URANIA
avec la frange blanche. Les supérieures, prolongées au sommet, à peu près rectilignes au bord terminal, ont des bandes et stries transverses d'un vert métallique brillant, celles de la base étroites et allant de la côte au bas de la cellule discoïdale, celle du milieu large et régulière depuis le bord interne jusqu'à la cellule médiane, puis séparée par du noir en deux tranches, dont l'extérieure divisée elle-même à la côte. Les ailes inférieures ont une seule bande verte occupant la moitié de l'aile, ayant la partie supérieure bleue et divisée profondément par une grande tache noire et la partie inférieure occupée par une plaque métallique, chatoyante de violacé et d'or brillant, fondue sur les bords, rutilante au centre, avec quelques taches noires vers l'angle anal ; tout le bord de ces ailes inférieures est divisé par six profondes échancrures arrondies au bout et bordées de cils blancs, la troisième à partir de l'angle anal assez longue pour mériter le nom de queue; le dessous des ailes supérieures ressemble au dessus, celui des inférieures entièrement métallique avec des taches noires, la base verte et bleue, l'espace terminal d'un blanc bleuâtre ou verdâtre, la partie médiane d'un rouge doré, à reflets très brillants, nuancée de bleu violet vers la base; les antennes sont noirâtres; le corps du papillon est noir en dessus, ferrugineux en dessous, l'abdomen noirâtre, offrant en dessous de nombreux atomes blanchâtres. La femelle est d'un tiers plus grande que le mâle, son envergure dépassant 25 centimètres; elle a les mêmes dessins, mais la tache du dessus des ailes inférieures est plus grande, moins pourprée et plus dorée.
On dit que ce splendide papillon se développe complètement en deux ou trois heures, s'il est exposé au soleil, mais que les sujets qui éclosent à l'ombre mettent près d'une journée pour se sécher et s'étaler et sont d'ordinaire moins brillants. Nous ne parlerons pas des métamorphoses, décrites par Boisduval d'après le voyageur Sganzin {Xote sur l'anomalie du genre Urania^ in Ann. Soc. entom. Fr., 1833, t. II, p. 2/i8), et qui ont fait séparer profondément par M. E. Blanchard les Uraniens des Cydinioniens, dont les adultes sont si voisins qu'on admet à peine la séparation en deux genres ; nous penchons à croire, avec M. P. Mabille, à l'existence d'un roman, jusqu'à l'arrivée d'une preuve indiscutable, comme chenille et chrysalides soufflées ou conservées dans l'alcool. On a longtemps cru à l'existence d'une seconde espèce à'Urania, entièrement dépourvue de prolongements caudiformes aux ailes inférieures, d'après un individu envoyé à Drury en 1773, comme venant de la Chine et dont on n'a jamais revu un second exemplaire. 11 paraît probable que c'est un Rhipheus de Madagascar, dont les ailes inférieures ont été tronquées aux ciseaux et repeintes à la bordure. Guenéo admet qu'en outre, à la place de la tête manquante, on avait recollé une tête de Papiliu, à antennes renflées en massue au bout et avec un épais toupet de poils, ce qui a déterminé le nom de Rhipheus Dasycephalus que Swainson donne à ce fallacieux hisecte.
On consultera spécialement pour les Uraniens : Swainson, Zoological illustrations (Lépidoptères), pi. 125, 126, 129, 130 et 131. — Guenée, Species général des Lépidoptères, 1857, t. I, Uranides et Phalénites. — J. 0. Westwood, Observations on the Uranidœ, ivith a Synopsis of the Family, and a Monograph of Coronidia, br. in-Zi», !i pi. noires et col., Trans. of zoolog. Soc. of London, 1879). — P. Mabille, Lépidoptères hétérocèrcs de Madagascar {Ann. Soc. entom. Fr., 1879, 5" série, t. IX, p. 318).
ÏIUBU DES l^'OCTUEIilEMS.
On donne en général le nom de Noctuelles en France, d'Eule en Allemagne, de Moth en Angleterre, à des papillons qu'une sorte d'instinct commun aux plus vulgaires observateurs a fait comparer aux Rapaces nocturnes, les Hibous et les Chouettes, en raison, non pas seulement d'habitudes en général nocturnes ou plutôt crépusculaires, mais d'après des couleurs souvent sombres, surtout aux ailes supérieures, qui recouvrent presque toujours les autres au repos, par les poils écailleux formant comme une fourrure plus épaisse que chez les Diurnes, et de gros yeux composés qui brillent dans l'obscurité, d'après une organisation qui a été expliquée dans les généralités sur les Lépidoptères. Le genre Noctua de Linnœus forme la troisième division de son grand genre Phalœna. Il correspond à. peu près à nos Noctuéliens, à la condition d'en retirer les Hépialiens et les Lithosiens et d'y adjoindre certains Bombyx de Linnaius.
Les Noctuéliens à l'élat adulte sont généralement des papillons à couleurs peu brillantes, surtout pour les ailes supérieures qui recouvrent les inférieures au repos, souvent complètement; ces dernières ont parfois des teintes vives, mais à nuances délicates et très vite altérées par la lumière, qu'elles ne sont pas destinées à affronter. Il y a toutefois des exceptions, même pour les ailes supérieures, ayant parfois des couleurs vertes, ou d'un riche vert doré, pouvant être marquées de taches d'or ou d'argent, de signes en forme de lettres d'un éclat métallique ou d'un vif blanc jaunâtre (genres Cucullia, IHusia, Dianthœcia, Chariclea, etc.). Le corps des Noctuelles est gros proportionnellement aux ailes, et, sous ce rapport, elles se rapprochent des Bombyciens; mais il y a une série de caractères qui les séparent à la fois des 15ombyciens et des Phaléniens. La tète est plus grosse et moins enfoncée sous le thorax que chez les Bombyx, celui-ci étant garni de poils plus soyeux que laineux, plutôt lisses que hérissés. L'abdomen est aussi plus nu, plus comprimé et beaucoup moins gros, surtout chez les femelles, cl l'on remarque fréquemment, sur le thorax et sur l'abdomen, des crêtes ou petites brosses de poils relevés. L'abdomen ne les offre ordinairement que sur les trois ou quatre premiers anneaux. Le collier est
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toujours bien distinct, et parfois relevé et comme échancré antérieurement.
Les ptérygodes sont bien visibles, larges et souvent comprimés sur les côtés, ce qui donne au thorax un aspect subcarré ou subrectangle. Un aspect propre caractérise les antennes des Noctuelles. Quand elles ne sont pas simples, et cela cliez les mâles presque exclusivement, elles ne forment pas, comme chez certains Phaléniens, des plumes à barbules minces, longues et ondulées, ni, comme chez les Bombyciens et les Attaciens, un peigne raide et bidenté des deux côtés. Leur tige est garnie de lames ou cils presque droits, clairs et flexibles. Quand elles sont simples dans les deux sexes, le mâle les offre plus épaisses que la femelle, et l'on y distingue à la loupe soit des cils très courts, soit des dentelures plus ou moins longues, ou bien leur côté interne est comme spongieux ou velouté. Enfin si ces caractères manquent, si les antennes sont complètement filiformes dans les deux sexes, elles diffèrent encore de celles des Phaléniens qui sont plutôt sétacées ou analogues à des cheveux. Beaucoup de Noctuelles ont des stemmates sur le vertex, mais qu'on n'aperçoit qu'en épilant cette partie très velue, sauf dans de grandes espèces exotiques, comme les Ophideres, les Errbus, etc. , où ces stemmates sont assez gros pour être visibles à travers les poils. La spiritrompe, qui manque aux Attaciens et à presque tous les Bombyciens, est ici bien visible, plus ou moins longue, toujours forte, cornée et bien roulée en spirale, car les adultes sucent le nectar des fleurs et divers jus sucrés. Les palpes, au lieu d'être oblitérées, comme chez la plupart des Bombyciens, sont régulièrement développées, en rapport avec une nutrition effective. Leurs deux premiers articles sont généralement épais, comprimés sur les côtés, velus ou squameux, le troisième et dernier étant notablement plus menu, très visible, le plus souvent entièrement dégarni de poils. L'abdomen n'est ni couil et laineux, comme dans les Bombyx, ni grêle et démesurément long comme chez les Phaléniens et les Pyraliens. Il ofl're sept anneaux bien distincts, quoiqu'en réalité il y en ait neuf. Sur les insectes secs des collections, l'abdomen conserve parfois sa forme pleine et cylindroïde; d'autres fois il est caréné, c'est-à-dire déprimé, sauf une saillie longitudinale sur le vaisseau dorsal. Dans beaucoup de mâles il est conoïde, les anneaux diminuant régulièrement de diamètre de la base à l'anus; le plus souvent il est cylindrico-conique, la pointe ne se dessinant qu'à partir des trois derniers anneaux, et c'est cotte forme qu'il ofl're presque toujours chez les femelles, avec l'extrémité généralement obtuse et irrégulière; parfois, au contraire, cette pointe est plus aiguë que chez les mâles, quand l'appareil génital se termine par un oviscapte saillant, corné» en tarière rétractile composée de tubes qui rentrent l'un dans l'autre et que la femelle darde à volonté dans les parties profondes où elle veut placer son œuf. Chez les mâles, l'extrémité anale est munie de deu^ valves copulatrices, qui s'écartent souvent après
la mort, et garni d'un faisceau de poils coupés plus ou moins carrément.
Si nous passons au systO-me appendiculaire, nous voyons d'abord que les ailes ont leurs caractères propres. Les supérieures sont d'une forme qui varie approximativement entre le triangle et le trapèze. Le bord terminal, garni d'une frange dense et velue, est souvent arrondi, parfois divisé en denticulations assez légères, dont les sinus correspondent aux nervures {Mania, Spintherops, Amphipyra, certaines espèces du genre Plusia, Catephia, Ophiodes, Grammodes, Catocala, etc.), parfois même façonné en angles aigus ou en découpures profondes (Gonoptera). Les ailes inférieures sont plus larges dans le sens longitudinal que les supérieures et presque toujours arrondies au bord terminal. Dans la grande majorité des Noctuelles d'Europe ces ailes inférieures sont de couleurs insignifiantes et presque toujours sans dessins, plissées en partie au repos au bord anal, le long du corps, et recouvertes en entier par les ailes supérieures, qui sont alors dites en toit, c'est-à-dire que, chez le papillon au repos, la partie du bord interne d'une aile qui rejoint le bord interne de l'autre au-dessus de l'abdomen est plus élevée que la côte, qui touche d'ordinaire la surface de position. Dans d'autres genres au contraire, qui comprennent surtout beaucoup de Noctuelles exotiques et de grande taille, les ailes inférieures sont destinées à être exposées au moins en partie à la lumière comme les supérieures.
Tantôt les ailes inférieures ressemblent absolument aux supérieures {Homoptera, Erebus, Ommatophora, etc.), et ont des dessins analogues, à la façon des Phaléniens, alors aussi le papillon au repos les tient étendues, ce qui est une autre ressemblance avec les Phaléniens, sans les recouvrir par les supérieures, tantôt les ailes inférieures ont des couleurs beaucoup plus vives que les supérieures, avec des bandes bien tranchées {Ophideres, Catocala, Catephia, etc.), et alors, quoique recouvertes en entier par les ailes supérieures, elles ne sont pas plissées le long du corps, de manière à donner à l'insecte une forme allongée, mais sont appliquées contre la surface de position et forment, comme les supérieures, un toit à peine déclive. L'appareil du frein et du crin existe chez les Noctuelles. Chez les femelles, à crins multiples à l'aile inférieure, dans les genres dérivés de l'ancien genre Noctua, tels que Hadena, Agrotis, Triphœna, etc., et aussi dans le genre Plusia, il y a trois longs crins, l'un des trois mince et plus pâle, trois crins longs et forts dans les genres Erebus et Catocala, et deux dans le genre Herminia.
Des caractères très importants, en raison de leur grande généralité, sont fournis par les dessins des ailes supérieures des Noctuelles, les seules visibles dans la plupart des cas, quand l'insecte se tient au repos. Ce sont d'abord deux taches placées l'une vers le milieu, l'autre à l'exlrémitc externe de la cellule discoïdalc, et qu'on peut nommer les tarhcs ordinaires, car elles ne manquent que chez un petit nombre d'espèces. La première, dite orbiculaire, est en forme d'anneau, circu-
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.aire, elliptique ou ovale; la seconde, généralement plus grande, a la forme de contour d'un rein ou d'une oreille, ce qui lui a valu le nom de réniforme. Outre ces deux taches, il en existe une troisième, beaucoup moins constante, placée au-dessous de l'orbiculaire, et qui est le plus souvent oblongue et arrondie à son extrémité ; on l'appelle tache clavi forme, tache en bouchon ou en cheville, Zapfermackel des entomologistes allemands. Les dessins des ailes supérieures sont asservis à des règles à peu près aussi constantes que celles dos taches ordinaires, et qui deviennent, aussi rarement que celles-ci, obsolètes ou invisibles ; ce sont quatre lignes, plus ou moins sinueuses, qui traversent ces ailes à peu près perpendiculairement à la côte. Quant à la nervulation des ailes des Noctuelles, nous nous contenterons de dire avec Guenée, qu'elles offrent cinq nervures principales : la costale, la sous-costale, la médiane, la sous-médiane et l'interne, dont trois seulement bien constantes et communes aux quatre ailes : la sous-costale, la médiane et la sous-médiane, et deux constantes seulement pour deux des ailes et variables pour les deux autres, mais toujours simples, à savoir : la costale, pour les ailes supérieures et Tinterne aux inférieures. Les pattes des Noctuelles ne sont ni velues ni courtes, comme chez les Bombyciens, ni grêles et très longues, à la façon des Phaléniens et des Pyraliens. Elles sont fortes, de grandeur moyenne, avec la cuisse et la jambe velues. Les jambes antérieures manquent d'éperons et ont, dans les deux sexes, au côté interne, une petite pièce cornée, d'usage inconnu, aiguë au bout et couchée dans une sorte de rainure garnie de poils courts. Les paires de pattes intermédiaires et postérieures se ressemblent beaucoup plus entre elles qu'aux antérieures ; la jambe est garnie, ainsi que le tarse, de petites épines disposées par rangs longitudinaux, et c'est à son extrémité interne que sont insérés les éperons, qui sont très visibles, de longueur inégale, filiformes, aigus à l'extrémité et recouverts de poils écailleux très courts. La jambe de la patte postérieure eu porte en outre une seconde paire, située au-dessus de la première et tout à fait semblable. Le tarse de toutes les pattes est uniformément grêle, garni d'épines et formé de cinq articles, le premier au moins deux fois plus long qu'aucun des suivants ; ces tarses, au moins dans les Noctuelles d'Europe, sont ordinairement annotés de brun et de couleur claire, et terminés par des crochets bien visibles. Il y a des Noctuelles exotiques dont les pattes antérieures sont très velues, les jambes souvent garnies de poils si serrés qu'elles acquièrent une forme presque ovoïde. Les pattes intermédiaires ont fréquemment, chez les mclles, à la jonction de la cuisse et de la jambe, des fascicules de poils peu épais, mais allongés et soyeux, ordinairement dissimulés et couchés le long de la jambe, mais qui s'épanouissent en larges pinceaux, et dans des circonstances inconnues, à la volonté de l'insecte ; enfin les pattes postérieures portent les poils les plus longs, sinon les plus denses, et ces poils s'étendent parfois sur les côtés des tarses, de façon à leur donner uuc forme
large et aplatie, comme celle d'un aviron, ce qui les a fait appeler pattes en rames. En terminant cette étude de l'anatomie externe des Noctuelles, nous rappellerons cette juste remarque de Guenée, que la multiplicité et la variation de leurs différences rend impossible de traduire, en caractères brefs et absolus, une diagnose qui les sépare des Bombyciens, des Phalènes et des Pyrales, et la phrase de Linnœus, comme caractère général des Noctuelles : alis incumhentibus^ antennis setaceis nec pectinaiis, n'en donne qu'une idée incomplète.
Les mœurs des Noctuelles à l'état adulte sont en général celles du grand sous-ordre des Ilétérocènes (anciens Crépusculaires et Nocturnes). Il en est qui, en dépit de leur nom, volent en plein jour et au soleil, butinant sur les fleurs à la façon des Sésies et des Zygènes; telles sont, dans nos environs, Chariclea Delphinii, plusieurs Plusia, notamment Plusia Gamma, qui abonde dans les prairies et surtout dans les champs de trèfle et de luzerne,^co?ifm Solaris et Luctuosa, Euclidia Mi et Glyphica, les petites espèces Anarta myrtilli, Heliodes arbuti, etc.; quelques Noctuelles, bien qu'ordinairement au repos pendant le jour sur les troncs d'arbres ou sur les murs, s'envolent au moindre bruit, ainsi les Catocala. La plus grande partie ne comGiencent leur vie active qu'après le coucher du soleil. On les voit alors décroiser lentement leurs ailes couchées, les relever jusqu'à ce qu'elles deviennent parallèles au corps, leur imprimer un tremblement presque imperceptible, puis s'élancer à la recherche des fleurs, d'un vol tourbillonnant et à mouvements d'ailes si précipités, que la rétine garde la sensation confuse d'un corps qui vibre. C'est à peine si elles se posent sur les fleurs et si elles ont le temps de dérouler leur spiritrompe ; quittant leur place comme capricieusement, elles repartent d'un vol violent et saccadé, pour s'abattre sur une autre fleur ; mais, à mesure que la nuit gagne en obscurité et en fraîcheur, les Noctuelles deviennent moins inconstantes et plus calmes; elles se posent sur les fleurs, accrochées sur leurs pattes, replient leurs ailes et sucent longuement le nectar par leur spiritrompe déroulée. Elles marchent sans voler de fleurs en fleurs, quand celles-ci sont assez rapprochées. Enfin, gorgées de nectar et engourdies par le froid, elles restent en quelque sorte endormies sur la dernière corolle qu'elles ont choisie, se laissant tomber lourdement si l'on secoue les fleurs, pouvant être piquée sur place, si le chasseur a un peu d'adresse. Elles affectionnent naturellement les fleurs à corolle simple, celles des champs bien plus que celles des jardins, et comme les Hyménoptères mellifiques, savent très bien choisir les espèces les plus nectarifères; peut-être leurs stemmates sont-ils destinés à leur faire bien apercevoir, dans la demiobscurité, l'intérieur des fleurs et la place des nectaires. Outre ces fleurs les Noctuelles sucent le jus sucre des fruits fendus par la pluie, ou entamés par les Oiseaux ou par certains Insectes, les feuilles qui laissent exsuder des miellats, lasève extravasée sur les troncs d'arbres malades. On voit les Noctuelles rechercher les branches chargées de Pucerons ou
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de Cochenilles, à éjaculations sucrées, et partager avec les Fourmis cette étrange nourriture ; enfin les Noctuelles sont les papillons que les entomologistes prennent à la miellée en plus grand nombre.
Le soleil, en s' élevant sur l'horizon, fait rentrer la grande majorité des Noctuelles dans une immobilité complète. Alors elles se cachent sous les broussailles, à l'entrée des grottes ou dans des trous de rochers, sous les écorces à demi détachées ou dans leurs fissures, ou simplement accrochées aux troncs des arbres, aux parois de rochers, aux aspérités des murs; elles restent ainsi dans un engourdissement continu, à la façon des Chauves-souris, des Rapaces et des Fissirostres nocturnes, jusqu'au retour du crépuscule. Si elles entendent l'approche de quelque danger, et surtout si un choc vient ébranler leur appui, quelques espèces s'envolent; mais la plupart, repliant leurs pattes, se laissent tomber et simulent pendant quelques instants la mort, dans la position où leur chute les a placées, se confondant, par le peu d'éclat de leurs couleurs et par leur immobilité, avec les pierres ou les débris qui jonchent le sol. On peut souvent piquer sur place les Noctuelles qu'on rencontre posées au repos pendant le jour; mais il faut enfoncer Fépingle bien droit et vivement, car souvent elle glisse sur le corselet et l'insecte s'envole ou tombe. Les poils du corselet tiennent peu en général, et si l'insecte s'agite ou si on le touche il ne reste plus qu'une surface de chitine dénudée. Aussi on doit se hAter de tuer les Noctuelles pour collection dans le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium. Quand le danger est passé, les Noctuelles tombées se glissent sous les herbes ou remontent sur les troncs. Il en est qui aiment les retraites humides, comme les voûtes des aqueducs ou des ponts, ainsi Mania Maura. Plusieurs viennent chercher un asile dans les maisons, s'introduisant de préférence dans les gonds et les jointures des portes, entre les fentes des volets et les lames des jalousies et des pcrsiennes, sous les corniches des murs et des auvents des toits, partout où elles espèrent trouver un abri contre le froid, la pluie, le vent et la lumière. Il en est qui hivernent dans les granges, les écuries et étables, et surfout les greniers, ainsi Gonoptera Libatrix.
Les Noctuelles ont des tailles très variées. 11 en est de très grandes dans les espèces exotiques des pays chauds, ainsi les Ophideres et surtout les Erebus, ces derniers comptant parmi les plus grands papillons. En Europe sont quelques Noctuelles d'assez forte taille et large envergure, comme Catocala fraxini et Nupta, Spintherops Spectrum, Mania Maura, etc. La plupart des espèces sont de taille moyenne et petite ; il en est même de très faibles dimensions, analogues à celles d'une partie des Microlépidoptères, comme les Dotys, les Crambus, les Aglossa, certaines Tordeuses et Teignes, ou comme les petits Phaléniens des genres Acidalia ci Eupithecia ; telles sont, comme types communs et connus de Noctuelles, Anarta myrlilli, Hcliudrs arbuti, etc. On trouve des Noctuelles dans toutes les parties de la terre, aussi bien dans les hautes
montagnes, près des neiges perpétuelles, comme dans les régions polaires arctiques, le nord de la Suède et de la Norvège, le Groenland, l'Islande. Dans cette dernière île, il ne paraît plus y avoir de Diurnes, mais seulement des Noctuéliens, des Phaléniens et des Microlépidoptères. Il existe encore beaucoup de Noctuelles à découvrir, même en Europe, où l'on en connaît aujourd'hui plus de mille espèces, dont un grand nombre en France.
Les chenilles des Noctuelles sont les premières, parmi les larves de Lépidoptères, en laissant de côté les cas exceptionnels des Limacodes et des Psychés, qui nous présentent un caractère de dégradation par réduction ou de la grandeur des pattes membraneuses, ou de leur nombre. Beaucoup conservent l'état normal de cinq paires de pattes membraneuses développées ; mais il en est qui n'ont plus que la paire de pattes anales et celle qui précède, en tout dix pattes, de sorte qu'elles marchent tout à fait comme les chenilles arpenteuses complètes, celles de la plupart des Phaléniens, en relevant le milieu du corps en boucle complète, ainsi le genre BanJda, Guenée, ayant deux paires de pattes ventrales et seulement les rudiments d'une troisième. D'autres ont trois paires de pattes membraneuses seulement, les trois dernières, et marchent en demi-arpenteuses ; ainsi dans le genre Plusia, Grammodes, Euclidia, une partie des Anthophilides, etc.; il en est qui ont quatre paires de pattes membraneuses complètes, manquant seulement de la première paire et ne faisant alors que courber légèrement le milieu du corps en marchant; telles sont les chenilles de certaines Anthophilides, et du genre Ahrostola. Enfin, il y a de ces chenilles ayant leurs cinq paires de pattes membraneuses, mais dont les deux premières paires sont plus courtes que les autres, ainsi dans le genre Ophiodes, dans les Catocala, ou tellement courtes qu'elles sont impropres à la marche et rendent les chenilles demi-arpenteuses, ce qui a lieu dans le genre Brephos, qui est un passage entre les Noctuéliens et les Phaléniens. M. Goossens a observé qu'un certain nombre de chenilles de Noctuelles sortent de l'œuf ayant seulement les trois dernières paires de pattes membraneuses et n'acquièrent les deux autres qui complètent le nombre normal qu'au troisième âge; nous citerons, entre autres espèces qui présentent cette particularité, Polia Flavocincta et Diplerygia pinastri, dont les chenilles ont été élevées à partir de l'œuf par M. Goossens. M. Goossens assure même que c'est là le cas normal des Noctuelles, indique jadis par Bonnet, et que les divers cas de pattes incomplètes que nous avons signales chez les chenilles âgées sont dus à des arrêts variables de développement. Il a observé que la chenille de Xylomyges Conspicillaris est d'abord une arpenteuse à douze pattes, puis, qu'après la première mue, on voit apparaître quatre mamelons ne pouvant servir à la chenihe ;i se cramponner sur les feuilles, enfin qu'au troisième âge, après la seconde mue, elle a les seize pattes normales. Il fit ensuite la môme remarque
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chez Pachetra Lpitcophœa, puis sur Triphœna Pronnba, Mamestra brassicœ, etc.
Il y a (les chenilles de Noctuelles qui sont grosses et trapues, avec une tête proportionnée, quelquefois échancrée au sommet, ou aplatie et comme écrasée antérieurement. D'autres sont longues, renflées au milieu et amincies aux deux extrémités, avqc la tôte petite et lenticulaire ; chez quelques-unes les incisions des anneaux .sont si marquées, que la série de ces anneaux ressemble à des grains de chapelet, tandis que d'autres de ces chenilles ont au contraire un aspect de chenilles de Fhaléniens, à voir leur corps uni et effilé, où l'on distingue à peine les incisions ; le plus généralement les chenilles des Noctuelles sont allongées, cylindroïdes, roses, à peau bien tendue et sans plis, à incisions très extensibles, de sorte que la chenille en marche paraît bien plus allongée qu'au repos, ce qui est le contraire des chenilles de Phaléniens, dont la peau est en général bien plus rigide, de sorte que la chenille a l'aspect d'une petite baguette ; la tète est globuleuse, de grosseur moyenne et en partie rétraclile sous le prothorax. Il y a de ces chenilles qui sont munies, sur le onzième anneau, de caroncules rappelant la corne des Sphingiens; d'autres sont garnies de filaments latéraux charnus, à la façon des appendices pédifurmes des Lasiocampa. Parfois elles sont couvertes de poils vcrticillés, portés sur les mamelons charnus dont nous parlerons, rappelant alors l'aspect des chenilles de Liparis: d'autres ne présentent que des pinceaux ou bouquets de poils allongés, et beaucoup n'ont que des poils isolés partant des tubercules réguliers caractéristiques. Parfois ces tubercules sont à peine visibles, sans saillie, et se confondent de couleur avec le fond du corps, tandis que, d'autres fois, ils forment des petits boutons cornés et luisants, dont la couleur foncée tranche vivement sur un fond pâle ou gris, ou bien ils se développent en pyramides charnues, ou encore s'arrondissent en mamelons réguliers.
De même que les ailes supérieures des adultes ont des taches caractéristiques, la presque totalité des chenilles des Noctuelles ofl'rent des lignes et des points formant des dessins qui permettent de reconnaître tout de suite les chenilles de la tribu. Ces chenilles présentent la ligne vasculaire, le long du vaisseau dorsal, et sur les côtés, un peu au-dessus des pattes et à la hauteur des stigmates, la ligne sligmatale, et souvent, à peu près à égale distance entre ces deux lignes, la ligne sous-dorsale. Entre les lignes vasculaire et sous-dorsale, se trouvent presque constamment sur chaque anneau quatre points, plans ou saillants, dont chacun donne naissance à un ou plusieurs poils plus ou moins visibles; ces points sont en ligne transversc sur les anneaux 2 et 3, en trapèze régulier sur chacun des suivants jusqu'au onzième, en carré ou en rectangle sur ce onzième. D'après leur constance et la configuration la plus habiluelle de la ligure dont ils forment les sommets, Guenéc nomme ces points ordinaires ou trapézoïdaux. Ilabitucilement, au ilessous de la
ligne sous-dorsale, on voit deux autres points, dits latéraux, près du stigmate, et, parfois, deux autres obliques, dits ventraux, sous la ligne stigmatale. Souvent les points dont nous venons de parler semblent manquer complètement, ce qui tient à ce que, étant extrêmement petits et de la même couleur que le fond, on ne les distingue pas facilement à l'œil nu ; mais le poil qui y est constamment implanté en marque toujours la place et on les retrouve à l'aide d'un grossissement convenable. Ce sont ces points qui portent toujours ou les poils verticillés, quand ceux-ci existent, ou les épines ou les éminences du dos des anneaux, principalement du onzième ; ces points non rélractiles résultent d'une disposition anatomique ayant son importance.
Les chenilles des Noctuelles se roulent habituellement en spirale, quand on veut les saisir, et restent quelque temps immobiles. On les trouve, selon les espèces, soit sur les arbres, soit sur les plantes basses ; dans le premier cas, elles ne fontpas des ravages comparables à ceux des chenilles de Bombyciens sur les arbres fruitiers ou forestiers, mais, dans le second cas, des espèces causent des dégâts sérieux aux plantes potagères et d'ornement, aux betteraves {Hadena, Mamestra, Agrotis, etc.), aux Graminées (C/iarœas, des Leucania), aux prairies artificielles {Plusia Gamma en certaines années) ; beaucoup sont inoiîensives, soit par leur petit nombre, soit parce qu'elles ne mangent que des plantes basses sauvages, inutiles pour nous ; quelques-unes s'entourent pour la nymphose de cocons d'une soie très blanche, mais toujours trop peu fournis pour que nous en puissions tirer aucun parti ; la plupart se chrysalident sur la terre même ou ù une profondeur variée, s'enferment dans une cavité ovoïde terreuse, souvent sans aucuns liens soyeux. En outre, beaucoup de chenilles de Noctuelles s'enfoncent en terre pour hiverner, ou se cachent sous les feuilles sèches et les herbes, roulées en spirale, et reparaissent au printemps. On en prend souvent en secouant les feuilles sèches en hiver sur le parapluie. C'est surtout le matin et aux approches de la nuit qu'elles mangent les feuilles des plantes basses et des arbres, car, pendant la chaleur du jour, elles descendent au pied de la plante et s'abritent sous les feuilles ou entre les écorces, renseignements utiles pour les entomologistes qui recherchent les chenilles pour obtenir des sujets de collection bien frais.
Il y a des chenilles de Noctuelles, dans le genre Nonagria et chez quelques espèces du genre Leucania, qui sont endophytes, vivant dans l'intérieur des tiges, à la façon des chenilles de Sésies, de Cossus, de Zeuzères. Les chenilles des Nonagria subissent toutes leurs métamorphoses dans l'intérieur des tiges des Graminées, Cypéracées, Typiiacécs aquatiques, dont elles mangent la moelle et où elles ménagent une ouverture latérale, fermée seulement par un mince épidtu'me pour la sortie du papillon. Les chenilles des Leucania pkragmitidis et Obsolela se retirent pendant le jour dans les tiges sèches et coupées du roseau {Arundo phragmites), y passent l'hiver et se chrysalident au prin-
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temps; la chenille de Sesamia XunarjrioiJes vit, dans le midi de France, à l'intérieur des chaumes du maïs et du sorgho, qu'elle ronge. Quelquefois ces chenilles endophytes sont vermiformes, molles et décolorées ou livides, ainsi chez Nonagria tijphœ et cannœ; mais ce fait est souvent cité à tort comme général. Ainsi la chenille de Nonagria Paludicola est d'une couleur jaune bien nette, celle de Zeuzera œsculi d'un ton encore plus chaud, celle du Cossus ligniperda devenant parfois avec l'àgc d'un ton de terre de Sienne carminé et luisant. I.a chenille de Nonagria sparganii est d'un vert d'herbe, comme bien des chenilles aériennes, la chenille de Gortyna Cynarœa,\av. Goossens, qui vit dans la tige de l'artichaut, est, comme celle de Gortyjia Flavago, de l'yèble, d'un ton très chaud de jaune rougeâtre, avec la tète rouge. La chenille de la Garpocapse des pommes est souvent d'un rose assez vif, comparable de couleur à des chenilles vivant à la lumière. M. Goossens a fait d'intéressantes remarques sur la couleur brune que prennent certaines chenilles vertes ; parfois c'est une variété, mais souvent la chenille est ichneumonée, et sa teinte d'un brun louche résulte de la présence des larves parasites, de même que les Pucerons verts du rosier, piqués par des Chalcidiens, deviennent d'un violet noirâtre. M. Goossens a eu une chenille de Spintherops Speclrum (Noctuélien), toute tigrée de taches brunes ; tout à coup, à chaque tache, il vit se révéler un trou, d'où sortit une larve de Diptère. Le même entomologiste fait cette remarque, que, près de la nymphose, beaucoup de chenilles perdent leur couleur franche et pure pour prendre des teintes glauques ou rougeàtres. On a souvent dit, à la légère, que c'était la chrysalide qui se laissait déjà voir par transparence sous la peau, sans réfléchir que, au moins chez les Hétérocères, la chrysalide, qui apparaît quand la chenille quitte sa dernière peau, est d'abord blanche et ne se colore en brun ou en rougeàtre qu'après un certain temps. C'est la matière grasse elle-même qui se colore soit en brun, soit en jaune foncé.
D'autres chenilles, de couleur grisâtre, bien que ce fait de coloration ne soit pas général, ressemblent à des larves de Diptères Tlpuliens, et vivent, comme elles, enfermées dans des trous en terre ou cachées entre les racines des plantes qu'elles dévorent; tels sont les Vers gris dos agriculteurs, chenilles des Agrotis segctum et Exclamalionis, celles des Agrotis Saiccia, Suffusa, etc. Il en est (Bryophila) qui se nourrissent de Lichens, à la façon des Lithosiens, et se construisent de petites coques de débris de ces Cryptogames, d'où elles ne sortent que le soir ou le matin. Un petit nombre passent leur vie dans Tintérieur des fruits de certaines plantes, vivant exclusivement des graines qu'ils renferment {Polia, Dianthœcia). Il y a des chenilles de Noctuelles qui sont véritablement carnassières (genre Cosmia), dévorant, outre les feuilles des arbres forestiers ou fruitiers, les chenilles de leur propre espèce ou d'autres espèces, et cela en liberté, dans la nature, et non pas seulement dans la captivité, qui pervertit les inslincls de beaucoup d'in-
sectes. Certaines chenilles vivent, dans leur jeune âge, cachées dans les chatons des saules et des peupliers, avant l'apparition des feuilles, sur lesquelles elles passent, plus âgées; il y a des Noctuelles dont les chenilles, à la façon des Tortriciens, lient ensemble plusieurs feuilles avec des fils de soie, trouvant ainsi, dans cette retraite, le vivre et le couvert. On en voit qui, protégées par des couleurs imitatives, passent toute la journée collées au repos sur le tronc des arbres, dont l'œil ne les distinguepas. Il n'y a qu'un très petit nombre de chenilles de Noctuelles qui soient sociales toute leur vie, à la façon des Processionnaires, des Yponomentes, etc., ainsi les chenilles des Colocasia sur les Euphorbes; mais souvent elles vivent réunies dans le jeune âge, comme beaucoup de chenilles de tous les groupes lépidoptériques, l'association étant un caractère des êtres faibles.
Berce, dans ses Généralités sur les chenilles des Noctuelles rappelle un petit organe, dont nous avons déjà parlé, découvert par Bonnet en 1739, et dont l'usage réel est inconnu. 11 est situé entre la lèvre inférieure et les pattes écailleuses; en pressant légèrement la chenille entre les doigts, on le fait sortir d'une petite fente transversale, dans laquelle il rentre lorsque la pression ne s'exerce plus. Selon Bonnet, cet organe est composé de trois pièces s'emboîtant les unes dans les autres, à la manière des yeux rétractiles des Colimaçons; quelquefois il est hémisphérique, en général simple, et, dans certains cas, double; le plus souvent, néanmoins, il est grêle et conique, et, dans ce cas, il est quelquefois quadruple. Réaumur croyait que c'était une seconde filière, destinée à la fabrication des coques terreuses enfouies ; Lacordaire incline à croire à la sécrétion de quelque fluide protecteur. Nous engageons les observateurs à rechercher l'usage réel de cet organe, par une étude comparative des mœurs des chenilles chez lesquelles il existe et de celles où il manque, car, sur soixante-deux chenilles observées par Bonnet, une trentaine seulement lui ont paru en être pourvues.
Les chrysalides des Noctuelles sont parfois entourées de cocons soyeux toujours légers, de soie blanche ou grisâtre, celles des Bryophila dans des cocons de soie avec intercalation de Lichens, chez les Brephos ces coques de soie sont à la surface de la terre, ou entre les mousses et les écorces; chez les Noctuelles bombyçoïdes, ainsi les Diphtera, les Colocasia, les Acronycta, les cocons sont filés entre les branches ou les mousses, ou sous divers abris, parfois mêlés des poils de la chenille {Acronycta aceris). Dans les Plusides, les chrysalides du genre Abrostola, sont renfermées dans des coques de soie mêlée de mousse, et, chez les Plusia, dans des cocons d'un tissu léger, fixés aux feuilles ou aux tiges des plantes qui ont nourri la chenille. La chenille de Gonoptera Libatrix genre si curieux par les découpures des ailes, s'entoure pour la nymphose d'un cocon soyeux oblong, file entre les feuilles à l'extrémité des branches; les chrysalides des ^î))p/i//)j/ro sont contenues dans des coques de soie ou de débris à la surface de la terre, celle du Spinllicrops Spcc-
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trum dans un long cocon d'un joli mais clair tissu de soie Ijlanche, accolé le long d'une tige de genêt qui a nourri la chenille. C'est contre les troncs d'orme ou de chêne qu'on trouve accolé le léger cocon du rare Catephia Alchymista, et, dans des cocons à la surface de la terre, les chrysalides des Anophia.
Les chrysalides du genre Bolina sont renfermées dans de légères coques de soie grisâtre, celles de Catocala dans de minces cocons filés entre les feuilles ou dans les rides et les déchirures des écorces; chez les Ophiusides, celles des Ophiodes sont dans des coques imparfaites filées entre les broussailles, celles des Grammodes dans des coques de soie et de débris, placées à la surface du sol entre les herbes ou les mousses. Enfin, dans le genre Euclidia, h vol diurne, les chrysalides sont dans des cocons assez solides, de soie mêlée à des débris de mousse. Il y a enfin des chrysalides pour lesquelles les légers cocons qui les entourent sont enterrés assez profondément, ainsi dans le genre Eriopus.
Beaucoup d'autres chrysalides de Noctuelles sont, au contraire, dépourvues de cocons, parfois posées à nu sur le sol, parfois sous la surface du sol, dans des cavités ovoïdes terreuses, et pouvant même être enterrées assez profondément {Tripliœna). Ce sont des chrysalides de Noctuelles des plantes basses que les jardiniers trouvent souvent en bêchant la terre, et qu'ils appellent des fèves, par allusion à leur forme, à leur couleur et à l'espèce de vernis qui les recouvre. En effet, les chrysalides des Noctuelles sont lisses, rases et comme vernissées, d'une couleur Ijrune, tirant plus ou moins sur le rougeâtre ; les anneaux de leur abdomen ne sont jamais soudés, et elles leur impriment, au moindre attouchement, de vifs mouvements de flexion ou même de rotation, comme pour se débarrasser du contact qui les gêne; cei abdomen est fortement conique, et se termine ordinairement en une pointe aiguë, garnie de petites soies raides, en nombre variable, h; plus souvent courbes et crochues. Parfois, comme chez certains Spiiingiens, les chrysalides ont l'enveloppe de la spiritrompe saillante et prolongée. Certaines chrysalides de Noctuelles ont le vernis du corps dissimulé par une exsudation de poussière cireuse, analogue à ce glacis qu'on appelle la lleur des .prunes, de certains choux, etc., ciflorescences de couleur blanche {Grammodes), bleue {Catocala) ou violette. Ce sont là des faits très généraux chez les insectes : ainsi, dans les (Coléoptères Curculiuniens des genres Lixiis ei Larhnis, cliez des Hémiptères homoptères {Lystra, Phenax, Fulgora), divers Aphidiens et la grande majorité des Cocciens, sur la face supérieure de l'abdomen des mâles de certaines Libellules, ainsi Depressa, etc. Ce fait est analogue à celui de la sécrétion sous-abdominale de la cire chez les Abeilles et les Bourdons,
Le temps de la durée du stade nymphal, chez les Noctuelles, varie
avec les espèces et les climats; mais, en général, celles qui se son
chrysalidées au printemps éclosent dans le courant de l'été, tandis que
les chrysalides d'été et d'automne passent d'ordinaire l'hiver, pour
GihAUD. ni. — 37
578 i.ÉPiDorrtitts.
donner les adultes au printemps ou à l'été de l'année suivante. Un assez grand nombre de .Xoctuelles qui se nympliosent en apparence en automne, passent riiiver dans le cocon ou en terre à l'état de chenille et non de chrysalide, fait analogue à ce qui se produit pour les fausses chenilles de beaucoup de lenthrédiniens. Seulement ces chenilles se sont décolorées, sont devenues courtes, obtuses et ramassées et se sont vidées de tous les résidus digestifs, lilles rentrent au printemps dans la loi commune, en subissant une dernière mue qui en fait des chrysalides. M. (Joussens regarde cet état comme celui d'une chrysalidation interne, la chenille ne pouvant plus manger, étant privée des glandes dissolvantes, ayant l'intestin rompu, les excréments expulsés, etc. Il cite l'exemple suivant : Près de Paris, on prend sur les bords de la Marne, vers le mois de septembre, la chenille de Leucania Obsoleta sur VArundo phragmites. IClle est alors d'un gris ambré, avec des lignes dorsales assez visibles; mais, à cette époque, elle quitte les feuilles, va vers un roseau cassé, entre dedans, fait une cloison en soie, se retourne la tète en haut, fait une cloison supérieure serrée, qui défiera les inondations certaines, et reste ainsi jusqu'en mars. A cette époque, les lignes ont disparu, la chenille est de couleur livide, méconnaissable. Elle se chrysalide dans le courant d'avril, et le papillon parait quelques semaines plus tard. M. Goossens regarde les six premiers mois passés sans aucun aliment et sans mouvement possible, comme appartenant physiolûgiquement, non anatomiquement, à la chrysalide, qui se prolonge encore un ou deux mois sous une seconde forme, la forme ordinaire.
Dans l'obligation où nous sommes d'abréger notre long ouvrage, nous nous contenterons d'indiquer un certain nombre de genres et d'espèces de Noctuéliens, sans les diviser didactiquement en familles.
OI*illi»i':RKS, Boisduval. — Antennes assez longues, épaisses, cylindriques, simples dans les deux sexes ; palpes très longs, ascendants, à troisième article comprimé, de forme oblongue; spiritrompe assez courte, rigide, en l'orme de tarière, pouvant tarauder les enveloppes les plus résistantes, procédant à lii fois pour sa structure de la lance barbelée, du foret et de la râpe ; corps robuste. velu ; ailes épaisses, les supérieures aiguës au sommet, avec le bord Interne ordinairement sinué et échancré ; ailes inférieures jaunes, avec des taches ou bordures noires ; nervure sous-médiane des ailes supérieures très coudée, soudée à l'interne qui est rudimentaire, et, sous cette dernière, une poche glanduleuse, ovale-oblongue ; pattes fortes, de longueur moyenne, garnies do poils serrés. — (Uienilles à 14 pattes fonctionnelles et corne sur le onzième anneau.
Les Ophidèrcs sont des Noctuelles caractérisées d'une façon fort tranchée et en rapport avec des mœurs insolites et spéciales. Ce sont de belles espèces, presque toutes de grande taille, propres aux Indes orientales, au sud de la Chine, aux îles Sondaïques, à la Nouvelle-Guinée, à
oi'iiiOKnES. 579
l'Australie, à Madagascar, au Brésil, à la Colombie, à la Guyane hollan* (laise. Les couleurs et les formes des ailes sont très différentes dans les deuv sexes, et comme, d'autre part, les antennes et l'abdomen sont très semblables, il y a là matière à établir fréquemment de fausses espèces, si l'on n'a pas soin d'examiner de nombreux individus, chose souvent difficile, car on rapporte assez rarement les Ophideres. Les mules, qui ont les ailes supérieures entières, ont, en général, des femelles à ailes subdeiitées, et, si elles sont subdentées chez les mâles, elles sont d'ordinaire dentées dans l'autre sexe. Les Ophidères présentent l'exemple encore unique de Lépidoptères directement nuisibles à l'état adulte (1). Une des principales productions de l'Australie consiste dans la récolte des oranges; mais une quantité considérable de ces fruits se dessèche chaque année sur l'arbre même et tombe flétrie, par une cause qui était restée inconnue jusqu'à ces derniers temps. En examinant les fruits gisant sur le sol, on s'aperçoit que la peau de l'orange est percée d'une ou plusieurs petites ouvertures circulaires, et que le suc contenu dans les cellules correspondant à ces trous a été aspiré, formant ainsi un creux qui laisse un libre accès à l'air, ce qui fait que l'écorce se ride et se déprime. En pressant des fruits encore sur la branche et qui paraissent sains, on voit jaillir un petit filet de liquide, ce qui prouve qu'ils ont été également percés et qu'ils vont tomber bientôt. Cette cause de destruction prit, en 1875, les proportions d'un véritable fléau. On était obligé de l'attribuer aux piqûres d'un animal. Chauve-souris frugivore, ou plutôt d'un insecte adulte, cherchant à se nourrir du jus de l'orange, car on ne retrouvait dans le fruit aucune trace de larve ni de nymphe. En 186!), M. ïhozet, botaniste français, établi à Rockhampton (Australie), affirma que la destruction des orangeries était due à une grosse Noctuelle appartenant au genre Ophidères. Il envoya notamment une note en ce sens à la Société d'acclimatation, avec des exemplaires des papillons maraudeurs. M. Thozet ne rencontra d'abord que des incrédules, tant en Australie qu'en Europe; on lui affirmait que les Ophidères, comme les autres papillons, ne devaient avoir qu'une spiritronipe flexible, incapable de traverser la peau des fruits, et que, si réellement ils suçaient le jus des oranges, ce ne pouvait être que sur (les plaies déjà produites pur la piqûre d'autres insectes. En 1871 et 1875, M. Thozet renouvela ses affirmations. Il suffit, disait-il, pour se convaincre, d'examiner les orangers avec une lumière vers neuf heures (kl soir. On ne tarde pas à apercevoir le voleur aérien grimpant sur l'objet de ses convoitises. Si on place le flambeau derrière l'orange et l'insecte, on peut l'examiner à son aise, car le glouton, avec sa trompe forlement enfoncée dans le fruit, est trop occupé pour s'envoler, et il est aisé de saisir le papillon avant qu'il ail eu le temps de retirer le
(1) Aimo itiifoit, Un Lépiiloptèrc à trompe per/oniitte, rorageur des ovanrjcs tn AustraUe [liu/l. Soc. d'acelim., luiniùro ilc juillet 187G).
long tube avec lequel il suce le suc de l'orange. Si on lui ouvre l'abdomen avec un canif ou des ciseaux, on peut en extraire plusieurs gouttes de jus d'orange. M. Thozet rapporte que, pendant toute la saison, il tuait chaque soir une vingtaine d'Ophidères, que ces papillons, dans son orangerie, n'attaquaient que rarement les mandarines (oranges de Java), semblant préférer les oranges ordinaires, indiennes ou européennes; mais il ne met pas en doute que, s'ils n'avaient pas le choix, ils perforeraient les mandarines avec la même avidité. Il y a bien d'autres papillons plus petits, qu'on trouve presque toujours avec rOphidère, mais qui ne viennent que pour boire le jus qui s'écoule des fruits, après que les trous ont été perforés par le gros papillon. M. J. Kunckel d'Herculais, convaincu que ces affirmations précises avaient un fond de vérité, examina alors avec soin les trompes de VO. Fullonica, Linn., de l'O. Materna, Liun., de l'O. Imperator, Boisd., de l'O. Salaminia, Cramer, et reconnut qu'elles sont rigides, nullement spiraléesou en spiritrompes,mais en forme de véritables tarières, d'une perfection encore inconnue, capables de transpercer la peau des fruits, de tarauder même des enveloppes très résistantes et très épaisses, et qui seraient d'excellents modèles pour des outils nouveaux, que l'industrie emploierait pour le forage des trous dans des matières diverses. Cette tarière, procédant à la fois de la lame barbelée, du foret et de la râpe, peut inciser, tarauder, arracher, tout en permettant aux liquides de passer sans obstacle par le canal interne. Les deux mâchoires accolées se terminent par une pointe triangulaire acérée, garnie de deux barbelures latérales; elles se renflent ensuite et présentent à la face inférieure de la trompe trois portions de filet de vis, tandis que leurs côtés et leur face supérieure sont revêtus d'épines, courtes, fortes, faisant saillie au centre d'une dépression à bords durs et abruptes. Ces épines ont pour objet de déchirer les cellules de la pulpe des oranges, comme la râpe sert à ouvrir les cellules des betteraves, afin d'en faire couler le jus sucré. La région supérieure de la trompe est couverte en dessous et sur les côtés de stries fines et serrées, disposées en demihélice, et qui lui donnent les qualités d'une lime. Les stries sont interrompues, de distance en distance par de petites épines sans consistance, servant probablement au papillon à percevoir des sensations tactiles. L'orifice du canal par lequel montent les liquides est situé à la face inférieure, au-dessous du premier filet de la vis.
Pendant que M. Thozet signalait les ravages de l'O. Fullonicn dans les plantations d'orangers de Rockhampton, M. Trimen, au Cap de Bonne-Lspérance, faisait des constatations analogues {Annales and Mafias, of mit. histonj, septembre 1869) sur des papillons faisant beaucoup de mal aux pêches et aux prunes, en perçant la peau de ces fruits sur des points qui n'ont subi aucune rupture. Il ne serait pas étonnanl qu'il ne s'agisse d'un Miniodes, Guenée, genre africain voisin des Ophidères {M. Disvolur, Guenée, de la côte de Guinée), et auquel cet auteur.
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à qui la sh'ucture de la trompe est restée inconnue, assigne ce caractère : trompe courte, mais robuste. Dans le numéro de mai 187Zi du Monthly microscopical Journal, M. Mac Intire publia un article sur les insectes du Cap, en y joignant des dessins représentant leur trompe perforante. Elle offre une trùs grande similitude de structure avec celle de YO. Fullonica, tigurée par M. Kunckel (Comptes rendus de l^ Académie des sciences, séance du 30 août 1875). Il résulte de ces faits que certains Lépidoptères adultes sont réellement des insectes nuisibles, très redoutables même pour les vergers des régions tropicales. Il est probable que les observations nouvelles nous renseigneront plus complètement sur les chenilles et les chrysalides des Ophideres et genres voisins, afin de pouvoir procéder sous leurs diverses formes à la destruction de ces espèces. On sait que les chenilles des Ophideres ont la première paire de pattes membraneuses atrophiée, ressemblant d'autre part à celles des Deilephila, portant comme elles de grandes taches latérales ocellées et une éminence sur le onzième anneau.
Guenée décrit dix-sept espèces du genre Ophideres, qui, malgré leur grande taille et leurs belles couleurs, sont encore peu répandues dans les collections. Une des plus grandes et anciennement connue est ÏO. Fullonica, Litui., des Indes orientales et de l'Australie, l'espèce de M. Thozet. Les plus grands sujels ont jusqu'à 120 millimètres d'envergure et près de 50 de longueur du corps; les ailes supérieures, entières chez le mâle, subdentées chez la femelle, marbrées en dessus de vert eau-de-mer, de blanc, de noir et de brun, avec un triangle de trois taches noires très irrégulières vers le milieu du bord externe et des bandes peu marquées d'un gris cendré, vers le milieu et vers le bord antérieur de l'aile; ailes inférieures d'un fauve vif, avec une grosse lunule noir vers le milieu et une large bordure noire s'arrètant avant la lunule et remontant eu petite saillie, cette bordure noire frangée de blanc entre les nervures; tète et thorax bruns; abdomen jaune orangé en dessus et nankin en dessous; pattes postérieures et intermédiaires armées de forts éperons. Le coloris varie tellement, non seulement entre mAle et femelle, mais même entre individus du même sexe, qu'on pourrait croire à l'existence de plusieurs espèces distinctes. Une très rare espèce de Madagascar est YO. Imperalor, Boisd., de 100 millimètres d'envergure : mille, ailes supérieures entières, d'un brun chocolat soyeux, avec le bord terminal d'un gris rosé fondu, strié de brun et deux lignes du mémc! gris rosé, ombrées de brun, mal limitées, allant du bord interne au sommet, l'espace médian nuancé de gris rosé; ailes inférieures d'un fauve vif, avec une bordure noire, large, entière, continue, projetant un rameau qui se lie avec une grosse tache noire discoïdale arrondie, la frange coupée entièrement de noir et de blanc jaunâtre; femelle (pi. xcvi, fig. 1), ailes supérieures mélangées de gris violâtre luisant, de verdàtre et d'ocracé, fortement nuage et strié de brun noir, sans lignes bien visibles, une tache irrégulière, allongée,
d'un vert clair près de la base, la tache réniforme mal arrêtée, verdâtre et mate, tranchant, sous certames incidences de la lumière, sur le luisant de l'espace médian; ailes inférieures dentées, de coloration analogue à celles du mâle. Nous citerons encore, parmi les espèces les moins Tnveè,0. Materna, Linn.,de Java et des Indes orientales, 0. Salaminia. Cramer, des Indes orientales et du sud de la Chine, ressemblant 4 Fullonica; plusieurs espèces du Brésil et de Colombie.
Les Érébides sont une famille de Noctuelles bien connues à l'état parfait, car la taille gigantesque de certaines espèces semble en faire les analogues des Oiseaux, et appelle sur elles l'attention des chasseurs, de sorte qu'elles figurent dans la plupart des envois de papillons exotiques. Ce sont des papillons de grande taille, à antennes minces, longues et pubescentes, à palpes très ascendants et à articles bien distincts, les yeux très gros et apparents, surtout dans les mâles, la spiritrompe forte, le thorax lisse et peu convexe, l'abdomen plus ou moins allongé, se terminant toujours en pointe, les ailes larges, bien garnies d'écaillés, le plus souvent dentées, à lignes distinctes, à frange écailleuse bien fournie, les pattes fortes, rarement très velues, mais à épines bien prononcées. Les chenilles ne sont connues que dans très peu d'espèces, de sorte que nous devons nous garder de généraliser; celles qui ont été observées sont cylindroïdes, épaisses, à tête globuleuse, à seize pattes égales; elles vivent cachées sous les feuilles et les débris, et deviennent chrysalides dans des coques molles et peu serrées, placées soit dans la terre même, soit près de sa surface parmi les broussailles. Le plus grand nombre d'espèces provient des deux Amériques. Le genre Erebus, Latr., est actuellement restreint à une grande espèce de 135 millimètres d'envergure dans les deux sexes, VE. Odora, Linn., avec diverses variétés, très communes dans les collections, venant de la Guadeloupe, de la Jamaïque, des Guyanes et du Brésil, les ailes dentées, concolores et à dessins communs aux deux paires, d'un brun de terred'ombre, sablé de gris ocreux et teinté de lilas, surtout sur les bords, avec un feston terminal clair, et au-dessus une ligne noire subterminale, et une bande médiane commune, dentée, d'un blanc lilas; les ailes supérieures triangulaires, avec la tache réniforme ocellée, en forme de virgule, épaisse, noire, lisérée de fauve, et portant dans le bas une ligne d'un blanc bleuâtre, qui forme, en remontant, un filet vitré très étroit; ailes inférieures très velues au bord abdominal, avec un crin double, offrant, près de l'angle anal, une large tache palmée, arrondie en haut, tridentée vers le bas, l'intérieur offrant toutes les couleurs de l'acier recuit, avec un filet blanc cM)ntournant les sinus, dont l'extérieur est rempli de noir ; abdomen très court, très velu en dessus, conique dans les deux sexes; pattes glabres. Le papillon a les mœurs de notre Mania Maiira, c'est-à-dire fuit la lumière du jour, s'applique contre les murs et les rochers dans les parties les plus abritées, et pénètre jusque dans les maisons. \jn genre voisin nous présente
THÏSVMA, MAMA. ^ 583
la plus grande Noctuelle connue, Tliij.uinia Agrippina, Cramer, syn. : iitrix, auct., à lortLinn., par analogue avec une Chouette. Le papillon, réellement gigantesque, le plus grand des papillons connus, assez fréquent dans les Guyanes, figuré à Surinam par Sibylle Mérian, atteint de 2 à 3 décimètres d'envergure dans les deu\ sexes, qui sont pareils, les ailes largement dentées, d'un blanc jaunâtre, avec de nombreuses lignes noirâtres, communes aux deux ailes, dentées en zigzag, 1res rapprochées aux ailes inférieures, les taches ordinaires très visibles et rapprochées, l'orbiculaire en anneau, la réniforme très grosse, irrégulière, remplie de noirâtre; dessous des quatre ailes d'un noir violet, ayec des séries de taches blanclies, dont les terminales en figure de spatules, alternant avec d'autres spatules noires, découpant les dents encore plus profondément, les taches ordinaires des ailes supérieures noires, sur un fond blanc, ainsi qu'une lunule sur les ailes inférieures; abdomen blanc, zone de noir, avec l'extrémité anale fauve.
Parmi les genres européens, le genre Mania, Treitscke, a certaines analogies avec les Érébides. Les papillons ont les antennes filiformes dans les deux sexes, le thorax large, subcarré, convexe et velu, fortement crèté, l'abdomen un peu déprimé, caréné et terminé dans les mâles par un bouquet de poils, élargi et coupé carément, les ailes assez fortement dentées, à lignes et taches bien marquées. L'espèce type, de toute la l'rance, jamais bien commune, est une de nos grandes iSoctuelles, M. ilauia, Linn., la Maure d'Engramelle, de 70 millimètres d'envergure, les deux sexes pareils, la femelle moins foncée, les quatre ailes ayant le fond d'un gris brun foncé, les lignes médianes noires aux ailes supérieures, l'espace terminal avec une grande tache d'ua gris blanchâtre à l'angle apical, la nervure médiane et les taches ordinaires se dessinant en gris clair sur le fond, la frange précédée d'iui feston noirâtre, les ailes inférieures ayant une large bande terminale plus foncée et la frange précédée d'une ligne ondulée noirâtre. On trouve cette grande Noctuelle en juillet et août, appliquée pendant le jour dans les endroits les plus humides qu'elle peut trouver, comme les entrées des grottes et des caves, les voûtes des ponts et des aqueducs, les berges des rivières, ne s'éloignant jamais du voisinage de l'eau. La chenille, à seize pattes égales, â tète petite et globuleuse, est rase, épaisse, veloutée, les anneaux allant en grossissant de 1 à 11, celui-ci marqué d'une arête; elle est noirâtre, rappelant la couii'ui- du papillon, avec des traits obscurs et des stigmates orangés ; de mêmes goûts que l'adulte, elle vit cachée sous les plantes pendant le jour, dans les vallées basses et humides, arrosées par quelque ruisseau, vivant en avril et mai de diverses plantes basses, oseille, moiuon, cynoglosse, etc., et aussi de divers arbustes, tels que aulne, saule et surtout prunellier; la chrysalide, saupoudrée de bleuâtre, commi- celle des Catocala, est entourée d'une coque molle, légèrement enterrée à la surface du sol.
58^ LÊPlDOPTtRliS.
Les Ommatophorides sont des Noctuelles, de taille grande ou moyenne, aisées à reconnaître, même pour les yeux les moins exercés, car les ailes supérieures ont un grand dessin coulé qui rappelle les Attaciens et attire l'attention de prime abord. Cet œil, placé à l'extrémité de la cellule discoïdale, occupe tout l'espace compris entre la sous-costale et la dernière nervule de la médiane, et est circonscrit, au moins d'un côté, par une ligne noire arquée, presque toujours entourée ellemême d'une bordure ou iris plus clair que le fond; le dessin constitutit de l'œil est piritbrme, consistant en une partie renflée, du haut de laquelle part une sorte de queue, diversement recourbée; ce dessin est finement liséré de jaune à l'intérieur, et extérieurement de petites écailles fines, d'un bleu luisant et souvent métallique. Les antennes, de longueur moyenne, sont presque toujours filiformes dans les deux sexes; il y a un toupet frontal, comme dans les Érébides, des yeux gros et saillants, surtout chez les milles, des palpes très ascendants, la spiritrompe de grandeur moyenne. Le thorax est lisse, l'abdomen de longueur moyenne, renflé, cylindroïde ou conoïde, jamais aplati, parfois velu en dessus, mais jamais crête. Les ailes sont larges, assez épaisses, concolores et à dessins communs, à part le grand ocelle des ailes supérieures, les lignes bien distinctes, les franges squameuses, bien fournies. Les Ommatophorides, de même que les Erébides, manquent en Europe, et, jusqu'à présent, au nouveau continent. On rencontre leurs espèces en Afrique, à Madagascar, aux îles Mascareignes, dans les Indes orientales, aux îles Sondaïques et Philippines, en Australie, en Tasmanie, eu Chine, au Japon.
CVI.IGR.4IIIU.%, Boisd. — Antennes longue?, très minces, sélacées dans les deux sexes; yeux très gros dans les mâles, si rapprochés qu'ils réduisent le toupet frontal à un espace linéaire; spirilrompe assez longue; palpes grêles et ascendants ; corps très gièlc, le thorax peu convexe, un peu oblong, l'abdomen n'atteignant pas l'angle anal des ailes inférieures, conique, finissant en pointe très aiguë chez le mâle, moins aiguë chez la femelle; ailes larges, peu ou point dentées, les supéiieures triangulaires, à œil bien complet, à côte très mince dans toute sa longueur, sans aréole (caractère de Bombyx), les inférieures un peu prolongées diins le sens du corps, à cellule discoïdale courte, sous les quatre ailes un arc géminé, formé par deux lignes saillantes de poils, plus foncés par le fond ; pattes longues, grêles, non épineuses. — Clienilles et chrysalides inconnues.
Le genre Cyliyramma est essentiellement d'Afrique, des côtes occidentales et orientales de ce continent, de Madagascar, de l'île Maurice, rare dans les collections, quoique certaines espèces soient anciciuiement connues, il est naturel, à caractères tranchés, par la forme des ailes surtout et la gracihté du corps; les ailes supérieures ont It; bord terminal presque droit, à peine sensiblement denté, les iuréricures sont
CYLIGIÎAMMA, IIOMOPTÉRIDES. 585
denticulées. I.es supérieures ont à la base doux lignes noires anguleuses, le dessin piriforme de l'œil n'y est pas très net el supporte une tache noire qui comble toute sa partie étroite; une ligne centrale commune aux quatre ailes, nullement ondée, souvent droite et blanclie, parfois un peu arquée et peu distincte, les traverse dans toute leui' étendue. Les femelles diflerent des mâles par des yeux moins gros, les ailes inférieures plus arrondies, une couleur plus claire et les bandes mieux exprimées, surtout en dessous. Nous représentons une espèce du Sénégal, iC. Limacinu, Boisd.(pl. xcvi, tig. 2), de 6Î{ millimètres d'envergure, le fond d'un brun assez foncé, les ailes ayant leur extrémité, au delà du milieu, pftlie par une multitude de petits atomes gris; ailes supérieures ollrant, au milieu et contre la côte, un grand œil, d'un brun jaunTiIre à reflets dorés, entouré de noir.ltre, contenant deux taches plus foncées, dont la supérieure d'un noir vif, bordée du côté interne d'un tin liséré bleuâtre, la seconde plus vague, brune et entourée, du côté externe et inférieur, d'une ligne sinueuse blanche; entre cet œil et la base sont deux lignes transversales brunes et sinueuses, qui se prolongent sur les ailes inférieures, celles-ci ayant au milieu une ligne transversale arquée, d'un gris pâle, et les quatre ailes présentant, dans la large bordure externe, des taches brunes arquées, peu visibles.
La famille des Homoptérides présente des papillons chez lesquels, par un caractère assez exceptionnel pour des Noctuelles, les quatre ailes sont semblables de couleurs et de dessins. Ces couleurs sont généralement peu brillantes, le brun de feuille sèche et le noirâlre y jouant presque le seul rôle. Les dessins consistent dans les lignes ordinaires, et souvent quelques autres, accessoires; la ligne sublerminale est celle qui joue le principal rôle, formant, dans beaucoup d'espèces, deux grands arcs qui se rejoignent au milieu du bord terminal et s'y perdent dans une ombre vague. Les chenilles connues se rapprochent beaucoup de celles des Catocales d'Lurope; elles sont allongées, ii tète aplatie, à seize pattes, mais ayant la première paire de pattes membraneuses plus tourte que les autres, ce qui les rend impropres à la progression, et fait que ces chenilles sont deini-arpenteuses.i.e?, chrysalides sont arrondies antérieurement, aiguës postérieurement, le plus souvent recouvertes d'une efflorescence violàtre ou bleuâtre. Si les deux premiers étals sont très analogues à ceux des Catocales, la ressemblance; s'arrête là, car les adultes du genre Calorala ont les ailes très dissemblables de dessins et de couleurs, les inférieures richement colorées. Ceci est encore un exemple (pii nous prouve que la nature n'a pas fait de classifications, et que les classifications naturelles planes sont une chimère, si l'on ne se contente pas de n'y voir que des approximations. Les Ilorno[)térides sont formés en majeure partie d'espèces américaines; les autres espèces, qui cnnstilueiit un genre spécial, Alaviia, (iuenéc, sont des Indes orientales et de Java, sauf une espèce d'Luropt', très
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rare, .1. Albidens, Herr. Schœfi"., de Russie méridionale, et une autre du Chili, région qui a des affinités fauniques avec l'Europe.
llOMOl>Ti':n.%, Boisd. — Antennes assez longes, crénelées de cils fins et verticiUés dans les mâles, simples, très courts et très écartés dans les femelles ; spiritrompe moyenne; palpes très ascendants; thorax large, subcarré, velu, avec ptérygodes poilus et relevés à l'extrémité er> crête coupée carrément ; abdomen l-îrge, un peu aplati, avec une large crête aplatie sur le premier anneau et de très petites sur les anneaux suivants ; les quatre ailes concolores, également chargées de dessins, un peu coudées au milieu du bord terminal; pattes velues dans les mâles, avec les cuisses intermédiaires très grosses et très garnies de poils serrés. — Chenilles à tète petite, rases, allongées, atténuées antérieurement, munies d'une éminence bifide sur le onzième anneau, à seize pattes, la première paire de jiattes membraneuses plus courte et impropre à la marche. — Chrysalides obtuses antérieurement, coniques et aiguës postérieurement, couvertes d'une efflorescence d'un blanc bleuâtre ou violâtre.
Les Homoptera sont propres, en grande majorité, à l'Amérique septentrionale. Les femelles, un peu plus petites que les mâles, ont les ailes un peu plus arrondies, mais n'en diffèrent pas pour les dessins. La ressemblance de leurs chenilles avec celles des Catocala ne va pas au delà des caractères indiqués; elles n'ont pas de franges latérales fiirfuracées, ni de saillie sur le huitième anneau; indépendamment de l'atrophie de la première paire de pattes membraneuses, qui force la chenille à boucler en marchant le sixième anneau, les anneaux /i et 5 sont presque toujours courbés en arc, en sorte qu'on les dii'ait renflés sur le dos; enfin, un caractère constaté sur les chenilles connues des Humoptera, c'est que l'incision du cinquième anneau est toujours occupée en grande partie par un espace jaune ou fauve, précédé de deux taches ocellées ou annulaires. Njus citerons une espèce dont le papillon est assez fréquent en octobre dans l'Amérique septentrionale, VH. Edusa, Drury, svn. : Putrescens, G. Mén., de 50 à 55 millimètres d'envergure, les ailes d'un brun de bois nuancé et strié de foncé, un point blanc à la partie inférieure de la tache réniforme, qui est remplacée par un espace obscur, tout l'espace terminal d'un blanc grisâtre ou bleuâtre aux quatre ailes, formant aux ailes supérieures deux grandes lunules circonscrites par les deux arcs que nous avons indiqués comme généraux aux ailes supérieures des llomoptérides. Le dessous est d'un gris jaunâtre pâle, avec quelques traces de lignes obliques. La chenille vit en août sur la Verge d'or et probablement sur les chênes, et Jile un léger cocon vers le milieu de septembre. 11 est vraisemblable qu'il y a une première génération prinlaiiière. La chenille, à toute sa tailh; (pi. xcvi, iig. o), est de couleur de chair, avec toutes les lignes interrompues, festonnées, noirâtres, ainsi que les points trapézoïdaux et latéraux, et les deux éaiinencea du onzième amieau; dans les incisions des quatrième et oia-
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quième anneaux, est une large tache orangée, et, sur le dos du (juatrième, on voit deux cercles noirâtres, qui renferment les trapézoïdaux; la tète et les pattes sont concolores.
Le groupe exotique dont nous venons de parler nous amène à un genre très intéressant par les belles Noctuelles, de taille grande et moyenne qu'il renferme, et qui sont de notre faune et à peu près de toute l'Europe.
C.%TO<,\%l-A, Schrank. — Antennes longues, grêles, pubescentes dans les mâles, sétacées dans les fenielles; spiritronipe longue et l'orte ; palpes ascendants, connivenls, le second article épais et squameux, le troisième très distinct; thorax convexe, squameux, subiarré, muni d'une crête courte et bifide entre les plérygodes; abdomen long, conique, crête ou velu en dessus et terminé par un bouquet de poils rétréci dans les deux sexes; ailes larges, épaisses, les supérieures à bord externe denticulé, à écailles pulvérulentes, grises, avec lignes ondulées plus foncées, les inférieures denticulées, de couleurs bleues, rouges ou jaunes (espèces européennes)., avec deux bandes noires et la frange blanche; pattes longues, robustes, squameuses. — Chenilles à tète aplatie et coupée obliquement, à seize p;ittes, la première paire de pattes membraneuses raccourcie, allongées, atténuées aux deux extrémités, bombées en dessus, aplaties en dessous, garnies latéralement de petits filaments charnus et comme écailleux, marquées sous le ventre d'une large tache noire par anneau. — Clirysalides renfermées dans de légères coques soyeuses et couvertes d'uue eflloresceuce bleuâtre, grise ou rosée.
Les Catocala constituent un genre très homogène dans la grande tribu des iNoctuéiiens, chenilles et papillons ayant tous un air de famille très reconnaissable, môme pour les yeux les moins habitués à l'observation entomologique. Les papillons des Catocales sont des Noctuelles de taille généralement grande, parfois moyemie, dont les ailes supérieures forment au repos un toit aplati et triangulaire, recouvrant complètement les inférieures. Elles sont toujours grises, nuancées çÀ et là de blanc, de brun, de jaunâtre et de verdâtre, avec des atomes les uns plus clairs, les autres plus foncés et des lignes ondulées noirâtres, couleurs et dessins qui les ont fait appeler Likénées ou Lichénées par les anciens auteurs, car ces papillons au repos se confondent pour la vue avec les Lichens des troncs d'arbre, des rochers et des murailles, de sorte qu'il arri\e souvent qu'on les voit se reposer sur le tronc d\u\ arbre, à quelques pus de distance, et qu'on ne peut les retrouver s'il? ne font pas de mouvements; mais d'ordinaire, dès qu'on passe près d'eux, ils prennent leur vol, même en plein jour, pour peu de temps, car ils vont en général se poser à faible distance du point dont ils S(->nt partis; les vives nuances de leurs ailes inférieures les font ali>rs très aisément reconnaître. On trouve ces papillons â peu près partout, dans les bois, dans les prairies plantées d arbres, dans les jardins et jusque
dans les maisons, où ils s'accrochent souvent aux murs ombragés et sous les rebords des toits. Les ailes inférieures ont toujours une large bordure noire, assez souvent interrompue vers les trois quarts de son parcours, et reparaissant seulement en tache noire à l'angle anal. Outre cette bordure, une seconde bande noire plus étroite, partant du milieu de l'aile, subit des inflexions qui varient selon les espèces; parfois cette seconde bande noire manque absolument, parfois elle se réunit à la couleur de la base, ne laissant qu'une bandelette rouge ou jaune au milieu de l'aile, enfin toute l'aile inférieure peut être d'un noir de velours uni [C. Laçrymosa et Epione, de l'Amérique septentrionale); la couleur noire du fond est bleue, ou passe par toutes les nuances, soit du rouge minium au rouge carmin le plus pur, soit du jaune serin à l'orangé le plus foncé et au fauve; aux vapeurs des acides chlorhydrique ou azotique le rouge des ailes inférieures devient immédiatement jaune (je l'ai bien vérifié pour C. Nupta), la couleur rouge reparaissant immédiatement par le gaz ammoniac, ou peu à peu, à mesure que le gaz acide se dégage; c'est le même fait que pour les Euchélies, Chélonies et Callimorphes rouges. Le dessous de toutes les ailes des Catocala est invariablement d'une couleur claire, avec des bandes noires, même chez celles à ailes inférieures entièrement noires en dessus, seulement tantôt la couleur claire est la même que celle du dessus des ailes inférieures, tantôt elle est remplacée par du blanc, qui est alors plus ou moins lavé de rouge ou de jaune, dans le tiers ou la moitié interne de l'aile inférieure. Les femelles des Catocales sont ordinairement un peu plus nébuleuses que les mâles aux ailes supérieures. L'abdomen, dans certaines espèces, se recouvre accidentellement d'une nuance d'un beau rouge rosé; c'est sa couleur normale chez C. Pasta, rare espèce du nord de l'Europe; on l'observe souvent dans C. Optata, et parfois dans les C. Promissa et Electa.
Les chenilles des Catocala ne sont pas moins bien caractérisées que les adultes. Elles vivent toutes sur les arbres, et leurs couleurs, ordinairement marbrées de brun, de gris et de verdàtre, s'allient si parfaitement avec les Lichens et autres cryptogames qui croissent sur les troncs, (ju'il y a là une imitation défensive, l'accord des nuances les dissimulant tout à fait lorsqu'elles sont blotties dans les crevasses de l'écorce, où elles restent cachées pendant une grande partie du jour. On a beaucoup de peine à les arracher de leurs retraites, les franges latérales servant sans doute à compléter l'adhérence qui a lieu par les crochets des pattes membraneuses. Ces chenilles sont demi-arpenteuses et courbent légèrement leurs anneaux médians quand elles marchent. On se tromperait grandement si l'on jugeait de leur activitépar leur immobilité habituelle : elles sont, au contraire, des plus vives, et, quand on les touche, elles échappent souvent à la main, avec une agilité merveilleuse, en exécutant des frétillements multipliés et de véritables sauts. La croissance de ces chenilles est assez lente; elles se métamorphosent
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dans un cocon h réseau peu serré, entouré de feuilles ou fixé dans une crevasse d'écorce, imprégné d'une poussière jaune ou grise sécrétée par l'insecte; les chrysalides, très arrondies, de forme ordinaire, sont couvertes d'une épaisse poussière bleuâtre, grise ou rosée.
liC genre Catocala est propre à l'hémisphère boréal et surtout à ses régions tempérées et froides. On en trouve environ vingt-cinq espèces en Kurope, bien plus encore dans F Amérique du Nord, et certaines en Sibérie. Le genre paraît manquer en Afrique, dans l'Asie et l'Amérique méridionales et en Australie.
Nous citerons seulement les principales espèces de France : C. fraxini, Linn., la Likénée bleue, de Geoffroy, the CUfdcn Xonpareil, de toute l'Europe centrale et boréale, aussi de l'Amérique du Nord, pareille aux sujets européens, la plus grande des Noctuelles d'Europe, ayant parfois près d'un décimètre d'envergure, la seule Catocale dont les ailes inférieures soient bleues, jamais commune, l'adulte de la fin d'août au commencement d'octobre, sur les troncs des peupliers et des trembles, aussi sous les chaperons des murs; chenille d'un gris blanchâtre couleur d'asperge vivant en juin et juillet des feuilles de peuplier et les abandonnant volontiers, après sa dernière mue, pour celles du tremble. Le meilleur moyen d'obtenir fraîche cette belle Noctuelle, toujours recherchée des amateurs, est de capturer quelque femelle, de la piquer vivante et de recueillir les œufs dont elle se débarrasse, et que l'on conserve l'hiver à l'air libre; ils éclosent après l'apparition des feuilles de peuplier, et l'on enferme les jeunes chenilles dans un sac de mousseline dans lequel on a enfilé une branche feuillue; il faut bien surveiller ces jeunes chenilles, car elles aiment à s'échapper en faisant des sauts à la manière des poissons; la chrysalide se forme au milieu de juillet; ce procédé d'élevage s'applique à beaucoup d'autres Catucala, dont les œufs passent aussi l'hiver; C. Xupta, Linn., la Likénée roiujc de Geotl'roy, la Déplacée d'Engramelle, la Mariée, the Red Underwiny ,\dL plus commune de nos Catocala^ fréquente dans toute la France, de juillet à septembre inclusivement, sur les troncs des arbres, les murs et clôtures; chenille en mai et juin sur les trembles, les peupliers et les saules, d'un gris cendré un peu jaunâtre, avec deux bandes irrégulières, ondées, interrompues, plus ou moins visibles, souvent nulles, d'un gris plus foncé, noirâtre ou verdâtre, la frange latérale d'un gris blanc, le ventre bleuâtre, avec des taches noires; C. Sponsa, Linn., la Likénée rouge d'Engramelle, the Dark Crimpon Underwinn, de G5 millimètres d'envergure, les ailes inférieures d'un rouge cramoisi, avec deux bandes noires, la première sur le distjue, de largeur inégale, en l'orme de M, la seconde marginale, large à la côte, plus étroite à l'angle anal, suivant intérieurement les contours de la première, la frange noirâtre, entrecoupée de points blancs. Cette espèce, beaucoup plus rare que la précédente, ne se trouve que dans les grandes forêts de chênes, appliquée au repos sur les troncs de ces arbres. La chenille (pi. xcvi, fig. .'i) est grise et marbrée,
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avec deux tubercules sur les huitième et onzième anneauv, et vit en mai sur leschânes. Pour se la procurer, il faut battre fortement les baliveaux ou les branches des gros chênes, car elle ne descend pas sur les troncs, comme les chenilles de Nupta et de Promissa. La chrysalide (pi. xcv), flg. U, a) se forme au commencement de juin, dans une coque légère, filée entre les feuilles. Citons encore, parmi les espèces à ailes inférieures rouges, C. Promissa, cat. de Vienne, la Promise, d'Engramelle, the Light Crimpon Underwing, mêmes localités et époques que Sponm, de 56 à 60 millimètres d'envergure, les ailes inférieures d'un rouge cramoisi, avec deux bandes noires, la première étroite, flexueuse, non en M, en crochet à son extrémité inférieure, la seconde marginale» sinuce intérieurement, non anguleuse, comme chez Spoma; chenille verte, marbrée de noir, à place noirâtre entre les huitième et neuvième anneaux, à rechercher en mai sur les troncs, entre les crevasses des écoi'ces de chêne, il y a en France plusieurs Catocala à ailes inférieures jaunes, principalement méridionales; celle qui remonte le plus au nord, toujours rare, dans l'est jusqu'en Alsace, près de Paris dans Seine-et-Marne (Kallou), dans l'Indre (Maurice Sand),dans l'Aube (.lourdheuille), etc., est C. Paranympha, Linn.,la Paramjmphe d'Engramelle, de 5:2 millimètres d'envergure, les ailes inférieures d'un jaune fauve, avec deux bandes noires, celle du disque formant un anneau allongé, celle du bord terminal fortement échancrèe à l'angle externe et interrompue avant l'angle anal, la frange d'un jaune pâle, chargée dans son milieu de cinq lunules obscures; papillon en juillet et août, chenille en mai sur le prunellier {Prunus spiiwsa).
Dans la revue rapide que nous ferons des autres Noctuelles, nous indiquerons surtout les espèces dont les chenilles sont nuisibles aux champs, aux forêts, aux jardins.
Les auteurs systématiques placent naturellement en tête des Noctuelles des groupes de papillons qui établissent un passage avec les Bombyciens. Tels sont d'abord les Cymatophorifles que les Allemands mettent dans les Bombyciens, à la suite des Notodontides. En réalité, les adultes se rapprochent beaucoup des Noctuelles par les dessins des ailes, tandis que les chenilles à seize pattes ont un aspect et surtout des mœurs très voisines de celles des Clostcra. Ce sont les Noctuo- Bombycides de Boisduval. Le genre Thijathyra, Ochsenh., ofl're des papillons à antennes simples, à spiritrompe assez courte, à thorax velu, crèté et comme boursouflé, à ailes entières, ornées de dessins très élégants; les chenilles, qui vivent sur les Ronces, relèvent leur partie postérieure comme celles des Notodontes; à citer : T. Derasa, Linu., la Rafissée d'Iùigramelle, T. Bâtis, Linn., la Noctuelle Bâtis d'Olivier. Dans le genre Cijmalophora, Treitscke, les papillons ont les antennes épaisses et veloutées, la spiritrompe; courte, les palpes gnUes, le corps laineux, les ailes entières, à lignes uombreuscs; les chenilles sont rases, à peau fine et plissée, sans émineuces, aplaties en dessous, à seize
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pattes développées, et à lôte grosse; elles vivent renfermées entre des feuilles. Mx. : C. Flavicornis, Linn., la Flavicorne, Engr., la Bisulfurée, Devillers, tlie Ycllow Horned des entomologistes anglais, dans les bois, sur les troncs, en mars et avril; chenillo jaunâtre, à points blancs et tête fauve, en mai, renfermée entre deux feuilles de bouleau; C. Ridens, Fabr., la Tête roufje, Kngr., la Noctuelle moqueuse, Oliv., the Frostcd (îreen, en avril et mai sur les troncs, dans les bois de chêne ; chenille en juin sur le chêne, entre deux feuilles, surtout sur les vieux arbres; elle est jaune, ponctuée de blanc, à tête fauve, et s'élùve assez facilement. Les Hryophilides forment une famille bien tranchée, dont un seul genre européen, liryophila, Tr., à papillons de petite taille, avec les antennes simples, la spirilrompe courte et grêle, l'abdomen crête. Les chenilles sont cylindroides, courtes et rases, à points trapézoïdaux luisants et verruqueux; elles habitent toutes les vieux murs et le tronc des arbres couverts de Lichens, dont elles font leur unique nourriture. Les plus microscopiques de ces plantes semblent être celles qui leur conviennent le mieux; quelquefois elles mangent des Lepra et des Jmbricaria si peu apparentes, qu'on croirait voir la chenille rongeant la pierre elle-même: il faut chercher ces chenilles le soir, très tard, ou de grand matin, car elles se cachent pendant le jour dans des trous qu'elles bouchent avec un opercule de soie, et ne mangent que (juand la rosée a ramolli et humecté les Lichens; les chrysalides à peau fine, parfois efflorescentes, ne sont pas enterrées, mais contenues dans des cocons de soie mêlée de débris de Lichens, ou dans des creux couverts de Lichens et qu'elles tapissent intérieurement de fils de soie. Deux espèces communes, se trouvant dans les villages et les villes, sont B. Glandifcra, cat. de Vienne, la Noctuelle du Lichen d'Olivier, the Marhled Green des Anglais, de 28 millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un vert grisâtre pAle, avec dessins ondulés noirs, en juillet e( août, très commun autour de Paris, sur les murailles, les ponts, les rochers, volant le soir aux lumières; chenille d'un gris noir, avec ligne dorsale et traits blancs, eu mai sur les Lichens des pierres; li. Perla, cat. de Vienne, la Noctuelle Perle d'Olivier, the Marbled Beaufy, de 25 millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un blanc un peu jaunâtre ou bleuâtre, avec les lignes ordinaires noirAtres, onduleuses et dentelées, espèce commune en juillet dans toute la France, dans l'intérieur des villes, attirée par les lumières des apparlenients, des illuminations, etc., se trouvant abondamment au haut de la llèclie de la cathédrale de Strasbourg, etc., le papillon souvent appliqué contre les murs, les quais, les parapets des ponts; chenille gri^e, à liande dorsale orangée, marquée de points noirs, en mai et juin, sur les Lichens des murs et des pierres exposées au soleil. Les Bombycoïdes, Hoisd., ou Acronyctides, Guenée, ont les antennes courtes ou moyennes; la spirilrompe grêle et courte, les palpes courts et velus, le thorax arrondi, velu ou laineux, les ailes épaisses et pulviTulentes. en toit assez aigu
dans le repos; chenilles ressemblant à celles de'^ Bombyx, à seize patte égales, épaisses, cylindroïdes, les trapéztà'daux verruqueux, plus ou moins garnis de poils verticillés, vivant à découvert sur les arbres ou les plantes basses; les chrysalides non enterrées, courtes, obtuses, renfermées dans des cocons filés entre les branches ou les mousses. Le genre Diphthera, Ochs., offre des papillons à ailes supérieures de couleurs vives, avec de jolis dessins hiéroglyphiques noirs, le thorax uni, l'abdomen crôté, les chenilles ressemblant à celles des Liparis. Ex. : D. Oriun, Esper, VAvriliére d'Engramelle, assez fréquent dans les bois de chênes en mai et juin, les ailes supérieures d'un très beau vert à dessins noirs; chenille à larges taches dorsales jaunes, avec les verrues rousses, vivant sur le chêne en août et septembre. Il y a des espèces de l'Amérique du Nord et des Indes, non moins jolies que les nôtres. Dans le genre AcronycUi, Ochs., les antennes sont assez courtes et filiformes dans les deux sexes, la spiritrompe longue, l'aspect des papillons bombyciforme, avec les pattes courtes, l'abdomen épais et velu, long, obtus au bout dans les deux sexes, les ailes supérieures grises, à dessins noirs, nuageux, à frange entrecoupée, les ailes inférieures peu développées. Ce genre est abondant en espèces et habile tout le globe. Nous citerons A. accris, Linn., l'Omicron ardoisé, Engr., la Noctuelle de l'érable, Oliv., the Sycamore, dans les promenades, jardins et bois, de /|0 miUimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un gris noirâtre ou blanchâtre, avec les dessins et lignes ordinaires noirâtres; belle chenille, commune en juillet et août, jaune, avec de longs pinceaux de poils mêlés de rose et des taches blanches dorsales, sur l'érable, l'orme, le tilleul, et principalement le marronnier d'Inde, dépouillant parfois de toutes leurs feuilles les jeunes plantations de cet arbre, et réduites, faute de nourriture, à courir à terre de tous côtés; secouer vigoureusement chaque sujet et écraser les chenilles qui en tombent ; se chrysalide en août sous quelque abri ou dans un trou de mur, dans un léger cocon mêlé des poils de la chenille ; chrysalide hivernant et papillon l'année suivante; A. Psi, Engr., the Gray Dagger, en mai et juin, bois, jardins, boulevards, haies, envergure 36 millimètres, ailes supérieures d'un gris plus ou moins blanchâtre, avec plusieurs lignes noires, dont deux simulant par croisement avec une nervure la lettre grecque psi (*) ; chenille portant une pyramide noire sur le quatrième anneau, à bande dorsale d'un jaune citron, en juillet sur Jj^aubépine, le prunellier, l'ornie, les arbres fruitiers; A. Tridens, cat. de V., le Trident, Engr., the Dark Dagger, espèce ressemblant beaucoup à la précédente pour le papillon, avec des sortes de tridents noirs sur les ailes supérieures, dont le fond est d'un gris vineux ou rougeàtre ; chenille noire, à dessins rouges et blancs, en août et septembre sur le saule, l'aubépine, le poirier, l'orme, le prunellier, Péglantier, la ronce, etc., passant l'iiivi'r en chrysalide, qui produit le papillon en mai et juin.
Vient ensuite le groupe des Noctuelles proprement dites {(ienuinœ de
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(îuenée), qui comprend l.i livs grande majorité des espèces de notre pays. Les papillons ont les palpes bien développés, le corps robuste, les ailes supérieures épaisses; les chenilles sont rases, jamais arpenleuses à leur entier développement, à seize pattes bien complètes, sans éniinences; elles ne vivent jamais en familles. Les Leucai.iides ofl'rent des papillons dont l'abdomen est lisse, les ailes souvent de couleurs pâles, avec les lignes et les taches peu distinctes; c'est une famille très nombreuse et d'aspect analogue dans tous les pays de la terre. Les chenilles sont rases, lisses, peu colorées, se nourrissant surtout de Ciramiuées et de Cypéracées; la plupart vivent à découvert sur ces plantes; d'autres se renferment dans l'intérieur des tiges. Dans le genre Leucania, Ochs., proprement dit, les antennes sont courtes et pubescentes, les palpes épais, velus, serrés contre la tète, la spiritrompe longue, le thorax lisse et subcarré, l'abdomen court, les ailes de couleurs ternes, souvent pâles, les supérieures entières, avec les lignes et les taches rarement bien distinctes, l'abdomen lisse, terminé carrément dans les mâles, en pointe obtuse chez les femelles. Ce genre offre beaucoup d'espèces et se trouve répandu partout, comme les plantes gui le nourrissent; certains mâles ont un bouquet de poils noirs sous l'abdomen, et en outre le dessous des ailes inférieures luisant et comme argenté; chez certaines espèces exotiques, cette couleur devient tout à fuit métallique et d'un éclat extraordinaire. Les chenilles sont très difficiles à distinguer entre elles; elle ont la tète subglobuleuse et un peu rétractile, sont cylindroïdes et parées de nombreuses lignes longitudinales de diverses nuances, vivant à l'air libre, rarement dans la tige des plantes, mais se cachant pendant le jour, soit entre les touffes des Graminées, soit sous les feuilles sèches; elles se métamorphosent le plus souvent sur la terre, entre les chaïuTies, parfois dans une coque légère, et les chrysalides sont lisses et luisantes. Parmi les espèces les plus répandues en France, il faut citer L. Albipuncta, cat. de V., le Point blanc, Engr., manquant eu .AH^let:eF4e, espèce commune en France, de juin à septembre, fréquente sur les bruyères, dans les prairies et les jardins, 'ÔU millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un gris très ferrugineux, avec un poin blanc se fondant par le haut dans une lunule claire, qui forme avec lui la taclit! réniforme; chenille d'un gris carné, à lignes Unes, sur toutes les (iraminées en mars, avril et mai, très facile à élever, se récolte en secouant les feuilles sèches à la nappe ou au parapluie, en février et mars, ainsi que celle de beaucoup d'autres Noctuelles, car elle vit cachée pendant le jour; L. Pallens, Linn., la Blême, Fngr., the Common U'uinscot des Anglais, 32 millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'uLi ocracé roussàtre pâle, en jgénéral avec trois petits points noirs en triangle, commune partout en juin, puis en septembre; chenille d'un gris jaunâtre, à incisions carnées et stigmates noirs, sur les Graminées des prairies et clairières des bois, sur les avoines, aussi sur les luzernes, en mars, puis à la tin de juillet, cachée au pied des plantes pendant le GlRAFtli. ui. — 38
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jour; L. 06.<;o/pfa,Hubiier, \e Crochet blanc, l'ingram., theObscurc Wainscot, dk millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un gris jaunAtre et striées de brun entre les nervures, avec un point blanc au bout de la cellule discoidale, et deux lignes transverses de points noirs, en juin dans les prés humides, reparaissant en septembre dans l'Indre (Maurice Sand); chenille d'un gris jaunâtre, avec des lignes fines, vivant en mai sur VArifudo phragmites, dont elle mange les feuilles, et une seconde génération en août et septembre; celle-là se réfugie pendant le jour dans les tiges coupées des roseaux, qu'elle remplit de ses excréments verdâtres; elle y passe l'hiver entre deux planchers de soie mêlée d'excréments, s'y décolore et y devient chrysalide seulement an printemps. Une Leucanie fort importante, d'une distribution géographique des plus étendues, est L. Unipuncta, Haworth {Lepidoptera Britannica, J810), syn. : Extranea, Guenée, espèce trouvée plusieurs fois en Angleterre, sans doute par importation, et qu'il est très à désirer qu'on ne rencontre pas en France. Elle est indiquée comme très commune dans l'Amérique septentrionale, le Brésil, la Colombie, etc., et une variété sans point blanc se trouve aux Indes orientales, à Java, en Australie et à la Nouvelle-Zélande. Les ailes supérieures du papillon sont très aiguës au sommet, d'un gris plus ou moins roussâtre, parfois blanchâtre, couleur faon, plus ou moins fortement sablées d'atomes noirs; les deux taches ordinaires se détachent dans la cellule en couleur claire, plus ou moins lavée de roussâtre, et sous la réniforme est un point blanc, vaguement entouré de noirâtre, et d'où vient le nom spécifique de Haworth. La chenille est d'une couleur générale brun noirâtre; il existe sur le dos vme large raie centrale foncée, puis, de chaque côté, une étroite ligne noire, puis une étroite ligne blanche, puis une raie jaune, puis une étroite ligne blanche subobsolète, puis une raie jaune et enfin une raie blanche subobsolète, le ventre étant d'un vert obscur. La chrysalide, qui se forme sur le sol, est d'une brillante couleur d'un brun acajou, avec deux épines dures convergentes à l'extrémité, terminées chacune par un crochet bouclé. Cette espèce est célèbre par les désastres qu'elle cause dans les régions du nord de l'Amérique septentrionale, dans la Nouvelle-Angleterre et le sud du Canada, et, d'après M. Charles Riley, constitue l'insecte le plus nuisible de ce pays, après les Acridiens migrateurs des montagnes Rocheuses. Les chenilles ont reçu le nom de Ver de l'armée {Army Worm), ou mieux Ver en armée, car elles parcourent le sol par troupes énormes, et s'avancent à la façon d'une armée dévastatrice, dévorant en moins d'une semaine toutes les Craminées, prairies, blé, avoine, seigle, orge et sorgho, laissant les champs nus après leur passage, comblant de leurs cadavres amoncelés les tranchées profondes dont on essaye en vain d'enlourer les champs, tombant dans les puits dont elles corrompent l'eau, pénétrant dans les maisons, où elles grimpent dans les armoires et les luu'hes. La population souffre parfois beaucoup de leurs ravages, et de véritables famines
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en seraient la conséquence si elles ne respectaient les pommes de terre •et divers légumes. Les apparitions du Ver de l'armée sont aussi soudaines et mystérieures (jue son départ; il dure parfois plusieurs années de suite, bien que d'ordinaire il ne se manifeste qu'à intervalles irréguliers et souvent éloignés d'un grand nombre d'années. C'est en 17^3 que les fermiers américains ont commencé à signaler les déprédations du Ver de l'armée, mais ce n'est qu'à partir de 18G1, année de grands désastres, qu'il a été connu et déterminé entomologiquemenl. On consultera à cet égard : Ch. Hiley, On the Nuxious, bénéficiai, and other Jnsects of the State of Missouri, Jfffcrsun city, 1876, p. 22 à 57, avec fig. A côté des Leucanies se place le genre iVona^rm, Treitscke, dont les papillons sont peu brillants par les couleurs et par les dessins; les femelles ont l'abdomen long et pesant, ce qui fait qu'elles ne volent que fort peu. Ces insectes habitent de préférence les régions septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, où abondent les marais, et sont très communs dans certains pays. Les mâles voltigent au crépuscule, entre les roseauv, dans les lieux humides; ils sont beaucoup plus petits que les femelles, et, d'ordinaire, plus vivement colorés, avec l'abdomen terminé par un pinceau de poils écartés. Les chenilles des Nonagries sont plus intéressantes que les adultes. l'ius longues que celles des Leucania, plus molles, plus ridées et moins consistantes, elles offrent les lignes ordinaires peu marquées, sont assez souvent, mais pas toujours, décolorées et comme vermiformes, -sauf la présence des pattes, qui restent très apparentes. Les points trapézo'idaux sont bien saillants, verruqueux, luisants, comme cornés, surmontés d'un poil bien visible, les plaques du cou et de l'anus larges, luisantes, cornées, tranchant souvent avec la couleur pâle du corps. Ces chenilles se nourrissent de plantes aquatiques ou marécageuses, Cypéracées, .foncées, Typhacées et Graminées; mais, tandis que la plupart des autres chenilles attaquent les feuilles des végétaux, celles-ci sont endophytes pendant toute leur vie, rongeant exclusivement le centre de la tige. Au sortir de l'œuf les petites chenille.s vivent ordinairement sur une même lige, au sommet, où la partie à perforer est plus en rapport avec la faiblesse de leurs mandibules, mais elles ne tardent pas à se séparer et à habiter en général, des tiges distinctes. La chenille s'enfonce en perçant une tige, souvent de bas en haut, et y creusant un long tuyau vertical, bouchant le trou d'entrée avec des rognures et remplissant de ses excréments la partie vidée; dans les roseaux le tuyau descend souvent jusqu'à la partie submergée, au-dessous de la surface de l'eau. Si la plante est une Craminée, et qu'un nœud vienne arrêter la chenille, sans qu'elle puisse parvenir à le percer, elle pratique une ouverture circulaire par laquelle elle sort, et recommence son opération, soit au-dessus du nœud, soit sur une tige voisine. Lu elfet, lorsqu'une première tige ne suftil pas à la croissance des chenilles de .Nonagries, elles passent à une seconde, et ainsi de suite jusiiu'à leur nymphose, qui s'opère dans
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la tige même où elles ont passé tout ou partie de leur vie. Elles se construisent alors une coque peu apparente, formée des détritus intérieurs de la plante réunis par quelques fils de soie, et protégée, en dessus et en dessous, par un double coussinet de débris fortement pressés les uns sur les autres. La chrysalide est très oblongue, surtout à la partie abdominale très allongée et obtuse à l'extrémité, qui est garnie de crochets assez nombreux, mais dépourvue de ces rangs circulaires d'épines, qui, dans les chrysalides de Sésies et de C.ossiens, servent à hisser la chrysalide jusqu'au trou de sortie pour l'éclosiou du papillon; ici la chrysalide demeure à sa place dans la tige, quand sort le papillon. La chrysalide est toujours située dans une position verticale; sa tête, indistinctement tournée en haut ou en bas, est placée vis-ci-vis un trou ovale, assez grand, pratiqué dans les parois de la lige par la chenille, et recouvert seulement par une mince pellicule d'épiderme, ménagée par elle dans son travail, de sorte que le papillon n'aura qu'une résistance facile à vaincre, lorsqu'il voudra sortir de sa retraite. Quelques auteurs ont prétendu qu'une tige n'était jamais habitée que par une seule chenille. M. Constant a vérifié plusieurs fois l'inexactitude de cette assertion, car il lui est arrivé de trouver jusqu'à cinq chrysalides dans la même tige de Typha. Nous citerons seulement deux espèces de Nonagries : N. Geminipuncta, Hatchet, syn. : Paludicola, Hubner, the Twin-spotted Wainscot, environ 30 millimètres, les ailes supérieures d'un fauve testacé ou ferrugineux, plus ou moins lavé de brun, avec le milieu marqué d'un point blanc entouré de noirâtre, avec les lignes ordinaires presque toujours obsolètes; la chenille, blanchâtre, à points trapézoïdaux noirs, parvient à toute sa taille dans les premiers jours de juillet, et vit dans les tiges du roseau à balais {Arundo phragmites), qui croit au bord des fossés et dans les lieux humides; on reconnaît sa présence dans une tige à l'aspect mort ou flétri que présente le sommet; papillon dans les premiers jours d'août, nord, ouest et centre de la France, environs de Paris; -V. typhœ, Esper, the Bullnisli des Anglais, ^0 millimètres d'envergure chez le mâle, Zi8 chez la femelle, ailes supérieures d'un brun marron clair, avec les nervures blanches, les taches ordinaires un peu plus claires, lisérées de noir, se rejoignant par le bas, la réni forme seule bien marquée; en septembre, volant très peu, mêmes localités que l'espèce précédente; chenille très longue, vermiforme, décolorée, en juin et juillet, surtout dans les tiges de Typha latifolia, aussi quelquefois dans celles des Typha intermedia et angustifolia; la meilleure manière d'obtenir le papillon est de prendre la chrysahde dans les tiges de massettes, dans les derniers jours de juillet et les premiers jours d'août; on choisit celles qui ont un aspect languissant et dont une partie des feuilles est morte, on les coupe par le pied et l'on voit si leur intérieur oIVre le tuyau cylindrique de la chenille; il ne reste plus qu'à les emporter et à attendre l'éclosion du papillon, que les amateurs ne se procurent pas autrement. Le genre Gortyna, Ochs., présente les adultes
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avec les palpes courts et ascerulants, l'abdomen allongé, les ailes supérieures avec toutes les ligues et taches bien marquées, même la claviforme; les chenilles vivent dans l'intérieur des tiges, à la manière des Nonagries. L'espèce la plus répandue, toutefois assez rare, existant aux environs de Paris, est G. Flavago, cat. de V., the Frosted Orange, des alentours des fermes, près des bois, en août et septembre; envergure, 38 à /|0 millimètres, ailes supérieures d'un beau jaune d'or, sablé de brun rouge, avec deux larges bandes d'un brun pourpré, les lignes ordinaires et nervures d'un rouge brun, les trois taches ordinaires un peu plus claires, bien nettes et cerclées de brun, l'orbiculaire circulaire, la réniforme grande et à centre roux; ailes inférieures d'un fauve pâle, avec une lunule, une ligne, puis une bande noirâtres; tète et thorax d'un rouge brun, ce dernier relevé en crête. La chenille vermiforme, grise et rougeâtre, avec des tubercules noirs, vit, en juin et juillet, dans l'intérieur des tiges du sureau, de l'yèble, de la bardane, du bouillonblanc, etc., et aussi du Cirsium palustre. Une race, découverte par M.Goossens, habite les tiges d'une autre Carduacée, l'artichaut cultivé, et compte parmi les insectes nuisibles. Le fond des ailes supérieures est d'un jaune beaucoup plus clair, avec les trois taches peu visibles, les ailes inférieures, grises ou blanches, sans dessins. La chenille, pareille à celle du type, vit dans l'intérieur de la tige de Tartichaut. On la trouve surtout dans les artichauts d'Algérie, qui fournissent exclusivement les halles de Paris, de février jusqu'à la tin d'avril, et la plante répand bientôt une odeur infecte, due aux déjections de la chenille C'est en septembre et octobre qu'éclôt le papillon : FUivago, var. Cynarœa, Goossens. Une autre Noctuelle, à chenille endophyte, cause des ravages dans le midi de la France, dans les champs de mais, et, aussi, paraît-il, de sorgho. C'est le Sesamia Nonagriuides, Lefebvre, dont la chenille, médiocrement allongée, à tète petite, de couleurs ternes, h trapézo'idaux non verruqueux, à plaques cornées distinctes, vit dans l'intérieur des tiges, ainsi que les chrysalides, la tète en bas, souvent deux ou trois dans la même tige de mais, le papillon sortant par un trou pratiqué sur le côté; deux ou trois générations se succèdent dans la même saison, ce qui explique les dommages produits par cette espèce. Les Apamides nous otfrent des papillons à anteinies crénelées ou ciliées, avec les palpes assez courts, l'abdomen long, les ailes à dessins bien mar(iués, avec la ligne subterminale brisée et suivie de foncé. Le genre A pamea, Ochs., présente des papillons de moyenne taille, à thorax velu, mêlé d'écaillés, avec crête bifide derrière le collier, l'abdomen long, crête, terminé carrément chez les mâles. Ces papillons sont de couleur sombre, mais à dessins très nets, avec les taches ordinaires bien marquées, souvent blanches ou jaunes; ils sont très vifs et volent au crépuscule avec une grande ardeur; les deux sexes ne dilVèrent pas entre eux. I-es chenilles de ce genre, généralement de couleurs grises ou sales, à peau épaisse et luisante, sont courtes et raides, avec les
plaques cornées bien développées et les trapézoïdaux noirs. Elles vivent principalement sur les Graminées et les familles voisines, dont elles mangent les racines et les feuilles basses, se cachent avec soin pendant le jour et so retirent même dans les chaumes et les tiges coupées; mais, de même que Leucania Obsoleta, elles ne sont pas réellement endophytes, ne cherchant dans ces tiges qu'un abri et non une nourriture; enfin elles se chrysalident toujours hors de ces tiges et n'y font pas d'ouvertures particulières. Une espèce très commune partout à la fin de mai et en juin, et qu'un chercliera autour des granges dans lesquelles on a rentré du blé en gerbes, est 1'^. Basilinea, cat. de V., /lO millimètres d'envergure; ailes supérieures d'un gris ferrugineux, avec les taches ordinaires jaunâtres, et une ligne noire basilaire partant du thorax et trois petits points blancs vers l'angle apical de la côte; ailes inférieures d'un gris obscur. La chenille est dangereuse pour l'agriculture, occasionnant parfois de véritables dégSts dans les froments. Elle éclôt par petites familles, sur un seul épi, et les petites chenilles percent les grains, pour se nourrir de la farine, qui commence à cette époque à se solidifier; tout l'intérieur est rongé, l'enveloppe du grain et les glumes restant intacts. Quand la chenille est trop grosse pour qu'un grain de blé puisse la contenir, elle se fourre entre les glumes ou les barbes des épis, et on l'y distingue difficilement, vu l'analogie de couleur, et la moisson arrive quand elle est dans cet état. Elle se laisse envelopper alors dans les gerbes, et, si l'on examine l'aire de la grange au moment où l'on décharge ces dernières, on voit se promener par centaines des vers sortis des fétus, et qui sont les chenilles d'A. Basilinea, qu'il est inutile de chercher à détruire alors, ses dégâts étant accomplis, et qui était si bien cachée en sa jeunesse, dans les épis en formation, qu'on ne pouvait la découvrir. Les chenilles qui restent dans les chaumes s'engourdissent en hiver, enveloppées dans une coque sommairement construite. Le printemps arrivé, elles changent de manière de vivre et se portent sur les racines et les fetiilles basses; elles grossissent et prennent alors la livrée des Aparnea, car jusqu'alors elles ressemblaient à des Leucania ou à de jeunes Diantfupcia. Enfin, en mars, elles s'enfoncent définitivement en terre pour se chrysalider, et donner à la fin du printemps un papillon qui pondra sur les épis. Le genre Mamestra, Ochs., offre des papillons à antennes simples, à spiritrompe moyenne, à palpes courts et épais, les ailes épaisses, squameuses et nébuleuses, avec les taches et lignes distinctes, les pattes rol)nstos, à jambes velues, le thorax convexe et subcarré, velu, mêlé d'écaillés, l'abdomen assez long, robuste, plus ou moins caréné et velu latéralement, crèté dans les deux sexes au moins sur le premier segment, le mâle et la femelle pareils. J-es chenilles, allongées et rases, sont de couleurs livides et vivent cachées sous les plantes basses; les chrysalides sont renfermées dans des coques d(; terre et enterrées. Les espèces de Mamestra, assez nombreuses, sont répandues sur une grande partie
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du globe. I.a plus importante est M. brassicœ, Linn., la Brassicaire, Engr., llie Cabbane Motlt, de hO à Zi5 millimètres d'envergure, d'un brun plus ou moins nuancé de jaunâtre, avec lignes très sinueuses et taches bien marquées, la réniformc bordée de blanc, la claviforme bordée de noir, les ailes inférieures d'un gris enlumé, avec une lunule discoïdale bruue, espèce commune partout de mai en août; chenille grise, verte ou uoiiûtre, avec la stigmatale d'un jaune clair et des traits dorsaux, \ivant sur beaucoup de plantes potagères, principalement sur les choux, se partageant avec Triphœna Vrunuba, une partie de nos plantes maraîchères. C'est une ennemie acharnée des jardiniers, qui l'appellent Ver de cœur, car elle pénètre jusqu'au fond de la pomme des choux, où on la trouve souvent au nombre de quatre à cinq individus, sans que rien paraisse au dehors. La destruction de cette chenille est très difficile, sinon impossible; en effet, elle ne vit jamais en société, même dans sa jeunesse, et ne signale pas sa présence par des toiles ou des agglomérations de feuilles. Les injections de suie, de chaux, de cendre ne l'atteignent guère de sa retraite, salissent les choux et altèrent leur saveur; les pouley savent mieux la trouver; mais leur présence a bien des inconvénients dans les potagers. Le plus simple est d'écraser une à une les chenilles à mesure qu'on les rencontre; mais beaucoup échappent aux investigations. Le genre voisin Xijlophatiia, Stephens, d'Europe et d'Amérique du Nord, est net et facile à reconnaître. Les papillons ont les ailes oblongues, denticulées, à dessins longitudinaux, l'abdomen long et crèté; les chenilles sont luisantes, vermiformes, à points tuberculeux, et vivent de racines. Ex. : X. Polijodon, Linn., la Monoghjphe, Engr., papillon assez commun partout en juin et juillet, bois, jardins, cours, murailles des lieux habités, troncs d'arbres, etc.; chenille grasse, vermiforme, luisante, grise, à trapézoïdaux noirs, groset luisants, vivant en a\ril et mai de racines d'herbes et se cachant sous les pierres.
La famille des Noctuides est nombreuse et habite toute la terre, les espèces exotiques très semblables aux nôtres. Elle offre beaucoup d'espèces nuisibles, et même presque toutes sont nuisibles à cause du travail souterrain des chenilles, (^e sont elles dont les jardiniers trouvent les chrysalides en bêchant la tt'rre, et il est à propos de les écraser ou de les donner aux volailles qui en sont très friandes. Les papillons ont les antennes pectinées ou ciliées, les pattes robustes, à jambes antérieures épineuses, l'abdomen jamais crèté, les ailes lisses ou luisantes, les supérieures oblongues, recouvrant les inférieures au repos et souvent même croisées et disposées en toit très aplati. Los chenilles, généralement de couleurs ternes et souvent translucides, vivent cachées pendant, le jour, soit dans la terre, soit entre les racines des plantes. Elles ne filent pas de cocons et s'enterrent en général pour se chrysalider. In genre mal délimité, à très nombreuses espèces, répandues surtout en Luro[ie et en .\mérique, est celui des Agrotis, Ochs. Les
papillons onl un toupet frontal, la spiritrorape assez longue et le collier du thorax redressé, les pattes longues, à éperons prononcés, servant à l'insecte à sortir de terre à l'éclosion, l'abdomen plus ou moins déprimé, lisse, velu latéralement chez les mâles, les ailes supérieures oblongues, épaisses, lissées et souvent luisantes, avec les lignes et taches distinctes, les ailes inférieures assez développées, souvent irisées ou demi-hyalines; au repos elles sont plissées et entièrement recouvertes par les supérieures, qui se croisent même en partie et donnent à l'insecte une forme allongée; chenilles allongées, cylindriques, épaisses, à plaques cornées distinctes, parfois livides et à trapézoïdaux luisants et pilifères, parfois glabres, avec des lignes distinctes et les trapézoïdaux de la couleur du fond; elles vivent toujours cachées près des racines des plantes basses, parfois même parmi ces racines et enfoncées en terre; chrysalides enterrées. Berce décrit cinquante-sept espèces d'il /yro^/.v de France, avec de nombreuses variétés, ce qui montre la difficulté de l'étude de ce genre. Il y a deux espèces malfaisantes qu'on doit envelopper dans la même réprobation. Leurs chenilles sont connues sous le nom de Vers gris par les cultivateurs et les jardiniers; elles se ressemblent extrêmement, vivent très cachées et enterrées, et dévorent indistinctement toutes les racines dans les cliamps et les jardins, causant, sur une plus petite échelle, des dégâts analogues à ceux des larves de Hannetons, dont elles ont la manière de \ivrR ; on les rencontre très fréquemment, ainsi que leurs chrysalides, en bêchant ou en labourant. L'A. Clavis, Hufnage), syn. : Segetum, cat. de V., la Testacée et la AJoissojineitse d'EngramtUe, the Common Dart des Anglais, ÛO à Zi2 millimètres d'envergure, un peu plus chez la femelle, les antennes du m51e subpectinées jusqu'à la moitié, puis filiformes, la couleur des ailes supérieures très variable, d'un gris roussâtre plus ou moins foncé et légèrement réticulé de brun, les taches ordinaires bordées de noir, les ailes inférieures blanches avec une ligne terminale noirâtre; femelle à antennes filiformes, avec une coloration notablement plus foncée, parfois même noire aux ailes supérieures, les ailes inférieures rembrunies; très répandu de mai à septembre dans toute l'Europe, aussi des Indes orientales et du Cap de Bonne-Espérance; chenille grise, à trapézoïdaux luisants, vivant dans la terre à la racine de toutes les plantes, en avril, mai, juin. Cette chenille cause parfois des dommages considérables dans les cultures de betteraves du nord de la France, au point de compromettre gravement la sucrerie indigène; elle ronge et creuse les racines, n'allant parfois sur les feuilles que la nuit. M. E. Blanchard a conseillé de tasser la terre tyès fortement autour des betteraves, surtout pour empêcher les papillons de sortir des chrysalides enterrées; on pourrait essayer des solutions insecticides de sulfocarhonate de potasse. Dans les jardins, cette chenille attaque les racines de turneps, de dalilias, de balsamines, de reinesmarguerite*, etc. \/A. Exclamât iunis, Linn., la Double loche, Engr., tho
NOCTL'ÉLIENS. t,0\
Heart and Dart, environ /|0 millimètres d'envergure, antennes l'aiblement pectlnées chez le mâle, filiformes chez la femelle, ailes supérieures d'un gris plus ou moins foncé ou d'un gris roussàtre, la tache réniforme grande et brune, l'orbiculaire circulaire et de la couleur du fond, la claviforme allongée, toujours d'un noir profond; ailes inférieures blanches ; femelle plus brune, avec les lignes géminées et mieux dessinées, ainsi que les taches, les aileS inférieures d'un gris bleuâtre, avec l'extrémité plus obscure et la frange blanche. L'espèce est très commune dans toute l'Europe et se retrouve au Canada, sans aucune modification; bois, prairies, champs et surtout jardins, où le papillon est encore plus abondant que le précédent, et vole pendant presque toute l'année volontiers en plein jour. La chenille, Irès semblable à la précédente, vit, comme elle, au printemps et en automne, rongeant les racines de turneps, de raves, de choux, des colzas, des œillets, (les rcines-margucrites, des laitues, des chicorées, des scaroles, des artichauts, etc. L'.l. AquiUna, cat. de V., the Slreaked Dart, a une chenille voisine des précédentes et vivant de même; le papillon se trouve en France, en juillet et août, sur les haies, dans les champs et jardins, très commun par certaines années, très rare dans d'autres. La chenille cause parfois beaucoup de dégîits dans les vignes, près de Vienne, en Autriche, en dévorant les feuilles et les bourgeons.
Le genre Triphœna, Ochs., présente les antennes déliées, brièvement pubescentes chez le m;lle, filiformes chez la femelle; le thorax est lisse et arrondi, ù collier étroit, l'abdomen déprimé, terminé par une brosse de poils coupée carrément dans les deux sexes; les ailes supérieures sont étroites, allongées, se croisent mutuellement par leur bord interne dans l'état de repos, et presque parallèlement au plan de position, l'insecte ayant alors une forme très allongée, les ailes inférieures sont très développées, jaunes, avec une large bordure d'un noir velouté; chenilles épaisses, cylindroïdes, renflées postérieurement, à lignes distinctes surmontées de taches noires et deux taches cunéiformes sur le onzième anneau; elles vivent presque toujours sur les plantes basses et ne s'enterrent pas, comme celles de certains Ayrotis, se cachant seulement pendant le jour sous les pierres, les feuilles, les débiis; chrysalides enterrées. Les deux sexes ditlèrcnt à peine l'un de l'autre et sont souvent très difficiles à distinguer. Une espèce très commune pailuut, du milieu de juin à octobre, souvent grande, de 55 à 60 millimètres d'envergure, est T. l'runuba, Liiui., la Fiancée, Engr. , the lanje Yeltoiv Vnderwing, abdomen d'un gris jaunâtre, avec une taclie noire sur le dernier segment dans les mâles; ailes supérieures d'un brun nu-lé de gris jaunâtre, parfois d'un brun foncé, parfois d'un jaune d'ocre leslacé, les lignes et la tache orbiculaire d'un gris jaunâtre, la tacluî réniforme grande, plus sombre que le fond et bordée de clair, les ailes iniérieures d'un jaune ocreux, avec le bord antérieur noirâtre et une bordure assez large, sinuée intérieurement et dentelée extérieurement, d'un
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noir vif; vole par échappées pendant le jour et s'abat dans les broussailles, si abondant dans certains bois qu'on en voit voler presque à chaque pas, et aussi dans les jardins; chenille épaisse, verte, grise ou noirâtre, à lignes noires interrompues, éclosant en automne, passant l'hiver, a toute sa laille en mars et avril, très polyphage, attaquant toutes les plantes basses des bois et jardins, un tléau de ces derniers, où elle rouge le collet', le cœur et les feuilles radicales de tous les légumes, principalement laitues, oseille, épinards, choux d'hiver, chouxfleurs, etc. Ces chenilles mangent beaucoup, comme le prouve lem* corps gonflé et dont la peau semble tendue; écraser avec soin papillons, chenilles et chrysalides, qui sont celles que les jardiniers trouvent le plus souvent en bêchant les plates-bandes et les carrés de légumes; le papillon a les pattes très longues et robustes, surtout les postérieures, pour émerger hors du sol quand il sort de sa chrysalide enterrée. Plus nuisible encore est T. Coines, Hubner, syn. : Orbona, Fabr., the lesser Yelloiv Underwing, espèce de taille moindre que la précédente, le papillon ayant de Z|2 à k6 millimètres d'envergure, le thorax de la couleur des ailes supérieures, l'abdomen d'un gris jaunùtrc; ailes supé rieures ayant diverses variétés de coloration {Connuba, Prosequa, Adsequa), d'un jaune feuille-morte, ou d'un gris jaunâtre, souvent teinté de verdàtre, surtout à la base et le long de la côte, les lignes ordinaires brunes, les taches ordinaires bordées de gris clair, les ailes inférieures jaunes, avec une bordure marginale noire, sinuée, assez étroite, une lunule centrale et les nervures vers le bord antérieur, noirâtres ; papillon commun partout de juin à septembre, entrant souvent dans les maisons et se cachant dans les feuillures des volets et les interstices des portes ; chenilles hivernantes, grises, avec la bande latérale et les chevrons dorsaux foncés, très polyphages, en avril et mai, très aisées à élever; outre les légumes, elles attaquent encore les arbres fruitiers, dont elles dévorent pendant la nuit les bourgeons naissants. Celles qui ont choisi cette nourriture habitent principalement les espaliers, car elles trouvent dans les crevasses des murailles une retraite facile pendant le jour. M. Constant dit qu'il lui est arrivé d'en trouver souvent une trentaine sur un même arbre, en les cherchant à la lanterne. Dans les jardins, cette chenille est nuisible aux primevères, oreilles-d'ours, juliennes, giroflées, etc.; écraser l'insecte à tous ses états. Une espèce très voisine, mais beaucoup moins commune, surfout dans les régions non calcaires, est T. Subsequa, cat. de V., syn. : Orbona, Muinagel, la Suivante, Engr., ressemblant beaucoup à Cumes et de même taille, mais les ailes supérieures plus étroites et toujours marquées de deux points apicaux noirs; chenille en avi'il et mai sur les Graminées et quelquefois sur les plantes basses, dans les bois secs, se cachant sous les pierres; papillon en juin et juillet. iNous citerons encore, pour leur beauté et leur élégance, les T. Fimbria, Linn., la Franijée, Engr., des bois, à la fin de juin, chenille en mars et avril, sur les primevères, et
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T. Jiinlliiua, cat. de V., le Casqrie, lilngr., des bois, haies, channilles, en juin, juillet, août, parfois octobre, volant avec une grande rapidité quand il est dérangé, surtout vers cinq heures du soir, se cachant volontiers dans les touffes de lierre; chenille nocturne, comme toutes celles du genre, vivant en mars et avril dans les haies, au sommet desquelles elle monte parfois le soir, se nourrissant des feuilles des Rumex, et surtout du gouet ou pied-de-veau (Arum maculntum), dans les feuilles duquel elle lait des trous orbiculaires qui révèlent sa présence; pendant le jour elle se cache au pied de la plante ou sous les feuilles environnantes; on la trouve aussi dans les jardins sur les primevères. Les amateurs l'élèvent très aisément en captivité, avec toutes sortes de plantes basses.
Les Orthosides habitent toutes les régions de l'Europe et les parties tempérées du nouveau monde. On reconnaît les papillons à leurs palpe? grêles et incombants et à la tache réniforme, dont la partie inférieure est presque toujours salie de noirâtre; les antennes sont pubescentes ou ciliées dans les mâles, garnies de cils isolés dans les ft^melles, la spiritrompe courte ou moyenne, l'abdomen souvent déprimé, les pattes moyennes, rarement épineuses, les ailes entières, plus ou moins aiguës au sommet, les lignes et taches ordinaires bien marquées. Les chenilles, à seize pattes égales, cylindroïdes^ veloutées, bien colorées, sans tubercules ni éminences, vivent des feuilles des arbres ou des plantes basses, et se tiennent cachées ou abritées pendant le jour. Les chrysalides sont lisses et luisantes, cylindrico-coniques, à peau généralement fine, et sont renfermées dans des coques ovoïdes, lâches, composées de soie et de terre et enfouies dans le sol. Le genre Trachoa, Ochs., syn. : Panolis, Hubner, ne présente jusqu'ici qu'une espèce, que Fabricius prenait pour un Bombyx, à cause de la tête petite et cachée, de la brièveté extrême des palpes, de l'épaisse vestiture du thorax et de l'abdomen; mais la spiritrompe, distincte quoique courte, le port et le dessin des ailes, et surtout la chenille et la chrysalide, font de l'insecte une Noctuelle. Le papillon, de 32 <à oô millimètres d"en\ergure, est le T. Piniperda, Panzer, la Pityphage, lingr., tlie Pine Beauty des auteurs anglais; c'est en effet une belle Noctuelle, ayant dans les deux sexes les ailes supérieures d'un rouge de tuile vif, avec les nervures d'un gris blanc, et quelques nuances olivâtres ou ocreuses sur l'espaci; médian et l'espace terminal; les taches ordinaires sont très nettes, blanches, salies d'olivâtre intérieurement, les ailes inférieures d'un noirâtre uni, avec la frange claire, le thorax rouge mêlé de blanc; en mars et avril dans les bois de pins et aussi de sapins, se prend aisément en battant les branches sur un drap ou sur le parapluie, butine volontiers sur les chatons des saules; Vosges, Bourgogne, Auvergne, assez connuun à Fontainebleau; une variété offre la couleur rouge remplacée [Kir du gris verdâtre, couleur à peine marquée sur les taches; plus rare que le type, sauf dans le nord de l'Europe, en Ualécarlie et en Laponie. La
chenille, trùs jolie, est crun vert vif et foncé, avec les lignes dorsales et sous-dorsales blanches, larges et continues et la stigmatale d'un rouge ferrugineux, la tête et les pattes écailleuses rousses; en mai et juin sur les pins et sapins, auxquels elle cause parfois de grands dommages en Allemagne ; plus rare et non sensiblement nuisible en France. Le genre typique Orthosia, Treitscke, a des chenilles vivant sur les arbres et aussi sur les plantes basses; les papillons n'éclosent qu'au début de l'automne et se prolongent jusqu'en novembre, et cette époque d'éclosion fait qu'on ne les rencontre guère que sur les fleurs de lierre, souvent en grande quantité ; le genre voisin Tœniocampa, Guenée, offre au contraire des papillons qui éclosent au début du printemps, de sorte qu'ils butinent sur les chatons des saules à fleurs très printanières, et qu'on les fait tomber en battant les ai'bres à la mailloche; ils ont le corps velu, un peu bombyciforme, la trompe courte et les antennes ordinairement subpectinées. Les chenilles, bien colorées, de teintes claires et à lignes et dessins très nets, dépouillent en mai de leurs premières feuilles les arbres et arbrisseaux des bois et les arbres fruitiers des vergers. A citer les espèces les plus communes, dont les chenilles deviendraient très nuisibles, si leur vie à découvert ne les rendait la proie de nombreux ennemis : T. Cruda, cat. de V., syn. : Ambigua, Hubner, lu Petite, Lngr., the Small Quaker, ayant la plus petite taille des Tœniocampa, la femelle munie d'un oviscapte rétractile, la chenille d'un noir violàtre ou verte, à lignes blanches, sur les chênes en juin et juillet, devenant parfois un lléau pour ces arbres; T. Mimosa, caL de V., la Gracieuse, Kngr., the lilossom Utideriring, la chenille d'un gris bleu, à larges lignes jaunes ou fauves, en juin, souvent très commune sur les chênes et en nombreuses familles dans sa jeunesse; T. Stabilis, cat. de V., l'Ambiguë, Engr., the Common Quaker, la chenille très commune sur tous les arbres, en juin et juillet, d'un vert jaunâtre, à atomes et lignes jaunes, avec un trait transversal; D. Inccrta, llufnagel, syn. : Instabilis, cat. de V., Vlnconstante, Lngr., dont le papillon, qui éclôt souvent dès le milieu de février, a des variétés presque innombrables; chenille verte, à lignes blanches, sans trait transversal, commune en juin, juillet, août, sur le chêne, l'orme, le peuplier, etc. Le genre Scopelosoma, Curtis, mérite d'être indiqué pour son espèce, 6'. Satellitia, Linn.,la Satellite, Engr., commune en octobre dans les bois, les jaidins, les avenues d'ormes, etc., ZiO millimètres d'envergure, le thorax crête, à collier saillant et caréné, l'abdomen lisse, très déprimé et velu latéralement, les ailes supérieures très oblongues et fortement festonnées, d'un brun roux ou d'un fauve roux, avec quelques teintes violAtres, les lignes ordinaires fines et noires, la tache réniforme seule visible, formée d'un gros point blanc, au-dessus et au-dessous duquel on en voit deux autres très petits, ces points quelquefois d'un jaune rougeâtre ou safrané; ailes inférieures d'un gris noirâtre uni, avec la frange claire. L'intérêt de cette espèce est dans sa chenille, noire, à
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taches latérales blanches, vivant dans sa jeunesse entre les samarres des ormes, ou renfermée entre des feuilles sur le chêne, l'aubépine, la ronce, etc., etde plantes basses quand elle est parvenues tout son développement; on la trouve, le plus communément, au pied des ormes, entre les feuilles sèches et les broussailles. Elle est très vorace et en captivité dévore les autres chenilles, sans épargner celles de son espèce. Viennent ensuite des Noctuelles qui se reconnaissent aisément à leurs ailes supérieures formant un toit très incliné dans le repos, et dont la couleur du fond est toujours fauve ou jaune, avec les lij^nes ondulées et taches de couleur .urisâlre. Citons : Hoporina Croceago, cat. de V., la Safranée, Kngr., tfte Oraïuic Upperwing, le fond des ailes supérieures d'un fauve rougeàtre saupoudre de ferrugineux, en septembre et octobre dans les bois de chênes, l'adulte hivernant et reparaissant en mars et avril. A cette époque, où l'on trouve le papillon butinant au soleil sur les chatons des saules, on le fait souvent tomber, par les temps couverts, en battant les jeunes chênes qui ont conservé leurs feuilles sèches; chenille fauve, à chevrons bruns, épaisse, non atténuée, à onzième anneau saillant, en mai et juin sur le chêne. Le genre Xanthia, Ochs., habitant toutes les régions tempérées ou froides, doit son nom à la coloration jaune du fond des ailes supérieures. Les chenilles des Xanthies sont épaisses, courtes, à tête le plus souvent fauve; elles vivent, dans leur premier âge, parmi les chatons ou les samarres de certains arbres, saules, peupliers, chênes, ormes; elles rongent d'abord l'axe et les étamines des fleurs. Puis, lorsque les chatons se dessèchent et tombent avec les chenilles qu'ils renferment, celles-ci, qui, à cette époque, ont atteint à peu près le tiers de leur croissance, abandonnent ce genre de vie, se dispersent autour de l'arbre, et se nourrissent des plantes basses qu'elles trouvent à leur portée. Le moyen le plus simple de se les procurer consiste donc à recueillir les chatons de ces arbres au moment où ils se détachent, avant que la chenille les ait abandonnés. Llles se métamorphosent dans une coque assez solide, enfoncée dans la terre, et l'insecte parfait éclôt dans la seconde moitié de l'été. Les espèces les plus répandues sont : A'. Citraga, Linn., la Cttronelle, Engr., the Orange Salloir, les ailes supérieures d'un jaune citron finement sablé de rouge ferrugineux, les ailes inférieures d'un jaune très prde, ainsi que la frange et l'abdomen ; en septembre, dans les allées de tilleuls; chenille vivant, [lar evceplion, en mai, entre les feuilles de tilleul qu'elle crible de trinis ; A'. Fitlvago, Liim., syu. : Cerago, cal. de V., la Siilplmrée, Lngr., the Saltow, espèce commune dans tous les lieux où croît le saule marsault; papillon en juillet et août; chenille d'un brun violàtre, à ventre clair, dans les chatons du saule marsault, en mars et avril; A'. Aiiragu, cal. de V., YEblouisaante, Lngr., the liurred Salloiv, le fond des ailes supérieures d'un jaune d'or, les lignes et taches d'un brun rouge, ainsi que les espaces basilaire et terminal; papillon d'août à octobre, commun tlans le .Nord et en Auvergne, où il
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vole le soir en grand nombre à la cime des hêtres; chenille grise, l'i lignes noirâtres, en mai sur le hêtre, entre les feuilles qu'elle lie ensemble par quelques fils de soie, ce (jui la rend très difficile à trouver; A^ Gilvago, Esper., la Cirée, Engr., le fond des ailes supérieures d'un jaune fauve, le papillon très commun en septembre et octobre dans tous les lieux plantés d'ormes; chenille roussâtre, à chevrons obscurs, en mai dans les samarres des ormes, puis, à tout son développement, dans les plantes basses, en juin; à rechercher alors, entre les feuilles sèches et les broussailles, partout où il y a des ormes en massifs ou en allées.
Les Cosmides nous présentent des papillons à tête petite, ayant des formes assez élégantes, une taille ordinairement au-dessous de la moyenne, l'abdomen court et conique, les femelles pareilles aux mâles, tantôt munies d'un oviscapte saillant (Tef/ira, Ochs., ^u/jo/a, Guenée, Dicycla, Guenée), tantôt dépourvues (Cosmia, Ochs.), les ailes lisses et soyeuses, à dessins bien marqués ; ils volent avec vivacité au coucher du soleil. Les chenilles sont allongées, de couleurs vives, plus ou moins aplaties en dessous, à tête globuleuse, à écusson du prothorax luisant; elles vivent, surtout celles des Cosmia, renfermées entre les feuilles des arbres, qu'elles relient par des fils de soie. Le genre Cosmia, Ochs., syn. : Cahjmnia, Hubner, a les antennes filiformes dans les deux sexes, le thorax gros, lisse et globuleux, la spiritrompe courte. Les ciienilles sont fusiformes, molles, ridées, à trapézoïdaux saillants. Elles sont toutes carnassières (et c'est ce qui nous fait citer les Cosmides), surtout celles de l'espèce type, C. Trapezina. En liberté ces chenilles dévorent les chenilles plus faibles qu'elles, et si l'on renferme dans la boîte de récolte des chenilles de la même espèce de Cosmies, elles se font entre elles une guerre à outrance, au point qu'on n'en rencontre quelquefois pas une seule intacte. Ce détail de mœurs est bon à rappeler aux jeunes amateurs pour certaines chenilles de Noctuelles, qu'il est important d'isoler, comme lorsque l'on chasse aux Araignées. Les chrysalides sont efflorescentes, renfermées dans un cocon très léger placé entre les feuilles ou sur le sol. Le C. Trapezina, Linn., le Trapèze, Engr., the Dun Bar des Anglais, a 32 millimètres d'envergure, les ailes supérieures de <ouleur très variable, ordinairement d'un gris chamois, souvent fauve et allant quelquefois jusqu'au brun carmélite, l'espace médian toujours plus foncé, limité par des lignes qui forment un trapèze, les taches ordinaires marquées en clair, la réniforme ayant un point noiràti^e à sa partie inférieure, les ailes inférieures de la couleur des supérieures, lavées de noirâtre, à frange d'un jaune clair. Ce papillon est très commun dans tous les bois en juillet. La chenille est verte, à trapézoïdaux noirs entourés de blanc, vivant en mai sur tous les ai'bres forestiers, surtout sur le chêne. 11 y a deux très jolies Cosmies, que l'on trouve en juillet dans tous les lieux plantes d'ormes, sur les troncs des ormes, les barrières, les clôtures, etc. L'une est C. Dif/inis, Linn., tlw White-
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spotted Pinion, de 32 millimètres,, les ailos supérieures d'un brun rouge, rosé aux bords, avec quatre taches d'un blanc mat à la côte, situées à l'origine des lignes ordinaires, qui sont roses ou d'un rouge clair, les deux médianes formant une sorte de trapèze, comme chez les autres espèces du genre; il y a deux points noirs à l'angle apical; ailes inférieures d'un brun foncé, à frange fauve; chenille verte, à lète noire, renfermée en mai et juin dans un paquet de feuilles d'orme. L'autre espèce a une chenille \erte, à tûte verte, vivant à la façon de îa précédente, aux mêmes époques, sur l'orme. Le papillon de cette C. Affinis, Linn., the lesser-spotled Pinion, est plus petit, de 28 millimètres d'envergure seulement, mais très analogue, les ailes supérieures d'un brun marron, avec deux points noirs au sommet, les taches blanches de la côte plus petites, souvent nulles, les lignes ordinaires blanches et non rougeàtres, l'orbiculaire avec un et la réniforme avec deux points noirâtres; ailes inférieures noires, à frange jaune; chenille et papillon tous deux plus communs que pour Diffinis.
Les Hadénides constituent une immense famille de Noctuelles, qui habite toute la terre, à toutes les latitudes et altitudes, surtout dans les contrées tempérées et froides de l'Europe et de l'Amérique, et dont on découvre tous les jours de nouvelles espèces. Les papillons ont les antennes de longueur moyenne, rarement ciliées dans les mâles, les palpes courts et droits, le thorax plus ou moins carré et crèté. ainsi que l'abdomen, les pattes de longueur moyenne, les ailes supérieures épaisses, marquées des lignes et taches ordinaires, la ligne subterminale jamais complètement droite et souvent brisée en g dans son milieu; au repos elles recouvrent les inférieures en toit très incliné. Ces papillons volent au crépuscule et s'accrochent pendant le jour au tronc des arbres ou aux murs de clôture. Les chenilles sont allongées, bien cylindroïdes, lisses, non luisantes et sans trapézoïdaux saillants, ayant parfois le onzième anneau relevé; elles sont généralement de couleurs assez vives et avec les dessins bien marqués, se tenant à découvert ou simplement abritées sous les feuilles des arbres ou des plantes basses. Elles vivent généralement pendant le cours de la belle saison; quelques-unes pourtant passent l'hiver. Toutes s'enfoncent en terre pour se chrysalider, et rarement elles prennent la peine de construire une coque avec de la soie; une cavité ovo'ïde, lissée en dedans et facile à briser au moindre contact, suffit pour les contenir. Ces chrysalides sont luisantes et non eftlorescentes.
Le genre Dianthœcla, Boisd., forme un genre très naturel de jolies Noctuelles, à dessins aussi délicats que leurs couleurs sont vivement tranchées, à ailes supérieures festonnées, à dessins marbrés, les inférieures avec une tache claire k l'angle anal, l'abdomen caréné et crèté à sa t)ase, et muni chez les femelles d'un oviscaple dont la saillie varie suivant les espèces, et qui est destiné à pondre dans les fleurs des Caryophyllées, les fruits capsuleuv de celles-ci formant la nourriture
des chenilles, de sorte que partout où croissent, dans les régions tempérées des deux hémisphères, les plantes des genres Silène, LycJmis, Dianthus, Saponarùi, etc., on trouve des Diauthécies, les espèces particulières de ces genres ayant môme souvent leurs Noctuelles correspondantes. Les œufs sont déposés par les femelles soit sur les boutons de Caryophyllées, soit sur la corolle des fleurs, soit sur l'extrémité du calice, et donnent leurs chenillettes au bout d'une huitaine de jours. Celles-ci percent aussitôt tout ce qui les sépare de l'ovaire, mangent les jeunes pétales et l'ovaire lui-même, si la fleur est en bouton, percent l'ovaire et s'y introduisent si la fleur est plus avancée. La chenille y séjourne jusqu'à ce qu'elle ait consommé toutes les graines, puis sort pour recommencer l'opération sur une autre capsule, même sur un fruit à demi desséché et plein de graines dures. Sur les grandes Caryophyllées la chenille passe toute sa vie dans le fruit; mais les chenilles qui vivent sur les genres à fruits petits, comme les Dianthus, les Silène, elc, ne peuvent continuer à s'y loger; elles se retirent alors au pied de la plante et viennent prendre leur nourriture la nuit sur les feuilles. Ces mœurs exceptionnelles permettent de découvrir aisément les chenilles des Dianthœcia. Ou bien on inspecte pendant la nuit les ombelles des Caryophyllées à la lanterne, en parcourant les prairies, et Ton découvre aisément les chenilles grimpées au-dessus des inflorescences, le corps souvent à demi enfoncé dans les capsules, ou bien on emporte les bouquets de fleurs et on les visite à l'intérieur. Ces chenilles, qui croissent rapidement, sont cylindroïdes, rases, atténuées aux deux extrémités, avec la tête globuleuse, ordinairement de couleur terne et marquées de traits obliques ou de chevrons sur la région dorsale. Quand le moment de la nymphose est arrivé, elles quittent les sommités des plantes pour entrer en terre, et se chrysalident dans une coque peu solide formée de graviers agglutinés ou reliés entre eux par des fils de soie; les chrysalides ont une saillie abdominale qui est la gaine de la spiritrompe. Les insectes parfaits n'en sortent qu'au printemps de l'année suivante ; fidèles à leur origine, on les trouve toujours butinant le soir sur les fleurs des Caryophyllées.
Nous citerons, au point de vue horticole, D. Compta, cat. de V., l'.-lrrani/ée, Engr., de 31 millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un noir bleuâtre, ayant à la base une légère tache blanche et au-dessous une petite tache ronde d'un jaune orangé, l'espace médian entièrement traversé par une bande blanche, irrégulière, plus ou moins large suivant les individus, sur laquelle l'orbiculaire et la réniforme se dessinent finement en noir; les deux lignes médianes sont noires, géminées, éclairées de blanc vers le bord interne, la subtcrmiuale très brisée et d'un jaune orangé, la frange d'un blanc jaunâtre entrecoupé de noirâtre, les ailes inférieures d'un gris noirâtre, avec un point jaunâtre près de l'angle anal; tète et thorax variés de noir et de blanc; femelle ne différant du mâle que par l'oviscaple. Le papillon vole en mai et
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juin dans les lieux secs et rocailleux et dans les jardins. La chenille, d'un gris clair, avec la ligne vasculaire foncée, vit en juillet, très commune dans les jardins des environs de Paris et du centre de la France, dévorant la nuit les graines des œillets champêtres et des jardins {Dianthiis), se cachant le jour au pied de la plante; on peut guetter la nuit les chenilles et les écraser, ou arroser les omhelles avec une solution de tabac ou de savon noir concentré, ou de sulfocarbonate de potasse. Dans le genre Polia, Ochs., les papillons ont les antennes crénelées, les palpes courts, le (horax épais et hérissé, les ailes nébuleuses, ordinairement à fond blanchâtre. Les chenilles sont longues, verdâtres, roses, et se tiennent allongées sur les tiges des plantes basses. Dans le sous-genre Hecatera, Guenée, les femelles n'ont pas d'oviscapfe, les chenilles vivent dans les fleurs des Composées et à découvert; elles ont la tétc petite et leurs chrysalides, qui n'ont point de saillie abdominale, sont renfermées dans des coques molles et enterrées. Il faut citer P. Dijsodea, cat. de V., la Cerisière, Engr., the Ranunculus des Anglais, de 30 à 32 millimètres d'envergure, les papillons pareils dans les deux sexes, les ailes supérieures d'un gris clair ou jaunâtre, les deux taches ordinaires en clair, entourées d'orangé, les lignes médianes noires et festoiuiées, la subterminale formée de taches orangées, une ligne de petites lunules noires précédant la frange, qui est entrecoupée de gris et d'olivâtre; thorax mêlé de gris et d'olivâtre, avec le collier et les ptérygodes bordés d'orangé et d'une petite ligne noire. Le papillon vole dans les prairies et les jardins, de mai en juillet; on le trouve sur les troncs des arbres, les clôtures, les touffes de lierre, etc. La chenille de cette petite espèce, d'un gris verdâtre ou rougeâtre, à ventre pâle, se trouve en juillet et août sur la laitue vivace {Lactuca perennis), la laitue cultivée {Lactuca sativa) et autres Chicoracées dont elle mange les fleurs et les boutons. Elle cause des dégâts sérieux en s'installant par petites sociétés dans les ombelles des laitues et des romaines, dévorant les boutons comme les graines, au point de rendre parfois la récolte nulle. Il faut secouer légèrement ces plantes sur un drap ou dans un parapluie renversé, et écraser les chenilles, excellent moyen dont s'avisent bien peu de jardiniers. C'est en août que la chrysalide se forme en terre, pour donner habituellement l'adulte en juin de l'année suivante. Il y a parfois une seconde génération en septembre et des chenilles jusqu'en octobre. Une espèce voisine, de même taille, est P. Sercna, cat. de V. {Hecatcra), la Jocondc, Engr., espèce moins imisible, commune dans presque toute la France, sur les arbres des routes, les murs de clôture, etc., butinant en mai, juin et juillet, sur les fleurs des Ritbus, des Silène, etc., se prenant à la miellée. La chenille, d'un vert foncé ou brune, à chevrons noirâtres, se trouve sur les fleurs des Chicoracées en mai puis en août, car il y a habituellement deux génératioris, dans les prairies élevées et dans les jardins, sur les fleurs des (^liicor;icées, laitue vivace, épervière à ombelles, léontodons, crépide des loit^, etc.