‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 2)Chapitre 21 sur 28 · PSYCHE. 66Ô · texte numérisé non relu

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arides et rocailleuses, surtout de montagne, même aussi en plaine, sur diverses graminées du genre Poa. Le fourreau est ordinairement recuuvert de mousse, de sorte que la chenille semble un flocon de mousses qui marche; à défaut de mousse la chenille se sert de petites esquilles de bois ou de brindilles de ronce.

Il y a des Psyché ayant des chrysalides de femelles unicolores, mais dont l'insecte sort pour se laisser tomber à terre s'il n'a pas subi l'accouplement Les mâles ont le corps robuste et les ailes supérieures moins arrondies au sommet que dans les espèces précédentes, les fourreaux allongés, couverts de corps variés. Il faut citer une grande espèce de Provence, /'. Febretta, Boyer de Fonscolombe, le mâle d'environ 25 millimètres d'envergure, d'un brun fuligineux, avec des poils en partie blonds sur le corps, la femelle molle en entier, d'un jaune pâle ocreux, la chenille vivant sur diverses Scorçonnères, même celle cultivée dans les jardins et entourée d'un fourreau de pailles d'un jaune très clair. Elle est d'un gris livide, avec la tète et le premier anneau noirs, ainsi que les pattes écailleuses; elle a attiré l'attention des paysans provençaux, qui lui attribuent des propriétés eflicaces pour combattre les fièvres intermittentes, et la prennent comme remède. On la nomme Fébrctip dans les environs d'Albi. La chrysalide de la lemelle est allongée, molle et d'un roux doré, ayant la tête et le corselet recouverts d'un duvet cotonneux, beaucoup moins fort dans la chrysalide du mâle, qui ressemble à une chrysalide de Bombyx, avec les anneaux de l'abdomen épineux, la queue large et carrée, les étuis des ailes, des antennes et des pattes de couleur rousse. Les chrysalides des deux sexes sortent en partie du fourreau, peu de jours avant l'éclosion, celle de la femelle pouvant même tomber à terre, probablement si la femelle qui y demeure incluse n'a pas été fécondée. Dans d'autres Psychr très voisines, le corps du mâle est moins robuste, les barbules des antennes plus longues, les fourreaux de forme variée et recouverts d'éléments divers, paille, mousse, débris de coquilles, feuilles sèches. Une espèce de grande taille, envergure du mâle de 26 à 28 millimètres, est P. Unicolor, Hufnagel, syn. : Graminella, cat. de Vienne, la Teigne à fourreau de paille composé de Geoffroy, assez commune près de Paris, se prenant abondamment à Compiègne en certaines années sur les palissades qui entourent le parc réservé, manquant en Angleterre et dans l'extrême nord de la France, excessivement rare en Belgique. Le mâle a les ailes en entier d'un noir demi-transparent, avec la frange chatoyant eu blanchâtre, les pattes roussàtrcs, le corps grêle, assez velu, aplati postérieurement, noir, avec les ptérygodes cendrés et le dessous de l'abdonien blanchâtre. La chrysalide de la femelle est d'un brun jaunâtre, ovoïde, pareille aux deux bouts. La femelle qu'elle renferme est d'un blanc jaunâtre, avec la tête brune, ainsi que les plaques cornées dorsales des premiers anneaux. La tête montre à la loupe deux rudiments d'appendices charnus, tenant place de» antennes. liiRAnu. m. — 30

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File ne quitte pas son fourreau pour s'accoupler, mais se retourne, et, de temps en temps, fait sortir un peu du fourreau la partie anale. Si la copulation n'a pas lieu, au bout de deux ou trois jours, la femelle abandonne le fourreau et se laisse tomber à terre où elle meurt bientôt. P. GraminoUa, d'après M. Milli(''re, est très rare en Provence, et cette espèce est remplacée, près de Marseille, de Cannes, d'Hyères, de Nice, par une espèce très \oisine, P. Cinerella, Dup. Le fourreau, qui varie beaucoup comme celui de Grnminella, est construit, soit avec des pailles assez longues placées les unes à côté des autres, soit avec des feuilles sèches. La chenille se rencontre dans la plaine comme sur les petites montagnes, dans les li«'ux humides comme dans les bois de Pins bien exposés et très secs (Millière, Iconoqr., t. III, p. 12).

La chenille de /*. Graminella est une des plus communes parmi les Psychides, et se trouve un peu partout, fin avril et en mai, sur les arbres des bois, les rochers, les vieux murs, les palissades, etc. Elle a la tète d'un noir luisant, avec plusieurs lignes d'un jaune pâle, les trois premiers anneaux sont couverts d'écussons cornés jaunes, avec six raies longitudinales d'un brun noir, les pattes écailleuses annelées de brun et de jaune sale, les pattes membraneuses très courtes et peu distinctes, le reste du corps d'un gris livide ou brunâtre. Elle se nourrit de Graminées, surtout des Poa annua et prrenni.s. Les fourreaux sont de deux sortes. Les plus fréquents, du moins aux environs de Paris, sont recouverts de fragments imbriqués de feuilles d'un brun noirâtre, et se trouvent surtout dans les bois; d'autres, plus communs, dans le Doubs (Bruand), sont revêtus de pailles placées longitudinalement, ou de feuilles de Graminées, de quelques esquilles de bois, de grains de sable. Les chenilles qui les portent se tiennent sur les Ronces, sur les Orties et sur les hautes Graminées.

Vient ensuite dans la classification de Bruand d'I'zellc un groupe de Psyché, où nous retrouvons la chrysalide de la femelle bicolore, les antennes du mule brièvement pectiuées, le corps grôle, les yeux gros, les ailes moins arrondies à l'extrémité. Le type est P. Fiiscct, Haworth, syn. : Calvella, Ochs., nom beaucoup meilleur, syn. : Hirsutella, Hubner, the Brotvn MusUn des Anglais; espèce de France, de Belgique, d'Angleterre, où l'espèce acquiert une plus grande taille. Le mâle, de 20 millimètres d'envergure environ, est d'un gris blond uniforme, mat, un peu transparent et si uni que les ailes semblent privées d'écaillés, la côte étant garnie de poils couchés; le corps est grêle, légèrement pelucheux, couvert de poils courts, bruns au corselet, d'un blond clair vers l'extrémité abdominale, pi. xrii, fig. 9. La femelle est renfermée dans une pellicule nymphale bicolore. La chenille est d'une couleur de corne claire avec des taches noirâtres, la sons-dorsale passablement indiquée, les autres raies formées par une réunion de petites taches agglomérées, la tète et les plaques dorsales thoraciques d'un noir brun, avec des lignes et des taches jannAtres, les pattes écailleuses brunes,

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annelet's de clair. Lorsque cette chenille entend quelque bruit alarmant, elle se cramponne fortement à la feuille ou à la branche sur laquelle elle est placée, tandis qu'en pareille occurrence celle de Gramiuella se laisse souvent tomber à terre. Le fourreau varie beaucoup, tantôt recouvert de pailles transverses irrégulièrement disposées, tantôt de brindilles de bois ou de parcelles d'écorce. Dans presque tous on aperçoit à l'extrémité inférieure trois petites raies blanchâtres placées triangulairement, et qui ne sont autres que la soie du sac ou fourreau réel dénudé en ces endroits. On rencontre ces fourreaux sur les arbres forestiers, surtout le chêne et le noisetier, aussi sur le saule marsault et sur le tremble. La nymphose s'opère en mai et les adultes paraissent en juin. Les fourreaux sont assez abondants en automne, la chenille se préparant à hiverner. Nous devons citer une espèce fort singulière, connue de Réaumur à l'état de fourreau, dans laquelle le fourreau est en forme de coquille d'Hélice, la chenille et la femelle ayant le corps contourné de la même façon, le màleavecles ailes allongéesetoblongnes. Cette P. UeUrineUa, Herr. Sch. {Epic.hnopterijx) est de toute la France, sauf peut-être l'extrême nord, de plaine et de montagne, ainsi au cirque de Gavarnie, près des glaces. Les chenilles vivent sur un grand nombre de plantes ligneuses et sous-ligneuses, surtout les Lavandula, Thymus, Cheiranthus, Tcucrium, Cistus, et rongent, en les blanchissant, la surface inférieure des feuilles. Le mâle, de IZi à 15 millimètres d'envergure, a les ailes d'un fuligineux mat, devenant ocreux par dessiccation, à demi transparentes, paraissant dépourvues d'écaillés, tant leur surface est unie. Lors de l'éclosion, il sort du fourreau par un petit trou ménagé dans la moitié de la longueur de la spire, et où la chrysalide vide demeure engaînée aux deux tiers après le départ du mâle. D'après Bruand, comme les chenilles ne peuvent s'élever, il faut capturer ces mâles au vol dans les matinées de juillet, aux lieux où l'on a vu des fourreaux. M. .Millière dit que, près de Cannes, ce mâle vole abondamment pendant la nuit, dans la seconde quinzaine de juin, et se prend au réflecteur; son vol est très rapide et très saccadé. La femelle, qui a le corps contourné en hélice comme le Fourreau lui-même, est d'un gris brun livide avec la portion supérieure des premiers anneaux plus foncée. La chenille, sortie du fourreau et déroulée, est allongée, cylindroïde, tantôt d'un brun rougeâtre. tantôt d'un gris verdàtre, la tête petite, noire et luisante, ainsi que les écussons cornés qui occupent la partie supérieure des anneaux thoraciques; les pattes écailleuses sont grosses, noires et luisantes, et un écussou corné noirâtre est placé sur le clapet anal. Ces chenilles, contrairement ;'i celles des autres Psychides, se suspendent par un fil de soie pour descendre à terre, ainsi que beaucoup de chenilles de Pbaléniens, de Tortriciens et de Tinéiniens. Elles s'entourent de fourreaux mous, brunâtres, recouverts de grains de terre ou de sable, ayant la forme d'une petite Hélice présentant trois ou quatre tours de spirale. Ces fourreaux se trouvent en ma

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(.4 juin, parfois sur le sol, le plus souvent aUachés à des rochers ou à des pierres. On les recherchera près de Paris, à Lardy, à Bouray, sur là vieille tour de Poquency, etc. Consultez, pour cette curieuse Psyché en hélice : P. Millière, Icon., t. III, p. 371, pi. 1Z|7, fig. ikà.

Xous ajouterons aux espèces précédentes deux espèces des environs de Paris, du sous-genre Fumea, qui sont aussi d'Angleterre et de Belgique. L'une est P. Pulla, Esper., syn. : Radiella, Curtis, dont le mâle, de 15 millimètres d'envergure, a les ailes d'un noir peu intense, opaque, tirant sur le rou.v, non luisant et comme pelucheux, le corps noir, peu velu, les antennes pectinées par des barbules lines, non serrées. On le voit fréquemment voler, du 15 mai au 15 juin, dans les bois herbus et dans les prairies, i.a femelle vermiforme est grosse, courte, avec la fête très petite et recourbée, les pattes à peine distinctes; elle est d'un jaune brun et ocreux, avec le sommet des trois premiers segments blanchâtre, comme cotonneux. La chenille est d'un blanc sale, tirant sur le vineux, avec deux raies latérales d'un brun noirâtre bien indiquées de chaque côté, la tète noirâtre, luisante, ainsi que les pattes écailleuses; son fourreau est revêtu de pailles plates, longitudinalement et régulièrement placées. Il est cylindroïde, d'un diamètre uniforme, quelques-unes des pailles dépassant un peu l'extrémité inférieure du sac ou vrai fourreau. La chenille vit de Graminées, et n'est pas rare dans les prairies, mais se lient très près du sol ; on ne la voit bien avec son fourreau que lorsqu'elle est voisine de la transformation; car elle grimpe alors, pour fixer son fourreau, à quelque haute tige de Graminée ou après un tronc d'arbre. L'autre espèce, des mêmes localités, est P. Nitidella, Hoffm., Hubn., le mâle, analogue au précédent, noir et opaque, très difficile à rencontrer (Catal. Alfred Foucart). La chenille est d'un brun très clair, tirant un peu sur le vineux, avec des raies d'un brun jaunâtre et sort du fourreau pour attendre le mâle. Elle est entourée d'un fourreau, très petit, cylindrique, formé de petites pailles cylindriques placées en long et parallèlement, pi. xcn, fig. 10; fig. 10 a, lobes globuleux représentant les palpes labiaux, tîg. lo I). lêle vue de prolil; fig. 10 c, antenne du mâle (^base et extrémité). On trouve le fourreau de P. Nitidella, avec les chrysalides, abondant en mai sur les troncs des saules, des osiers, des peupliers, des ormes et aussi sur les vieux murs et les rochers. Dans le midi d?, la France, cette espèce est remplacée par P. Jntermediella, Boisd., qui en est très voisine, ainsi que son fourreau.

Les sous-genres Talœporia et Solenobia sont placés, comme nous l'avons dit, dans les Tinéiniens par les lépidoplérisles allemands. Boisduval et .M. (iuenée les maintieiment dans les Psychides. Ils sont compris par Bruand dans son groupe des Psyché à femelles aranéiformes. Leurs chenilles constituent leurs fourreaux avec des Lichens des rochers exposés au soleil et aussi des troncs des hêtres et des charmes. Dans le sous-genre Solenobia, nous citerons /'. Triquetirlla, Hidjiior, la Tcii/ne à

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fourreau triangulaire de Réaumar et de Geoffroy, se trouvant au\ environs de Paris. Le mSle, de 12 millimètres d'envergure, a les ailes supérieures oblongues, d'un gris clair, avec des nervures plus foncées, ainsi que des stries transversales; il y a un trait noirâtre sur la cellule dis. coïdale. Les secondes ailes sont d'un gris blanchâtre et le corps grisâtre. La femelle est de couleur gris noirâtre unit'orme. La chenille est de couleur grise, avec les pattes écailleuses noirâtres, la tête noire et luisante, et deux écussons cornés rectangulaires sur le dos des deuv premiers anneaux. Llle hiverne, atteint toute sa taille en avril, se clirysalide alors pour donner l'adulte au mois de mai. Le fourreau est triangulaire et peu allongé, composé de trois pans égaux qui s'élargissent au milieu et se terminent en pointe à chaque extrémité, pointe plus aiguë à l'extrémité intérieure qu'à la supérieure où se trouve la tète de la chenille. Ce foui'reau est mou, de couleur grise plus ou moins foncée, rcvètu de parlicules pierreuses ou tei'rcuses, de sable ou de petits débris de lichen. On trouve fréquemment ce fourreau contre les rochers des friches montagneuses, sur les vieux murs exposés au nord, sur les lichens des barrières et des palissades toujours près de terre; à rechercher en janvier et février (Jourdheuille).

11 est impossible de passer sous silence une grande et remarquable l'syche, qui n'est pas d'Europe, mais du sud de l'Algérie et de la Perse Ce /'. Quadrangularis, Christophe, a d'abord été connu par son fourreau, qui mesure li centimètres de long sur i dans sa plus grande largeur, il est allongé, en forme de pyramide quadrangulaire, dont les quatre pans égaux sont recouverts de bûchettes ou de brindilles partiilèles, placées perpendiculairement à l'axe. On dirait un très élégant panier allongé. L'intérieur est tapissé d'une épaisse couche de soie grise, et, pour la nymphose, il est solidement fixé par un faisceau de nombreux fils de soie à ime tige de la plante qui a nourri la chenille, celle-ci paraît polyphage. Le màlc, de grande taille, est le plus beau qui soit connu parmi les Psijclie. Les ailes sont d'un blanc un peu grisillre, semi-vitreuses, les supérieures aiguës au sommet, la côte noire, ainsi que la frange des quatre ailes. Les antennes à tige noire ont de fortes pectinations prisàtres, le thorax est robuste et recouvert de longs poils grisâtres, et l'abdomen, dépassant de beaucoup les ailes inférieures, est hérissé de grands poils noirâtres. On consultera : H. Lucas (Ann. Soc. eutoin. Fr., 186G, pi. m); P. Millière, Iconoyr., t. IH, p. 373 pi. l/i7, fig. 5 à 7. Cette espèce appartient typiquement à la faune européenne. Il n'en est pas de même pour d'autres Psychides, de grande taille comparativement à nos Psyché, et connus principalement par leurs fourreaux rapportés surtout de l'Australie et aussi de l'Afrique. Ces insectes constiluent le genre Oiketicus ou OEceticus, CuiMing. On ne connaît encore que les adultes de très peu d'espèces, et il est douteux qu'on sache exactement y rapporter les fourreaux. Les papillons ont de longs oviscaptes saillants chez les femelles, les ailes étroites.

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siiiuées intérieurement, un aspect intermédiaire entre les Macroglosses el les Bombyx. M. Guenée dit posséder le fourreau d'une espèce exotique qui a presque 1 décimètre de longueur, el qui est composé avec de grosses branches de bois au lieu de pailles. M. Goossens m'a donné plusieurs grands et curieux fourreaux de diverses espèces provenant de la Plata. Il a obtenu des adultes, le mâle coloré de dessins variés et non complètement de teinte uniforme, comme cela a lieu dans nos Psychides d'Europe, mais la femelle larviforme, ainsi que pour nos espèces. M. Grenier a fait connaître des fourreaux gigantesques, provenant du Mexique septentrional (Monterey), mesurant 13 à l/i centimètres de longueur, formés de petites bûchettes placées en travers et réunies les unes aux autres par des fils de soie, l'intérieur plus lisse, tapissé d'une couche épaisse d'un tissu soyeux de couleur grise ; à l'extérieur les petites bûchettes sont aussi revêtues d'un tissu analogue à celui de l'intérieur, mais plus fin et moins uni. La chenille, qui ressemble tout à fait, sauf la taille, à celle de nos Psyché, et qui a les pattes membraneuses en mamelonsrudimentaires, est glabre, de couleur jaunâtre, les trois premiers anneaux offrant des taches noirâtres triangulaires. Elle vit dans les jardins sur les rosiers, peut-être aussi sur l'arbousier elle peuplier, où l'on rencontre également ses fourreaux. Les chenilles attachent à une des branches de l'arbuste, par un anneau soyeux, la partie supérieure de leurs fourreaux, qui sont libres et flottants ; comme il leur serait pénible de déplacer ces lourds fourreaux fréquemment, elles mangent d'abord toutes les feuilles qu'elles peuvent atteindre aux alentours, puis coupent le lien d'attache et vont se fixer à une autre branche ; on voit à l'intérieur du fourreau les traces de ces divers anneaux de suspension. Pour allonger son fourreau au fur et à mesure de sa propre croissance, la chenille fait un trou à son enveloppe juste au-dessus de la dernière bûchette posée, passe sa tête par cette ouverture et prend de la branche la plus voisine un petit rameau qu'elle coupe de la longueur voulue, puis le fixe à son enveloppe, dont elle augmente ainsi peu à peu la longueur et la solidité. Une fois la bûchette bien placée et solidement fixée, l'animal rentre sa tête et bouche le trou qu'il avait fait, pour recommencer plus tard la même manœuvre. 11 est assez probable que cette espèce appartient aux Psyché plutôt qu'aux OEceticus, car M. J. Fallou a fait la remarque qu'une Psyché de France, très commune dans les Landes, le P. Constancella, Minière, a un fourreau de construction analogue, mais bien plus petit. Les fourreaux envoyés de .Montevideo à .M. Goossens sont très voisins de celui de l'espèce mexicaine.

Nous citerons parmi les travaux spéciaux à consulter sur les Psychides : A. Guenée, Note monographique et rectificative sur le genre Tatœporia, Zeller (Soienobia, Di\[)onch(i\) ; Ann. soc. entom. Fr., 18/iG, pi 5. — Th. Bruand d'Uzelle, Essai monograpliiqui; sur la tribu des Psychides, Comptes rendus de la Soc. d'émulalion du Duubs, 1856. —

PSYCHI:, BOMBYCIENS. " hH

Docteur Breyer, Quelques mots sur le groupe ou la faiailli^ des Fsychides (Ann. Soc. entomol. de Belgique, 1861, t. V, page 1). — G. Houast. Les chenilles connues dos Psychides; Feuille des jeunes naturalistes, novembre et déî'Ciiibre 187G, numéros 73 et 7/i.

Nous terminerons ici notre étude de la grande tribu des Bombyciens, en regrettant qu'il n'y ait pas en France d'ouvrages générauN: récents qui la concernent. Nous omettons h dessein un certain nombre de familles exotiques en dehors de notre cadre élémentaire. Nous terminerons par un résumé des caractères généraux, qui se vérifient surtout sur les types des Bombyx actuels :

Ailes épaisses, à écailles fortes, épaisses, nombreuses et fragiles; antennes pectinées chez le mule, à lames assez larges, moins pectinées chez la femelle, et alors à lames courtes et étroites, ou bien crénelées; spiritrompe nulle ou rudimentaire; thorax globuleux, tiès velu, parfois laineux; abdomen des femelles très gros, lourd, parfois terminé par des fuuffes laineuses. La nervulation est assez régulière aux premières ailes : la composée postérieure émet trois rameaux, la cellule discoïdale est courte et son extrémité presque toujours marqu('e d'un point épaissi revêtant un petit œil. — Chenilles non tuberculeuses, à poils plus denses sur les tlancs, vivant tantôt en familles, tantôt en grande tribu, placées sous une toile-abri, tantôt solitaires. Le cocon, qui est très habituel aux Bombyciens, a une forme variable; quelques espèces ne font pas de cocons soyeux aériens, mais s'enterrent pour se chrysalider (ainsi Bombyx dumeti, taraxact). ,

Pour bien faire comprendre la nervulation des Bombyciens, nous comparerons deux types fondamentaux, l'un de cette tribu, l'autre des Chéloniens, pnur l'aile antérieure : Bombyx quercus, cf; nervure simple antérieure ou costale libre, aboutissant aux deux tiers de la côte; nervure composée antérieure émettant six rameau.x, les deux supérieurs aboutissant à la côte, les quatre autres au bord externe, le deuxième et et le troisième supérieurs naissant d'un tronc commun et formant une fourche; nervure composée postérieure naissant de la base de la précédente et fournissant quatre rameaux, les deux extérieurs à point d'insertion rapproché, les deux intérieurs écartés, presque équidistants ; cellule disco'ïdale courte et réduite; pas d'aréole. Prenons, par opposition, Chelonia caja : nervure simple antérieure libre ; nervure composée antérieure à six rameaux, les quatre supérieure très rapprochés, s'absorbant parfois entre eux, touchant la côte, les deux inférieurs louchant le bord externe ; une aréole très variable entre les rameaux supérieurs; nervure composée postérieure à quatre rameaux, le quatrième écarté, inséré à peu près au milieu du tronc, les trois autres naissant presque du môme point en éventail. Les Liparides, les Lithosiens présentent la mèine disposition et se séparent par là nettement

Zl72 LÊPIDOPTÈKKS.

des Bombijx. La cellule discoïdale est très longue, ce qui ren les rameaux plus courts. Pour bien se rendre compte des détails qui précèdent, il faut prendre l'aile de chacune de ces deux espèce? très communes et ijien enlever les écailles en la brossant au pinceau.

Tumu DKS ATTAC'IEHS.

Les Attaciens sont les [.épidoptères appelés par certains auteurs Saturniens. On les reconnaît tout de suite parce qu'ils renferment dans chaque pays les plus grands Lépidoptères comme largeur des ailes, chacune de celles-ci ayant toujours vers le milieu une tache vitrée ou translucide, le plus souvent ronde ou ocellée, parfois trigone ou en croissant, entourée de diverses colorations. Linnœus désigne sous le nom dM//f/ci/ï, d'après le mot employé par la Bible pour nommer un insecte qu'on n'a pu déterminer, la première division de son grand genre, PhaUrna, qui embrassait tous les Nocturnes de Latreille. Cette division comprenait des Nocturnes ayant les quatre ailes presque toujours étendues dans le repos à plat sur le plan de position, avec les antennes tantôt pectinées, tantôt sétacées, et dont les uns ont une spiritrompe (des Phaléniens), tandis que les autres n'en ont pas. Latreille, dans ses Familles naturelles (1825), indique cette division comme devant former un genre ayant pour type le Grand Paon de nuit ou Attacus Pavonia major . Dans le Règne animal, il place cette espèce et les autres analogues dans le grand genre Bombyx. Les entomologistes allemands, à l'exemple de Schrank, d'Ochsenheimer, d'Hubner, etc., ont formé de ces mêmes espèces le genre Saturnia, adopté par Boisduval dans son Index metlwJicus. Au contraire, Duponchel, en conservant ce même genre dans son Histoire naturelle des Lépidoptères d'Europe, lui a restitué le nom linnéen iVAttacus, et il a été suivi dans cette voie par M. K. Blanchard, en ses différents ouvrages.

Nous inspirant de l'opinion de M. P. Mabille, et bien que les ouvrages et catalogues de divers pays ne séparent pas le genre Attacus des Bombyciens, nous avons cru devoir en faire une tribu à part, en raison des différences dans la nervulalioii, le port des ailes au repos, les cax'actères des chenilles, les cocons ouverts en nasse à un bout dans beaucoup d'espèces. Voici les caractères généraux de nos Attaciens : antennes pectinées dans les deux sexes, mais à barbes ou dents robustes et beaucoup plus longues dans les mfdes que dans les femelles; spiritrompe nulle ou rudimentaire ; palpes courts, très velus ; thorax arrondi, laineux, ayant souvent un collier de la couleur de la côte des ailes supérieures uiles larges, chacune avec une tache vitrée sub-centrale, soit ronde ou ocellée, soit trigone ou en croissant (comme types de nervulation de l'aile antérieure Attacus piri et Cynthia); nervure simple antérieure

ATTACIENS. Z{78

libre, atteignant les deux tiers de la côte; nervure composé aniérieure émettant un seul rameau costal ou supérieur, presque absorbé par la costale (Cynlhia); tronc de la composée, long, continu, bordant presque la côte et aboutissant au-dessous de l'apex, émettant deux rameaux inférieurs équidistants dont l'intérieur bifurqué; nervure compijsée postérieure à trois rameaux; cellule discnïdale grande et ouverte; nervure simple postérieure forte; pas d'aréole. L'Aglia Tau a la nervure composée antérieure plus écartée de la côte, puis remontant brusquement au delà de la cellule disco'idale qui est ainsi rétrécie à son ouverture et fermée par une faible nervule; la costale est plus dégagc'e; le rameau inférieur est bilurqué tout près de son point d'insertion à la composée postérieure. Cette nervulation remarquable n'a d'analogue que parmi les Phalénicns ou Géomètres. Pas de crin ni de frein, d'où les ailes indépendantes ; abdomen en général court et très gros. — Chenilles grosses et massives, avec la tète petite et globuleuse, les anneauv bien séparés et très renflés, ayant presque toujours des verrues ou Uiliercules saillanis d'où parlent soit des épines rameuses, soit des poils rangés circulairemenl {Stellatœ de Guenéej. — Chrysalides courtes, ovoides, avec l'extrémité anale garnie d'un très petit faisceau de poils raides, contenues le plus souvent dans des cocons de soie plus ou moins incrustée ou gommée, tantôt fermés aux deux bouts, comme ceux du Serica- ?v"a mor/", souvent avec un pédicule d'attache à un pôle, tantôt ouverts en nasse à un bout pour lu sortie du papillon, l<'s lils étant repliés par la chenille.

Les Attacienssont principalement répandus dans les régions chauiles des deux hémisphères, et l'Australie n'en est pas dépourvue. Les régions circumpolaires en manquent également. Outre l'intérêt entomoiogique qu'ils présentent, les cocons d'un grand nombre de leurs espèces peuvent être utilisés soit pour la filature en soie grège, soit pour obtenir des filoselles après cardage, et, parmi les espèces de l'extrême Orient, il en est dont les soies figurent dans le commerce et fournissent des tissus utilisés surtout dans le [iays; ou bien ces soies y sont à l'étal de pureté, ou bien mêlées à la soie du Ver du mûrier, ou bien à la laine, ou au coton. Leur soie c^t plus grossière que celle des Sericaria, mais produit des étoffes très solides, employées surtout par les classes ouvrières de la population. Certains de ces tissus parviennent depuis longtemps sur le marché européen, et on a longtemps ignoré leur origine. Les cocons, soit ouverts, soit fermés, ne sont pas en rapjiort avec des différences notables chez les adultes, bien qu'il y ait dans celte organisation du cocon une importance capitale au point de vue de la filature, qui est plus aisée quand les cocons sont fermés aux deux bouts et s'opère de la même façon, après décreusage convenable, que pour le cocon fermé du Ver à soie du mûrier. Les chrysalides des cocons ferrm's ont à la tête la vésicule contenant le liquide dissohant qui sert au pai>i]loii à percer le pôle de sortie, en écartant les fils après ramollissement de la

gomme qui les incruste; cette vésicule tnanque quand il y a une ouverture naturelle pour donner passage k l'adulte; cette ouverture en nasse présente des faisceaux de fils repliés qtii s'aplatissent do dedans en dehors et se redressent dans le sens inverse, de façon à s'opposer à l'introduction des corps étrangers et des insectes ennemis. Certaines espèces, en petit nombre toutefois, peuvent s'acclimater en Europe, surtout dans le Midi, et donner des auxiliaires du Ver à soie du mûrier; la plupart, cependant, proviennent de régions très chaudes et leur éducation en France ne peut être qu'un objet de curiosité. Il faut, au contraire, encourager l'éducation de certaines espèces et surtout la récolte des cocons sauvages dans les pajs d'origine, les utiliser sur place et exporter leur soie. Le commerce, eti effet, ne saurait rester indifférent à la production de substances textiles animales nouvelles, bien qu'ayant moins d'éclat et de tinesse que la soie du Sericariamori. 11 pourrait arriver qu'une épidémie générale vienne à interrompre, même dans les régions les plus favorables, l'éducation de cette précieuse espèce, et les espèces succédanées auraient alors une importance capitale. D'autre part, les exigences de la mode ne sont pas à dédaigner pour l'industrie; des soies moins belles que la soie ordinaire, mais produisant certaines nuances, ou reflets, ou certaines texture.s spéciales d'étoffes, auront toujours leur prix et leur emploi.

GENRES PRINCIPAUX

AOLIA, Hubner. — Antennes très largement bipectinées et en panache chez le niàle, bidentées chez la femelle ; palpes écartés, peu velus, incombants, le dernier article bien distinct ; ailes arrondies, à taches ocellées ; abdomen du mâle grêle. — Chenille chagridée, sans tubercules, épineuse dans le jeune âge, à anneaux très renflés. — Chrysalide ccurte ; avec l'extrémité anale garnie de petites pointes crochues.

Ce genre, dont le nom veut dire en grec : taie blanche dans VœH, est éminemment de passage et rangé par beaucoup d'auteurs et de catalogues dans les Attaciens ou Saturniens; M. E. Blanchard le place dans les Endromides, à coté du genre Endromis. L'espèce unique, des grands bois de toute la Erance et de la Belgique, manquant dans les îles Britanniques, est r-4. Tau, Linn., la Hachette d'Engr., 60 à 65 millimètres d'envergure chez le mâle, les antennes ferrugineuses, le corps de la couleur des ailes, celles-ci d'un jaune fauve, avec une bordure et le bord interne des supérieures noirs, chaque aile ornée d'un œil disco'idal, noir, chatoyant en bleu, avec une prunelle blanche, à peu près de la forme du T grec (Tau»; femelle plus grande, 80 à 90 millimètres, les ocelles pareils, le fond d'un jaune d'ocre pale, la bordure des ailes étroite, peu prononcée aux supc-rieures, l'espace marginal saupoudré d'atomes noirâtres, l'angle apical maculé de blanchâtre; jjar aherr-ilinn.

AGIIA, \TTACUS.

cette femelle est parfois de la couleur du mâle. On a signalé des hermaphrodites bilatéraux et aussi d'autres; il en existe un. mélangé par places des deux sexes, dans la collection J. Fallou : chenille verte à traits obliques jaunes, avec cinq longues épines d'un brun rougeàtre au premier âge, qui disparaissent après la troisième mue, vivant principalement sur le hêtre et le charme, aussi sur le chêne, le bouleau, le tilleul, etc., en juin et juillet, se chrysalidant en août à la surface du sol, dans une coque informe, composée de mousses ou de feuilles sèches, retenues par quelques fils de soie ; le papillon éclût l'année suivante, en avril ou en mai, si le printemps est froid et tardif. Le mâle vole vivement au soleil, toute la matinée, a\ec de nombreux crochets, dans les clairières des bois, commun près de Paris, à Maisons-I.affitte,à Saint-Germain, etc., abondant dans la fcjrêt de Compiègne. Au repos, les deux sexes ont les ailes dressées l'une contre l'autre, perpendiculairement au corps, à peu près aussi complètement que chez les Diurnes. La ferpelle ne vole pas et reste immobile, soit à terre, dans les feuilles sèches, soit contre les troncs d'arbre, de oû centimètres à 1 mètre au-dessus du sol, remontant le long du tronc pour se sécher, car la chrysalide d'où sort l'adulte se trouve au pied de l'arbre, dans la mousse ou les herbes sèches. Il faut bien remarquer que ce genre à cocon presque nul est cependant voisin du genre Attacus à cocons très soyeux. Cela confirme cette loi qu'il existe i)ien rarement un caractère réellement dominateur.

.*TT.4€IS, Linn. (syn., Saturnia, Sclirank). — Antennes bipectinées, à larges lamelles chez les mâles, bien moins développées le plus souvent chez les leinelles; spiritrompe très rudimentaire ; corps épais, laineux; les quatre ailes le plus souvent grandes et larges, chacune avec une tache vitrée suhcentrale, plus ou moins transparente, de forme variable. — Chenilles munies à tous leurs âges de tubercules arrondis, d'où partent des poils ou des épines rameuses, se renfermant pour se chrysalider dans des cocons soyeux et incrustés, tanlôt fermés aux deux pôles, tantôt ouverts en nasse à l'un d'eux, assez souvent avec un pédicule d'attache au bmit opposé à celui de la sortie du papillon.

Le grand genre Attacus ou Saturnia a été subdivisé en un assez grand nombre de genres, auxquels nous n'accorderons que la valeut de sous-genres. Dans le type propre Saturnia se trouvent d'abord les deux principales espèces d'Iùirope. \.'A. Pavonia major, Linn., Esp., Fabr., syn. : piri, cat. de Vienne; le Grand Paon, de Geofl'roy et d'Kngramelle, est le plus grand des papillons d'Lurope. Knvei-gure du mâle 110 à 120 miUimètres; antennes d'un jaune un peu tanné ; thorax brun, avec un collier antérieur d'un blanc roussâtre, comme la côte de l'aile supérieure; les quatre ailes d'un gris plus ou moins roussâtre, bordées de blanc jaunâtre, les antérieures arrondies au sommet, avec les espaces terminaux d'un blanc sale ou jaunâtre au sommet, d'un brun

476 I.tPIDOPTi UES.

noiriilre à l'extréinilé inférieure; chacune a sur le disque un œil enfermé dans un cercle noir, avec la prunelle en croissant et presque transparente, l'iris, d"un fauve obscur, est entouré du côté du corps do l'insecte d'un arc blanc, embrassé lui-même extérieurement par une demi-circonférence d'un rouge pourpre; extérieurement à ces yeux, et les enfermant, serpentent sur les ailes deux lignes obliques et polyunguleuses, noirâtres, lavées de rougeâtre; anneaux de l'abdomen d'un gris cendré un peu jaunâtre; le dessous plus clair, sans espace noirâtre aux ailes supérieures; femelle pareille, mais plus grande, avec les antennes biciliées. I, 'adulte varie très peu; c'est à peine si l'on trouve de très légères diiïérences dans les sujets éclos par centaines des chenilles recueillies et aisées à élever. Uuponchel elle une très rare aberration qu'il avait trouvée d'une éclosion spontanée dans le parc de Vanves près Paris : c'était un mâle, avec le fond des ailes presque entièrement noir, la bordure plus sombre extérieurement, les deux lignes obliques qui renferment les yeux, la demi-circonférence ordinairement rouge de ceux-ci et les arcs du sommet des ailes supérieures d'un bleu violet. La chenille à toute sa taille est longue de plus de 80 millimètres, d'un vert tendre, avec des tubercules d'un bleu de turquoise et de chacun desquels s'élèvent sept poils noirs et raides, inégaux, disposés en étoile et dont celui du milieu, beaucoup plus long que les autres, se termine par un petit bouton ou massue, et rappelle ainsi l'antenne d'un Rhopalocore.

Les tubercules sont au nombre de quatre sur le premier et sur le dernier anneau, de six siu" tous les autres. Les pattes écailleuses sont fauves, les pattes membraneuses vertes, avec une lunule noire placée au-dessus de la couronne qui est ferrugineuse. Les stigmates sont blancs et bordés de noir; le clapet anal et l'arrière des deux pattes membraneuses postérieures sont d'un rouge brun luisant. Avant la première mue la jeune chenille était noirâtre ou d'un bleu foncé avec les tubercules rougeâtres. Dans les jours qui précèdent la filature du cocon, dans le courant d'août, le corps de la chenille passe au jaune sale. Le cocon est filé sous les rebords des murs et des toits, sous les bosselures des écorces ou aux fourches des grosses branches des arbres, au pied des arbres entre les mousses ou les herbes sèches. Ce cocon est brun, très dur et très gommé, en forme de poire, avec le petit bout fermé par des fils élastiques repliés et convergeant vers l'intérieur de façon à laisser sortir le papillon, ù l'inverse des brins d'osier formant les ouvertures d'une nasse à poissons. La chrysalide que termine postérieurement un petit bouquet de poils raides el inégaux, est cylindroïde, brune, avec le fourreau des antennes, le haut du thorax el les incisions de l'abdomen plus clairs.

(l'est en général au bout d'environ neuf mois, à la fin d'avril ou dans hi première semaine de mai, que l'adulte éclôt ; parfois des sujets retardés paraissent en sept-embre ou même au printemps de lu seconde

ATIACUS. till

aiiiléo, l'I pail'uis même apivs plusieiir? années. La femelle pond des œufs sphéroïdes, blanchâtres, collés sur le support au moyen d'une glu bleuâtre. M. J. Fallou a très bien obser\é comment s'opère cette ponte en liberté. Après avoir constaté certains prèjiaratifs qui lui parurent laborieu.v, il vit la femelle \oltiger au-dessus d'un noyer sur lequel elle avait été posée et ne pus paraître disposée à y pondre ; on la transporta ensuite sur un cerisier, dont elle ne parut pas s'accommoder davantage. Sachant que cette espèce vit ordiiiairemcnt sur le poirier, ou sur l'orme, ou sur le frèiie, Al. .1. Failou transporta la femelle sur un poirier de son jardin; il la \it alors chercher les endroits convenables. Elle choisit le dessous des premiers coursons près de la tige principale, ne déposant que de sept à onze œuls par chaque courson ; la ponte, ainsi disséminée par petits tas, fut ache\ée au bout d'une heure et demie et se composait en tout de soixante-quin.'.e œufs environ. Il est probable que beaucoup d'Attaciens exotiques doivent agir de même et que leur instinct les porte à chercher, pour y déposer leurs œufs, la plante sur laquelle doivent vivre les jeunes chenilles. Ainsi s'explique la ponte souvent difficile de ces espèces élevées en captivilé, et l'utilité de piésenler aux femelles fécondées, quand ou le peut, des rameaux des espèces préférées par leurs chenilles.

Les chenilles de l'.'Ktocws pir* sortent promptemeut des œufs et sont polypbages avec prédilection de certajis végétaux, ainsi les arbres fruitiers et surtout le poirier et les ormes; on les rencontre aussi près de Paris et à Paris même, sur les platanes de certaines avenues. L'espèce remonte peu au delà de Paris; on la trouve encore à Compiègne, Il ais non dans l'extrême nord de la France, ni dans le nord-est, ni en .Angleterre. Des amateurs ont cherché à acclimater l'espèce aux environs de Valenciennes et de Lille, mais sans réussir. L'espèce manque en lîelgique, mais a été indiquée de Hollande. Parfois, rarement il est vrai, l'énorme chenille du Grand I^aon est nuisible aux poiriers; il faut alors la détruire et écraser les papillons femelles; d'ordinaire ces chenilles ne sont pas assez nombreuses sur le même arbre pour causer du dommage; c'est en observant eu juillet les énormes crottins qui tombent sur le sol au pied des arbres qu'on s'assure qu'il y a des chenilles, faciles à recueillir et à amener à faire leur cocon en les pla(;ant chacune dans un cornet de papier rugueux. La soie est brune et très incrustée, assez abondante par cocon, mais trop grossière pour être réellement utilisable. J'ai vu autrefois, dans la ('(dlection publique, de Lépidoptères du Muséum, faite par M. Latreille, une paire de gants hruus tricotés avec de la soie cardée du brand l'aon.

Lnc seconde espèce, également commune, est VA. Pacuiiia iniuor, Linn,, Esp., Kabr., syn. : carpini, cat. de Vienne, le Petit Paon, (!eof- IVuy, le Petit Paun de nuit, Kngram., le seul Attacien d'.Uigleterre, llie Ein[)erur Moth. Ici les deux sexes ditl'ôrent beaucoup l'un de l'autre par la couleur du fond des aile.s, mais se ressemblent par les dessins et'

^78 LKPIDOPTkRES.

les taches ocellées; envergure du mâle 60 millimètres; antennes très pectinées de chaque côté de la tige et d'un brun tanné ; corps d'un brun légèrement tanné, avec les anneaux de l'abdomen un peu plus clairs en dessus, d'un gris blanchâtre en dessous ; ailes supérieures d'un brun nébuleux en dessus, sablé de rougeàtre dans son milieu, tandis que le dessous est jaunâtre, avec bordure blanchâtre intérieurement, obscurcie extérieurement, une tache cramoisie au sommet sur laquelle est un chevron blanc, convexe en dehors et embrassant un gros point noir ovale ; un œil central entouré de blanc dessus et dessous, bordé d'un cercle noir et plus en dedans d'un cercle rouge incomplet; ailes inférieures d'un jaune fauve en dessus, d'un rouge vineux en dessous, la bordure souvent lavée de rouge, l'œil médian pareil en dessous à celui de l'aile supérieure, manquant en dessus de la tache blanche; les deux yeux de chaque côté sont enfermés entre deux lignes obliques sinueuses; femelle beaucoup plus grande (70 à 80 millimètres d'envergure), ressemblant à celle du Grand l^aon très rapetissée, d'un gris cendré plus ou moins foncé, quelquefois d'un gris rosé, quelquefois avec la bordure des secondes ailes lavée de rouge, les dessins et les yeux comme ceux du mâle; chenille à toute sa taille d'un vert pomme foncé, et elle a sur chaque anneau une bande Iransverse, d'un noir de velours, sur laquelle sont des tubercules tantôt roses, tantôt orangés, selon les sujets, et de chacun desquels parlent sept poils noirs, raides et inégaux; la couleur différente de ces tubercules n'est pas liée à la sexualité, car on obtient indistinctement des mâles et des femelles des individus à tubercules roses ou orangés ; les tubercules sont alignés sur le dos de la chenille, deux sur la bande du premier anneau, quatre sur le dernier, six sur tous les autres; d'après Duponchel, ces tubercules laissent échapper, quand on les touche, des gouttelettes d'une liqueur claire et fétide; ils sont munis de sept épines noires, raides, courtes et d'inégales longueurs, mais non terminées par un bouton; pattes écailleuses d'un brun taimé, pattes membraneuses vertes, avec une lunule noire au-dessus de la couronne ; stigmates fauves et clapet anal du même vert que le fond du corps; au premier âge les chenilles sont d'un noir brun, avec une ligne orangée étendue en long de chaque côté, de sorte que, en raison des poils épineux de leurs tubercules, on les confondait aisément avec des chenilles de Vanesses ou de Mélitées.

Les chenilles du Petit Paon de nuit vivent en société jusqu'à la tin de la seconde mue, puis se dispersent et vivent isolées après la troisième; on les trouve, du commencement de mai à la fin de juillet, sur la ronce, le prunellier et rarement le prunier cultivé, le chCne, l'orme, le hêtre, le charme, rarement la bourdaine, le frêne, le bouleau, le saule et l'osier, enfin sur le genêt et la bruyère quand elles approchent du terme de leur croissance; en captivité on les élève très bien avec des feuilles de fraisier, de pommier et de poii-inr. (jnoiqin' ct^s chenilles

ATTACIJS. 479

soient plus communes que celles du Grand faon, elles ne sont pas nuisibles et vivent surtout sur des arbres et des arbustes des bois et des haies; vers la fin de juillet, elles filent, dans les buissons ou entre les brandies des arbres nourriciers, des cocons piriforraes et ouverts en nasse à un bout, comme ceux du Grand Paon, pi. mw, fig. :!;la soie est plus fine, mais moins abondante; le cocon, d'abord presque blanc, devient ensuite roussûtre à la fin de sa filature, par une gomme que dégorge alors la chenille. Je possi'de un doiippion de cette espèce filé par deuv chenilles associées; la chrysalide, pi. xciv, fig. '6 a, est d'un noir brun avec les bords des étuis des ailes, des antennes et des yeux et les incisions abdominales ferrugineux; elle a l'anus terminé par un bouquet de poils raides, dont les intermédiaires sont les plus longs, tandis que, chez la chrysalide du Grand Paon, les poils du milieu de ce bouquet sont plus courts que ceux des côtés, le papillon, qui se trouve dans toute la France, éclôt vers la lîn de mars ou au comencemunt d'avril de l'année suivante, la chrysalide ayant passé l'hiver ; parfois elle demeure deux ou trois ans avant de produire l'adulte. La femelle, dans le courant d'avril, pond ses œufs, au nombre de plus de cent, sous la forme d'un amas annulaire grossier autourd'une branche, soitde ronce, soit d'autre arbre àlalisière des bois, sans la régularité de la bague spiralée du Bombyx Neustn'a. Une troisième espèce, qui ne paraît pas exister en France, est 1'.!. Pavonia média, Fabr.,syn. : spini, Hubner, le Muycn Paon d'Engramelle, dont les deux sexes se rapprochent beaucoup du Grand Paon, avec lequel ils produisent des hybrides. La taille est moindre, les antennes du mâle plus longues et moins pointues, les yeux du milieu des ailes dépourvus de l'arc blanc placé avant la demi-circonférence rouge. La chenille, qui vit sur le prunier épineux et sur le pommier sauvage, est noire ou d'un brun noirâtre; avant la troisième mue, ses tubercules sont d'un bleu pâle avec les poils jaunâtres, puis ils deviennent d'un jaune orangé, ainsi que leurs poils et le clapet anal; chrysalide et cocon analogues à ceux d'^. piri, ce dernier plus pâle ; mêmes époques d'éclosion et de transformations; de Hongrie, d'Autriche et du midi de la Russie. Une autre espèce est très localisée et très rare, surtout maintenant, la plupart des éleveurs ayant perdu la race ; c'est VA. Cœcigena, Hubner, de Dalmatie, dont la chenille vit sur le chêne et dont le papillon sort du cocon en automne de la même année; les antennes sont d'un jaune ferrugineux chez le mâle qui a les quatre ailes jaunes avec la côte rose ainsi que des bandes transversales mal limitées de la même couleur; en outre, elles sont traversées par deux lignes sinueuses noirâtres ou d'un gris violâtre, et entre elles, sur le disque de chaque aile, se trouve une tache ocollye rose, bordée de noirâtre, marquée au contre d'un très petit croissant transparent, cet ocelle I)caucoup plus petit sur les ailes inférieures que sur les supérieures; la femelle, plus petite que le mâle, a les antennes jaunes et les ailes, du même dessin que le mâle, entièrement.lavées de rose, sauf la base et la frange, qui conservent la

Zi80 LÉPIDOPTtRES.

couleur jaune du mâle. L'Europe possède encore une autre espèce à'Attacus, également trùs localisée et très diflerente des trois Paons de nuit et dont nous parlerons à propos du curieux sous-genre Actias, Boisd. En Algérie, VA. piri est remplacé par une très rare espèce, VA. Atlanticus, Lucas, découverte par M. H. Lucas sur les chènes-lièges du bois du lac Tonga, dans le cercle de la Galle. La taille est moindre que celle du Grand l^aon; chez le mâle, les bandes transversales des quatre ailes sont en dent de scie, l'iris des taches ocellées d'un jaune foncé, embrassé du côté du corps par Iruis demi-circonférences, deux rouges et une blanciie, la bordure blanchâtre des quatre ailes bien plus prononcée que chez A. piri,le collier antérieur du tliorax d'un beau blanc, l'abdomen taché de rougeàtre sur les côtés, avec le dernier segment de cette couleur.

Parmi les Attacm exotiques, nous étudierons seulement les espèces oflrant de l'intérêt par la soie de leurs cocons, et, avant tout, trois espèces asiatiques de l'extrême Orient, du sous-genre Antherea, Hubner, et qu'on peut appeler les Vers à soie du chêne, diverses espèces du genre Qmrcus servant principalement de nourriture à leurs chenilles. La première dont nous parlerons est VA. Yama-mai, G. Mén., ou Ver à soie du chêne du Japon. Celte espèce est univoltine, comme l'est le plus habituellement le Sericaria mori; ses œufs, qui sont pondus généralement de la tin de juillet, à une époque plus ou moins avancée du mois d'août, du moins dans les éducations faites en liurope, passent l'hiver et donnent les petites chenilles au commencement du printemps. Envergure du mâle 15 à 18 centimètres ; antennes très largement plumeuses, à peu près de la couleur du fond des ailes; yeux d'un vert glauque, avec reflet irisé ; ailes étalées à plat au repos, les antérieures assez fortement falquées au sommet, à pointe allongée aiguë, les postérieures arrondies et à contour unisinueux; couleur du fond d'un jaune brillant en-dessus (du moins dans une des variétés les plus fréquentes), pi. xcni, jig. 8, la côte, très large, d'un gris moucheté de blanc; quelques stries anguleuses et transversales plus formées sur le premier quart des ailes à partir de la base ; à peu près au milieu de chacune des quatre ailes se trouve un œil subtrigone, à angles arrondis, la prunelle centrale vitrée par absence d'écaillés, entourée d'un iris rougeàtre, puis d'un arc concentrique blanc du côté du corps, d'un arc noir du côté externe, enfin d'un arc rouge extérieur à l'arc blanc; dans son ensemble l'œil mesure de 6 à 8 millimètres de diamètre, selon les sujets, un peu plus grand sur les ailes inférieures que sur les supérieures; entre les yeux et le bord externe s'étend transversalement sur les quatre ailes une étroite bande blanchâtre, bordée intérieurement de gris noirâtre et souvent extérieurement de lilas rosé, cette bande partant à peu près du sommet sur l'aile supérieure pour aboutir au bord interne à peu près au quart di' su longueur, el suivant, sur les ailes inférieures, à peu près le contour du l)ijrd externe, au quart environ de la hauteur de l'aile; des-

ATTACUS, Û81

SOUS des ailes jaunâtre, un peu lavé de deux ou trois bandes plus foncées et de macules d'un gris noirâtre, les yeux reproduits vaguement, avec la paitie vitrée très visible ; corps de la couleur des ailes dans les diverses variétés; pattes courtes avec des poils de la couleur du corps, les tarses d'un brun noir, ainsi que les deux crochets assez courts qui les terminent; femelle à antennes seulement bipectinées, à barbes courtes et non plumeuses; les ailes, ordinairement plus grandes que chez le mâle, ont la coupe des supérieures moins échancrée au bord externe prùs du sommet, les inférieures plus larges, l'abdomen plus gros et plus long; mOmes ocelles des ailes, mêmes bandes et stries angulaires que chez le mâle. Le papillon de VA. Yama-maï varie d'une manière considérable pour la couleur du fond, au point qu'en collection une centaine d'individus serait nécessaire pour donner une gamme complète des couleurs. La plupart des femelles ont le fond des ailes d'un beau jaune citron, comme l'indique notre description, cette couleur étant au contraire assez rare dans les mâles; les mâles ont le plus souvent les ailes d'un gris un peu jaunâtre, ce qui est au contraire peu fréquent chez les femelles ; les mâles sont parfois rougeâtres et très rarement les femelles; enfin on obtient, mais rarement, des mâles dont le fond des ailes est couleur lie de vin.

Les œufs de VA. Yama-mdi sont subsphéroïdaux, un peu aplatis, convexes sur les deux formes, cet aplatissement s'exagérant dans les œufs non fécondés; ils sont d'un blanc très légèrement grisâtre, cette couleur ordinairement masquée par un enduit gommeux d'un brun foncé, servant à fixer l'œuf sur les petites branches de chêne; la coque est opaque et friable, quand elle est sèche, comme celle d'un œuf d'oiseau très mince; la surface extérieure, examinée à la loupe, est finement ponctuée, ce qui est dû aux pores destinés à laisser passer l'air. La petite chenille est toute formée dans l'œuf, un mois à peine aprè'sla ponte, par conséquent bien avant l'hiver, et aucun changement de forme ou de couleur de l'œuf ne fait pressentir le moment de l'éclosion qui a lieu du commencement à la fin d'avril selon le climat, en rapport avec l'épanouissement des bourgeons de chêne; le retard étant ou naturel et amené par le climat à la suite de nombreuses années d'éducation, comme cela a eu lieu à Metz dans les élevages de M. Saulcy, ou bien le retard étant dû à un glaçage artificiel des œufs, dès qu'on peut redouter l'influence des premières chaleurs du printemps, qui amèneraient des éclosions prématurées et suivies de la mort des chenilles, avant l'apparition des premières feuilles de chêne, le plus tardif de nos arbres forestiers. Lorsque, après l'hiver, les conditions de température et d'humidité sont devenues favorables, la jeune chenille ronge sa coque au micropvle, ce qui lui procure un premier repas, et produit ainsi un trou circulaire delà grosseur de son corps par lequel elle sort et grossit promptement par son contact à l'air; elle est vagabonde, semblant avoir besoin d'un exercice continu pour favoriser sa respiration. Les

GIRART). m. — 31

^l82 LÉPIDOPTÈRES.

tubercules, d'abord nuls ou peu prononcés, se soulèvent en relief et leurs poils se redressent et divergent, de façon à entourer à peu près tout le corps. Ils étaient d'abord couchés en avant autour de la tète, couchés en arrière sur le reste du corps. La jeune chenille s'arrête de temps en temps, et, redressant la moitié antérieure de son corps, la rejette complètement en arrière sur la moitié postérieure; ainsi pliée en deux, elle roule, dos à dos, les deux régions de son épiderme l'une sur l'autre, et, par ce frottement, arrive à redresser les tubercules et les poils avant que la surface de son corps soit entièrement sèche, ce qui maintiendrait les poils collés à la peau-, cette manœuvre est, au reste, celle de toutes les jeunes chenilles poilues dès la naissance. A la sortie de l'œuf, le jeune Ver, mesuré pendant la marche, a 8 à 10 millimètres de longueur; la tête est d'un roux brun, ainsi que le premier segment du thorax et les pattes écailleuses, le reste du corps d'un jaune plus ou moins vif; du second au onzième anneau, régnent sept lignes noires ou d'un brun foncé, passant par la base des tubercules, et le douzième segment présente trois taches, noires ou brunes ; les tubercules saillants surmontés de poils, au nombre de six, du segment 2 au segment 11, les quatre supérieurs jaunes, les inférieurs noirs, le segment 12 n'ayant que quatre tubercules jaunes bien développés. Au bout de dix jours environ, la chenille se fixe à une nervure de feuille par un peu de bave soyeuse, au moyen des pattes anales, rentre la tête dans le cou et reste immobile, fortement contractée. Après un sommeil variant de quarante-huit à soixante heures, selon la température, s'opère la première mue. La chenille au second âge a environ Ih millim. de longueur ; elle est d'un vert clair avec une ligne stigmatale jaunâtre ; tous les tubercules sont devenus jaunes, les pattes écailleuses, le bord des pattes membraneuses, et les taches du douzième segment sont d'un roux brun, la tête restant d'un roux plus foncé, presque couleur de brique, les tubercules latéraux inférieurs commencent à prendre une teinte bleue. Au bout de douze jours environ, dont trois de sommeil, se produit la seconde mue. Au troisième âge, le Ver a environ 35 millimètres de long; la tête est rousse, teintée de vert au milieu du front, la robe entière d'un vert clair avec les stigmates jaunes, les pattes écailleuses et les bords des pattes membraneuses d'un roux foncé, les tubercules jaunes, sauf ceux de chaque rang latéral inférieur qui sont d'un beau bleu; les teintes sont moins intenses, plus fondues chez les Vers ayant déjà plusieurs générations européennes que chez ceux d'importation japonaise directe. Les segments 2, 3, h, se renflent, de sorte que la chenille, vue de front, semble prismatique; cette particularité se conserve, en devenant plus accentuée, dans la suite des îiges. Le Ver, après dix à onze jours de nourriture, s'endort pendant soixante à soixante-douze heures, et opère sa troisième mue. Au commencement du quatrième âge, la chenille n'a guère plus de 45 millimètres de longueur, mais elle triple de volume pendant cet âge. Elle

ATTACUS. /i83

est d'un beau vert, un peu transparent; la peau se gonfle beaucoup, de sorte que les tubercules disparaissent presque entièrement. Du quatrième au onzième segment règne une étroite bande stigmatale jaunâtre qui aboutit à une grande tache brune triangulaire située de chaque côté du dernier segment, la tête et le bord des pattes membraneuses sont encore d'un brun roussâtre lavé de vert, et, de chaque côté, sur les segments 5 et souvent 6, au-dessus du stigmate, on observe une belle tache de couleur argentée et d'un reflet métallique ;' dans les Vers ([ui ont eu plusieurs générations en France, les points métalliques manquent, la bande stigmatale est à peine indiquée, et ces décolorations me semblent indiquer un commencement de dégénérescence. Les tubercules latéraux sont d'un bleu foncé et des taches de même couleur, fondues de vert sombre, se montrent souvent vers la naissance des pattes membraneuses. Cet âge dure environ dix-sept jours, dont quatre pour le sommeil qui précède la quatrième mue, qui est la plus pé- !iible et la plus douloureuse. Au cinquième âge, le Ver devient énorme et atteint jiiqu'à 90 et 95 millimètres de longueur, avec une grosseur proportionnée; la couleur est d'un beau vert un peu pâle, les tubercules ont disparu sous la turgescence de la peau. Dans les chenilles provenant d'œufs importés directement du .Japon, les points métalliques argentés se font remarquer de chaque côté du corps, au nombre de trois, quatre et jusqu'à sept, un par segment d'un côté, et restent nuls ou rudimentaires chez les individus français. Au bout de seize à dixhuit jours, selon la température, la chenille, après avoir considérablement mangé, devient translucide, d'un vert pâle et presque jaunltro, à mesure qu'approche le moment où elle doit filer. Elle se montre très vagabonde, cherchant un endroit propice pour attacher son cocon; son choix fait, elle se vide, en rendant une grosse goutte d'im liquide transparent, et, pliant en long une large feuille de chêne, ou en réunissant deux ou trois feuilles pour se garantir du jour, elle les tapisse d'un réseau de bave ou soie grossière, les attache à la branche avec un cordon court, aplati, formé de quelques brins de soie, et se met à filer sans repos; le pédicule soyeux d'attache devient souvent rudimentaire ou nul. Le cocon del'.'l. Yama-mat est celui qui se rapproche le plus de celui dvi Sericaria mori, dont il a souvent même toute l'apparence, de forme oblongue allongée, complètement fermé aux deux bouts et d'une belle couleur jaune dorée, et plus souvent jaune verdàtre, rappelant les cocons dits céladons du Ver à soie du mûrier (pi. xciii, fig. 9). Il est sensiblement plus gros que celui de cette dernière espèce, ayant de ZiS Jï 5,') millimètres de longueur, 23 à 27 en diamètre équatorial. Le Ver commence à tisser tout autour de lui un réseau transparent, à travers les mailles duquel on le voit travailler, et qui devient opaque en s'épaississant, à mesure que de nouvelles couches de fil sont ajoutées aux premières. Le fil, composé d'un double fil, en raison des deux glandes séricigènes donnant chacune un fil s'accolant à son congénère dans la

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tilièie de la chenille, a de 800 à 1000 mètres de longueur, faisant à peu près uniformément le tour du cocon dans les couches extérieures, tandis que dans les internes, il forme des circuits plus ou moins nombreux à un bout, avant de passer à l'autre extrémité où la même disposition se reproduit. Cette particularité a pour objet d'accélérer le travail en dérangeant moins le Ver et de faciliter la sortie du papillon, en permettant au\ tils qu'il désagrège, lors de son éclosion, de se développer en longueur, de se distendre, pour ne pas entraver le passage du corps de l'insecte. D'an vert plus ou moins fonce ou d'un beau jaune verdâtre dans les couches extérieures, ce til passe au blanc d'argent dans les couches internes et devient aussi plus fin et plus brillant. Un cocon femelle du Ver du chône, avec sa chrysalide, pèse en moyenne de 7 à 8 grammes, tandis que le cocon du Ver du mûrier ne pèse que 2,5 à 3 grammes. Le cocon vide de la première espèce pèse de 70 à 80 centigrammes, celui du Ver du mûrier 25 à 35 «-entigrammes seulement. La gomme qui incruste le cocon de VA. Yama-maï est assez épaisse, mais se ramollit très bien à l'eau bouillante. Ce cocon se dévide aussi aisément que celui du Sericaria mori et exige seulement une eau plus chaude ; la gomme ne se dissolvant pas complètement, deux ou plusieurs brins peuvent s"associtT par la croisade, de façon à donner un fil unique de soie grège. La soie est d'un brin moins fin que celle du Ver du mûrier, mais elle a, après décreusage, autant de brillant, de souplesse et d'élasticité, de sorte qu'en dévidant à trois ou quatre cocons on aura une grège analogue à celle du Ver à soie ordinaire dé\idé à huit ou dix cocons, et celte soie devient aussi blanche par les opérations d'usage. Elle est très estimée au Japju, et employée, pour les parties blanches, dans les crêpes de soie japonais, si recherchés en Europe; aussi la culture de ce Ver du chône constitue un monopole dont le gouvernement du Japon est extrêmement jaloux, et le kilogramme de cette soie se paye sur le marché de Yokohama de 75 à 83 francs, d'après M. Pompe van Meerdervoort, prix très peu inférieur à celui des plus belles soies du mûrier. La couche superficielle du cocon n'est pas dévidable ; c'est de la bourre qui ne peut s'utiliser qu'en filoselle, aprèscardage. A la séance de la Société d'acclimatation du 21 janvier 1881, ont été présentées de fort belles dentelles de soie fabriquées à Bruxelles avec, la soie grège 'de l'-t. Yama-maï, provenant des éducations faites dans ce pays par M""^^ veuve Simon et .M. Simon fils, et ces personnes la déclarent préférable pour cet usage à la soie du Sericaria mori. Au Japon, on fabrique avec la soie du Yamarnaïdes tissus très solides, dans lesquels entrent quelquefois des matières Jiextiles d'un prix moins élevé, principalement du coton.

Le Ver file pendant quatre ou cinq jours, en se rapetissant peu à peu dans les limites de son étroite prison, puis demeure immobile pendant cinq à six jour.s, au bout desquels il devient chrysalide, d'abord molle «l blanchrltre, se séchant peu à peu par le contact de l'air qui filtre à travers le cocon, prenant une teinte roussAtre, puis bistrée, enfin d'un

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brun noir, deux ou trois jours après la transformation. D'après la suspension môme du cocon, la chrysalide s'y trouve placée à peu près verticalement, la tête en haut, ayant à la partie antérieure un réservoir plein d'une liqueur particulière destinée à dissoudre la gomme du cocon, à en ramollir les fils et à humecter le corps du papillon pour lui permettre de se frayer un passage au travers de sa prison. L'éclosion du papillon a lieu environ quarante jours après que le cocon a été commencé par la chenille, au mois d'août habituellement chez nous, plus ou moins tôt, suivant l'époque d'éclosion des œufs et selon les températures du printemps et de l'été.

La chenille de VA. Yama-maï est réellement polyphage, mais avec un végétal de prédilection, constitué par les diverses espèces du genre Quercus. Les meilleures espèces dans l'Europe centrale sont le cbéne blanc {Quercus Tpedunculatn), commun dans toute la France, l'espèce do. minante du nord de la France, de la iNormandie,des environs de Paris, dont les feuilles sont les plus précoces; le chêne pubescent ((>»f'rcws pubescens), à feuilles un peu velues dans leur jeunesse et qui croît plus particulièrement dans les terrains calcaires, aux expositions méridionales ; le Quercus sessiliflora ou Quercus robur, le chêne rouvre, essence domi. nante des forêts du centre de la France, à feuilles d'un vert sombre, lisses et luisantes, conservant longtemps leur fraîcheur après avoir été cueillies; le Quercus Cerris, à feuilles distantes les unes des autres; le Quercus Tauza ou chêne Tauzin, chêne noir, propre à l'Angoumois et au sud-ouest de la France; le chêne vert (Quercus ilex) et le chêne-liège {Quercus siiber) sont moins favorables aux éducations de r.4. Yama-maï, à cause de la dureté de leurs feuilles dès le milieu du printemps. Au Japon, la chenille se nourrit de plusieurs chênes spéciaux, qui sont le chêne blanc ou farineux, et surtout le Quercus dentata et le Quercus serrata, Thunberg, chênes dont les feuilles ont un aspect de feuilles de châtaignier; les chenilles nourries avec les feuilles des deux premiers chênes donnent des cocons très fournis en soie, la dernière espèce de chêne fournissant des cocons moelleux, forts et d'un til supérieur. On a pu élever jusqu'au coconnage les chenilles de l'-'l. Yama-nmï avec les feuilles du coignassier commun; elles mangent aussi les feuilles de l'alisier, de l'azérolier, du Photinia glabra de Chine; au premier âge, quand les feuilles de chêne ne sont pas encore parues, on a pu alimenter les chenilles avec les fleurs rouges du coignassier du Japon; entin, au dernier âge, on en a vu mangeant les feuilles de châtaignier. En général, les chenilles âgées, à estomac plus robuste, supporteront mieux le changement de nourriture.

Le Japon est le pays d'origine de r.4. Yama-maï, mot japonais qui veut dire Ver de montagne, et son éducation se fait dans diverses régions de ce vaste pays par des procédés tout A fait analogues à ceux qui ont été employés en Europe, depuis l'acclimatatinn plus ou moms complète de cette précieuse espèce. Un premier mode d'élevage est celui sur

branches de chêne en baquets et convient surtout aux trois premiers âges. Vers le milieu du mois d'avril on établit, sous des arbres élevés donnant de l'ombre avec circulation d'air, des hangars entourés de paillassons et de joncs, et au milieu, sous une estrade de bois, sont disposés des baquets munis d'un couvercle, avec des trous au milieu. Contre le fond de chaque baquet est établi un tuyau bouché, permettant de l'aire écouler l'eau du baquet, qui doit être renouvelée tous les deux jours. Sur l'estrade et sur de légers paillassons de paille fine, sont déposes les œufs dans de petits godets de bois. Dès que les chenilles viennent à éclore, on place des brandies de chêne dans les trous d'un nombre de baquets convenable, et, ouvrant le paillasson, on attache un godet à œufs à une des branches du bouquet de chaque baquet. Au bout de trois jours, on enlève la branche ciiargée de jeunes chenilles que les .laponais nomment petits chevelus, à cause de leur aspect, on la couche sur un paillasson avec beaucoup de précautions pour ne pas blesser les chenilles, et l'on applique par-dessus une branche fraîche sur laquelle les chenilles passent d'elles-mêmes en une demi-journée environ. On remet la branche dans le trou du couvercle du baquet, en ayant bien soin de ne jamais toucher les chenilles avec les doigts. En temps secs, on fait plusieurs arrosages par jour avec une fine pluie artiiicielle obtenue à l'arrosoir ou avec un tuyau de bambou percé de petits trous- A partir de la seconde mue on peut enlever les paillassons qui couvrent les hangars quand il pleut, ces pluies du mois de mai étant favorables à la chenille. La clôture et la couverture des hangars au moyen de paillassons ayant surtout pour objet de garantir les chenilles contre les oiseaux, les guêpes et d'autres insectes nuisibles, on enlève ces paillassons de temps à autre pour aérer les Vers. A mesure que la chenille grandit, le nombre des baquets requis augmente à chaque renouvellement des branches; tandis qu'au début on compte cinq cents chenilles par baquet, le nombre n'en est plus que de cinquante après la quatrième mue. Au bout de soixante jours environ, et plus même si la contrée est froide, les chenilles commencent à filer leurs cocons.

Un autre mode d'éducation, qui au fond diffère peu du précédent, est l'éducation sui' le sol, se pratiquant sur les chenilles qui ont subi la troisième mue. On forme des fosses d'environ un demi-mètre de [trofoudeur qu'on remplit de balles de riz imbibées d'eau et qu'on recouvre d'un paillasson; à travers ce paillasson on enfonce jusqu'au fond de la fosse les branches de chêne sur lesquelles on place les chenilles, en y attachant les branches sur lesquelles elles se trouvent déjà. Chaque jour on renouvelle largement l'eau de la fosse, afin que le feuillage se conserve longtemps frais. On renouvelle les branches en y faisant monter les chenilles, comme dans le procédé précédent. On ne met plus de couverture sur l'enclos, les chenilles pouvant supporler la pluie.

Enlai vient l'éducation libre dans les champs et les forêts. Là où elle est

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pratiquée, après la troisième mue, on nettoie àl'avance remplacement des herbes, arbrisseaux et arbres impropres à nourrir la chenille du Yamamaï. On coupe les branches de châne trop élevées des arbres de haute tige, de manière à ne conserver débranches qu'à une hauteur de moins de trois mètres, afin qu'on puisse toujours aisément atteindre les branches où seront les chenilles et les cocons. Si l'endroit choisi est dans le voisinage des habitations, on veillera surtout à le garantir de la fumée des cuisines. Les chenilles se transportent d'elles-mêmes et rapidement sur les taillis de chênes, lorsqu'on y attache les branches détachées sur lesquelles elles se trouvent. Pour empêcher les attaques des fourmis, on mouille le bas des tiges avec la gelée visqueuse d'une espèce de varech, el l'on fait garder les arbustes contre les oiseaux par des surveillants. Quand les cocons sont formés, il faut les défendre contre les souris, les corbeaux et les renards. On coupe les branches chargées de cocons et on les suspend à des cordes tendues. Au centre de l'île de Niphon. dans la province de Sinshiu, on élève uniquement VA. Yamamai en plein air, et sur le Quercus serrata, ou chêne à feuille de châtaignier, dont les plantations s'étendent dans toute la vallée. Elles sont faites très serrées, et l'on recèpe les arbres tous les cinq ans, afin d'avoir constamment de jeunes pousses. F, es semis se font en pépinières. Le terrain est léger et sablonneux, le climat assez froid, car les feuilles sont souvent atteintes par la gelée. Dès que les bourgeons du chêne se sont développés, les œufs sont collés par dix environ à la fois, avec de la farine de sarrasin, sur des bandes de papier de 15 centimètres de long sur 1 centimètre de large, et ces bandes sont nouées aux branches, les œufs en dehors et non contre l'écorce et exposés au nord, afin d'éviter l'action des rayons solaires. L'éclosion de la graine commence au bout de quatre à cinq jours et dure à peu près autant. Au sortir de l'teuf, les jeunes chenilles gagnent immédiatement les feuilles des arbres. On compte une soixantaine de jours entre l'éclosion de la graine et la confection du cocon, période pendant laquelle la chenille reste constamment à l'air libre et y subit ses quatre mues. Trois jours après que la filature du cocon est entièrement terminée, sa partie inférieure prend une teinte blanchâtre, duc à une sécrétion uri([ue de la chenille, qui a vidé ses glandes séricigènes. C'est alors que les cocons sont enlevés des arbres, avec les feuilles auxquelles ils adhèrent, et même, au besoin, avec un petit morceau de la brandie. On les apporte dans les habitations pour les élah'r sur des tablettes ou dans des corbeilles plates, où on les conserve à l'abri de toute fumée. Au bout d'une dizaine de jours, après avoir détaché les feuilles adhérentes, on secoue les cocons un à un. en les tenant entre les doigts par les deux bouts, afin de s'assurer de la vitalité de la chrysalide d'après le bruit. On réserve pour le grainage les plus beaux cocons à chrysalides vivantes; tous les autres, destinés au dévidage, sont séchés à la chaleur d'un brasier de charbon. Dans d'autres localités du .lapon, c'est au moyen d'étuves à vapeur d'eau

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bouillante qu'on tue les chrysalides des cocon de dévidage, moyeu beaucoup moins bon que l'étouffage à l'air chaud.

N'importe de quelle manière ait été faite l'éducation, les papillons sortent environ vingt-cinq jours après la confection des cocons, à une époque variable selon la température, parfois même après le 1^' septembre. Ils font généralement leur apparition entre quatre heures du soir et la nuit, et les mrdes édosent les premiers en grande majorité. On les met immédiatement sous des paniers renversés, en treillis de bambou et en forme de cloche, munis d'un couvercle, et dont le fond est fermé avec du papier; puis on répartit les femelles entre les mâles, dans les paniers, au fur et à mesure de leur apparition. L'accouplement commence dès le soir et dure dix à douze heures. Parfois des mâles libres arrivent du dehors et s'accouplent, entre les barreaux des cages, avec les femelles qui y sont renfermées; les accouplements terminés en peu de jours, on enlève les couvercles. Les mâles s'envolent ou sont retirés et meurent, et on ne laisse dans les paniers de bambou que les femelles occupées à la ponte et qui déposent leurs œufs sur les treillis des parois. Les paniers sont mis à l'ombre et arrosés d'une pluie fine jusqu'à ce que toutes les femelles aient péri. La ponte dure quatre à cinq jours et le nombre des œufs pondus par chaque femelle varie de cent cinquante à deux cents. Les cages sont empilées les unes sur les autres après la ponte et accrochées par rangées sous les rebords du toit des habitations, où les œufs se trouvent recevoir une ventilation nécessaire, sans être exposés à la pluie, au soleil ou à la fumée. A la fin de l'automne on détache avec un grattoir de bambou les œufs collés sur les paniers et on les étale dans des plateaux ou tamis en toile de chanvre, garnis de rebords de bois, en évitant de mettre plusieurs couches d'œufs les unes sur les autres. Les tamis sont rangés au-dessus des maisons, de sorte que les œufs sont exposés aux intempéries de l'hiver, la neige et la pluie ne faisant périr que les petits Vers très chétifs, tandis que les Vers forts résistent et donnent pour l'année suivante une race vigoureuse. Certains éducateurs ne détachent pas les œufs des paniers, mais placent ceux-ci dans des petites cabanes bien aérées, faites avec de gros paillassons en roseaux. Vers le commencement d'avril, les œufs sont ramassés et placés dans de petits sacs en toile de chanvre, qu'on enferme dans des boîtes, aux parois desquelles se trouvent ménagées des ouvertures pour laisser aux œufs une aération suffisante. Ces boîtes sont suspendues en plein air, à des arbres par exemple, mais de façon à ce qu'elles se trouvent constamment à l'ombre; ou bien on les garde dans un cellier froid, ou bien on les enterre dans un trou profond; ces dernières opérations ne sont indispensables que, lorsque le printemps étant froid, l'apparition des feuilles de chêne se fait attendre, et qu'il est, par suite, indispensable de retarder l'éclosion des œufs.

Le dévidage des cocons se fait au Japon à l'eau bouillante. Les cocons de premier choix sont trempés dans l'eau froide pendant vingt minutes,

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de manière à permettre le détachement des tils; on lève les fils d'une centaine de cocons qu'on attache à une baguette et on les porte dans un autre bain d'eau qu'on soumet à rébullition. On dévide à trois brins pour les cocons des Vers élevés à l'air libre, à six ou sept pour les cocons des éducations en chambre, à soie plus fine. Les cocons de qualité inférieure subissent un décreusage avant d'être dévidés. On les trempe dans un bain de lessive potassique obtenue en versant de l'eau bouillante sur des cendres de paille de sarrasin, ou de branches et de feuilles brûlées pour les cocons de dernière qualité.

En ce qui concerne les maladies qui sévissent parfois sur le Varnamai, les éducateurs japonais disent qu'on voit, dans certaines années, apparaître des taches noires sur les Vers après la quatrième mue, et, dans ce cas, l'insecte meurt avant d'avoir pu filer son cocon. Les Vers sont également sujets à une autre maladie qui a pour symptôme une transpiration abondante, pendant laquelle l'insecte prend une couleur brunâtre, et la mort arrive très promptement; il y a là probablement de laflacherie. Les Vers sont aussi attaqués parfois d'une sorte de diarrhée dont les conséquences sont toujours fatales. Les éducateurs affirment que, lorsque des pluies abondantes surviennent au moment où les œufs sont attachés aux chênes avec les bandes de papier, il peut en périr un grand nombre. Enfin, dans les années pluvieuses, se montre surtout le parasite appelé oiiji, probablement une mouche Tachinaire, dont on trouve parfois jusqu'à dix pupes dans une même chrysalide.

Dans l'ouest du Japon, sur l'île Kiousou et dans l'intérieur de Nippon, il y a plusieurs régions où V Yama-maï se trouve seulement à l'état sauvage dans les forêts, et l'on y rencontre maint endroit où les femmes et les enfants s'occupent à ramasser les cocons dans les forêts des montagnes, occupation qui fait la fortune de bien des familles.

C'est en 1861 que les premiers œufs de VA. Yama-maï furent envoyés du Japon en France par M. Duchesne de Bellecourt. Les premières chenilles nées de ces œufs furent élevées à Paris, au Muséum, dans la ménagerie des reptiles, par le gardien Vallée, sous la direction d'A. Duméril. Elles furent nourries avec des feuilles de chêne de diverses espèces et refusèrent tout autre aliment. Cette éducation ne put arriver à bien, car on n'obtint que quatre cocons dont les chrysaUdes moururent; cela doit tenir à l'air confiné du local, car l'espèce exige l'air libre. En même temps et avec la même graine, (iuérin-Méneville essaya l'éducation; les petites chenilles moururent de faim, par suite d'éclosion précoce, avant l'apparition des feuilles de chêne; une seule chenille, née en retard, fut élevée à Passy chez un horticulteur, M. Année, et donna le seul papillon de l'espèce existant en Europe avant 1803, une magnifique femelle à fond jaune. On observa, dans ces premières tentatives, que les chenilles de l'espèce japonaise n'étaient pas farouches et craintives comme celles de VA. Mylilta, toujours élevées au Bengale à l'état sauvage; elles semblaient appartenir

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à une espèce habituée à l'homme et déjà presque domestique. On étudia la soie des cocons obtenus; la finesse du brin, mesurée au micromètre sous le microscope, varia de 5 à 2,5 centièmes de millimètre, suivant la région du cocon, se rapprochant beaucoup de celle du Sericaria mori, qui est d'environ 2 centièmes de millimètre, tandis que les fils plus grossiers des A. Mylitta et Pernyi atteignent des largeurs de 6 à 7 centièmes de millimètre. En 1862 furent remises à la Société d'Acclimatation des graines rapportées par M. Pompe van Meerdervoort, et qui donnèrent d'excellents résultats. Cette graine avait été obtenue en secret, car le gouvernement japonais en prohibait l'exportation sous peine de mort. En 186/i et 1865, après la liberté du commerce obtenue sous la menace du canon, les graines librement achetées et probablement altérées à dessein ne procurèrent que des insuccès. M. Pompe van Meerdervoort donna connaissance d'un fait important qui montrait l'absolue nécessité de l'air libre si l'on ne voulait pas perdre la race par une prompte dégénérescence. Au Japon, disait-il, le Yama-maï est élevé de deux manières sur toutes les espèces de chêne, soit en chambre, sur chênes en pots ou sur rameaux coupés, soit en plein air, et les cocons du second mode d'éducation sont plus grands et plus lourds que les autres et leur soie est autrement colorée. Si déjà une telle différence se manifeste au Japon, elle doit se produire, à plus forte raison, dans un climat nouveau. Ce fait acquiert une valeur capitale pour la question d'acclimatation, et montre qu'on doit encourager seulement les éducations à l'air libre. Cela est général pour tous les Lépidoptères; les éducations à la chambre ne peuvent se tolérer qu'au début, pour voir si l'on obtient une reproduction et faire des grainages; ensuite il faut l'éducation libre, sous peine d'une prompte dégénérescence. En 1863, une éducation provenant des œufs dont nous venons de parler fut faite à la magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation, les chenilles étant dans une vaste cage en treillis de toile; Guèrin-Méneville les éleva dans une cage de filet au milieu d'un jardin, et recommandait avant tout l'aérage. En métne temps, et grâce aux envois de ces premiers œufs japonais, des élevages étaient faitsdans divers points de la France et avec des feuilles de nos diverses espèces de chêne, ainsi à Sainl-Maur par M. Roger-Desgenettes, à Uzès par M""^ veuve Boucarut, à Toulon par M. Auzende, à Nice par M. l'abbé l'.ermont, à Privas par M. Personnat ; les vers à soie Yama-mai, exposés par ce dernier au concours régional agricole de Valence et prêts à faire leurs cocons, excitèrent le plus vif intérêt dans ce pays de haute industrie séricicole. Une éducation en plein air était faite par M. le comte de Lamote-Bîiracé; d'autres élevages élaient opérés a Alger par M. Hardy, à Barcelone par M. Sacc, à Madrid par M. Graëlls, à Lausanne par M. le docteur Chavannes, à Trieste par M. Tominz, etc. A partir de cette année 1863, le Ver à soie du chêne du Japon fut bien connu et son éducation n'a pas cessé dans les divers

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pays de l'Europe. On doit d'abord citer les éducations heureuses, pendant plusieurs années, par M. de Bretton, près de Vienne en Autriche, et d'autres à Bamberg en Bavière; l'espùce fui élevée dans diverses régions de l'Allemagne, même dans le Nord et jusqu'à Riga, et à Londres en 187Zi par M. A. Wailly. En France, un instituteur, M. Vote, maintint l'espèce pendant cinq années à Romorantin (Loir-et-Cher) et envoya 12000 cocons à l'Exposition de Lyon. Berce, habile éducateur de chenilles, fît de bonnes éducations à Fontainebleau en 1865, et M. E. DeyroUe obtint un bon résultat à Clamart en 1870, et ne fut interrompu dans ses 'tentatives que par la guerre. Berce continua ensuite avec succès les élevages dans la même localité pendant trois années. M. J. Fallou réussit plusieurs fois à Champrosay (Seine-et-Oise) sur des taillis de chêne de la forêt de Sénart, et M. Clément, à Montrouge, sur branches de chêne en carafes dans une chambre ouverte. Une série d'éducations fut continuée pendant neuf années par M. de Saulcy, à .Metz, malgré le climat défavorable et avec une persévérance digne des plus grands éloges; il a reconnu un véritable commencement d'acclimatation, en ce sens que l'espèce a été successivement amenée à éclore un peu plus tard qu'au début, de manière à atteindre, en années ordinaires, la foliation du chêne dans le nord de la France, sans glaçage artificiel préalable des œufs, qui affaiblit la race quand il est trop prolongé et surtout exécuté sans précaution contre l'humidité.

Toutes ces éducations, il faut le dire, étaient plus ou moins faites sur une petite échelle et n'étaient pas réellement industrielles; un autre caractère se présente dans les élevages en grand de .M. de Amézaga, marquis de Riscal, sur de vastes taillis de chênes dans l'Estramadure, en Espagne. Après des insuccès presque complets, tant par la flacherie que par les attaques des oiseaux, des fourmis et des guêpes, la race fut bien fixée dans le pays et les pertes par les causes indiquées devinrent insignifiantes quand on put opérer sur un nombre considérable de chenilles, .\ussi .\1. de Amézaga obtint en 1879 le prix de 1000 francs fondé par .M. Drouyn de Lhuys et décerné par la Société d'acclimatation pour avoir pu présenter le premier une quantité considérable de cocons et des pièces entières d'étoffes tissées avec la soie grège de 1' 1. Yamn-maï. Une grande vitrine, dans la section espagnole, montrait au public, à l'Exposition universelle de Paris, en 1878, les cocons et les soies provenant des élevages de M. de Amézaga. Le prix fondé en 1864 porlait dans sa teneur qu'il fallait avoir obtenu, dans une seule saison, une l'écolte assez considérable pour pouvoir livrer à la filature et transformer en soie grège de belle qualité au moins 100 kilogrammes de cocons pleins ou 10 kilogrammes de cocons vides, et ces conditions furent sensiblement dépassées par le lauréat. Il faut reconnaître que le climat de l'Espagne se prête mieux que celui de la France aux éducations de cette espèce, ainsi qu'à celles

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de l'espèce congénère, A, Pernyi, G. Mén. Rn France, il y a fréquemment en été de longues périodes de pluies froides, qui suspendent en quelque sorte la vitalité de la chenille; celle-ci cesse de manger, s'aiïaiblit et prend souvent la flacherie. I. 'avenir industriel de ces précieuses espèces n'est peut-être pas réservé à notre pays. Il est môme douteux qu'on puisse jamais espérer une acclimatation assurée à l'intérieur du continent européen. En effet, dans une lettre lue à la Société d'acclimatation le 15 mars 1881, M. d'Amézagafait connaître qu'en 1880, sous le climat chaud et sec de l'Estramadure, il a entièrement perdu ses A. Yami-maY par les mauvais temps "et se croit obligé de renoncera leur élevage après dix ans d'efforts. La longue durée de la vie de l'insecte à l'état de chenille sera toujours en Europe un obstacle considérable à l'acclimatation, en raison des variations de climat. Cette espèce n'a pas été introduite en Chine, à climat essentiellement continental, malgré les avantages qu'elle présente, et n'a jamais remplacé 1'^. Pernyi. Il est probable que le climat essentiellement tempéré, joint à une grande et continuelle humidité des îles du Japon, sont des conditions essentielles à la vie de cette espèce, ces conditions bien difticiles à retrouver ailleurs.

Nous pouvons nous borner à de brèves indications sur l'élevage de 1'^. Yama-maï en France, qui ressemble nécessairement beaucoup a ce qui se fait au Japon, et dont la description a été donnée. Les œufs pondus en août seront ensuite renfermés dans des boîtes de carton percées de trous destinés à laisser passer aisément l'air, ces œufs étant en couche très mince, d'un demi-centimètre au plus. Il faut avoir soin de les remuer légèrement dans les boîtes, tous les huit ou dix jours, atin de renouveler l'air autour de chaque graine; on se gardera bien de laver ces œufs, car il importe de laisser autour d'eux l'enduit brun destiné à les fixer. Cette glu naturelle est très hygrométrique et conserve à la petite chenille incluse une humidité salutaire. On placera les boîtes à œufs dans une chambre au nord, aérée, parfaitement sèche, sans feu, mais où il ne gèle pasi Les soins consistent, jusque vers la fin de février, à remuer de temps à autre les œufs pour les aérer et à les soustraire à toute température inférieure à 0" ou supérieure à -|- 10° centigrades. Au mois de mars on désagrège les paquets d'œufs en les froissant légèrement à la main après les avoir humectés, afin que la sortie d'aucune chenille ne soit empêchée par adhérence des coques. Les jeunes chenilles sont alors très disposées à une éclosion prématurée. Aussi, dès que la température extérieure sera seulement de 8», on transportera les œufs dans un milieu plus froid, dans un cellier, par exemple, ou à l'entrée d'une cave, en évitant avec soin un lieu trop humide. Si les premières chaleurs du printemps sont intenses, ce qui arrive en certaines années, nous conseillons de placer les boîtes à œnifs dans la glacière artificielle si simple et à l'abri de l'humidité dont nous avons parlé à propos de la réfrigération des œufs

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du Ver à soie du mûrier. 11 faut à celte époque remuer les œufs plus fréquemment. Ces précautions serviront à ne laisser éclore les œufs qu'à la foliation première des bourgeons des chênes, variant, suivant les régions de la France, du commencement à la tin d'avril. Les élevages d'amateur se font d'ordinaire sur branches coupées, maintenues dans des carafes ou dans des baquets, en ayant soin de les recouvrir de planchettes ou de cartons percés, afin que les chenilles qui tombent des feuilles ne se noient pas. On aura soin de casser les branches ou de les couper avec un couteau de bois, car l'odeur du métal dégoûte les chenilles. Les œufs sont disposés entre les bouquets de feuilles dans des petits godets de carton, et les chenilles gagnent d'elles-mêmes les feuilles. Le mieux est de placer les branches coupées au milieu d'un bois ou d'un jardin, à l'ombre d'un léger hangar, avec la profeciion de filets contre les oiseaux. Les guêpes sont peu à craindre, parce que les éducations se terminent à la fin de juillet, époque où les guêpiers sont encore mal peuplés, du moins dans le nord de la France. On fera bien de mettre dans des vases pleins d'eau les pieds de la table ou des tréteaux sur lesquels sont les vases à branches coupées ; on évitera ainsi les attaques des fourmis et on limitera beaucoup le vagabondage des chenilles quand la faim les presse et qu'elles n'ont pas à leur portée de feuilles assez fraîches pour leur plaire. Les branches de chêne doivent être renouvelées tous les jours; il est bon de mêler à l'eau un peu de poussière de charbon de bois pour retarder son altération. Pour changer les Vers de feuilles (tout ceci, bien entendu, dans les éducations d'amateur, en petit), on dispose un système de bouquets de feuilles fraîches pareil à celui qui vient de servir, on retire avec précaution et sans secousse les anciens de leurs flacons, et, prenant les bouquets branche à branche, on coupe avec des ciseaux chaque feuille ou reste de feuille qui porte un ou plusieurs Vers, et Ton fait tomber Ver et feuille sur les feuilles fraîches. Si un grand nombre de chenilles se trouvent sur un bout de branche, on coupe ce bout, on enlève avec des ciseaux toutes les feuilles ou bouts de feuilles où il y a des Vers, et l'on dépose ce petit rameau ainsi élagué, avec ses chenilles, au milieu du feuillage frais. Les chenilles passent d'elles-mêmes et assez promptement sur les feuilles nouvelles; on a l'avantage ainsi de ne jamais les déranger ni les toucher. (Juel que soit le mode d'éducation, même en plein air sur chênes et taillis, lors des sécheresses, on ne négligera jamais d'arroser les Vers tous les jours, au moyen d'un pulvérisateur à eau quand ils sont très jeunes, avec l'arrosoir ou la pompe à main s'ils sont plus avancés et plus robustes. Ils semblent même se complaire à être entièrement immergés. Les heures les plus propices pour cette opération sont le milieu du jour et le soir, après le coucher du soleil. Il faut prendre garde que, pendant la journée, les Vers arrosés ne se trouvent au grand soleil; ils seront mieux à l'ombre, à moins que les faisceaux de feuillage ne soient très touffus. Quand les Vers manquent soit de

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nourriture, soit de fraîcheur, ils se mettent à fuir par centaines, par milliers même, de sorte que le sol est comme jonché de chenilles, inquiètes et souffrantes. Le mieux est de les relever sur de petites soucoupes de carton ou de fort papier qu'on glisse avec précaution sous leur corps, et on les replace au milieu des branches à feuilles fraîches. A partir du quatrième âge, il faut les mettre complètement en plein air, jour et nuit; ils ne peuvent plus supporter l'air raréfié d'une chambre, les fenêtres en fussent-elles toujours ouvertes. A mesure qu'ils grossissent, leur activité respiratoire augmente, et ils ont besoin, surtout la nuit, que la brise se joue constamment autour de leur corps. Ils sont assez forts pour supporter de grands abaissements de température, même des gelées blanches, qui, dans le nord de la France, ont lieu quelquefois jusqu'à la fin de mai. On en a même vu devenir raides et congelés à la surface, quoique encore accrochés aux branches et aux feuilles, pendant la nuit à l'air libre; les rayons du soleil les raniment peu à peu et les font revenir à la vie, et on les voit bientôt manger les feuilles avec avidité.

Le meilleur mode d'éducation de cette espèce éminemment rustique, surtout en vue d'un bon grainage, c'est l'élevage, toujours en plein air et dès la sortie de l'œuf, sur des taillis de chêne. Les œufs sont placés au fond de petits cornets en léger carton emboîtant les branches, de sorte que les petites chenilles gagnent d'elles-mêmes les feuilles les plus voisines, en ayant soin de proportionner le nombre des œufs à l'étendue des taillis, afin que les Vers ne soient jamais exposés à manquer de feuilles. S'il y a des sécheresses, on arrosera les taillis à la pompe, en pluie fine; ils sont avides d'eau, et c'est un plaisir de les voir le malin, avant le lever du soleil, perchés au sommet des branches et dévorant les feuilles de chêne ruisselantes de rosée. Aussi les pluies ne font aucun mal aux éducations, à moins qu'elles ne soient très froides, auquel cas les chenilles s'engourdissent, cessent de manger et peuvent périr d'inanition. On fera bien alors de recouvrir le taillis d'une toile ou d'un mince paillasson porté par des piquets, et c'est ce qu'on fera aussi, aux deux premiers âges de l'éducation, quand les nuits deviennent trop froides; enfin des paillassons, posés obliquement sur les côtés opposés au midi ou au nord, serviront en cas de besoin à protéger les chenilles contre un soleil trop ardent ou un vent de bise trop vif.

Divers ennemis sont à redoulcr pour ces éducations en plein air. Les oiseaux sont principalement à craindre, en raison même de l'époque printanière où vit la chenille de l'-i. Yama-maï, car c'est alors que les nichées exigeant une nourriture azotée sollicitent leur voracité. Il faut s'éloigner des villes et villages à cause des moineaux qui y pullulent et qui tuent les chenilles pour les enlever, en leur cassant la têfe d'un coup de bec. Les becs-fins divers et également les mésanges sont assez dangereux aux troisième et quatrième âges; celles-ci surtout sont très

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avides des chenilles et trouent même le cocon, un jour après que le Ver s'y est enfermé, afin d'enlever l'insecte. Il faut recouvrir les taillis de chêne d'un grillage de fils de fer assez serré ou de filets à mailles étroites. Si l'éducation se fait sur une trop grande étendue pour que cette couverture soit possible, il faudra, surtout de grand matin, se munir d'un gardien effrayant les oiseaux par des coups de fusil et au moyen d'épouvantails, comme on le fait au Japon. On suspendra ç;i et là des fragments de fer-blanc qui brillent au soleil et s'entre-choquent; il est bon aussi de disposer des carcasses emplumées d'oiseaux de proie à ailes étendues, ou simplement de suspendre des pommes de terre hérissées de longues plumes, comme on le fait en automne le long des espaliers à pèches ou à raisins. Les fourmis sont les ennemis les plus redoutables des chenilles du Yaina-maï. Si elles se mettent dans un arbre couvert de Vers, leurs innombrables bataillons, rapidement disséminés sur toutes les branches, en rendent le nettoyage presque impossible. Elles attaquent alors et tuent les chenilles, soit au moment des mues pendant qu'elles sont malades et engourdies, soit quand, prêtes à filer, elles sont moins alertes, moins promptes à se défendre. On écarte préventivement ces hôtes nuisibles en répandant au pied des arbustes, ou autour des vases où l'on fait des éducations sur des branches coupées, de la sciure de bois imprégnée de coaltar, ou en entourant le collet des tiges de tampons de crin couverts de la môme substance. Il sera également boa d'enduire le bas des tiges de glu ou de goudron très liquide, empêchant les fourmis de grimper. On a soin aussi d'isoler les taillis de tout arbre étranger par où les fourmis pourraient passer aisément sur les chênes en taillis dont les branches seraient entremêlées. Il faut aussi se mettre en garde contre les araignées pendant le premier âge des chenilles. Les jeunes feuillages de chêne, au printemps, sont habités par un grand nombre de Thomises vertes ou verdàtres; elles peuvent détruire en peu de temps beaucoup de vers, dont elles ne font qu^aspirer le sang pour abandonner ensuite le corps. On s'en débarrasse, avant de placer les œufs ou de porter sur les taillis les rameaux coupés chargés de jeunes chenilles, en brûlant du soufre sous les taiUis, de façon à tuer les araignées par l'acide sulfureux; on a soin de remuer le sol avec un râteau pour enterrer les araignées tombées, ou bien on le recouvre de sciure de bois imbibée de coaltar. On aura soin, avant de placer les cornets à œufs autour des branches, ou de mettre les petites chenilles sur les feuilles, et s'il n'est pas tombé une forte pluie depuis le soufrage, d'arroser abondamment les taillis avec une pompe ù main, afin de dissoudre et d''enlever toute trace d'acide sulfureux, qui pourrait faire périr les Vers. Les forlîculcs ou perce-oreilles sont encore des insectes qui s'introduisent dans le cocon au moment où le ver va le fermer, et qui tuent ce dernier quand il est prêt à se chrysalider ou qu'il est trop engourdi pour pouvoir se défendre; heureusement que ces insectes sont peu abondants lorsque

les éducations se font en plein bois. Les guêpes sont peu redoutables cbez nous pour des élevages où l'état de chenille se prolonge, au plus tard, jusqu'à la fin de juin. Le mieux pour les détruire est de suspendre dans les taillis de chêne des carafes contenant de l'eau miellée, en ayant soin d'enduire de miel le bord et l'intérieur du goulot. Attirées par l'odeur du miel, les guêpes voraces, après avoir mangé le miel qui sert d'appât extérieur, pénètrent dans les carafes, ne peuvent plus sortir et se noient dans le liquide. Dans les années à hannetons, ces coléoptères peuvent nuire indirectement en dévorant les feuilles de chêne; le mieux est de laisser dans le taillis, de distance en dislance, des baliveaux plus élevés qui attirent de préférence les hannetons, recherchant surtout les hautes feuilles terminales. Dans l'éducation de M. de Amézaga, en Estramadure, en 1878, les grands ennemis des chenilles de VA. Yaina-mai étaient les fourmis et les araignées déjà citées, et, à un degré beaucoup moindre, les guêpes, le Réduve masqué (Hémiptère hétéroptère) et le Calosome Sycophante (Coléoptère).

Seize à dix-huit jours après leur dernier réveil, les Vers approchent du moment où ils vont filer leur cocon. Leur corps prend une teinte translucide d'un vert jaunâtre ou blanchâtre ; ils semblent agités dune sorte d'inquiétude, en cherchant des endroits propices pour suspendre leur prison soyeuse, et rendent une grosse goutte d'un liquide visqueux. Il faut dès lors avoir grand soin de ne plus les changer de branches, car on courrait grand risque de désassembler les feuilles qu'ils ont déjà réunies, d'arracher les fils posés et de déranger les Vers, ce qui les porterait alors à abandonner leur cocon et à n'en plus faire. Rarement un Ver dérangé recommence à filer; il court de tous côtés, en perdant sa soie le long des branches, et finit par tomber ou se retirer à terre, où il se raccourcit et meurt; quelquefois il se change. en une chrysalide atrophiée. On ne doit plus arroser les feuilles en pots ou les taillis une fois la filature des cocons commencée, car ce serait jeter dans le cocon un excès d'humidité contraire à la santé du Ver ou de sa chrysalide. Au bout de quinze à vingt jours, les cocons sont achevés et la chrysalide bien formée et durcie ; on cueille les cocons avec des ciseaux et on les dispose en filanes, la tête de la chrysalide en haut, en ayant soin de ne pas les attacher par le bout que le papillon doit percer, car on gênerait sa sortie, et l'on suspend les chapelets de cocons. Quand on veut utiliser industriellement les cocons, on les dépouille, quinze ou vingt jours après qu'ils ont été commencés, des feuilles d'enveloppe ou d'attache. On opère l'étoufiage comme pour les cocons du Sericariamori, et on les livre à la filature. Si l'éducation est réservée au grainage, il faut continuer à donner aux cocons des soins assidus, de peur de nuire à la chrysahde. Habituellement chez le Yama-maï, comme chez les autres Attaciens, les mâles naissent avant les femelles, de sorte qu'on est exposé à perdre des mâles au commencement de la naissance des papillons et des femelles à la fin. Pour

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obvier ;\ cet inconvénient, qui peut réduire notablement la récolte en graines, il faut égaliser les cocons, c'est-à-dire retarder ceux qui sont filés les premiers et hâter les derniers, afin de resserrer, autant que possible, les naissances dans un petit nombre de jours. Les cocons resteront toujours suspendus en filanes; on placera les premiers dans un lieu moins chaud, un peu frais, mais non humide, tandis que les derniers seront gardés à une exposition méridionale. On peut, si l'on veut, séparer approximativement les cocons ;\ mrdcs de ceux à femelles, les premiers étant les moins lourds, les seconds les plus pesants; en mettant les cocons mâles au froid, les autres à une température plus élevée, on peut espérer de voir éclore les uns et les autres à peu près simultanément.

Lorsque approche l'époque de la naissance des papillons, qui a lieu, en moyenne, environ quarante jours après le commencement des cocons, il faut les réunir dans les appareils où s'opéreront les accouplements et le grainage. Les papillons naissent le soir et sont très vagabonds pendant la nuit, tandis qu'ils restent en repos dans le jour. Le meilleur appareil est une cage en châssis de bois tendue de canevas, ou mieux de grosse mousseline un peu vieille et râpée, afin que le poil de l'étoffe ne gène pas les papillons. Le tissu a été trempé dans une décoction de tan, afin que sa couleur terne n'éblouisse pas les papillons et ne les effarouche pas; le bois des châssis est teint de même avec du tan. La cage est étroite et d'une longueur indéfinie, suivant la quantité (le cocons qui doivent y être déposés. Le fond a environ 30 centimètres de large, les cOtés 50 centimètres de haut et le couvercle 55 à 65 centimètres de large. De cette façon les côtés sont obliques, en divergeant de la verticale, ce qui facilite singulièrement le repos des papillons, lorsqu'ils sortent du cocon et cherchent à grimper quelque part pour se baigner dans l'air en laissant développer leurs ailes, ou lorsque, soit pour l'accouplement, soit pour la ponte, ils veulent demeurer cramponnés à la mousseline, à travers laquelle passe l'air libre du dehors. Les deux boutade la cage divergent de même obliquement. Si l'on emploie des cages à parois de toile verticales, les papillons, après avoir volé pendant une nuit seulement contre les parois, effrayés ou poursuivis les uns par les autres et faisant de grands efl'orts pour s'y cramponner, ont perdu à peu près tous les crochets de leurs pattes, surtout les femelles, qui, plus vite fatiguées, tombent au bas de la cage et meurent avant d'avoir fait leur ponte, tandis que si les côtés sont bien tendus et obliquement évasés, ces femelles, ayant l'abdomen soutenu et soulagé, pondent plus facilement, et sont encore très vigoureuses lorsqu'elles se sont complètement vidées. Au couvercle, aussi en étoffe, on ménage, de mètre en mètre, des regards en canevas, en forme de carrés de 20 centimètres de côté, afin de pouvoir visiter au besoin l'intérieur de la cage et d'enlever les cocons vides, les corps des papillons morts et les papillons vivants qui, ayant terminé l'accou- GiuAub. ni. — 32

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plement et la ponte, ne feraient que iroubler les autres. En outre, on suspend au couvercle, sur deux rangées également distantes entre elles et des côtés, espacés de 30 à 35 centimètres, des rubans de ganse de fil gris, assez larges et d'un tissu très lâche, afin que les papillons puissent aisément s'y suspendre. Les accouplements s'y etl'ectuent avec beaucoup de facilité, et les femelles fécondées aiment à y déposer leurs œufs. Aucun obstacle voisin n'y contrarie en effet le battement d'ailes, qui, chez les femelles, accompagne la ponte, sans doute pour l'accélérer. On suspend, de place en place, de grosses éponges imbibées d'eau, afin d'entretenir dans la cage la fraîcheur dont les papillons, comme les chenilles, ont un besoin absolu. Les deux bouts de la boîte sont mobiles, c'est-à-diro fixés aux autres châssis avec des vis ou des crochets, afin de pouvoir débarrasser do temps en temps l'intérieur de la cage de la grande quantité de duvet dont les papillons la remplissent en se débattant; pour cela, les deux bouts étant ouverts quand tous les papillons sont au repos pendant le jour, on chasse, avec un puissant soufflet, tout le duvet accumulé. Pour mille cocons, une cage de 2 '",5 à 3 mètres de long est suffisante. Les cocons sont disposés dans la cage par chapelets égaux en longueur au petit côté, qui sont attachés aux longs châssis latéraux à peu de distance du fond, sans le loucher, afin que les ailes des papillons aient la place nécessaire pour se développer en dessous, s'ils restent, en naissant, accrochés à leur cocon.

La cage sera placée dans un lieu aéré, assez chaud et ombragé. Comme c'est ordinairement au commencement d'août que naissent les papillons, on pourra l'établir en plein vent, sur des piquets qui la soutiendront en l'air, à l'ombre d'un grand mur ou d'un arbre, de telle sorte qu'elle soit à l'abri des rayons directs du soleil. En effet, VA. Fama-maï serait vivement blessé et effarouché par leur éclat, car c'est un papillon nocturne, qui, dans la nature, se retire, dès que l'aube arrive, en un lieu obscur, et n'en sort qu'au crépuscule. La cage devra être assez élevée au-dessus du sol pour que les rats et autres animaux n'y puissent porter le trouble et le dégât. Les chats surtout sont à redouter : attirés par les battements d'ailes des papillons qu'ils prennent probablement pour des oiseaux, ils sont enclins à se jeter sur la cage et à mettre la mousseline en pièces pour s'emparer des papillons. On fera prudemment d'établir la cage sur de hauts et grêles piquets en fer, à une hauteur telle que les chats ne puissent l'atteindre en sautant. Rarement il pleut dans le mois d'août; mais cuinme des pluies abondantes nuiraient aux cocons en leur doiniant une trop grande humidité funeste à l'éclosion de l'insecte, on dispose au-dessus de la boîte, dans le sens de sa longueur, une tringle ou baguette sur laquelle on met, en cas de pluie, un toit de toile cirée ou de papier goudronné, qui repose de chaque côté sur les angles supérieurs de la cage, en les dépassant un peu pour protéger également les parois laté-

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raies. Il ne faut jamais employer la toile métallique au lieu de canevas pour la confection des cages. Outre que les papillons s'y briseraient promptement les crochets des pattes, le métal pourrait se rouiller sous l'influence de l'humidité dégagée par les œufs qui y seraient déposés, et exercer une funeste action chimique sur ces semences. Il faut se garder de faire grainer en se bornant à laisser les cocons dans une grande chambre, sans s'occuper des papillons et jusqu'à ce que les pontes soient achevées. Les accouplements seraient infailliblement moins nombreux, car beaucoup de papillons ne se rencontreraient pas, ou ne se joindraient qu'après épuisement de leurs forces par un vol prolongé; ensuite l'absence d'air renouvelé nuirait, sans aucun doute, à la santé des papillons et à la qualité du grainage. Comme il est inutile de classer les semences par jour de ponte, puisque les œufs n'éclosent qu'au printemps, alors que les chenilles, depuis longtemps formées, ne sont pas, pour la naissance, influencées par ITige de l'œuf; comme, d'autre part, ces œufs n'ont rien à craindre de la température de la fin de l'été et de l'automne, on fera bien, avant de les récolter, de les laisser attachés aux parois de la cage, pendant le mois qui suit la ponte. De cette façon ils resteront dans un repos complet et dans leur position naturelle, pendant tout le temps que se forme la jeune chenille; il n'y aura dès lors plus de danger de la blesser, quand on procédera à la récolte. On se servira, pour cela, d'un grattoir ou couteau de bois, et on les détachera avec précaution pour ne pas les écraser, bien que la coque soit résistante, mais parce que les œufs adhèrent fortement. On pourra les laisser tomber au fond de la cage, après quoi on n'aura plus qu'à les mettre dans des boîtes aérées et à les conserver en couches minces jusqu'au printemps suivant, comme il a été dit.

Une seconde espèce asiatique du même groupe est VA. Pemyi, G. Mén., ou Ver à soie du chêne de la Chine. Le papillon ressemble beaucoup à celui du Yama-mai, seulement la couleur du fond des ailes est beaucoup plus constante; c'est très ordinairement un ton de feuijie sèche piHe, qui, chez quelques individus, est plus ou moins lavé de carminé, surtout sur le disque des quatre ailes. La forme des ailes antérieures du mule est plus talquée que chez le Yama-maï ; quant à la femelle de Permji, cette différence est à peine sensible oomparativement à la femelle du Yama-mdi. On peut encore remarquer, quoique ce ne soit peut-être pus tout à fait général, que la ligne blauchàire transversale des ailes supérieures est courbe, comme chez A. Mijlitta, et non droite comme dans Yama-mdi. Chez Pemyi, les fenêtres \ilrées des ailes sont intermédiaires pour les dimensions entre celles de Mylitta et de Yama-mdi, qui disparaissent parfois presque en entier dans cette dernière espèce, ne laissant plus voir nettement que les cercles colorés et concentriques qui les entourent; les antennes du mnle sont moins larges que dans les deu.\ autres espèces. En dessous \A. Pemyi et

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marqué sur chacune des quatre ailes dune rangée de sept à huit taches triangulaires brunâtres, placées entre les yeux vitrés et le bord externe, tandis que chez Yama-maï ces taches sont plus rapprochées du bord externe et ont la forme de croissants. Ces taches, dans les deux espèces, sont plus ou moins apparentes, et disparaissent même complètement chez certains individus du Pernyi. Les trois espèces congénères Yama-maï, Permji, Mylitta, varient beaucoup de taille et de couleur, mais pourtant Pernyi est ordinairement plus petit que les deux autres, et Mylitta atteint parfois des dimensions énormes.

Des aberrations singulières portant sur le contour des ailes ont été observées sur ^. Yama-maï ei Pernyi; ce sont des échancrures régulières et symétriques de chaque côté, ce qui exclut l'idée d'un accident d'éclosion. Une femelle de Yama-mdi, provenant de la Silésie autrichienne, présentait les deux ailes supérieures tronquées au sommet en ligne presque droite, et, aux ailes inférieures, vers le milieu du bord externe, une forte dent en crochet. Dans la collection Guérin-Méneville, actuellement au Muséum, se trouve une femelle d'^. Pernyi, où l'aile inférieure est fortement concave à son bord supérieur, l'aile supérieure oflrant un indice de troncature au sommet (J. Odstreïl et Maurice Girard, Rapport sur des éducations d'Attacus Yama-maï, G. Méhev., et Note sur les vari ations de cette espèce, in Bull, de la Soc. d'acclimat., avec deux figures, décembre 1876). M. A. Clément, dans une seconde éducation d'automne de VA. Pernyi, faite à Montrouge-Paris, non avec le chêne, mais avec des feuilles de prunier, obtint quatre aberrations à ailes diversement échancrées, pour deux aberrations seulement d'un côté, (A. Clément, Remarques sur des aberrations de l'A. Pernyi, in Ann. de la Soc. entom. de France, 1880, page 181, avec un bois). Une certaine importance s'attache à ces faits, en apparence si minimes. Au point de vue de la grande question de la variabilité des espèces, chez une simple aberration qui ne deviendrait variété que si beaucoup de papillons la présentaient dans des conditions déterminées, il est curieux de voir se produire naturellement des caractères de découpure du contour des ailes, qui ont motivé, en entomologie, non seulement des distinctions spécifiques, mais l'établissement de genres très légitimes et adoptés par tous, comme les genres Platypteryx, Laspeyres; Gonoptera, Latr., etc.

La chenille d'^. Pernyi présente des différences bien plus nettes que l'adulte. La chenille en naissant est noire et non jaune, épineuse avec la tête rougeàtre; dès la seconde mue elle devient d'un vert d'abord jaunâtre, puis franc. A partir de la troisième mue, elle est d'un beau vert, avec une bande latérale blanche bordée de roux. Chez la chenille à toute sa taille cette bande s'élargit beaucoup postérieurement sur les flancs du dernier anneau. Les stigmates sont roux avec la fente blanche, la tête et les pattes écailleuses fauves, les pattes membraneuses vertes. Dune manière bien plus constante que pour le Yania-

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via't, il existe deux rangées et parfois quatre de taches nacrées argentées près de la base des tubercules, ceux-ci de la couleur du fond; les taches nacrées sont en nombre très variable. Il règne un pointillé blanc sur les côtés des anneaux. Les tubercules sont analogues à ceux du Yama-maï; il y a deux rangées dorsales de tubercules à poils étoiles, ceux des premiers anneaux beaucoup plus développés, et deux rangées ventrales sous les stigmates; outre cette double rangée, les trois anneaux thoraciques et le pénultième en offrent d'intermédiaires; les trois premiers anneaux n'ont pas la bande latérale, mais ont la tache nacrée et les points blancs. Le cocon de ÏA. Pernyi (pi. xciii, fig. 10) d'une soie moins fine que celle du Yama-maï, est de couleur grise plus ou moins claire et un peu roussàtre; il est fermé aux deux bouts, entouré d'une bave, lâche et vague, au moyen de laquelle le cocon est fixé entre plusieurs feuilles, et présentant en outre comme pédicule d'attache, à un de ses pôles un cordon de soie aplati et à extrémité plus large; le tissu est moins serré que celui de l'espèce précédente, et la forme générale ovoïde est plus renflée. On a obtenu d'accouplements convenables des métis entre les A. Yama-maï et Pernyi: en France, notamment. Berce et M. Bigot, de Pontoise, ont suivi ces hybrides pendant plusieurs générations; le croisement de 1'^. Yama-maï mâle avec 1'^. Pernyi femelle est assez aisé à réaliser et donne un assez grand nombre d'œufs féconds; au contraire, l'accouplement inverse est difficile, et l'on n'obtient qu'un faible nombre d'œufs fécondés de la ponte de Yama-maï femelle, copulée par Pernyi mule; le cocon, plus petit que celui d'.4. Pernyi type, se rapproche par les dimensions du cocon de Yama-maï, mais par la couleur de la soie et la forme il ressemble beaucoup plus à celui à' A. Pernyi. Au bout de peu de générations, l'espèce revient au type Pernyi; ce retour à une des deux formes spécifiques est général pour les hybrides féconds entre espèces très voisines; il n'y a donc pas d'intérêt industriel à poursuivre des éducations métisses des deux Attaciens, mais seulement une curiosité entomologique. Lnfin, ce qui achève la séparation spécifique tranchée entre les A. Yama-maï et Pernyi, c'est que la seconde espèce est bivoltine et donne deux éducations par an, une au printemps, l'autre en été, et même au commencement de l'automne, les chrysalides de cette dernière passent l'hiver dans les cocons pour produire au printemps les papillons d'un premier grainage. Il y a là un inconvénient grave pour la France, la seconde éducation trop tardive eu égard à la faible température de l'automne, ne pouvant être que de grainage et non industrielle, car beaucoup de chenilles meurent engourdies sans arriver au coconnage. Il faudrait arriver à rendre l'espèce univoltine en retardant par le froid les chrysalides de l'hiver, de far^on que les papillons ne sortent qu'à la fin de juin, et qu'on puisse obtenir les cocons des chenilles issues de leurs œufs assez tard pour qu'ils puissent être mis en lieu frais jusqu'à l'hiver. Si l'on veut faire la seconde éducation de l'année avec quelque

chance de succès, il faut, au contraire, hâter les éclosions des cocons qui ont passé l'hiver, en les tenant dans un lieu chaud dès que les chônes auront des feuilles ; de cette manière, si les chenilles du second élevage éclosent à la fin de juillet ou au début d'août, on aura des reproducteurs assurés pour l'année suivante. En Espagne, en Italie, en Algérie, le climat permettra au contraire d'obtenir deux éducations industrielles à coconnage certain dans la période chaude de chaque année.

Nous avons beaucoup moins de renseignements sur VA. Pernyi que sur VA. Yama-maï. 11 existe sur les chênes, dans la Chine, à partir de la Mandchourie au nord, sans qu'on puisse actuellement préciser ses limites au sud ; des espèces voisines ou des races méridionales de l'espèce s'étendent jusqu'à l'Assam et la Cochinchine. On possède quelques indications d'un consul anglais, M. Taylor Meadows, sur l'éducation de l'A. Perniji dans les régions montagneuses du nord de la Chine. On fait deux récoltes de cocons par an, celle du printemps, le (7/im«, celle d'automne, le Tseiv. La seconde récolte a lieu dans la dernière moitié de septembre et le commencement d'octobre; c'est à cette époque que les cocons sont apportés sur le marché, et les éleveurs font trier les cocons de meilleui'o qualité pour les employer, au printemps, à la production du papillon et de la chenille destinés à la récolte du printemps. On conserve ces cocons dans des paniers que les Chinois suspendent dans leurs maisons d'habitation, exposées presque toujours au midi et ne présentant aux vents froids qui soufflent du nord pendant l'hiver qu'un mur sans ouverture, de manière à profiter de l'avantage d'un soleil habituellement sans nuages pendant la saison d'hiver ; en outre, les appartements sont chauffés par des sortes de fours en briques dont on se sert pour s'asseoir pendant le jour et pour dormir la nuit; malgré toutes ces précautions, la température des habitations chinoises dans les districts séricicoles des montagnes s'abaisse, pendant la plus grande partie de l'hiver, au-dessous de zéro. La chaleur naturelle du printemps suffit pour amener la transformation de la chrysalide en papillon. Les papillons s'accouplent alors, et, quatre ou cinq jours après, la femelle fait sa ponte. Les œufs sont étendus sur le papier du pays, déroulé sur des nattes, des tables, etc. Au bout de cinq ou six jours, sortent des œufs de petites chenilles noires de la grosseur d'une fourmi ; cette éclosion a lieu au moment où les bourgeons des jeunes chênes ont commencé à paraître, à peu près vers la fin d'avril. On pousse alors les jeunes feuilles à leur développement, en coupant des rameaux que l'on met dans l'eau, soit dans les ruisseaux de la montagne, soit dans des vases à l'intérieur des maisons. On dépouille ces branches de la feuille jeune et tendre, et on la répand sur le papier au fur et à mesure de l'éclosion des Vers. Ils sont nourris de la sorte pendant quelques jou.rs, jusqu'au moment où l'on opère leur transport tur les buissons de cb.ône les plus jeunes et dont les feuilles sont les plus tendres, les Vers étant encore noirs, vers la fia

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de leur premier âge. Au printemps, l'éducation totale dure environ soixante jours jusqu'à la sortie des papillons hors des cocons; l'éducation d'automne nécessite environ cent jours. Aux deux époques, aussitôt que les Vers ont consommé les feuilles d'un buisson, les préposés à l'élevage les transportent sur un autre, en commençant toujours par le buisson le plus jeune, M. Taylors Meadows, lors de son voyage dans les vallées séricicoles, a vu qu'au milieu de septembre la moitié environ des chenilles étaient déjà renfermées dans leurs cocons ou occupées à les construire, les retardataires ayant fait leur dernière mue. Lorsque le Ver commence son cocon, il choisit deux ou plusieurs feuilles de chêne plus ou moins en regard les unes des autres et situées au-des.sous de la branche où elles poussent, et l'insecte réunit ces feuilles par un tissu de fils de soie, en portant sans relclche la tête d'une feuille à l'autre. Ces chenilles se nourrissent de trois espèces ditlërentes de chêne du pays et aussi d'un arbrisseau d'une autre famille, qui donne même une soie de meilleure qualité que les feuilles des divers chênes. Le rendement de la récolte du printemps passe pour être beaucoup plus faible que celui de la récolte d'automne, de moitié même; maisau contraire la qualité de la récolte du printemps est considérée comme supérieure, donnant une soie plus blanche, plus fine, plus appropriée à la teinture ; toutefois, le noir à reflet brun rougeâtre ou violacé semble la seule teinture applicable à l'une ou à l'autre des récoltes. Les Chinois emploient comme comestibles les chrysalides qui ne sont pas destinées à la reproduction,

VA.Pernyi fut envoyé en France de 1850 à 1851, à la fois par M^'" Perny, évèque missionnaire, et par M. de Montigny. Il faut dire qu'à côté de quelques élevages heureux, un grand nombre d'insuccès se produisirent, de sorte que beaucoup d'amateurs ne tardèrent pas à perdre l'espèce chinoise du chêne, probablement par la dégénérescence rapide qui résulte de l'élevage exclusif à la chambre. A l'Exposition universelle de 1855, furent exposés des cocons et des papillons de VA. Pernyi, provenant d'une éducation faite par M. Jourdan, de Lyon, à la suite d'un envoi de cocons chinois par les missionnaires. On a observé ce fait, propre aux espèces demi-sauvages des Antherea asiatiques, qu'il faut pour la fécondation une éclosion presque simultanée des mâles et des femelles; les individus de sexe ditférent se repoussent, s'ils sont nés à quelques jours de distance. La soie de 1'^. Pernyi a été dévidée avec facilité, d'un bout à l'autre, sans rupture, par M. Deschamps, filaleur à Sumène, dans les Cévennes. Cette soie, d'une ténacité médiocre, était d'une élasticité remarquable, 20 pour 100, celle du Sericaria mori n'étant que de 19 pour 100, D'après Guérin-Méneville, un fil de cette soie vaut cinq à six fils réunis de la soie ordinaire. Les tissus de cette soie tiennent à la fois de la soie ordinaire, de la laine et du coton. M. Torne a fabriqué, à Paris, des étoiles avec ces soies, et est parvenu à les blanchir et à les teindre très solidement, en leur donnant les c-on-

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leurs les plus délicates et les plus variées. En 1872, M. Benvenuto Comba et G. Baraldi, au domaiue royal de la Mandria, près de Turin, ont fait une éducation en grand de VA. Pernyi. Quoique l'éducation ait été décimée en partie par la flaclierie, on a obtenu la filature par les cbenilles d'un grand nombre de cocons. Ils ont été dévidés en soie grège qui a pu recevoir toutes les teintures, et de très beaux crôpes-foulards, tissés avec ces soies, oui été présentés à la Société d'acclimatation de Paris. En 187Û, l'espèce a été élevée à Pontoise par M. Bigot ; en 1875, à Clamart, par M. Berce ; en 1878 et 1879, à Champrosay, près Draveil (Seine-et-Oise), par M. J. Fallou, à l'air libre dans son jardin, par M. A. Clément, à Montrouge-Paris, etc.

Ces éducations en petit n'étaient pas faites au point de vue industriel, auquel il faudra probablement renoncer pour la France, en raison de la grande difficulté de mener à bien la seconde génération d'automne. Ainsi, près de Lille, M. Le Roi a essayé d'élever en grand 1'^. Pernyi; mais les chenilles de la seconde génération, parvenues à leur troisième ou quatrième mue à la fin d'octobre, périssaient de faim; caries chênes, dans cette région septentrionale, perdent leurs feuilles vertes à cette époque de l'année, tandis qu'ils les gardent plus longtemps dans le Midi, où l'on a chance dès lors de voir la seconde génération de Pernyi se transformer au plus tard en novembre, donnant ainsi des cocons pour l'hiver. C'est ce qui est parfaitement arrivé en Espagne, où l'on peut dire que le problème de l'acclimatation et de l'exploitation industrielles a été résolu. M. Perez de Nueros a dabord élevé en Catalogne, et sur une grande échelle, les A. Yama-mai et Pernyi, et, d'après les résultats obtenus, a donné la préférence à la seconde espèce, dont il a organisé l'éducation industrielle en Biscaye, dans le Guipuscoa, près de Saint-Sébastien, contre la frontière française. Le gouvernement espagnol a secondé, avec une grande intelligence, les efforts tentés par la Société de a Granja sericicola de Yrisasi pour doter l'Espagne d'une industrie nouvelle. Une concession de 300 hectares de bois de chênes a été faite à cette Société, pour une période de quarante-cinq ans, avec exemption de toutes impositions pendant les dix premières années pour le terrain et les bâtiments à construire destinés aux filatures. Des conditions .';ont imposées à la Société dans l'intérêt général. La graine de VA. Pernyi ne peut être vendue plus de 50 centimes le gramme et la Société n'a pas le monopole des éducations. M. Perez de Nueros ne l'a du reste pas réclamé, car il pense, au contraire, que la filature qu'il monte sera nen seulement utilisée pour la filature et le tissage des cocons obtenus sur la concession, mais aussi pour les cocons qui pourront être produits par les éducateurs des environs et môme de toute l'Espagne. En attendant cet approvisionnement national, on dévidera les cocons exotiques que la Société se procurera. A l'atelier de dévidage sejoindra une filature pour utiliser les bourres et les déchets des bassines. Les premières éducations de M. Perez de Nueros lui ont valu en 1878 le prix de 1000 francs fondé

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par la Société d'acclimatation de Paris en 1873, pour la meilleure éducation en grand de VA. Pernyi, à la condition d'avoir obtenu, dans une seule saison, une récolte assez considérable pour pouvoir livrera la filature et transformer en soie grùge de belle qualité au moins 50 kilogrammes de cocons pleins, ou 5 kilogrammes de cocons vides. A l'Exposition universelle de Paris, en 1878, figuraient des cocons, des soies grèges et des tissus de la fabrication de M. Perez de Nueros. On peut voir dans la collection de la Société d'acclimatation un beau foulard en soie grège écrue ou naturelle de VA. Pernyi, d'un très joli gris jaunâtre, tissé avec un fil à douze brins pour la chaîne, à vingt brins pour la trame. Les cocons d'A. Pernyi qui ont été récoltés sur la concession près de Saint-Sébastien, sont plus fournis en soie que ceux qui avaient été obtenus précédemment par M. Perez de Nueros en Catalogne. Il évalue à mille le nombre de cocons nécessaires pour obtenir une livre de soie grège. Les chênes sur lesquels on élève les Vers en Biscaye sont le Quercus robur et le Quercus pedunculata, et l'A. Pernyi se développe plus rapidement sur ce second chêne que sur le premier; les Vers vivent d'abord sur les branches les plus élevées, ne descendant sur les inférieures qu'au fur et à mesure que les feuilles du sommet des arbres sont consommées. Jusqu'à présent les éducations se sont faites sur les chênes à haute tige de la concession; mais on va établir des taillis pour rendre plus facile le travail, tant de surveillance que de récolle. Quant à la protection des Vers contre leurs ennemis bien connus, les oiseaux et les insectes, on a recours pour les premiers aux moyens employés partout : les épouvantails et les coups de fusil. Pour détruire les fourmis, les araignées, etc., on emploie de l'eau saturée de savon noir. Lorsque les Vers ont acquis un certain développement, les becs-fins, qui ne peuvent plus les avaler, se bornent à les piquer, mais ces blessures suffisent pour amener la perte des chenilles, qui se laissent tomber au pied du chêne sur lequel elles vivaient, et là, le soir ou dans la nuit, des taupes sorties de terre viennent faire leur p5ture de ces chenilles blessées par les oiseaux. Pour le dévidage, on désagrège la soie des cocons avec le jus des chrysalides (sic), et l'on emploie de l'eau à 80 degrés centigrades environ. Dans une lettre lue à la séance du 18 février 1881 de la Société d'acclimatation, M. Perez de Nueros se dit en mesure, d'après le nombre de ses cocons de grainage, de livrer, au printemps de 1881, de 50 à 60 kilogrammes de graines. De tels résultats nous semblent de nature à faire essayer l'introduction en grand de VA. Pernyi dans certaines parties de l'Algérie.

Les soins à donner à l'éducation de 1'^. Pernyi, ainsi que la pose des graines dans des cornets sur les branches des chênes, sont pareils à ce que nous avons dit pour l'^t. Yama-maï; il est nécessaire, pour la seconde éducation de la fin de l'été, de se garantir contre la voracité des guêpes, qui sont très communes en cette saison. M. A. (élément a observé que, pour cette seconde éducation souvent languissante qui se prolonge

en automne, on peut remplacer avec avantage les feuilles de chêne, dures et sèches en cette saison, par celles du prunier; tous les Attaciens paraissent être, comme on sait, plus ou moins polyphages.

Une troisième espèce de sous-genre Antherea, plus anciennement connue par les auteurs que les deux précédentes, est 1*^4. Mylitta, Drury, Fabr., syn. : Paphia, Cramer, non Linn., le Ver à soie du chêne de l'Inde. Les papillons femelles de cette espèce ont une envergure de 16 à 17 centimètres, celle des mâles étant d'ordinaire plus petite de Z» à 5 centimètres. Ces derniers ont le fond des ailes généralement d'un rouge brun foncé, surtout quand ils proviennent des plaines; les femelles sont habituellement d'une couleur moins foncée, et, le plus souvent, d'un jaune gai ; au reste, il y a tout autant de variations dans la couleur du fond que chez l'A. Yama-maï. Le» ailes supérieures sont un peu falquées au bout, surtout chez les mftles, les bandes violacées ou carminées des quatre ailes sont plus rapprochées du bord extérieur que chez le Yama-maï; la ligne blanche transversale des ailes supérieures est courbe, comme chez A. Pernyi. La coloration grise de la côte des ailes supérieures est très foncée, ainsi que la bande de môme couleur qui traverse le corselet et réunit la côte des deux ailes susdites; en outre, celte coloration atteint toujours l'angle apical, ce qui n'a pas lieu chez Yauia-mdi et Pernyi. Les antennes du mâle sent très larges, au moins autant que chez Yama-maï. Le caractère saillant, qui empêche à première vue de confondre le papillon Mylitta avec ceux des deux autres espèces, c'est que les taches ou fenêtres vitrées du miheu des quatre ailes, sont plus rondes, parfaitement transparentes, coupées transversalement à l'aile par une petite nervure, et surfout d'une grandeur double de celles du Yama-maï, très grande principalement chez la femelle. Les œufs, d'après une observation de M. A. Wailly, faite à Londres en 1879, sont blanchâtres, légèrement comprimés et généralement entourés de deux lignes noires; ils sont plus gros que les œufs des A. Yama-maï et Pernyi. H y a des œufs plus petits que les autres qui donnent naissance aux chenilles mâles, intéressante remarque pareille à celle qui a été faite sur les œufs du Liparis Dispar. La chenille, du même type que celle des Yama-maï et Pernyi, offre aussi des différences notables. Au premier âge, d'un brun noirâtre à sa sortie de l'œuf, avec la tête d'un noir brillant, elle devient peu à peu jaune en grossissant; le premier segment tlioracique est jaune, comme tous les autres, avec une grande tache transversale noire en dessus. Les tubercules du rang inférieur sont tous jaunes, comme les autres; tout le corps est d'un jaune vif, presque orangé, au moins à la partie supérieure, et ses segments, au lieu de porter des hgnes longitudinales noirâtres, comme dans la jeune chenille de Yama-maï, ont chacun six; petits traits noirs, courts et transversaux, alignés l'un au milieu, en dessus, et un autre de chaque côté, ce qui produit trois bandes longitudinales de petites taches noires. Les pattes membraneuses, au lieu

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d'ôtre marquées de trois petites bandes brunes, sont d'un jaune un peu sale, avec une forte tache noire au côté externe ; comme celle du Yama-maï, cette chenille a les deux tubercules médians des anneaux 3 et 11 noirs, ainsi que les taches de l'extrémité et des deux pattes anales. Au deuxième Age, il y a, sur le premier segment, quatre taches noires distinctes; tous les tubercules sont d'un jaune orangé vif, avec l'extrémité de ceux des quatre rangs supérieurs noirs, et encore une grande tache noire au côté externe des pattes membraneuses. La couleur du fond passe aux divers âges du jaune au vert, comme dans la chenille du Yama-mdï, la couleur verte s'accentuant de plus en plus et d'une belle nuance verte au troisième âge; alors tous les tubercules sont d'un beau jaune orangé vif, avec la base à reflet métallique d'un rouge cuivreux, les deux supérieurs des segments 3 et /i ont leur extrémité noire. La tête, les pattes écailleuses et le bord des pattes membraneuses sont d'un brun roussâtre, et le côté externe de ces dernières pattes porte huit ou dix points noirs très distincts qui remplacent la tache noire des deux premiers Ages; une mince ligne noire représente alors seule la tache noire du dessus du dernier segment, et un long triangle noir se voit sur les côtés des dernières pattes membraneuses; à la fin de cet âge on distingue en outre bien la chenille de VA. M y litta àe ceWe an Kama-77îaj par sa forme moins trapue, caractère qui se prononcera de plus en plus. Au quatrième âge, tandis que la chenille du Yama-maï montre à peine quelques vestiges de ses tubercules, la chenille du Mylitta en est splendidement ornée; les deux rangs de tubercules dorsaux sont bien saillants, d'une belle couleur orangée à reflets dorés, les deux rangs des tubercules des côtés sont d'un beau bleu d'outremer très luisant, et il y a, mais rarement, des taches argentées aux côtés des segments 5 et 6. Au cinquième Age, après la quatrième mue, la chenille a conservé sa forme allongée et ses tubercules, qui sont alors tous dorés, avec l'extrémité d'un beau violet, couronnée de longs cils blancs. Les taches argentées des côtés sont grandes et très brillantes; ces taches sont, comme on voit, un caractère commun, à divers degrés, aux chenilles des A. Yama-maï, Pernyi et Mylitta. Enfi;i, chez cette dernière, on voit encore, comme à l'âge précédent, les points noirs persister au côté externe des pattes membraneuses, dont le bord est devenu vert. Les magnifiques chenilles d'.-l. Mylitta offrent de nombreuses variétés dans les couleurs et les reflets métalliques de leurs tubercules. Dans le plus grand nombre, il n'y a que les tubercules supérieurs qui soient dorés, et tous les autres sont d'un bleu pur ou d'un violet plus ou moins rouge. Chez d'autres, il y a une plaque d'argent sous les tubercules latéraux des segments 5 et 6 ; chez certains, cet argent se montre sous les mêmes tubercules, depuis le segment 3 jusqu'aux segments 7 et 8. Quelques sujets ont les tubercules supérieurs dorés comme d'habitude en avant et en dedans, argentés en outre au côté externe. Enfin, chez quelques-uns ayant aussi

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des reflets argentés sous les tubercules des deux rangs, il y a du noir au sommet de tous les tubercules, qui sont rouges à leur base. Le cocon établit une difTérence spécifique très tranchée; il est fermé et ovoïde, sans bourre, d'une fermeté et d'un poids considérables; il est ordinairement d'un gris argenté ou jaunâtre. Ce cocon est suspendu à une branche d'arbre, non plus par un cordon de soie mince et aplati, mais par une vraie corde soyeuse d'aspect corné et noirâtre à l'extrémité, qui au lieu de s'étaler en quelques fils lâches, forme un anneau complet autour de la branche. Les cocons des grandes races ont jusqu'à 55 et 60 centimètres de longueur sur plus de 30 de largeur, tandis que ceux des petites races sont de dimensions moindres, et les cocons des femelles sont notablement plus gros que ceux des mâles.

L'A. Mtjlitta, répandu dans toutes les parties de l'Inde, et dans l'île de Ceylan, est une espèce très polyphage, vivant sur un grand nombre d'arbres et d'arbustes, sur le chêne seulement dans les parties les plus montagneuses du Nord, sur le jujubier {Zizyphus jujuba), qui croît en pleine terre également en Algérie, sur le Lagerstrœmia Indica, sur les Ficus Be?yamina,Carissa, Guidia, sur le Terininalia alata. Les arbres de cette dernière espèce croissent autour des habitations dans la province de Calcutta, et le peuple recueille les chenilles du Mylitta à l'état sauvage sur divers arbres pour les porter sur les Terminalia ou arbre assem, près des maisons, de sorte que la surveillance est plus facile, car les chenilles sont recherchées par les corneilles pendant le jour et par les chauves-souris pendant la nuit. On ne fait pas aux Indes de véritable éducation domestique de cette espèce, mais les cocons sont recueillis de foute part sur les arbres et arbrisseaux et envoyés à des comptoirs où les achète le commerce pour la filature. Au Bengale, les naturels élèvent 1'^. Mylitta sur les jujubiers taillés en buissons, et y portent les petites chenilles; les arbres sont gardés, surtout pour écarter les oiseaux. Les cocons ramassés aux branches, où ils pendent comme des fruits, puis étouffés à l'eau bouillante, sont portés au marché et dévidés comme ceux du Ver à soie du mûrier. La récolte de ces cocons sauvages, très abondants dans les jungles, a dû se faire dès une très haute antiquité; c'était une tradition, selon les anciens historiens persans, que les habitants de la Sérique (Indousfan, sud de la Chine) ramassaient la soie au pied des arbres, et de là l'opinion des Grecs et des Romains qu'elle provenait d'un fruit. Ce cocon produit beaucoup plus de soie, parfois dix fois plus, que celui du Sericaria mort. On rencontre l'espèce dans toutes les parties du Bengale, de Calcutta à Lahore, et même sur les monts Himalaya, jusqu'à 2000 mètres d'altitude; peutêtre s'étend-elle aussi dans l'Assam et même dans les Moluques, ou au moins des espèces très voisines. C'est dans la partie montagneuse du Bengale, au sud du Gange et de la rivière Soane, qu'on cultive l'espèce avec plus de succès que dans les plaines trop chaudes de l'Indoustan. 11 est possible que la sécheresse et la chaleur soient la cause principale

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qui amène la petitesse de la race de VA. Mylïtta dans les régions chaudes, tandis que dans les forêts de l'Himalaya et dans d'autres parties de l'Inde où le feuillage conserve longtemps sa fraîclieur, les Vers atteignent une taille considérable. Peut-être les diverses races produiraient-elles toutes de gros cocons, si l'éducation était toujours dirigée par un liabile sériciculteur, mettant toujours à la disposition des chenilles une quantité suffisante d'arbustes en bon état; ainsi, pendant plusieurs années, le major G. Coussmaker a toujours obtenu d'énormes cocons dans une localité de la présidence de 15ombay, où le climat est beaucoup plus chaud que dans les montagnes de Tllimalaya. D'après les renseignements de la mission russe de Pékin, l'A. Mylitta, ainsi que VA. Cynthia vera, G. Mén., sont trùs communs dans les montagnes, et les Chinois les élèvent en quantité à l'état sauvage, les premiers avec la feuille de chêne, les seconds sur le frêne. La race Mylitta, de l'Himalaya, qui est une des plus grandes, est univoltine et 1 eclosion des papillons a lieu à la fin de juin ou au commencement de juillet; les races du sud, comme cela est fréquent pour tous les insectes des pays tropicau.x, sont polyvoltines. La soie de l'^l. Mylitta porte aux Indes les noms de tussah, tusseh, tussor, ainsi que les tissus qu'on en fabrique. Il s'en fait une grande importation en Europe, beaucoup moindre toutefois que celle des soies et des soieries de la Chine et du Japon; mais, dans l'Inde anglaise, ce sont les étoffes de cette soie qui sont portées le plus communément. Les fils de soie tussah grège sont employés purs ou mêlés au coton; sans mélange, ils donnent une étoffe dure et brunâtre, dite A'ora/i, usitée pour vêtements d'été ou pour meubles, pleine de fermeté et de brillant, mais finissant par se couper après les lavages. Mêlée à un peu de coton, la soie tussah, décreusée, fournit un tissu plus souple, un usage plus général, et est l'objet d'un grand commerce.

Les premières notions sur 1'^. Mylitta ont été données dans les écrits des docteurs Buchanan et Hoxburg, puis dans le mémoire de Ilelfer (voy. Bibliographie du Ver à soie du milrier). Ln 1831, Lamare-Picquot adressa sur cet insecte un mémoire à l'Académie des sciences, dans lequel il proposait d'introduire l'espèce à l'île Bourbon, dans les possessions françaises des Antilles, dans l'île de Corse, en Algérie et même dans les départements méridionaux de la France; mais le goût de l'époque n'était pas à l'acclimatation, les éducations du Ver du mûrier étaient florissantes; on n'avait, disait-on, nul besoin d'un nouvel insecte séricigène ; aussi les idées de Lamare-Picquot, combattues par Latreille, n'obtinrent pas la sanction de l'Académie des sciences. C'est l'espèce rapportée par Lamare-Picquot qui fut figurée et décrite dans un mémoire de Loiseleur-Deslongcharaps sur les Vers à .^oie (voy. Bibliographie du Ver à soie du mûrier). En 18ZiO, Isidore GeofTroy-Saint- Hilaire, qui devait fonder en i85Zi la Société d'acclimatation, déplorait la décision académique au sujet d'un insecte dont la soie est recueillie et employée dans l'Inde de temps immémorial, et qui es! élevé spécia-

lement dans certaines provinces, de même, disait-il, que le Bombyx (Attacus) Cynthia, plus complètement domestique. Cette soie, ajoutaitil, ne saurait, certes, remplacer celle du Sericaria mori, mais rien ne prouve qu'elle ne puisse prendre place à côté et avoir dans l'industrie des utilités spéciales. En 1855, M. Chavannes essaya de nouveau l'introduction en Europe de cet A. Mylitta, et l'éleva en plein air, près de Lausanne, sur le chêne et aussi sur l'alisier, le cognassier, le néflier. Ces générations e?j plein air réussirent parfaitement sans dégénérescence pendant plusieurs années; puis tout périt, soit par suite d'une ditï'érence de climat trop considérable, soit en raison de ces accidents auxquels succombent parfois les générations des Lépidoptères indigènes, même en plein air. Ainsi Guillemot cite un cas remarquable de ce genre pour un Bombycien, le Lasiocampa pruni, dépérissant tout à coup, malgré l'élevage en plein air opéré avec succès pendant cinq générations antérieures (premier supplément au Catal. des Lépid. du Puy-de-Dôme, page 18; Clermont, 1858). La Société d'acclimatation reçut VA. Mylitta de Pondichéry, par les soins de M. Perrottet, qui élevait l'insecte aux environs de cette ville. 11 obtenait dans l'Inde, comme M. Chavannes en Suisse, la fécondation des femelles en les attachant aux arbres, tandis que les mâles volaient en liberté ; une éducation fut faite au jardin du bois de Boulogne; Hardy, à Alger, essaya aussi des tentatives d'éducation sur la même espèce. M. A. Wailly, à Londres, reçut de Calcutta une caisse contenant des cocons énormes de la race Mylitta de l'Himalaya ; quelques-uns, qui avaient survécu au vovage, produisirent de magnifiques papillons, qui s'accouplèrent avec une grande facilité, dans un coït durant environ deux jours, et presque sans déchirure des ailes. Deux femelles produisirent environ 650 œufs, dont l'éclosion se fit trois semaines après, et les petites chenilles nées au commencement d'août furent élevées sur branches de chêne coupées sur vieux bois, ainsi que le fait habituellement M. A. Wailly pour ses éducations des A. Yama-maï et Pernyi ; l'éducation ne réussit pas, sans doute en raison de la détestable température de l'été de 1879; M. Huesmann réussit, au contraire, à mener des chenilles de cette espèce jusqu'au coconnage, en les nourrissant avec des feuilles de chêne plus tendres provenant des jeunes pousses de l'année. L'éducation de 1'^. Mylitta restera toujours en France une curiosité d'amateurs. On doit chercher à encourager aux Indes le maintien des meilleures races par la sélection, et chercher de nouvelles applications industrielles de la soie tussuh; l'acclimatation des espèces de régions trop chaudes est une utopie au point de vue pratique et ne peut amener que des déceptions.

Nous devons encore signaler, parmi les Attacus asiatiques, VA. Assamentis, Helfer, sur lequel Hugon {op. cit., Bibliogr. du Ver à soie du mûrier) a donné des détails biologiques. Les habitants de l'Assam atta^ chent une grande importance à cette espèce, qui fournit une excel-

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lente soie grège employée aux Indes, et que les habitants de l'Assam nomment mooga. Les chenilles, qui donnent cinq générations dans l'année, sont élevées en plein air sur sept espèces d'arbres diiïérentes, fournissant des soies de coloration variée, de la couleur blanche à la couleur chamois, selon les végétaux qui ont nourri la chenille, et qui croissent en général spontanément ou sont cultivés près des villages. Les guêpes et les ichneumons détruisent beaucoup de vers; des vieilles femmes sont chargées de veiller constamment les plantations pour ea chasser les rats, les chauve-souris et une foule d'oiseaux qui en sont très friands. Le cocon fermé ressemble beaucoup à celui de 1'^. Permji; le papillon diffère surtout par l'absence de partie vitrée aux taches ocellées des ailes; le même caractère se retrouve dans une autre espèce, l'A. Perrotetti, G. Mén., découverte par Perrottet près de Pondichéry, décrite et figurée dans le Magasin dé] zoologie {ISlx'ô, Insectes, pi. l'23); le cocon est ovoïde, sans pédicule, rugueux à la surface, comme celui du Sericaria mori, et d'un jaune tirant un peu sur le fauve. Ces espèces n'ont jamais été introduites vivantes en Europe, et elles habitent un climat trop chaud pour qu'il y ait lieu de faire aucune tentative d'acclimatation. Nous pouvons encore citer, à titre à'Attacus indiens dont on retire une excellente soie : A. Silhetica, Helfer, du Silhet, où l'on file la soie de ses grands cocons, et un Atlacus vivant à l'état sauvage sur le mango, dont les habitants de Malda recueillent les cocons dont ils mêlent la soie à celle de VA. Arrindia, ou Ver à soie du ricin.

Les mêmes régions de l'Asie qui nous offrent plusieurs Attaciens à cocons fermés ont un autre type présentant deux espèces, ou plus probablement deux races bien fixées par de longues générations, l'une de la Chine, l'autre des Indes, et produisant des métis indéfiniment féconds, caractère presque exclusivement spécifique : ce sont les A. Cynthia,DvuT^, vera, G. Mén., le Ver à suie de railante, et A. Arrindia, Milne Edwards, le Ver à soie du ricin. Le premier, propre à la Chine, a été signalé par les missionnaires vers le milieu du dix-huitième siècle; c'est le P. d'Incarville qui semble l'avoir indiqué le premier dans un mémoire sur les Vers à soie sauvages, écrit vers l'année 17Z|0, pour répondre sur ce sujet aux questions que le ministre et plusieurs sacanis lui avaient adressées. En 1760 ou 1761, d'Aubenton (le jeune), dans l'ouvrage intitulé : Planches d'histoire naturelle enluminées (t. X, pi. Zi2, Ins.), donnait une figure assez reconnais.sable de cet Attacien et l'appelait le Croissant, à cause des lunules transparentes, arquées en forme de croissant, qui se voient au milieu des ailes et forment un type spécial parmi les Attaciens. C'est en 1773 que Drury donna à ce Lépidoptère le nom de Bombyx Cynthia {Illustrations of natural History, II, p. 10; pi. VI, flg. 2), et ce nom fut conservé par Cramer, 1779, et par Olivier, 1790, ces auteurs ignorant tous qu'il était question du fameux Ver à soie sauvage chinois du P. d'Incarville, et ne connaissant ni le cocon, ni la chenille, ni la plante nourricière. En 180/|, le botaniste

anglais Roxburg [Traiis. Soc. linn. de Londres, VI, p. Zi'i, pi. m) signala une autre espèce ou race très voisine, élevée clans l'Indoustan, où elle est à l'état domestique, avec la feuille du ricin {Ricinus palma Christi), et la confondit avec l'espèce chinoise. Guérin-Méneville, en 1858, établit nettement la séparation, pressentie du reste par Boisduval en 185Zi {Ann. Soc. entom. fr., ]85/i, VI, p. 755), disant que les exemplaires du véritable Cynthia diffèrent autant de Saturnia (Attacns) ricini que Saturnia piri se dislingue de 5/)mî. Aussi l'espèce chinoise doit prendre le nom d'.4. Cynthia vera, G. Mén., l'espèce ou race indienne à' A. Arrindia, Milne Edwards, nom qui lui fut donné pour la première fois dans les Bulletins de la Soc. impér. et cenir. d'agriculture (séance du 15 novembre 185/)), parce que la chenille est appelée aux; Indes Arrindy aria ou Ver à soie Eria. La description exacte du papillon de 1'^. Cynthia vera est difficile, tant les couleurs se fondent insensiblement avec harmonie. L'espèce est aujourd'hui tout à fait acclimatée en France et fait partie du catalogue de nos espèces, car on la trouve se reproduisant spontanément sur les allantes (faux vernis du Japon, Ailantus glandulosa), provenant de papillons échappés aux éducations d'amateurs ou mis en liberté par eux; c'est d'après des sujets parisiens, tout à fait semblables du reste comme taille et comme coloration à ceux qui nous viennent du sud de la Chine, que nous donnons la description suivante : les deux sexes pareils de teinte et de dessin, envergure moyenne 11 centimètres pour le mâle, 12 centimètres pour la femelle; antennes jaunes, pectinées dans les deux sexes, les barbules des mâles plus larges ; thorax d'un brun jaunâtre, avec petit collier antérieur blanc et une assez large bande blanche à la base; fond des quatre ailes d'un jaune gris, partagées par une bande transverse grise, nuancée de rose, bordée de blanc intérieurement et de noir plus intérieurement encore ; à l'angle apical de l'aile supérieure, qui est arrondi-falqué, surtout chez le mâle, se trouve une tache noire ovale, finement pointillée de bleu, surmontée d'une petite ligne courbe blanche; entre cette tache et le bord supérieur est un espace lavé de gris violacé; bordure des quatre ailes formée de plusieurs lignes grises; les quatre ocelles médians, un par aile, internes à la bande transversale médiane, sont des lunules ou croissants, vitrés au milieu, surmontés d'une ligne noire, bordés inférieurement d'une bande diffuse d'un jaune d'ocre; en dessus, à l'aile supérieure seulement, une bande blanche anguleuse, bordée de noir, part dé la côte, atteint la partie inférieure de la lunule, fait un crochet et vient se prolonger sur la base du corselet, dont cette bande blanche réunit ainsi les bandes blanches anguleuses des supérieures; aux ailes inférieures la côte est blanche, dans la région comprise entre le corps et la bande transverse blanche ; en outre il y a une bande blanche analogue à celle des ailes supérieures, courbe, presque parallèle à la lunule, placée entre la lunule et la base de l'aile ; dessous des quatre ailes d'un ton plus clair que le dessus, comme

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lavé, les lunules pareilles, moins vives -, pattes d'un gris jaune avec un anneau blanc à chaque articulation; abdomen d'un gris jauiiAtre, une bande blanche longitudiiuxle an milieu, de chaque côté deux rangées de hou[)pes de poils blancs, dessous de l'abdomen d'un jauniltre plus foncé, ofirant au milieu deux lignes blanches longitudinales; voyez pi. xcv, fig. 5, Attacus Cijnthia, femelle ; tig. 6, tète du mâle, fig. 7, cocon; fig. 8, une patte grossie; œufs deux fois plus gros que ceux du Ver à soie ordinaire, ellipsoïdes, également gros aux deux bouts, blancs, avec des mouchetures noires dues à des particules de cette couleur répandues dans la gomme qui les enduit; sept à huit jours après la ponte, quand ces œufs approchent du moment de l'éclosion des chenilles, ils tendent à s'aplatir un peu, perdent de leur poids et prennent une teinte grisâtre bien marquée, produite par la couleur noire de la chenille qu'ils renferment, et qui se voit un peu par translucidité de la coque; de huit à douze jours après la ponte, selon la température, éclosent les chenilles, en rongeant le côté de la coque opposé à celui qui était collé sur la surface de position. Elles sont alors longues de Zi à /i,5 millimètres et paraissent noires, parce que leurs anneaux portent chacun dix taches noires et six tubercules de même couleur; mais, vues à la loupe, on reconnaît que leur peau est d'un jaune plus ou moins pâle, avec la tète noire et une grande plaque transversale noire occupant presque tout le dessus du prothorax. Ces chenilles sont à cinq âges et à quatre mues, chacune de ces mues précédée d'un sommeil de vingt-quatre à quarante-huit heures selon la température; avant de s'endormir pour quitter leur ancienne peau, elles tapissent la partie du dessous de la feuille qui les porte avec un réseau invisible de iils de soie et y accrochent solidement leurs pattes membraneuses, afin que la vieille peau demeure attachée en arrière aux fils en question et ne reste pas fixée à la partie postérieure du corps de la chenille, qui périrait étouffée par ses déjections; lors des mues les ciienilles de l'A. Cynthia vora, au lieu de se dresser, ainsi que le font les Vers à soie du mûrier, restent immobiles à plat sur les fjuilles.

Au second âge, le corps de ces chenilles est long de 8 à 10 millimètres; il est encore jaune, avec la tète, les tubercules et les points épars sur les segments noirs, mais il n'y a plus de plaque noire sur le premier anneau. Au troisième âge tout change; la chenille, devenue longue de 15 à 17 millimètres, ne tarde pas à devenir entièrement blanche. A cet âge et aux suivants, tout son corps se couvre bientôt d'une sécrétion cireuse, formant une sorte de farine blanche, destinée à le garantir de la pluie et de la rosée; c'est un enduit hydrofuge sur lequel l'eau ne peut adhérer. Au quatrième âge la chenille atteint '20 à 2'i millimètres (ie longueur; son corps est d'abord bhiiic, puis il devient graduellement vert, avec les tubercules de l,i niènie couleur, c! bicnlùt la tète, les pattes et le dernier segment deviennent d'un beau jauni; d'or; il y a t,UiAULj. III. — 33

toujours les points noirs sur les segments ou anneaux, et la sécrétion farineuse blanche. Au cinquième âge la coloration vert émeraude est la même, mais plus intense, et l'extrémité des tubercules prend la couleur de bleu d'outre-mer. La chenille est longue de 32 à 35 millimétrés, mais elle s'accroît rapidement, et, suivant l'abondance et la qualité de la nourriture, elle atteint une longueur de 65 à 80 millimètres. Arrivée à ce développement, elle commence à moins manger, et devient peu à peu d'un vert moins intense, tirant sur le jaunAtre. Après s'être vidée de tous ses excréments et d'une très grosse goutte d'un liquide plus ou moins transparent, elle ne tarde pas à commencer son cocon, après avoir solidement tixé deux ou trois folioles d'allante à la tige principale avec de la soie, afin que le cocon ne tombe pas au commencement de l'hiver, époque de la chute des feuilles. Il y a quelques différences dans la filature de ce cocon, comparée à celle du Ver à soie du mûrier, car la chenille doit ménager une ouverture élastique pour la sortie du papillon. Pour la partie latérale du cocon et pour le pôle opposé à l'ouverture, la chenille pose son iil en zig-zag et en fait de petits paquets en tous sens, comme la chenille du Sericaria mort; de temps à autre elle s'arrête pendant quelques secondes et se gonfle, comme pour pousser les parois du cocon et se faire la place nécessaire. (Juand elle travaille du côté de l'ouverture, elle fait des mouvements de tête ])eaucoup plus allongés, et pose alors ses fils dans le sens longitudinal, en avançant sa filière jusqu'à l'extrémité de l'ouverture, collant son fil aux fils précédents et revenant parallèlement à ces premiers fils, de sorte que les fils de l'ouverture en nasse du cocon sont repliés et nullement coupés. Puis la chenille pose en dedans du cocon d'autres fils en tous sens, revient ensuite à l'ouverture, travaille de nouveau dans le sens longitudinal, et ainsi de suite jusqu'à ce que le cocon soit terminé; pendant tout le travail les antennes et les palpes de la chenille sont en mouvement, ainsi que les mandibules qui semblent servir de polissoirs, car elles ne mordent et ne coupent rien. Comme les fils qui forment l'ouverture des cocons ne sont pas coupés, mais seulement bouclés et repliés sur eux-mêmes, on s'explique très bien comment, en septembre 185/4, Guérin-Méneville a pu, après décreusage, dévider à la main les cocons de l'espèce ou race du ricin, très voisine deïA.Cynthia vera. Les cocons du Ver de l'allante, de forme allongée et effilée aux deux bouts, souvent avec un pédicule d'attache aplati au bout opposé à celui par où doit se faire la sortie du papillon, d'une couleur grise plus ou moins pâle, et d'un tissu très serré, sont longs en général de /|0 à kb millimètres et larges de l/i à 15. Ils varient beaucoup pour la grosseur et le poids, suivant la manière dont ils ont été obtenus et suivant leur degré de dessication; on peut dire qu'en général ils sont plus lourds que ceux du Ver à soie du minier. L'n cocon frais, terminé depuis huit à dix jours et contenant sa chrysalide vivante, pèse en moyenne 2'J'5Û,ce qui fait à peu près Zi'20 cocons frais au kilogramme. Il est reconnu qu'a

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moyenne le cocon frais du Ver du mûrier pèse près de 2 grammes et qu'on en compte généralement 500 au kilogramme.

L'Attacus Cynthia vera a normalement en France tieuv généralions dans la même année et passe l'hiver dans l'inaction, à l'état de chrysalide dans le cocon. On pourrait obtenir, dans le Midi et en Algérie, trois générations par an, mais il est préférable de ne faire que deu.v récoltes, qui coïncident avec les deux mouvements de sève sous notre climat. Abandonnés complètement à la température ordinaire, dans notre pays, les cocons donnent leurs papillons, du premier au dernier jour de juin, suivant la précocité de la saison. 11 faut s'arranger, par l'aide d'un peu de chaleur factice si la saison est froide et en retard, pour faire éclore les papillons du 5 au 10 Juin au plus tard, et comme il s'écoule à peu près de quarante à quarante-cinq jours entre la ponte des œufs, l'éclosion des chenilles et la production des cocons, on aura terminé la première récolte du 25 au 30 juillet. Les chrysalides demeurant environ vingt-six jours, à la température normale de 20 à 25 degrés centigrades, ne donneront leurs papillons que vers le 26 août au plus tard; quelquesunes, environ 6 pour 100, n'écloront pas et passeront l'hiver avec celles des cocons de la génération d'automne. Il y a là, comme pour beaucoup d'autres espèces de Bombyciens ou d'Atlaciens, une prévoyance de la nature, dans ces retards sur l'éclosion normale, afin que, si la seconde génération de l'année venait à manquer son développement, l'espèce ne soit pas anéantie par cette cause. La ponte des papillons éclos en été, l'incubation des œufs et l'éducation des chenilles prenant encore en tout quarante-cinq jours au plus, on aura les seconds cocons de l'année du 30 septembre au 5 octobre au plus tard. Si on ne juge pas à propos de laisser sur ]-es allantes les cocons pour grainage, on les enfilera légèrement, sans percer la chrysalide, en chapelets d'une centaine, qu'on gardera tout l'hiver suspendus dans des chambres sans feu, jusqu'en juin de l'année suivante, en portant en lieu frais si cela est nécessaire pour éviter une éclosion trop prématurée qui pourrait conduire à une troisième génération impossible à mener à bonne fin. On trouve maintenant en France, dans les localités à allantes, des papillons sauvages qui volent le soir en juillet et août; ils se posent sur les troncs d'arbre en tenant au repos les ailes à plat, parfois relevées, un peu bien moins toutefois que VAglia Tau. Dans beaucoup de promenades et de jardins de Paris et de sa banlieue, on voit en hiver des cocons gris de l'A. Cynthia vera qui pendent aux plus hautes branches des allantes et on en a même observé sur quelques allantes du boulevard des Italiens. Les feuilles de l'ailanle sont la nourriture habituelle de cette espèce, polyphage avec prédilection d'un végétal, comme cela a lieu pour la plupart des Attaciens; les feuilles de ricin conviennent tout aussi bien et sont celles que mange habituellement l'.-l. Arrindia, c'est-à-dire l'espèce ou l'ace succédanée des régions méridionales ou indiennes. On a élevé aussi avec succès (Vallée, au Muséum, à la ménagerie des Reptiles)

516 LfiPlDOPTÈÎŒS.

VA. Cynthiavera suv les ïcmWes du chardon à foulon {Dipsacus fullonum, Linn), et Christian Le Doux a obtenu de bcau\ cocons, présentés à la Société d'acclimatation, en nourrissant les chenilles en liberté avec les feuilles du lilas; ces indications peuvent être utiles afin de conserver la race, si l'on n'a pas en temps utile des allantes, mais il est préférable de s'en tenir à ces derniers végétaux, car il n'est pas prouvé, qu'après plusieurs générations sur d'autres plantes, il n'y ait pas dégénérescence des cocons et des papillons. Rien de pareil n'est à craindre avec l'allante ; je possède une paire de papillons de la première éducation faite en France, et ils sont bien plus petils et moins colorés que les sujets actuels, que nous obtenons sauvages ou dans les grandes éducations libres et en plein air sur les allantes.

D'après le P. d'Incarville, ces Vers sont une source de richesse pour la Chine, quoique, écnt-il, « on recueille chaque année une si prodigieuse quantité de soie du mûrier, qu'au dire d'un écrivain moderne, on pourrait en faire des montagnes ». Cette éducation se fait en plein air, sur des plantations d'allantes, que le P. d'Incarville avait pris pour une espèce de frêne, et sur des plantations de Fiujara, arbre nommé tché ou ye-sang par les Chinois, qui est également cultivé dans ce but. D'après un traité chinois sur la manière délever et de nourrir les Vers à soie, ce sont de petits arbres qui n'ont ni la feuille ni le fruit du mûrier. Le fruit ressemble au poivre {Fagara piperata). Les branches, épineuses et épaisses, viennent naturellement en forme de buissons. Ces arbres se trouvent bien d'être sur des coteaux et y forment une espèce de forêt. Il y a des Vers à soie qui ne sont pas plus tôt éclos dans la maison qu'on les porte sur ces arbres, où ils se nourrissent et font leurs cocons. Ces Vers campagnards et moins délicats deviennent plus gros et plus longs que les Vers domestiques, et quoique leur travail n'égale pas celui de ces derniers (les Vers à soie du mûrier), il a pourtant son prix et son utilité; c'est de la soie produite par ces Vers qu'on fait les cordes des instruments de musique, parce qu'elle est forte et résonnante. Les arbres tché ou mûriers sauvages ne sont pas sans demander certains soins. Il faut ménager, dans ces petites forêts, quantité de sentiers en forme d'allées, afin de pouvoir arracher les mauvaises herbes qui croissent sous les arbres. Ces herbes sont nuisibles en ce qu'elles cachent des insectes et surtout des reptiles, friands de ces gros Vers. Ces sentiers sont encore nécessaires afin que les gardes parcourent sans cesse le bois, ayant, le jour, une perche à la main ou un fusil pour écarter les oiseaux ennemis de ces Vers, et battant, la nuit, un large bassin de cuivre, ou un tam-tam, pour éloigner les oiseaux nocturnes. On doit prendre cette précaution chaque jour, jusqu'au temps où l'on recueille les cocons travaillés par les Vers. Ces citations du P. d'Incarville nous montrent que l'^l. Cynthia ve.ra est en Chine l'objet d'educatiuns à demidomestiques et surveillées.

Il faut de 2390 à 2ûà0 cocons du Ver de l'ailante pour faire un poidi

AITACUS. 517

de 1 kilog. comprenant, oulre la soie, de la gomme et les peaux de chenille et de chrysalide. Il paraît qu'en Chine on a quelquefois obtenu une véritable filature en soie grùge de ces cocons, car. parmi les échantillons de tissus envoyés autrefois à Turin par le P. Fanfoni, il y en a plusieurs qui sont tissés avec de la soie continue ou gn-ge demeurée à l'état écru et qui a conservé la couleur grise de la bourre des cocons de l'allante. En général on traite les cocons naturellement percés des A. Cynthia vora et Arrindia comme les cocons percés du Ver à soie ordinaire, on les carde et on en obtient de la bourre de soie tout à fait analogue à celle que donnent les cocons de Snicaria mort qui ont servi à faire de la graine et dont les papillons sont sortis, en trouant un des bouts. Cette bourre, de couleur gris de lin, filée à la quenouille ou avec des machines, donne un fil tordu ou filoselle, semblable, mais plus lustré, à celui que les fabricants connaissent sous les noms de galette et de fantaisie, et dont notre industrie fait une grande consommation pour fabriquer, en le mêlant au (;oton, au lin et à la laine des tissus d'un emploi universel, connus sous le nom d'étoffes de fantaisie, fabrication surtout très considérable à Uoubaix, à Nîmes et à Lyon. On sait que la galette est le fil fabriqué avec toutela matière soyeuse des cocons percés du Ver du mûrier, après cardage. Cette matière soyeuse est composée, par conséquent, des couches externes et grossières des cocons, et aussi des couches intermédiaires et internes, qui constituent la plus belle soie. [>a fantaisie ou chappe est le fil que l'on fabrique avec les déchets de filature appelés frisons et bassinais. Les premiers sont la portion extérieure la plus grossière des cocons, que la fileuse enlève à la main avant d'arriver à trouver le brin de soie fine, et les bassinats sont les restes des cocons dévidés qui tombent au fond des bassines quand toute la belle soie a été convertie en grège. Après cardage et fermentation décolorante on obtient une bourre, qui est filée mécaniquement, mais qui est de qualité inférieure et de moindre prix que la galette, puisqu'elle n'est presque entièrement composée que des parties les plus grossières des cocons. Guérin-Méneville avait établi, à Joinville-le-Pont, près de Paris, un établissement qui comprenait une plantation d'allantes et une petite filature pour la production de Vailantinc ou filoselle des cocons cardés du Ver de l'ailante. Un peut voir, à la Société d'acclimatation et ailleurs, des étoll'es tissées avec cette ailantine. La bave des cocons d'allante est double, comme celle du Sericaria mori, mais d'un diamètre inférieur, le plus souvent à deux centièmes de millimètre (Duseigneur); elle est aussi })lus plate, ce qui prête à plus de reflets. D'après M. Cornalia, le diamètre du brin de soie ordinaire ou du Ver du mûrier est aussi de deux-centièmes de millimètres, et celui du brin de la soie du ricin, ou A. Arrindia est de trois-centièmes de millimètres. La force de la soie du type Cynthia est considérable et pour ainsi dire proverbiale, puisqu'on lui attribue la grande durée des vrais foulards de l'Inde, qui en sont presque exclusivement composés. On lit à ce

sujet, dans le journal de la Société asiatique du Bengale, janvier 1837 : «La soie de cette espùce (Ver du ricin) n'a pas encore été dévidée et on a été obligé de la Hier comme du coton. L'étoffe qui en est faite est, en apparence, lâche et grossière, mais elle est d'une durée incroyable. La vie d'une seule personne suffit rarement pour user un vêtement de cette espèce, de telle sorte qu'une même pièce d'étoffe passe souvent de la mère à la fille (lettre d'Atkinson à M. Roxburg, 1802). » Le P. d'Incarville, en 17ZiO, dit, en parlant de la soie produite par les Vers de l'ailante : « la soie qu'ils donnent est d'un gris de lin, dure le double

de l'autre au moins et ne se tache pas si aisément Les étoffes qu'on

en fait se lavent comme le linge. Si l'on se met en France à élever des Vers sauvages, l'industrie française trouvera bientôt tout ce qui est propre à faire tirer un excellent parti de leur travail. » Comme l'acclimatation en Europe et particulièrement en France de 1'^. Cynthia vera est parfaitement établie aujourd'hui, on voit tous les avantages que peut nous procurer cette nouvelle matière textile. Il ne faut attribuer son manque d'emploi qu'à l'apathie et à la routine si enracinées chez nos filateurs du midi de la France.

Il paraît, avons-nous dit, que les Chinois ne savent pas dévider en soie grège, du moins dans la plupart des régions de leur vaste pays, les cocons de 1'^. Cynthia vera.he. dévidage continu est cependant possible; il a été réalisé, sur les cocons à sec et non dans l'eau, au moyen d'appareils spéciaux et des brevets ont été pris par M. le docteur Forgemol et par madame de Pages, née de Corneillan; ces brevets, tombés maintenant dans le domaine public, sont restés lettre-morte pour l'industrie. Une découverte capitale de Christian le Doux, permet de rendre ce dévidage pratique et de l'opérer à la môme bassine et avec les mêmes ouvrières que pour les cocons de Sericaria mori. Il s'est d'abord servi d'ampoules ou chrysalides en caoutchouc, introduites dans les cocons ouverts et les faisant tomber au fond de la bassine, de sorte qu'on les agite et qu'on saisit le fil à la façon ordinaire ; mais il y avait là une main d'œuvre de plus, et cela suffisait pour rebuter nos filateurs du midi de la France, qui sont les plus routiniers de tous les industriels. Christian le Doux est arrivé à résoudre complètement le problème ; les cocons ouverts sont maintenus à la surface des bassines, dans la couche d'eau chaude supérieure, au moyen d'une toile métallique, qui les empêche de tomber au fond dès qu'ils sont remplis d'eau, ce qui ferait casser le fil. Le dévidage est très aisé, après un décreusage convenable. En avril 1879, Christian Le Doux a montré à la Société d'acclimation des cocons du Ver de l'ailante, préparés par son procédé de décreusage et sur lesquels on pouvait voir, formant comme une frange, les fils, repliés qui obstruent la partie du cocon laissée ouverte par la chenille pour la sortie du papillon, élablissanl une fois de plus que le fil du Cynthia est continu, comme celui des cocons fermés du Sericaria mori, des Attacus Yama-mm, Pernyi, Mylitta, Polyphemus, etc. Le fil de ces

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cocons préparés se détachait au simple contact des <loigts ; il y avait en outre des pelettes ou fins de cocons, pour démontrer que le cocon peut se désagréger entièrement, des frisons pour filateurs de bourre de soie, et enfin une échevette de soie grège tirée à la bassine. 11 est fort à désirer qu'une compagnie industrielle exploite le procédé Christian Le Doux, car elle aura le double profit de tirer parti d'une fort belle soie et de mettre en culture d'allantes des terrains négligés jusqu'ici et de très faible valeur, qui pourront acquérir ainsi un prix élevé.

Un fait important et qui tend à prouver que les A. Cijnfhia vera et Arrindiaaoni deux races d'une même espèce, c'est qu'on a pu obtenir des hybrides indétiniment féconds, en prenant le mâle et la femelle soit dans un type soit dans l'autre. Les premiers essais d'accouplement furent faits en septembre 1858, au Muséum, dans la ménagerie des Reptiles et sous les soins du gardien Vallée, et, le 2 novembre 1858, Guérin-Ménerville présentait à l'Académie des sciences des métis à l'état de chenilles et filant leurs cocons. Au premier ci'oisement, les œufs pondus par la femelle de Cynthia vera, fécondés par un mâle Arrindia, ont ressemblé complètement à ceux de Cynthia, car ils étaient tous tachetés de noir, tandis que ceux qui ont été pondus par la femelle Arrindia, accouplée avec le mule Cynthia, étaient demeurés entièrement blancs. Les chenilles des deux pontes présentaient toutes l'ensemble des caractères de l'espèce Cynthia vera, la couleur des cocons produits par ce premier croisement a tenu beaucoup plus de celle du vrai Cynthia, les papillons ressemblaient presque entièrement à ceux du type Cynthia, sauf le ventre, dont les touffes blanches étaient plus grandes, comme s'il y avait là une tendance à prendre le caractère d' Arrindia, qui a l'abdomen tout recouvert de poils blancs. Ces papillons mélis ont été féconds entre eux et leurs produits n'ont pas tardé, après quelques générations, à revenir au type Cynthia vera. Comme ils étaient plus vigoureux que les deux types purs, Vallée, dans ses éducations au Muséum, leur donnait la préférence et en a élevé la descendance pendant plus de dix ans; il a lâché en liberté beaucoup de papillons dans le jardin, de sorte qu'on peut dire que les papillons sauvages de l'ailanle qu'on trouve encore dans les squares et jardins de tout le quartier du Jardin des Plantes et dans ce jardin lui-même, probablement aussi ceux de Montrouge et d'autres localités de la rive gauche de la Seine ont pour origine ces métis. Le Ver à soie métis de l'allante et du ricin a été introduit à .Montevideo par les soins de Guérin-Méneville, et on peut dire (ju'il y a là un des beaux succès dont la Société d'acclimation de Paris doive se glorifier. L'insecte s'y est multiplié d'une manière inouïe et s'accommode fortbien desdeux espèces de ricins naturelles au pays. Les cocons présentent une consistance et un poids supérieurs aux cocons provenant d'Europe et même de Chine, et leur soie est devenue une branche commerciale du marché de la région. Ces croisements n'ont pas été repris en France et n'y ont pas d'importance. En effet, bien que la ciu'ysalide tiu métis reste inactive tout l'hi-

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ver, ce qui permet de conserver la race sans être obligé de faire des éducations en serre encettesaison, ces métis ont tendance à reproduire plus souvent que l'espèce chinoise et on serait exposé, dans les années chaudes, à avoir trois ou quatre générations, ce qui serait très incommode, vu l'arrivée de la mauvaise saison.

C'est environ quatre ans après le premier élevage de r.4. ArriniUa en France que commença l'introduction de 1'^. Cynthia vera. En novembre 1856, le P. Fantoni, missionnaire piémontais dans la province de Hun-Tung, en Chine, immédiatement après la seconde récolte de cette espèce, envoya des cocons à chrysalides vivantes à MM. Comba et Griseri, à Turin. Ils obtinrent des papillons en mai 1857, quelques œufs fécondés vers lami-juin et de jeunesclienilles quelquesjours après. D'après quelquesindicationsdu P. Fantoni, etsurl'aspect des folioles sèches qui recouvraient certains des cocons chinois, ils présentèrent des feuilles d'ailante aux Vers naissants, ce qui réussit parfaitement; les feuilles de ricin furent mangées également bien. Des cocons de la seconde éducation piémontaise de 1857 furent conservés jusqu'au printemps de 1858 et donnèrent des papillons. I.e 5 juillet 1858 Guérin-Méneville présentait à l'Académie des Sciences des œufs et quelques papillons femelles de cette espèce opérant leur ponte. L'éducation des chenilles provenant de ces œufs fut confiée à Vallée, gardien de la ménagerie des reptiles au Muséum, qui obtint une seconde génération en automne. Fn 1859, Vallée en obtint, à la chaleur constante de cette ménagerie, trois générations, de mai a juin, de juillet à août, de septembre à octobre. C'est par milliers d'individus que dès cette année 1859, l'espèce fut élevée en France par diverses personnes. En 1859 et 1860, le comte de Famote- Baracé consacra à l'élevage en plein air plusieurs hectares de terrain. Des essais furent entrepris, sur une vaste échelle, au domaine impérial de Lamotte-Beuvron. Fn 1861, on avait, sur un grand nombre de points de la France, plusieurs centaines de mille individus et plus d'un million d'œufs. Guérin-Méneville opérait des éducations au bois de Boulogne sur un taillis d'allantes, puis les continuait définitivement dans un établissement spécial destiné à la production de Vailantino, ou soie cardée de r^. Cynthia vera, à Joinville-le-Pont, près de Vincennes. On pouvait y remarquer avec quelle facilité les allantes se développaient dans un très mauvais terrain; à la fin de 1862 des allantes taillés au pied au printemps, avaient crû de 1 à 2 mètres. Des semis d'allantes, qu'on avait soin de tenir à l'état nain, étaient disposés en rangées parallèles. Fes Vers s'y nourrissaient en liberté, et des allées, ménagées entre les rangées, permettaient de récolter facilement les cocons. On avait soin, k Joinville-le-Pont, de faire la chasse aux (iuêpes avec de grands filets de toile, car ce sont les seuls ennemis redoutables des chenilles, et aussi des papillons qu'on rentrait à la chambre pour la ponte. Ce sont les jeunes chenilles qui sont dévorées, une fois fortes, elles ne craignent plus ces insectes. Fes (iuêpes, peu redoutables pour la première éduca-

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tion, constituent, au contraire, un obstacle considérable à la seconde. Au printemps elles sont très peu nombreuses, car il n'existe alors que les mères (jui ont hiverné; mais, en été et en automne, leur innombrable postérité exerce sesdévastalions. I/eil'et désastreux des Guêpes, trèsprave pour les petites éducations près des lieux habités, devient insi<;nifiant pour les grands élevages loin des villes. Kn 1862 une éducation de VA. Cynthia vera fut faite avec succès par M. Gaze, près de Barcelone, sur des ailantes plantés au bord d'une des promenades les plus fréquentées. En omettant beaucoup d'essais en petit, nous devons si^rnaler M.de Milly, dans les Landes, près de Mont-de-Mai'san. tin 1802, il faisait placer sur une haie d'allantes, longue de 500 mètres et bordant une grande route environ, cinquante mille Vers, et, malgré quelques larcins, il obtenait 97 kilogrammes de cocons frais. Il consacra pendant plusieurs années de grands terrains à la culture de l'allante et de son insecte et ne cessa ses tentatives que rebuté par la routine de nos fîlateurs et l'absence de débouché industriel pour la matière [)roduite. Des éducations en grand furent également faites pendant plusieurs années par .M. Givelet, au château de Flamboin (Seine-et-Marne), avec de vastes plantations d'ailanles. Il obtint une médaille d'or à l'exposition des insectes de 1865 ; il avait e\posé une sorte de chalet en treillis de toile contenant plus de vingt mille papillons de Cyntliia, qui excitaient une curiosité générale, des ailantes eu caisse, des boîtes de ponte, etc. Les élevages cessèrent, par cause majeure, à la guerre de 1870. D'après M. Givelet, la culture de l'allante en sol convenable, mais non en mauvais soi, peut donner un bénéfice un proluction d'ailantine qu'on peut évaluer, selon ses essais à 600 francs par hectare. Ln 186i le docteur Forgemol, de Tournan (Seine-et-Marne), faisait connaître un moyen de dévidage, en fil continu mais non en soie grège, des cocons de VA. Cynthia vera. Après décreusage, le cocon humide était enfilé sur une aiguille verticale (brevetée) et le brin soyeux sur un tour ; comme la résistance du brin est bien plus grande que le frottement du cocon contre l'aiguille, le cocon tourne jusqu'à ce qu'il soit épuisé de tous ses brins. L'appareil Forgemol, expérimenté en public dans diverses expositions, n'a jamais été appliqué en grand et son brevet est périmé. Nous avons vu que ( hrislian Le Doux au contraire a su dévider en soie grège, avec croisade d'un nombre déterminé de brins et au moyen des bassines ordinaires les cocons de VA. Cynthia vera.

Tout ce qui a été dit précédemment pour d'autres Attaciens nous permet d'être très bref relativement à l'élevage en France du Ver de l'ailante qui doit s'opérer à l'air libre sur taillis d'allantes, ce qui est bien préférable à l'éducation sur rameaux d'allante dans des carafes d'eau surtout si elle se fait en chambre ; elle serait suivie ou de flacherie ou de dégénérescence. Les (eufs sont placés dans des cornets de léger carton, adaptés çà et là autour des branches, et le mieux est d'abandonner dès l'éclosion les petites chenilles à leur instinct.

Une seconde espèce très voisine, probablement une race méridionale, est VA. Arrindia. Milne-Edwards, le Ver à soie du ricin. Il y a peu de différences comparativement à l'insecte précédent. L'œuf est entièrement blanc et la chenille entièrement et uniformément verte, sans points noirs, ni coloration d'un jaune vif à la tête, aux pattes et au dernier segment; le cocon, ouvert et de même forme que celui de l'espèce précédente, est un peu plus petit et plus faible en soie, et d'un roux très vif et non d'un gris de lin. Le papillon est aussi de dimensions un peu moindres, l'abdomen entièrement couvert de poils blancs en dessus uniformément et non par petits bouquets, la large ligne qui suit extérieurement la ligne blanche partageant les ailes en deux portions est d'un gris terne, et les quatre lunules centrales des quatre ailes plus étroites et plus courtes. Cette race ou espèce vit normalement et de préférence sur les feuilles de ricin et ses générations se succèdent continuellement de sept à douze fois dans la même année, selon la température. Hugon et Helfer ont donné quelques détails sur l'éducation du Ver de ricin dansl'lndoustan etl'Assam. Comme pour la chenille du Sericaria mori, elle a lieu dans des endroits fermés et principalement avec les feuilles du Riciîiiis palma Christi, qui donne les chenilles les plus fortes et les cocons les plus soyeux. La chenille mange aussi la feuille du mûrier et celle de divers arbes spontanés de l'Indoustan et de l'Assam, mais avec moins de prédilection que le ricin, qui est la seule plante qu'on cultive dans cette intention. Il n'est guère de paysan qui n'en possède une petite plantation auprès de sa maison ou dans les haies qui entourent ses champs. L'arbuste n'exige que quelques sarclages et doit être renouvelé tous les trois ans. llugon a donné quelques renseignements relatifs à l'Assam ; d'après lui les tribus des montagnes qui viennent s'établir dans la plaine aiment beaucoup à manger les chrysalides de l'A. Arrindia; on perfore les cocons, trois jours après qu'ils sont terminés, pour les en retirer. On obtient la soie en faisant bouillir les cocons à feu lent dans une solution potassique, jusqu'à ce que la soie se détache avec facilité. On les retire alors du feu, on en exprime l'eau doucement, puis on les prend un à un à la main et on les dévide par une extrémité. On convertit cette soie en échevaux, à l'aide d'un petit instrument de bois, et elle est prête à être tissée ou teinte. Le lissage de cette soie est pareil à celui du coton, et les étoffes ainsi obtenues se consomment presque exclusivement dans le pays.

Le Ver du ricin, à générations rapprochées, est venu par étapes de l'intérieur de l'Inde à Calcutta, de Calcutta en Egypte, de l'Egypte à Malte, de Malle à Turin et enfin en France, où l'insecte fut élevé pour la première fois chez M. Milne-Edwards et provenait d'œufs envoyés d'Italie à M. Decaisne. L'éducation eut lieu avec la feuille de ricin dans le premier semestre de 18ôZi, et, le 28 août, M. Milne-lidwards présentait à l'Académie des Sciences, des cocons français de cette espèce et d'autres, dus à M. Griseri et adressés par M. le duc de Guiche, ambassa-

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deur de France à Turin, M. Griseri avait nourri ses chenilles avec la laitue, le saule et la chicorée sauvage, aussi bien qu'avec le ricin. Ces premiers essais, auxquels coopérait M. H. Lucas, furent communiqués par ce savant entomologiste à la Société entomologique de France (9 août et 1k septembre ]83/i). La môme année était fondée la Société d'acclimation, et l'importation du Ver à soie du ricin appela immédiatement son attention. Les premières éducations entreprises par cette société datent d'octobre 1854 et furent, avec l'autorisation administrative du Muséum, confiées à Vallée, sous la direction de Guérin-Méneville, en profitant de la température constante delà ménagerie des reptiles. La Société d'acclimatation fit faire des envois successifs de cette espèce, ainsi à Fernambouc en 1856, et en 1857, cinq générations brésiliennes étaient obtenues, en Algérie en 1856 et 1857, aux îles Canaries, au Sénégal, à la Nouvelle-Grenade, en Egypte, à la Havane, en Portugal, en Syrie en 1857, sans parler de nombreux dons en France et en Europe; en 1857 la Société fit distribuer vingt-cinq mille œufs. Ces essais n'ont absolument qu'un intérêt historique, car l'espèce ou race Arrindia a depuis longtemps disparu de l'Lurope, par l'impossibilité de nourrir en hiver les générations polyvoltines et de conserver le ricin. Ce végétal, qui vif à l'état d'arbuste et même d'arbre dans les pays tropicaux, ne peut se cultiver en France qu'à l'état annuel et herbacé et périt vers la fin de l'automne.

Les îles de la Sonde nourrissent un Attacien du type Cynthia, très voisin des A. Ci/nthia vera et Arrindia, mais notablement plus grand, et dont Snellen van Vollenhoven a fait une espèce sous le nom d'A. Insularis, décrite et figurée par Guérin-Méneville {Revue et Magas. de zool. septembre 1862). il est très possible qu'il n'y ait encore là qu'une race locale. Le Ver des îles de la Sonde a pour végétal de prédilection VErythrinaindica.

Nous avons encore à parler d'un Attacien asiatique très répandu et qui atteint une taille gigantesque dans certaines de ses races. C'est l'A. Atlas, Linn., la Phalène porte-miroir de la Chine et de diverses régions de l'Inde et de l'hido-Chine, des îles Sondaïques et Moluques, des Philippines, manquant dans la Mélanésie, c'est-à-dire la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Irlande, les Nouvelles-Hébrides, les Fidji, et aussi en Australie. Le papillon est figuré par les anciens iconographes, Linnœus, Sél)a, Pétirer, etc., enfin par Cramer et Olivier, qui signalent la variété à deux taches nacrées aux ailes supérieures et remarquent que le corps est très petit par rapport aux ailes, et les antennes très dissemblables dans les deux sexes, celles des mâles beaucoup plus touffues que celles des femelles. Cramer dit (juc, cette grande etbcdle Phalène semble être fort counnune à la Chine méridionale, car on trouve ordinairement deux et souvent plus de ces porte-miroirs dans les boîtes à papillons qu'on reçoit de ce pays. Le port de Canton est le siège d'un grand commerce d'objets dits de curiosité, et où sont les boîtes de ce genre. L'adulte varie beau-

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coup pour la grandeur, le mâle, d'ordinaire plus petit que la femelle, ayant de '22 à 27 centimètres d'envergure. Le corps est d'un fanve rougeâtre annelé de bandes noirâtres; le thorax fauve, à base très velue et blanche; les antennes sont rougeâlres et bipectinées très inégalement dans les deux sexes. Les ailes supérieures ont un foi't crochet recourbe en fa;icille à leur sommet et dont la couleur est d'un jaune fauve, la base est d'une couleur ferrugineuse un peu grisâtre et se termine par une petite base inégale blanchâtre, le bord postérieur des mêmes ailes a une ligne noire ondée: le disque de l'aile est fauve, ferrugineux; au milieu se voit une tache transparente, sans couleur ni écailles, grande et triangulaire, bordée de noir; parfois cette même aile a une seconde tache vitrée, plus petite, oblongue, transparente et sans couleur, également bordée de noir, placée vers le bord externe de l'aile; on aper. çoit une bande blanchâtre, que sépare et divise en deux le disque ferrugineux; elle offre extérieurement une bande rosée et intérieurement une bande noire; enfin elle est suivie extérieurement d'une large bande d'un noir bleuâtre pointillée de blanc. Les ailes inlérieures, assez prolongées à leur angle postérieur, ressemblent beaucoup, par le dessin et la couleur aux ailes supérieures. On y voit la même tache transparente ou vitrée, triangulaire et bordée de noir, placée au milieu de la partie rougeâtre, et, de même qu'à l'aile supérieure, entre deux bandes noires sinnées. On trouve au bord postérieur une bande ondulée d'un même jaune fauve que le crochet supérieur des ailes de devant, et aussi une ligne noire ondulée analogue à celle du bord postérieur de l'aile supérieure. La coloration et le dessin du dessous des ailes ont une grande ressemblance avec le dessus, mais les tons sont plus clairs. La bande blanche du disque est plus large et marquée tout le long d'une ligne rouge-fauve. En outre, la portion du disque de l'aile au delà de cette bande est parsemée de petits points jaunâtres, plus abondants et mieux marqués qu'au-dessus de l'aile. La femelle est d'un ton général plus pâle que celui du mâle, avec les bandes et les lignes moins accusées.

Les œufs de cette espèce sont elliptiques, légèrement déprimés, ayant 3 millimètres dans leur plus grand diamètre et 2,5 dans leur pluspetit, ce qui nous les montre un peu plus petits que ceux de 1'^. Yama-mcu, Us sont d'une teinte rosée, avec de larges taches longitudinales brunes. Leur surface, vue à la loupe, est criblée de points enfoncés très serrés et très réguliers. Les chenilles paraissent très polyphages; des amateurs les ont nourries aux Indes et avec succès avec des feuilles de pommier. En France et en Angleterre elles ont été élevés avec des feuilles de Berbéris épine-vinette, de saule, de prunier cultivé. En éclosant, les petites chenilles, longues d'environ 5 millimètres, paraissent noires, a\ec de très nombreuses épines blanches; mais en réalité elles présentent .sur un fond blanc des bandes trans\ erses noires disposées par paires sur chaque segment et interrompues sur le dos. Plus tard, .-iprès les mues, ces chenilles ont un autre aspect. Le fond est d'un vert grisâtre, les

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épines épaisses el d'un blanc bleuâtre, le corps tout recouvert d'une sécrétion cireuse d'une blancheur éclatante. Il y a des taches routes autour des épines de certains segments, taches qui disparaissent au dernier âge ; après la quatrième mue les quatre épines du jircmier anneau et les épines caudales ont disparu, les épines du milieu des deuxsegments suivants ayant déjà disparu après la troisième mue; à leur place sont des tubercules qui sécrètent par ''de petits trous, si on irrite la clienille, un liquide clair un peu verdàlre, d'odeur analogue à celle du feuillage qui a nourri la chenille; lors des mues on voit très bien les nouvelles épines se séparer des anciennes dans lesquelles elles étaient emboîtées. Uy a deux taches remarquables qui persistent toujours sur les pattes anales; elles sont bleuâtres, bordées d'un triangle d'un rouge orangé vif. A toute sa taille la chenille, prête à filer, est un peu plus grosse que celle de VA. Yama-maï el longue de 8;i 9 centimètres. D'après M. i^oujade, qui a eu soin de recueillir et de bien compter toutes les dépouilles, la chenille de VA. Atlas a cinq mues et par suite six âges avant la chrysalide. Pendant toute l'éducation il est bon d'arroser les chenilles plusieurs lois par jour avec de l'eau pulvérisée, l'allés sont très lentes et demeurent très tranquilles, ne passant d'une branche à l'autre que lorsque les feuilles de la première sont épuisées. Soit qu'elles mangent, soit qu'elles se reposent, elles se placent toujours sousles branches et très souvent la tête en bas. Comme beaucoup d'autres chenilles, elles dévorent presque toujours la vieille peau qu'elles viennent de quitter. Pour faire son cocon, la chenille clittisit une ou plusieurs feuilles dont elle fixe solidement les pellicules en les entourant de soie, absolument comme la chenille de VA. Cynthia vera. Le cocon très opaque, assez dur, et d'une s. le brillante, d'abord blanche, puis devenant terne et d'un roux clair, d'une couleur analogue à celui du ver de l'allante. La forme du cocon, assez irrégulier et bien plus gros, est également analogue ; l'ouverture en nasse est placée du côté du pédoncule de la feuille d'enveloppe. Le poids du cocon vide est, en moyenne, de 2 grammes. La soie qui compose ce cocon est très solide, et, d'après le P. Armand David, les Chinois s'en confectionnent des ceintures très résistantes. La chrysalide de r.4. Atlas est d'un brun rougeàtre assez vif; elle ofl're l'abdomen comme renflé, plus large que le milieu du thorax, terminé brusqiement en une petite pointe obtuse. Le cocun qui l'entoure a été figuré pour la première fois en P'rance par Laporte {Actes de la Soc. linn. de Bordeaux, 1830, t. IV, p. 153, pi. 1, fig. 2 et 3.)

VA. Atlas a été élevé en France, à Arras, par M. Braine, de 1869 à 1872, provenant de cocons envoyés de Mussorée, dans les monts Himalaya; les papillons, éclos en juillet 1868, eurent quelques accouplements. Les œufs, qui passèrent l'hiver, donnèrent des chenilles au commencement de juillet 1869, et l'éducation, qui dura deux mois, à l'état de chenille, produisit de magnifiques cocons, admirés à l'Lxposilion des Insectes de 1872. Pendant les années 1869, 1870, 1871 et 1872, les éle-

vages furent faits en plein air, en été, sur des pieds d'épine-vinette à fleur rose. M. Braine élevait une race à deux taches vitrées à l'aile supérieure. En 1878 l'espèce fut élevée à Londres par M. P. H. Gosse, en juillet, avec des œufs provenant de papillons issus de cocons envoyés de Bangalore, au sud de l'Inde. Eu 1878 également, M. Poujade, à Paris, tenta une éducation avec des œufs de la même provenance, envoyés par M. A. Wailly, et qui furent confiés à M. Poujade par la Société d'acclimatation. L'élevage, contrarié par le climat, dura du commencement d'août à la fin d'octobre. Dans ces deux éducations on alla jusqu'au cocon et à la chrysalide, mais on n'obtint pas de papilons. Il y a un grand intérêt à remarquer que l'espèce, dans les régions chaudes comme celles du sud de l'Inde, se comporte comme chez nous les A. piri et carpinl. Les œufs éclosent peu de temps après la ponte, et la vie latente de longue durée est celle de la chrysalide. Au contraire, dans les sujets de l'éducation de M. Braine, ce sont les œufs qui ont persisté longtemps, comme pour le Ver à soie du mûrier et pour l'A. Yama-maï. Cela doit tenir à un climat plus froid et appartient peut-être en propre à la race de l'Himalaya. 11 est bien peu probable, en raison de la provenance de pays à climats bien plus chauds, qu'on puisse acclimater cette magnifique espèce en Europe.

Nous ne devons pas quitter les Attaciens asiatiques sans dire un mot d'une quatrième espèce de Ver à soie du chêne, qu'on peut appeler Ver à soie du chêne de l'Himalaya, et dont le papillon ressemble à 1'^. Yama-ma'i; c'est l'A. Rotjlei, Moore. En avril J86/i (C. R., 186Û, lviii, p. 7Zi2j vingt cocons de cette espèce furent présentés à l'Académie des sciences par Guérin-Méneville, à qui ils avaient été envoyés par le capitaine Hutton. Ils provenaient des hauts plateaux de l'Himalaya, sur les frontières du Cachemire. La chenille vit sur un chêne à feuilles épaisses, le Quercus incana, qui a beaucoup d'analogie avec nos chênes liège et yeuse. Le cocon diffère de celui des A. Mylitta, Pernyi, Yama-maï ^a.r son plus grand volume et surtout parce que, à la façon de 1'^. Cecropia d'Amérique, il est entouré d'une enveloppe extérieure {chemise de M. Chavannes) également formée de soie, d'un joli gris clair. Guérin- Méneville dit avoir obtenu 108 œufs, après accouplement des papillons, et il fait remarquer que, le climat des parties élevées de l'Himalaya étant assez froid, on pourra peut-être acclimater l'espèce dans le centre et le nord de la France. M. A. Wailly, à Londres, a essayé plusieurs fois d'introduire cette espèce, mais il n'a pu réussir les accouplements. On peut dire que 1'^. Roylei est à expérimenter presque entièrement à nouveau.

Les Attaciens sont représentés par d'assez nombreuses espèces dans les diverses régions du conlinentalricain. On avait conçu quelques espérances d'utilité commerciale par la découveile d'une espèci; du Sénégal, dont la chenille vit sur le Bauhinia, ce qui a fait nommer l'espèce A. Bauhiniœ, Boisduval, i(iu6rin Méneville. Le cocon, très soyeux et à

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deux robes, est d'un gris perle. Ces cocons ont figuré dans diverses expositions d'insectes séricigènes. iN'ous représenions le mâle de celle espèce du Sénégal, pi. xcjv, fig. 1. I/envergure est de l'iô millimètres., les antennes et les pattes sont jaunes, le corps d'un brun vineux, avec le corselet piqueté de blanc et l'abdomen aimelé de blanc et de brun en dessus, blanc en dessous, avec une ligne au milieu, et trois faciles de chaque côté, sur chaque segment, d'un brun vineux. Les ailes supérieures sont d'un rougeàtre vineux couvert d'atomes blancs, avec l'extrémité d'un brun uni et le bord jautuî-verdritre, traversé par une fine ligne longitudinale très sinueuse et noirrdre. H y a, au delà du milieu, une bande transverse blanche, qui vient se réunir à un grand espace blanc, occupant presque toute la partie inférieure de l'aile. Au milieu du disque et dans l'angle formé par le blanc, se trouve une grande tache ovale, en partie jaune, en partie transparente, cerclée de noir. Un petit œil noir, bordé d'atomes blancs et bleus en dedans, se voit à l'extrémité de l'aile et porte, au-dessus de lui, un zig-zag blanc. Les ailes inférieures sont blanches à la base, puis \ineuses, puis couvertes ensuite d'atomes blancs, avec une bordure orangée dentelée, dans laquelle il y a une rangée de taches noires et une ligne noire plus extérieure. Le bord et la frange sont d'un l)run jaunâtre. Il y a une large bande blanche au delà du milieu, et, avant cette bande, une grande tache ronde et transparente, bordée de bleu, de jaune et de noir. Le dessous des ailes est semblable au dessus. En juillet I86/1, le Muséum de Paris reçut de M. Aubry-Lecomte des cocons de VA. Dauhiniœ, venant du Sénégal. Les papillons arrivèrent à l'éclosion, maison ne put obtenir d'accouplement.

L'n Attacien de l'Afrique australe, (h(s environs de Port-.Natal, a été signalé à la Société entomologique de Trauce par M. Signoret (séance du 8 octobre 18Zj5) sous le nom d'.4. {Bomhijx) Gampiona. La chenille vit sur des Mimosa et se construit un cocon ovale, presque de la grosseur d'un petit œuf de poule, et qui doit être d'un tissu dur et serré, car les naturels l'emploient pour se faire des tabatièies.

D'autres espèces d'Attaciens séricigènes ont été demandées à l'Amérique, mais ne paraissent pas jusqu'ici ofl'rir sous le rapport de la soie autant d'avantages que les espèces asiatiques et surtout que les L5ombyciens du genre Sericaria. Il faut établir une distinction suivant que l'on considère les espèces de l'Améiique du Sud ou celles de l'Amérique du Nord. Les premières appartiennent à des climats trop chauds pour qu'on puisse tenter avec avantage leur acclimatation en France; il faut se contenter pour ces espèces d'encourager leur culture sur place et l'exportation, s'il y a lieu de l'opérer avec profit. Au contraire les Attacieiis de l'Amérique du Nord, surtout ceux des États-Unis (hi Sud, peuvent être l'objet de tenlali\ es raisonnables d'introduction eu lùiroiJC, tentatives quionldéjà réussi pour plusieurs d'entre eux, principalement pour les A. Polyphemus et Cecropia. Cette dernière espèce est essayée

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depuis assez longtemps et avec grande cbnnre de succès complet et prochain, à la façon de VA. Cynthia vera si parfaitement acclimaté en France. Comme pour VA. Arrindia, c'est au Muséum qu'appartient l'initiative. Eu I8Z1O furent envoyés de la INouvelle-Orléans seize cocons à' A. Cecropia, qui furent remis à Audouin. Ils étaient en nasse, c'est-àdire à ouverture naturelle de sorlie du papillon, ressemblant à ceux de notre grand Paon de nuit pour la couleur, mais d'une soie plus fine et miiins incrustée, et fixes selon leur longueur à des branches d'arbre, parfois avec pédicule aplati. Ils ne provenaient nullement d'une éducation en magnanerie, comme le montra avec beaucoup de probabilité à Audouin l'éclosion d'un grand Ichneumonien parasite, un Ophionide Ichneumon Macrurus, Linn., ou Ophion Macrurum, Westvv, mais avaient été ramassés à l'état sauvage. En etfet les yl. Cecropia ne sont pas élevés à la INouvelle-Orléans, mais vivent en abondance dans les bois et leurs cocons sont apportés en grande quantité par les gens de la campagne, et fournissent une soie très estimée, avec laquelle on fabrique des étoffes d'excellente qualité. Les papillons vinrent à éclosion en mai 18^0, s'accouplèrent, et leurs œufs donnèrent presque aussitôt des chenilles, à une temjiérature qu'on maintint toujours de 15 à 20 degrés centigrades. Ce sont les feuilles de prunier, qui, dans de nombreux essais, furent préférées par les jeunes chenilles, celles des pruniers de France tout aussi bien que celles des pruniers de l'Amérique du Nord, qu'offrit l'École de botanique du Muséum. Ces chenilles, tuberculeuses et épineuses comme celles de nos Attacus indigènes, vécurent cinquante-six jours. Audouin éleva l'année suivante une seconde génération provenant des œufs des papillons issus de sa première éducation de chenilles; mais la mort l'empêcha de continuer son entreprise, dont il ne resta au Muséum que le souvenir. En 18/i5, M. H. Lucas, dans le même établissement, reprit ces essais au moyen d'.4. Cecropia, dont quatre cocons lui furent donnés par Doyère et venaient, comme les précédents, de la Nouvelle-Orléans. 11 obtint environ trois cent cinquante œufs d'une ponte et les trois quarts vinrent à éclosion. L'éducation dura un peu plus longtemps que celle d'Audouin; M. H. Lucas observa que, lors des mues, les chenilles tapissaient de soie le lieu où elles se trouvaient et cramponnaient à cette soie leurs pattes anales pour se débarrasser de leur peau. En 18/i7, les tentatives furent reprises en commun par MM. E. Blanchard et H. Lucas sur les A. Cecropia et Polyphemus. Ils constatèrent que la soie de VA. Cecropia est moins belle que celle du Sericaria mori, et que la soie de VA. Polyphemus est presque aussi brillante. Les deux espèces donnèrent des papillons et les œufs pondus furent féconds. MM. E. Blanchard et IL Lucas reconnurent que les chenilles de; VA. Cecropia se nourrissent volontiers des feuilles du mûrier sauvage, de l'aubépine, du prunier sauvage et cultivé, du prunellier et du pommier. C'est le prunier cultivé qu'elles ont paru préférer, sans toutefois qu'elles ne puissent très bien s'accommoder des végétaux

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précédents. Les feuilles d'alisier, d'abricotier, de poirier leur conviennent beaucoup moins, et il serait fort difficile de les élever avec l'orme, le cerisier, le saule. Les chenilles de VA. Polyphemus vivent particulièrement sur les chênes et mangent aussi les feuilles de peuplier. A propos (le ces essais communiqués à l'Académie des sciences, M. E. Blanchard iit remarquer avec beaucoup de raison le côté avantageux de l'introduclion de nouvelles espèces séricigènes. Le Ver à soie ordinaire se nourrissant exclusivement des feuilles de mûrier, il faut avant tout cultiver cet arbre et y consacrer de vastes terrains qui représentent une valeur considérable. Au contraire, les Attacus de rAmcri(}ue du ^'o^d vivant parfaitement de végétaux à feuilles inutiles jusqu'ici, on pourrait facilement les élever au voisinage des bois ou dans les endroits à nombreuses haies de clôture. De la sorte les gens les plus pauvres pourraient nourrir sans frais les nouveaux Vers à soie, car les soins à donner aux chenilles ne demandent que bien peu de temps chaque jour, pendant linéiques semaines seulement, et seraient l'affaire de femmes et d'enfants ou autres personnes incapables de se livrer à un labeur pénible. Ces Attacus restant en chrysalides de la fin de l'été au mois d'avril ou de mai de l'année suivante, on peut les apporter très facilement d'Amérique en hiver, ou les conserver en France sans frais dans la saison où il n'y a pas de feuilles. Les œufs pondus au printemps éclosent en quelques jours, et les chenilles croissent rapidement en été.

L'A. Cecropia, Lion., du sous-genre Hyalophora ou Samia, le Ver à soie du prunier, offre un papillon à peu près de la taille de notre Grand Paon de nuit et d'un très bel aspect. Les antennes, bipectinées dans les deux sexes, sont presque noires, la tête rouge, les yeux bruns, le corselet entièrement rouge avec le collier d'un blanc un peu jaunâtre. En dessus le fond des ailes est très foncé; la bande transversale des supérieures est presque entièrement d'un rouge brique vif; on distingue à peine une partie interne d'un jaune d'ocre clair ou blanche, plus développée à la base. A la base de chacune des ailes supérieures, on observe encore une tache rouge fondue, partant du corselet et semblant continuer les ptérygodcs, s'étendant jusqu'à la première bande transversale, qui est d'un gris perle foncé et bordée en dehors de noir. La base des ailes inférieures est plus large et plus nette de coloration qu'aux supérieures, plus franchement double, rouge en dehors, blanche en dedans; elle otTre souvent des rappels des tons rouges et des bandes grises de la base des ailes supérieures. Les quatre taches vitrées discoïdales sont en forme de lunules ou croissants, d'un blanc jaunâtre au centre, rouges en dehors et presque entièrement bordées de noir. L'angle apical des ailes supérieures porte une tache noire ovale, entrecoupée par une demi-circonférence fine, d'un bleu cendré. De cette tache part une ligne sinueuse blanche, atteignant à peu près le sommet de l'aile; sur cette ligne blanche, s'appuient des taches carminées diffuses, et en haut, presque sur la cote, une petite tache noire subtriangulaire. Les

(ilRAKD. m. — 3i

530 LÉPinOPTÈRES.

bandes et lignes marginales des quatre ailes sont d'un gris jaun.ltre ou verdcltre, et rappellent, par la couleur et le dessin, celles des Attacus du groupe Cynthia. Les pattes sont rouges avec les crochets noirs. L'abdomen est fort joli; chaque anneau présente en dessus une bande rouge et une bande blanche, séparées par un filet noir, excepté le premier qui est entièrement rouge et le dernier qui est gris et parsemé de poils rouges et de poils noirs. Sur les côtés de cet abdomen, se trouve une rangée de belles taches brunes, avec le tour noir. En dessus de cet abdomen les anneaux sont bordés de blanc, avec une série de taches rouges entourées de noir. Le dessous du fond des quatre ailes est plus gris que le dessus, et entièrement pointillé de gris jaunâtre clair. La côte des ailes inférieures montre une large bande d'un blanc jaunâtre qui les sépare nettement des supérieures. Les deux sexes diffèrent fort peu, si ce n'est que les antennes sont beaucoup moins larges chez les femelles, et à part quelques individus chez lesquels le noir semble envahir le fond et où les lunules discoïdales sont plus petites qu'à l'ordinaire, l'espèce ne paraît pas varier beaucoup.

Les œufs sont pondus d'habitude au commencement par des papillons éclos peu de jours auparavant et provenant de chrysalides qui ont passé l'hiver dans les cocons. Ces oeufs sont d'un ton jaunâtre, tachés irrégulièrement de brun rougeâtre, comme ceux de la plupart des grands Attaciens, tels que Yama-mat et Pernyi, dont ils ont d'ailleurs à peu près la forme et le volume. Les petites chenilles, qui en sortent vers le milieu de juin, sont entièrement noires avec des tubercules épineux de même couleur. Après avoir rongé la coque de l'œuf, elles commencent à errer sur les branches et les feuilles, entament bientôt celles-ci par le bord, mangeant peu à la fois, faisant toujours de nouvelles entailles. Bientôt, d'après MM. Clément et Berce, qui opéraient en même temps des éducations de môme provenance, s'opère une première mue; les chenilles sont encore noires, avec les mômes tubercules épineux, mais elles présentent déjà deux rangées de petites taches dorsales d'un rouge orangé foncé. Elles diffèrent par conséquent assez peu de celles du premier âge, de sorte, que, si l'on n'a pas observé attentivement cette première mue, elle a pu échapper, ce qui expliquerait comment Audouin et M. H. Lucas n'auraient vu que quaue mues et cinq âges, selon la loi ordinaire, tandis qu'il y aurait réellement cinq mues et six âges, selon M. Clément, ainsi que pour VA. Atlas. 11 faut remarquer que des erreurs sont assez aisées à commettre sur ces points; souvent une chenille qui paraît toute noire à l'éclosion, montre ensuite en grandissant une coloration qui devient visible par l'allongement des anneaux entre les tubercules, car ceux-ci ne grandissent pas. Il ne faut au reste pas attacher une importance capitale au nombre des mues de chenille, qui peut varier quelquefois pour une même espèce, sans doute d'après la nourriture ou d'autres causes. Une chenille abondamment nourrie Irouviu'a plus de matériaux pour se faire de nouvelles peaux. Il y a dans le Scricaria

ATTACUS. 531

mori des races liàtives à trois mues, tandis que le cas ordinaire est celui de chenilles à quatre mues. Toujours d'aprO'sM. Clément, la seconde mue a lieu cl la fin de juin. Les chenilles ont alors changé considérahlement d'aspect; elles sont d'un beau jaune orangé. Les tubercules, terminés par un verticille d'épines, sont encore noirs, ainsi que la tête, les stigmates et les pattes écailleuses, tandis que les pattes membraneuses sont verdritres, souvent tachées de noir. La troisiil-me mue a lieu vers la fin de la première semaine de juillet. La chenille, encore jaune immédiatement après, devient bientôt d'un vert jaune, avec le dos bleu de ciel clair. Elle présente alors deux rangées dorsales de tubercules, dont les quatre premiers sont gros, sphériques, d'un rouge de corail ou carminé, avec une rangée de six épines noires verticillées et une septième épine de même couleur au sommet. La base de ces tubercules est entourée de gros points noirs saillants, quelquefois confluents et ordinairement en même nombre que les épines. Les tubercules dorsaux des segments h, 5, 6, 7, 8, 9 et 10 sont subcylindriques, d'un beau jaune orangé avec des épines noires un peu plus petites que celles des tubercules rouges et disposées d'une façon analogue. Le onzième anneau ne porte qu'un tubercule jaune un peu plus gros que les précédents et placé au milieu, sur le vaisseau dorsal. Les régions latérales offrent deux rangées de tubercules d'un beau bleu turquoise, un peu plus petits que ceux de la région dorsale, et, comme eux aussi, garnis d'épines noires. Les anneaux /i et 5 portent trois tubercules bleus de chaque côté; la couronne des pattes membraneuses est également bleue. A la quatrième mue, vers le milieu de juillet, la chenille a peu changé; elle est d'un vert plus bleu, les tubercules jaunes sont un peu plus clairs, les stigmates foncés, la tête et les pattes d'un vert jaune, celles-ci ayant à leur base une tache noire qui manque souvent; la couronne des pattes membraneuses est toujours bleue. Tout au commencement d'août a lieu la cinquième mue. Le fond de la couleur des chenilles difière peu comparativement aux mues précédentes, mais les tubercules se sont modifiés sensiblement. Les quatre premiers dorsaux sont d'un rouge beaucoup moins vif, seulement d'un grenat clair, les épines sont beaucoup plus courtes et ont l'aspect de petits cônes obtus, tandis que les taches noires, situées en dessous de ces épines, sont au contraire beaucoup plus grandes. Les deux premiers tubercules jaunes sont beaucoup plus volumineux que les suivants; ils ont la même forme que les tubercules d'un rouge grenat et portent des taches noires analogues en dessous des épines, et il en est de même du onzième segment. De chaque côté des tubercules grenats on rencontre quatre tubercules bleus plus gros que les autres et plus sphériques, ainsi que sur le derniei- segment, i^es autres tubercules bleus sont allongés et ne présentent, le plus souvent, qu'une seule petite épine noire à l'extrémité. La tête et les pattes sont verdâtres, les crochets des pattes écailleuses et la couronne des pattes membraneuses sont noirs, elles stigmates d'un blanc bleuâtre

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entouré de noir. Au moment de la filature du cocon, la chenille est devenue plus verte, avec un enduit blanchâtre sur la région dorsale et l'extrémité des tubercules bleus. La filature des cocons a lieu dés le commencement d'août. Jls sont d'un type très remarquable en ce qu'ils sont doubles; il y a toujours à l'intérieur, quelle que soit la forme du cocon externe, un cocon ovoïde, d'un fauve un peu brunâtre, ouvert en nasse à une extrémité, comme ceux des A. piri et Cynthia. Autour de ce cocon est une enveloppe extérieure, dont la forme peut varier beaucoup et dont la couleur est parfois la même que celle du cocon intérieur, parfois notablement plus claire, surtout dans les cocons très volumineux. Le cocon extérieur semble appi'oprié à l'espace plus ou moins grand qui se trouve à la disposition de la chenille, à la place qu'elle a choisie. Il y a des cocons fusiformes, d'un tissu serré, très allongés à leurs extrémités et adhérents dans toute leur longueur aux branches et aux feuilles; d'autres, d'un tissu plus lâche, très élargis, de forme irrégulière, parfois polyédroïde, parfois sphéroïde, atteignant le volume d'un œuf de poule et même au delà. Outre le volume très variable, les cocons peuvent diflerer encore par la couleur; au moment où ils viennent d'être tîlés, ils sont d'un blanc nacré et ne se colorent qu'au bout de quelques jours et quand ils ont acquis une certaine consistance. La coloration, d'un brun ferrugineux ou d'un brun clair vif, commence par le fond du cocon et s'élève lentement, mettant plusieurs jours à se développer complètement. Cette coloration parait produite en partie par les déjections de la chenille, car le cocon semble généralement d'autant plus clair que la chenille s'est vidée complètement avant de filer; en outre les premiers fils, qui entourent le plus extérieurement le cocon, se colorent à peine. Le haut du cocon est ordinairement plus clair que le fond, et, dans tous les cas, il ne se colore que longtemps après. La chrysalide ne présente rien de particulier; elle est d'un brun noirâtre, comme celles de la plupart des Attaciens.

Nous avons indiqué au début les premières tentatives d'élevage en France de VA. Cecropia, forcément interrompues bientôt par la dégénérescence des élevages en chambre. Il en est tout autrement des éducations à l'air libre, et l'on peut assurer que cette belle espèce ne peut tarder à s'acclimater chez nous, à y devenir sauvage et à prendre place dans la faune de nos Lépidoptères indigènes, comme l'-l. Ci/titliia vcra. En opérant dans de meilleures conditions, M. P. Miliière fit un essai d'élevage à Lyon. Les chenilles écloses d'œufs fécondés furent mises en plein air sur un abricotier, dont le tronc était entouré d'eau pour les empêcher de descendre. Les pluies précoces et froides qui eurent lieu cette année (1851) en septembre, les firent presque toutes périr dans le cocon lors de la transformation en chrysalides. De quelques accouplements qui s'en'ectuèrent au printemps de 1852 provinrent des œufs d'où les chenilles sortirent en juillet. Elles fm-ent élevées sur le peuplier d'Italie et produisircat des cocons tout à. fait pareils à ceux

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vonus (l'Amérique; cette seconde génération en France n'avait siil)i aucune dégénérescence et la soie était très forte et très al)ondante. J'ignore parquets accidents cette tentative n'eut pas de suite, et je ne puis qu'indiquer que M. Sommer, à xMtona, a obtenu de cette espèce trois générations successives trois ans de suite. En mai 1861, Vallée éleva r.4. Cecropia au Muséum, et, en 1863, une petite éducation de celte espèce eut lieu au Jardin d'acclimatation du bois de Boulogne. Les éducations ont été reprises en France avec succès dans ces dernières années, grâce aux actifs efforts de M. A. Wailly, de Londres, qui consacre tous ses soins à l'introduction en l'Àirope des espèces séricigènes exotiques. En 1877, M. Bigot a élevé à Pontoise (Seine-et-Oise) l'A. Cecropia, sur des branches coupées de prunellier et d'aubépine, et, en 1878, sur des buissons de ces arbustes à l'air libre; le résultat fut très satisfaisant, l'éducation totale s'opérant en soixante-seize jours, finissan t le 14 septembre, époque un peu tardive vu le climat du nord de la France. En 1878, M. J. Fallou ayant reçu quelques cocons provenant de M. A. Wailly, qui lui furent confiés par la Société d'acclimatation, obtint quelques accouplements et éleva les chenilles qui en provinrent à Champrosay, par Draveil (Seine-ef-Oise). Il essaya diverses espèces de Rosacées, le Prunus spinosa, le Prunus domestica, le Prunus Mahalcb, dont les feuilles ne furent pas du tout entamées, puis les pommier, poirier, cerisier et rosier cultivé, l'églantier et l'aubépine {Cratœgus oxyncantha). Les petites chenilles attaquèrent d'abord les feuilles tendres des rosiers, puis les délaissèrent pour le prunier domestique et pour le cerisier, pour lequel elles montrèrent toujours de la préférence. Elles furent dès lors mises en plein air sur des cerisiers de petite taille, exposés au midi. Les oiseaux ou les guêpes en détruisirent un grand nombre, et M. J. Fallou fut obligé de placer les survivantes dans une grande cage de toile métallique, placée elle-même dans un pavillon constamment ouvert. Elles atteignirent jusqu'à neuf centimètres de longueur, malgré un temps froid et pluvieux qui les retarda jusqu'à la fin de septembre, et les cocons filés furent aussi grands et aussi forts que ceux d'où provenaient les papillons. La même année, et avec des cocons de même origine, eurent lieu des éducations réussies par Berce, à Paris même, et par M. A. Clément, à Paris-Montrouge dans une chambré ouverte d'abord, plus tard au jardin à l'air libre, ces éducations ii'ont pas cessé. Continuées en 1879 et 1880, elles ont donné, sans aucune dégénérescence, des cocons et des papillons pareils aux sujets américains. Les chrysalides, à l'air dans les cocons, ont parfaitement supporté le rigoureux hiver 1879-1880. M. A. Clément a vu que les chenilles ne restent volontiers sur les branches qu'autant qu'elles ont toujours une nourriture fraîche et abondante. Au moment de filer elles marchent beaucoup, et, si on les élève en liberté dans une chambre ouverte, comme il le fit en 187S, on retrouve des cocons derrière les meubles et les objets (jue l'on dt'placi' peu souvent. Les cbcuilles fin-cnl nourries

avec diverses espèces de pruniers et semblèrent préférer le prunier non greiïé. Elles ont aussi mangé les feuilles d'autres arbres fruitiers, tels que : abricotier, pommier, cerisier, pécher et même du rosier; mais, quand elles avaient le choix, elles revenaient toujours au prunier. Les auteurs américains indiquent pour cette espèce le Prunus Pensilvanicus, comme nourriture de prédilection. En 1878 et toujours avec les cocons importés par M. A. Wailly, un amateur, M. Delahaye, essaya les feuilles de peuplier et de prunellier; mais l'éducation éprouva une dégénérescence par suite de cette nourriture ou par d'autres causes.

Nous rattacherons au même type, dans les espèces de l'Amérique du nord, du sous-genre Samia, VA. Prometheus, Drury, qui a été élevé avec succès à Arras.parM. Charles Bureau, en 1880, sur le lilas et à l'air libre ; l'éducation, commencée le 1" août, donnait des cocons dans la première semaine de septembre, ces cocons attachés aux feuilles. On peut aussi fournir aux chenilles des feuilles de cerisier; une très belle paire d'adultes, provenant de cet élevage à Arras, se trouve à la Société d'acclimatation, aussi grands et aussi bien colorés que les sujets d'Amérique ; l'envergure du mâle est d'environ 8 centim., les antennes, noires, très bipectinées, le fond des ailes d'un noir brunâtre, ainsi que le corps, sauf le bout de l'abdomen, d'un brun rosé; ailes antérieures arrondies falquées, traversées par une ligne transverse parallèle au corps, un peu sinueuse, noire, doublée de blanchâtre extérieurement; pas de lunules centrales ; une large bordure d'un gris jaunâtre, avec des lignes ondulées d'un gris noirâtre ; à l'angle apical lavé de rosâtre de l'aile supérieure, un œil noir, bordé de demi-circonférences blanche et noire extérieurement, surmonté d'un zig-zag blanc ; femelle un peu plus grande, d'aspect très différent, avec le fond bien plus clair, d'un brun rosé entre la base et la ligne transverse, puis, en dehors de celle-ci, d'un gris rosé ; mêmes bordure et œil apical; quatre taches blanchâtres, en hachette, non vitrées, vers le milieu du disque de chaque aile, dans la partie foncée, contre la ligne sinueuse transverse; antennes bi-pectinées, moins que chez le mâle, rougeâtres ainsi que l'abdomen ; corselet à longs poils rougeâtres.

Dans le môme type, estunAttacien de Californie, l'-l. ceanoti, Béer, syn £wrj/a/as, ressemblant beaucoup à A. Cecropia, mais de taille moindre, vivant sur le Ceanotus CaUfornica. Les antennes du mâle sont énormes, brunes, à très longues lamelles birameuses, celles de la femelle à lamelles plus courtes, le fond des ailes d'un brun rouge, avec l'œil apical noir pareil à celui de Cecropia, les lunules blanches, non vitrées. Le co con intérieur est brun et assez petit, comparé à l'enveloppe extérieure, qui a la forme d'une poire et dont la couleur est gris de fer; on pourra élever les chenilles en Europe sur les arbrisseaux du genre Hhamnus, le nerprun par exemple, et aussi sur le prunier, le rosier, l'aubépine ; VA. Gloveri, est une rare et magnifique espèce, de l'Arizona et de l'Utah, où la chenille vit sur le saule à petites feuilles étroites. M. A. Wailly a pu

ATTACUS. 535

en obtenir trois cocons à chrysalides vivantes, on 1879. Un entomologiste américain l'a élevé sur le groseillier ; on indique encore le prunier et le rosier comme arbrisseaux avec lesquels on pourra probablement l'alimenter, ainsi qu'avec le saule. 1-e papillon, qui a de 14 à 15 centimètres d'envergure, ressemble beaucoup à 1'^. Cecropia; la principale différence est que la bande du milieu des ailes est d'un beaulslanc , entouré de noir, et que les lunules aussi sont blanches. Le cocon a la même forme que celui de l'A. Cecropia; il est plus petit et d'un tissu serré, avec l'enveloppe extérieure, d'un gris argenté touchant le cocon interne qui est d'un brun très foncé, M. Emile Deschange, de Longuyon (Meurthe-et-Moselle) indique, dans les annonces de la Feuille des jeunes naturalistes, du !<"■ Avril 1881, avoir obtenu des hybrides des A.ceanoti et Gloveri, avec œufs féconds et dont les chenilles s'élèvent sur le prunier.

L'Amérique du Nord nous offre encore un Altacien très intéressant pour nous à divers titres et que nous devons décrire, comme nous le faions pour toutes les espèces séricigènes qui ont déjà été élevées en Europe. 11 appartient au sous-genre Telea. C'est VA. Pohjphemus, Linn., objet de tentatives d'éducation en 1847 par MM. E. Blanchard et H. Lucas. Il présente un cocon fermé au deux bouts et dévidable, à la façon de ceux des A. Yaina-maï ei Perniji; tandis que la soie de ces deux espèces asiatiques est légèrement verte ou légèrement brune, celle de 1'^. Puhjpheraus est blanche sur le cocon. On peut regarder cette espèce comme univoltine dans la région du Nord, ainsi le Michigan et rillinois, où les chenilles vivent sauvages à l'air libre, et comme bivoltine dans les régions plus chaudes ou dans les éducations en captivité à la chambre. Ainsi que le nom l'indique, la chenille est essentiellement polyphage, vivant principalement sur le noisetier et le chêne, se nourrissant bien aussi avec le saule, le bouleau, le noyer, le hêtre, l'orme, etc. L'A. Polyphemus a été élevé à Pontoise par M. Bigot en 1877 et 1878, au moyen de feuilles de chêne sur branches coupées, que les chenilles parurent préférer à celles de saule et de noisetier. En 1877, M. Bigot avait reçu douze cocons, dont les papillons vinrent à éclosion au début de juin. Une femelle de Polyphemus fut mise en accouplement avec un mâle à' A. Pernyi ;msih les œufs ne furent pas féconds. De trois accouplements résultèrent /i/i8 œufs. Les jeunes chenilles vinrent à éclosion du 9 au 15 juillet. 11 y eut un peu de maladie à la fin de l'éducation. Le coconnage eut lieu dans la première semaine de septembre et on obtint 220 cocons. M. Bigot remarque que le cocon est fermé, de la grosseur de celui de VA. Yama-maï, moins allongé, moins bien tourné, très aisément dévidable, avec la soie en médiocre abondance, mais de très belle et bonne qualité. Elle n'est pas précisément blanche, comme on l'a dit d'après la couleur du cocon d'un blanc sale, couleur propre à la matière gommeuse qui le recouvre et qui est sécrétée en très grande quantité ; en réalité la soie garde une nuance qui se rapproche beaucoup de celle de r^. Pernyi. M. Bigot pense que ce nouveau séricigène, cultivé dans le

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Midi, donnerait des résultats bien supérieurs à ceux qu'on peut obtenir sous le climat froid et humide du nord de la France. I/éducation de 1878 se lit également sur branches coupées. Cinquante cocons produisirent leurs papillons dans la première quinzaine dejuin, el environ mille chenilles provenant des œufs pondus firent éclosion du 27 juin au 5 juillet. On n'obtint dans les dix premiers jours de septembre que 50 mauvais cocons. Presque toutes les chenilles sont mortes, soit de pébrine, soit d'une maladie indéterminée qui les tue au cinquième âge, sans caractères extérieurs; la chenille morte ressemblait tout à fait à une chenille endormie, les pattes écailleuses fermées et très rapprochées les unes des autres, la couleur verte conservée jusqu'à la mort, après laquelle la couleur devient grisâtre. Nous espérons bien, vu l'intérêt qu'oflre cette espèce, que les tentatives d'éducation seront continuées moins au nord de la France et entièrement à l'air libre.

En 1878, en juillet, M. A. Waillyaélevé à Londres, dans son jardin, quelques chenilles de cette espèce sur de petits noyers, saules et bouleaux, et il put voir en septembre, sur ces arbres, leurs cocons de soie fine, bien que les feuilles fussent de médiocre qualité. La chenille est réellement magnifique ; à son dernier âge elle est couverte de quarante-huil taches argentées et de huit taches dorées, ces taches d'aspect métallique, celles qui paraissent en dernier étant sur les deux premiers segments. Quand le soleil éclaire cette chenille, dont le fond du corps est d'un vert délicat, avec de petites mouchetures sur le dos. elle semble couverte de diamants. Le papillon de VA. Polyphemus est sensiblement de la taille des A. Yama-mài et Pernyi; le mâle a les antennes à énormes lamelles bi-rameuses jaunâtres; le fond des ailes est d'un gris rougeàtre; l'aile antérieure offre un petit œil noir à l'angle apical et au centre une tache vitrée bien elliptique, le grand axe de l'ellipse parallèle au corps» cette ellipse cerclée de jaune ; à l'aile inférieure est une tache vitrée tout à fait analogue, mais entourée en outre du côté interne d'un large ocelle noir saupoudré de gris bleuâtre ; la femelle a des antennes jaunes bien moindres que celles du mâle à peine bipectinées, le fond des ailes d'un ocreux grisâtre bien plus clair que chez le mâle, les quatrelaches vitrées plus grandes, subcirculaires et non elliptiques.

Parmi les Attaciens séricigènes de r-\mérique du Sud se présente tout d'aboi d une espèce importante par l'éclat et la finesse de la soie d'un cocon très aisément dévidable; c'est l'yl. Aurota, Cramer, plus petit dans les deux sexes que 1'^. Atlas, auquel il ressemble, l'envergure des ailes variant de 190 à 215 millimètres; antennes bipectinées, roussàti'es; corselet poilu, d'un rouge fauve, ayant postérieurement un large anneau de poils blancs; ailes supérieures faiblement recourbées en faucille à leur extrémité, d'un fauve rougeàtre, avec une petite bande blanche coudée vers leur base, doublée extérieurement de noir, et une autre, courte et arquée, au bord interne, sans bordure noire; une tache triangulaire

ATTACUS. 537

vitrée, sans couleur ni écailles, assez grande, est placée vers le milieu de l'aile, le sommet externe empiétant un peu sur la bande légèrement sinueuse qui coupe l'aile à peu près parallèlement au corps; elle est formée, en allant de dedans en dehors, de quatre couleurs distinctes, savoir : noire, blanche, rougeâtre et obscur; ensuite une série de taches triangulaires d'un rose rougeâtre, placées à coté les unes des autres, confondues ensemble par leurs bases, les sommets libres; une petite bande irrégulière, d'un jaune fauve, vers le bord postérieur de l'aile ; ailes inférieures d'un rouge fauve, comme les supérieures, ayant vers la base une petite bande blanche, convexe vers l'intérieur, bordée extérieurement de noir; une tache vitrée transparente au milieu, trigone à sommets arrondis, le sommet externe largement tronqué par la bande transverse sur laquelle il s'appuie ; extérieurement à ce niiroir, comme disent les anciens entomologistes, la même bande parallèle au corps, quadruple et un peu sinueuse, qu'aux ailes supérieures, puis la même série de taches triangulaires d'un rose rougeâtre, enfin, plus extérieurement, la môme bande d'un jaune fauve, mais parsemée de petites taches noires sul)0vales à la suite les unes des autres, comme à l'aile supérieure ; les quatre ailes ofl'rent aux bords latéraux une assez large bande brune et leur dessous est presque de la même couleur que le dessus. La chenille à toute sa taille est verte, avec des lignes transversales d'un jaune vif aux bords antérieur et postérieur de chaque anneau ; ceux-ci n'ont pas d'épines, mais portent chacun quatre tubercules d'un rouge orangé, entourés de petits poils; les stigmates ovales se détachent en blanc, et, au-dessous d'eux, règne une large bande blanche sur les côtés des anneaux abdominaux, au-dessus de l'insertion des pattes abdominales, qui sont vertes et ornées de poils noirs; cette bande latérale est jaune sur les derniers segments. Le cocon de cette espèce est d'un gris plus ou moins ocreux, oblong, avec un pédicule d'attache plus ou moins développé, entièrement soyeux et non corné, faisant parfois à sa terminaison plusieurs tours de spire sur la branche ou sur le pétiole de feuille où il s'enroule; sa longueur varie de 25 à 75 millimètres, et il fait corps avec la partie supérieure de la première enveloppe du cocon, qui est à deux robes, comme celui de VA. Cccropia. Cette première enveloppe est irrégulièrement o\oïde, et son tissu, d'un Hl grossier, assez lâche pour se laisser aisément déchirer à la main et séparer du cocon proprement dit, qui est intérieur; ce dernier est ovoïde, long de 55 millimètres environ sur 25 à 30 de large, appointé à une extrémité naturellement ouverte pour la sortie du papillon; à la façon des cocons de nos A. piri, carphii et spirii et du cocon interne de Cecropia;, c'est à cette extrémité que correspond la tête de la chrysalide, afin que le papillon n'ait pas à se retourner, ce (jui l'exposerait à blesser son corps très mou lors de l'éclosion ; à ce bout, comme d'ordinaire, les fils de soie sont repliés en anses, à la façon d'une nasse, ouverture que le papillon force aisément pour sortir. Les parois de ce cocon se laissent

assez facilement déprimer enlre les doigts, car il est peu incrusté ; on y distingue cinq couches concentriques, dont les plus internes sont plus serrées et d'un fil plus fin. Le cocon est luisant à l'intérieur et parfois saupoudré d'une poussière blanche, qui est de l'acide urique, provenant des dernières évacuations de la chenille, quand elle a terminé sa filature ; la chrysalide est d'un brun rougeàtre et ressemble beaucoup à celle de notre Grand Paon de nuit.

Il est certain que Linnœus et Fabricius connaissaient l'Attacien que nous venons de décrire, et qui devait venir assez souvent chez les amateurs d'histoire naturelle; mais ils le regardaient comme une variété de petite taille de l'.-l. Atlas, espèce asiatique. L'espèce brésilienne est figurée dans l'ouvrage de Séba (t. IV, pi. 57, flg. 56), iconographie confuse où ce curieux de la iiature a représenté, à peu près pèle-méle, tous les objets d'histoire naturelle de son riche cabinet. Sibylle Mérian a assez bien dessiné la chenille, qu'elle observait sur l'oranger dans un jardin de Surinam, fort médiocrement représenté le cocon, et figuré aussi le papillon, sans aucun nom, comme tous les insectes et autres animaux de sa célèbre iconographie (1). L'espèce est désignée pour la première fois sousle noïn d' Aurota,^aT damer {Papillons exotiques, 1779, 1. 1, p. 11 , pi. 8, flg. 1) et assez exactement figurée, avec les belles bandes roses dentelées des ailes bien visibles. Dans son Mantissa insectorum, Fabricius indique, dans son genre bombijx, une espèce qu'il nomme B. Aurotus et qu'il place après ses B. Atlas (1), et Hesperus, mais sa diagnose confuse s'applique aussi bien aux Attacus OEthra, Augias, Spéculum qu'au véritable Aurota. Fabricius dit seulement que son B. Aurotus fait partie de la collection de Hunter. Olivier {Encycl. méth.; hist. desins ; 1790, t. V, p. 25) ne fait, pour son Bombyx Aurote, que traduire le latin du Mantissa de Fabricius pour le B. Aurotus, et dit vaguement que l'insecte se trouve en Amérique ; en réalité il lui est resté inconnu. Il se trompe également, par interversion des caractères, en confondant Aurota de Cramer avec Œthra de Fabricius.

VA. Aurota, un des plus grands représentants du genre en Amérique, est l'espèce la plus répandue au Brésil, commune sur tout le littoral depuis Rio de Janeiro, jusqu'au nord de l'empire et au delà, puisqu'il existe à la Guyane hollandaise, se trouvant aussi dans les provinces centrales, ainsi celle de Minas-Geraes, mais ne s'élevant pas sur les montagnes, du moins celles de la province de Rio-de-Janeiro. L'insecte est polyphage, comme presque tous les Attacus, avec quelques végétaux de prédilection. Tels sont d'abord le ricin, arbre ou arbuste selon le climat, ei qui croît en abondance et spontané dans les pays chauds des deux mondes, supportant des températures moyennes diurnes de -|- 36° à +

(1) Sibylle Mérian, Dissertntio de generutione et metmnorphosibus insectorum Surinaniensvam, 1719; Amsterdam, p. 52, pi. lu, et (latin et français) Histuire générale des insectes de Surinam, etc. Paris, 1861, p. 52, pi. lu.

ATTACCS. ' 539

12". la chenille aime aussi beaucoup la feuille de deux Euphorbiacées : l'une est le Jatrophamanihol, yu\ga.\vemenl le manioc, dont la racine pilée et privée par le lavage de son suc vénéneux donne la fécule nutritive connue dans le commerce sous le nom de tapioca; l'autre est YAnda Gomesi, très énergique purgatif, grand arbre ayant le port du noyer et nommé au Brésil Andou su ou A7ida jassou. Un auteur brésilien, qui a écrit sur VA. Aarofa {Memoria sobre o bicho da seda indij/ena da prooincio do Espirito santo, pur J. J. Machado do Oliveira, travail inséré dans le journal mensuel ; 0 auxiliador da industria nacional,publica do pela Societadc auxiliadore da industria nacional, Rio de Janeiro, IX, p. 361), indique encore divers végétaux brésiliens appartenant aux Loranthacées, aux Malvacées, aux Rutacées. Il faut y joindre l'acajou (Anacardium occidentale), le bambou, le pécher, le fusain, l'oranger, etc. Le papillon paraît pendant toute l'année, en plus ou moins grand nombre, et parcourt les phases de son existence en été en 28 jours, en hiver, par une température moyenne de 16°, en /lO jours. En trois ou quatre nuits successives, les femelles pondent chacune de 200 à /lOO œufs, en rangées isolées de 5 à 10 œufs, fis sont blancs, ovales, aplatis, offrant, après quelques jours, une légère dépression au centre; du huitième au neuvième jour ils prennent une teinte bleuâtre, la dépression centrale disparaît, et ils éclosent du dixième au onzième jour, surtout le matin, fait général pour les Bombyciens et Attaciens et bien connu pour le Ver à soie du mûrier; l'éclosion est retardée de quelques jours si la température s'abaisse au-dessous de 15". Pour peser 1 gramme il faut 210 de ces œufs fraîchement pondus.

L'éducation de cette espèce n'a pas encore été tentée sur une grande échelle, mais a été essayée par diverses personnes en petite proportion, notamment par M. A. Chavannes(l), de I8i0 à ISlili, pendant son séjour au Brésil, et, plus tard, par M. de Capanema. Elle u l'avantage de durer toute l'année et par suite de donner un produit rémunérateur continuel. On peut opérer à la chambre, comme pour le Ver à soie du mûrier, ou bien faire éclore les chenilles, h proximité de la maison, sur les arbres qui leur conviennent. M. de Capanema conseille dans ce dernier cas {liull. Soc. d'acclim. 1872, p. 52/i et 1873 p. 500), pendant les premiers quatre à six jours, d'élever les petites chenilles sur des plantes en pots pour les protéger contre des ennemis acharnés, les fourmis, les guêpes elles araignées, qui les détruisent complètement. M. A.Clia-

(1). D'A. Cliavannes, Mémoire .sur les Saturnies séricifjènes qu'il serait convenable d'introduire en France {Bull. Soc. d'acclim., 1855, t. II, p. 36/i). — Sur les Saturnies séricigènes (même bull. p. 370). — Notice sur les Satuniies sériciyènes et sur leur introduction en Europe {Bull. Soc. Vaudoise des se. natur., séance du 17 janvier 1855). — Mémoire sur quelques espèces de Saturnies sertciyènes du Brésil {Journal de la Soc. Vaudoise d'utilité puf)lique. Lausanne, février 18M, n" 137, p. 46).

5^10 LIPIDOPJÈUES.

vaniiL' çrapporle que le grand ennemi de ces éducations libres, plus commodesqne celles enraagnanerie, est une guCpc brune, très commune à Ilio de Janeiro et dans toutes les sucreries, et qui emporte d'un seul coup les jeunes chenilles, tandis quelle dépèce en plusieurs morceaux les grandes ; ce sont les mêmes mœurs que celles de notre guêpe commune et de la guêpe frelon. Les premiers âges exigent beaucoup de soins, et il est bon d'entourer les jeunes chenilles de manchons de gaze empêchant l'attaque des guêpes. Ces chenilles d'J. Aurota, remarquablement sédentaires en liberté, vagabondent beaucoup plus que le Ver à soie du mûrier, si on les élève dans les chambres, absolument comme celles de r.4. Yama-maï; c'est que ces chenilles sont tourmentées et inquiètes de leur captivité. M. Chavannes cite encore d'autres ennemis que les guêpes. Ue minimes Braconiens ouClialcidiens (Hyménoptères) piquent les chenilles de petites taches brunes et leurs larves jaunâtres, dévorant le tissu graisseux, affaiblissent la chenille au point de l'empêcher de filer son cocon. En outre des Entomobies (Diptères) attaquent ces chenilles en nombre considérable, mais permettent la filature du cocon, non nuisibles sous le rapport de la soie, mais arrêtant la reproduction; presque tous les cocons envoyés par M. de Capanema en 1873 à la Société d'acclimatation étaient remplis despupes de cesMuscides, ce qui explique la non- apparition des papillons. Les adultes de VA. Aurota ne s'accouplent que rarement en captivité. 11 faut laisser les mâles s'envoler en liberté et exposer les femelles en plein air. A l'instar de ce qui se fait au Bengale pour les femelles de l'.l. Mtjlitta, M. A. Chavannes attachait les femelles, sans les blesser, au moyen d'une ficelle passée autour du corselet, entre les deux paires d'ailes et dont les deux bouts sont cloués avec une épingle sur un morceau d'agave, que l'on suspend à l'entrée de la nuit, à une branche d'arbre, dans un lieu abrité du vent. L'accouplement a lieu ordinairement de grand matin, bien que les mâles commencent à voler au crépuscule, et il dure ordinairement jusqu'au soir, si les papillons ne sont pas dérangés. Les mâles qui fécondent les femelles sont, ou bien ceux qui ont été rendus libres à cet effet, ou bien des mâles sauvages, surtout si on opère à la lisière d'un bois. M. Chavannes a vu que le même mâle peut accomplir plusieurs accouplements, et féconder jusqu'à quatre femelles ; celles-ci doivent être fraîchement écloses, car dès le second jour elles commencent à pondre, et dès lors n'attirent plus les mâles. 11 convient de retirer pendant le jour les femelles attachées, de peur qu'elles ne soient dévorées parles guêpes ou les fourmis. Une basse température, telle que -|- i'I degrés, une forte pluie ou un grand vent empêchent les mâles de voler et dès lors rendent infructueuses les expositions des femelles. Les femelles fécondées sont ensuites placées dans des boîtes fermées contenant des feuilles de papier flottantes ou des toiles, et elles pondent pendant trois nuits consécutives. On peut encore décoller les uuifs, comme on le fait pour le Sericaria mûri. Léclosion des chrysalides renfermées dans les cocons

ATTACLS. 5kl

exige une température de + 25 à + ^7 degrés; c'est ce qui explique pourquoi les cocons envoyés à Paris par M. de Capancmaet arrivés en octobre 1873, n'ont pu donner de papillons, pour ceux qui n'étaient pas attaqués par les Entomobies. Si, d'ordinaire, les papillons éclosent au bout de deux mois à deux mois et demi, cette éclosion peut être retardée pendant de nombreux mois et même des armées, d'après un fait fréquent pour les Hombyciens et les Attaciens. Auparavant, en 1867, lors de l'Exposition universelle, une grande quantité de cocons d'^. Aurota avaient été envoyés à la magnanerie expérimentale du bois de Boulogne par M. Dionisio Martins, commissaire du Brésil à l'Exposition. Ceux-là vinrent parfaitement à éclosion, grâce à la chaleur de l'été, et les visiteurs, au mois de juillet, contemplèrent avec plaisir de magnifiques papillons aux larges ailes marquées de taches nacrées trigones, transparentes comme du mica et veinées d'une belle bande pourpre. La reproduction eut lieu pour la première fois en France, et les petites chenilles qui sortirent des œufs dus à la ponte de ces papillons furent nourries avec des feuilles de fusain. On ne parvint pas à les élever, ce qui fut dû certainement aux froids de l'automne, car l'espèce, qui se reproduit toute l'année, exige un climat chaud en toute saison, ce qui rend chimériques les tentatives d'acclimatation en Europe, môme dans le midi de la France ou en Algérie.

l'armi les espèces d'Attaciens à cultiver et à récolter sur place dans les climats chauds, VA. Aurota est certainement une des plus importantes pour l'abondance et la belle qualité de sa soie. 11 y a longlemps qu'on en a été frappé, car M"<= Sibylle Mérian nous a fait connaître, il y a plus d'un siècle et demi, qu'elle a obtenu à Surinam de la soie de cette espèce, qu'elle observait dans les jardins sur les orangers. Elle ajoute avoir rapporté un grand nombre de cocons en Hollande et qu'on pourrait tirer un très grand bénéfice de ce Ver à soie. Le poids des cocons frais est assez variable, ce qui tient surtout à la différence de poids qui existe entre les chrysalides mâles et femelles, et peut s'évaluer en moyenne à 5 grammes. Après l'étoutfage delà chrysalide et sa dessiccation, chaque cocon pèse environ 2 grammes. Si les cocons à chrysalide sèche ont été débarrassés de la première enveloppe, propre seulement au cardage, il y en a mille au kilogramme. Si la dépouille de la chenille et les débris ont été enlevés, le kilogramme en renferme 1200 à 1500, ce qui met le poids du cocon interne à 0<'',7 ou 0'i'',8 de soie ; mais en défalquant de ce poids lamatiôre glutineuse qui colle les fîlset l'acide urique, il reste 0'^', 35 à 0'|'',/|0 de soie pure, c'est-à-dire qu'il faut 2500 cocons environ pour donner 1 kilogramme de bourre de soie plus ou moins cuite. Or il faut environ, pour donner le même poids, 8000 cocons de Ver à soie du mûrier dans les mêmes conditions; nous voyons donc que VA. Aurota offre trois fois plus de soie que le Ver à soie du mûrier, en ne considérant que les cocons de qualité moyenne. L'épaisseur du brin est de 0,0J5 à 0,0/iO nulliniètres ; il supporte; sans se rompre un poids de

5!l2 LÉPIDOPTÈRES.

15 à 20 grammes, ou, en d'autres termes, le brin est deux fois plus épais que celui du Ver à soie du mûrier et trois fois plus fort. M. Chavannes n'a fait, pourle dévidage de ce remarquable cocon, que quelques essais non industriels; il s'est surtout occupé de leurcardage. Il faut, au préalable, opérer un décreusage du gluten des fils, ce qu'il obtenait soit par l'eau de savon chaude, soit par une lessive de cendres de bois additionnée d'un supplément de carbonate de potasse. On enferme les cocons dans un sac qu'on place au milieu de la dissolution bouillante, jusqu'à ce qu'on puisse facilement, à la main, étirer les fils des couches les plus profondes; puis on retire les cocons pour les laver plusieurs fois dans l'eau pure; enfin on fait sécher la masse, prête alors à être cardée. Il faut remarquer que l'éclosion du papillon ne nuit en rien au dévidage, le cocon étant naturellement ouvert. M. de Capanema indique aussi un décreusage potassique pour le dévidage et dit que la soie obtenue se blanchit parfaitement au chlore, sans perdre son lustre; l'acide sulfureux est préférable. Le D'' Forgemol a soumis les cocons de 1'^. Aurota, après dégommage, sur les épingles à olives qui lui servaient à dévider les cocons ouverts du type Cynthia, et il a obtenu une. soie continue, très belle et élastique, tenant le milieu entre celle des A. Arrindia et Pernyi, d'un éclat bien supérieur à la soie d'^. Arrindia; des écheveaux de cette soie furent présentés à l'Académie des sciences le 30 décembre 1861. Le dévidage de ces cocons est très aisé et s'opère bien plus vite que pour ceux de 1'^. Arrindia. Le D"" Forgemol, avec 75 cocons passables, a obtenu le rendement remarquable de 20 grammes de soie, beaucoup plus belle que celle du type Cynthia. Au conditionnement des soies de Paris fut présenté une échantillon de cette soie de VA. Aurota, de 383 885 mètres au kilogramme. Au sérimètre la ténacité moyenne a été de 6Zi,6 grammes et l'allongement moyen de li,5 pour 100. Voici les observations de la dévideuse : n" 2817, grèf/e sauvage, se dévide bien; déchet très peu, nette; un peu de duvet. Christian le Doux, plus de quinze ans après les faits qui précèdent, avec le procédé qu'il a inventé pour opérer en soie grège le dévidage des cocons du Ver à soie de l'ailante, a obtenu très aisément de petites tlottes de soie grège de VA. Aurota, qui ont été présentées à la Société d'acclimatation. Avec l'assurance qu'ont donc les sériciculteurs de retirer de ces cocons une fort belle soie grège, on peut affirmer que l'éducation en grand de cet Attacien peut devenir une source réelle de grande richesse. Au Brésil particulièrement où la plante du ricin croît spontanément et en toute saison, le Ver, trouvant constamment des feuilles pour se nourrir, donne des récoltes continues; comme la main d'œuvre est d'un prix très peu élevé, le sériciculteur trouvera dans ces éducations une rémunération fructueuse. Il serait avantageux pour la France d'encourager dans sa colonie de la Guyane, comme le gouvernement du Brésil chez lui, des éducations de VA. Aurota, à demi sauvages, à demi domestiques, à la fagon de VA. Mylitta au Bengale. Au Brésil aussi, les cocons de cet in-

ATTACUS. 5/|3

secte doivent être récoltés dans les forêts, indépendamment des éducations surveillées en enclos.

Il y a quelques autres Âttacus de l'Amérique du Sud dont la distinction d'avec 1'^. Aurota ofi're quelques difficultés. L'espèce qui s'en rapproche le plus à l'état parfait est 1.4. OElhra, Fabr., papillon commun en Colombie, aux Guyanes, à Bahia, rare à Hio de Janeiro. Chez UEthra comme chez Aurota, il existe près de la pointe de l'aile supérieure un ocelle noirâtre, entouré de fauve; dans ces deux espèces les antennes du mâle sont très pectinées, celles de la femelle l'étant moins. Le fond de la couleur d'OEthra est d'un roux jaunâtre, tandis qu'il est plus rougeàtre dans Aurota. Les ailes de VA. QEthra ont une bande transverse moitié noire du côté interne, puis mi-transparente et à bord externe rougeàtre ; on n'y trouve pas la garniture de taches triangulaires roses, qui est remplacée par un espace olivâtre et pointillé. La forme des ailes diffère notablement entre ces deux papillons ; OEthra a les ailes antérieures subfalquées comme Aurota; mais les ailes inférieures du mâle d'Œthra sont bien plus arrondies que celles du mâle d'Aurota, où elles tendent à la pointe mousse. Le bord costal de l'aile antérieure de VA. OElhra est grisâtre, tandis qu'il est de la couleur du fond chez Aurota. Enfin les taches fenestrées d'-ltiroia sont triangulaires aux ailes inférieures, tandis qu'elles sont subovales, plus grandes que les antérieures et à sommet aplati chez Œthra. La chenille, d'après M. A. Chavannes, au lieu d'être verte comme celle d'Aurota, est d'un rouge orangé, avec les incisions des anneaux, ainsi que les tubercules d'un noir velouté , elle vit sur les Térébinthacées. Je crois fort que c'est la chenille d'A. OEthra, son cocon et son papillon qui sont représentés par Sibylle Mériaii (op. cit., p. 65 et pi. Lxv); la chenille a une bande blanche entre les anneaux et un angle blanc dessiné en dessus sur les trois derniers segments. Alérian dit que l'insecte vit sur le citronnier, mais est rare, ce qui doit s'entendre des jardins des environs de Surinam, où elle observait et dessinait les insectes. Le cocon est allongé, d'un jaunâtre pâle pour l'enveloppe externe, de même forme et de même valeur soyeuse que celui d'Aurota, la soie du cocon interne étant un peu plus brune Nous remarquerons que les A. Atlas, Aurota, Œthra, espèces analogues toutes trois à cocon ouvert, ont été l'objet de quel([ues essais d'éducation, ainsi que l'^l. Spéculum, Boisd., dont nous parlerons plus loin.

L'Amérique méridionale a encore d'autres Attacus très voisins des précédents. On trouve principalement à la Guyane et aussi au Brésil, VA. Hesperus, Fabr., analogue à OEthra pour les quatre taches vitrées, mais dont le sommet des ailes supérieures est très diiVérent de celui d'OEthra et d'Aurota en ce qu'il manque de l'ocelle nuirsubapical. LaclKMiilb; est glabre, mais tuberculeuse, donnant un cocon d'un jaune pâle ou nankiti, très serré et très épais, d'une soie très forte, incrusté, ouvert en nasse et d'un dévidage très difficile. La chenille vit dans le pays sur un arbrisseau nommé Café-diable {Casearia ramiflora), et aussi sur le palétuvier.

btid LÉPIDOPTËHES.

En enlevant par les alcalis la résine du cocon, on obtient au cardage une filosellc roussûtre très solide. On a môme pu dévider, en ne décreu- ''ant que par une faible solution de carbonate de potasse. Cette espèce vivant sauvage en abondance près deCayenne, peut fournir une branche intéressante d'exportation. L'A. Auyias, Boisd., ressemblant aux précé" dénis pour le dessin, en est très diflerent pour la couleur du fond, qui est d'un jaune orangé, nullement rougeâtre. VA. Aurota, au contraire, se distingue tout de suite par la riche nuance pourprée du fond, bien moins sensible chez OElhra et Hesperus. Boisduval avait reçu A. Aug/as du Brésil intérieur (Minas Geraes) ; il existe aussi dans la province de Saint-Paul et probablement dans d'antres parties du Brésil. Le papillon, de la taille d'Atirota, a la bande transversale des ailes supérieures en général plus noirâtre, et n'offrant d'atomes roses qu'à sa partie inférieure. Le croissant du sommet des ailes supérieures est noir, comme la tache ovoïde anale, celle-ci beaucoup plus grande que les autres. La chenille n'est que très incomplètement connue, car M. A. Chavannes n'en a vu que la dépouille dans le cocon. Il la suppose verte, garnie de poils clairsemés, sans tubercules, la tête avec deux lignes noires incomplètes; on trouve à la partie antérieure et latérale du corps deux taches ovales probablement noires; les pattes membraneuses sont noires. Le cocon ressemble à celui d'Aiirota, mais plus arrondi à l'extrémité céphalique, avec la première enveloppe plus adhérente, le tissu plus compact, plus gommé, plus brun, quelquefois de couleur un peu dorée, il y autant de soie que dans le cocon d'A. Aurota, et il ne me paraît pas impossible que cette espèce ne soit une variété fortement caractérisée d'Aurota. Au Nicaragua, et dans diiTérentes provinces du Brésil, celles de Rio, d'Esperito Sancto, dos Minas, etc., on rencontre l'A. Spéculum, Boisd. Le papillon paraît toute l'année en plus ou moins grand nombre. La femelle dépose en paquets des œufs de couleur jaunâtre, nuancés de quelques taches brunes, au nombre de 300 à 500 par ponte. Au bout de sept à huit jours ces œufs deviennent d'un gris vcrdâtre uniforme, et ils éclosent le huitième ou le neuvième jour. La petite chenille, qui sort de son œuf le matin, a environ à millimètres de longueur. Elle est noire, et les couleurs qu'elle prend après la première mue persistent jusqu'à son entier développement. Elle vit trente à quarante jours avant de filer son cocon, et le nombre de jours de ses différents âges correspond à peu près à ceux du Ver à soie du mûrier. Parvenue à toute sa taille, elle est longue d'environ 70 millimèlres, cylindrique, les premiers et les derniers anneaux un pou amincis. Leur couleur générale est d'un noir mat, et chacun offre deux lignes transversales orangées, qui, sur les anneaux U et 5, s'étendent jusque sous le ventre; sur le douzième segment, deux traits de cette même couleur forment un V ouvert au sommet. Le corps est parsemé de poils courts, luiuigineux, blanchâtres; le Aentre, l;i tête, les pattes et les stigmates sont noirs. Cette chenille vit en société jusqu'au nionicnl

ATTACUS. 545

de filer son cocon et se nourrit de feuilles d'arbres appartenant aux Loranthacées, aux Laurinées, et quelquefois se trouve sur le ricin. Le cocon est yrisàtre et beaucoup plus effilé que celui des espèces précédentes. Il n'olfre pas de bourre extérieure et se termine par un long cordon. La soie est plus fine et aussi moins tenace que celle des cocons déjà cités; elle est aussi un peu moins abondante. Le tissu de ce cocon est très serré, compacte, résistant à la pression et d'une couleur plus ou moins brune. Sa longueur varie de ZiO à 5U millimètres, et son diamètre transversal de 12 à 16. La première enveloppe est très adhérente aux couches sous-jacentes; on ne peut l'en séparer qu'avec difficulté.

Le papillon éclot en général au bout de deux à quatre semaines; d'autres après beaucoup plus de temps, retardés parfois même d'une année, suivant une loi fréquente dans le genre Attacus. Il est plus petit que les précédents, d'un dessin analogue, d'une envergure de 108 à 130 millimètres. Le fond est d'un fauve plus pâle, plus blême, les taches vitrées, en général, moins angulaires, et, dans certains individus, très petites et allongées. La bande transversale des ailes supérieures n'offre d'atomes roses qu'à sa moitié inférieure. Au sommet des ailes supérieures, il n'y a pas de croissant, mais des taches noirâtres semblables aux suivantes par la forme; ces dernières ne sont pas circonscrites extérieurement par un filet noir, mais par une ligne brune moins arrêtée. La tache anale, seulement un peu plus grande que les autres, n'est pas tout à fait noire.

Nous trouvons au Brésil, dans la province de Rio, VA. Encelades, Boisd. La chenille est verte, avec des lignes blanches et des tubercules bleus, et vit sur les Jacobées. Elle file un cocon accolé aux tiges; la soie est d'un gris jaunAtre, comme celle de l'A. Spéculum, et n'est pas en grande quantité. Il y a encore au Brésil plusieurs autres espèce d'Attacus, mais plus rares, à cocons plus petits et moins soyeux, et que nous ne mentionnerons pas. Les régions ciiaudes de l'Amérique, autres que le Brésil, ont aussi d'assez nombreux Attacus, ainsi le Mexique, région qui appartient réellement par sa faune à l'Amérique méridionale, et qui nous a présenté un Morpho dans sa partie occidentale, sur le versant du Pacifique. On trouve, jusque dans les rues de Mexico, une espèce qui est probablement l'A. Orbygnianus, G. Mén., dont le cocon fournit une soie gris de lin, très brillante et résistante. Il ressemble à celui de VA. Aurota, mais la bourre ou première enveloppe est liée plus intimement au cocon; elle forme à l'extrémité supérieure une ouverture ovale au fond de laquelle on aperçoit le goulot du cocon. M. A. Chavannes pense que la soie tissée par les anciens Mexicains provenait de cette espèce. On trouve à la Havane le cocon d'une autre espèce, qui est, pour la forme etla soie, très voisin de celui de VA. Spéculum. Il est effilé et sans bourre distincte. Son pédicule n'a que quelques millimètres de longueur et se termine par un petit anneau qui enveloppe la branche, à l'instar de l'anneau corné du pédicule du cocon fermé de

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l'A. Mylitta, de riiidc. Enfin, comme dans l'espèce précédente, la première enveloppe, ouverte en haut, laisse apercevoir l'extrémité appointie du cocon.

Nous avons tenu à faire cette énumération un peu longue des Attaciens séricigènes de l'Amérique chaude et surtout du Brésil. En ell'et, en présence des nombreuses richesses textiles que nous négligeons encore, on peut dire que la sériciculture est dans l'enfance. Un jour viendra, nous l'espérons, où l'on recherchera partout les cocons soyeux. L'industrie a besoin, non seulement de belles soies, mais aussi de soies variées, même de qualités inférieures, pour satisfaire à toutes les exigences; les caprices de la mode sont le pain de milliers de familles.

L'Australie compte un assez grand nombre d'Attacus, et tout n'est pas encore connu en ce genre, la partie nord, la plus chaude, de ce vaste continent étant encore à peine explorée. E. Verreaux en a rapporté plusieurs espèces pour la collection du Muséum et indiquait que les cocons soyeux de certaines d'entre elles pourraient être utilisés. La collection du Muséum contient actuellement huit espèces d'Attacus australiens, les A. Antipodus, Boisd., Pluto, Boisd., Helcna, Whito, Laplacei, Feisthamel, Pelœus, Boisd., et trois espèces peut-être inédites, qui n'ont que des noms de collection : Ocellinus, Nigrodentatus, Fencstralis.

Nous avons laissé à part un type d'Attacus très remarquable parla singularité de la forme des ailes inférieures, prolongées le plus souvent en queues plus ou moins longues, parfois démesurées et contournées au bout ou élargies en spatule, qui forment des sous-genres sous les noms d'Actias, Boisd. et Aricia, Boisd.; ces singulières espèces existent dans les parties chaudes et tempérées de l'ancien et du nouveau monde, et n'ont pas encore été rencontrées, à notre connaissance, en Australie. Une des belles découvertes entomologiques de notre époque est celle d'une de ces espèces très localisée au centre de l'Espagne, sur les collines qui entourent, non loin de Madrid, la résidence royale de l'Escurial. Il y a là un fait de localisation analogue à celui de l'^l. Cœcigena, près de Fiume, en Dalmatie. Le docteur Graëlls, professeur à Madrid, avait été informé par le botaniste Jean Mieg que VA. Luna, espèce caudataire, existait dans la faune lépidoptérologique d'Espagne, ce qui lui semble fort étrange pour une espèce de l'Amérique du Nord, et le détermina à de minutieuses recherches. Au printemps de iSliS, il découvrit une chenille ayant les caractères des chenilles du genre Atiacus, mais diflerente de celle des quatre Attacus européens connus. An printemps de 18i9 il découvrit l'insecte adulte, ayant en effet quelque ressemblance avec A. Luna, mais constituant une espèce nouvelle et très distincte qu'il dédia à la reine Isabelle 11. 11 publia la description et les figures de la femelle et de la chenille dans les Annales de la Société entoinoloyiqiie de France (1850), et plus tard figure le mâle dans un recueil géologique espagnol. Ce mâle fut représenté dans mes Métainorplioses des insectes, à partir de la seconde édition. M. Graëlls,

ATTACUS. 5 kl

par une jalousie anti-scientifique, ayant cru devoir garder un secret complet sur les localités de cette magnifique espèce et sa plante nourricière, des doutes s'élevèrent sur la provenance réelle de l'espèce. M. Slaudinger se rendit en Espagne pour en opérer la recherche et réussit, à son second voyage, à se procurer la chenille qu'il élève depuis lors avec des sujets qui lui sont envoyés d'Espagne, et non sans peine, car la chenille est fort délicate. Aussi l'espèce, d'abord d'un prix excessif, s'introduit peu à peu dans les collections. M. P. Millière a donné une étude complète de cette belle espèce, le seul représentant européen des Caudatœ de Cramer et a figuré la chrysalide pour la première fois {Iconographie, 1869, t. III, p. 1 et pi. 101, mâle, femelle, chenille, chrysalide et cocon).

L'A. hahellœ, Graèlls, offre une envergure de 80 millimètres, les antennes entièrement d'un brun ferrugineux, médiocrement longues, mais très pectinées, terminées en pointe fine, les barbures réunies deux par deux et non disjointes à l'extrémité ; tète jaune, avec les yeux noirs; thorax fourni de longs poils, de couleur vineuse, le prothorax jaune ainsi que les ptérygodes ; ailes grandes, bien développées, d'un beau vert clair, qui se fonce un peu sur les spécimens desséchés, à demi diaphane, avec les bords et les nervures d'un rouge ferrugineux, qui donnent au papillon un aspect magnifique, pi. xcv, fig. 1, et le distinguent tout de suite des .l.L«/ja et Se/e/îe, dont la couleur du fond est analogue; ailes inférieures ornées d'une longue queue, dont la pointe se dirige extérieurement et donne à l'insecte un aspect exotique des plus caractéristiques; au centre de chacune des quatre ailes, une grande tache ocellée parée des plus riches couleurs, la pupille diaphane entourée d'une belle couleur pourpre, l'anneau suivant partagé en deux couleurs, extérieurement jaune de chrome, intérieurement d'un blanc bleuâtre vif, le tout enfin entouré d'un anneau noir, un peu plus large intérieurement qu'extérieurement ; base des ailes supérieures d'un jaune vif, une large bande d'un vert jaunâtre précédant le limbe, qui est d'un rouge ferrugineux, cette bande précédée elle-même par une ligne noire qui la borde de chaque côté et se double intérieurement, cette bande noire étant simple aux ailes inférieures; ces larges bandes d'un noir lavé de jaunâtre coupées aux quatre ailes par les nervures ferrugino-vineuses qui viennent aboulir à la frange ; dernières nervures des secondes ailes, celles de la queue, presque entièrement jaunes, le bord interne des ailes inférieures orné de longues franges jaunes ; dessous des quatre ailes répétant à peu près le dessus, avec le bord supérieur des ailes inférieures d'un jaune vif; abdomen très poilu, jaunâtre, marqué de vineux en dessus et finement annelé de noirâtre; femelle de même envergure que le mâle, ou même plus petite, les antennes seulement légèrement biciliées, les queues des ailes inférieures très courtes et anguleuses (pi. xcv, fig. 2, tête de la femelle).

La chenille a toute sa taille (pi. xcv, fig. 3), est cylindroïde, avec le

fond d'un beau vert pomme -, la région du dos est marquée d'une large bande continue d'un brun rougeàtre, le long du vaisseau dorsal, lisérée de blanchâtre de chaque côté ; de l'anneau à à l'anneau 10 inclusivement, ces mêmes segments sont entourés de pourpre obscur, chaque cercle offrant de chaque côté deux taches quadrangulaires jaunâtres; le pro- Ihorax offre en dessus une plaque écailleuse noire, piquetée de blanchâtre, bordée de jaunâtre, le mésothorax et lemétathorax sont cerclés de jaunâtre; la tête, globuleuse, noire et luisante, présente de nombreuses stries jaunâtres; les stigmates placés au milieu des cercles pourprés, entre leurs deux taches latérales, sont elliptiques, fauves, bordés de noir; les pattes écailleuses sont robustes et d'un pourpre obscur, les membraneuses à bandes alternées jaunes et rougeàtres; la structure de leur couronne n'est pas cerclée de petites épines, comme dans la chenille d'A. piri; chez celle d'A. Isabellœ, elles sont terminées par une sorte de ventouse ayant le bord divisé en deux parties et garni d'un rang d'épines courtes, brunes, dont les pointes du bord supérieur sont dirigées en haut, celles du bord inférieur étant dirigées en bas; une membrane charnue, garnie de poils très courts, dépasse les pattes et semble protéger extérieurement leurs épines; cette conformation des pattes membraneuses, analogue à celle des chenilles de Lasiocanipa pini (P. Minière), indique une chenille destinée à vivre sur des feuilles aciculaires, longues et grêles, qu'elle n'abandonne pas au repos pour se cramponner aux branches; les deux pattes anales ont à peu près la même forme que les ventrales; en outre, le corps de la chenille est garni de points tuberculeux surmontés de poils d'un brun fauve, sensiblement plus longs sur les segments 2 et 11 que sur les autres.

Cette chenille se nourrit des feuilles du pin maritime, arbre très abondant sur les hauteurs qui avoisinent Madrid, d'après M. Staudinger. Quand cette chenille est inquiétée, elle fait, entendre un petit bruit particulier. La vie de cette chenille est d'environ deux mois; à la fin de juin elle file un cocon piriforme, pi. xcv, fig. U, ouvert en nasse à un bout, ressemblant à celui d'^. carpini, par l'aspect extérieur, placé entre les feuilles de pin ou dans les gerçures de l'écorce, cocon dont la couleur varie du brun rougeàtre au blond presque blanc; la chrysalide demeure en vie latente près de dix mois avant de donner le papillon, qui n'a qu'une génération par an,comme A. piri et carpini. Cette chrysalide est assez courte, d'un brun foncé mat, avec le dernier anneau garni de plusieurs pointes courtes et noires. Ce n'est qu'extérieurement que le cocon d'/l. Isabellœ ressemble à celui d'A. carpini, car, en dedans, il offre un réseau à mailles lâches, distinct du cocon externe, muillcs auxquelles la chrysalide doit s'attacher par les nombreux crochets dont elle est pourvue (Clément, Poujadc).

Nous indiquerons avec quelques détails une autre espèce à ailes eau* dées, du sous -genre Actias, parce qu'elle est élevée facilement en Kurope depuis quelques années par divers amateurs; c'est VA.Selene, Tabr.»

ATTAGUS. 549

des Indes orientales (Silhet, Macao), du sud et même du nord de la

Chine. Le papillon mâle, de la taille des grands .l. Yama-mai et Cijn-

tliia, offre la tète rouge, avec le front d'un gris clair et les yeux noirs;

les antennes, assez courtes mais largement bipectinées, sont d'un jaune

verdàtre; le thorax offre nn collier blanc légèrement jaunâtre et une

bande pourpre prolongeant les côtes des deux ailes supérieures; il est

couvert de poils blancs laineux et offre à la poitrine une belle tache

brune qui s'étend entre la tète et les premières pattes; les quatre ailes

sont en dessus d'un vert très tendre, avec des bandes diffuses d'un

jaune olivâtre ; la côte des ailes supérieures est d'un beau pourpre

foncé et la base des quatre ailes est couverte de poils blancs laineux

comme tout le corps; les quatre lunules sont semblables; on y trouve,

en partant du côté du corps, un croissant noir, entrecoupe longitudi-

nalement par un filet bleu cendré, puis une bordure d'un pourpre

carminé, plus apparente aux ailes inférieures; vient ensuite une partie

transparente peu étendue et enfin une demi-circonférence d'un jaune

orangé nuancé légèrement de carmin et bordée de jaune olivâtre ; à la

base des ailes inférieures s'étend une belle tache d'un rose tendre, qui

se fond d'une part sur l'aile et d'autre part sur la queue, laquelle est

toujours un peu contournée ; les quatre ailes sont très finement bordées

de jaune orangé, cette bordure plus apparente en dessous, surtout à la

côte des ailes inférieures; ce dessous diffère d'ailleurs peu du dessus; il

est plus lavé de jaunâtre, et la côte des ailes supérieures est seulement

un peu rosée, les lunules étant plus roses et leur bordure noire tendant

à disparaître; les pattes sont rouges avec le dessous des cuisses blanc;

l'abdomen est gris au milieu et couvert de poils blancs sur les côtés;

femelle bien plus grande, à antennes un peu moins bipectinées et

queues subégales.

La chenille, en sortant de l'œuf, au premier âge, d'environ 7 millimètres de longueur, est d'un jaune orangé, avec une zone noire comprenant les anneaux Zi, 5, 6; la tète, le prothorax et une partie du dernier segment, les pattes et les tubercules sont également noirs, ainsi que les points parsemés sur les parties jaunes ; après la première mue, difficile à observer, comme celle de Cecropia, car la jeune chenille mange entièrement sa vieille peau, la chenille de second âge est complètement d'un beau rouge brique tirant sur l'orangé, les anneaux noirs ayant disparu; les tubercules seuls sont noirs à l'exlrémité, ainsi que leurs épines, les pattes et la tûte. La couronne des pattes membraneuses est d'un gris rouge, de môme que le ventre; les quatre premiers tubercules dorsaux portent, chacun à leur sommet, un poil beaucoup plus long que les autres, noir à la base, blanc, à l'extrémité ; les stigmates sont noirs. Au troisième âge, après la deuxième mue, la chenille est devenue d'un beau verl d'eau, avec les tubercules orangés ou quelquefois rosés ; les quatre premiers tubercules dorsaux sont très développés : leur extrémité, d'un beau

jaune pille, est nettement limitée par un anneau noir, et ils portent toujours un long poil; la tCte est jaunâtre, ainsi que les pattes écailleuses, les pattes membraneuses étant roses, les plaques anales d'un grenat foncé; les stigmates, d'un brun orangé, sont placés sur une bande claire, ce qui donne à la chenille une ressemblance avec celle d'A. Pernyi, ressemblance qui augmentera aux âges suivants. Après la troisième mue, au quatrième âge, il y a peu de changement ; les tubercules sont plus clairs, les latéraux et tous ceux des derniers anneaux sont d'un beau vert ; la bande claire qui porte les stigmates s'est accentuée davantage et est bordée de roux carminé; les stigmates sont orangés, les plaques anales d'un grenat très foncé, la tête plus foncée que précédemment, les pattes membraneuses roses n'ayant plus de bande noire et les longs poils persistant à l'extrémité de chaque tubercule; au cinquième âge, après la quatrième mue, il y a encore peu de changement; la chenille est d'un beau vert tendre, avec une bande latérale rappelant tout à fait la chenille de Pernyi, d'un rouge d'ocre bordé de blanc, partant du troisième anneau et s'arrètant à l'avant-dernier ; la tête est fauve, ainsi que les pattes écailleuses, les stigmates roux avec la fente blanche, les fausses pattes vertes avec une bande violacée et la couronne plus claire.

Lors de la filature du cocon, la chenille parvenue à toute sa taille a plus d'un décimètre de longueur. Les cocons sont ovoïdes, complètement enveloppés dans les feuilles et sans aucune attache ; ils sont blancs au moment où ils viennent d'être filés et se colorent ensuite plus ou moins, les uns restant presque blancs, les autres prenant un ton gtischamois plus ou moins jaunâtre. La paroi du cocon est mince, quoique d'un tissu serré et très difficile à déchirer. Sa structure interne, signalée par M. A. Clément, est très remarquable. En l'ouvrant, on ti'ouve à l'intérieur un réseau à larges mailles de soie rousse, qui ne tient au cocon lui-même que par quelques fils et auquel la chrysalide est solidement attachée par la partie anale. Cette chrysalide est de forme tout à fait particulière, qu'on peut comparer à un cône terminé par un hémisphère, la partie la plus large correspondant, comme chez le papillon, à la région qu'on peut comparer aux épaules; la région terminale do la chrysalide est fortement fixée au fond du réseau interne par lui faisceau de fils de soie serrés, et cette pointe d'appui est en outre étroitement entourée par la dépouille de la chenille, qui la cale en quelque façon, de sorte que la chrysalide se trouve isolée et debout au milieu du cocon, dont elle ne touche pas les parois; en examinant à un fort grossissement le dernier segment de cette chrysalide, on le trouve garni de très nombreux crochets, très difficiles à compter, et formant autant de petites boucles dans chacune desquelles passe un fil; ils sont fort peu réguliers, plus ou moins coiitiiuriiés sur eux-mêmes, mais tous d'une manière un peu différente, certains même à peine repliés, la boucle restant ainsi complètement ouverte. Il est probable qu'au mo-

ATTACCS. 551

ment de la métamorphose nympliale ces crochets étaient de petites épines molles, à peu près droites, qui, en se desséchant, se contournent sur elles-mC'mes et accrochent les fils du fond du cocon.

Un point trc-s digne d'intérêt dans l'histoire de l'A. Selene, c'est que la soie du cocon est fine, brillante et d'une grande douceur au toucher. A l'Exposition universelle de 1878, dans la section de Indes anglaises, étaient de belles soies grèges de cette espèce, dont l'introduction en France serait désirable. En 1878, à Pontoise, M. Bigot éleva les chenilles d'^. Selene iur branches coupées de noyers. Vingt œufs fécondés qu'il avait reçus lui donnèrent à la fin de juin vingt chenilles, qui firent leurs cocons du 6 au 10 août. Il y eut quelques édosions de papillons du 15 au 20 septembre, mais on ne put obtenir d'accouplement, la saison étant trop froide. Cette rapide évolution indique une espèce polyvoltine; d'autres œufs, fournis par M. A. Wailly, de Eondres, vinrent à éclosion du 20 au 25 juillet; mais bientôt toutes les chenilles moururent de diarrhée. M. A. Clément, à Paris-Monirouge, éleva des chenilles de cette espèce à leur sortie de Fœuf à la fin de juillet; l'éducation se termina rapidement en vingt-six jours, sur ])ranches de noyer coupées, plongées dans l'eau et toujours à l'air libre, les chenilles ne quittant jamais les branches sur lesquelles elles étaient placées. Elles ont l'allure des chenilles d'.t. ('i/nfliia vera, et, comme elles, se cramponnent fortement aux branches, mangeant avec une rapidité extraordinaire les folioles, leurs nervures, leurs pétioles et même les jeunes tiges de noyer, dont elles se nourrissent aussi. Elles sont très voraces, et une chenille en bonne santé consomme chaque jour une quantité considérable de fouilles. Ces chenilles sont très robustes et résistent à des chutes graves. On eut un papillon mâle on septembre, parfaitement développé. Les autres cocons passèrent, sans accident pour les chrysalides, le rude hiver 1879-1880, dans une pièce sans feu, mais les papillons retardés ne vinrent à éclosion qu'en juin 1880, ce qui peut faire espérer que chez nous cet .Vtlacien n'aura qu'une génération, tandis qu'aux Indes il en a ordinairement deux, une en mai, une on juillet. Les papillons de cette génération française se montrèrent à intervalles trop éloignés pour qu'on pût les faire accoupler; mais il est important de remarquer qu'il n'y eut aucune dégéné'resccnce. Us étaient aussi beaux que les spécimens indiens.

L'Amérique du Nord présente une espèce de sous-genre Actias, VA. Luna, Linn., assez voisine de la précédenle, mais beaucoup pins petite ({ne Selene , le fond d'un vert jaunâtre chez le màlo, d'un vert d'eau chez la femelle, dont la queue do l'aile infériçui'e est piMi dilférente en longueur de celle du mâle, tandis que chez hahelUt' la femelle a la queue bien plus courte; les taches ocollaires sont elliptiques à l'aile supérieure, plus grandes et plus voisines du cercle à l'ailo inférieure; leur iris est vitré, tout entouré do jaunâtre et avec un assez large arc brun du cùté intérieur. La chenille de cet .1. Liuia figurée pi. xciv, fig. 2,

est d'un vert jaunâtre, avec des tubercules piligères d'un brun rougeâtre, très peu saillants. Cette espèce a été l'objet de beaucoup moins de tentatives d'élevage que r,4. Selene, du moins en France; on essaya l'éducation de la chenille au Muséum, mais on ne Irouvapasdefeuillesà sa convenance ; M. Kauffmann l'a fait vivre à Berlin avec la feuille de noyer, la même qui est appliquée maintenant avec succès à la chenille de 1'^. Selenc.

Si nous poursuivons rapidement notre revue des singuliers Attaciens à ailes inférieures caudées, nous trouverons VA. Comètes, Boisduval, de Madagascar, dont les queues sont très longues et très grêles, VA. mimosœ, Boisd., espèce qui s'étend de Port-Natal à l'Abyssinie, et ressemble à Comète, mais avec les queues moins longues. Les queues del'yl. Comètes sont teintées de vineux au miUeu.le fond des ailes du mile d'un jaune un peu verdàtre, avec les ocelles circulaires très grands, non vitrés au milieu, mais offrant en ce milieu un point noir entouré d'un large cercle fauve, avec un arc blanc et le contour noir; les antennes du mâle sont très bipectinées. L'A. mimosœ offre les deux sexes peu différents comme antennes et queues, la femelle ayant seulement les ailes plus arrondies, le fond des ailes est d'un vert un peu jaunâtre, les ocelles presque ronds, à iris vitré entouré de jaune, l'ocelle supérieur touchant la côte, les queues teintées de vineux au milieu. Deux espèces fort rares sont A. AJœnas, Doubleday, du Silhet (J. 0. "NVestwood, the Cabinet of oriental EntomologTj, iSkS, pi, xii), très grand, presque double en taille d'.l. Selene, ayant le fond des ailes jaune, avec la ligne transverse très sinuée, une large côte grisâtre aux ailes antérieures, le thorax ayant un collier rouge brun et la frange des ailes de même couleur, les longues et larges queues des ailes inférieures courbées extérieurement, les ocelles des ailes supérieures en demi-lune, ceux des ailes inférieures circulaires, de diamètre environ moitié ; A.Phœnix, Em. Deyrolle, du Brésil intérieur {Ann. Soc. entom. de Belgique, t. XII, p. 257, pi. i), à longues queues à demi enroulées et spatulées au bout, avec le fond des ailes d'un fauve gai. Le sous-genre Aricia, Boisd., est celui des Attaciens le plus éloigné du type Attacus {A. piri et carpini) par les formes et contours des taches vitrées, et contient d'assez nombreuses espèces offrant tous les degrés de variation pour les queues des ailes inférieures. L'espèce la plus étrange de ce sous-genre est VA. Semiramis. Cramer, de l'Amérique méridionale chaude, avec des queues de longueur véritablement démesurée, ondulées, terminées en spatule, VA. Cleopatra, Lucas, du Brésil et de la Guyane, l'.l. Imperialis, calai. Mus., des mêmes régions, ces deux espèces à queues moins démesurées que la première ; les trois espèces sont voisines, marbrées de fauve ferrugineux sur fond jaunâtre, et, dans ces trois espèces, avec des dimensions diiférentes, les taches vitrées des ailes ne sont pas arrondies, mais très irrégulièrement subpolygonalcs; il y en a deux à chacune des ailes supérieures, une plus haut que l'autre et dédoublée près de la côte,

ATTACUS. 5.') 3

une seule lâche vitrée un peu trigone à chaque aile inférieure. Mentionnons encore, dans le sous-genre Aricia, VA. Catigula, Lucas, du Brésil intérieur, à queues très petites, l'A. Boreas, Cramer, du Brésil, ayant très peu de queues, ainsi que VA. Orsilochiis, Hubner, de la Guyane, enfin A. Scylla, Cramer, du Brésil intérieur, esp(>cc dépour\ue de queues; VA. Erythrina, Fabr. de la Vera-Cruz, de la Guyane, du Brésil, offre à peine un indice de queues aux ailes inférieures, et r.l. Aan</iopu5,Boisd.,de Bolivie, n'a pas de queues; nous ne connaissons pas jusqu'à présent û.\\ttacus caudataire en Australie.

En terminant le grand genre Attacus, il convient de rappeler, au point de vue séricicole, des expériences faites autrefois par le chimiste Persoz, sur le dévidage plus ou moins aisé des cocons des Attaciens. Il a reconnu que les cocons des A. Cynthia vera, Arrindia et du métis de ces deux races ou espèces très voisines se dévident à la main, que celui de VA. Aurota se dévide très bien, tandis que celui de 1'^. Promethcus ne se dévide pas, non plus que celui du Grand Paon de nuit, ou .1. piri. \.cs cocons des A. Cecropia et ceanulhi sont très difficiles à dévider, ainsi que celui de l'.-l. Selone ; celui de VA. Luna n'a pu être dévidé; mais le cocon â'A.Mylitta se dévide très bien; ceux des A. Pernyi, Assamcnsis et Polyphemus, bien; celui de VA. Bauhiniœ ne se dévide pas.

HTPERCHIRl.t, Hubner, Syn. lo, Boisduval. — Antennes des mâles peclinées, celles des femelles ciliées; spiritrompc rudimcntaire, impropre à la nutrition ; palpes recouverts de poils écaiileux, avec le dernier article obtus, squameux; corps robuste; ailes larges, les inférieures toujours marquées au centre d'un œil assez grand. — Chenilles cylindroïdes, munies de bouquets de poils raides ou d'épines hérissées de poils rigides, implantés sur des tubercules. — Chrysalides obtuses, entourées de cocons soyeux assez grossiers.

Le genre lo est spécial à l'Amérique, et principalement à l'Amérique méridionale chaude. Il est nombreux en espèces, car Boisduval en décrit soixante et onze [Aperçu monoqraphique du genre lo, Ann. Soc. entomol. de Belgique, 1875, t. XVlll, p. 205, pi. iv), et il en reste probablement encore beaucoup à découvrir dans les forêts. Linnaius n'a connu aucune espèce de ce genre; Sibylle Mérian en a représenté quatre, avec leurs chenilles, mais d'une manière indéterminable. Cramer en figure quatorze, toutes de la Guyane hollandaise, et StoU donne les images de six chenilles élevées à Surinam; enfin Fabricius {Entomologia systemalica) établit les diagnoses de cinq espèces. Les lo se rattachent aux Attaciens par le plus grand nombre de leurs caractères, notamment par les antennes du mâle et de la femelle, par l'ocelle discoïdal de l'aile inférieure, par les chenilles tuberculeuses et épineuses; mais ce genre a des affinités incontestables avec la tribu des Bombyciens, par la coupe des ailes, surtout des supérieures nullement falquées, par l'abdomen plus gros et plus long que chez les vrais

55h LÈPIDOPTÈUES,

Attacvs, et surtout par ce fait qu'au repos les ailes supérieures recouvrent les inférieures ; d'autre part, les lo ont comme une analogie avec les Noctuéliens par la constance des dessins des ailes. Chez toutes les espèces, on voit sur les ailes supérieures une raie transversale en dehors de la base, une marque plus ou moins nette entre le milieu de la côte et l'extrémité de la cellule discoïdale, et toujours une raie ou ligne oblique partant du milieu du bord interne pour aller se terminer plus ou moins près du sommet; dans toutes les espèces sans exception, il y a sur le disque des ailes inférieures un œil arrondi, suivi d'une raie semi-circulaire ; en dessous, les ailes supérieures offrent un œil correspondant à la marque du dessus; les secondes ailes, au contraire, n'ont ordinairement qu'un point central, correspondant à l'œil de la face opposée. Les chenilles de ces Lépidoptères, au moins celles sur lesquelles nous avons des renseignements certains, sont communes, très faciles à élever, et vivent en société dans leur jeunesse sur différents arbres et arbustes. Au rapport de divers observateurs qui les ont élevées, on ne doit les toucher qu'avec précaution, car les poils dont elles sont hérissées déterminent aux mains des cuissons beaucoup plus fortes que celles que font éprouver les orties. Il est probable qu'il se produit là un fait analogue à celui des chenilles urticantes de notre pays, les Processionnaires du chêne et du pin, et, à un degré moindre, la Chrysorrhée. Ce ne sont pas les poils détachés qui se fixent dans la peau et causent les rougeurs et démangeaisons. L'urtication n'est nullement un fait général aux chenilles poilues, et tous les entomologistes savent qu'on peut toucher impunément les chenilles de beaucoup de Bombyciens, comme celles de Bombyx quercus et rubi, celles des Chelonia, etc. D'après M. Goossens, la cause des éruptions cutanées produites par les chenilles urticantes provient de certaines glandes qui, au moment où la chenille est inquiétée, sécrètent une sorte de liquide séchant à l'air presque immédiatement, et se transformant en une poudre impalpable et corrosive que le vent emporte, et qui cause les irritations à la peau; les chenilles, même séchées depuis longtemps, qui ont cette propriété, offrent encore du danger, car la poussière urticante reste en partie llxée après les poils. Ces chenilles des lo se métamorphosent dans une coque de soie, fixée ordinairement entre les feuilles dont elles se sont nourries. Les espèces des/o sont plus localisées que beaucoup d'autres Attaciens; ainsi celles du Brésil se retrouvent assez rarement à Cayenne et à Surinam; celles de la Colombie et du Mexique sont localisées aussi.

Nous avons cité ce genre, qui terminera les Attaciens, à cause d'une espèce qui a été élevée en France à plusieurs reprises par divers amateurs. C'est 1'//. lo, Fabr., non Cramer, ou lo Fabricii, Boisd., décrite et figurée par Smith-Abbot, dans ses Lépidoptères de la Géorgie (États- Unis du Sud). Le mâle, d'une envergure de 60 centimètres environ, a les antennes jaunes, fortement bipectinées, les ailes des deux paires à fond d'un jaune d'ocre clair, avec les dessins d'un gris rosé plus ou

ATTACUS. 555

moins foncé, la raie cxtra-basilaire obsolète, une marque de six points, trois de chaque côté, entre la côte et la cellule discoïdale, la ligne ordinaire sinuée se terminant assez loin de la pointe apicale ; sur le disque des ailes inférieures seulement se trouve un œil circulaire noir, à pupille blanche en forme de lunule et à iris d'un gris bleuâtre, entouré à distance d'une demi-circonférence sinueuse noire et d'une seconde, d'un gris rosé, plus externe, le bord anal de ces ailes inférieures couvert de poils d'un rouge violacé. La femelle, notablement plus grande que le mâle, a les antennes presque filiformes, les ailes inférieures pareilles à celles du mâle, d'un ton affaibli pour le rouge, les ailes supérieures non jaunes pour le fond, mais de couleur lie de vin, avec les macules en zigzag d'un gris jaunâtre. Le corselet est jaune chez le mâle, ferrugineux chez la femelle, l'abdomen jaune dans le mâle, d'un jaune roussâtre pour la femelle. L'œuf ellipsoïde de cette espèce est blanc, avec une petite tache micropylaire à un des pôles, par où sortira la chenille. Ce point, à l'approche de l'éclosion, devient de plus en plus foncé, et la couleur blanche de l'œuf prend une teinte opaline, laissant presque voir le ver sous la coque. La chenille, en naissant, est d'un jaune d'ocre foncé et parsemée de petits poils noirs; sa tête est noire et luisante. .Vux diverses mues, les teintes vont du jaune d'ocre au gris noirâtre, et, après la dernière mue, la chenille est d'un joli vert pomme, avec quatre petits bouquets de poils raides et noirs par chaque anneau, la tète verte, avec une petite tache noire, les pattes écailleuses d'un brun rouge; au premier anneau de l'abdomen commence, au-dessus des pattes, une ligne d'un brun rougeâtre, bordée de blanc inférieurement. Le cocon est médiocrement fourni d'une soie d'un brun grisâtre et assez grossière, et revêtu extérieurement de débris de mousse ou de feuilles.

D'après cela, il n'y a pas à rechercher en France l'introduction de cotte espèce, dont l'éducation n'est qu'une curiosité entomologique. Elle a été faite plusieurs fois par Boisduval, avec des feuilles de pommier et de prunier, et les papillons, sortis des cocons en août, ne se sont pas accouplés. En 1879, M. Charles Bureau, qui avait reçu vingt-cinq œufs de M. A. Wailly, de Londres, a obtenu à Arras vingt-cinq chenilles et vingt-cinq cocons. L'éducation de cette espèce polyphagc a eu lieu à la chambre, de 22 à 26 degrés, vu la saison déjà avancée, et sur branches coupées et conservées dans l'eau de prunier sauvage à mirabelles; l'élevage jusqu'au cocon a duré du IG août au 12 octobre, les chenilles à tous leurs âges vivant en famille sous les feuilles qu'elles mangent, en restant les unes contre les autres, ne se séparant un peu qu'après la dernière mue. M. Bureau a vu que leur contact pique comme celui des orties, d'une manière peu appréciable, jusqu'au troisième âge; mais, au dernier âge surtout, (]U('l([ues personnes ont conservé pendant plusieurs jours des ampoules douloureuses. Au moment de filer les cocons, les chenilles sont descendues des branches feuillées

qui leur servaient de nourriture, et ont cherché sur la terre des places propices, en rassemblant des feuilles sèches et des brindilles de mousse ■ auxquelles elles attachaient les premiers fils de la coque; elles se sont métamorphosées l'une contre l'autre, comme si elles conservaient encore la tradition de leur ancienne existence sociale; les papillons sont éclos vers le milieu du printemps de 1880.

Nous devons faire connaître qu'en mai 1881, M. A. Wailly, de Londres, a envoyé à Paris des œufs hybrides des A. Pernyi et Roylei, deux espèces du chêne.

Uibiiograpbie des Attaciens. — Nous indiquerons les principaux travaux et les plus récents publiés sur les Attaciens séricigônes, et surtout ceux en langue française. La plus grande partie se trouvent dans les Bulletins de la Société d'acclimatation. Nous commençons par eux.

§ L — Bulletins de la Société d'acclimatation.

185Ù. — Hardy, Naturalisation du Ver à soie du ricin en Algérie. — E. Blanchard, Acclimatation des Bombyx qui produisent de la soie {particulièrement Cecropia, Luna, Polyphemus), p. /ilo.

1855. — E. Cornalia, Sur la structure du cocon de la Saturnia (Attacus) Cynthia, p. 211. — Cliavannes, Note sur les Vers à soie sauvages de la Chine, p. 133; Mémoire sur les Saturnies sérigénes quil serait convenable d'introduire en France, p. 366. — Hardy, Essai de dévidage des cocons du B. Cynthia; Mémoire sur la valeur industrielle du B. Cynthia {ancien nom), p. Zt29. — W. Payter, Filature de la soie du Ver du ricin au Bengale, p. Zi08.

1850. — M^f Verrolles, Sur le Ver à soie sauvage du chêne de Mandchourie, p. 3/i0. — Guérin-Mcneville, Note sur les éducations du Bombyx (Attacus) Mylitta, p. 356. — D' Chavannes, Sur les éducations du Bombyx Mylitta faites en Suisse. Février (et aussi mai 1857, avril 1860, mars 1861).

1857. — Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Sur quelques résultats obtenus à l'égard du Ver à soie du ricin. Octobre.

1858. — Vallée, Notes sur les éducations des Vers à soie faites avec le chardon à foulon, p. 211. — Mk"" Perny, Monographie du Ver à soie du chêne de la Chine, p. 317. — Perrottet, Stir une éducation de Vers à soie (b. Mylitta), faite à Pondichéry, p. !\S5.

1860. — P. Joueu, Notes sur diverses espèces de Vers à soie de Madagascar. Novembre.

1861. — A. Duméril, Note sur l'éducation d'un Ver à soie sauvage du Japon, élevé avec des feuilles de chêne par M. Vallée. Juillet. — Guérin- Méneville, Sur le Ver à soie sauvage Yama-maï. Juillet. — L. Maurice, Sur une éducation de Vers à soie de l'ailante faite avec des feuilles de sumac. Octobre.

1862. — F. Jacquemart, Tentatives d'éducation du Ver à soie sauvage

ATTACUS. • 557

du chêne de la Chine. Février. — E. Simon, Sur une nouvelle rare de Ver à soie, dite Yama-maï on Ver à soie du chêne des montagnes. Juillet. — Guérin-Méneville, Du Ver à soie de l'atlante à l'étranger et éducation du Ver à soie du ricin. — De Milly, Éducation de Vers à soie de l'ailantc dans les Landes. Juin 1862 et avril 1863.

1863. — Pompe-van-Meert-der-Woort, Sur l'éducation du Ver à soie du chêne, ou Yama-maï du Japon, janvier, et sur ses œufs. Octobre. — Cottle, Sur les Vers à soie de l'Amérique du Nord. Avril. — Lawson (M"*), Sur le Ver à soie canadien (B. Cecropia). Novembre. — Guérin-Méneville, Sur les progrès de l'acclimatation du Ver à soie du chêne (Yamamaï). Juillet. — F. Jacquemart, Rapport sur les tentatives faites pour l'introduction en France du Ver à soie du chêne de Chine (A. Pernyi). Juillet. — J. Pinçon, Éducation du Bombyx Yama-maï au Jardin d'acclimatation. Juillet. — Chavannes, Éducation du Bombyx Yamamaï. Octobre. Modification à apporter aux éducations du B. Cynthia. Décembre.

1864. — F. Jacquemart, Rapport sur trente éducations de Ver à soie du chêne du Japon, p. 81. — J. Pinçon, La pébrine observée chez les Yama-maï, p. 341. — F, Blekman, Sur la culture du Ver à soie sauvage Yama-maï au Japon, p. 522 et 592.

1865. — Pompe-van-Meert-der-Woort, Notice sur l'éducation du Ver à soie du chêne ou Yama-maï du Japon, p. 21; Notices sur la conservation et la culture des œufs de Vers à soie sauvages du Japon, p. 606. — Guérin- Méneville, Sur les progrès de V acclimatation du Ver à soie du chêne (B. Yama-maï), p. 428. — Fr. Jacquemart, Rapport sur les tentatives faites par l'introduction en France du Ver à soie du chêne de Chine (B. Pernyi), p. /i30. — J. Pinçon, Éducation du B. Yama-maï au Jardin d'acclimatation, p. Zi36. — E. Simon, Notice sur le Ver à soie du chêne de Chine, p. 600. — A. Ghavanncs, Education du B. Yama-mai*, p. 609.

1867. — G. Personnaf, Rapport sur ses éducations du B. Yama-maï en 1866, p. 85. — Taylor Meadovvs, Production de la soie et éducation du Ver à soie du chêne dans le nord de la Chine, p. 201. — Am. Figounhe, Note sur des éducations du U. Yama-maï, p. 333. — De Saulcy, Éducations de Vers à soie du mûrier et du chêne faites à Metz en 1867, p. 58/i.

1869. — G'" J. ïaverna, Éducations de B. Yama-maï, p. 680.

1870. — G'' G. de Montebello, Notes sur les Vers à soie Yama-maï, p. 150.

1872. — Guérin-Méneville et Maurice Girard, Instructions et questions relatives aux Vers à soie du mûrier et du chêne, p. 433. — B. Comba et G. Baraldi, Expériences faites sur le B. Pernyi dans le parc royal de la Mandria, p. 705.

1873. — E. de Saulcy, Observations sur l'acclimatation du Ver à soie du chêne du Japon, p. 125; Note sur l'cctosioii des ]'rrs Yama-maï

en 1873, p. i75. — A. Braiiie et Maurice Girard, TAttacus Allas, le géant des papillons, son éducation en France, son histoire, son habitat. Juin.

187Zi. — E. de Saulcy, Observations sur l'éducation de rAltacus Yamamaï en 1873, p. 106; Éducation de l'k. Yama-maï faite à Metz en 187/i, p 672. — F. A. Bigot, Éducations d'k. Yama-maï faites à Pantoise de iSlO à 1873, p. 28/i. — Maurice Girard, le Ver à soie brésilien; Notice entomologique sur l'A. Aurota, Cramer, et son éducation, suivie d'une note sur le dévidage de ses cocons, par le D'' Forgemol. Mars. — W. Cari Berg, Acclimatation de T Anthère a Yama-maï dans les provinces baltiques, p. Zi69. — E. Mongrand, Deucc éducations d'A. Yama-maï faites en 1873 et 187i, p. 699. — A. Wailly, Éducation de l'A. Yama-maï à Londres en 187Zi, p. 738.

1875. — Berce, Notice stir les éducations d'un Bombycien sêricigcne, métis des A. Yama-maï et Pernyi, p. 40. — F. A. Bigot, Éducations d'A. Yama-maï faites à Pontoise en 187/(, p. 100; Éducation de métis d'A. Yama-maï et Pernyi faite en 187/i, p. 172. — De Amezaga, Educations d'A. Yama-maï faites en Espagne pendant les campagnes 1871 à 187/i, p. 217. — Christian Le Doux, Les Vers à soie du chêne du Japon et de la Chine dans la Lozère, p. 391,

1876. — Christian Le Doux, Quelques mots sur les Vers à soie du chêne, p. 585. — Ra.\crei-y^ aiicl, Éducation de l'A. Yama-maï au Japon, p. 711. — J. Odstreil et Maurice Girard, Éducations d'A. Yama-maï et note sur les variations de cette espèce, p. 8Zi7.

1877. — A. Wailly, Éducations de divers Bombyciens séricigènes faites à Londres en 1875, p. 9. — F. A. Bigot, Éducations de diverses espèces de Vers à soie faites à Pontoise en 1875, p. 105. — De Saulcy, Éducations d'A, Yama-maï faites à Metz en 1875 et 1876, p. Zi28. — Gorry-Boutcau, Éducation d'A. Yama-maï, p. 528. — A. Bernard, Notice sur l'A. Yamamaï ou Ver à soie du chêne du Ja^wn, p. 6/il.

1878. — J. A. Bonafé, Rapport sur les éducations d'A. Yama-maï faites a Aiia, province de Cacerès (Espagne), p. 29. — Morin, Rapport sur les éducations d'A. Yama-maï faites à Guadalupe, province de Cacerès (Espagne, p. /lO.

1879. — A. Clément, Note pour servir à l'histoire d'un Bombijcicn séricigène, Hyalophora Cecropia, Linn., de l'Amérique septentrionale [États-Unis), élevé à Paris en 1878. Février. — F. P. de Nueros, Relation des expériences faites en Espagne pour élever à l'air libre les A. Pernyi et Yama-maï, p. 226. ■ — J. B. Huin, Observations sur la rusticité de l'A. Yama-maï, p. 571.

1880. — J. Fallou, Tentative d'une éducation en plein air des A. Pernyi et Cecropia, p. 7. — Ch. Bureau, Éducations d'A. Prometheus, p. 3f|5; Une éducation de /'Hyperchiria lo en 1879, p. UV2. — A. \Yailly, Rapport sur divers Bombyciens séricigènes {principalement A. Mylitta), p. 529. — A. Clément, Éducations de Bombyciens séricigènes (Actias Selcnc et

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Attacus Cccropia), p. 629. — J. F aWon, Education de divers Lépidoptères sértcifjènes, p. 716.

1881. — De Amezaga, Education du Ver à soie du chêne (A. Yamamaï) en 1878, p. 9. — Veuve Simon et fils, Educations d\\. Yama-maï et Pernyi faites en Belgique en 1879 et filature de la soie du chêne, p. 113.

§ II. — OCVRAGES DIVr.RS.

Lamare-Piquot, Mémoire sur /'A. Mylilta, présenté à l'académie des sciences en 1831, imprimé ensuite par extrait dans le cahier de mai du Bulletin des sciences agricoles et économiques de Férussac. — Loiselcur- Dcslongchamps, Nouvelles considérations sur les Vers à soie, avec figures (Ann. de l'agric. française, 1838), et tirage à part chez Huzard, 1839, p. 119 et suiv. Ce dernier travail mentionne, outre le Mylitta, un Ver à soie du Bengale, connu sous le nom de Koler-poka, à cocon pédicule, moitié plus petit que celui du Mylitta et sans anneau. — Helfer, Sur les Vers à soie indigènes de l'Inde (trad.) {A7in. des se. natur., 2*= série, Zool., 1839, t. XI, p. 142. — llugon, Observations sur les Vers à soie et sur les soies de la province d'Assam (trad.), op. cit., même vol., p. l/i5. Dans ces deux mémoires, fort confus, se trouvent d'intéressants détails sur le Ver à soie Mooga (A. Assamensis). — V. Audouin, Éducation de l'A. Cecropia {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 18Z|0, p. 96). — H. Lucas, Sur l'A. Cecropia {Bull, de la Soc. entom. de France, 18/|5. p. 51, 60, 73, 8i). — E. Blanchard, De l'acclimatation de divers Bomhyx qui produisent de la soie {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, lSZi9, décembre, p. 670). — P. Milliére, Éducation de l'A. Cecropia (yl/in. de la Soc. entom. de France, 1851, Bull., p. 6û). — J- 0. Wcstwood, Monograph of the large African species of Nocturnal Lepidoptera helonging or allied ta the Genus Saturnia {Zool. Soc. Proceed., t. XVII, 18/i9, p. 33-66; Descriptions of some new species of exotic Moths helonging or allied lo the Genus Saturnia {Zool. Soc. Proceed., i. XXI, 1853, p. 157-167). — Guérin- Méneville, Essai sur les Lépidoptères du genre Bombyx (extrait de Y Encyclopédie moderne, t. VI, p. 468 à Zi82, 18/i7). Cet article traite principalement ô.Q.?> Attacus Atlas, Arrindia (Ver à soie du v'icm), Mylitta, Assamensis, Cecropia, enfin du Sericaria mori, avec de nombreux détails historiques sur cette dernière espèce et une bibliographie importante; Éducation des Vers à soie de l'ailante et du ricin et culture des végétaux qui les nourrissent, in-12, Paris, 1860, Bouchard-Huzard; Bapport à S.' M. l'Empereur sur les travaux entrepris par ses ordres pour introduire le Ver à soie de l'Aylanthe {sic) en France et en Algérie, Imprimerie impériale, Paris, 1860-, Sur le Ver à soie du chêne et son introduction en Europe (/{eu. et Mayas, de zool., n° 6, 1855, p. 292, pi. vi). Il s'agit, dans ce mémoire, des A. Pernyi et Mylitta; Description d'un nouveau Ver à soie du chêne (Yama-maï) provenant du Japon (/{eu. et Magas. de zool., 1861 ; Nouveaux Vers à soie {Rcv. et Mag. de zool., sept. 1862) ; le mémoire

traite de VA. Instilaris; Flottes de soie grège des cocons du Ver à soie de l'ailanto {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, février 1863, p. o6/i); Sur l'introduction d'une quatrième espèce de Ver à soie du chêne (A. Roylei) {Comptes rendus de VAcad. des sciences, avril I86/4, p. 7/i2) ; Sur la Saturnia (Attacus) Perrottetti {Magas. de zooL, 2" série, 18à3, t. V, Insectes, pi. cxxiii. — Is. Geodroy Saint-Hilaire, Acclimatation et domestication des animaux utiles, Paris, 1861, Librairie agricole, p. Zi36 et suiv. — D"" Rouclier, Sur ^industrie de la soie en Algérie et sur le Ver à soie du Vernis du Japon (journal VAkhbar dn 29 septembre 1859). — T. Horsfield et F. Moore, Catalogue on the Lepidopteruus insecls in the Muséum of natural History at the East-India House, London, 1858-1859. Il y a quelques indications sur les premiers états de l'A. Atlas, t. H, p. /i05, et pi. XX, fig. 2 : chenille, 2 a, cocon. — D' Forgemol, Notice sur la culture en grand de l'allante, en vue de l'éducation du Bombyx Cynthia, etc. ; Découverte d'un nouveau procédé de dévidage en soie grège des cocons ouverts; Concours régional de Melun (broch. autograph.). — Henri Givelet, Culture de l'ailante et éducation du B. Cynthia (extrait de la Revue de séricic. comparée, I86Z1, n" 10; l'Ailante et son Bombyx, 1 vol. in-8", avec plans et lli grav. coloriées d'aprôs nature, Paris, Librairie agricole (sans date). — Camille Personnat, Conférence sur le Ver à soie du chêne (B. Yama-maï) faite au Palais de l'Industrie, à Paris, le 28 aoitt 1865, br. in-8», avec 3 planches bistres, Librairie agricole, 1866; le Ver à soie du chêne (B. \ama-mai), histoire, description, mœurs, éducation, produits, 1 vol. in-8°, 1866, 3* édit., avec 3 pi. col., Paris, Librairie agricole. — Al. Wallace, Ailanthiculture ; or the Prospect of a new English Industry {Trans. Entom. Soc. of London, 1865-67, p. 185); On the oak feoding Silkîvorm from Japan, Bombyx Yama-maï, G. Mén., p. o55-/i28; On some variations observed in Bombyx Cynthia, in 1866, p. Zi85-/i92. — Captain T. Hutton, On the Reversion and Restoration of the Silkworm {Trans. of the Entom. Soc. of London, t. lll, 3« série, 186Zi-1869, p. JZt3, et (part. 2) With distinctive Characters of Eighteen Species of Silk producing Bombycidce, p. 295). — Captain J. Mitchell, A'emargwes sur le précédent mémoire de Hutton {ibid., p. hh'S). — Fr. Moore, Papillons asiatiques producteurs do soie {Trans. Entom. Soc. of London, t. I, 3*= série, 1862-186^1, p. 313). —J. Wullschlegel, Sur Saturnia Cynthia et ses hybrides (en allemand) {Ann. de la Soc. entomol. suisse, 1871, p. 327). — J. Geoghegan , Some accoun t of Silk in India, especially ofihe varions attempts to encourage and extend Sériciculture in that Counlry, Calcutta, 1872, office of the superintendent of Government printing. — P. Millière, Attacus Pernyi, Iconogr. et descript. de chenilles et Lépidoptères inédits {Ann. Soc. Linnéenne de Lyon, avec 1 pi. col.). — Alfred Wailly, de Londres, Notes of certain Silk-producing Bombyces {the Entomologist, décembre 1878, p. 263; Silk-pruducing Bombyces {Journal of the Society of Arts, août 1879, p. 813).— Ph. H. Gosse, The great Allas, Moth ufAsia {A. Atlas, lÀnu.), avec pi. col., Londres, br. in-8°, 1879. — G. A. Poujade,

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