BOMBYX
colonies de chenilles. Le H. P. Jouen, préfet apostolique de Madagascar, a signalé deux espèces du premier groupe: l'une noire, dit-il, d'un décimètre de longueur, est élevée par les Hovas, en plein air, sur les arbres^ les cocons, non dévidables, donnent une soie très Ibrte. Les Hovas enveloppent leurs morts de qualité de vêtements fabriqués avec cette soie, et l'on a trouvé de ces étoffes dans des tombeaux parfaitement intacts au bout de soixante ans. L'autre espèce vit dans les herbes et y fait des cocons qui donnent une soie récoltée par les indigènes et propre à faire des tissns légers. 11 est très probable, sinon certain, que la première espèce appartient au genre Boroccra, Boisduval, et que c'est celle qui a été décrite, sous le nom de B. cajani, par le docteur Vinson, qui faisait partie de l'ambassade française envoyée au couronnement df Radama 11. dette espèce est abondante dans la province d'Emyrne, aux environs de Tananarive. Les cocons recueillis Bur les arbres sont ouverts et les chrysalides retirées, soit pour la reproduction, soit, singulier usage, pour l'alimentation. Les Malgaches, en effet, mangent, frites à l'huile, diverses espèces de chenilles blanches, grasses et sans poils, et des chrysalides, ainsi celles qui nous occupent. Le docteur Vinson, à l'audience de réception, vit le fils du roi, enfant de dix ans, en manger avec grand plaisir. Les indigènes surveillent l'accouplement des papillons, la ponte, l'éclosion des jeunes chenilles. Celles-ci sont aussitôt portées en plein champ ou à couvert sous des hangars, sur des pieds d'ambrevate {Cytisus Cajanus). En effet, la plupart des cocons sont recueillis à l'état sauvage ; mais certains propriétaires Hovas (les Hovas forment la race conquérante, riche et civilisée de Madagascar) élèvent ces chenilles en liberté dans des taillis d'ambrevate dans la belle saison et les rentrent dans les cases dans la saison des pluies. On fait de deux à quatre récoltes par an. Les chenilles, qui atteignent /i5 millimètres sont hérissées, de piquants raides et noirs et présentent, près de la tOte, des houppes rétractiles de fortes épines. Le corps, d'un brun marron foncé, offre deux bandes latérales d'un rouge carné. Les clirysalidcs sont grosses et d'un brun marron. Les papillons diffèrent beaucoup dans les deux sexes. F^e mâle, à antennes doublement pectinées, est d'une teinte rougeûtre, variant du rouge brique au rouge cannelle; la femelle, presque moitié plus grande, est d'un gris perle; dans les deux sexes, les ailes supérieures ont deux raies, brunes chez le nifile, d'un gris obscur chez la femelle. Les cocons, de /i5 millimètres de long, d'une l'orme ovalaire, d'un gris sale, pleins des poils des chenilles, sont bouillis dans l'eau, cardés, filés au rouet. La soie est très solide, et les étoffes qu'on en fabrique sont d'une agréable nuance d'un gris clair qui permet souvent de se passer de teinture. Au reste, les Malgaches savent t(!indre cette soie en rouge avec les graines du roc(ju, en jaune avec le safran, en bleu avec l'indigo, en brun en enfouissant la soie dans les marais. Le docteur Vinson a beaucoup recommandé l'introduction de cette espèce dans l'île de la lUninidu, où croît sponla-
Û/iO LÈPIDOPTÈUES.
nément Fambrevate et où le ver à soie du mûrier réussit mal, à cause des pluies diluviennes du tropique. Il y a probablement plusieurs espèces voisines, indiquées vaguement par les R. P. Jouen et Finaz, qui vivent sur l'ambrevate et produisent la soie lamba. Il est à présumer qu'on doit y rapporter le Bombyx Fleurioti, G. Mén., dont la coupe des ailes rappelle plutôt les Lasiocampa et Odonestis, mais dont la chenille, le cocon et sans doute la soie sont très analogues à ceux du cajani. Le mâle du B. Fleur ioti e?,t d'un jaune doré assez clair, un peu plus foncé aux ailes supérieures, avec une fine bande grise transverse et deux points noirs; la femelle, du double plus grande, dont les antennes à peine pectinées s'atténuent peu à peu jusqu'à l'extrémité, est bien plus foncée, d'un jaune roussûtre, avec une large bande transverse brune. La chenille, très velue, a des poils urticants et caducs. Les cocons, filés sous terre, comme ceux de notre B. dumeti, sont gros et soyeux et gris. Les Malgaches les déterrent en évitant de les toucher avec les doigts, de peur d'urtication, les laissent fermenter, les lavent dans des lessives bouillantes pour détacher les poils et décreuser, les cardent et les filent.
Le second groupe des espèces séricigènes de Madagascar comprend des Lépidoptères à bourses soyeuses, réceptacles communs de nombreuses chenilles. Coquerel a décrit les B. Diego et Radama, ce dernier donnant une bonne soie exploitée par les naturels ; les chenilles, de môme que celles du B. Panda, de Port-Natal, découvert par Delegorgue, filant ensemble une énorme poche, qui atteint de 50 centimètres à 1 mètre de hauteur et renferme à l'intérieur les cocons individuels. Ces poches servent à tisser des étoffes remarquables par leur éclat et leur solidité. C'est peut-être de la même espèce que parle le R. P. Jouen, quand il signale ces cocons multiples pendants aux arbres comme des nids, que les Malgaches filent au rouet après les avoir déchirés et ramollis dans l'eau. Le Mexique présente une espèce du genre Bombyx dont les mœurs et l'utilité sont analogues. C'est leB.psidii, Salle, ressemblant pour le port, la taille elles couleurs au B. rubi d'Europe. Les chenilles se trouvent dans la région tempérée du Mexique, ainsi près de Cordova(État de la Vera-Cruz), par 900 mètres d'altitude. Les chenilles, qui passent environ huit mois avant de se chrysalider, vivent sur le goyavier et sur une espèce de chêne, tissant un nid commun d'environ 80 centimètres de hauteur, d'une blancheur souvent éclatante et dans lequel chaque chenille se fait un cocon. On file an fuseau les grands ((icdns ou poches et on obtient des tissus très réguliers. L'anarchie chronique qui règne au Mexique a empêché l'établissement de filai urcs en grand, de sorte que ces bourses soyeuses, qui pourraient fournir au moins un bon article d'exportation, sont à peu près abandonnées. A consulter pour les Hombycides séricigènes : Coquerel; sur deux Bombyx sérigèncs de Madagascar {Atm. Sur. riUoiii. Fr., 185^, p, 5'>9, et Bull. Soc. d'Acclim., 1855, p. 25). — A. Salle; sur le Bombyx psidii el la
LASIOCAMPA. Uli\
soie sauvage du Mexique {Ann. Soc. entom. Fr., 1857, p. 15). — Guéiiu- Méueville; sur un nouveau ver à soie observé par M. le capitaine de vaisseau Fleuriot de [.an.nle pendant une station à Madagascar {Rpv. et magas. d? zooL, septembre 1862). — D' Vinson, Note sur le ver à soie del'ambrevate {C. R. Acad. des Se, 1863, 23 mars, p. b^i). — K. I5lanchard ; Rapport sur la communication de M. le D"" Vinson au sujet du ver à soie de l'ambrevate (C R. Acad. des Se, 1863, 6 avril, p. (i20).
Nous représentons (pi. xciv, fig. à) un très joli petit Rombycide de Java, le B. Digramma, Boisd., envergure 26 millimètres, jaune, le dessus du thorax et les ailes supérieures d'un jaune vif, avec deux lignes 'lansverses ondulées blanches et au sommet deux petits points noirs bordés de blanc, les ailes inférieures et l'abdomen sans taches, d'un jaune plus paie, l'extrémité de l'abdomen noinltre en dessus, terminée par un épais faisceau de poils jaunes.
l..%««lO€%MPA, Boisd., syii. Gastropacha, Ochs. (nom plus ancien, pas usité en France). — Antennes médiocrement longues, pecUnées dans les deux sexes, plus fortement chez les mâles ; palpes velus, tantôt assez courts, tantôt allongés en forme de bec plus ou moins prononcé, soit incliné, soit droit et dépassant la tête; thorax très velu, un peu globuleux; ailes plus ou moins dentelées, en toit dans le repos, les inférieures débordant les supérieures; abdomen très développé, surtout chez les femelles. — Chenilles allongées, pubesceiUes en dessus, très aplaties en dessons, pourvues de chaque côté d'appendices pédiformes qui cachent les pattes et qui sont hérissés de poils, et, sur les premiers segments, d'un ou deux colliers de couleurs tranchées, ordinairement d'un bleu l'once ou d'un jaune d'or. — Chrysalides dans des cocons soyeux, mous, allongés, saupoudrés à l'intérieur d'une poudre blanchâtre.
Les Lasiocampes sont des Bombycides de taille grande ou moyenne et qui ont été appelés feuilles mortes par Geoffroy et Engramelle d'après les particularités suivantes : leurs ailes au repos ont l'apparence d'un paquet de feuilles mortes, d(( dill'ércnts \égétaux, par leurs couleurs, leurs dentelures, leur position relative, les supérieures relevées en toit aigu, tandis que les inférieures ne forment qu'un toit très aplati, de sorte qu'elles débordent en dessous et presque horizontalement les supérieures. Les papillons ne volent qu'au début de la nuit. Les chenilles vivent solitaires sur les arbres; de même que les adultes, elhis ont une faculté de protection défensive par imitation végétale. Elles écloseiit à la tin de; l'été et |)assent l'hivtu- sur les branches, en plein air, sans aucun abri, gelant et dégelant alternativement selon la température, sans en ressentir d'inconvénient. Bien qu'elles ne soient nullement cachées, mais collées à plat dans leur longueur entre les fentes des écorces, il faut la plus miiuititnise attention pour les apercevoir, même sur les rameaux dépouillés; car, outre que leur couleur s'harmonise parfaitement avec l'écorce, elles ont une forme déprimée, sur-
tiU2 LÉPIDOPTÈRES.
tout en dessous, sont munies d'appendices charnus pédiformes qui prolongent, de chaque côté, la surface de leur dos, en dissimulant parfaitement leurs pattes, et sont si e.vaclement appliquées sur l'écorce qu'elles s"ideuti(icnt, pour ainsi dire, avec elle et paraissent une protubérance fortuite de la branche; elles ne se déplacent que la nuit pour chercher leur nourriture. Le type et la seule espèce assez commune est L. Quercifolia, Linn., la Feuilh-morte d'Engram., de toute la France, d'Angleterre, the Oak Lappef, de Belgique, etc., 55 millimètres d'envergure chez le mâle, corps ferrugiueux, avec les palpes et la tige des antennes d'un bleu foncé, ailes très dentelées, d'un ferrugineux plus ou moins foncé, avec glacis violet à l'extrémité , portant trois lignes noirâtres, transverses, ondulées, la basilaire plus courte aux ailes inférieures, un point noir discoïdal sur les supérieures ; femelle semblable, beaucoup plus grande. L'adulte paraît en juillet dans les vergers et jardins ; en Belgique, Allemagne, Angleterre et dans le nord de la France est une variété Alnifolia, Ochs, de même taille et de môme port, à ailes plus obscures. En mai et juin on trouve la chenille sur presque tous les arbres fruitiers et aussi sur l'aubépine, le prunellier, le saule, l'épine-vinette, etc. Elle est grise ou brune, avec une caroncule dirigée en arrière sur le onzième anneau, et deux colliers noirs et d'un bleu sombre, paraissant comme deux espèces d'entailles, s'ouvrant et se fermant à la volonté de l'animal, placées sur les anneaux deux et trois et garnies à l'intérieur de longs poils d'un bleu foncé. Elle file une coque feutrée, noirâtre, pulvérulente et molle, ressemblant à un fourreau allongé. C'est encore une ennemie de l'horticulture, car elle est grosse et consomme beaucoup, mais heureusement n'est pas très commune ; elle dépouille les jeunes espaliers et est difficile à découvrir, tant elle se confond avec la couleur et l'aspect de l'écorce; il n'y a d'autre moyen de destruction que la recherche directe. Il y a quelques autres feuilles-mortes, mais toujours rares; ainsi L. prtmi, Linn., de France et de Belgique; L. Ilicifolia, de France, d'Angleterre, de Belgique (très rare); L. Populifolia, cat. de Vienne, et L. Betulifolia, Ochs., de France et de Belgique, très rare dans ce dernier pays ; L. Suberifolia, Rambur, du midi de la France, très rare ; aussi d'Algérie, en juin, sur les chénes-lièges des bois du lac Tonga, du cercle de La Galle (H. I>ucas).
Dans un genre voisin, Odoneslis, Germar, les papillons diffèrent beaucoup selon le sexe, ont les palpes très prolongés en bec, les ailes à peine dentées. Les chenilles sont cylindriques, sans appendices latéraux et avec deux pinceaux de poils. L'O. l'utatorùi, Linn., la liuveuse d'Iùigr., the Drinker des Anglais, offre l'adulte assez commun en juillet dans les prés marécageux; mâle, envergure GO millimètres environ, à ailes supérieures brunâtres et un peu viola(;ées au bout, le milieu d'tui jaune fauve avec deux lignes transverses ferruginouses et deux points blancs médians, les ailes inférieures de la couleur des supérieures, mais sans
ODÛNESTIS, PLATYPTEKYX. UUZ
lâches; l'emelle beaucoup plus grande, avec le fond d'un jaune paille plus foncé à la partie postérieure des ailes inférieures, parfois pareille (le couleur au mCile par aberration; chenille noirâtre, à sous-dorsales jaunes et poils latéraux blancs, eu mai et juin sur diverses (Iraniinécs, Carex, Bromns, Festuca, Alopecurus , etc., se plaisant dans les lieux frais et humides, au bord des étangs et des petits ruisseaux, à rechercher le matin à la rosée ou après la pluie, car elle aime à grimper sur les tiges pour boire les gouttes d'eau, s'élève aisément, surtout avec des Bromus, file un coton assez soyeux et allongé d'un brun roussàtre, Nous placerons à côté 0. ou Dendrolimus pini, Liim., the Fine Lappet. espèce des pins et aussi des sapins, do grande taille, de couleur très variable, existant en Angleterre et aussi en Hollande, manquant en Belgique, de France dans la Gironde, l'Auvergne, le Jura, les Vosges, l'Alsace, très commune dans le Var et les Alpes-Maritimes, sur les pins d'Alep et les pins pignons. C'est à ce genre Odonestis, ou à un genre très voisin, que nous pensons devoir rapporter le Laaiocampa l'ruboscidea, Boisd., pi. xciv, fig. 6, mâle, du Sénégal, 35 millimètres, d'envergure, à palpes très avancés en bec, le corps et les ailes d'un brun roussàtre, celles-ci avec quelques traces de fines lignes transversales grisâtres,
DRÉPANLILIDES ou PLATYPTÉRYGIDES.
La petite famille qui comprend les genres Platypteryx et Cilix a des adultes ressemblant aux Phaléniens, à la suite desquels les place le catalogue de British Muséum. Ce sont des papillons petits, peu velus, à corps grêle et court, à ailes relativement larges et faible, l'angle exteriu; des supérieures souvent très prolongé et recourbé en arrière ou falqué, en façon de lame de serpette. La tête est large, aplatie sur le vertex, les yeux écartés, les palpes très petits, presque coniques, la spiritrompe courte et membraneuse, quand elle existe, les antennes pectinées dans les mâles, ciliées ou filiformes dans les femelles. Les papillons volent très bien pendant le jour, mais sont paresseux, quoique légers. La configurai ion des chenilles empêche complètement de ranger cette familhi dans les Phaléniens; elles sont fréquemment garnies de petites aspérités, mais jamais de poils touffus, et n'ont que quatorze pattes, la paire de pattes anales étant remplacée par une pointe ou queue relevée, simple ou bifide, qui termine le dernier anneau (Cuspidatœ de M. Guenéc). Au moins pour les espèces d'Europe, ces chenilles vivent sur les arbres forestiers (ît suhisscuil la nymphose dans un cocon à claire-voie, fixé dans le pli d'une feuille à demi roulée; les chrysalides sont recouvertes d'une poussière blanchâtre ou bleuâtre. Les espèces ne sont jamais très communes.
PLATVPTKRl'X, Laspoyros (fin partie syn. : Drf.pana, Sclirank). — Antennes pectinées dans le mâle, dentées ou ciliées dans la femelle; spiritrompe courte,
4ÛÙ LtPIDOPTÈKES.
membraneuse, à filets disjoints; un frein; ailes étendues horizontalement dans le repos, les inférieures à peine cachées par les supérieures, dont le sommet est aigu et courbé en faucille.
Les deux espèces les plus répandues en France, en Angleterre, en Belgique, sont : P. Binaria, Hufnagel, syn. : Hamula, cat. de Vienne, la Serpette, Devillers, V Hameçon, Engram., the Oak Hooktip, 25 à 28 millimètres d'envergure, l'angle apical peu aigu, en faucille peu recourbée, les quatre ailes d'un jaune fauve, parfois brunâtre, avec deux lignes jaunes, entre lesquelles on voit deux points d'un noir bleuâtre; tète, antennes et corps de la couleur des ailes; femelle beaucoup plus grande, d'un fauve pâle, les lignes transverses souvent peu prononcées; adulte en juin sur les lisières des bois et les buissons; chenille testacée,à manteau plus clair, à pointe anale très longue et à double épine sur le troisième anneau; en septembre sur le chêne. D'après M. Millière, l'espèce n'est pas rare en mai dans les forets de chênes verts des Alpes-Maritimes, sur lesquels vit la chenille en mars et avril, après avoir passé l'hiver très petite dans une gerçure d'écorce ; P. Falcatariu, Lin., syn. : Falcula, cat. de V., la Phalène faucille, de Geer, la Faulx, Devillers, the Pebhle Hooktip, 30 à 33 millimètres chez le mâle, les quatre ailes d'un jaune feuille-morte avec cinq lignes brunes ondulées, une raie ferrugineuse oblique le long du bord externe, une tache et des points bruns sur le disque, le sommet des ailes supérieures aigu et très recourbé, ombré de noir bleuAtre; femelle pareille, plus grande, parfois blanchâtre; adulte en mai et juin, puis en juillet et août, dans les bois humides, les prés et lieux ombragés; chenille verte, à manteau d'un gris vineux et tubercules roussâtres, en mai, puis en septembre et octobre sur l'aulne, aussi sur le bouleau, le tremble, le saule. Nous représentons, pi. xci, iig. 9 : papillon, 9 a; chenille, 9 b; chrysalide, une espèce de l'Amérique du Nord, P. globulariœ, Boisd., à ailes supérieures peu falquées, d'un jaune cannelle piqueté de ferrugineux, avec des bandes transverses ferrugineuses, quatre aux premières ailes, une aux secondes, le bord externe tacheté de brun.
Le genre Cilix Leach ne ressemble au précédent que par la chenille, les papillons ayant les ailes arrondies, non falquées, pas de spiritrompe, pas de frein, les ailes au repos en toit très aigu, de sorte que l'insecte paraît comprimé. Une seule espèce, assez commune dans toute la France, en Belgique, en Angleterre, C. spinula, cat. de V., syn. : Compressa, Fabr., la Verddtre, Devillers, the Chinese Character, les deux sexes pareils, 22 millimètres d'envergure (un peu plus pour la femelle); ailes supérieures blanches, avec double rangée de lunules marginales d'un gris bhuiàtre, une lach(^ brune bordée de fauve au milieu du bord interne et surmontée d'une aulre tache grise s'avançani obliquement jusqu'au milieu de l'aile, et sur laquelle les nervures dessinent en blanc une sorte de pclile branche épineuse (spinula) ou des caractères
CILIX, NOTODONTLDES. ÛÛ5
chinois; ailes inférieures dun blanc sale, bordées de gris bleuâtre au bout; antennes, tête et corps de la couleur des ailes; vole au crépuscule dans les allées des bois, le long des haies, dans les jardins, en avril et mai, puis en juillet et août ; chenille d'un gris violàtre, à épines inégales et à pointe anale longue, sur le prunellier cl sur l'aubépine, eu juin et juillet, puis en septembre, passant l'hiver après avoir atteint sa troisième mue.
NOTODOMIDES.
Cette famille correspond, au moins en grande partie, aux Pseudo- Bombyces de Latreille, certains genres se rapprochant des iNocluéliens. L'aspect des adultes n'a rien d'anormal : ce sont des papillons robustes, à thorax plus souvent squameux que velu, tantôt uni, tantôt huppé ou crête; les antennes sont pectinées, plumeuses ou dentées dans les mâles, simples ou filiformes chez les femelles, les palpes de forme et de grandeur diverses; il y a en général une spiritronipe peu développée et un frein ; les ailes épaisses et oblongues, en toit dans le repos, et le vol est exclusivement nocturne. Les chenilles ont au contraire souvent des formes anormales; elles sont du type des chenilles à seize pattes, mais avec des déformations de certaines paires. Souvent elles portent le dernier anneau relevé et ne sappuyant pas sur les pattes anales quand celles-ci existent (Erectœ de M. Guenée); ces pattes anales peuvent être transformées en filets impropres à la marche, les pattes écailleuses sont parfois très allongées; enfin les chenilles peuvent porter des épines ou des protubérances sur certains anneaux. Elles vivent le plus souvent sur les arbres et se chrysalident, soit dans la terre, soit dans des cocons soyeux attachés aux feuilles, soit enfin dans des coques dures, formées de débris ligneux, assemblées par une gomme tenace, incrustées dans les crevasses des écorces, couvertes de fragments de lichens on de mousses qui les rendent pareilles à la substance môme de l'écorce. Les Pseudo-Bombyx exotiques sont très nombreux et variés, et abondent en espèces de formes bizarres, surtout à l'état de chenilles : c'est l'Inde et l'Australie qui otfrent les espèces les plus remarquables. Nous diviserons, avec Dupttnchel, cette famille en trois groupes : les Dicranurides ou Queues-fourchues, les Noiodontides propres (dos denté) et les Pygérides. On ne trouve ces insectes adultes qu'assez accidentellement; le mieux est la recherche des chenilles.
Chez les Dicraïuirides, le corps est gros et velu, les ailes supérieures longues, assez étroites, à sommet plus ou moins aigu, les inlérieures courtes et arrondies. Les chenilles qui vivent sur les arbres sont glabres, avec le segment anal diversement modifié, soit par un double appendice rétractile, soit relevé eu croupion. Elles subissent la nymphose, soit en terre, soit dans des coques dures et ligneuses.
UtiQ LÉPIDOPTÈRliS.
l>i€R.%:%l'nA, Lalr. (syu. : Hari'via, Oclis.; Gerura, Schrynk). — Antennes peclinces ou plumeuses jusqu'au bout, les barbes plus longues chez les mâles, la pointe se recourbant dans les deux sexes après la dessiccation; lùte surmontée d'une touffe bifide de poils entourant la base des antennes; spiritronipc peu visible, composée de deux petits filets membraneux disjoints; palpes courts et velus; ailes supérieures longues, à sommet assez aigu, les inférieures courtes et arrondies; corps, cuisses et jambes très velus, une seule paire d'éperons aux jambes postérieures. — Chenilles à peau fine et lisse, les pattes anales transformées en appendices rétraclilcs. — Chrysalides courtes, dans des coiiucs ligneuses dures.
Les papillons du genre Dicranura ont les antennes garnies de lames jusqu'à l'extrémité dans les deux sexes, les ailes supérieures chargées de dessins fortement dentés, avec une aréole au bout de la cellule discoïdale, les inférieures bordées de points. Les chenilles n'ont que ([uatorze pattes, comme celles des Drépanulides; dans le repos, elles rentrent leur tête sous le premier amneau, comme sous un capuchon, et relèvent la partie postérieure de leur corps terminée par deux appendices fistuleux et cornés, assez longs, divergents et dirigés en haut; chacun renferme un fin filet charnu et rétractile, de couleur jaune ou orangée, et la chenille les fait sortir à volontés, dès qu'elle est inquiclée par le contact d'un corps étranger, et les porte rapidement en les agitant sur l'endroit menacé, ainsi sur les points de son corps où les entomophages veulent pondre, sans cependant les en empocher toujours; ces chenilles sont vertes, avec une sorte de manteau d'une autre couleur interrompu sur le quatrième anneau, qui porte une éminence; elles fixent aux écorces des arbres des coques formées d'un mélange de rognures de bois ou d'écorce et d'une gomme très consistante. L'espèce la plus répandue en France, en Angleterre, en Belgique, est D. Vinuiuy Linn., la Queue-fourchue, Geoff., Engr., the Puss Moth. 55 à 60 millimètres d'envergure, corps d'un blanc grisâtre; antennes avec la tige blanche et les barbes brunes; thorax avec six points noirs sur deux lignes longitudinales; ailes supérieures blanches à la base avec une ligne de points noirs et une bande transverse cendrée, sinuée sur les côtés et bordée de noir, le reste de l'aile d'un gris blanchâtre, avec deux lignes noirâtres transverses très anguleuses et des points noirs marginaux; ailes inférieures un peu transparentes, d'un gris bhiuchâtrc, avec la frange blanche et des points noirs le long du bord jiostérieur; abdomen avec cinq raies noires sur chaque côté et une ligne de chevrons noirs sur le dos; femelle pareille, mais partout d'un gris plus foncé ; adulte de la fin d'avril au milieu de juin dans tous les lieux piailles do saules et de peupliers; chenille verte, â manteau vineux liordé de blanc, sur les peupliers et l(!s saules en août, seidenilire et octobre, lixant une coque très dure et ti'ès gommée entre! les ri(k's des écorces et souvent très près de terre, très adhérente, fort dinicile à dé-
DICRANURA, HYROGAMRA, STAUROPUS. hhl
couvrir, car elle est recouverte de petits copeaux ou de morcciinx de liclieii mâché. Une espèce moins commune est D. Furcula, Liiui., la pi-tile Queue-fourchue d'Engr., the Kitten, envergure, 38àZiO millimètres, les deux sexes pareils, le thorax noirâtre avec un collier blanchâtre et deux lignes transverses orangées, les ailes supérieures d'un gris de perle, avec ])ande d'un giis noirâtre bordée de noir et d'orangé, et des points noirs marginaux précédant la frange; ailes inférieures d'un blanc grisâtre, avec un petit arc central noirâtre, une bande postérieure obscure et des points marginaux noirs; chenille verte à manteau ferrugineux bordé de jaune, sur les peupliers, les trembles, et surtout sur le saule marsaull, en juin et juillet, puis en septembre et octobre, tilant entre les rides des écorces une coque très dure, très gommée, avec débris de bois ou lichens, dans laquelle la future chrysalide hi\ernera. Nous représentons une espèce très voisine, D. Borealis, Boisd., pi. xi:i, lig. 5, femelle, 5 a: chenille sur branche de saule, de l'Amérique du Nord : ce n'est probablement qu'une race américaine de D. Furcula. Viennent ensuite des genres dont les adultes n'ont rien de r(!marquable : ce sont en effet des papillons à fond grisâtre, avec dessins noirâtres; les chenilles, au contraire, sont très singulières, (les genres ne contiennent chacun qu'une espèce, toujours rare en France, moins rare en Allemagne. Ainsi le genre Ilybocainpa, Lederer, présente le très rare H. Milhauseri, Fabr., syn. : Teirifîca, cat. de Vieime, le Draijon d'Kngr,, manquant aux îles Britanniques; le papillon, qui paraît en mai et juin dans les forêts de chênes, a les antennes pectinées dans les deux sexes, avec l'extrémité brusquement filiforme, les ailes sans aréole au bout de la cellule discoïdale, ni points terminaux. La chenille, qui vit en août et septembre sur le chône,est verte, avec des épines dorsales et une tache latérale carnée; elle n'a plus les filets anaux ni la tète rétractile, mais tient la tète et le dernier anneau relevés dans une attitude menaçante. A partir du quatrième anneau jus(}u'au huitième, sont une rangée d'épines courbées en arrière, lu première, sur l'anneau li, beaucoup plus longue et fourchue, le dernier aiuieau relevé, formant une sorte de croupion que termine une pointe aiguë. On s'explique par cet aspect les épithètes de Fabricius et d'iMigramelle, d'autant plus que cette chenille s(' sert très bien de ses robustes mandibules pour mordre la main qui la saisit. Elle colli; sur l'écorce du chêne, ou parfois du hêtre, une coque ligneuse si épaisse et si dure qu'on a peine à la détacher. Ces coques sont souvent percées par les Pics, très friands de la chrysalide, ce qui explique peut-être la grande rareté de l'espèce. Il faut rechercher ces coques sur les troncs en octobre et novembre, et enlever tout le morceau d'écorce qui porle la coque, qu'on aura soin d'humecter de temps en temps, surtout à ré[(i)que lie Téclosion. I.e genre Staiiropm, Germar, a une des plus étranges chenilles qu'on puisse voir. La seconde et la troisième paire de ses pattes écailleuses sont d'une longueur démesurée et articulées
comme despaltes d'adultes; les anneaux sont séparés par de profondes incisions, de quatre à neuf, surmontés chacun d'une bosse triangulaire terminée en crochet, les deux derniers renflés en croupion que terminent les pattes anales modifiées en deux queues fistuleuses cornées mm rétractiles; au repos, la chenille redresse ses deux extrémités, en laissant pendre ses longues pattes, et cette attitude explique le nom de l'Écureuil donné à l'espèce par Engramelle. C'est le S. fagi, Linn.> the Lobster Moth, des bois en mai et juin, le papillon ayant les antennes pectinées chez le mâle, sauf à l'extrémité, filiformes chez la femelle, l'abdomen très long, velu et crèté sur le dos, les ailes supérieures très épaisses à franges fournies, et, çà et là, des écailles ou poils relevés, les ailes inférieures très opaques; la chenille testacée, à traits obliques et deux points noirs latéraux, vit en juillet, août, septembre, principalement sur le chêne et sur le hêtre, aussi sur le bouleau, le noisetier, l'aulne, le prunier, le tilleul et le sumac ; la chrysalide est contenue dans un cocon soyeux assez léger, placé entre les feuilles. Enfin, le genre Urupus, Boisduval, offre encore d'autres déformations de la chenille; celte chenille à peau lisse porte, sur le quatrième anneau, un tubercule conique. Les pattes anales sont fort longues, écailleuses, ayant à l'extrémité une partie molle, entièrement rétractile, portant une demi-couronne de crochets. Elle se trouve en juin et juillet sur l'orme, et se nymphose en terre, sans faire de vraie coque; on trouve facilement la chrysalide en grattant la terre à quelques centimètres au pied des ormeaux. Le papillon a les antennes très longues, pectinées chez le mâle, avec le tiers terminal filiforme, celles de la femelle légèrement dentées, paraissant filiformes à la vue simple, la spiritrompe épaisse et assez longue, les palpes courts, très velus, comprimés, le thorax large et très velu, les ailes supérieures étroites et presque lancéolées; c'est VU. ulmi, cat. de Vienne, éclosant en mai, assez répandu en Autriche et en France, dans le Languedoc ; trouvé aussi dans le Lot et le Cantal (Maurice Sand). Nous placerons ici le geuve Astcroscopus, Boisd.,syn. : l'etasia, Steph., à antennes très allongées, deux fois aussi longues que le thorax, pectinées dans le mâle, filiformes chez la femelle, le corps épais et velu, les ailes sans dent, les chenilles molles, vertes, à lignes claires, à onzième anneau relevé en bosse, formant des cocons enfoncés en terre. Ex. : A. Cassinia, cat. de Vienne, à ailes antérieures grises avec quelques lignes noires, ayant vers leur bord postérieur une ligne pâle anguleuse, les ailes postérieures d'un gris pàlc; chenille verte, semi-transparente, à lignes jaunes, en mai et juin sur l'orme et le chêne ; pas très rare, difficile à élever; l'adulte en octobre et novembre et en mars et avril pour quelques sujets qui ont hiverné, boulevards et lieux plantés d'ormes, près de Paris, dans la plaine Saint-Uenis; Allemagne, France, Belgique, Angleterre, the Spraivkr.
Les Notodontides propres ont le corselet souvent squameux, uni ou crété, les antennes plumeuses ou dentelées dans les mâles, filiformes
NOTODONTA. kk9
on général dans les femelles, la spiritrompe nulle ou rudimentaire, les ailes on toit dans le repos, les supérieures ayant souvent un lobe denli l'orme ou une crête de poils au milieu du bord interne. Les chenilles ont seize pattes, sont glabres ou parsemées de quelques poils rares, parfois gibbeuses sur les anneaux intermédiaires et sur le onzième. Elles vivent sur les arbres cl se métamorphosent le plus souvent en terre, parfois dans des cocons attachés aux feuilles ou aux branches. Il faut rechercher les chenilles en battant en automne leurs arbres de prédilection, chênes, peupliers, saules, aulnes et bouleaux, car on ne trouve les adultes qu'assez rarement.
.liOTOIIO\T.%, Oclisenlieinier. — Antennes des mâles pectinées, mais non jusqu'au sommet, tUil'ormes chez les l'emelles; spiritrompe nulle; palpes grêles et velus; thorax uni, avec d'étroits ptérygcides, séparés par un grand intervalle; ailes entières, à frange plus ou moins dentelée, les supérieures ayant au bord interne une dent relevée sur le dos quand l'insecte a les ailes au repos, abdomen long. — Chenilles glabres, ayant pour la plupart des bosses pyramidales sur le pénultième anneau et sur plusieurs anneaux intermédiaires.
Les chenilles des Notodontes sont remarquables par leur forme bizarre. Les anneaux intermédiaires, au nombre de deux ou trois à partir du quatrième, sont surmontés chacun d'une bosse plus ou moins prononcée, et le onzième est toujours relevé en pyramide. Pendant le repos elles ne s'appuient que sur les quatre pattes du milieu, parce qu'alors elles relèvent les deux extrémités de leur corps, en tenant leur tète renversée en arrière. Ces postures, qui rappellent le genre Hybocanipa, nous expliquent les noms spécitiques de Zic-zag et de Torva, et les bosses prononcées de certaines de ces chenilles les dénominations vulgaires de dromadaire et de chameau données par les anciens amateurs. Le type et l'espèce la plus fréquente, de toute la France, de Belgique, d'Angleterre, est le N. Zic-zag, Linn., le Bois-veiné, Geoifr., Kngr., the Pebble Prominent, pi. xcii, fig. 3, femelle, dont les couleurs et le dessin rappellent les veines des bois d'ornement; ,'58 millimètres d'envergure, antennes d'un brun jaunâtre ; corps d'un gris jaunâtre, les ptérygodes bordés de noir; ailes supérieures d'un jaune chamois, avec des lignes ferrugineuses transverses et de fines lignes blanches très ondulées et une demi-lune brune, bordée d'un croissant noir, convexe du côté du corps, la dent du bord interne noire, coupée par un trait blanc jaunâtre, que surmonte une raie longitudinale ferrugineuse; ailes inférieures blanchutres, avec le bord abdominal lavé de brunâtre, et une bande transverse plus claire, au-delà du milieu du disque; femelle pareille de taille et de dessin, mais d'un ton plus foncé que le mâle, surtout aux ailes inférieures ; chenille lilas, à partie postérieure renflée et à trois bosses dorsales, en juin et juillet, puis en septembre et octobre, sur les peupliers, les saules, les aulnes et les chênes, se (uii,\r,ij. ni. — 29
chrysalidant entre les feuilles dans un cocon assez léger; adulte en mai et juin, puis en août et septembre.
Le genre Notodonta, de l'auteur allemand, a été dédoublé en plusieurs genres, qui sont réellement des sous-genres. Chez les Leiocampa, Stephens, les papillons ont l'abdomen très long, la tête presque cachée sous le thorax, toutes les ailes triangulaires, prolongées à. un angle et un peu dentées, la dent du bord interne étant très faible; ils ressemblent aux Cucullia (.Noctuéliens) ; les chenilles sont longues, lisses, luisantes, à onzième anneau seul relevé en bosse; exemple : L. Dictœa, Linn.; la Porcelaine, Engr., the Sivalloiv Promineiit, les ailes antérieures brunâtres, avec un large espace longitudinal blanc et une tache noire àl'angle anal, espèce assez commune en mai et en août sur les bouleaux et sur les peupliers des prés et des routes; chenille verte ou carnée, très luisante, en juin, puis en septembre et octobre, se chrysalide en terre. Dans les Lophopteryx, Sieijh., les papillons ontles antennes simplement dentées dans les deux sexes, le thorax hérissé et relevé en crête, la spiritrompe presque nulle, les ailes dentées, avec la dent du bord interne bien développée, ces ailes relevées en crête au repos ; chenilles fusiformes, luisantes, à pattes postérieures très courtes, le onzième anneau relevé et surmonté d'un tubercule bifide et poilu ; ex. : L. Camvlina, Linn., laCréte de Coq, Engram., d'après la forme de l'insecte parfait au repos, the Coœcomb Prominent ; envergure 35 à /lO millimètres, les ailes antérieures d'un jaune brunâtre, avec une ligne longitudinale à la base et deux bandes obliques vers l'extrémité d'un ferrugineux foncé, les postérieures d'un jaune grisâtre, avec une ligne plus pâle divisant une tache noire, assez commun sur les haies et dans les bois en mai et en juin, puis en août, souvent appliqué contre le tronc des arbres, se prenant facilement, ainsi que sa chenille, en battant les arbres avec la mailloche; chenille verte ou rose, à stigmatale jaune, coupée de points rouges, sur le chêne, l'orme, etc., en juin, puis en septembre et octobre, se nymphose en terre. Les papillons ont les palpes démesurément longs dans le genre Pterostoma. Germar, les antennes pectinées dans les deux sexes, la spiritrompe nulle, l'abdomen très long cl fourchu chez les mâles par deux faisceaux de poils divergents, les ailes supérieures fortement dentelées et ayant une large dent au bord interne; les chenilles sont fusiformes, raides, granulées, à dos aplati. L'unique espèce, de France, de Belgique, d'Angleterre, est le /'. Palpina, Linn., le Museau d'Engr., the Pale Prominent; envergure, /|() à Z|5 millimètres, le thorax crête, les ailes antérieures d'un gris jaunâtre, avec les deux nervures mouchetées de noirâtre et deux rangées transversales de petits points blancs séparés par une bande obscure, les inférieures d'un gris pâle uniforme, assez commun partout en avril et mai, puis en juillet et août, dans les prés et bois et sur les arbres d'aveinie; chcnille d'un vert blanchâtre, à double ligne dorsale élevée, en juin, puis en septembre et octobre, sur le saule, le peuplier, le tremble, quel-
XOTODONTIDES. /j51
quefois le tilleul, se chrysalide en terre dans un cocon mou et blancliàtre. Le genre Ptilophora, Steph., a pour unique espèce le P. Piumigera, cat. de Vienne, the Plumed Piominent, les antennes très phimeuses, comme des panaches et deux fois aussi longues que le thorax chez le mAle, monilitbrraes chez la femelle, la spiritrompe nulle, la tète hérissée de longs poils parmi lesquels il est impossible de distinguer les palpes, sïls existent, le thorax très velu, l'ahdomen assez court, les ailes étroites, un peu transparentes, le bord interne des supérieunis sans dent, mais garni dune longue frange, ces ailes d'un ferrugineux jaunâtre, avec deux lignes médianes ondulées, d'un jaune pâle, les ailes inférieures d'un gris rougeàtre. Ce papillon a assez l'aspect des Phaléniens du genre Fidonia: il éclot en octobre et novembre, sur les haies et dans les bois (Suisse, Angleterre, Allemagne, Alsace et Lorraine), par places dans le centre de la France (Eure-et-Loir, Indre, Cher, Auvergne); chenille verte, à deux lignes blanches dorsales écartées, en main et juin, surtout sur l'érable, aussi sur le bouleau; on la trouve en battant les buissons d'érable qui bordent les chemins creux du Perche (Guenée).
Les Pygérides {Diloba, Pygœra, Clostera) ont la tète retirée sous le corselet, qui est convexe et robuste, les antennes pectinées ou crénelées chez les mâles, dentées ou filiformes chez les femelles, la spiritrompe rudimentaire ou très peu développée, le thorax court et velu, les ailes en toit arrondi, dépassé par l'abdomen dans le repos, cet abdomen terminé par un bouquet de poils carré ou bifide ; les chenilles ne sont jamais fusiformes, à pattes anales courtes, mais jamais absentes, velues, la plupart avec des tubercules piligères, quelquesunes ayant en outre des mamelons charims garnis de poils, la nymphose ayant lieu en terre ou dans des cocons placés entre les feuilles des arbres.
Un genre faisant le passage entre les Notodontides propres et les Pygérides est celui des Diloha, Boisd. Le papillon a les antennes très pectinées jusqu'au sommet dans les mâles, finement crénelées au côté interne ou subfiliformes chez la femelle, la spiritrompe nulle, les palpes grêles, hérissés de longs poils, avec le dernier article nu et cylindrique, le thorax lisse, les ailes supérieures assez larges et sans dent au bord interne, l'abdomen de la femelle terminé par une bourre écailleuse; chenille épaisse, cylindrique, à points saillants, mais sans autre élévation; chrysalide pruiueuse, courte et terminée carrément. Une seule espèce, D. Cœrulpocephala, Linn., le Double Oméga, Geoft'r., Engr., le Bombyx Tête-bleue, Oliv., the Figure-of-Eight Mothdes Anglais ; 37 millimètres d'envergure dans les deux sexes, tête et antennes grises, thorax très velu, d'un gris bleuâtre, avec sa partie antérieure d'un biuu ferrugineux, ailes supérieures d'un gris bruniître, deux lignes médianes noires sinueuses et deux taches obliques jaunâlros imitant deux <■> ou deux 8 réunis; ailes inférieures d'un gris cendré, avec une
Zl52 LÉPIDOPJÈUES.
bande plus obscure dans son milieu et une tache noire à l'angle anal ; femelle semblable; espèce commune partout, jardins, haies, bois; adulte en septembre et octobre ; chenille paresseuse, courte et cylindrique, garnie de points tuberculeux surmontés chacun d'un petit poil court, d'un gris bleu, à bandes citron et points noirs, en mai sur l'aubépine et sur le prunellier et aussi sur tous les arbres fruitiers, auxquels elle cause souvent des dégâts notables, car elle est vorace et très grosse relativement au papillon ; mais comme elle n'est pas velue, les oiseaux en font une assez grande consommation. Cette espèce est le seul Notodontide réellement nuisible.
PYG^lt.'t, Ochs., syn. : Phaleha, Hubn. — • Antennes longues, plutôt crénelées que pectinées dans les mâles, simples ou filiformes chez les femelles, leur article basilaire environne d'un faisceau de poils en forme d'oreille ; spiritrompe rudimentaire, composée de deux filets membraneux disjoints ; palpes courts, obtus, réunis, squameux; thorax épais, arrondi, laineux, à ptérygodes très rétrécis; ailes supérieures oblongues, à écailles luisantes ; abdomen très long et cylindroïïie. Chenilles longues, subcylindriques, molles, demi-velues et rayées longitudinalement, avec la tête forte et globuleuse.
Les Pygères ont des chenilles qui vivent sur did'érents arbres, en familles dans leur jeune Age, et se séparent en grandissant; elles se chrysalident en terre sans former de cocons. Le type très répandu en Europe est le P. Biicephala, Linn., la Lunulée, Geolfr., Engr., \e Porte- Écu jaune, Godart, the Buff-tip, grande et belle espèce ; mâle 55 millimètres d'envergure, antennes d'un brun jaunâtre; thorax d'un gris argenté avec toute la partie antérieure d'un jaune paille, les ptérygodes bordés d'une double ligne ferrugineuse ; ailes supérieures légèrement dentées, d'un gris argenté avec trois lignes longitudinales noires, et au sommet une grande tache subelliptique d'un jaune d'ocre pâle maculée de brun clair, une tache centrale blanchâtre avec un peu de brun, le bord terminal longé par une double ligne ferrugineuse et liséré de blanc aux dentelures; ailes inférieures d'un blanc jaunâtre luisant, avec la partie abdominale mêlée de grisâtre ; abdomen d'un jaune d'ocre sale avec une ligne de points noirâtres de chaque côté; adulte en mai et juin dans les bois, les prés, les jardins ; chenille jaune, à lignes et bandes noires ponctuées et interrompues et poils blancs, sur beaucoup d'arbres en septembre et octobre, surtout les chênes, très abondante dans le nord de la France sur les saules, les aulnes, les ormes, et qui les fait parfois périr en les dépouillant complètement de leurs feuilles (calai. Foucart); s'élève aisément avec le saule (catal. Le Hoi). Dans la bordure méditerranéenne de la France, cette espèce est remplacée par une très voisine, P. Bucephaloïdes, Ochs. ; la chenille aux mêmes époques sur les Qucrcus ilex et suber et sur VArbutus unedo. Vn genre voisin est celui des Clostera, Hotfmansegg. Les papillons ont les antennes courtes, con-
CLOSTERA. tiGo
tournées, garnies de lamelles dans les deux sexes, plus grandes chez es mâles, la spiritrompe très courte et très grêle, mais visible, les palpes épais, sans articles distincts, plus squameux que velus, débordant peu le chaperon, le thorax crête, avec une bande médiane brun, d'où le nom général de Chocolate-tip, que les amateurs anglais donnent aux Clostera, les ailes courtes, dépassées par l'abdomen qui se relève en queue quand elles le recouvrent en partie dans l'étal de repos (les Haussp-qtieues de de (iéer), cet abdomen terminé par une brosse de poils dans les deux sexes, bifurqué chez les mAles. Les chenilles sont courtes, avec la tête assez forte, chargées de tubercules hérissés de poils, ayant en outre des ôminences charnues et munies de poils sur les quatrième et onzième anneaux. Elles ont deux générations par an et vivent sur les arbres, solitaires dans le pli d'une feuille qu'elles roulent autour d'elles, changeant de demeure à mesure qu'elles dévorent les parois de leur retraite et restant toujours parfaitement cachées; de là sans doute les dénominations monacales données à certaines espèces (Anachoreta, Reclusa) ; elles se chrysalident dans des cocons lâches ou à claire-voie, entre les feuilles. Il y en a en France, en Allemagne et en Belgique quatre espèces : C. Reclusa, cat. de Vienne, la Hausse-queue brune, C. CurtuLa, Linn.; la Hausse-queue blanche, C. Anachoreta, cat. de Vienne; la Hausse-queue fourchue, Engr., enfin C. Anastomosis, Linn., la Hausse-queue grise, cette dernière espèce manquant aux îles Britanniques, très commune par places en certaines années, ainsi près de Paris et près de Nangis, dans Seine-et-Marne (J. Fallou), mais ordinairement rare et ne se rencontrant que de loin en loin. Les espèces les plus fréquentes sont les C. Reclusa et Curtula, des prés, des oseraies, sur les saules, les peupliers, etc. ; adultes en mai, puis en juillet et août; chenilles en mai et juin, puis en août, septembre, octobre. C. Reclusa, la plus petite espèce du genre, est d'un gris lilas, avec trois lignes blanchâtres, transverses, ondulées aux ailes supérieures et un trait blanchâtre dans l'espace médian, l'extrémité de l'abdomen noirâtre; chenille roussâtre, avec une bande latérale et les deux tubercules dorsaux d'un brun foncé; C. Curtula est d'un gris rougeàtre, avec trois lignes transverses blanchâtres, dont la postérieure suivie d'une grande tache apicale ferrugineuse, l'extrémité de l'abdomen d'un brun ferrugineux; chenille grise, à trapézoïdaux orangés et deux verrues noires. Il y a en Europe une cinquième espèce de Clostera, C. Timon, Hubner, de Moravie et de Russie, et qui est une des grandes raretés des collections des amateurs.
Latreille avait établi [Glassif. du R. anim. en fam. natur., 1825, Zi7il) un genre Sericaria qui n'a pas été conservé dans cette acception et se rapportait à des espèces appartenant à nos Pyga-ra et Clostera (voir plus haut, p. 386).
^5^ îftPinOPTKRES.
NYCTÉOLIDES.
Cette petite famille est d'une place fort difficile. Les entomologistes de France l'ont rangée longtemps dans les Tortriciens, dont elle se rapproche par les formes des adultes et dont certaines chenilles (genre Earias, Hubn.) vivent dans les feuilles roulées, comme de véritables Tordeuses. M. Guenée en forme la tribu des Tortriciformos: Les auteurs allemands, d'après Herrich-Schccffer, les rangent dans les Bombyciens, en considérant les caractères des chenilles et la taille des adultes, atteignant parfois la dimension moyenne et qu'on ne peut guère mettre dans les Microlépidoptères. Les espèces d'Iiuiope sont peu nombreuses et ont le plus souvent les ailes supérieures ornées d'une très belle couleur vert tendre ; elles n'habitent que les bois et ne volent que la nuit. Les antennes sont filiformes dans les deux sexes des genres européens; ce caractère n'est pas général. Ainsi elles sont pectinées dans des genres exotiques, comme le genre Rosema, de l'Amérique méridionale, et dont -Stoll nous a fait connaître les chenilles, dont une vit sur l'ananas, et qui ont beaucoup de rapport avec les nôtres. La spiritrompe est grêle et plus ou moins longue, les palpes sont visibles, droits et écartés, les ailes lisses, non échancrées, les supérieures terminées presque carrément et plus ou moins arquées à l'origine. Les chenilles sont nues et molles, à pattes anales prolongées, mais servant à la marche ; en général, ces chenilles, un peu renflées dans le milieu, s'amincissent insensiblement jusqu'à l'anus, dont le clapet très aplati se trouve débordé par les dernières pattes, figurant d'après leur divergence une nageoire caudale; d'où le nom que leur donne Héaumur : chenilles à forme de poissori. Les chrysalides sont obtuses, à peau mince, renfermées dans des coques d'un tissu parcheminé, toujours collées sur le revers d'une feuille et en forme de nacelle renversée {Cymbidœ, A. Guenée, famille comprenant tous les genres européens).
HYLOPHlIiA, Hubner. — Antennes filiformes, robustes ; tête petite, enfoncée dans le thorax; spiritrompe grêle et assez longue; palpes ayant les deux premiers articles velus ou squameux, le troisième nu et cylindrique; thorax très large et velu; ailes supérieures aiguës, mais non coudées, à frange épaisse, les inférieures courtes et luisantes. — Chenilles de forme normale cylindrique, à pattes longues.
Les chenilles de ce genre vivent en automne, à découvert sur les feuilles. Une espèce, H. Prasinana, Linn., syn. : Fagana, G. Mén., la Phalène verte ondée, Geoffr., la Pi/rale du hêtre, Encyd. méth., pi. icvi, fig.5,mrile ;5a, chenille; 56, cocon ;'29 à32 millimètres d'env.; antenne roses ou orangées; tôte et thorax verts; ailes supérieures d'un joli vert, avec la côte, la frange et le bord interne roses, et trois lignes obliques et parallèles blanches, bordées de vert plus intense ; ailes inférieures
HYr.OPHir.A, HALIAS, EARIAS. Zi55
d'un blanc jaunâtre ou roussâtre, lavé d'orangé au bord abdominal ; abdomen d'un blanc jauntltre; femelle à ailes supérieures peu ou point bordées de rose, n'ayant souveut que deux lignes obliques blanches, les ailes inférieures entièrement blanches, l'abdomen teinté de ver dàtre; adulte en mai et juin, commun dans les bois de chênes et de hêtres; chenille verte, avec lignes et points jaunes, en septembre et octobre sur le chêne et sur le hêtre, parfois-sur le bouleau; la chrysalide hiverne. M. Miiliére figure deux remarquables variétés de H. Prasinana, dont l'une, obtenue de chenille, entièrement blanche (/cor»., ,111, pi. 116).
Dans le genre très voisin, Hallas, Treitscke, les papillons ont les antennes très minces, le thorax très étroit, très court et nullement velu, les ailes planes, les supérieures coudées et finement rentrantes à l'angle interne; les chenilles, qui vivent au printemps à découvert sur les feuilles, sont aplaties en dessous, bossuées en dessus, non cylindriques, à tète petite, à pattes courtes. L'espèce d'Europe, moins commune que la précédente, est VH. Quercana, cat. de V.; la Chape verte à bandes, de Geolfroy; la Livrée verte, Devillers; la Pyrale prasi7iaire, Walckenaer, la plus grande des Nyctéolides d'Europe, de 38 à UO millimètres dans les deux sexes, qui sont pareils; tête et thorax verts avec un collier jaune; palpes et antennes lavés de rose; ailes supérieures d'un beau vert avec la côte et deux lignes obliques d'un blanc un peu jaunâtre, la frange blanche; ailes inférieures d'un blanc luisant; adulte en juin et juillet, se prenant à la miellée; chenille sur le chêne blanc près de Paris, sur le chêne rouvre dans le Midi, passant l'hiver très petite et se chrysalidant en mai; elle est verte avec trois lignes longitudinales d'un vert jaunâtre et un tubercule jaune sur le dos du deuxième anneau. Réaumur décrit la construction de sa coque parcheminée, qui est la même pour H. Prasinana. Elle commence par couvrir de soie l'espace que sa coque en nacelle doit occuper sur le revers d'une feuille; sur les bords de ce plancher de soie, elle élève, comme les valves d'une coquille, deux murs cintrés qui se joignent par les deux bouts. Renfermée entre ces valves, elle en réunit les bords supérieurs par des fils de soie et consolide son ouvrage par une nouvelle couche de soie à l'intérieur ; celui des bouts de la coque, qui est obtus et tronqué, représente assez bien la poupe d'un bateau, taudis que l'autre, plus ou moins aigu, figure la proue; la carène est représentée par trois nervures saillantes et longitudinales; cette coque est jaune et garde la chrysalide environ un mois. Il y a une Halias exotique très voisine de Quercana. Le genre Earias, Hubner, ne comprend que des Nyctéolides de petite taille, avec des paiiiilons à ailes supérieures entières, à bords droits, sans lignes blanches, des chenilles molles, de la forme de celles des Halias, c'està-dire renflées vers le milieu du corps et s'aniincissant régulièrement vers les deux bouts, avec les pattes anales divergentes. Ces chenilles ont des mœurs de Tordeuses, vivant cachées entre les feuilles termi-
Û56 Lf-PIDOPTi-RtS.
nales des arbrisseaux, réunies en paquets avec de la soie. Ce genre compte de nombreuses espèces, deux seulement en Europe, dont le type est E. Chlorana, Linn.: la Bordée, Devillers ; la Pyrale Chlorane, Encyc. méth.; 22millimi'tres d'envergure, tête et ses appendices blancs, ainsi que le devant du thorax, la base de celui-ci verte, ainsi que les ailes supérieures, la côte et la frange d'un blanc luisant, les ailes inférieures blanches dessus et dessous, l'abdomen noirâtre en dessus, blanc en dessous ; oseraies et bords des prés en juin; chenille grise, à bande dorsale blanche, étranglée au cinquième anneau, et tète noire, en mai puis en septembre sur les osiers et saules; s'élève très aisément. La chrysalide passe l'hiver au pied des saules. Dans les Alpes-Maritimes cette chenille cause souvent de notables dommages aux saules (Millière). Une espèce du genre Earias ravage en Egypte les cotonniers, dans la capsule desquels la chenille vit renfermée ; elle est munie sur les premiers anneaux de caroncules spiniformes dont nos chenilles de Nyctéolides sont entièrement privées. Enfin le genre Sarrothripa, Curtis, renferme une espèce assez rare, qu'on trouve çà et \h un peu partout dans les bois, le S. Revayana, cat. de V., de septembre à novembre ; envergure 2/i à "26 millimètres, espèce des plus variables, en quelque sorte non fixée, grise ou verdâtre, ou blanchâtre, avec des bandes brunes. La chenille est probablement très polyphage, car on l'indique des saules, des chênes, des pins, des sapins et des genévriers ; la nymphose a lieu entre les feuilles, dans une coque d'un tissu blanc de neige, très brillant, ayant la forme d'une nacelle tronquée à ses deux extrémités.
LIMACODIDES.
Le nom de la petite tribu des Limacodides signifie : en forme de Limace. Sous leur premier état ces insectes s'éloignent par leur structure de tout ce que nous connaissons en fait de Lépidoptères. Leurs chenilles sont courtes, déprimées, glabres, semi-ovoïdes, absolument dépourvues de pattes. Leur dos arrondi rappelle vaguement celui d'un Cloporte, et leur ventre déprimé ressemble à celui des Gastéropodes terrestres nommés vulgairement Limaçons. Elles adhèrent assez solidement aux surfaces sur lesquelles elles se tiennent, mais elles semblent n'y être maintenues que par le moyen d'une sorte de succion produite par un système de spongioles charnues, sans couronnes de crochets, situées à la face inférieure du corps, et qui sont presque continuellement animées d'un mouvement d'ondulation vermiculaire, et cette adhésion est aidée par le suintement d'une matière visqueuse.. Aussi elles s'atlachent sans peine à des objets très polis, sur lesquels toute autre chenille ne pourrait se soutenir. Nous n'avons en Europe que deux représentants de la tribu des Limacodides. Ce sont dos Lépidoptères de petite taille, d'aspect de Hombyciens et à ncrvulalion parliculière, ne volant que la nuit et se cachant, pendant le jour, dans l'épaisseur du feuillage; on
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les fait tombor aisément, et très souvent accouplés, en ébranlant les arbres qui les recèlent. Les chenilles, qui vivent sur les arbres à découvert, se construisent, vers la fin de l'été, une petite coque bien modelée, parfaitement ellipsoïde, d'un tissu très solide, et que le papillon ouvre comme un œuf lors de l'éclosion. Elles y passent plus de la moitié de l'année, de septembre à avril, à l'état de chenille avant de se clnysalider, et n'en sortent adultes qu'au mois de mai et de juin siiivunt. Cette tribu, qui forme les Cocliopodœ de Boisduval, les Apodœ de M. Guenée, est très nombreuse en espèces exotiques, surtout de l'Amérique septentrionale. Les chenilles prennent, dans certaines contrées, des formes tout à fait fantastiques, couvertes de piquants comme des hérissons. C'est ce qui arrive notamment pour l'une d'elles, qui habite Madagascar, VEuphaga florifera. Elle sert de nourriture aux habitants, qui la font frire dans l'huile et la tiennent pour un mets délicieux. Elle se forme une coque à peu près pareille à celle de nos Limacodes d'Europe, et qui ressemble à une noisette pour la couleur et la grosseur; ausi l'appelle-t-on la Noisette de Madagascar. Le papillon est aussi joli que les nôtres sont insignifiants.
Les deux espèces d'Europe sont du genre fJmacodes.
liLlIACOUiCN, Lalr. — Antennes longues, à peine dentées dans le mâle, presque filiformes chez la femelle; spiritrompe presque nulle; palpes légèrement écartés entre eux et séparés de la tête, peu velus, à dernier article distinct; ailes courtes et épaisses, beaucoup plus grandes dans la femelle; abdomen terminé par une brosse de poils. — Chenilles et chrysalides (caractères de la famille).
L'espèce la plus répandue est le L. Testudo, cat. de V., syn. : Bitfo, Fabr. pour le mâle, la Tortue et le Cloporte d'Engr., the Festoon : mâle, 21 millimètres d'envergure, antennes jaunes; corps d'un jaune fauve ou brunâtre; ailes supérieures d'un jaune fauve ou d'un brun jaunâtre, avec deux lignes noirâtres, obliques et convergentes vers la côte, une petite tache d'un jaune plus clair que le fond à l'angle interne; ailes inférieures d'un brun noirâtre, avec l'angle anal fauve; femelle plus grande, d'un jaune fauve, avec les lignes obliques ordinairement bien marquées; adulte commun dans tous les bois de chêne en mai et juin, à rechercher en battant les arbres, et, mieux, à élever de chenille; chenille verte, à quatre lignes et points jaunes, en septembre et octobre, surtout sur le chêne et aussi sur le hêtre, tombe souvent avec les feuilles et se trouve alors facilement sur les routes et chemins de bois; L. Asellus, cat. de V., du genre Heterogeiiea, Knoch, the Triangle des amateurs anglais; i6 millimètres d'envergure chez le mâle, les ailes supérieures très anguleuses à l'angle apical, d'un brun noirâtre luisant, sans aucune taclie ; femelle beaucoup plus grande et d'un brun jaunâtre; adulte en juin, dans les bois de chênes et de bouleaux; chenille verte, à large manteau rouge, liseré de jaune, en septembre sur le
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chêne et le bouleau, indiquée aussi sur le hêtre et sur le peuplier; chrysalide brune dans un cocon soyeux. Cette petite espèce est surtout d'Allemagne et de Suède, et se prend souvent accouplée en battant les taillis. Elle passe pour rare en France, sans doute parce qu'on ne la recherche pas assez. Ou la cite des départements du Nord, d'Eure-et- Loir, du Doubs, du Cher, etc. Elle est probablement des environs de Paris.
Nous figurons plusieurs Lhnacodes de l'Amérique du Nord. Le L. delphinii, Boisd., pi. xcii, fig. 6, 27 millimétrés d'envergure, est d'un brun ferrugineux plus ou moins foncé, suivant les sexes. Les ailes supérieures ont, prés de la base et du bord inférieur et prés du sommet, deux taches vertes, suivies extérieurement d'une assez grande tache d'un rouge ferrugineux; leur milieu est marqué d'un point oblong et noirâtre; les ailes inférieures sans taches, le dessous uniformément d'un brun ferrugineux. Chez leL. Strigata, Boisd., envergure, 20 millimètres, l'insecte parfait est d'un jaunfltre luisant et soyeux, avec les quatre ailes marquées de stries luisantes, transversales et visibles sous certaines incidences, comme de la moire; sa chenille, pi. xcii, fig. 7. Enfin, pi. xcn, fig. 8, chenille de Liinacodes indéterminée.
PSYCHIDES.
Les Psychides forment une famille aberrante, dont la place parmi les Lépidoptères a été très controversée. Nous les plaçons dans les Bombyciens, d'après notre principe de donner la prédominance à la forme la plus parfaite, le mâle adulte, comme représentant l'espèce par ses caractères les plus élevés. Or les mâles de certains Psychides, tels ceux de Graminella, PuUa, etc., sont incontestablement des Bombycieus voisins des Liparides par les antennes pectinées, la villosité du corps, le pinceau anal, la nervulation, la forme et le port des ailes. Il est vrai que la famille constitue d'autre part un chaînon de passage avec les Tinéiniens, ainsi par Tiiquelrella,Claiisfrella, etc., qui ressemblent beaucoup à certaines espèces du genre Tinea. Le rapprochement est encore beaucoup plus grand si on considère les femelles et les larves, formes inférieures. 11 y a une certaine ressemblance par l'avortemenl des ailes avec les femelles de quelques Liparides, comme celle de Liparis Morio à ailes incomplètes, et plus encore les femelles presque aptères, mais ovoïdes et velues, des Orgya Anfiqua, GonostigmOy AuroUmbata, etc.; cependant, elles sont encore assez loin des femelles de prescjue tous les Psychides, complètement sans ailes (sauf les Typhonies), ayatit l'apparence de vers allongés, luisants, à peine pourvus d'antennes et munis d'un oviscaple térébriforme. Si nous prenions les caractères dominateurs dans hîs larves, nous mettrions les Psychi(k>s dans les Tinéiniens, comme le l'ait Th. Bruand d'Lzelle, car toujours les chenilles [Saccophorœ do M. Guenée) vivent dans des sacs ou fourreaux qu'elles con-
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struisent avec des pailles, des débris de feuilles ou même du sable; c'est le caractère des chenilles des Teignes vraies de Réaumur. Il faut remarquer qu'il y a là aussi un rapprocliement entre les Psychides et les Phryganiens (Névroptères propres), dont les hirves, vraies chenilles d'eau, sont toujours dans des fourreaux, revêtus de matiùres analogues à ceux des Psychides. Il y a, de même que des Phryganes à fourreaux pierreux et héliciformes, des Psychides dont le fourreau semble un petit colimaçon de grès ou de calcaire siliceux; ainsi chez Epiclmopteryx Helicinella.
Tandis que les chenilles des autres Bombyciens, tantôt arboricoles, tantôt herbivores ou lichénivores, vivent toutes à découvert ou protégées seulement par le pli d'une feuille, celles des Psychides se construisent, aussitôt écloses, un fourreau qu'elles s'ajustent autour du corps et d'où elles ne sortent même pas toujours à l'état adulte. Ces fourreaux, de forme très variée, sont ouverts à chaque extrémité, tapissés de soie à l'intérieur et garnis à l'extérieur de débris végétaux ou minéraux. Les uns sont recouverts de pailles placées tantôt longitudinalemenl, tantôt transversalement, tantôt imbriquées les unes sur les autres ou hérissées dans tous les sens. Ceux-ci sont revêtus de feuilles sèches, ceux-là de débris de tiges herbacées ou de fragments ligneux, quelques-uns de mousses ou de lichens. D'autres sont unis, ou bien à peine saupoudrés de poussière terreuse ou de graviers extrêmement fins, tantôt mous (comme chez Psyché Nudella), tantôt durs et solides (les Typhonia, ainsi Melanosella) : ils affectent la forme d'un cornet, d'un tube cylindrique, d'un cône recourbé, d'un grain de seigle allongé, d'une coquille d'Hélice {Helicinella), etc. A mesure qu'elle grandit, la chenille allonge son fourreau et ne le quitte jamais un seul instant, le traînant partout avec elle et ne laissant voir au dehors que la tête et les trois anneaux thoraciques où sont attachées les six pattes antérieures, qui seules servent à sa marche. Ces chenilles sont glabres ou à peine pubescentes, les trois anneaux antérieurs couverts d'une peau presque aussi dure que celle de la tête, et portant seuls des dessins, la peau des neuf autres anneaux étant mince et molle, ce qui fait qu'elle â besoin d''être protégée par un étui portatif. Les pattes membraneuses, courtes, très peu développées, ont une existence souvent méconnue (Guenée, Catal. d'Eure-et-Loir, p. 55); elles servent seulement à ces chenilles à se tenir crampoiuiées aux parois internes du fourreau, au moyen de la couroinie de crochets. Au moindre bruit, à la moindre secousse, la chenille se cramponne avec ses mandibules à la surface qui la supporte, tronc, f(uiille, palissade, rocher, etc., ramène son fourreau sur sa tête par un brusque mouvement de son corps, et demeure ainsi immoble et invisible jusqu'à ce qu'elle suppose que le danger a cessé. Ces fourreaux de débris inanimés sont un puissant moyen défensif par imitation. Pour la transformation en adulte, la chenille fixe solidement l'ouverture antérieure du fourreau, à l'aide de
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nombreux fils de soie, au support quelconque sur lequel elle se trouve, se retourne ensuite en sens inverse, si l'adulte doit sortir hors du fourreau, par l'extrémité qui était la postérieure pour la chenille. Des dilVérences se présentent au point de vue des dernières métamorphoses. Les chrysalides des individus mâles se fendent sur le dos et sur la poitrine, comme celles des Cossus et des Sésies, tandis que les chrysalides des individus femelles, sauf pour les Typhonies, sont sans marque, c'est-àdire sans enveloppe propre des ailes, de la tête et des pattes. La chrysalide de la femelle n'a pas de mouvement, tandis que celle du mâle s'agite en revanche avec grande activité.
Certains Psychides paraissent dés le commencement du printemps, d'autres seulement à la fin de l'été ; mais, chez toutes les espèces, les jeunes chenilles éclosent en été ou en automne et hivernent cachées dans des trous, dans des fissures de rochers, sous les écorces, pour reparaître aux premiers beaux jours et se chrysalider. On peut savoir à l'avance, en examinant une chrysalide, si on obtiendra un mâle ou une femelle, dans les genres où celle-ci est aptère. La chrysalide du mâle ressemble à celle de tous les autres Lépidoptères; celle de la femelle, ainsi que nous venons de le dire, n'offre et ne peut offrir aucune trace des ailes qui n'existent pas. Obtuse aux deux extrémités, elle ne présente qu'une suite d'anneaux qui rappelle les formes des nymphes de quelques Diptères. L'accouplement offre quelques différences suivant les groupes. 11 y a des femelles, que Bruand nomme aranéi formes, qui sortent du fourreau aussitôt qu'elles sont écloses, grâce à leurs pattes thoraciques, et qui attendent l'accouplement, cramponnées sur l'extrémité même du fourreau. Si on les dérange alors par un petit bruit quelconque ou par un léger attouchement du fourreau, elles rentrent immédiatement dans la coque pour un certain temps. Les femelles de ce groupe sont munies d'un oviscapte très, allongé, pouvant atteindre environ, dans toute son extension, la longueur du corps entier de la femelle, composé de trois pièces cylindriques, dont deux sont rétractiles comme les tubes d'une lorgnette, et qui sert à l'insecte à déposer ses œufs jusqu'au fond du fourreau. D'autres femelles, dites vermi formes par Bruand, ne quittent jamais l'intérieur du fourreau. Après l'éclosion elles se retournent dans l'enveloppe de la chrysalide, dont leur corps reste entouré, de façon à présenter la région anale à l'ouverture libre du fourreau où se présente le mille ailé. Le coït ne dure que quelques secondes, après quoi la femelle se met à pondre ses œufs dans l'intérieur de la pellicule même de la chrysalide. Cette opération terminée, il ne reste de la femelle qu'un petit paquet de peau ridée et les écailles de la tète, le tout réduit presque au volume d'une grosse tète d'épingle. Si l'accouplement n'a pas lieu, la femelle sort du fourreau au bout de quehiues jours et se laisse tomber à terre pour mourir.
Dans tous les genres dont les femelles sont aptères, on comprend
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que, dès qu'on rencontre une chenille h fourreau, on peut ôtre à peu près certain qu'il en existe d'autres aux environs. On pourrait conclure de cette particularité que les localités habitées par les Psychides doivent être fort restreintes, puisque la chenille marche lentement et que, la femelle ne volant pas, ne peut s'éloigner de l'endroit où elle est née; mais la nature a remédié à cet inconvénient par un moyen bien simple. Lorsqu'une chenille est en marche, si elle est dérangée, elle rentre si brusquement dans son fourreau que souvent elle n'a pas le temps de le fixer à un corps solide. Dans ce cas, si un coup de vent survient, il peut entraîner le fourreau à une distance assez grande. Bruand dit avoir vu des fourreaux de l'syche Albida, Saliculella, etc., enlevés par un vent violent quand il allait les recueillir, transportés quelquefois fort loin, surtout lorsqu'il chassait sur les cimes des rochers, il y a des espèces qui vivent sur les graminées, dans les prés secs et montagneux, et qui seraient enlevées lors de la faucluiison si elles se chrysalidaient contre les tiges herbacées; mais, à l'époque de la transformation, la chenille va chercher un corps solide pour s'y fixer, grosse pierre, arbre, rocher, etc. Les chenilles des Psychides vivent de toutes sortes de plantes phanérogames ou cryptogames. Elles sont difficiles à découvrir, car elles se confondent avec une foule de débris et de détritus; on les trouve le plus aisément sur les pieux, les clôtures en planches ou en lattes, les troncs d'arbres lisses. Elles sont difticiles aussi à élever, parce que leur croissance est très lente et que leur éclosion demande des soins particuliers. D'après M. Constant, elles exigent, pour cette opération importante, un endroit aéré et surtout exposé aux rayons du soleil levant ; sans cette précaution, on risque de perdre plus des trois quarts des chenilles qu'on a élevées. Les Psychides d'Europe sont de taille petite et souvent très petite, dans les dimensions de beaucoup de Microlépidoptércs. Ces papillons éclosent toujours le matin, jamais après onze heures et souvent beaucoup plus tôt. Le caractère des fourreaux pour les chenilles est le seul entièrement général chez les Psychides. Dans les Typhonies, les mâles et les femelles sont ailés; dans les autres Psychides, les m;iles seuls sont pourvus d'ailes, qui sont de coloration d'un brun noirâtre ou enfumé, généralement transparentes, peu colorées, d'où le nom de PMucidœ que donne M. Guenée à cette légion, arrondies, relativement assez courtes ; les antennes sont pectinées, quelquefois avec des barbes qui les rendent très plumeuses; le corps est souvent garni de poils longs et soyeux et avec pinceau étalé au bout de l'abdomen. Ils ont le vol irréguhcr, mais assez rapide et essentiellement diurne, et viennent de très loin chercher les femelles, attirés par l'odeur. On doit surveiller attentivement les éclosions domestiques, car les mâles s'envolent peu de minutes après la sortie de la chrysalide et perdent écailles et poils en se débattant; il faut tenir tout prêt le flacon à cyanure si l'on veut les conserver intacts pour les collections. Quant aux femidles, ce sont des insectes dégradés, presque
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difformes et qui n'ont rien qui rappelle les Lépidoptères. Tantôt (genre Fumea, Steph.) les femelles aptères (aranéiformes) ont encore des antennes et six pattes rudimentaires avec tarses, le corps plus ou moins écailleux, l'abdomen d'une grosseur disproportionnée; tantôt elles sont, outre l'absence des ailes, complètement apodes, vormiformes, molles, non recouvertes de poils ni d'écaillés, sans apparence d'appendices extérieurs, nattes ou antennes (genre Psyché, Sciirank). Ces dernières femelles s'accouplent et pondent dans leur fourreau sans jamais le quitter; quclquesjoursplus tard, lespetitesclienilles provenant de leursœufs, dès qu'elles sont écloses, commencent, comme chez les //eierof/yn/s, par dépecer le corps de leur mère, qui n'est pas très dur; elles s'en partagent fraternellement les débris, avec lesquels elles se construisent leur indispensable vêtement; puis elles sortent de leur enveloppe commune et se dispersent pour ne plus se réunir. Le plus grand nombre des chenilles des Psychides d'Europe vit sur les Lichens des arbres et même sur ceux des pierres et sur les plantes basses, particulièrement les graminées, mais quelques-unes se trouvent sur les arbres, tels que le chêne, le saule, le cormier, etc. Elles ne sont jamais assez nombreuses pour être nuisibles.
11 y a des particularités curieuses et encore mal éclaircies pour la reproduction des Psychides. Souvent les chenilles d'une ponte, ou celles recueillies ensemble au même endroit, ne donnent que des mâles, ou bien au contraire que des femelles, par une sorte d'alternance sexuelle destinée peut-être à parer aux inconvénients de la consanguinité. Entîn certaines espèces offrent une série de générations de femelles sans accouplement, en raison d'un fait de parthénogenèse qui n'est pas admis par beaucoup d'auteurs. Th. de Siebold Ç-lnn. se. natur. zooL, 1856, t. VI, p. iDo) dit avoir démontré la parthénogenèse dans les Psyché Hélix {Epichnopteryx) et les Solenobia Clathrella et Lichenella. Ces espèces lui ont donné des générations successives, toutes femelles, sans le concours des mâles. Le P. Hélix mâle notamment a été cherché inutilement pendant sept ans. De Siebold pense que, contrairement au\ Abeilles, ces Psychides ne donnent de mâles que par accouplement avec des mâles. Zinlce (Germar ; Magaz. des EntomoL, 1813, t. I, p. 31) dit que ces Lépidoptères, à l'état de chenilles et de chrysalides, vivent séparément suivant les sexes, qu'il y a des localités où l'on ne trouve que des mâles et d'autres l'on ne trouve que des femelles. Cet isolement de chaque sexe s'accorderait bien avec la parthénogenèse admise parSiebold. M. .1. Fallou, excellent observateur qui mérite la plus entière confiance, a constaté la parthénogenèse sur une de nos plus petites espèces, non mentionnée par les auteurs allemands. Une éclosion de chrysalides de P. Mtidella, Hubn., faite chez lui dans une boîte bien close, ne d(3iiiui que des femelles. Celles-ci pondirent des œufs dans la boite fermée, où aucun mâle du dehors n'avait pu entrer, en supposant même l'existence de cette espèce à l'intérieur de Paris. .\u bout de
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quatre jours naquirent de petites clicnilles, s'empressant de se faire des fourreaux avec les débris des fourreaux maternels. Le raàle de celte espèce est bien connu ; il est probable qu'il éclôt par intermittences et renouvelle, pour plusirur.s générations, la fécondité des femelles qu'il rencontre.
Nous donnerons les caractères suivants pour la famille des Psychides : port des ailes et nervulation de l5ombyciens chez les mâles, dont les ailes sont plus ou moins arrondies eu sommet ; femelles aptères, excepté dans le genre Tijphonia, Boisd., qui forme passage; antennes pectinées ou ciliées chez les mâles, très peu développées chez les femelles aranéiformes ou semi-vermiformcs, nulles chez les vermiformcs ; pas de siemmates; spiritrompe nulle; palpes velus, souvent rudimentaire et cachés par des poils plus ou moins longs et nombreux ; tête généralement velue, au moins chez les mâles; chenilles vivant dans des fourreaux mobiles, de formes très variées. 11 faut bien distinguer ces fourreaux moliiles des fourreaux fixes d'un certain nombre de Tinéiniens, que la chenille accroît et répare sur place, sans se mouvoir avec eux, comme cela a lieu pour les Psychides. On peut même dire pour beaucoup de Tortriciens et de Tinéiniens que les replis de feuille enroulée, où vivent beaucoup de leurs chenilles qui rongent l'intérieur, sont aussi de véritables fourreaux fixes.
Nous laisserons de côté le genre Typhonia, à femelles ailées comme les mâles, les ailes seulement plus courtes, t^e sont des Lépidoptères très rares, surtout propres aux montagnes, ayant le corps et les ailes noirs ou d'un brun foncé, d'où les épithètes spécifiques Lugubris, Mêlas, etc. Les femelles ont un oviscapte plus ou moins saillant; les chenilles vivent dans des fourreaux tubiiloux. allongés, ressemblant à ceux de certains Phryganiens et recouverts de petits graviers pierreux. Nous ne ferons qu'un seul genre, celui des Psyché, d'après Bruand d'Uzelles, pour toutes les espèces à femelles absolument sans ailes.
PSYt'lli:, SciiRANK. — Corps grêle ou épais clioz les mâles, très velu, parfois avec poils en pinceau divergent à l'extrémité, les antennes pectinées nu i)lunieuses, les ailes chargées de peu d'écaillés, souvent presque diaphanes; femelles aptères, aranéiformes, seini-vcrmifornies. — Chenilles glabres, décolorées, ayant les trois premiers anneaux cornés et les autres mous, vivant et se transformant dans des fourreaux portatifs, en soie recouverte de substances variées. ■ — Chrysalides des mâles normales, celles des femelles en sac ou pellicule sans marque.
Le grand genre /V^/c/u^ a des synonymes assez nombreux, mais qui ne convierment qu'à des sous-genres ; ce sont: P.si/c/te, Schrank; Fumea, llaxvorth; Epichnopteri/x, Hubner; Talœpmia? ZcWcr ; Solenobia? Duponchel; ces deux derniers rangésdans les Tinéiniens par llerrich-.Schœlfer, par MM. Standinger et Zcllcr, d'après quelques dillérences de
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norvulation des ailes des mâles, d'après leurs palpes, qui sont pareils à ceux des Tinéiniens, tandis qu'ils laissent les autres Psycliides dans les Bombyciens, ce qui a l'inconvénient grave de scinder en deux un groupe naturel. Le catalogue Depuiset compte soixante-quatorze espèces européennes du genre Psyché tel que nous l'entendons; le nombre exact est difticile, à établir à cause des espèces nouvellement décrites (MM. P. Minière, Heylaerts), des synonymies nombreuses de certaines espèces et del'incertitude de déterminationqiii règne sur quelques espèces fort rares. Bruand d'Izelle a multiplié les subdivisions dans le grand genre Psyché. Un premier groupe, formé d'nn petit nombre d'espèces qui vivent de licbens, ollre les fourreaux allongés, papyracés et unis, les femelles tubiliformes, velues, munies de pattes et d'antennes, à oviscapte saillant et allongé, sortant du fourreau après l'éclosion et s'y cramponnant pour attendre le mâle ; ex. : P. Pseudobomhijcella, Hubner. Un groupe plus considérable présente des femelles vermiformes, molles, non recouvertes de poils ni d'écaillés, privées de pattes et d'antennes, à oviscapte court. Le corps du mâle est pelucheux, assez long, et ses antennes sont pectinées. 11 en est où les femelles ont les chrysalides bicolores, d'où elles ne sortent pas, même lorsque l'accouplement n'a pas eu lieu. Le fourreau est composé de pailles transverses. Ex. : P. Atribombycella, Bruand, syn : Atra, Linn. ? espèce polyphage, vivant de plantes basses, notamment de bruyères, du midi et de l'est de la France -, la chrysalide de la femelle est d'nn noir légèrement luisant au milieu et de couleur de rouille aux deux bouts. Viennent ensuite des espèces à chrysalide de la femelle unicolore et d'où elle ne sort pas, même quand l'accouplement n'a pas eu lieu. Les ailes du mâle sont vitrées et paraissent privées d'écaillés ; les fourreaux sont gros et courts, presque globuliformes, revêtus de brins de mousse ou de tiges herbacées placées longiiudinalement. Nous citerons P. Albida, Esper, syn. : AlbivUrella, Bruand, espèce du midi de la France, remontant jusqu'en Saône-et-Loire. Le mâle, de 18 millimètres d'envergure, est d'un blanc laiteux et vitré, la côte et les nervures noirâtres, le corps et la tête noirs, recouverts de poils blanchâtres et soyeux , en deux faisceaux divergents à l'abdomen, les antennes très pectinées et les pattes grises. La femelle est grosse et courte, très molle, d'un blanc sale un peu ocreux, la chrysalide jaune. Pour s'accoupler, la femelle n'en soit pas, mais se contente d'en fendre l'extrémité, après s'être retournée. Le mâle se pose sur le fourreau en battant vivement des ailes, y inlrodiiit son abdomen jusqu'à la naissan(;e des ailes et se retire épuisé, après un coït qui a duré moins d'une minute. La femelle remplit d'œufs tout l'intérieur du fourreau, puis il ne reste d'elle que la tête et une pellicule sèche et ridée, pareille à une vessie dégonflée. La chenille a la tête noire et très luisante, les premiers anneaux d'un brun noirâtre, bordés de lilas très clair, le reste du corps d'un brun clair un peu vineux, les pattes écailleuses noires. On la trouve dans les localités