entières, à contour extérieur arrondi, n'ayant pas la frange entrecoupée. — Chenilles lisses, renflées au milieu, à tête forte et échancrée et cou très mince. — ■ Chrysalides presque fusiformes, avec un tubercule sur la tête et l'abdomen en cône allongé.
Le type de ce genre, commun en Europe, existant dans les îles Britanniques, se trouve dans toute la France, volant au-dessus des gazons et dans les clairières des bois : en avril, mai et juin c'est le T. Tages, Linn., la Grisette de Geoffroy, le Point de Hongrie d'Engramelle, the Dingtj Skipper des Anglais. Le papillon, à massue dos antennes très forte, est en entier d'un brun un peu jaunâtre, avec un pointillé de petites taches d'un gris jaunâtre formant bande diffuse sur les deux ailes, le dessous moins assombri, très analogue au dessus. La chenille (pi. i.xxxvi, fig, 5), est d'un vert clair, avec lignes sous-dorsales et latérales jaunes, pointillées de noir et la tête brune ; on la trouve en septembre sur diverses Légumineuses, comme le Lotus corniculatus, et aussi, dit-on, sur une Carduacée, VEryngium campestre ou Chardon Roland. La chrysalide (fig. 5 a), a l'enveloppe des ailes d'un vert foncé, et la partie postérieure du corps rougeâtre.
*»B»îB^OTHllEiU!=ë, Duponchel. — Massue des antennes piriforme, sans courbure. Palpes écartés, très velus, avec le dernier article presque nu, court et peu aigu. Tète un peu moins large que le corselet, qui est très robuste. Abdomen dépassant un peu les ailes inférieures. Ailes supérieures ayant des taches transparentes ou vitrées, et le repli que forme la eôte à son oriyme très prononcé chez les mâles; ailes inférieures profondément dentées. — Chenilles courtes, cylindroïdes, rugueuses, pubescentes, avec la tète grosse, échancrée ou fendue, et le cou, ou prothorax, très rétréci. — Chrysalides plus ou moins arrondies antérieurement et en cône allongé postérieurement, recouvertes d'une poussière blanchâtre sous leur coque à clairé-voie.
Ce genre est peu nombreux en espèces. Le type est le S. malvarum, Illiger (syn alceœ, Esper, malvœ, cat. de Vienne, Hodarl), la Grisette d'Engramelle; ,30 millimètres d'envergure chez le mâle, la femelle plus graiidA, mais par(!ille. Ailes d'un gris brun avec une teinte un peu rongeai re, les supérieures légèrement dentées, avec deux bandes brunes flexueuses et incertaines et six petites taches vitrées subcarrées, trois réunies près de l'angle apical, trois groupées à l'extrémité de la cellulç
SPILOTHYRUS, SYRICHTHUS. 267
discoïdale, les ailes inférieures trt's dentoes avec taches grisâtres assez confuses-, dessous analogue au dessus, mais plus clair, plus uni, les taches blanchâtres des ailes inférieures plus rélrécics, mais plus appal'cntes. Massue des antennes intérieurement d'un ferrugineux obscur et un peu courbée en crochet à l'extrémité. Toute la France, de juin en août, dans toutes les localités où croissent des Malvacées, venant souvent voler dans les jardins où il dépose ses œufs sur les roses trémières. Chenille en mai, puis de juillet à septembre, vivant enfermée dans une feuille repliée de mauve, ou de guimauve, d'un gris foncé avec deux lignes claires, pubescente, la tête noire, quatre points jaunes sur le premier anneau. Les individus qui ne se sont pas métamorphosés avant l'hiver s'enferment dans des tiges creuses de bardane ou de chardon et y restent engourdis jusqu'au printemps. — S.altheœ, Hubner, espèce très analogue à la précédente, mais beaucoup plus rare, plus foncée, présentant en gris verdâtre tout ce qui est d'un gris rougeâtre chez l'autre, ayant la massue des antennes droite, obtuse et non en crochet à l'extrémité, d'un noir profond. — S. lavaterœ, Esper, la plus grande espèce de nos Hespériens, d'un gris pAle avec de nombreuses taches blanches ou jaunâtres, volant avec beaucoup de vivacité sur les coteaux calcaires arides et pierreux. (Commune en juin et juillet dans le sud et le sud-est de la France, remontant en beaucoup de localités du Centre, mais alors rare, ainsi dans le Cantal, dans Saôneet-Loire, dans le Cher, etc.
STRICnTHC'S, Boisduval (syn. Scelothrix Rambur ; PvRGl'S, Hubner, nom plus ancien, peu usité). — Massue des antennes ovale, un peu courbée de dedans en dehors, obtuse et sans crochet. l'alpe.s écartés, très velus, avec le dernier article assez long, peu aigu, presque nu. Tête un peu moins large que le thorax. Abdomen plus long que les ailes inférieures, surtout dans les mâles. Les quatre ailes bordées d'une frange noire entrecoupée de blanc. — Chenilles et chrysalides avec les caractères généraux de celles des Hespériens.
Ce genre est beaucoup plus nombreux en espèces que le précédent; oc en compte plus de vingt en Kurope. Les papillons tiennent souvent au repos leurs quatre ailes étalées à plat ; ils sont bruns avec de petites taches et points blancs; le dessous des ailes inférieures est varié de blanc et de gris ou de verdàtre. Il y a une grande difficulté dans la détermination de la plupart des espèces, qui se ressemblent beaucoup, et le même fait se r(;produit pour un groupe d'espèces du même genre de l'Amérique du Sud : ainsi S. Americanus, F. lUanchard, du Chili, espèce qui parait répandue dans toutes les parties montagneuses de l'Amérique méridionale; ces espèces affines sont en outre très proches des espèces européennes Alvetts, cirsii, carthami, etc. L'espèce la plus commune de ce genre si difficile est le S. Alveolus, Hubner (syn. malvœ, Linn.), Ip Plain-chant d'Fngramellc, the Grizzle des auteurs
268 lEpidoptéuls.
anglais, Hospéricn qui vole dans les clairières des bois frais et dans les jardins en mai, puis en juillet, et alors butine beaucoup sur les chardons. Il est d'un brun grisâtre avec trois séries plus ou moins corn' plètes de petites taches blanches sur les ailes supérieures et deux sur les inférieures. La chenille se rencontre en avril sur le fraisier des bois ; elle est verte ou jaunâtre, avec la ligne sligmatale claire. Une variété qu'on trouve çà et là partout où vole le type est celle dite Taras, Meigen ou lavalerœ, Fabr., dans laquelle les taches blanches deviennent confluentes, avec tous les passages. Il ne faut pas confondre cette espèce avec une autre de taille notablement plus grande, 30 millimètres d'envergure, le S. Alveus, Hubner, ayant la massue des antennes d'un roux clair intérieurement, les ailes d'un brun foncé, les supérieures ayant la base saupoudrée de jaune verdàtre et beaucoup de taches blanches petites et isolées, les inférieures avec deux séries de taches mal marquées, d'un blanc jaunâtre, le dessous des ailes supérieures d'un brun clair avec taches grisâtres, le dessous des inférieures d'un jaune -verdàtre, avec Irois bandes de taches blanches. Celte espèce se rencontre en mai, puis en août; assez rare, toujours dans des terrains incultes et pierreux: ainsi, près de Paris, à Lardy, à Sénars, à Fontainebleau, çà et là, près de Chartres et de Châteaudun, sur les collines chaudes (Guenée); dans l'Indre, le Cher, la Sologne (Maurice Sand); au Mont- Dore, dans les Pyrénées-Orientales, les Basses-Alpes, etc. 11 y a ensuite une série inextricable d'espèces très voisines ou de variétés de cette espèce, point sur lequel je n'ose me prononcer; ainsi, Fritillum, Hubner; cirsii, Rambur, de taille plus petite, avec les ailes inférieures d'un rouge brique en dessous, se rencontrant en août à Lardy, à Fontainebleau, à Gargilesse, dans l'Indre, au Mont-Dore, etc.; carlinœ, Rambur, peu répandue, des Basses-Alpes, du Mont-Dore, etc., en juillet et août ; ono^jon//, Rambur, en mai et juillet dans l'Indre, le Cher, la Sologne, les prairies élevées du Mont-Dore (Maurice Sand).
y a quelques espèces de Syrichthus bien tranchées : ainsi, -S", carthami. Hubner, en mai, puis en août, dans toute l'Europe centrale, brun en dessus avec la frange blanche largement coupée de brun, les (aches blanchâtres de l'aile supérieure formant une sorte d'anneau vers le bord apical, et deux rangées plus ou moins vite interrompues vers le bord interne aux ailes inférieures, le dessous plus clair, les taches blanches plus développées, à trois rangées inférieurement ; le type de cette espèce est très beau à Fontainebleau. — 6\ l'rolo, Esper, llubnei-, espèce de l'Europe méridionale, assez commune en juin et juillet dans les garrigues des environs de Montpellier. Sa chenille vit sur le l'Iiluinis lichnitis.
§ 2. — ASTYi'i, Hubner.
liord antérieur des premières ailes dépourvu de pli dans les deux sexes. La côte varie beaucoup; elle est parfois large et aplatie en lame,
ISMÉMDES, CAKYSTinKS. 269
parfois forte et épaissie. Massue des antennes variable, tant(M en crochet de longueur égale, à fige longue, tantôt ovoïde, mucronée, à tige très courte. Quelques genres n'ont qu'une paire d'éperons aux jambes postérieures. Les jambes sont, le plus souvent, garnies de poil» fins, longs et flexueux. Les ailes inférieures sont sinuées ou arrondies, et n'ont ni échancrures, ni prolongements caudiformes. L'abdomen dépasse souvent les ailes inférieures, et alors il peut être grêle et courbé.
ISMÉNIDES.
Antennes dont la massue occupe ù peu près le dernier tiers, renflée à l'extrémité, puis s'amincissant en pointe aiguë et un peu courbe; palpes à dernier article cylindrique et perpendiculaire au second, en général.
Le type de celle famille est le genre Ismcne, Swainson, formé d'espèces exotiques de l'ancien monde, surtout des Indes, des îles malaises et de l'Afrique.
Nous placerons, au début du groupe des Asdjci, le genre Battus, Schrank, ressemblant beaucoup au genre Syrichthus, duquel ne le séparent pas les auteurs qui ne regardent pas d'une importance capitale le pli déhiscent qui manque chez les Baltus. Le type européen de ce genre est le B. Sao, llubiier, /e Tacheté û'Kugvamclle, espèce des terrains calcaires, coteaux et bois secs, en mai puis en août, de toute la France centrale et méridionale, des environs de Paris; il est beaucoup moins commun que S. Alveolus, auquel il ressemble, fnais dont il se dislingue, au vol et à première vue par un ton général rougeâtre. Envergure, 22 millimèlres dans les deux sexes, qui sont semblables. Ailes d'un Ijiuii noir à reflet rougeàtre; les supérieures avec des taches blanches, dunt une série antéterminale de petites taches arrondies bien visibles, les ailes inférieures avec un trait discoïdal allongé et une série de taches antélerminales, comme aux supérieures; le dessous des ailes inférieures est d'un rcuge brique assez vif, avec trois rangées détaches blanches, celles du bord antérieur les plus grandes, lu frange blanche large, l'extrémité de l'anus rougeàtre. Citons du même genre B. Therapnc, Uambur, propre à l'ile de Corse.
CAIIYSTIOES.
Antennes dont la massue est fusiforme, égalant au moins en longueur la moitié de l'antenne, décroissant en une pointe aiguë et souvent crochue. Palpes à dernier article peu distinct.
Cette famille ne comprend que des espèces exotiques, ayant leur lype dans le genre Carijatus, presque entièrement américain, avec quelques espèces africaines.
PAMPHILIDES.
Auicnnes à tige tiV's courte et n'ayant pas de massue aiguë, mais une massue ovoïde, obtuse oumutiqùe, en général. Cette famille a des genres européens.
HESPICBIBA, Latr. (syii. Thymelicus, llubner). — Tête plus large que le thorax, quoique celui-ci soit très robuste . Yeux gros, saillants. Massue des antennes droite, ovoïde, souvent terminée par une pointe courbée en dehors. Palpes très velus, avec le dernier article cylindrique presque nu, très grêle et très aigu. Ailes inférieures légèrement sinuées ou concaves près de l'angle anal ; ailes supérieures marquées, le plus souvent, au milieu d'un trait noir oblique. Abdomen épais et plus long que les ailes inférieures. — Giienilles allongées, glabres, rayées longitudinalement, avec le cou très mince et la lètc globuleuse, et un peu éehancrée. — Chrysalides effilées et conico-cylindriques, terminées antérieurement par une pointe courte, et ayant une gaîne libre prolongée eu niel pour renfermer la spiritrompe.
Les papillons du genre Hesperia sont généralement fauves. Une des espi^ces les plus communes est YH. Thaumas, Hufnagel (syn. Linea, cal. de Vienne, la Bande-noire de Geoffroy, the Small Skiiypcr des Anglais), de toute la France en élé,du nord de l'Europe et de l'Amérique, d'Afrique septentrionale et d'Asie occidentale; des broussailles, des lisières de bois, dans les champs de blé, les prairies, en plaine comme en montagne; 25 millimètres d'envergure. Ailes fauves avec une étroite bordure etl'extrémité des nervures noire ; les ailes supérieures ont sur le disque un trait noir, linéaire, oblique, et les inférieures sont sans taches; en dessous, les ailes supérieures sont fauves, avec le sommet d'un gris jaunâtre et les inférieures avec le bord terminal fauve. Massue des antennes rousse en dessous. Femelle plus grande, sans trait noir discoïdal. Chenille en mai et juin sur diverses Graminées, s'introduisant entre les feuilles et les tiges, d'un vert glauque, avec les lignes. im peu plus claires et la tète verte. Chrysalide d'un vert jaunâtre, que uous représentons (pi Lxxxvi, fig. à), attachée à une tige de Graminée dans un léger réseau soyeux. — H. Lineola, Ûchsenh. ("syn. Virjula, Hubner), ressemblant à l'espèce précédente, moins commune, des mômes époques et localités. Même taille; massue des anteinies d'un noir profond en dessus; ailes en dessus d'un fauve uniforme, plus clair que chez JJnea, avec la frange plus blanchâtre, le trait noir oblique du milieu des ailes supérieures du mâle (trait manquant aussi chez la fcniidle) plus petit, plus grêle et quelquefois nul, avec l'extrémité des n(!rvures noirâtre et un peu dilatée; dessous des ailes supérieures d'un fauve uniforme, celui des inférieures d'un jaune blanchâtre chez le mâle, d'un gris blanchâtre chez la femelle, avec le bord abdominal plus clair. Chenille
HESPERIA. 271
aussi sur les Graminées, en juin, d'un vert clair, avec cinq lignes jaunes et la tète roussàtre. — H. ^cit'o/i, Rottenberg, Esper, les ailes brunes, le trait noir discoïdal chez le mule seul, entouré d'une large tache fauve aux ailes supérieures, le dessous plus clair, ainsi que la tache qui, est peu marquée. M. Goossens a trouve en nombre la chenille de cette espèce, en fauchant, le soir sur les herbes à Bouray; elle est d'un vert pâle, avec une fine ligne vasculaire d'un verl foncé, longée de chaque côté par un filet blanc, et les lignes stigmatales fines et blanches, la tète très détachée, en Ijouton, de couleur d'un brun jaune; VH. Acteon est une espèce assez rare près de Paris, volant en juillet et août sur les colUnes sèches et chaudes, ainsi à Lardy, Rouray, Poquency, près de Mantes, de Chartres, de Ghâteaudun, dans l'Indre, la Sologne, le Cher, au Mont-Dore, au Lioran (Cantal), etc. L'espèce existe en Angleterre sous le nom de the Lulwuvtli Skipper.
■ Le genre Pamphila (beaucoup d'auteurs), très voisin pour nous du précédent, comprend dans le catalogue de Kirby, avec une extension sur laquelle nous ne pouvons nous prononcer, lanl les Hespéricns sont encore confus, environ deux cent soixante espèces de tous les pays de la terre. Nous y rangerons deux Hespéries très répandues, existant toutes deux dans les îles Britanniques, dont le mâle présente aux ailes supérieures une sorte de cicatrice discoïdale assez large, veloutée et noirâtre ; ce sont : P. Sylvanus, Esper, the Large Skipper des Anglais; envergure, 30 millimètres. Ailes d'un fauve assez brillant, avec une bordure large, d'un brun obscur et une ligne noire oblique, épaisse au milieu, sur le disque des supérieures; dessous des ailes inférieures jaune verdàtre, avec une série de taches plus claires ordinairement peu marquées. Antennes ayant le bout muni d'un crochet très saillant. Femelle plus grande, plus brune, avec les taches mieux marquées, dépourvue du trait noir oblique sur le disque. Espèce commune partout, surtout dans les bois ombragés, en mai, juin principalement et juilhît, volant volonlier.s sur les feuilles des jeunes taillis. Outre l'Europe, l'espèce est d'Asie boréale et occidentale. Chenille d'un vert saie, à ligne stigmatale claire, vivant en avril sur le chicndi'xii {Triticum repcns). — P. Coiiiina, Linn., espèce^ moins abondante que celhï qui précède, des allées des bois secs et élevés, fin juillet, août et septembre, se prenant assez souvent sur les champs de sarrazin en fleur, d'Angleterre, tlio Pearl Skipper, de toute la France, mais assez localisée ; envergure du mâle, '28 millimètres, couleurs analogues à ctdles de P. Sylvanus, les ailes supérieures plus aiguës au sommet, d'un jaune fauve, avec une bordure brune et une série flexueuse antélerminale de petites taches carrées d'un jaune clair, avec un trait noir assez épais sur le disque, trait divisé en long par une ligne plombée brillante, le dessous des ailes inférieures verdàtre, avec deux lignes de lâches carrées blanchâtres, bordées de noir extérieurenu'-nt. Anteiuu's ;'i massue globuleuse, terminées par un crochet. Femelle plus grande, ayant les ailes plus arrondies et sans trait
272 LÉPlOOPTÈliES.
noir discoïdal. Chenille d'un gris noir uni, avec des points noirs et la tète noire; en juin sur les Graminées, et, d'après Hubner, sur la Coronille variée. L'espèce existe en Laponie et dans l'Asie boréale et occidentale.
CYCI.OPIUE!"», (Hubner syn. Steropes, Boisduval). — Massue des antennes courte, ovoïde, presque droite et sans crocliet au bout. Palpes écartés, très velus, avec le dernier article plus mince, très distinct et très aigu. Tête aussi large que le thorax. Ailes plus amples et moins épaisses que dans les autres genres d'Hespériens d'Europe. Abdomen plus long que les ailes inférieures, très grêle surtout dans le mâle. — Chenilles assez allongées, pubescentes, rayées en long, avec la tête rugueuse et hémisphérique. — Chrysalides très efTiléss, avec la partie abdominale conico-cylindrique, les yeux saillants et la tête surmontée d'une pointe conique.
L'espèce type de ce genre est le C. Morpheus, (Pallas syn, Araoin^ thtis, Fabr., le Miroir de GeotTroy), espèce localisée dans certains bois, là où croissent de grandes herbes : ainsi, à la fin de juin et dans la première quinzaine de juillet, près de Paris, jadis au bois de Boulogne, à Bondy (rare), à Senars surtout, à Chantilly, dans la forêt d'IIallatte (Oise), dans les bois de Saint-Charlier, de Chanteloup (hulre) dès le 15 mai, à Saint-Florent, dans le Cher, à Guéret, dans la Creuse, etc. Le mâle a les ailes brunes en dessus, avec deux ou trois petits points d'un jaune terne près du sommet de l'aile supérieure; en dessous supérieurement, plusieurs points plus larges et d'un jaune plus vif qu'en dessus et une bordure apicale jaune festonnée de brun. Aux ailes inférieures, en dessous, trois rangées concentriques et serrées d'une douzaine de larges taches elliptiques, d'un blanc jaunâtre, cerclées de noir, ressemblant à des miroirs, se détachant sur un fond d'un joli jaune clair et une bande marginale blanche bordée de noir. L'abdomen, d'un brun noir, est très long et grêle, souvent fourchu au bout sur le sec, par écart, des crochets copulateurs. Femelle beaucoup plus rare que le mâle, dont elle ne diffère que par un point jaiinAlro de pins, placé vers le milieu du bord antérieur de l'aile supérieure et qui manque quelquefois. D'après Godart, il faut battre les buissons pour faire partir cette femelle. Chenille en mai et juin sur les Graminées.
Dans un genre très voisin, Carterocephalus, Lederer (syn. Steropes, Boisd.), dont la tête a le vertex plus large que les Cyclopides et les yeux beaucoup plus gros, se place un de nos plus jolis Hespéricns. C'est le C. Palœmon, Pallas (syn. Paniscus, Fabr.), l'Échiquier d'Engramelle, à cause de la marqueterie noire et jaunAtre de son dessin rappelant les cases de l'échitiuier. MAle, 28 millimètres d'envergure. Ailes d'un brun noirâtre, les supérieures avec des taches irrét;ulières d'un jaune fauve, celles de la série antémarginale peu marquées, les inférieures nyant les taches jaunes plus arrondies, une près de la base, deux médianes dnnl
CYCLOPIDES, TAGIADIDES. 27 S
la supérieure plus grande, puis une série anlémarginale de plusieurs autres plus petites; en dessous, les ailes supérieures sont jaunes avec des taches, les inférieures d'un jaune saupoudré de brun, avec la reproduction des taches du dessus en jaune plus clair et cerclées de noir. Femelle semblable, un peu plus pâle. Le papillon ne paraît qu'une fois et vole en mai dans certains bois, se prolongeant jusqu'en juin par des sujets défraîchis. L'espèce n'est pas très répandue et assez localisée, près de Paris à Bondy, Vincennes, Senars, bois iNotre-Dame, Armainvilliers, Fontainebleau; elle est commune dans les bois de Saint- Chartier (Indre) et de Saint-Florent (Cher), dans la Creuse, à Guéret (Maurice Sand), existe dans les bois élevés de Saône-et-Loire, mais peu commune, au Mout-Dore, en xVuvergne, en Alsace, en Russie, en Angleterre {the Chequered Skipper, etc.). Chenille en avril sur le plantain.
TAGIADIDES.
Ailes très amples, ressemblant assez à celles des Piérides; les antennes comme chez les Carystus, mais beaucoup plus grêles à massue plus courte.
Les genres types de cette famille, la moins bien connue encore des Hespériens, sont le genre Tat/iades, Hubner, dont toutes les espèces sont de rancien monde, et le genre Pterygospidea, Wallengrein (taches sur les ailes), formé d'espèces de la Malaisie et des Indes, plus grandes que les Tagiades, plus colorées, à ailes souvent denticulées.
C'est à une place jusqu'ici incertaine entre ces deux genres que nous terminerons les Hespériens par l'indication d'une espèce d'aspect européen, ressemblant de coupe d'ailes au Cyclopides Aracinthus, répandue sur une grande région, dans l'Afrique australe, Madagascar, les îles Maurice et Bourbon. Sa place générique est incertaine, car dans le catalogue Kirby elle est appelée Tagiades Sabadius, Gray; elle est dans le genre Hesperia pour Guérin-Méneville ; Thymele pour Boisduval, fort à tort, car les Thymele ont le pli déhiscent; Eagris pour Guenée ; Aïsoniades pour Trimen : les vrais Nisoniades ayant aussi le pli déhiscent, cette dernière désignation générique est également inadmissible.
Xous représentons, planche i.xxxvi, fig. 2, cet Hespérien africain, qui sur un fond d'un brun fau\c présente au milieu des ailes supérieures truis taches blanches avec une bordure anlémarginale d'un jaune lauve, le disque des ailes inférieures en grande partie du même jaune fauve, avec bandes maculaires interrompues d'un brun fauve.
Si l'on veut un groupement naturel, on doit dire que les Hespériens sont la dernière tribu des Hhopalocères. C'est à tort que M. F. Blanchard, d'après Latreille, cherche à établir une trilju des Cydimoniens à la fin de ses Achalinopfères {llist. natitr. des Jns., 18/|5, H, o/i8j, pour des papillons à longues et grêles antennes, sans aucun renflement, mais dont les chenilles et le mode d'attache do la clirysalide ressemblent r.ir.ARP. lu. — 18
beaucoup à ce que nous avons vu pour les Hespériens. En réalité, par l'aspect et les mœurs, ces Cydimoniens ne peuvent se séparer des Uraniens et formeront une tribu des Hétérocères, non loin des Attaciens, des Noctuelles et de certaines Phalènes. M. C. Bar {op. cit., Ann. Soc. entom. Fr., 1878, p. 30) a essayé d'introduire dans les Rhopalocères la tribu des Castniens, à chenilles endophytes, dont les antennes se terminent en massue à la façon des Hespériens, mais sans crochet extrême. Dans les Hétérocères il y a place même pour des antennes en massue ou à crochet, comme le montrent les Zygènes et certains Sphinx. Les Castnies sont un groupe aberrant, mais que la majorité de ses caractères maintient parmi les Nocturnes. La forme de l'abdomen et ses grandes écailles, avec la brosse terminale, sont d'un Bombycien ou d'une grande Noctuelle ; les ailes sont insérées en bas, sur les côtés du corselet, de sorte qu'elles ne peuvent se relever et s'abaissent en toit au repos le long du corps, comme chez la plupart des Hétérocères; il faut bien remarquer que lors de la sortie de tous les papillons de la chrysalide les ailes sont relevées, parce que les muscles ne sont pas encore assez forts pour les mettre à leur place normale ; enfin les chrysalides des Castniens ne sont pas anguleuses, mais uniconvexes etcylindro-coniques, comme chez les Bombyciens et Noctuéliens, et les ailes des papillons sont munies du frein. Aussi nous ne suivrons pas M. G. Bar et nous placerons les Castniens au début des Hétérocères.
Erratum. ■— Page 173, ligne 3 : M. Parthenia, lisez : Parthenic.