URANIENS
Observations sur les métamorphoses de l'A. Atlas (Ann. Soc. entom. Fr., 1880, p. 183, avec pi. col.). — A. L. Clément, Note pour servir à l'histoire du Bombyx (Aclias) Selene, avec fig. {Ann. Soc. entom. Fr., 1880, p. IGI). — Huin, Instruction pour l'éducation de l'X. Pernyi, G. Alén. (Bull. d'Insectologie agricole, 1880, p. 173).
Tribu des URAWIEIVS.
Les Crâniens constituent un groupe de position très controversée et dont nous rapprocherons toutes les espèces en réunissant ensemble les Cydimoniens et les Uraniens de M. E. Blanchard, d'après les analogies incontestables et reconnues de fous qui existent pour les adultes et en laissant de côté une chenille fort douteuse du Rhipheus. En adoptant les idées de M. P. Mabille, et d'après la nervulation, le corps, les pulpes et les pattes, nous placerons cette tribu dans le voisinage des Noctuélicns, formant un rameau singulier qui part à la fois des Attaciens et des Phalémiens réunis pour se rapprocher du type Erebus, des Noctuelles. C'est sans doute à cause du vol diurne des splendides espèces de ce groupe que M. E. Blanchard les met cà la suite des Ilespériens et termine par eux ses Achalinoptères, bien que ses Cydimoniens, de même que ses Uraniens n'aient pas de frein aux ailes inférieures, et que les antennes sans renflements ou à peu près soient aucunement celles d'un Diurne, même d'un Hespérien. Les chenilles authentiques de cette tribu n'ont pas le cou étranglé des chenilles des Hespériens, et si la chrysalide est renfermée, à la façon de celle des Hespériens, dans une coque lâche, filée entre les feuilles, il ne faut pas oublier que ce mode de clirysalidation a peu d'importance. D'une part, outre les Hespériens, il y a les Parnassiens, autres Diurnes, qui le présentent, et, d'autre part, c'est celui des Ennomos et de beaucoup d'autres Phalénicns. La nervulation et les antennes sélacées des Uraniens les rapprochent surtout des Phaléniens, notamment des Urapteryx; il en est de même de l'absence des stemmates et des taches typiques orbiculaire et réniforme, ce qui les éloigne des Noctuéliens ; mais les palpes sont ceux des Erebus et les pattes celles des Noctuelles. C'est abusivement, dit Guenée, que le crochet qui termine souvent les antennes a été comparé à celui des Hespéries; il se borne à une légère flexion au lieu de représenter une épine implantée sur une massue, et si quelques Uraniens ont les antennes très légèrement renflées près du sommet, la plupart les offrent décroissantes en diamètre de la base au sommet. Peut-être le crochet terminal est-il dû à la dessiccation. Les queues des ailes tendraient à un rapprochement avec les l^ipilioniens, ainsi que le vol diurne; mais nous savons combien le fait d'un vol diurne ou crépusculaire est sans valeur, et l'on trouve également des queues aux ailes inférieures dans ciHAiu). ^ m, — 36
les Attaciens {Actias, Aricia) et dans les Uraptenjx (Phaléniens). M. P. Mabille a fait valoir un caractùre qui rend les Crâniens voisins des Noctuéliens, surtout du genre Erebus. L'œuf, sauf peu d'exceptions, a une forme semblable dans chaque grande division des Lépidoptères. Il est sphérique et lisse chez les Attaciens, en bassin et lisse chez les Phaléniens, ovoïde ou sphéroïde et lisse dans les Chélonides et Agaristides. Dans les Noctuelles il est conique, à côtes plus ou moins accusées, quelquefois rond et imitant un Oursin. Or, l'œuf de VUrania Rhipheus est un cône un peu allongé, évidé en dessous et pourvu de quatorze ou quinze côtes peu saillantes. Toute cette discussion nous démontre une fois de plus, pour les Uraniens comme ailleurs, que la nature n'a pas fait de classifications et que les classifications naturelles rentrent dans les utopies approximatives.
Nous donnerons aux Uraniens les caractères suivants : papillons de grande taille, à antennes sans ciliation, minces, sétacées, très rapprochées à leur insertion, souvent un peu renflées au bout et avec un léger crochet terminal; tête large ou petite, avec les yeux très gros et très saillants, le front très étroit et sans stemmates; spiritrompe bien développée et bien roulée, lisse, robuste, à filets tendant à se disjoindre ; palpes divergents, avec le dernier article presque toujours nu, filiforme et plus ou moins coudé sur le précédent; corps robuste, velu en dessous, le thorax très large, rayé longitudinalement, l'abdomen n'atteignant pas l'angle anal des ailes inférieures ; ailes très développées, épaisses, veloutées, les supérieures entières, triangulaires, avec la nervure sousmédiane garnie de poils en dessous, offrant à la base, sous la nervure médiane, un bourrelet velu, n'ayant pas de crin pour recevoir un frein qui manque aux ailes inférieures ; celles-ci dentées, allongées dans le sens du corps, munies d'un appendice en forme de queue, ou de plusieurs queues ou au moins très longues dentelures ; pattes robustes, peu ou point velues, de longueur moyenne et à tarses épaissis, les jambes jamais renflées ni canaliculées. — Chenilles (pour celles qui sont bien authentiques) à seize pattes bien développées, épaisses, submoniliformes, lisses, garnies de poils assez longs et isolés, avec la tête large, le prothorax non étranglé, portant un écusson corné et luisant. — Chrysalides courtes, obtuses, à partie antérieure arrondie, avec l'enveloppe des ailes saillante.
Les Uraniens se rencontrent dans les deux continents, l'Europe en étant dépourvue. Ce sont de magnifiques papillons des régions tropicales, à ailes mélangées de noir, de vert éclatant, de tons cuivreux ou dorés. Ils volent pendant le jour avec rapidité et s'élèvent, pendant les heures chaudes de la journée, jusqu'au sommet des plus hauts arbres des forêts. Au repos, ils tiennent les ailes étendues à plat. La richesse de leurs couleurs a attiré l'attention des anciens collectionneurs, et, à ce titre, ils figurent dans les iconographies de Séba, Pétiver, Sibylle Merlan, Daubenton, etc. Il est peu probable qu'on fasse beaucoup de
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nouvelles découvertes pour leurs espèces, car ces brillants papillons, d'une valeur commerciale souvent fort élevée, ne sont jamais négligés par les chasseurs d'insectes.
rTni.Tio:>', Dalman, Syn. : Urania, Fabr., Leilijs, Swainson, Uranidia Weslw.
— Antennes filiformes, sans ciliation, grossissant un peu [avant le sommet.
— Corps rayé, un peu velu. Front hérissé et arrondi, mais sans toupet. — Ailes oblon-gues, veloutées, noires, marquées de raies et de taches d'un vert métallique brillant, à franges cotonneuses, les inférieures à bords terminal et abdominal presque parallèles et munies d'une seule queue linéaire, peu courbée, fortement frangée. — Pattes mutiques, les jambes postérieures coniques, à peine plus longues que les cuisses.
Nous représentons dans ce beau genre (pi. lxxxvi, fig. 1) le C.Boisdiwali, G. Mén., de la Havane, espèce assez répandue dans les collections françaises. Les antennes sont noires en dessus, fauves en dessous, le front rayé de noir et de vert, avec les côtés de la tète et des palpes d'un beau vert doré ; le corps est noir, avec trois lignes vertes sur le thorax, dont l'intermédiaire se prolonge sur le milieu de l'abdomen, les côtés de ce thorax étant noirs, garnis de longs poils d'un gris blanchâtre ; le dessous de l'abdomen est vert, avec quelques taches latérales noires, l'anus des mâles garni d'une brosse blanche; les ailes, de 7 à 9 centimètres d'envergure, selon les sujets, sont noires, les supérieures ayant de chaque côté dix à douze lignes transverses d'un beau vert doré, dont une ou plusieurs bifides, les inférieures ayant tout le côté interne vert, à reflets bleus et dorés, coupé par une bande longitudinale noire qui se termine au milieu, offrant ensuite plusieurs taches noires, oblongues et transverses, et présentant, au côté externe, six à huit bandes vertes et transverses, qui ne touchent pas le bord ; la frange des ailes supérieures est droite, blanche et noire, celle des inférieures échancrée et à échancrures blanches; chaque aile inférieure est munie d'une longue queue noire, tachée de vert ou de bleu à la base, en dessus, offrant en dessous une large ligne d'un vert bleu, prolongée presque jusqu'à l'extrémité; en dessous, au lieu du noir, c'est le vert qui domine, surtout aux ailes inférieures, en sorte qu'elles sont vertes et bleues, avec des bandes noires et une série de taches terminales obliques de la môme couleur; les pattes sont noires, avec des raies vertes; la femelle est semblable au mâle, mais avec les bandes fréquemment teintées de rougeûtre; il y a de fréquentes variations dans les bandes vertes des quatre ailes. La chenille est d'un blanc jaunâtre ou verdàtre, avec des linéaments longitudinaux, noirâtres, interrompus, et quelques taches noires latérales, la tête d'un rouge sombre, la plaque cornée du cou noire, avec deux taches rouges; la chrysalide est d'un brun jaunâtro, marquée de quelques atomes noirs. Les mœurs et métamorphoses de cette espèce ont été étudiées avec soin par Mac Leay {Trans. Soc. Zool. of Lonâon, 183Zi,
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I, p. 179). L'insecte parfait, complètement diurne, vole avec beaucoup de rapidité, à la façon de nos Apatura ; la chenille vit pendant une partie de l'été sur les feuilles de l'Omphalea triandra, arbre qui croît sur les côtes de la Havane; elle reste endormie pendant le jour sous une toile transparente, filée au milieu des feuilles, pour éviter la grande ardeur du soleil. La nuit lui rend son activité, et elle dépouille alors l'arbre de la plus grande partie de ses feuilles; pour se chrysalider, elle file entre les branches ou entre les feuilles un cocon ovoïde, de soie brunâtre, lâche, laissant voir la chrysalide à l'intérieur. Il est facile de recueillir sur les feuilles les œufs de la femelle, collés isolément et assez gros pour frapper la vue.
L'espèce la plus anciennement connue des Cydimon est le C. Leilus, Linn., syn. : Papilio Leilus, Linn., Urania Leilus, Fabr., Leilus Surinamensis, Swainson, qui vole avec rapidité et par centaines, dit Lacordaire, dans les bois près de Cayenne et aussi à la Guyanne hollandaise, et qui varie beaucoup selon les localités. Malgré son abondance, ce beau papillon nous arrive assez rarement pour les collections. Une seconde espèce, capturée au Brésil par Swainson près de Fernambouc, est le C. Brasiiiensis, Swainson, syn. Leilus Brasiliensis ; ces deux espèces très voisines sont à fond noir, avec bandes longitudinales d'un vert doré et bordure des ailes inférieures blanche. Les deux espèces suivantes offrent de larges teintes rouges aux ailes inférieures : ce sont le C. Sloaneus. Cramer, Papilio Leilus, var. Fabr., Leilus Occidentalis, Swainson, des Antilles (Jamaïque), très rare espèce décrite d'abord par Sloane dans son Histoire de la Jamaïque, figurée au repos sur une banane dans V Iconographie de Swainson, et le C. Orientalis, Swainson (Leilus), syn. Papilio Rhipheus, Cramer, non Drury, des environs de Chandernagor au Bengale. Guenée cite encore deux espèces de Cydimon, l'une du Mexique, l'autre de Colombie.
tJRAIlIA. Latr., syn. : Crysiridia, Hubner, Rhipheus, Swaiason. Antennes sans ciliation, filiformes et nullement renflées au sommet; tête petite, palpes assez épais, plus ou moins incumbants et dont le dernier article est court; thorax large velu, sans lignes dorées, avec des plérygodes larges et soyeux, la poitrine très velue; ailes larges, veloutées, métalliques, les inférieures munies de plusieurs dentelures prolongées ou queues, entourées d'une frange longue et ))lunieuse; pattes robustes ; abdomen renflé mais non ovoïde chez la femelle.
Le genre Urania ne contient qu'une seule espèce authentique, U. Rhipheus, Drury, dont Guenée écrit : « ce n'est pas aller au delà de la vérité que de dire que l'unique espèce de ce genre est le plus beau de tous les Lépidoptères connus. » Cette espèce est de Madagascar et a aussi été trouvée à l'île Bourbon, mais probablement par suite d'une importalion accidentelle. La taille du màlc est à peu près celle de notre Machaon, l'envergure d'environ 20 centimètres. Les ailes sont d'un noir de velours