I.Él'lUOPTÉRES
driqucs cuniÔL's, liuement striées eu traders, creusées longiludiiiulemenL en gouttière sur la face interne et réunies par leurs bords, de manière à laisser entre elles un canal interne par où montera le liquide. Au repos, la spiritrompe demeure enroulée en spirale entre les palpes labiaux^ car elle est eu général flexible et ne s'étend eu ligne à peuprès droite que lorsque l'insecte l'introduit dans les fleurs. Il y a une exception remarquable pour le genre Ophidcres, d'Australie et de l'Afrique australe. Leur spiritrompe reste dressée et dure, avec des crcnelures latérales : c'est pour ces Papillons hétérocères un organe perforant destiné à trouer la pulpe des bananes et des oranges, et ces Papillons, les seuls nuisibles à l'état adulte, causent de grands dégâts dans les cultures de ces fruits (i). La spiritrompe, toujours bien développée l'iiez les Hhopalocères, devient extrêmement longue chez certains Sphingiens {Sphinx, Macroglossa, etc.), pouvant atteindre deux à trois fois la longueur du corps. Sa longueur varie beaucoup chez les Noctuéliens ; elle est très-courte dans beaucoup de Phaléniens, et tout à fait rudimentaire chez les Rombyciens et les Attaciens, dont les adultes ne prennent pas de nourriture. On peut donner le papillon du Ver à soie {Sericaria Mon', Linn.) comme type de cette conformation. I.a spiritrompe est formée par les deux mâchoires très-allongées et accolées, et, comme preuve de cette métamorphose, ou trouve à sa base, de chaque côté, un tubercule, comme une sorte de corne, dont les parties ne sont bien visibles qu'à une forte loupe. C'est le rudiment d'un palpe maxillaire couvert de poils très-serrés, formé de deux ou trois articles. 11 est assez facile à apercevoir chez quelques Nocturnes, ainsi les Teignes du blé et de la cire (Gdllcria cerella); il est en général trèspetit et si réduit chez les Sphinx, qu'on l'aperçoit à peine, tellement que son existence dans ce groupe avait été révoquée en doute.
Sous la spiritrompe et médianement, est une lèvre courte et triangulaire, entourée de grands palpes labiaux bien développés, redressés, à articles assez larges, très-variables de forme et de dimension, au nombre de trois, le premier très-court, le second grand, le troisième très-petit ou presque nul dans beaucoup de Hhopalocères, parfois trèslong chez les Hétérocères, et formant une pointe. Ces articles des palpes sont peu apparents au dehors, car ils sont ou couverts d'écaillés, ou hérissés de poils, tantôt raidcs, tantôt soyeux. Ces palpes, qui enferment la spiritrompe roulée, sont parfois assez écartés, mais le plus souvent contigus ou connivents, généralement ascendants et accolés au front, quelquefois cependant parallèles et continuant l'axe du corps: ainsi dans le genre Liinjthca. Quelques auteurs les ont appelés barbillons.
Le thorax, ou l'ensemble des trois segments bien unis entre eux, se
(1) Aimé Dufort, in Lépidoptère àh-ompe perfurnnte, ravageur des oranges en Australie {Bulletin de la Soc. d'acclimatation, numéro de juillet 1876)*
uomine souvent le corselet, mol qui a ici une autre acception que chez les Coléoptères, où le corselet n'est que le prothorax. Chez les Lépidoptères, le prothorax, très-court, constitue le collier du corselet; le mésothorax et le niétathorax, bien soudés, semblent ne former qu'une pièce unique, terminée postérieurement par un petit écusson triangulaire, ofl'rant en dessus deux ptérygodes ou épaulettes, plus ou moins développés, et qui sont les mêmes pièces que les écailles des Hyménoptères.
Les ailes des Lépidoptères sont au nombre de quatre, les antérieures toujours plus grandes et plus développées queues postérieures, qui n'ont qu'un rôle accessoire dans le vol, ainsi que chez les Hyménoptères. Dans beaucoup de Papillons, on peut couper près de la base les ailes inférieures sans que le vol soit aboli; le frein qui relie dans un certain nombre d'Hétérocères l'aile inférieure à la supérieure est analogue aux hameçons {liamuli} des Hyménoptères, crochets situés sur le bord antérieur de l'aile de la seconde paire, et venant s'attacher à une nervure du bord postérieur de l'aile de la première paire. Comme cescrocliets» le frein contribue à maintenir les ailes inférieures dans la dépendance des supérieures, lors du mouvement commun de ces rames aériennes qui n'en forment réellement 'que deux de chaque côté. En réalité, l'usage du frein semble assez accessoire, puisqu'il manque chez beaucoup de Papillons, et qu'on peut le couper sans que les ailes inférieures se relèvent indépendamment des supérieures et sans que le vol cesse de se produire (1). Ce sont les muscles du thorax, comme nous l'expliquerons, qui amènent les mouvements simultanés des ailes des deux paires, avec ou sans frein.
La nervulation et les cellules des ailes des Lépidoptères sont en grande partie dissimulées par les écailles qui les recouvrent, et il faut enlever celles-ci pour les rendre visibles. Un y parvient, soit en appliquant les ailes sur un papier gommé qui relient les écailles, comme on le fait pour décalquer ces ailes, soit, plus simplement, en brossant l'aile avec un pinceau plus ou moins dur, suivant la résistance des écailles. Il arrive ici malheureusement, comme pour les autres ordres, que les auteurs n'ont pu se meltre daccord pour une nomenclature uniforme: ainsi Al. Lefebvre (2), Hambur, le docteur lîoisduval, M. A. Guéuée, ne s'accordent pas pour des désignations identiques. Le système le plus simple paraît être celui de llambur, modifié par M. P. M;ibille. L'aile supérieure est traversée par quatre nervures : la première suit la côte;
(1) Maurice Girard, Nota sur /es t/iocrse-f expériences relativet. à la /ouction (ta vol citez les Insectes [Ann, Soc. entom. France, séance du22 janvier !SG2). — l';uil Bci't, Coni/iles re/idus de-; séiuices et M('ni"/res de Iti Soc. de l/iologie, 1870, p. GO.
(2) Surin jilérolofjie des Lr/i/'doiilères [Ann. Soc. entoni. France, l"-' série, !8/i2, t. XI, p. 1 à 3G, |il. I, 11, m).
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c'csl la nprvurr simple antérieure. Elle peiil être soudée à lii sLiiv;inU', déviée, très-rarement alisorbée par le bourrelet costal.
La seconde nervure est la nervure compo.si'.c antérieure; elle pari presque du même point que la précédente, et, sur l'extrémité de la cellule, aux deux tiers de l'aile, elle se divise on rameaux de nombre variable. Ordinairement il y en a six, trois aboutissant à la côte, les rameaux costaux, ou apicaux, on supérieurs, et trois aboutissant au bord externe, qui sont les rameaux inférieurs. Le nombre de ces rameaux peut varier selon les familles. La troisième nervure, ou composée postérieure, traverse à peu près le milieu de l'aile et produit trois ou quatre rameaux; c'est le quatrièrne de ces rameaux que M. Guénée appelle nervure imlépendante. La quatrième nervure est la simple postérieure; sa direction est variable et n'est modifiée que rarement dans chaque l'amille. M. P. Mabille compte tous les rameaux par en bas, considérant la côte comme la partie antérieure, le haut de l'aile ; l'espace compris enti'e les deux nervures composées, ordinairement jusqu'à la naissance des rameaux, est la cellule discoïdale. Celte cellule est fermée le plus souvent par une petite nervure transversale, à laquelle les auteurs ont attribué beaucoup d'importance en raison des caractères qu'elle fournit. Il semble à M. P. Mabille que cette nervure n'ait pas d'existence propre, et il est porté à la considérer comme un prolongement de la composée antérieure et de la composée postérieure : ce sont en effet deux parties le plus souvent distinctes et qui se soudent par approche; mais ordinairement la partie inférieure est la plus faible. Lorsque les deux parties de cette nervure, qui est connue sous le nom de disco-cellula'ire (Guénée) ou de nervule (Rambur), s'affaiblissent ou disparaissent, la cellule est ouverte. (Juand elles sont soudées l'une à l'autre et sont visibles, au moins à la loupe, la cellule est fermée.
Les plis de l'aile ont une importance relative, mais souvent considérable. Celui qui traverse la cellule discoidale a été pris par Al. Lef'ebvrc comme point de repère pour compter les nervures et leurs rameaux, d'après le système qu il avait étal)li. Ils n'ont heureusement reçu aucun nom, etilest toujours facile de les désiij;iu!r parle nom du rameau \oisin.
Les nervures de l'aile inférieure se comptent de la même manière; mais elles subissent d'assez graves modifications. La composée antérieure n'émet que trois rameaux, la postérieure peut en avoir quatre.. L'espace abdominal, c'est-à-dire la partie de l'aile qui siiil le l)nr(I abd(jminal,jus(^u'à l'angle anal. p(Mil, dans certains genres, présenter une ou deux nervures simples en [ihis, (|iii' M. 1*. Mabille nomme uercures abdominales, et elles se comptent à partir du bord. Il n'y a donc que les deux nervures composées qui se ramifient. Il est très-rare de voir les deux antres foi m(M' une cellule |iar dédoublement avec un cdinmencemenlde rameau (Castnies, quelques Phaléniens, etc.).
Aux ailes supérieures les rameaux de la composée antérieure pcuMMil être réunis jtar des raniificalions IraTisversales. et il se forme ainsi
des cellules accessoires complètement fermées. Ces cellules, appelées aréoles, se voient aussi à la base de quelques aulres nervures ou même sur leur trajet; l'aréole qui est placée à l'angle supérieur de la cellule discoïdalo, entre le deuxième et le troisième rameau de la composée antérieure, a été appelée aréole siis-cplliilaire ou accessoire. Elle se trouve chez les Ciiélonides, les Rucliélides, les Callimorphes, beaucoup de Noctuelles, certains Phaléniens. Chez les Castnies, il y a dédoublement de la composée postérieure, qui est divisée eu trois nervures, et il y a trois aréoles; la nervure simple postérieure est bifide. Chez les Zeuzères, il y a quatre aréoles i\ l'aile supérieure ; chez les Attacides (Aitacus Cynthia, etc.), la disco-cellnlaire a disparu, elc. On pourrai! mulliplicr beaucoup ce genre d'exemples.
Les ailes supérieures ont une configuration qui fend à se rapprocher plus ou moins de la forme triangulaire; les inférieures sont généralement arrondies ou en ovale allongé, quelquefois un peu évidées ou échancrées sur leur côté interne ou abdominal. Dans la plupart des Rhopalocères, ce bord n'est pas évidé, mais mince, membraneux et duveté, formant d'ordinaire, avec celui du côté opposé, un canal ou gouttière qui entoure inférieurement l'abdomen. Le bord extérieur de chaque aile est bordé par une frange, souvent d'ujie autre nuance que le fond de l'aile, soit d'une seule teinte, soit de plusieurs teintes, lorsqu'elle est entrecoupée par des nervures. Elle est formée de petits poils très-serrés, un peu écailleux, et disparaît souvent par usure si l'insecte a volé longtemps, surtout pour les espèces qui se plaisent entre les herbes ou les broussailles. L'intégrité de cette frange, qui fournit un caractère, est importante pour les sujets de collection qui doi\ent (Mrc, autant que possil)le, du premier choiv. La frange est gériéralemenl moins développée chez les Rhopalocères que chez les Hétérocères, et, parmi ces derniers, les Microlépidoptôres ont souvent aux ailes inférieures une frange considérable formée de très-longs poils fins, al teignant parfois la moitié de la largeur de l'aile.
Les ailes subissent une gi'ande dégradation dans la tribu des IMérophoriens ; elles se fendent en lanières comme plumeuses selon leurs nervures, et ont un aspect d'éventail à <lemi déchiré {Pteroplumis, Orneodes).
. Les écailles, de couleurs si variées, qui recouvrent la membraiu' des Lépidoptères et constituent l'important caractère dont est tiré le nom de cet ordre d'insectes, ont été l'objet d'études microscopiques intéressantes (1). Elles ont des formes très-variées et s'attachent à la membrane alaire par un pédicule en tuyau cylindro'ïde, pareil à celui des poils du corps et aussi des ailes ; l'écaillé s'étale au-dessus du pédicule, offrant ordinaii'ement ])lusieurs carènes longitudinales parallèles. a\('c
(1) lîernard-Dpschainiis, Hcchrreli^'S niicroftcopiqvns •n/r /'n/'g/i/ii.<!ai>ii)i âr\' a/A'v t/i's fy'/>/i/()j)irri'x {Ami, c/^'v .'.r. ■,/nlii7\, 1.s;i7, Irvrjor ot iiiars.l
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de fines arêtes transversales trùs-rapprochées : ces lignes saillantes sont destinées à produire une certaine adliérence entre les écailles, qui sont toujours plus ou moins imbriquées. Lorsque deux couleurs très-disfinctos se placent à côté l'une de l'autre sur l'aile d'un papillon, ainsi une bande rouge, jaune ou bleue traversant un espace noir, il n'en résulte jamais pour l'u'il un coniraste violent et désagréable, parce que les bords des deux parties offrent un encbevétrement d'écaillés qui adoucit et estompe les contours. Les dessins des ailes résultant de ces écailles fournissent d'importants caractères pour la distinction des genres : certaines couleurs de fond, des dispositions analogues des lignes foncées, des taches qui restent constantes dans un grand nombre d'espèces, permettent de reconnaître par l'inspection d'une seule aile le groupe, plus ou moins étendu, auquel appartient le papillon. (Cependant, comme la nature ne procède jamais ])ar lois exclusives, il y a des genres très-distincts qu'on serait porté à confondre au premier abord par la disposition des couleurs et des ailes. Il y a môme des Rhopalocères qui ressemblent tout à fait à des Hétérocères sous ce rapport, au point d'avoir causé l'erreur des anciens observateurs, et pour la distinction desquels il faut recourir aux antennes et à quelques caractères peu apparents. Les ressemblances peu\ent s'étendre à des ordres différents. Ainsi le vulgaire confond aisément les Sésics par leurs ailes avec certains Hyménoptères: ainsi b; Trochilium apifunnp avec le Frelon, et le Glaiicop'is coarctaia, qui offre l'aspect d'un Icbneumonien.
Les pattes des Lépidoptères sont ordinairement grêles si on les compare à la masse du corps ; en elfet ces insectes marchent peu et ne se servent de leurs pattes que pour se placer sur les plantes, soit pour sucer le nectar des fleurs, soit pour le repos. En général, les (rois paires ont un développement analogue ; cependant un certain nombre do familles de Rhopalocères ont la première paire de pattes fi'appèe d'atrophie ; parfois elles sont seulement beaucoup plus petites, mais conservent toutes leurs parties ; parfois elles ont les tarses riulimenlaires et sans crochets, sont très-velues, impropres à la marche, appliquées comme une collerette sur le bord antérieur de la poitrine; d'où leur nom de pattes pdhitiiips. Cet avorlement des pattes de devant est le plus souvent propre aux deux sexes (Vanessa, Sntfiriis, Argynnis, Melitœa, Limenitis, Charaœes, etc.), quelquefois spécial aux m.lles {Liinjthea, Erijcina, etc.) Des auteurs ont appelé tétrapodes les Rhopalocères offrant cette réduction des pattes de la première paire, et hexapodes les autres Papillons. Certains Hétérocères ont les pattes très-velues en entier ou garnies de faisceaux, de houppes de poils, surtout les anh'rieures. Les jambes postérieures des Hétérocères ont tantôt deux, tantôt quatre éperons plus ou moins développés; lorsqu'il y eu a quatre, deux soiil placés vers le bout, deux vers le milieu du (ùté interne. Ces ('perons sont très-longs chez certains Tinéiniens et chez les Ptérophores. Les crociicls qui IcrminrnI les tarses ont des ((inCdiinaliiiiis Irès-variées
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chez \o.s Uhopalocères^ lanlùt simples et très-longs, laïUôl l'eiidus jusqu'à leur origine, et alors il peut exister entre eux une large pelote ou semelle flexible. On ne peut pa^ se servir de la forme de ces crochets comme caractères génériques, puisque, dans le même genre, des espèces très-voisines peuvent avoir, les unes des crochets simples, les autres des crochets bifides.
I/abdomen est cylindroïde dans la plupart des Papillons, parfois en ovale allongé, parfois conoïde (Sphiugiens). Il est formé de sept anneaux, dont les arceaux dorsaux, beaucoup plus grands que les ventraux, les recouvrent le plus souvent par leurs bords, de sorte qu'en dessous l'abdomen paraît parfois former une gouttière: cette disposition permet une dilatation très-grande de cet abdomen chez certaines femelles où il est rempli d'une masse considérable d'œufs avant la ponte. A son extrémité, entre deux valves du dernier anneau, se trouve une scissure longitudinale, beaucoup plus prononcée chez le mâle que chez la femelle, et dans laquelle s'ouvrent les orifices reproducteurs et l'issue du canal digestif. En pressant le bout de cet abdomen on fait saillir chez le mAle des pièces copulatrices, le plus souvent en crochets plus ou moins velu?, parfois (certains Phaléniens, etc.) en forme de couronne érectile hérissée de poils rayonnant en étoile, de manière à empêcher la sortie du pénis après son intromission. En général les femelles n'ont pasd'oviscapte saillant, sauf chez les Zeuzères, dont les chenilles doivent vivre à l'intérieur des bois, chez les Dianthécies pondant dans les corolles de Caryophyllées, dont les chenilles rongeront ensuite les ovaires ; l'abdomen de ces femelles se prolonge en un long tuyau pointu et rétractile, pouvant s'introduire dans les fentes étroites. Chez certains llétérocères Bombyciens, l'abdomen des femelles se termine pard'épaisses toutfes de poils tins et soyeux, qui doivent être déposés sur les œufs comme couverture protectrice pendant l'hiver ; dans les deux sexes des Macroglosses (Sphingiens) il se termine par un faisceau de poils raides et divergents étalés en queue d'oiseau. Enfin les femelles des Rhopalocères du genre Parnassius ont sous le ventre, à l'extrémité de l'abdomen, une poche sphéroïde et cornée, dont l'usage est inconnu.
En général, chez les Rhopalocères, l'abdomen est de coulcurfoncée; par fois il est de la t einte des ailes avec une bande dorsale plus somhj'e. Dans certains Sphingiens, {DeilephilaElpenor,fJgustri,Celerio,elc.), et chez les Sésies, ilestannelé de noir, alternant avec du rose varié ou du jaune. Il est orné de vires couleurs chez les Chélonies, les (ilaucopis, certains Rombyx ; offre la teinte du fond des ailes cliez les l'rocris, lesZygènes, est lavé de bleu, comme les ailes, chez les mâles de certains Lycœna et T/tec/a; otfre des taches jaunes ou rouges à sa base ou à son extrémité dans plusieurs Pa/n'/eo ; est marqué de points réguliers de diverses couleurs chez les Thaïs et beaucoup d'Acra'd, etc.
Ees couleurs des Lépidoptères peuvent présenter des variai iims par albinisme ou manque de pigment, soit total, soit parlicl : iTaiilies lois
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il y a au conliairc mélanismo ou pigmout plus ibnrô que clioz le lype : aiusi poiu' la femelle ol Irès-rarement le mâle de l'Argyiuiis Paphia, variété Ç calczinn^ remplaçant le type dans le Valais, accidentelle en France. Certaines aberrations de couleur sont propres aux races de montagnes. On voit assez fréquemment sur nos côtes océaniques le rouge des ailes de CaHimorpha liera changé en jaune, et cela devient, paraît-il, constant dans le Caucase ; de même il y a des variétés jauru'S de diverses autres Chélonides à ailes rouges, comme C<illimorplia(Jominut<i ou de Calocula à ailes inférieures habituellement rouges à fascies noires ; de certaines Zygèues où les taches rouges sont devenues jaunes, ainsi une variété jaune de Zygœna achilleœ, aberration [lava, race curieuse, qui se prenait autrefois près de Paris dans le parc du Haincy, avant qiTil eût été morcelé. En nous bornant aux espèces parisiennes, his collections des amateurs présentent aussi des aberrations jaunes dans les Zyijd'na Pcucpclani, Jlippocrcpidis, Filipendulœ. M.. ].Va.\\ou a été témoin de réclusion d'une Zygène (Zyiiwna cxulans) dont le fond des ailes était d'abord jaune, mais qui, au bout de quelques heures, avait pris la coloration rouge typique.
Les aberrations par rouge des ailes inférieures changé en jaune sou! beaucoup plus rares chez les CheloiiiaCajd, Uebe, purpnrea, et chez luiclicliaJacubeœ. Picrret a obtenu d'éclosion deux mâles ùv Sphingiens, l'un de DeilephiluDahli, l'autre de Dellephila fu/j/^orè/œ, offrant les ailes supérieures et le corps d'un jaune verdàtre et les inférieures d'un beau jaune serin, au lieu d'être rouges comme dans le type (.1///*. So'-. cnluiu. de France, 2^ série, 18Zi7, t. V; Bail., p. 72).
Il est fort curieuv de voir qu'on peut reproduire, au moins momentanément, dans certains genres de Lépidoptères, ces changemenis (bi rouge des ailes en jaune, par un virement analogue à celui si connu des chimistes pour la tcintiu-e de tournesol. En exposant les Chélonides et les Catticala à ailes r(juges aux vapeurs des acides chlorbydrique ou azotique, les parties rouges deviennent immt'diatoment jaunes, et le rouge reparaît, d'une manière également subite, par l'cxposilion au gaz ammoniac.
Les amateurs ont souveni cherché à provoquer des aberralions de ceuleur chez les Papillons par des nourritures s|)éciales doimées aux chenilles. Voici quelques faits sur ce sujet d'étude si intéressant à pour- .suivre, puisqu'il se rattache à la grande ([ucslion de l;i variabilité des espèces. La variété Aq Chelonia Caja, à ailes infi'rieures brunes au lieu de les avoir rouges, pi'ovienl. dit-on, de chenilles nourries auv Icuilles de Noyer. Le Chelonia villica, à ailes inférieures plus au moins noires, provient de chenilles élevées^ de l'œuf et nourries exclusivement aux feuilles de Raifort (Eettig:. Des chenilles de Vaiiessa lo (Paon de jour;, élevées dans l'obscurité complète avec du Houblon, ont domie de nombreuses aberrations.
On observe aussi poui- les Lépidoptères adultes des f;iits de mimi':-
7^ [,ÉPinoPTi'RES.
tisme, c'est-à-dire d'adaptation des formes et des couleurs, soit avec des organes végétaux, soit avec des Lépidoptères d'autres groupes, fait que nous avons cité précédemment. C'est liabiluellement une protection défensive que ces ressemblances : ainsi certaines de nos Vanesses, à riches et vives couleurs en dessus, simulent des feuilles à demi desséchées lorsque leurs ailes relevées, perpendiculaires au corps lors du repos, et à contours découpés, ne laissent voir que leur face inférieure marbrée de noirâtre, de brun et de gris. Les Lasiocampes, dites Fouillesmnrtes, qui éclosent en automne, ressemblent à un assemblage de feuilles sèches par leurs couleurs et leurs ailes inférieures débordant à demi au repos les supérieures. Beaucoup de Noctuelles posées sur les murs ouïes troncs d'arbres se confondent par l'aspect avec la surface d'appui, en l'aison de la couleur de leurs larges ailes antérieures en toit, cachant tout à fait les inférieures souvent vivement colorées ; le genre Bryophila dont les chenilles vivent de Lichens et cachent sous leurs thalles leurs petites coques soyeuses, ont tout à fait la couleur grisâtre de ces Cryptogames. Parmi les Phaléniens, les Boarmia, les Oporahia, les Acidalia, les Eupitheciii, aux quatre ailes marbrées et grisâtres étalées sur les rochers, les murs, les troncs d'arbres, échappent très-aisément à l'œil de l'homme ou de l'oiseau par cet aspect même. Parmi les curieux insectes représentés dans le Voyage à l'archipel malais (the Malayan Archipelago, London and New-York, 1872) par M. A. 1{. Wallace, se trouve figuré p. 131) un Nymphalien de Sumatra {Callima paralecta), qui, posé au repos sur une branche au moyen des deux paires de pattes fonctionnelles elles ailes relevées, avec un fond de couleur d'ocre comme une feuille sèche, ressemble tout à fait à une feuille, le pétiole étant simulé par les deux pointes accolées des ailes inférieures, la nervure médiane par une bande longitudinale foncée du dessous des ailes des deux paires les nervures latérales par des lignes obliques plus grêles, il y a bien manifestement une ressemblance protectrice, une mimicry, comme l'appelle M. Darwin. Il en est de mùme t^ouv Callima Inachis, également des régions indo-sondaïques. Quand ces belles Nymphales volent, elles se voient au contraire à longue distance par le dessus des ailes orné d'une large bande d'un jaune-orange sur un fond d'un bleu chatoyant magnifique, (^hez ces Papillons et chez d'autres espèces des pays chauds, les ailes antérieures sont pointues, et cotte forme, sous les tropiques, est précisément celle des feuilles d'un grand nombre d'arbres et d'arbrisseaux, ce qui constitue une protection pour ces Rhopalocères au repos, les ailes relevées. De très-élégants Lépidoptères de l'Amérique du Sud ont la, face inférieure des ailes brune avec des rayures et des taches plus sombres, vraie imitation d'écorce fendillée, et ils ne se tiennent que sur les troncs d'arbres.
11 y a aussi des protections par imitation, non plus des formes el des couleurs du sol, des rochers, des troncs, dcïs feuillages, mais par ressemhlr.nce profonde avec des espèces de ty])es différents. .M. I?ales. dans son
LEPEDOPTKRES. /,)
voyage aux régions de l'Amazone, a constaté que des espères communes de Papillons possèdent un moyen de délense contre les oiseaux, cl que d'autres, bien moins communes, ont, comme protection, leur mimicry avec les premières. Les bois de l'Amérique du Sud fourmillent d'Héliconies (type des Nymphaliens à pattes antérieures atrophiées) à grandes antennes, à corps svelte, à ailes longues et délicates, souvent demitransparentes, ayant des taches et des bandes rouges, jaunes ou blanches, sur un fond noir, bleu ou bi'un. Jamais on ne trouve de fragments d'ailes d'Héliconies dévorées pur les oiseaux, et cependant leur vol est faible et lent; mais cela a pour cause une liqueur nauséabonde trèsodorante, qui sort par des pores du corps de ces Papillons débiles, dès ([u'on les touche. On s'explique alors pourquoi certaines Piérides américaines, d'un type tout autre que les Nymphaliens, à six pattes complètes, ont les mêmes formes et les couleurs variant de la même manière que chez les HéUconies. Les Loptalis sont les sosies des Heliconia, et s(; trouvent protégés par cette ressemblance, étant en outre bien moins nombreux en individus. De même les Sésies, bien moins abondantes que les Guêpes et divers Hyménoptères porte-aiguillon, sont protégées par cette analogie avec des insectes redoutables : le faible s'est comme \êtu de la peau du guerrier. Peut-être y u-t-il quelque raison encore inconnue pour qu'un Phalénien qu'on voit voler en plein jour dans nos bois secs, le Sio7ia exalbata, entièrement d'un blanc de lait, semble avoir besoin de se confondre avec les petites [*iérides blanches à peu près de même taille.
Certains Lépidoptères présentent de véritables cas de polymorphisme : on dirait des espèces qui ne sont pas encore bien fixées. Ainsi dans nos Hibernies, dont les chenilles vivent à côté les unes des autres sur nos arbres forestiers, il y a des espèces à dessins constants, comme Uihernia aurantiaria o\ pntgemmaria, Anisnjiteryx (cscuhiria et aceraria, Choimalubia brumata, tandis (jue llibernia leucapha-aria et surtout defoliaria \arient beaucoup, certains exemplaires de cette dernière surtout paraissant appartenir à une ton! mitre espèce. Il y a une influence inconnue qui s'opère après la transformation sui" les chenilles des espèces variables, qui cependant ont eu la même nourriture et les mêmes iuQuences atmosphériques que celles qui donnent des adultes toujours les mêmes. Les Argynnes ont une grande constance de dessin; les Mélitées ou Papillons-damiers, Hhopalocères voisins et également forestiers, sont au contraire très-sujettes à variations pigmentaires, surtout par continence des taches noires. Les variations sont continuelles et considérables chez VAttarus Yama-mm i[\\ Japon, au point qu'on a rarement, lors des éclosinns des chrysalides, deux sujets absolument semblables. La plupart des femelles ont le fond des ailes d'un beau jaune, citron, tandis que les mAles sont très-rarement jaunes ; les mâles ont le plus souvent le fond d'un gris un peu jaunâtre, ce qui est au contraire peu fréquent chez les femelles. Les mâles sont quelquefois rongeàtres
et très-rarement les femelles; enfin on obtient, mais rarement, des mâles don! le fond des ailes est de couleur lie de vin. Chez deux autres espèces Irès-voisines, il y a aussi un grand nombre de variations de couleur du fond pour YAttacus Mylitta des Indes, et très-peu, au contraire, pour VA. Permji de la (;hine. Certaines espèces indiennes du genre Papilio perdent les queues des ailes dans les petites îles des Moluques ; à l'île do Céram, au contraire, toutes les espèces communes au continent et aux îles sont plus grandes. On trouve au Japon des Vanesses et des Argynnes pareilles aux nôtres, mais de taille trèsampliflée. Certaines espèces d'Europe devieinient, dans l'Amérique du Nord, des races, avec des variations très-légères, mais constantes : ainsi pour Vyrameis Atalanta et Vanessa Morio. Les Lépidoptères des îles Shetland s'écartent un peu des types correspondants de la Grande- Bretagne, mais avec des variations bien moins accusées que celles qui distinguent entre elles les variélés anglaises et américaines. De même M. Bellier de la Chavignerie a vu que la Corse a bien moins de Papillons nouveaux que ne le croyait Rambur, mais on peut dire que toutes les espèces sont modifiées et deviennent des races locales. Ainsi Vaneasa Jchnusa peut prendre les deux points noirs de V. Urticœ du continent» et ses chenilles, dans les régions montagneuses froides de la Corse, deviennent tout à fait semblables à celles de l'espèce continentale, dont elle n'est sans doute qu'une race insulaire. Le Papilio Paminon, trèsrépandu dans l'Inde et dans l'archipel de la Malaisie, a les contours et les dessins des ailes indétiniment variables; mais les chenilles sont pareilles. Le Papilio Memnon, de Java, de Sumatra, d'Amboine et du conlinent asiatique, présente le mâle variant peu, avec les ailes postérieures arrondies et ornées de lignes et de croissants d'un bleu pâle sur un fond noir. La femelle, au conlraire, se montre avec des parures très-diverses : tantôt elle ressemble au mâle par la coupe des ailes et se dislingue simplement par des taches de nuances vives ; tantôt, avec une coloration particulière, elle a les ailes postérieures qui se prolongent en queue, de façon à imiter des Papilio d'autres espèces. Si l'observation n'avait éclairé la question, on peut dire que les mères donnent naissance à des filles qu'on ne prendrait jamais pour des soeurs. La même mère donne des fils semblables au père et des filles pareilles non-seulement à elle-même, mais à une seconde épouse imaginaire du père (Wallace, op. cit.). On a compté jusqu'à trente-deux variétés dans les deux sexes de Diadema lassinassa, Nymjjhalien de Chine, de l'Inde, d'Australie, les unes avet taches bleues, d'autres qui en sont privées. (;hez la Phalène des Pins, Fidonia piniaria, se rencontre une variété blanche mêlée au type jaune, qui semble en France ne pas subir d'induence de climat, et qui paraît, en Angleterre, remplacer le type jaune dans le nord. Dans une Cln'lonide, qui se montre en juin dans les bois des environs de Paris, le Neiiieophila Ptaiitaiiiiiis, on Ironviî dans loiiles les localilés. cà et là a\('C le lyi)e à fond jaune, une variété
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hnspila à fond bluac, mais (oujours mâle, et cepeuduul la Icinellc \it eu chenille sur les mêmes plantes et dans le même climat. C'est l'iaverso de ce qui a lieu pour la variété mélanicnue femelle calezina de l'.lrijynnis l'aphin. M. lî. .Mac [>achlan (1) cite un grand nombre d'Hétérocères qui de\iennent plus funcés en couleur quand on se rapproche du nord de l'Angleterre (tu de l'Ecosse ; c'est au climat brumeux de la Grande-Bretagne que M. Bellier de la Chavignerie attribue la fréquence des aberrations noires ûWmphidasijs betidarid et des Noctuelles pohjudun et Oxijacanthœ.
Il existe aussi des phénomèrîes de polymorphisme saisonnier, c'est-àdire dû à l'influence de la température (voy. A. Weismann, Sur le dimorpimme saisonnier des Lépidoptères, br. en allemand, 1875). l'nc Vanesse du nord de la France a longtemps formé deux espèces, sous les noms de Cartes géographiques fauve et brune. Au printemps paraît Arasclniia levana, dont les chrysalides ont subi l'action du froid de rbi\er, et qui est fauve et plus petite quM. prursa, qui est à fond briui et éclôt eu juillet, de chrysalides à courte existence en été; en retardant les chrysalides par une cave froide, on a pu obtenir, en été, soit lerana, soit une variété à caractères intermédiaires, dite purima, qui éclôt aussi parfois en septembre et octobre des chrysalides de prorsa, dans les années chaudes, et ne se reproduit pas. De même Ant'iKicharis lielia, à taches blanches nacrées, provient de chrysalides hibernantes écloses au printemps, tandis que A. Ausonici, à taches d'un blanc mat, est une seconde éclosion de la même espèce au moyen des chrysalides d'été à courte période. He même les Anthocharis Belemia et Gtaiice ne forment qu'une espèce, cette dernière estivale (D'' Boisduval et Pierret). Dans le Papilio Machaon, si répandu dans l'ancien monde, la génération de printemps a toujours le fond des ailes d'un jaune soufre pille ; la génération de la tin de l'été, au contraire, présente parfois des sujets où ce fond tire sur l'orangé. Cela est probablement dû à une insolation de la chrysalide, car h' fond des ailes prend sou\eu[ celte teinte chez les individus de collection exposés longtemps à la lumière. D après M. Zel.ler, leLycœna Polysperchon, forme hivernale, et le Lycœna Amintas, forme estivale, ne constituent qu'une seule espèce.
f-es dilîérences sexuelles des l.épidoptères sont de diverses sortes. Souvent, outre les organes i)ro[)ri'S, on ue distingue les sexes qu'à l'abdomen long et cylindroïde du mâle, tandis qu'il est rentlé, ovoïde ou piriforme chez la femelle, surtout lors du développement des œufs fécondés. Ordinairement la femelle est un peu plus grande que le mâle, à couleurs moins vives, à dessins moins prononcés. Il existe, dans certains groupes d'ilétérocères, des femelles à ailes imparfaites, impropres au \ol, en moignons plus ou moins grands {Trirhosoina,
(1) Notes ijèiiérfiles .iur les variations des Lépidoptères, traduites de l'anglais, avec annotations pur Maurice Girard et J. Fallou [Ann, Soc. eniom. France, 18(J7).
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Orijija, Xijssia, lliLvniia, Clteiinulubia, Tinra), ou inùmc eutici-emcul absentes (Hibernia defoliuria, Anisopteryx œscularia). tUiez les Psyché et IcèOEceticus, les femelles sont larvilormes et absolument aptères. On ne connaît pas de mâles de Lépidoptères à ailes rudinientaires, comme cela arrive chez certains Perliens (Névroptères pscudorthoptères) el (ilialcidiens ('Hyménoptères;; parfois les ailes des mâles sont caudées plus ou moins longuement, tandis que celles de leurs femelles sont arrondies ou à prolongement bien moins accuse. Le développement des antennes est en rapport habituel avec la sexualité mâle, comme c'est le cas général chez les Insectes ; souvent les antennes sont pectinées chez les mâles et simplement dentées ou même filiformes chez les femelles. Il peut arriver que des couleurs fortement tranchées indiquent immédiatement le sexe. Ainsi, le mâle du Satyrus Phryne est brun et la femelle d'un blanc de lait ; le mâle de Chelonia mendica noir et la femelle blanche; la plupart des Lycœna et des Tliecla ont les mâles à ailes d'un bleu plus ou moins azuré, tandis que les femelles les ont brunes, et parfois bleues par aberration maris colore; les dessous des ailes à taches triangulaires ou ocellées restent les mêmes dans les deux sexes. De même les mâles du splendide Morphu Cypris, de Santa-Fe de Bogota, ont les ailes du bleu éclatant le plus riche ; le mâle du Morpho Cytheris est d'un bleu pâle et nacré, tandis que leurs femelles, beaucoup plus rares, sont fauves; les Mars changeants {'Symphalides), qui volent dans les bois parisiens au début de l'été, ont de brillants reflets d'un bleu violacé, par suite d'ccailles de deux couleurs suivant le sens d'où provient la lumière diffusée, et les femelles sont d'un brun mat. Les prés et les champs semblent olfrir comme signal du printemps le mâle de VAnthocharis Cardamines, si visible de loin par la tache d'un jaune orangé vif des sommets des ailes supérieures, tandis que la femelle les offre blancs comme le reste de l'aile, etc.
Ce sont surtout ces différences tranchées dans les couleurs des deux sexes qui permettent de recoiniaître tout de suite les hermaphrodites bilatéraux toujours très-rares, décrite par divers auteurs chez les Lépidoptères, privés parfois du vol quand il y a une forte disproportion de grandeiu' entre les ailes du côté mâle et du coté femelle, comme dans l'herniaphrodite du Liparis dispar, de VAllacus Carpini, de ÏAyliaTau. On reconnaît encore ces hermaphrodites bilatéraux chez les llétcrocères aux différences entre l'antenne droite et gauche chez certains genres; ils échappent à notre attention chez d'autres où les anteimes, les grandeurs et les dessins des ailes sont les mêmes dans les deux sexes {Zyyœna, beaucoup de Noctuelles). L'anatomie interne révèle, chez ces hermaphrodites, un ovaire d'un côté, un testicule de l'autre, mais plus ou nioins atrophiés et sans usage. On a cité aussi des hermaphrodites beaucoup plus rares encore par mélange général et sur les deux côtés des caractères des deux sexes. J'ai vu un Aylia Tau de ce
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lypt' dans la colledioii de M. J. l'alluii. On a indiqiio dv.< liei'ina[iln'ijdites partiels chez [a Li paris lUspar, Rhudocrra Cleopalia, etc.
Les Lépidupteres présentent des hybrides résnltant de croisements entre espèces très-voisines, tantôt naturels, comme entre certaines espèces de Zygènes, de Sphinyiens {Deilephila vcspertiUoides, hybride desZ>. Veapertilio ci H ippophaes^ D.Epilobii, hybride des D. Vcspertilio et Euphorbiœ), de Hombyciens, tantôt artificiels et réalisés dans les éducations en captivité des amateurs, comme les liybrides entre les Attacit^ l'iri clSpiiii, les A. Yama-maï cl l'crniji, obtenus par MM. Herce et A. Higot, ces hybrides relournaul, au bout de quelques générations, à r.l. Pcrnyi^ suivant le l'ait général des h\brides féconds, où une des espèces absorbe peu à peu l'autre, comme on le voit pour les Lépo rides, hybrides du Lièvre et du Lapin, et qui revieimenl au l-apiu. Enfin les collections présentent un hybride des Dicranura vinnla et erminca, résultant d'un accouplement opéré à Bordeaux, constaté i)ar ili\ sujets, neul" mâles et une femelle à œufs slérilcs. M. Westwood a obteiui un hybride entre Smerinthiis ucellatus et Populi, ayant un mélange parfait des couleurs, des dessins et de la coupe des ailes de ces deu\ Sphingiens. On a signalé des accouplements sans résultat entre les genres Vanessa, Argijnnis et Satijrus. On a trouvé aussi dans des Microlépidoptôres l'accouplement réalisé (Mitrt; deux espèces différentes du même genre, iG^Peroneachristana et nychthcinerana (Tortriciens, Platyomides). En 1877, dans ses éducations à Pontoise, M. Bigot u réussi à faire accoupler pendant toute une miit Allacns l'olypheinus, femelle, espèce de l'Amérique du Nord, avec A. l'erniji, mâle, espèce de l'intérieur de la Chine ; mais les œufs pondus par la femelle se sont déprimés et étaient stériles.
Les Lépidoptères sont un des ordres d'insecles (jui présentent le plus de faits de parihénogenèse, on lucina sinr toncabilu. Un certain ntnnbre d'espèces ont la parthénogenèse exceptionnelle, celle dans laquelle on a empêché le coït, et elle est mêlée, c'est-à-dire doinie des mâles et des femelles. Les femelles de beaucoup d'ilélérocères, non accouplées et captives, pondent des œufs généralement inféconds, parfois accidentellement fertiles, et ce fait a été \u dès la fin du xvii'' siècle (Malpiglii, Sur le Ver a noie) et le commencement du xviu"=. On l'a conslalé sur des Sphingiens et sur un(i quinzaine d'espèces de Hombyciens {Sericuriu Mon', L/paris (li.spar, (iaslropacha l'ini, etc.). Héaumur refusait de croire au fait u\ancé par (lonstant tùistelel, que des femelles de Ver à soie donnent des œufs fertiles sans mules. Cette i)arthénogenèse du Ver à soie a été bien étudiée par .M. A. Barthélémy {Ann. se. nalur., 1859). La femelle vierge peut produire des mâles et des femelles; ses œufs fertiles noircissent plus lentement que ceux de la femelle fécondée; il n'y en a jamais qu'un petit nombre dans sa ponte, lui général, ils vivent peu et ne passent l'hiver (|u'à de rares exceptions, la chenille mourant dans l'œul; et ces obscr\ allons ont été confirmées par M. Bal-
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Jjiuiii. On a aussi annoncé plusieurs fois la production d'œul's l'erliles parla l'emelle vierge du Ver à soie de l'Allante, ^^^^rtcus C?/ni/ua, Drury, vertij G. Mén. Un fait fort curieux a été constaté par M. Goossens sur une femelle de Laaiocampa Fini , obtenue d eclosion chez lui. C'est une espèce méridionale et dont il n'y avait pas en ce moment de mâle vivant à Paris. Cette femelle, piquée sur l'étaloir, pondit un grand nombre d'œufs stériles. M. Goossens, voulant empêcher l'aplatissement, de l'abdomen, en lia l'extrémité avec un fil de soie, afin d'arrêter la fin de la ponte. Les derniers œufs, recueillis quelques jours après, furent féconds et donnèrent des chenilles. Il semble donc que leur fécondité était liée à une incubation plus prolongée dans l'oviducte. On rencontre encore chez les Lépidoptères la parthénogenèse normale, c'est-à-dire ayant toujours lieu dans la nature sur leséclosions libres. C'est le cas de certaines Psychides (1), comme Pstjchc Hélix, nididclla, etc., dont les générations successives sans accouplement donnent exclusivement des ïeme\[es{thèlijfocir de Siebold). Il en est de même pour diverses Tinéides, ainsi les Sollenobia iichenella et triquelrella. Cependant il y a, à certaines époques et probablement pour certaines femelles spéciales de Psychides, une ponte de chenilles produisant des mâles, qui servent sans doute à renouveler pour plusieurs générations la fécondité parthénogenique, d'où résultera une série de femelles. Ce sont surtout les Hyménoptères qui produisent la parthénogenèse du troisième genre, donnant naissance à des milles seuls {arrhénotocie de Leuckart) : ainsi accidentellement pour le genre Apis, normalement pour les genres Bombus, Vespa, Polistes, et, d'après Leuckart, pour un Tenthrédinien, le Nematus voitricostis. M. Ralbiani explique comme il suit la parthénogenèse des Insectes : C'est un genre particulier d'hermaphrodisme, un appareil femelle spécial donnant à la fois des œufs et des spermatozoïdes qui les fécondent. L'état parthénogenique serait la forme parfaite d'une espèce et elle est monoïquC;, un seul individu suffisant pour procréer ses semblables ; les cellules polaires des œufs en sont les éléments mâles, fécondateurs du germe. Les sujets dioïques sont une dégénérescence, un affaiblissement. C'est d'abord le maie qui apparaît avec ses spermatozoïdes conservant une trace transitoire de l'ovule ou cellule-fille sécrétée par la cellule-mère, puis la femelle. C'est là un fuit général chez les Insectes, qui sont presque tous dioïques, et où les mâles éclosent les .premiers, afin d'assurer d'une manière efficace la fécondation des femelles.
Des cas térat ologiques assez variés ont été constatés chez les Lépidoptères. Nous citerons d'abord des ('ciro??(^'//r.»; ou privations de membres: ainsi Rumia cralœgaria (I>halénien) manquant entièrement des deux ailes gauches, sans rudiment ; J/(«/s TwManrfra, sans aile droite infé-
(1) Th. y\c •:^U'hv\A, Parihrnixjeiièse ckcz les Insectes (A/m. -c. iialur., ZcoL., 4*^ série, 1850, 1. VI, p. 193).
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rieuro et sans trace d'uvoilemeut, sujet mâle parfuitcmcut développé du reste et très-coloré ; Attacus Carpini mâle, privé, sans rudiment, de l'aile inférieure ^auclie, Tailo supérieure gauche étant un peu plus petite que la droite et un peu moins colorée ; Dicmtliaxia carpophaçia n'ayant que trois ailes, l'une des inférieures avortée. Un sujet de Zijfjd'ua occilanica élevé de chenille ull'rait, au côté gauche, deu\ l'ois l'aile supérieure, sans aile inférieure ; au-dessous de l'aile supérieure ordinaire la même aile se trouvait entièrement reproduite, même avec son ptérygode ou épaulette. Des difformités alaires assez fréquentes sont des accidents d'éclosion de la chrysalide; une ou plusieurs ailes, qui n'ont pu s'étaler et se sécher librement, restent en moignons chiffonnés ou sous forme d'ailes planes, mais bien plus petites que dans le type et avec les dessins très-resserrés et réduits, quoique pareils au type, comme cela a lieu transitoirement quand les ailes commencent à sortir de leurs fourreaux chez la clu^ysalide. M. H. Lucas cite ('olias cdiisa, sujet pris en Algérie, ayant l'aile antérieure gauche beaucoup plus petite, avec réduction du point noir de la cellule discoïdale et de la bordure noire ; l'antetnie gauche était aussi sensiblement plus petite. ^■ous pouvons indiquer également Procr/s Statices, et de même un mâle de Polijominatus Eurydice, avec les deux ailes d'un même côté bien plus petites que les deu\ autres; Lycœna Arion (collection J. Fallou) ayant une aile inférieure beaucoup plus petite. Dans ces ailes rapetissées, les dessins et les nervures sont parfaitement conservés. On ne peut expliquer ces demi-réductions par défaut de nourriture de la clienille, comme on explique souvent les aberrations naines par réduction du corps et des quatre ailes à la fois, constatées chez des Coliadcs, des Piérides, des Satyres, etc. Ce nanisme est habituel sur les Vancsses des Orties {Vanessa Urticœ et lo) provenant des éducations captives, soit que les chenilles refusent de manger, soit par une température trop élevée (1). Le développement des chrysalides à une chaleur anormale est une cause de nanisme, comme pour les embryons des œufs d'oiseaux: les l*apillons que Réaumur obtenait par éclosion hâtive des chrysalides, placées dans des œufs de verre couvés par des poules, étaient toujours réduits en taille, et souvent à ailes avortées cl chifforniées. C'est ce qui arrive pour les Papillons que des amateurs font éclore en hiver dans une cbanibi'e Ibrtement chauffée, au lieu d'attendre l'éclosion naturelle au printemps. Au reste, les amateurs savent que les sujets d'éclosions captives élevés ex ovo sont en général moins grands et moins vivement colorés que ceux provenant de chrysalides récoltées naturellement, et ayant subi, ainsi que la chenille, les phases des températures du dehors.
11 y a aussi des monstruosités p;u' insertions anormales des antennes:
(I) Maurice Girard, Sole sur des écloslons avec rcdurlioa de luille de ,V;u;cssa Urticœ {Ann. Soc. entorn. France, 1865. Bull., p. 36).
GiiîAKi). m — (^
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ainsi un sujet d'Himera pennaria (Phalénion) dont une des antennes était insérée normalement au-dessus de l'œil gauche, et l'autre anormalement placée au-dessous du même organe. On a vu parfois, dans les Rliopalocères comme dans les Hétérocères, des Papillons aveugles par un arrêt de développement qui consiste en ce que l'adulte a conservé la tête de la chenille ; au-dessous se trouve la peau céphalique de la chrysalide, et plus, au-dessous, les antennes, les yeux, les palpes du papillon plus ou moins atrophiés. C'est également un arrêt de développement qui explique certains albinismes des Papillons par décoloration totale ou par places du pigment des ailes et du corps, ou bien par absence d'écaillés sur des portions d'ailes qui demeurent transparentes. Ainsi un sujet femelle de Tcphrosia crepuscularia (Phaléniens) trouvé à Bondy offrant l'aile gauche, quoique parfaitement développée et de plus grande fraîcheur, dépourvue de toute coloration, ce qui donnait au Papillon un aspect singulier. J'ai pris près d'Angoulême, en juillet 1875, un Sa t y rus Janira otl'rant régulièrement, vers le milieu de chacune des quatre ailes, une large tache blanchâtre, par absence de pigment.
M. A. Barthélémy a cherché à provoquer des monstruosités artificielles en soumettant les chrysalides à des incubations gênées, analogues à celles expérimentées par E. Geoffroy Saint-Hilaire, puis, beaucoup plus complètement, par M. Camille Dareste sur des œufs de poule en altérant l'incubation par des positions anormales, des enduits partiels de la coque, empêchant ou modifiant la respiration par places, etc. Les expériences ont été faites sur des chrysalides de Ver à soie {Sericaria Mori, Linn.) (1). En recouvrant de cire la partie inférieure de la chrysalide, les organes génitaux externes se développent cependant, mais plus faibles et moins durs. Si l'on enduit de cire les régions céphalique et thoracique de la chrysalide, les altérations sont beaucoup plus grandes. Les ailes et les jambes ne sont plus qu'en très-minces ruditrès-petite, les yeux ne forment qu'un point noir. Au contraire l'abdomen et les organes génitaux sont bien constitués ; la chrysalide n'arrive pas à l'éclosion naturelle, comme l'œuf d'oiseau, dans la plupart des expériences de M. C. Dareste. En comprimant la région céphalique de la chrysalide, on obtient des Papillons tldipsencéphales, à yeux trèspetits, à bouche prognathe, à antennes avortées et projetées en avant, à thorax bossu. Le cerveau ne s'est pas développé latéralement et reste comme chez la chenille, ou bien les deux lobes sont inégaux. Au contraire la chaîne nerveuse abdominale est bien développée, ce qui montre sou indépendance du cerveau. Les organes génitaux, la poche copulatrice et la glande à vernis des œufs sont devenus énormes, et les sujets montrent uue grande ardeur à copuler. Si au coufrairt' on comprime
(1) A. Barlliolemy, Sid- les monstruosités naturelles et provoquées chez les Lrpiiloiifères {Anit. se. ««/.,ZooL., 5^ surio, 1864, t. I, p. 2'2ô)i
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l'avanl-dcrnier anneau abdominal où se forment les organes génitaux, tantôt la nature supprime un anneau pour leur faire place, tantôt ils avortent, et le papillon est débile et infirme ; les œufs et les testicules se résorbent, les glandes annexes disparaissent.
Ces expériences montrent que la chrysalide est un véritable œuf, comme Ilarvey le pensait. Knfîn la vitalité est trôs-modifiée et devenue très-résistante dans l'état de chrysalide, car de pareilles compressions exercées sur la chenille causeraient infailliblement sa mort. De même on a vu fréquemment des chrysalides piquées d'une épingle par des amateurs novices, non-seulement continuer à vivre, mais se débarrasser des enveloppes et produire le papillon, tandis que des chenilles piquées périssent bientôt.
J'explique par des compressions exercées par les électrodes sur les fourreaux alaires des chrysalides les altérations observées sur les papillons de Vanessa Urticœ par M. Nicolas Wagner. Elles consistent surtout en déchirures et en trous, ou au moins entaches sans pigment dans les ailes, ce que le naturaliste russe attribuait au passage de courants élcîctriques, ordinaires ou induits. J'ai parfaitement constaté l'mpossibilité du passage de courants voltaïques, sans lésions internes, à travers les tégument fermes et non conducteurs des chrysalides (1), comme à travers la coque dure de l'ceuf de la poule. Un Attacus Carpini d'éclosion, de la collection de M. J. Fallou, présente des trous aux ailes tout à fait pareils à ceux des Vanesses que M. N. Wagner croyait influencées par le courant voltaïque.
Le plus habituellement les Lépidoptères adultes ne vivent pas trèslongtemps et s'accouplent bientôt, la femelle survivant un peu au mâle pour la ponte, et leur vie est de plus longue durée si l'accouplement n'a pas lieu : c'est un fait général chez les insectes. La vie est encore abrégée chez les adultes quand l'imperfection de la bouche et du tube digestif les empêche de prendre de la nourriture: ainsi chez les Hombyciens, les Attaciens, comme on en voit un exemple si connu dans le papillon du Ver à soie du Mûrier. 11 y a exception curieuse pour certains Nymphaliens du genre Vanessa et annexes, comme les Vanessa Antiopa, polycJdoros, etc., et probablement pour Rhoducera Rliamni (le Citron), pour lesquels raccouplenicnt ti'a lieu que S(!pt à huit mois après l'éclosiou de l'insecte parfait. Les adultes d'été tombent en léthargie à l'arrière-saison et même plus tôt, passant l'hiver dans des retraites, reparaissent aux premiers rayons du printemps, diversement défraîchis, parfois [(rcsque intacts s'ils ont peu volé en été. Cliez Vanessa Aniiopii, la bordure jauiu; des ailes est devenue blanche après hibernation, lis s'accouplent alors, et leurs chenilles vivent au printemps et au commencement de l'été. L'accouplement des Lépidoptères est très-
(1) Maurice GirarJ, Noie relative à des expériences sur l'acliu/i des courants électriques sur les chrysalides des Lépidoptères {Aun. Soc, cntom. Fr., 1866, p. 207).
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variable dans sa durée et ses préludes. Parfois il ne dure que quelques instants. On voit rarement l'accouplement des Vanesses, qui paraît surtout avoir lieu en Tair ; cependant j'ai vu à Compiégne, en avril, deux Vanessa Urticœ aux derniers préludes d'accouplement, la l'cmelle sur le sol, les ailes étalées et abaissées, le mâle prêt à monter dessus. Dans l'accouplement des Argynnes (Khopalocères), les deu\ individus sont à peu près à angle droit, le mâle latéralement, de sorte que leurs ailes, quand elles ne s'agitent pas chez le mâle, ont leurs plans de repos à peu près rectangulaires. M. Fallou a obtenu, sur des feuilles d'Iiuphorbe, des œufs féconds du Deilephila Euphorblœ, placé dans une grande cage à éducation; mais il n"a pas vu l'accouplement. M. A. ^Vailly, à Londres, a obtenu et constaté, dans les grandes cages de treillis servant au grainage de YAttacus )'«?»«-??««>■, les accouplements de deux espèces de Spbingiens, \e?,Deilepliila Elponor et Sphinx Ligust ri; les œufs étaient pondus sur les feuilles des plantes appropriées à ces espèces, en rameaux dans laçage, ou sur les treillis. On ne sait trop, au reste, à quel moment l'accouplement s'opère pour les Spbingiens, qu'on rencontre bien rarement en copulation ; probablement c'est de très-grand matin. Pour les Piérides, les Satyres, les Lycènes, on est fréquemment témoin de leur accouplement sur les plantes, le mâle se posant sur le dos de la femelle, qui incline ses ailes; souvent le couple réuni s'envole, et, quand la femelle est plus grande, c'est elle qui entraîne le mâle, retenu en sens inverse. De même chez les Zygènes. Beaucoup d'Hétérocères ont des accouplements de longue durée, avec peu de mouvements, les corps opposés: ainsi les Bombyciens, certains Phaléniens ; parfois le mâle peut réitérer l'acte plusieurs fois, ainsi chez le Sericaria Mori. Dans les Hombyciens et les Phaléniens à femelles lourdes ou privées d'ailes, les miles recherchent les femelles dans leurs vols vagabonds, attirés par l'odeur, semblent suivre sur les broussailles et les feuilles sèches une piste volatilisée, ne voyant la femelle que quand ils en sont très -près, et fondant alors sur elle comme une flèclie. Dans nos maisons, on voit souvent les femelles des Aglofsa posées sur les murs et attendant le mâle, immobiles, l'abdomon relevé et recourbé en l'air. Les femelles des Psyché, qui restent à demeure dans la coque nymphale qui était auparavant le fourreau de la chenille, l'ont souvent sûi'lir du fourreau l'extrémité de l'abdomen, el, qua.nd il n'y a pas parthénogenèse, subissent l'accouplement sans sortir du fourreau. C'est ordinairement cramponnées sur la coque soyeuse (le la chrysalide que les femelles à ailes rudimentaires des Onjijd sont fécondées par les mâles.
Pende temps après l'accouplenienl, les femelles se délj;irrasseut de leurs œufs, et la ponte, chez certaines, comme on le voit pour les femelles du Ver ù soie, a lieu même pour les (eul's stériles; en général, elle est facilitée si l'insecte aie thorax liMversé d'uneépingle, el l'on a même pu, par ce moyen, obliger à pondre des femelles de Hhopaio-
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ccrcs, eu leur faisant sucer de l'eau sucrée sur une éponge. Le plus souvent les œufs sont déposés ù nu, ou en las, ou en rangées, ou en bracelets spirales, à spires trés-rapprocliées, autour des branches, retenus par un enduit collant sécrété autour de la coque par la glande à vernis, lors du passage des œufs dans l'oviducte. C'est toujours ce qui arrive pour les œufs dont l'éclosion sera prompte, mais aussi pour des œufs qui doivent bivern(^r : ainsi ceux de Bombyx Nemtri a et de Bomhij.r castrcnsis, en bracelets autour des branches ou des tiges de (Iraminées (les haijues), ceux de YAtlacus Piri, etc.
Quelquefois les femelles poilues de certains Rombycieus recouvrent leurs a'ufs des poils qu'elles arrachent à leur abdomen, afin de les préserver ou des rigueurs de l'hiver, ou du froid intense du rayouni!raenl nocturne : c'est ce qu'on voit pour les femelles des Liparis dispar, chrysorrhœa, aarijlua, liumbyx lanestris, etc. La femelle peut arroser ses œufs pondus en plaques d'un enduit préservatif qui se dessèche sur eux comme une bave durcie, ainsi chez Liparis Salicis.
I*ar suite de l'instinct, les œufs sont déposés par la femelle sur la plante qui doit nourrir la chenille, en une même place si les jeunes chenilles doivent être sociales, isolés un à un ou en petit nombre si les chenilles doivent vivre solitaires, enduits de la glu, insoluble dans l'eau, qui sert à les maintenir adhérents sur les feuilles, si la chenille doit écloie à la belle saison, sur le tronc ou sur les rameaux des plantes à feuilles caduques, lorsque les œufs sont destinés à passer l'hiver et à ne donner les chenilles qu'au printemps, ou lorsque les petites chenilles nées à la fin de l'automne ont ;i passer l'hiver engourdies dans les fissures de l'écorce ou au pied des arbustes. Les ceufs sont sphéroïdesou ellipsoïdes, parfois déprimés au centre et d'une couleur très-variée, blancs, jaunes, verts, rougeiitres ou rosés, gris, bruns ou noirs, parfois émaillés de diverses nuaiu-es, ainsi panacliés de gris et de blanc, et analogues à des graines de chcnevis chez la plupart des Lasiocampa d'iuu'ope. Leur nombre est trrs-variable, d'une centaine à plusieurs milliers, selon la fécondité de l'espèce, moins nombreux en général chez les llbopalocères que chez les llétérocères, parfois assez gros, parfois très-petits au contraire, ainsi dans les espèces lignivores si nuisibles, comme Zeuzera Msculi et Cossus Liiiniporda. La surface de la coque (U's amfs est parfois lisse, parfois au contraire striée, ou couvert(> ih' pclils tubercules, ou d'une réticnlation hexagonale iSatyrus AUjeria), ou de côtes longitudinales {l'icris lirassicœ, Leitconen Cratœyi)^ parfois mènit! velue {Diloba cœruleocpphnla), ou [)ubesceute (Tlwcla Ilicis ou Lyitrcus, Polyommalus phUms).
La grandeur des ouifs est la même pour les deux sexes des clienilles futures; pourtant, chez le Liparis dispar, où les deux sexes sont si dissemblables de taille à tous leurs étals, on peut recomiaître 1(> sexe dans l'œuf, les œufs femelles étant plus gros, les œufs mâles plus petits, par le même fait que pour la ponte des Phylloxéras ailés de migra-
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tion, qui offre les œufs mftles ries sexués plus petits que les œufs d'où sortiront des femelles. On peut voir au microscope le micropyle des œufs de Papillons: c'est le trou prédisposé à l'un des pôles de la coque, ouverture d'un canal allant au vitellus et par où doit passer le spermatozoïde pour entrer dans le vitellus. Le micropyle est souvent entouré d'une rosace d'une ou plusieurs rangées concentriques d'écaillés polygonales imbriquées et en rosette, surtout chez les lîliopalocères; ou bien, surtout chez les Hétérocères, de pores, ou bien de fentes rayonnant en étoile à 3, Zi, 5,8 et môme 20 branches, et en outre parfois de la rosace d'écaillés (1). Les œufs peuvent supporter sans altération de grandes variations de température, de + 50° à -j- 60" même, jusqu'à — 30° et — Z|0" m.éme, surtout pour les espèces des pays froids. Les œufs de Ver à soie supportent les hivers de la Sibérie quand on les transporte par caravanes, et même le froid assure la vitalité et la santé de la chenille (Duclaux, Glaçage dos œufs de Ver à soie); de sorte que la rigueur des hivers est réellement favorable et non nuisible aux Lépidoptères du pays. On retarde à la glacière, mais en vases secs, sans liumidité, les œufs d'espèces de pays plus chauds, lorsqu'on a besoin d'attendre l'éclosion des jeunes feuilles pour l'éducation des chenilles. La coque de l'œuf est dure et chitineuse; au moment d'éclore, la petite chenille la ronge circulairement en un point avec ses mandibules, formant ainsi une sorte de couvercle qu'elle n'a plus qu'à pousser pour sortir.
M. A. Barthélémy a observé que le micropyle de l'œuf du Sericaria Mori se trouve au fond de la dépression de cet œuf et forme un bouton intérieur qui correspond aupointde l'œufoù seconstituela tête dcl'embryun. La chenille, pour sortir, saisit ce bouton avec ses mandibules, le brise et agrandit de plus en plus l'ouverlure jusqu'à ce qu'une issue suffisante pour le corps tout entier se soit produite. C'est donc par le micropyle que s'efl'ectuent à la fois la fécondation et l'éclosion.
La chenille se forme dans l'œuf à des époques très-variables après la ponte : chez VAttacus Yama-mai\ G.-Mén. elle est organisée et contournée en cercle peu de jours après la ponte qui a lieu chez nous en août, bien qu'elle ne doive éclore qu'à la fin de mars ou en avril.
Les chenilles sont toujours plus ou moins allongées et cylindroïdes. Si l'expérience de tous les jours n'était là pour le prouver, rien n'est plus étrange que cette idée que la chenille doit devenir un papillon, tant les formes sont différentes entre ces états extrêmes. C'est en eifet une sorte de ver boursouflé et segmenté, à peau tantôt nue, tantôt couverte de poils, de verrues, de tubercules, présentant une fête écailleuse et luisante, très-rarement épineuse, puis douze segments, trois Ihoraciques, neuf abdominaux, séparés par des incisions plus on moins profondes, et munis de pattes dont le nombre total peut \aiicr de seize
(1) U. I.cuckiirl, S»/' /(.'v )nicrnpyl('s d/'s' (riif.-; d"t/i>ierte.<!, avec nie-;nres mkrotnèlrùpws (Mu/ler's Arria'r, 185."), t. XXil, j). ')<>, pi. vu, Vlll, IX,X, Xl).
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à dix. La tt^te semble séparée par un sillon longitudinal et médian en deux calottes cornées. Les antennes latérales, près de la base des mandibules, sont extrêmement rudimentaires, formées d'un tubercule que surmontent quelques articles trés-grèles ou une soie {prulongements mamillaires deMalpighi sur le Ver à soie).
De cliaque côté sont six ocelles punctiformes, dont trois surtout sont bien visibles. Malpigbi les figure dans le Ver à soie (1669). Ce sont des yeux, et l'anatomie interne le démontre ; c'est bien à tort que divers auteurs ont considéré les chenilles comme aveugles. Llles possèdent la vision à courte distance, celle habituelle aux stcmmates; une chenille en marche devant qui on présente un obstacle, s'arrête, rebrousse chemin ou le contourne, La bouche des chenilles, en raison d'une nourriture toute difl'érente de celle de l'adulte, est conformée sur un plan tout autre : c'est une bouche d'insecte broyeur. On y trouve deux mandibules cornées plus ou moins tranchantes, deux mâchoires latérales munies chacune d'un très-petit palpe, une lèvre inférieure avec deux rudiments de palpes et un mamelon cylindroïde percé d'un trou et constituant la fiUère par laquelle sort le fil de soie formé de deux fils accolés. Cette filière est buccale et non anale, comme chez les larves des Fourmilions et des Chrysopes.
Le corps des chenilles présente très-généralement neuf stigmates de chaque côté, jamais à la tète, un au prothorax, les autres aux anneaux de l'abdomen, sauf le dernier. Ces stigmates sont, lopins souvent, trèsvisibles par la couleur de leur péritrème habituellement elliptique, qui tranche avec celle du fond de la chenille, plus pâle si celui-ci est obscur, et réciproquement. Chez la chenille de VAglossa pinguinalis, qui vit dans la graisse, ces stigmates sont cachés par un repli transversal des anneaux, de peur d'obstruction. L'anus ou terminaison du tube digestif s'ouvre dans le dernier anneau des chenilles et se trouve protégé, le plus souvent, par le chaperon ou clapet, sorte de valve plus ou moins saillante, dont la forme varie un peu suivant les genres et qui est habituellement triangulaire.
Fia locomotion des chenilles a lieu par des mouvements ondulatoires du corps d'arrière en avant, et aussi à l'aide des pattes. Celles-ci sont de deux types bien distincts. Aux arceaux ventraux du thorax s'insèrent trois paires de pattes vraies ou écailleuses, en forme de crochets coniques et qui sont comme les fourreaux des six pattes de l'adulte. Elles servent à la marche plutôt qu'à la station sur les feuilles ou les branches. La marche et la fixation aux objets sont oblcMuuis à la [ois ])ar les faussespattes ou pattes mauielonnées, ou membraneuses, ou e)i rauroune, ou à crochets, dont sont munis en (hissons certains anneaux de l'abdomen, pattes dont la chrysalide et l'adulte ne conservent p;is de trace. Le plus souvent elles ont la forme d'un mamelon charnu et élargi à sa base circulaire ou plante, non sans quelque grossière resseml)lance avec un pied d'éléphant. Ordinairement une couronne de crochets, comme une
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palissade circulaire, entoure cette plante en dessous; ils sont attachés par le milieu et recourbés en hameçon aux deux bouts. La plante de la patte est contractile et peut se plisser en pince quan d la chenille veut adhérer à un pétiole ou à un bord de feuille; ou bien elle s'épanouit, et les crochets se redressent, les pointes se cramponnant au deliors, tandis que, quand la chenille marche, la plante se resserre et les crochets viennent à plat, les pointes en dedans.
Les chenilles des Rhopalocères, des Sphingiens et groupes annexes, des Attaciens et de ])eaucoup de Microlépidoptères, ont leurs pattes membraneuses au complet, au nombre de 10 en 5 paires, ^su^ les anneaux 6, 7, 8, 9 et 12 ou segment anal, les anneaux /i, 5, 10 et 11 en étant dépourvus. La chenille soulève alors à peine son coi'ps au-dessus de la surface d'appui quand elle marche. Ce nombre de pattes est généralement le même pour les Bombyciens et groupes annexes et une grande partie des Noctuéliens; parfois la dernière paire de pattes se modifie en filets plus ou moins prolongés {Dicramira, Platypteryx, certains Harpya et Uropus). Les fausses-pattes peuvent devenir en partie non fonctionnelles par raccourcissement des deux ou trois premières paires {Ophiusa, Ophidercs, Catocala, Euclidia, etc) ; ou bien les chenilles deviennent demi-arpentpttscs par absence de la première ou des deux premières paires de pattes membraneuses (certainsP/(is/a, Eraslria, etc). En marchant, ces chenilles sont obligées de relever en boucle le milieu du corps. M. fioossens a reconnu que les chenilles de certains Noctuéliens sont demi-arpenteuses dans le jeune Age et ne reprennent leurs deux premières paires de pattes abdominales qu'à la troisième mue : telles sont celles de Triphœna pronuba, de. Mamestra Brassicœ, de Xylomyges conspicillaris, etc. Les arpenteuses ou géomètres senties chenilles de presque tous les Phaléniens, et le nom de ces chenilles sert souvent à désigner la tribu. Elles n'ont plus que les deux dernières paires de faussespattes. Aussi, en marchant, ces chenilles relèvent en arc le milieu du corps, en rapprochant leurs pattes postérieures des pattes écailleuses, de sorte qu'elles ont l'aspect d'un compas, à branches successivement écartées et rapprochées pour mesurer des espaces successifs. Souvent ces chenilles, à peau verte, brune ou grisâtre, à aimeaux rigides, ont été appelées arpenteuses en bâton, car, dressées sur la paire postérieure des pattes anales qui s'attache au pétiole d'une feuille ou à une branc'hette, elles se tiennent immobiles pendant des heures entières, simulant nn rameau frais ou desséché, l'arfois ces chenilles tombent raides et paraissant être une brandie morte, ce qui continue leur mimétisme défensif. Dans les Cocliopodes, surtout dans le genre Limacodes, les pattes membraneuses sont remplacées par des boulons charnus rétractiles, laissant suinku- une viscosité analogue à celle de la peau des Limaces, et ces chenilles ainsi collées aux feuilles ne se déplacent que rarement et trèslentement. Les Lasiocampa ont les pattes membraneuses protégées par des ijrolongeincnis latéraux charnus, dits appendices pédiformes, qui
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carlu'iil les paltcs ol concourent avec elles à (i\er ces chenilles jilales entre les fentes des écorces, car ils sont prélieusiles. (les chenilles, dont la couleur ressemble à colle des écorces, demeurent ainsi for! loni^lemps sans mouvement et très-difticiles à apercevoir.
Il y a des chenilles qui, outre la locomotion ordinaire, peuvent marcher à reculons avec rapidité et, de plus, se tortiller comme de petits serpents : c'est le fait de beaucoup de chenilles de Deltoïdes, de Torti'iciens et de Tinéinieiis, et ces mêmes chenilles, d'ordinaire, quand elles tombent des feuilles, demeurent susj)endues à un fil de soie, sorti de la filière buccale, qui amortit la cliute sur le sol et peut leur servir ensuite, comme un cAble, pour remonter. Il y a des chenilles qui exécutent de vrais sauts de carpe, en courbant en arc un des côtés de leur corps et le débandant ensuite comme un ressort; on est étonné de la force de ce saut chez les chenilles des Catocah (Noctuéliens). lîeaucoup de chenilles à longs poils de (Ihélonides ont une marcbe très-rapide, presque une course, quand on les observe parcourant les sentiers entre les plantes basses, surtout au moment où elles cherchent un abri propice pour la nymphose, x\u contraire un grand nombre de chenilles de Rhopalocères sont paresseuses et ne s(^ déplacent que lentement sur les feuilles ou sur le sol : ainsi les chenilles des Satyres, des Nympliales, des Hespériens, et surtout les chenilles qui ressemblent à des Cloportes des Lyccnides; les chenilles des Zygéniens, dans les llétérocères, sont également Irès-lentes.
Les téguments des chenilles son! des plus varié?, ce qui ne nous permet ici qu'une étude très-générale. Les chenilles peuvent être rases, sans poils ni épines, ou n"ayant que quelques poils rares et peu nombreux : ainsi les JJcilephila, Sphinx, les Sesia, Cossus, Zouzera, et b<'ancoup de Tortriciens, de Noctuéliens, et Phalénieus. Souvent ces- chenilles nues ont la peau granuleuse, ou olVrant des bosses charnues, des nodosités, qui augmentent chez beaucoup d'Arpenteuses la ressemblance avec des ])raiulietles, ou des plaques cal'euses, parfois trèsétendues {Cossus Lignijwrda). Beaucoup de chenilles ont des poils, tantôt une fine pubescence, comme le Ver à soi(^ \\ son premier Age, tantôt de longs filaments, ou soyeuv ou raides, comme beaucoup de chenilles de Chélonides, qui ressemblent à de petits Oursons. Les poils peuvent recouvrir toute la peau, ou se disposer en brosses {Acronijrta, Dasyrhira), ou en pinceaux allongés (deux en aigrettes sur le prothorax, dirigées en avant comme des antennes, et un p(;nché en arrière sur le onzième anneau dans les chenilles des On/yc/i. [.es touffes de poils peuvent être portées sur des tubercules saillants, qui parfois sont vivement culort's, ainsi en bleu de turquoise vhv/A'Attaciis l'iii, d'un jaune urangé clu'Z ,1. Sp/'ni et rouges chez .1. Carpini, etc. Les chenilles de la plupart des Sphingicns et de quehiues Honibyciens, comme le Sericaria Mori, portent une corne conique, recourbée en arrière, sur le onzième arceau dorsal, charnue à la base, le plus souvent lisse et cornée à Textrémité,
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parfois granuleuse et Irouquéc au bout {Achnontia Atropos). Certaines chenilles ont des tentacules rétractiles, qu'elles font saillir quand on les inquiète : ainsi la double caroncule orangée en Y, qui sort du prothorax de la chenille du Papillon des Carottes {Papilio M achaon) à la volonté de l'animal, comme les tentacules oculaires des Limax et Hélix. On les signale dans toutes les chenilles connues des genres Oruitlioptera, Papilio, Parnassius, Thais.
Les chenilles des Mélitées et des Argynnes offrent, en dessous et médianement, un peu en avant de la première paire de pattes écailleuses, une petite poche arrondie, d'usage inconnu, et qui existe rudimcntaire dans les chenilles des Vanesses. Bonnet paraît avoir ru le premier, en 1737, cette vésicule rétractile du dessous de la gorge de certaines chenilles de Rhopalocères ; il reconnut qu'elle renferme un liquide acide, et communiqua sa découverte à Réaumur, puis à de Geer, et Lacordaire signale le fait oublié depuis longtemps. M. Goossens, qui a repris ces recherches anciennes, pense que la liqueur acidulée de cette vésicule se répand sur la feuille et la rond plus apte à être triturée par les mandibules et les mâchoires de la chenille. 11 arrive quelquefois que les poils, les épines, les tubercules, qui rendent plus difficile la ponte des Hyménoptères et des Diptères entomophages, dans le corps ou sur la peau des chenilles, ne suffisent pas encore k celles-ci. Il en est qui assurent la protection de leurs téguments par une couverture de soie incrustée d'un enduit sécrété, ou à laquelle sont fixés des corps étrangers maintenus par le tissu soyeux, à la façon des larves des Pliryganiensou chenilles d'eau, et ces enduits servent aussi à garantir une peau molle de la dessiccation par l'air ; la tête et les pattes écailleuses sortent seules, pour manger et marcher. Ce sont 1;\ les chenilles à fourreaux; tantôt, comme dans beaucoup de Tinéiniens, ces fourreaux sont uniquement en soie, tantôt ils sont fortifiés par des collerettes superposées de cellulose végétale (Coleophora, Teignes à falbalas de Réaumur). Des Tinéiniens qui vivent de nos lainages ont les chenilles entourées de fragments laineux, et, en faisant varier la couleur des draps qu'elles mangent, on les oblige à se revêtir d'une sorte d'habit d'arlequin. Les OEccticiis et les Psyché ont les anneaux du thorax assez durs et à pattes agiles; les pattes de l'abdomen, dont les anneaux sont mous, ne servent qu'à retenir des brins d'herbe sèche, des fragments de feuilles ou d'écorce, ou des lichens, etc. Les matériaux sont placés longitudinalement, ou transversalement, ou mibriqués comme les tuiles d'un toit, avec une forme conoïde ou prismatique, et toujours suivant une loi variable d'une espèce à l'autre, mais constante pour chacune, absolument comme chez les larves de Pliryganiens à étuis mobiles, il y a des Psychides où les fourreaux sont faits de grains siliceux ou calcaires et afi'ectent la figure de coquilles d'/rc/Za;. Les fourreaux sont alb^ngés par les chenilles à mesure qu'elbîs croissent; elles savent y metire des pièces, s'ils sont endommagés par accident, et, si on les en dépouille.
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elles se h.itent de manger avec voracitéou de recoller de toutes parts de nouveaux matériaux, destinés à reconstituer promptement les abris sans lesquels elles ne peuvent vivre.
La couleur du fond des téguments des chenilles est, le ]»lus souvent, verte, grisùtre ou bnnie. Elle est d'un blanc jaunâtre ou parfois rosée dans les chenilles qui ne doivent pas être exposées à la lumière, comme les chenilles à fourreaux, ou celles qui habitent à l'intérieur des fruits pulpeux (Carpocapsa) ou des tiges {Nonauria, Ses/a, etc.), ou ([enracines {Hepialufi, Crambus, etc.); une teinte pâle, bleuâtre ou terreuse se rencontre chez les chenilles qui vivent cachées en terre, comme des Lombrics, rongeant surtout les racines, ainsi les Agrotis seçjetum, exclamationis, etc., les Vers yris dos agriculteurs. Les couleurs des chenilles vivant k l'air sont le plus souvent des moyens mimétiques de protection, imitant les couleurs des feuilles, des tleurs, quand elles en dévorent les pétales ou les graines, des écorces si elles viennent s''y reposer fréquemment. Il y a beaucoup de chenilles qui conservent toujours les mêmes couleurs du fond et des dessins, devenant en général plus foncées en vieillissant ; mais il en est un assez grand nombre où ces couleurs peuvent varier beaucoup, sans liaison avec le régime, les chenilhîs diverses vivant sur la même plante. On voit les chenilles de Vanessa yitalanta, soit grises, soit d'un vert sale, à peu près en nombre égal sur les Orties; celles de VArge(j(ilatea<.onl, en nombre égal, grises avec la ligne médiane brune, ou vertes, avec cette ligne d'un vert foncé; celles de Thecla Quercûs sont jaunes, vertes ou brunes, ces dernières dominant. La chenille du Smrrinfhus Pnputi est habituellement verte, et prend quelquefois des taches rouges plus ou moins nombreuses. Celle de VAcherontia Atropos (le Sphinx à tèle de mor!) est ordinairement d'un fond jaune plus ou moins fonce, et parfois, sur les mêmes feuilles de pomme de terre, d'un gris brunâtre;; celle de Di'ilcphilaElpenor brune ou verte; celle de Bumby.v casiri'nsis variant beaucoup pcjur la teinte rouge feu de la partie dorsale. Le type de la chenille de Callimorpha dominida est noir avec d(^ nombreuses taches jaunes, et rarement d'un rouge orangé, sans que les papillons provenant de ces ehenilles diffèrent; celui de la chenille de Sphinx Convolvuli al d'un brun plus ou moins foncé, mais quelquefois gris et parfois d'un beau vert. La chenille d'IIadena oloracca varie du brun clajr au brun foncé ou au vert foncé; celle iVHadcna Atriplicis est brune ou verte, avec les teintes intermédiaires, mais toujours avec les mêmes taches jaunes. On lrou\e ensemble des chenilles à' Aslernsropus Cassinia, soit d'un vert d'herbe, soit d'un vert d'eau, et le fond jaune de la chenilli! de Chariclea Ddphinii est parfois remplacé par une teinte rosée trèsprononcée. Dans 1(!S IMialéniens, les chenilles arpenteuscs de Phitialia pilosar/a soni grises ou brunes, el celles d'Hiberiiia defolian'a ont toutes les tcinics de biun. Les chenilles des Enpithecia sont as?ez sujettes à varier pour le fond el le? dessins : ainsi E. ahsinthiata, du jaune au
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brun en passant par le vert, toutes couleurs qui sont sur les plantes (Verge d'or, Tanaisie, etc.) dont elle se nourrit ; E. sohrinata, verte avec ou sans taches roses, ou d'un ])rua clair avec taches roses, ou avec les taches trùs-foncées; E. innotata, dont la belle chenille verte, avec des chevrons de couleur pourpre éclairés de blanc, présente quelquefois le f(tn 1 brun, l.a chenille de Che.sias spartiata, qui vit sur le (ienèt, est d'iiabitude d'un vert assez foncé, avec une ligne blanche le long des stigmates. La même plante oiïre parfois une chenille de même forme, mais à fond d'un jaune terne uni, sans dessins ni ligne stigmatale apparente, et ces deux chenilles i)ien dilférentes donnent des Papillons identiques; seulement les œufs du papillon provenant de la chenille verte sont verts, et les œufs du papillon de la chenille jaune sont jaunes (Goossens). 11 y a des chenilles dont les couleurs semblent varier suivant les végétaux sur lesquels on les rencontre, et surtout suivant la couleur des fleurs qu'elles mangent. Nous citerons seulement Eupithccia contaureata, qui, sur le Linaria vulgaris, a le fond d'un jaune pâle (la fleur est jaune), avec les lignes et dessins de couleur lie de vin; sur Linaria minor elle est de couleur vert d'eau, avec les lignes d'un vert foncé; sur le Tanacetum, d'un fond blanc un peu verdâtre, avec la ligne vasculaire seulement d'un vert d'herbe. Sur le Persil en graine, la chenille est jaune, sans lignes ni dessins; sur VEupatorium cannahi- 7ium, dont les fleurs sont rouges, la chenille a le fond blanc, avec les diverses lignes d'un même rouge. Toutes ces couleurs partent évidemment d'un principe de dissimulation par imitation. Il y a des chenilles dont la coloration se modifie avec l'âge et les mues. I-es chenilles de Cerastis Vaccinii et npadicea, vertes dans le jeune âge, sont brunes plus tard. .Jeunes et trop faibles pour se bien cacher, elles ne mangent que 'les feuilles tendres et ont besoin d'imiter leur couleur pour se protéger. Plus tard, devenues plus fortes, elles se colorent sans inconvénient, car elles savent se cacher. Les chenilles de Triphœna pronuha sont vertes pendant les premières mues et surtout jusqu'à la troisième, où les premières pattes ventrales se développent ; à partir de là, elles se cachent, et même entrent un peu en terre, devieinient de couleur foncée et même noire; quelques-unes, en petit nombre, persistent à rester vertes. Les chenilles de Mamestra Brassicœ sont vertes au sortir de l'œuf et pendant les trois âges où les deux premières paires de pattes ventrales manquent; plus tard, une partie des chenilles se colorent en foncé, même en noir, mais quelques-unes sont grises, et chez d'autres le vert persiste, seulement il devient terne. La chenille de Bombyx Quorcits varie de teinte à chaque mue; celle de liombijx liubi jeune a des anneaux orangés (jui dispai'aissent quand elle grossit. La jeune chenille de Dcilephila porccUus est verte, tandis qu'à toute sa tailh' elle est presque noire, le vert persistant parfois jusqu'à l'aviiiil -dernière miu;. La clnsnillc verte de SnioriHtlms Tiliœ peut devenir d'ini brun rougeàtre à la dernière nnu-. La clienine blonde
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d'Arclia sordida prend un brun très-foncé à la dcrniùre mue. Les couleurs peuvent aussi dépendre de la localité. Ainsi la chenille de Dcilephila Euphorbiœ est bien ditVérenle dans l'Ardèclie de ce qu'elle est à Paris; le pointillé jaune est en partie caché par le fond noir de la chenille et les taches sont plus grandes et d'une teinte jaune pâle, au lieu d'être rosées. On trouve près de Paris la chenille de Zygœna fausta avec la région dorsale d'un vert d'eau et celles de Provence et de l'Aude ont la région dorsale brune. Près de l'aris, la chenille d'Hadcna l'isi, qu'on prend sur le Sixirliinn et le Myrica, est verte, mais il y a dans le nord de la France et en Suisse un type cramoisi. Les variations peuvent porter sur les épines et les poils. La jeune chenille d'Aglia Tau a cinq épines qu'elle perd quand elle arrive à mi-taille. Quelquefois la chenille de Bombyx Trifulii nuuique de poils jaunes et le foud dcNicnt plus noir, ce qui la change complètement d'aspect. Les faisceaux de poils de la chenille d'Oryya gonostigma sont tantôt blancs, tantôt jaunes; les brosses dorsales d'Orgya aiUiqua [leuvent cire jaunes, noires, grises ou blanches. La chenille de Dasycliira pudibunda est le plus souvent d'un joli vert-pomme ou d'un vert jaunâtre, avec des poils de la même couleur formant des J)rosses épaisses, et le pinceau du onzième ainieau d'un rose un peu violacé. Il y a des variétés où le fond prend un vert foncé et chez d'autres un i:ris violacé, ainsi que les poils et les brosses, le pinceau du onzième anneau étant alors noir un peu rosé ou violet obscur. Ces observations sur les couleurs des chenilles, en partie inédites, sont dues surtout à M. Goossens, un des entomologistes qui ont élevé le plus de chenilles.
Oulrc la couleur du fond, les chenilles ont des dessins sur;ijoulés de couleur variée; beaucoup ont des piquetures, ainsi celles des Curullia de petits points noirs. Les incisions des chenilles des diverses variétés de IJasychira pudibundd sont d'un beau noir de velours. Des chenilles portent des bandes latérales obliques ou des chevrons foncés; il y en a sept de chaque côté pour la |dup;ai des Sphingiens, et dans uru' [)arlie des chenilles de Deilephila les lianes sont variés de taches de couleurs vives, et certaines ont latéralemeid sur les premiers anneaux de grandes taches oculiformes, qui donnent à ces chenilles un aspect bizarre quand elles rentrent la tête dans les premiers anneaux: ces taches semblent être les yeux d'un groin, ce ([uia l'ait donner à ces chenilles le nom de chenilles cochonnes. Ce sont surtout les raies lotigitudinales qui sont remarquables dans les chenilles d'un très-grand nombre d'espèces, au point qu'elles ont reçu des noms parliculiers, car leur description entre dans les bons caractères spécifiques. La ligne vasculaire suit le vaisseau dorsal ; la sous-dorsali' longe le milieu de chaque flanc, et la stigmatale passe à la hauteur des stigmates. L'espace compris entre les deux sous-dorsales, et ipie la vasculaire coui>e en deux, est la rrgion dorsale : l'espace compris entre chaque sous-dorsale et la stigmatale de cha<iue côté est la région latérale ou sous-dorsale. Au-dessous de la stigmatale commence
9h LÉriDOPTtRtS,
le veiiire ou réijio7i ventrale. Chez beaucoup de chenilles, et surtout celles des Noctuéliens, chaque anneau offre, entre les hgnes vasculaire et sous-dorsale et sur la région dorsale, quatre points disposés en trapèze, excepté sur le onzième anneau, où ils forment un carré régulier. Ce sont les points trapézoïdaux. Ils portent im ou plusieurs poils et sont plus ou moins développés, saillants ou colorés. Sur la région latérale il y a deux autres points, l'un au-dessus, l'autre un peu en arrière du stigmate : ce sont les points latéraux. Enfin, sur la région ventrale, il y a encore deux autres points semblables; ces points sont plus faibles que les trapézoïdaux et même peuvent manquer tout à fait. Ces points, par leurs variations, offrent des caractères précieux pour la classification ; les poils qui les surmontent en présentent aussi, et ils se modifient presque d'une manière indéfinie.
On a constaté des cas de monstruosités chez les chenilles, principalement chez le Ver à soie. Ainsi Bassi [Sur un Ver à soie monstrueux, dans Ann.Soc. entoin. France, 2'= série, 1852, t. X, bull. p. vin) décrit un Ver àsoie offrant les anneaux 7 et 9 soudés selon la ligne médiane, le huitième anneau étant écarté et formant un gonflement des deux côtés. La troisième patte membraneuse du côté gauche manquait tout à fait, et le stigmate correspondant était un peu plus petit que les autres. Le vaisseau dorsal semblait engorgé et comme afl'ecié d'un anévrysme à l'endroit de la séparation. Ce Ver fila un petit cocon fort léger, sans bave externe, et y mourut au moment de se chrysalider.
M. A. Barthélémy a observé un Ver à soie qui portait deux cornes sur le onzième anneau.
Une dizaine de cas tératologiques sur la même espèce ont été décrits et figurés par le docteur Ruggiero Cobelli {Nuove Contribuzioni alla teratologia del Bombice del Gelso, extr. du Journal agricole de Rovereto, n" 9, année 187/i). A la séance de la Société entomologique de France du 10 juillet 1867, Guérin-Méneville présenta, à l'état de chenille, un Ver à soie monstrueux moitié blanc, moitié nioricaud ou noirâtre (caractère de race), et cela bilatéralement, à partirde la ligne médiane.
L'accroissement des chenilles est très-varié, selon les espèces, la nourriture, l'époque de l'année. Les chenilles vivant de Graminées et de Lichens se développent plus lentement que celles qui se nourrissent de plantes succulentes. 11 y a des chenilles qui se développent rapidement et mangent nuit et jour avec une voracité considérable, à l'instar du Ver à soie du Mûrier; d'autres chenilles sont nocturnes et ne se trouvent aisément sur les plantes que si on les recherche hi nuit, à la lanterne, comme les chenilles des Satyres. Les chenilles de seconde éclosion estivale d'espèces ayant une première apparition au printemps sont amenées promptement à toute leur taille. Beaucoup de chenilles, écloses à l'arrière-suison, sont destinées à passer l'hiver dans l'engourdissement: ainsi la chenille de la l'yrale de la Vigne, OEnophlhira Pilleriana, qui luverne, à son premier âge, au pied des ceps et des échalaSj
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où peut ralleiiidrc le procédé destructeur de 1 ebouillaiilage ; lu chenille funeste du Liparischnjsorrhœa, passant l'hiver dans de petites logetles au milieu de l'assemblage du paquet de feuilles sèches liées par elles en octobre, avec des fils de soie, à l'extrémité des rameaux. Dans certaines espèces, et sans doute en vue d'une conservation plus assurée, les chenilles issues d'une même ponte se partagent en deux groupes, les unes à développement rapide, d'autres à développement lent, donnant les adultes et par suite les accouplements à deux époques distinctes. Ainsi, les chenilles de juin du Deilephila Euphorbiœ donnent les unes leurs papillons en juillet, et d'autres des chrysalides qui passent l'hiver et éclosent au printemps (J. Fallou). Il y a des chenilles d'Aplecta hcrbida recollées en automne et qui ont donné les adultes en janvier; d'ordinaire, les chrysalides semblent passer l'hiver, les papillons n'éclosent qu'au printemps. 11 paraît donc exister deux séries de développement (Goossens). Un grand nombre de chenilles de Noctuéliens s'enterrent légèrement pour passer l'hiver, un se blottissent sous les mousses et les feuilles sèches. Il y a des chenilles qui vivent très-longtemps à cet état : ainsi celle du Cossus Lignipcrda passe trois hivers, et celles de Chelonia matronula et de Nrjmphalis Vopuli deux. Certaines chenilles restent sociales pendant presque toute leur vie, ne se dis^)ersant qu'à la fin: ainsi celles de Leucunea Cratœr/i, abritées au printemps sous des toiles qui couvrent les haies, et celles des Vanessa Urtica' et lo, en famille sur les Orties. Les chenilles des Yponomeutes restent sociales pendant toute leur existence et sous des toiles couvrant les Pommiers, les i*runiers, les Cerisiers mahaleb, etc., et même sont encore sociales en chrysalides, sous ces mêmes toiles. Les chenilles des Bombyx processionea et Pityocampa (les Processionnaires du Chêne et du Pin) passent toute leur existence dans une bourse soyeuse, filée eu commun, et d'où elles sortent la nuit en procession, et c'est sous cette tente qu'elles se filent chacune un cocon particulier, où elles deviennent chrysalides. En général, les chenilles, pour s'abriter soit de la pluie, soit du soleil, se tiennent de préférence sous les feuilles qu'elles rongent; c'est ce qu'on voit très-bien pour ces Attaciens exotiques que beaucoup d'amateurs aiment à élever, les Vers à soie de l'Allante et du Chêne.
Il y a des chenilles qui craignent tellement le suleil, qu'elles se réfugient toute la journée sous les plantes basses : (elles les chenilles des Chelonia, abritées cependant sous de longs poils. Au contraire, les chenilles rases et à peau dure et connne vernissée de certains Sphingiens affrontent sur les plantes toutes les ardeurs du soleil, comme on le voit pour la chenille du Deilephila Euphorbiœ, qui reste à découvert sur les Kuphorbes souvent desséchées en été. Ses vives couleurs, qui la rendent si visible, sont comme un défi à la loi de la protection par mimétisme, ce qui montre combien il faut se garder de la leiilation de lormuler des lois générales dans la grandiose complevilé des œuvres du (Créateur.
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Bien que les chenilles se nourrissent presque exclusivement de végétaux, il en est qui vivent de matières grasses animales, de nos vêtements de laine, des pelleteries, des graisses de cuisine, de la cire des Abeilles et des Mélipones. On a cité des chenilles parasites sur la fourrure des animaux vivants: ainsi celle d'un Microlépidoptùre sur les Paresseux ou Tardigrades arboricoles de l'Amérique tropicale, et y passant toutes leurs phases de chenille, de chrysalide, d'adulte. Il y a des chenilles qui, bien que phjtopliages, sont en outre carnassières, soit de leur propre espèce, soit d'autres espèces, même à l'état de liberté, et non pas seulement dans les éducations captives, où les instincts sont déviés. On doit citer dans les chenilles carnivores celles de Scopelosoma satellitia, des Orthosia. de certaines CuculUa et Xanthia. Une des plus voraces est la chenille de Cusmia trapezina. Les mandibules de ces chenilles, a remarqué M. Goossens, font tout de suite reconnaître ce fait. La tête est large et elles sont très-écartées, aiguës ou en pinces. En outre, ces chenilles sont vives, agiles, actives. Les amateurs qui élèvent les chenilles pour obtenir des papillons bien frais doivent isoler les chenilles carnivores chacune dans un pot séparé. On a vu des chenilles ùc Bombyx Rabi (\é\orev des chrysalides encore molles et récemment formées de la Piéride du Chou.
Certaines espèces de clienilles se nourrissent de feuilles de végétaux dont les sucs propres sont de violents poisons pour l'homme et les animaux supérieurs. La chair de ces chenilles peut, par cette nourriture même, contracter des propriétés Aénéneuses. Levaillant parle d'une chenille vénéneuse dans son voyage chez les grands Namaquois. M. Minière a empoisonné de jeunes moineaux en les forçant à manger des chenilles de Deilephila Euphorbia', (|ui ^it sur la petite Luphorbe {Euphorbia Cyparissias).
On sait que les insectes qui se promènent principalement sur le sol peuvent être attaquéspar des Helminthes, qui séjournent dans leur corps sous la forme de longs Vers blancs et liliformes, et qui étaient autrefois regardés comme une famille spéciale, sous le nom de Filaires. Ce sont les états asexués d'espèces qui, à l'état parfait ou sexué, sont les Mcnnis, vivant alors libres dans la terre humide, et les Gordius, séjournant et nagcjuit dans l'eau, dépourvus de canal digestif et ne prenant pas de ncjurriture. Les Locustes et les Criquets sont surtout la proie de ces Helminthes, et n'en sont pas moins aptes à être donnés en nourriture aux Oiseaux de volière, car ces Helminthes n'ont pas de phases d'existence dans les Vertébrés. Les chenilles qui se promènent souvent sur le sol sont dès lors aptes à être attaquées par les Mennis ou les (lonlius, dont la ponte donne naissance à des Filaires. parasites internes qui peuvent parfois persister chez la chrysalide et clicz l'adulte. Ainsi une Filaire a été observée chez VAgrofis rZ/jr/'adulle, soilaiil' par ranus(Pierret); une Filaire de quatre; poiu'es de long est sortie d'uiu' (■li'.'iiillc de XocIiki, iipriliiia n'ayant (|iic dix Jniit liijuei d(! long (l)n|H)iichel).
Les chenilles sont encore la proie de Cryptogames inférieurs, dont le idiis célèbre est le Botnjtis Bassiaiia, envahissant l'appareil respiratoire (hi Ver il soie et produisant la grave épidémie contagieuse de la muscarilinc, objet des éludes d'Audouiii. Les sporules du Cryptogame ont pu être inoculées à des clienilles de nos espèces indigènes et cà des larves de Coléoptères. Les chenilles muscardinées deviennent sèches et dures, et sont connues alors sous le nom de dragées. Des Cryptogames divers, confondus sous le nom général de muscardine, envahissent beaucoup de nos chenilles à l'état libre (1) ; la grande difliculté d'élever la chenille (lu numhij.r Hubi, qui passe l'hiver, tient surtout à ce qu'elle devient, dans la terre où elle s'enferme, la victime de mycéliums blancs qui la recouvreuL Les chenilles qui s'enterrent pour se clirysalider sont ainsi attaquées par des organismes cryptoganiiques inférieurs, dont la forme parfaite est loin de se manifester toujours; parfois le corps de la chenille en terre, durcie et momifiée, sert de racine à la phase la plus parfaite de fructiiication, celle d'un Sphœria, qui sort de terre comme une tige issue du corps de la chenille. Ainsi, à l'Kxposition universelle de 1855, il y avait, dans les produits de la Tasmanie, de nombreux exemplaires d'une chenille de grand Sphingien, devenue l;i partie souterraine du Sjjhœria Gunnii. J'ai vu aussi des Sphœrid développés, à la Nouvelle- Zélande, sur le corps delà chenille du Sphinx du Liseron, espèce que son vol puissant a transportée partout, et qui se nourrit, à la Nouvelle- Zélande, dn Convolvulus liatidas.
On s'est demandé s'il était possible de reconnaître sur la chenille, par des caractères extérieurs, les sexes futurs de l'adulte. Us existent déjà dans la chenille, sous forme de testicules ou d'ovaires rudimentaires, ainsi que le démontre l'anatomie interne. C'est ce que Malpighi a constaté sur le Ver à soie (1669); c'est ce que llérold (1815'ia très-bien revu et aux divers âges sur des chenilles, mênie très-jeunes, de la Piéride du Chou. Plusieurs auteurs ont cherché à distinguer les sexes des chenilles d'après les couleurs ; mais, quand on observe par grandes quantités les chenilles d'une espèce, on reconnaît des généralisations hasardées. C'est à tort qu'on a cru distinguer les sexes des clienilles des Bombyx Neustria et caslrensis par les lignes blanches, rouges et bleues plus ou moins serrées et visibles; ce sont des variations indi\iduelles. De même c'est par erreur que Duponchel pensait reconnaître les sexes sur la chenille de VOrfiya aittiqua d'après sa couleur plus ou moins foncée. On a dit que les chenilles vertes du Deilephila Elpenor donnaientdes femelles et les brunes des mrdes ; mais il y a une troisième race, tenant des deux, c'est-à-dire d'un vert foncé réticulé de noir. Lacordaire rapporte que les chenilles brunes de Triphœna proiiubu produisent des mâles, les vertes des femelles. En rè;ililé, .^Llioossellsa\usur une éducation dedeux
(1) Maurice Girard, Quelques faits relatifs ii des Lépidoptères attaqués pur la muscardine {Ann. Soc, cntom, France, A"^ série, 1803, t. III, p. 90;. (ilRARU. ni. — 7
cents chenilles de cetteespèce, que ces couleurs sont sansi\apport avec le sexe ; toutes étaient vertes au début, et six ou huit restèrent de cette couleur à taille complète. La seconde génération de cette espèce passe l'hiver en chenilles, avec une proportion beaucoup plus forte de chenilles vertes. Dans h;s espèces à taille fort différente dans les deux sexes, on peut prévoir le sexe d'après la taille de la chenille, surtout entièrement développée. Les chenilles qui donneront des femelles de Liparis dispar sont notablement plus grossies que celles des mâles, et la différence de grandeur s'observait déjà dans les œufs; de même les chenilles femelles ù'Orgya gonostigma sont plus fortes que celles des mâles. Le genre Psyché, fait remarquer M. GoossenS; otl're une exception nette par des caractères sexuels externes bien distinctifs dès la chenille, même an sortir de l'œuf. Ainsi, parmi nos espèces parisiennes, Ici Psyché calveila et graminella construisent des fourreaux différents selon le sexe. Les chenilles nulles ont un fourreau formé de morceaux de feuilles sèches, imbriqués les uns sur les autres et mêlés d'herbes de la taille du fourreau, ce qui donne à celui-ci un aspect de balai; tandis que le fourreau de la chenille femellese compose de petits morceaux de bois très-courts, de sorte qu'elle semble placée dans un tube.
La peau des chenilles n'est extensible qu'à un degré limité; aussi l'animal, par le fait même de sa croissance continue, est obligé de s'en dépouiller à certaines époques, et d'en sortir comme d'un gant. Ces changements de peau ou mues sont une phase critique dans l'existence de la chenille. Elle s'accroche aux objets avec ses pattes et parfois avec des fils de soie; la vieille peau se plisse d'abord, puis se fend le long du dos, et la chenille en retire son corps, d'abord la région antérieure, puis la postérieure, par des efforts souvent pénibles. Elle cesse de manger pendant cette période, qui est parfois mortelle pour elle, soit par épuisement résultant de la diète, soit par des étranglements ou brides, qui se forment dans l'ancienne peau et dont elle ne peut se dégager; elle meurt alors étouffée, l'ancienne peau, devenue inerte, empêchant l'introduction de l'air dans les stigmates. Les mues sont en nombre assez variable. La plupart des Hétérocères suivent la même loi que le Ver à soie et ont quatre mues, séparées par des intervalles d'activité et de voracité qu'on appelle âges, le premier âge allant de la sortie de la coque de l'œuf à la première mue, le second âge de la première mue à la deuxième, etc.; le cinquième âge, de la quatrième mue à la chrysalide, qui prend naissance à la cinquième mue et forme le sixième âge; la sixième et dernière mue donnant l'adulte ou se|itième âge. On restreint d'ordinaire le nom de mues aux dépouillenn'uls de peau d'où sort une nouvelle chenille, les deux derniers changements doiuuuit des formes très-différentes. [>e nombre des mues n'est parfois que de trois, ainsi chez certaines races hâtives de Versa soie et cliiiz beaucoup de Uhopalocères; il peut au contraire aller jusqu'à sept ou huit, en rapport avec l'abondance de la nourriture, chez ceitaines chenilles
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velues. Il est parfois dildcile de savoir exactement le nombre des mues, car il y a bien des chenilles, ainsi dans les Spliingiens, qui mangent leur ancienne peau aussitôt qu'elles en sont sorties, par un instinct analogue à celui des chenilles carnivores. Les poils des chenilles tombent avec la peau, ainsi que l'enveloppe de la tête, les antennes, les cornées des stemnates, les pièces buccales, les étuis des pattes thoraciques ou crochets, la peau superlicielle des tubercules et de la corne du onzième anneau, les péritrèmes des stigmates et la cuticule interne des trachées d "origine. Si l'on rase avec de fins ciseauv une chenille velue, d'ordinaire, après la mue, elle est tout aussi garnie de poils qu'auparavant. Les couleurs et les dessins des chenilles après la mue peuvent être très-différents, ainsi que les tubercules; des chenilles rases peuvent devenir poilues, et réciproquement. Le Ver à soie, noir et très-pubescent au premier âge, devient gris et avecquelques poils au second âge, d'un blanc un peu jaunâtre et sans poils à partir du troisième âge. La chenille naissante de VAttacus l'ama-maï est verte, connue aux âges suivants; elle est noire au premier âge de YAttacus l'eniyi, espèce très-voisine, et devient verte au second, etc.
Quand une chenille est arrivée à son entier développement, elle cesse de manger comme au.v approches d'une mue. .Ses couleurs se ternissent ou deviennent livides, son corps se raccourcit, sa peau se plisse; et, après avoir préparé ou cherché un abri convenable et fort varié, elle se dépouille de sa peau, après un état dormant et sans nourriture qui peut durer plusieurs jours et parfois plusieui's mois, et même tout l'hiver {Lùnacudes Testudo), par un fait exceptionnel pour les Lépidoptères, fréquent au contraire chez les Hyménoptères. La forme est devenue toute différente de celle de la chenille, dans la chrysalide ou fève (nom qui serait préférable) qui doit nous amener au papillon, dont on reconnaît déjà nettement la plupart des caractères extérieurs. Lu chrysalide est un second œuf, rempli à l'origine d'une pulpe laiteuse, dans laquelle s'organiseront les appareils internes de l'adulte* * La chrysalide laisse apercevoir extérieurement la plupart des organes de l'adulte, surtout si on l'examine quand elle vient de sortir de la peau de la chenille, que ses parties sont encore peu colorées et molles et que les anneaux de l'abdomen sont encore très-mobiles. Plua tard, quand l'adulte qui s'est constitué en dessous se décolle peu à peu de la peau de la chrysalide, celle-ci devient dure et sèche, avec les séparations des parties moins distinctes, les anneaux de l'abdomen sans aucune mobilité. Lu même temps la chrysalide diminue ilc poids jour par jour en raison d'une évaporalion continue.
(liiez les HétérocèreS) les chrysalides sont cylindrico-coniques, obtuses en avant et s'amincissant régulièrement en arrière, d'une couleur variant du brun noir Un brun testacé par toutes les nuances intermédiaires. C'est ainsi qu'elles ressemblent à une graine sèche. Parfois certaines de ces chrysalides, qui doivent rester exposées à la lumière,
lUO F.ÈPIDOPJÈRES.
soit entre les fils lûcheà d'un cocon très-imparfait, soit sur le sol, ont des couleurs plus vives : ainsi celle du Laria V. nigrum est d'un beau vert avec une sorte de raquette noire sur la poitrine; celle du Liparis monacha d'un bronzé cuivreux, celle de Zerene grossulatiata annelée de jaune et de brun. Les chrysalides de certains genres de Noctuéliens, Catocala, Cosmia, etc., se recouvrent d'un enduit cireux d'un blanc blcLiàtre, analogue au glacis des prunes et à l'enduit de l'abdomen des mâles de quelques Libelluliens, comme Libellula depressa, etc. Les formes des chrysalides de Rhopalocères sont plus varices que celles des llélérocèrcs : beaucoup sont anguleuses ou hérissées de pointes coniques, d'autres étranglées; certaines chrysalides ont la tète bifide [Vanessa, Argijnnis] ou prolongée en deux sortes d'oreilles (Limenitis), ou tronquée [l'apilio, Thaïs), ou en pointe (beaucoup de Pieris); deux rangées de pointes coniques se voient sur le dos des chrysalides de Vanesses et d'Argynnes. Il y a des chrysalides de Rhopalocères comprimées en carène sur le dos {Apalura), d'autres courtes, renflées, cylindroïdes {Danais, Euplœa, Charaxes, Arge) , ou bien arquées el en nacelle {Leucojihasia, Anlhocharis, L'olUdrgas), ou enfin droites (Pieris, Papiliu). Les couleurs sont assez variées. Les chrysalides des Apcilurucl Charaxcs sont d'un vert tendre ; celles des Pieris d'un blanc jaunâtre, émaillées de points noirs. Llles peuvent ofl'rir des couleurs dilférentes, sans que les adultes qui en naîtront soient dissemblables. Quand ou élève le Papilio Machaon, le plus répandu du genre en Europe, on obtient des chrysalides les unes vertes, les autres grises, sans iiitluence imitativc de la couleur du support, comme on l'avait annoncé d'après trop peu d'observations. Certaines chrysalides de Rhopalocères sont de vraies au rélies, et méritent ces noms, généralisés à tort, par des macules brillantes, dues à de Lair intercalé sous une mince cuticule jaune ou blanche. De là les taches ou les bandes, pareilles à de l'or bruni, des chrysalides des Pyrameis Atalanta, Huntera, Cardui, les points d'or ou les bandes en cercle sur l'abdomen des chrysalides de Danais, et celles de quelques EupUca , entièrement revêtues de cette riche teinte, ressemblent aune bulle d'or. Leschrysalides d'J/v/j/«/î/'s L«<o«/V/, Grapta C. album, Vanessa pobjchloros, paraissent au contraire parsemées de taches d'argent, etc.
On aperçoit en a\ant d'une chrysalide l'enveloppe de la lète, avec des sortes d'étuis séparés recouvrant les antennes, les yeux, la s[)irilrompc, le fourreau de celle-ci, souvent en rapport avec la grandeur qu'offrira l'organe chez l'adulte. Chez les Sphinx propres (S. Convolcitli, L'g-is- Iri, elc), la partie- antérieure de l'etui de la tète et de la Inmipe, (jui (loi! èli'(! foi'l longue chez l'adullc, se prolonge en une longue gaine, l'cpliée sur cUe-inème. On reconuait aussi l'envidoppe du lliîTrax, sur les côtés les fourreaux des ailes, formiint dans les chrysalides de Dianthœria un prolongement saillant et obtus qui s'avance sur la poitrine comme une espèce de buse, entre les Iburreaux alaires ceux des pattes,
les pattes postérieures dans les Cucullia, les Clcopluina, emboîtées dans une longue gaîne délacliée et plus ou moins grèle, qui s'étend quelquefois au delà de la queue de la chrysalide. Ou distingue dans les chrysalides l'enveloppe de l'abdomen, composée de neuf segments qui correspondent à ceux de l'adulte. C'est en dessus seulement qu'ils sont visibles dans leur totalité, car les étuis alaires cachent en dessous les (rois premiers. Sur les lianes se retrouvent les mêmes paires de stigmates que dans la chenille, la paire du prothorax existant entre l'étui des antennes et l'enveloppe du tliorax.
La plus grande partie des chrysalides présente des téguments lisses ; parfois leur surface entière est rugueuse (beaucoup de Papiiioj ou parsemée de points enfoncés (beaucoup d'Hétérocôres). Les bords des anneaux des chrysalides sont parfois garnis de petites pointes ou épines symétriques qui les rendent scabres (Co5SMs, Sesia, Zeuzera); il en est qui ont des bouquets de poils rudes, autrement colorés que ceux de la chenille (Orgija, Liparis dispar, Salicis, monacha, etc.). L'extrémité postérieure des chrysalides est, dans beaucoup de cas, armé*' d'une pointe simple ou double, souvent recourbée en crochet ou accompagnée de soies raides et courbes, servant à la suspension de la chrysalide de diverses manières. Chez les Psyché, la chrysalide du mâle est de forme ordinaire, mais celle de la femelle est renflée en barillet, à la façon de la pupe d'un Muscien. Les mouvements des anneaux de l'abdomen, en demi-rotation, ont presque toujours lieu sur place, servant à la chrysalide à se relourner en meilleure position; mais parfois ils concourent à une véritable progression, surtout s'ils sont armés d'épines ou de poils raides. Les chrysalides des chenilles cndopbytes des Cossus, Zeuzera, Sesia, se forment au fond de la galerie ligneuse creusée par les mandibules de la chenille; mais le papillon, mou à son éclosion, ne pourrait sortir sans les plus graves dommages, ses ailes en moignons seraient desséchées, déchirées, incapables de se déplier. Aussi leurs chrysalides se hissent peu à peu dans la galerie, au moyen des pointers qui garnissent les segments de l'abdomen, absolument comme les Lombrics sortent de leurs trous terreux grâce à leurs soies raides ; elhîs font saillir ainsi à demi leur région antérieure à l'entrée de la galerie, et la dépouille de la chrysalide d'où est né le papillon reste visible à l'orifice du trou, comme on le remarque souvent sur les Ormes pour le Cossus Ligniperda, sur les Peupliers pour les TrochiUuin apifurme et Sesia asUifonnis. C'est à tort que M. I']. Blanchard, dans ses Mélamorphoses des Insectes, suppose que le papillon éclôt au fond de la galerie, et entraîne avec lui, pour se protéger contre les rugosités du bois, le tégument abandonné de la chrysalide. Il y a des chrysalides de chenilles hypogées de Noctuéliens, se formant à une assez grande profondeur sous le soi et dépourvues de pointes, qui se frayent peu à peu ini passage avec leur tête mousse, en s'appuyaut aux parois terreuses avec les anneauv de l'abdomen, qu'elles font mouvoir en divers sens.
102 LÉPIDOPTÈlîES.
Rion de moins constaiU que la durée de l'état de chrysalide. En général celles qui se forment à la iin du printemps et au début de l'été, et surtout pour les Microlépidoplèresà chrysalides de i'aible taille, donnent le papillon au bout de peu de semaines, en raison de l'évaporation active qui s'opère à cette époque, surtout pour les petites chrysalides. Au contraire, les chrysalides formées en automne passent souvent l'hiver, consei'vant aisément leurs organes mous pendant plusieurs mois, en raison d'une évaporation faible, dette intluonce de l'évaporation sur la durée de l'état nymphal a été mise hors de doute par les expériences de Réaumur, qui a retardé l'éclosion en été, soit en vernissant les chrysalides de manière à diminuer l'évaporation, soit en les maintenant à la glacière, tandis que l'éclosion est hâtée par une chaleur artiticieile qui favorise l'évaporation. Il y a de nombreuses exceptions à cette loi générale, en rapport avec les données physiologiques ; sans qu'on en puisse donner aucune explication, diverses espèces offrent, dans les chrysalides issues d'une même ponte, des retards d'éclosion considérables pour certaines d'entre elles, chez lesquelles se prolonge la vie latente par des causes internes et individuelles que nous ne connaissons pas, avec un ensemble de circonstances extérieures absolument les mêmes. La plupart éclosenl à une époque tixée à l'avance, ordinairement au printemps pour les chrysalides hivernantes; mais quelques-unes, cette époque passée, reprennent l'état dormant pendant toute une année et même pendant plusieurs années, jusqu'au moment de l'éclosion habituel à l'espèce. Os faits sont rares parmi les Rhopalocères; cependant, dans les Thaïs, on a des exemples de chrysalides demeurant deux ans sans éclore. Ainsi, sur trois cents chrysalides de Thaïs Medesïcasle reçues en automne, la plus grande partie est éclose au printemps de l'année suivante, et une vingtaine, demeurées bien vivantes, n'ont doinié le papillon qu'au printemps de l'année d'après. Ce sont surtout les Hétérocères qui présentent ces singuliers retards. Si l'on élève une ponte printanière des Xotodonta torva, zigzag, trïtophus, de Deilephïla Euphorbïœ et autres espèces encore, la majeure partie des chrysalides donnent le papillon au mois d'août, mais d'autres n'éclosent qu'à la tin de mai de l'année suivante, à la même époque que celles provenant de la seconde ponte et métamorphosées en octobre. Des espèces univoltines, n'ayant qu'une éclosion habituelle au printemps^ après hibernation de la chrysalide, peuvent éprouver des retards analogues. Les chrysalides de Bombyx ou Cnethocampa processionea peuvent resterplusieurs années dans les cocons filés sous la tente soyeuse commune; VAtlaciis /•'//•/ a pu demeurer en chrysalide pendant sept années. Quand on élève en nombre cette grande espèce, qui donne le géant des l'apillons d'Lurope, la plupart des papillons paraissent au mois de mai (h; l'année suis iuite, mais il y a toujours des retardaires, de moins en moins nombreux, qui éclosent en mai dans les années suivantes. La vitalité de cette chrysa- Mili' est considérable: nu adulte put éclore, bien ([ue la chrysalide.
LÉPIDOPTi-RES. • 103
percée d'une forle épingle, fût restée ainsi pendant sept mois, de septembre à avril, f.a persistance de la vie latente est analogue chez le Bombyx lanexlris, dont la chrysalide a pu rester, dit-on, neul'ans avant d'éclore. [j' docteur Boisduval a constaté une jjersistance nymphale de sept ans et Carofl' de cinq ans. Reaucoup d'Attaciens et de Rombyciens ont des relards analogues, mais sur un très-petit nombre de sujets: ainsi pour les Altaciis Cyntliia vcra, Yama-mài', Pernyi, etc.
Celte vitalité persistante des chrysalides est analogue à la résistance à l'abaissement de température qu'elles peuvent éprouver sans périr. Ainsi, dans les hivernages de Ross dans l'Amérique arctique, des chrysalides de CoUas, gelées et sonnant sur un verre, ont néanmoins donné leurs papillons. Piorrel cite dos chrysalides de Smorinthus Tiliœ, exposées à l'air en hiver, entièrement congelées et dures en dedans, dont les papillons sont sortis au printemps. Les chenilles présentent aussi les mêmes faits de résistance au froid. Lacordaire mentionne des chenilles de Leucania, qui se métamorphosèrent pourtant au printemps, qu'on pouvait prendre pour des stalactites de glace, par la cassure nette et le son qu'elles rendaient par le choc. Le même fait de chenilles congelées a été vu par M. Xambeu pour le Cossus Ligniperda. Cette persistance de la vie sur des chenilles et des chrysalides transformées en un morceau de glace compacte et sonnant sur le verre est bien anciennement connue et signalée par Lister à la fin du xviii^ siècle (Gœdart, De Insectis, 1685, édif. de Londres, p. 76).
Les moyens employés par les chenilles pour les chrysalides varient beaucoup. Chez les Rhopalocèrcs, dont les chenilles ne possèdent que peu de matière soyeuse, les chrysalides se forment le plus souvent à nu, et leur mode de station, où concourent les fils de soie, a servi au docteur Boisduval de base pour ses subdivisions des Rhopalocères en trois groupes artificiels, commodes pour l'élude et avec ces exceptions de détail qui font le désespoir des auteurs entichés des classifications systématiques. Elles sont très-naturelles, au contraire, dans nos idées, que la nature n'a pas fait de classifications et qu'on ne doit jamais y voir que des groupements approximatifs. Chez certains lihopalocères (suspensi), la chrysalide est pendante et verticale, attachée seulement par un faisceau de courts fils de soie allant delà queue de la chrysalide au support {Vcmessa, Satyrus, Argynnis et genres dérivés). Dans les Papilio, Thaïs, Pieris, Colias, AtUhocharis, Polyommatus, Lycœna, Thec/a, etc., qui forment les swccmc/* du docteur Roisduval, la chrysalide, outre le lien soyeux terminal qui la fixeparlaqueue, est entourée par une ceinture transversale de plusieurs fils de soie accolés, attachés à leurs deux bouts contre le support, de manière à n'être plus pendante dans la verticale, mais attachée au support dans des inclinaisons variées. Réaumur a décrit avec une minutieuse précision le travail des chenilles occupées à filer et à mettre en place ces moyens de suspension et d'attache. Enfin il y a des Rhopalocères qui deviennent chrysalides en
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s'envcloppant dans un léger réseau de fils de soie, dans lequel sont englobées des feuilles : ce sont les iiwoluli, comprenant les Hespériens, tribu naturelle à ailes à demi relevées au repos. On doit ciler, à titre d'exception, les Parnassiens (.lyio/t'fj, Mnemosyne, etc.), qui s'entourent d'un cocon à claire-voie, et quelques chenilles de Satyres qui, au lieu de se suspendre par la queue, deviennent chrysalides étendues sur le sol. Les modes de chrysalidalion des Hétérocères sont beaucoup plus variés. Vn grand nombre d'espèces s'entourent de cocons soyeux, formés de fils de soie continue et entrelacés, réunis par une matière gommeuse qui les incruste plus ou moins et qui peut être enlevée ou par r3au chaude (Ver à soie du Mûrier), ou par des lessives alcalines, ce qui constitue un décreusage (Vers à soie de l'Ailante, du Chêne, Attaciis Aurota, etc.). Le rôle du cocon est de s'opposer en partie à la trop rapide évaporation de la chrysalide, qui peut amener sa mort, soit par dessiccation, soit par refroidissement. J'ai constaté (1) que les chrysalides, au moment où on les relire du cocon, ont toujours une température externe supérieure à celle de l'air ambiant, mais qu'ensuite, à mesure que, exposées à l'air libre, elles perdent rapidement de leur poidspar évaporation, leur température superficielle peut s'abaisser au-dessous. La soie n'existe pas à l'intérieur du corps des chenilles à l'état d'un écheveau ou d'un peloton de fil qui se déroulerait; elle sort de la filière buccale chez beaucoup de chenilles dès leur éclosion de l'œuf, car on les voit à tous les âges, à l'instar du Ver à soie, émettre des fils de tous côtés. Deux glandes occupant symétriquement les deux côtés du corps, plus ou moins allongées, contiennent un liquide visqueux et filant, qu'on peut étirer artificiellement et qui se solidifie très-rapidement à l'air par une sorte de résinification. C'est ce qu'on observe très-bien sur ces Vers à soie qui deviennent cû«j7s et qui, au lieu de filer un cocon, étaleront leur soie {Vers tapissiers). On leur relire de la bouche les glandes à soie, après qu'on les a fait macérer pendantdeu\ jonrsdans le vinaigre, on les crève, et le filet qu'on en retire et qu'on étend autant qu'on peut, donne ces fils très-résistants, appelcs fds de Florence, et qui servent à attacher l'hameçon à la ligne. Les conduits excréteurs des deux glandes se réunissent un peu avant la filière qui sort de la bouche. Le fil du Ver à soie est formé de deux fils tordus ensemble par l'animal au moyen de cinq paires de petits muscles (docteur Auzoux). On réussit en efl'et parfois, au moyen d'eau de savon» à dédoubler le fil en deux fils presque invisibles, sans aucune force de torsion appréciable, comme l'a reconnu Coulomb dans ses expériences sur l'élasticité de torsion, et cependant très-tenaces, il règne encore assez d'ohscurilé sur la question de savoir comment la matière gluti-
{]) Maurice Girard, l'^iidr sur lu clialcur libre défjarjtc p(ir /es fviimuu.r invertébrés ct'spécinleincid les Inscele.s {Aïoi. se. uni., ZoOL., 5'' série, 18G9, t. W, P. 135).
r.fiPiDOPi î:ri:s. 105
iiouse conlonuo dans los glandes séi'icigc'iies dc\ie'iil iii! lil solide, iiisdliible dans l'eau, avaiil de sorlir de la lilière. Kst-rc une iidi'odiiclinu d'air dont l'oxygène résinilio les filets visqueux V V a-l-il, eouinie l'a annoncé M. Auzou.v pour le Ver à soie, deux petites glandes aiuiexes près de la filière, versant dans le sue séricigène, à la sortie de sa glanile, un liquide non encore connu à l'élal isolé, mais capable d'amener dans le liquide visqueux sortant de la glande séricipare uiu' solidification immédiate, à l'instar, par exemple, du tannin, qui, mêlé à la gélatine, la durcit aussitôt et doime la fausse écaille? Cette matière exisle-l-elle au contraire à la jiarlie ultime des glandes séricipares?
Les cocons les plus riches en soie, avec la plus belle ([ualité de la matière textile, sont ceux du Sericaria iMmi, qui est l'objet d'une industrie du premier ordre. Viennent ensuite, ollrant une soie un peu plus grossière, les cocons des Atlacus Yavia-maï, Pcrnyi, Mylitta, Aurota, Polijphemus, etc. Ces cocons sont fermés aux deux bouts vA dévidables en soie grége. F^es chrysalides contenues dans les cocons épais et résistants ont à la tète une petite vésicule, découverte par Guérin-Méne- \ille, sécrétant un liquide qui détruit la gomme d'incrustation du cocon à l'un de ses pôles, par où sortira le papillon en perçant le cocon. Les nis sont décollés et écartés par les efforts de l'insecte, qui se fraye uneissueà travers leur entrecroisement, absolument comme un enfant qui passe dans une haie. Vno grande erreur est de croire (|ue h's fils sont coupés par les yeux du papillon agissant comme uiu' lime, sui\ant une idée bizarre de Latreille. Le papillon n'a aucun organe capable d'opérer une section. Si les cocons percés sont rebelles au dévidage ordinaire, c'est que, remplis de l'eau de la bassine, ils tombent au fond, ce qui produit la ru[iture du fil, déjà alfaibli au reste par l'action de la liqueur qui aide à la sortie du piipillon. A\ei' des précautions t'ouvenables, on dévide ti'ès-hien à la main ces cocons percés. Chez d'autres espèces et sans qu'il y ait de différences dans les caractères importants du genre, les cocons, très-soyeux aussi parfois, sont trop incrustés pour que le papillon puisse les percer à un [>ole pour soi'lir ; aussi la clienille fait elle-même une ouverture préexistante. Les fils se conlournenl en masse à l'orifice, en une sorte d'entonnoir disposé de façon que les brins s'opposent à l'introdiudion par le dehors de corps étrangers ou d'insectes eimemis, mais s'afl'aissenf au contraii'e contre la paroi, quand la tète du papillon les pousse de dedans en dehors. C'est l'inverse de la nasse à poissons. On \nil très-bien les cbenilles (pii fileni celle sorte de cocons, se relourninl coirslannnenl d'un boula l'autre, quand (dles replient le fil en nasse, toujours sans le casser. Tels sont les cocons des Altacm l'iri, Spini, Car pi!u,Cynlhiu fera, Atlas, Cecropùi, etc. Il nous est beaucoup plus difdcile de dévider ces cocons que les cocons fermés, si l'on y joint les décreusages nécessaires. Cependant on y est arrivé [)our certaines espèces, mais non encore iiidusiritdiemeni, de sorte qu'on en estréduil au cardage, si l'on \ent uliliser ces cocons en liloselb'. Ce (pii
monlrc combien les cocons ont peu d'affinité réelle avec les espèces, c'est l'evemple des Endroim.s versiiolor et A(jUa Tau, voisins zoologiquement du Sericaria Moii, et qui n'ont pour cocons que (juelques fils entrecroisés, attachés aux feuilles ou au\ mousses. Les cocons des Losciocampa sont assez fournis de soie, mais d'un gris noirâtre et grossière ; ceux de Bombyx Ruhi et de Mogasoma répand um ont une soie continue, mais assez claire pour qu'on aperçoive la chrysalide à travers. Les Bombyx Neustria et castronsis ont des cocons d'une jolie soie blanche, mais si peu fournie, qu'on ne peut songer à les utiliser; leur transparence est diminuée par la sécrétion d'une liqueur jaune que la chenille rend par l'anus et qui saupoudre le cocon à l'intérieur de grains d'acide urique, colorés en jaune soufre et ressemblant à de la poudre de lycopodc. Le cocon de Dasychira pudibunda est d'une soie très-légère d'un blanc jaunâtre, entremêlée de quelques poils de la chenille; de môme pour les cocons des Orgya, d'une soie terne et grisâtre. Un assez grand nombre de chenilles velues fortifient ainsi leui's cocons trop légers avec dos poils qu'elles s'arrachent ou qu'elles coupent avec leurs mandibules {Chelonia, Lithosia, etc.)- I^es poils urticants dont ils sont mêlés rendent très-difficiles à utiliser, même par le cardage, les cocons et les nids communs soyeux de Cne?/iocampaproc«'s?oneffl et Pityucampa. Les nids soyeux d'un Bombycien social de Madagascar sont employés, après lessive particulière qui les débarrasse des poils, pour fabriquer des étoffes trèsrésistantes, dans lesquelles lesHovasenveloppent leurs morts de qualité. Il y a des cocons dont la soie est tellement incrustée, que l'enveloppe, d'un gris jaunâtre, ressemble à un papier ou au carton des nids de certains Vespiens : ainsi pour les Bombyx Quercûs et Trifolii. Beaucoup de chenilles d'Hétérocères, n'ayant pas assez de matière soyeuse pour s'envelopper de cocons, même en y mêlant leurs poils, ajoutent à leur entourage des matières étrangères. Les Liparis dispar, Saiicis, monacha^ et Laria V. nigrum entrecroisent entre les feuilles ou les écorces soulevées, ou sous une pierre, quelques fils de soie, auxquels la chrysalide est plutôt maintenue par les crochets de sa pointe anale que par la résistance du tissu. Le funeste Cossus ligniperde devient chrysalide dans un cocon de soie d'un gris noirâtre, entremêlée do nombreuses parcelles des fragments de bois coupés par les mandibules de la chenille. Les chenilles (les Galléries de la cire (Tausses-leignes de Réaumur) entassent au milieu des gâteaux des ruches leurs cocons oblongs et accolés outre eux, formés d'une soie blanche fortifiée par dos parcoUos do ciro o( par les crottins noirs dos chenilles.
La chenille do Gonoptera libatrix lie ensemble les feuilles de la plante sur laquelle elle a vécu, et se change en chrysalide à l'intérieur de cet abri. lîeaucoup de Tortriciens deviennent chrysalides dans le cornet de feuille, enroulée el maintenue par de la soie, dans lequel vivait la chenille, et les Yponomoulos se chrysalident suspenduos sous la tente soyeuse d'abri do leurs chenillos sociales. Los (Uéophanos forlitioiit
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leurs légers cocons avec de petits fragments de feuilles ajustés avec symétrie les uns à côté des autres; des chenilles vivant sur les murs tapissent les légers fils de leurs cocons avec des grains de sable et des débris de lichens, de façon qu'elles ne paraissent, lors de la nymphose, que comme une faible saillie de la surface de la pierre. Les chenilles mangeuses de lichens des Dryophiles se retirent dans des cavités de ces Cryptogames parasitaires et les bouchent avec des lichens liés par de la soie, de façon à dissimuler leurs chrysalides à l'œil de l'oiseau ou de l'insecte, (lertaines chenilles arboricoles descendent le long du tronc pour se chrysalider, et enveloppent trés-artistement leurs coques de petits fragments d'écorces et de lichens, par protection imitative: ainsi pour les Dicranoures et le Bombyx Popitli. La chenille de Ilarpya Milhanseri façonne sur le tronc des Hêtres, avec des raclures d ecorce agglutinées par une salive qui est une vraie colle-forte, des coques Irèsdures qui ressemblent tout à. fait à des loupes ligneuses de l'écorce et qui sont attachées si solidement, qu'il faut couper l'écorce au-dessous et emporter la coque avec le lambeau d'écorce, si l'on veut obtenir la chrysalide intacte. Cependant elles ne trompent guère l'instinct des J*ics, car la plupart de ces coques sont percées par le bec de ces oiseaux et vidées de leur contenu, ce qui explique la rareté du papillon.
On ne saurait guère tirer de la taille de la chenille et de la chrysalide une induction pour la grandeur du cocon. 11 en est dont la chrysalide est comme flottante dans un cocon très-allongé, eu égard à sa taille, ainsi pour le Megasoma repaîidum et le Bombyx RubL Les cocons du Ver à soie et de YAttacus Piri sont bien plus lai-ges que la chrysalide, tandis que ceux du Bombyx Quercûs cide YAttacus Pronictheus sont respectivement bien plus petits et comme collés contre la chrysalide, quoique provenant de chenilles de la même dimension que le Ver à soie et la chenille du grand Paon de nuit. La forme des cocons est aussi diversifiée que la nature de leur tissu. 11 en est d'ovoïdes (AtlaciK Piri et Carpiiti), d'ellipsoïdes {Sericaria Mori, Attacus Mylitta et Yamamaï, "etc.), de cylindroïih^s el droits, appointis aux deux bouts (Lasiocauipu), de cylindroïdes avec les deux bouts hémisphériques {Bombyx Querciis et Trifolii); il en est de recourbés {Megasoma repandum et faiblement Bombyx Rubi femelle). Ceux de beaucoup de Zygènes sont en fuseau allongé et accolés aux tiges des Graminées ou des Légumineuses dans foute leur longueur ; celui de ïlalias quercana en bateau renversé, etc. Dans beaucoup de races du Ver à soie du Mûrier, les cocons des chrysalides femelles sont plus gros que ceux des mâles, et ces derniers sont souvent étranglés au milieu ; mais ce caractère n'est pas général. Beaucoup de cocons pris dans les plus soyeux ont, extérieurement au cocon principal, une première enveloppe d'atiache de fils lâches et confus : telle est la bacc des cocons du Vei- à soie, dont les premières couches floconneuses sont Yd bourre, qu'on enlève à la main avant d'opérer la filature. Il y a des cocons qui ont deux robes ou deux
couclies de soie bien distinctes par la finesse et parfois de teinte nn pen diflerente : ainsi chez les Attaciis Cecropia et Bavhiuiœ. Enfin les cocons offrent parfois des moyens supplémentaires d'attache. Dans les Indes, le cocon de YAttacus Mijlitla csts uspendu aux branches des Jujubiers ou des Chênes dans les régions montagneuses, au moyen d'un long pédicule à demi résineux et terminé par une forte boucle cornée qui entoure la branche ; aussi ces cocons se balancent aux branches, et souvent on les gaule, car leur soie, dite tussah ou tussor, donne des étoffes très-solides et s'emploie beaucoup mêlée au coton ou à la soie du 'Ver du Mûrier. 11 faut remarquer que ce cocon, à peu près dépourvu de bave, ne pourrait se soutenir autrement que par un fort pédicule. On a dû récolter ces cocons depuis une haute antiquité, car Aristote a cru que la soie des Indes provenait d'un fruit pendant aux arbres, d'après des récits altérés. D'autres cocons fermés ont également un pédicule d'attache, mais par un simple ruban de soie aplati, collé â un pétiole de feuille et qui peut manquer, ainsi pour les cocons des Attacus Yama-7naï el Pernyi; ils ont assez de bave pour se maintenir adhérents à une feuille enroulée autour d'eux. Il en est de même pour le cocon ouvert de YAttacus Cynthia vera, qui offre souvent un pédicule aplati de soie grise et brillante, partant du pôle opposé à l'ouverlure et prenant appui sur une feuille d'Allante.
Il existe des cocons de forme et de filature anormales, soit par mauvaise conformation ou atfaiblissement de la chenille, soit par accitlent survenu lors de son travail. On rencontre des cocons diflbrmes dans les amas de cocons du Yer à soie du Mûrier, tantôt filés par une seule chenille, tantôt par deux ou même plus, qui se sont associées pour se chrysalider en commun. Il y a de ces cocons qui sont sphéroïdes, ou disco'idanx, triquètres, cordiformes, fusilbrmes et très-pointus à un pôle, etc. Les douppions, ou cocons doubles, filés par deux chenilles à la fois, sont un déchet pour le magnanier, car on ne peut que les corder et non les dévider en soie grége ; ils se forment librement si les Vers filent à la bruyère, ou aux rameaux de colza ou dans des bottes de paille ; on en restreint le nombre en obligeant les Vers à filer dans des intervalles rétrécis où il leur soit difficile de s'associer (coconnières Davril, châteaux à cases de Delprino). On rencontre parfois des douppions, notablement plus gros que le cocon ordinaire, dans les cocons filés en toute liberté par nos espèces indigènes. Je possède; un cocon d'Attucus CarpinHWé par deux chenilles associées et qui m'a été doinié par M. Xambeu.
11 y a des chenilles qui ne se filent pas de cocons et dont les chrysalides reposent simplement sur le sol ou sont plus ou moins enfoncées en terre: ainsi certains Lycénides et Satyrides, un assez grand nombre de Noctuèliens et de rhaléniens. Ce fait n'a pas lieu seulement pour les chenilles qui vivent sur les plantes basses, mais aussi pour des chenilles qui on! ju'is leur noiin-ihirc cl subi leur accroissemeni au haut
i.ÉPii)Oi'ri;aiis. 109
(les arbres : (elles sont celles des Smériiithes. Ces chenilles, parvenues à toute leur taille, descciident le long du tronc et s'eriConcent souvent sous les mousses, au piel nu à quehiue distance^ selon (pie la terre est plus ou moins meuble pour oll'rir un abri surii>ant à la chrysalide. D'autres se façonnent des coques terreuses, analogues à celles qui entourent certaines larves de Scarabéicns et dans lesquelles la soie n'entre que pour une faible proportion, ou même est remplacée [)av un vernis interne, analogue à la pellicule dont s'entourent |)nur la nymphose beaucoup de larves d'Hyménoptères, (les coques soiil des travaux de ma(;onnerie beaucoup plutôt que de filature. Ces coques terreuses, comme on le voit pour les Sphingiens et certaines Xoctuelles, ont l'aspect extérieur de masses ovoïdes d'une terre granuleuse, dont les parcelles sont agglutinées par une matière gommeusc et parl'(jis liées par des (ils d'une soie qui ])eut aussi IViriner un mince tapis à l'intérieur.
Les chrysalides suspendues la tète en bas par un lien de soie caudal de certains lUiopalocères du groupe des N'anesses, présentent parfois de singulières apparences. On voit pendre de leur corps, ordinairement de chaque c()lé, deux filaments blancs, un peu renflés au bout: on dirait tout à l'ait (les hurid. ou Cryptogames du groupe des Champignons, dans une de leurs phases de végèlalion. Si l'on a des chrysalides de Paon de jour ou de pelilc Toilue ainsi alleinles el suspendues sous le couvercle de toile métallique de la boite d'élevage, on a l'aspect d'une petite forêt en miniature. Ce sont des filets de fibrine du sang coagulée à l'air et sortie de chaque écaille alaire soulevée, alors que sortent du corps de ces chrysalides des larves de Tachinaii-es (Diptères .Alusciens) qui avaient pondu leurs (jeufs sur les chenilles, et l'on trouve dans la terre du dessous les pupes produites par ces larves. 11 nous reste à donner quelques indications sur le début de l'état de ' chrysalide, et ensuile sur les derniers moments de cette i)hase, alors que le papillon va chercher à sortir de cette espèce de sépulcre où il était maintenu captif. Lorsque la chenille est arrivée à sa dernière mue, son thorax sentie beaucoup, et l'on peut même, prévoir par l'étendue de ce gonllemcnt, si le pa])illon arrivera à éclosion. Dans ce renflement s'accumule un plasma oii s'organisent les gaines des organes externes, tels que les ailes et les pattes. Si, en prenant par exemple une espèce fileuse, comme Sericaria Mon', on extrait une chenille du cocon terminé, avant le dernier changement de peau, on sixième mue d'ordinaire, on voit ([ue la peau a perdu de son éclat et que les pattes membraneuses, qui déjà s'éla'ent aminciesaudernierâge de la chenille, ont à peu près disparu, f-esdeux pattes membraneuses du dernier anneau se sont api»li(]ué('s contre lui, de manière à se souder sur la ligne médiane intérieure, ce qui prépare déjà la f(H'me de l'extrémité de la chrysalide. C'est en coupanl les pattes écailleuses de la chenille à cette époque que Uéauinur avait obtenu des papillons sans pattes, d'où il lirait cette conclusion qu'il avait coupé les pattes mêmes du papillon.
déjà contenues dans la chenille, suus rinllueucc de cette théorie de remboîtement et de cette préexistence des germes qui dominait toutes les études du mystique Swammerdam. Si Ton ouvre alors la peau delà chenille avec précaution, on peut en tirer la chrysalide avec toutes ses parties parfaitement libres, et si l'on examine la tète encore très-molle de cette chrysalide, on voit les pièces buccales efFectuer des mouvements. La lèvre supérieure présente encore son échancrure médiane, qui permettait à la chenille de tenir la feuille pendant que les mandibules la coupaient: c'est une espèce de guide du mouvement qui ne permet pas à la feuille de fuir sous la pression et explique la régularité avec laquelle elle est coupée. Ce labre se meut encore comme chez la chenille, et les deux gaines où se développeront les deux moitiés de la trompe effectuent, lorsqu'on interpose le scalpel, des mouvements de rapprochement semblables à ceux qu'exécutent les mandibules de la chenille: on dirait que l'animal a conservé le souvenir de ses anciennes habitudes (A. Barthélémy, d'après son interprétation des pièces buccales). Nous devons encore faire connaître des observations très-curieuses de M. Goossens, qui est un des plus habiles souffleurs de chenilles pour les collections. 11 est impossible, dans l'état actuel de la science, d'affirmer rien de précis à ce sujet; ce sont des jalons précieux pour les travaux embryogéniques futurs. Stimulé par les difficultés quiarrètèrent Réaumur pour souffler et dessécher le tube intestinal des chenilles au moment de la nymphose, M. Goossens prit une chenille de Laviucampa Pini au moment de se chrysalidcr. En l'incisant avec soin sur les flancs, il vit que le tube intestinal s'était arrondi au haut de l'estomac et paraissait fermé et soudé, le haut de l'œsophage tenant à l'intérieur de la calotte et semblant se dessécher et se recroqueviller. \'a\ introduisant un chalumeau dans le rectum et soufflant doucement, M. Goossens vit l'estomac prendre la forme d'une chrysalide, où l'on distinguait faiblement, et d'une couleur pTde, la forme des ailes, les segments et même des boutons saillants à la place future des stigmates. 11 y a dans cette observation de M. Goossens des points à noter : d'abord la rupture du tube œsophagien, que Malpighi n'avait qu'entrevue, et cette rcssem* blance singulière de l'enveloppe de la chrysalide avec les parois stomacales : on serait tenté de dire que l'enveloppe de l'estomac tlevient celle de la chrysalide en augmentant d'épaisseur. .Nous nous garderons bien d'avancer une telle conclusion, mais il y a certainement lieu de poursuivre la voie ouverte par M. Goossens. Gelui-ci a plusieurs fois essayé de répéter sa première observation, mais sans succès, parles difficultés du soufflage et parce que la fermeture du tube n'était pas encore opérée en haut. 11 n'a pu réussir encore à préparer un tube digestif de Diurne à chrysalide anguleuse.
Prenons maintenant la chrysalide à la phase opposée de son existence, c'est-à-dire au moment où va s'opérer, par im dernier changement d'enveloppe, la sortie de l'adulle. Comme dans certains cas celui-ci n'est
LtriDuiMÉr.iis. 111
pas encore dcli\i"é parcct acte, Ui prévoyance de la chenille lui prépare les moyens de sortir ensuite aisément de l'autre prison plus extérieure» coque ou cocon, paroi ligneuse, fourreau de la chenille, etc. Ainsi les chenilles de Nonagries, vivant dans les chaumes des Roseau \ et des Typhacées, font intérieurement de la lige une ouverture circulaire dans la paroi, en conservant seulement Icpiderme intact, mince membrane que le papillon crève sans peine pour sortir. C'est également en poussant la pellicule épidermique que beaucoup de Tortriciens mineurs de feuilles sortent de la galerie. La clienill(; de l'Alucite du Hh; ronge dans le grain, à l'endroit où se trouvera la partie antéiicure de la chrysalide, une petite pièce circulaire, qui ne lient plus que par une charnière, porte qui s'ouvre de dedans en dehors au moindre effort que fait le minuscule papillon. Certaines coques dures sont munies d'un opercule maintenu par quelques lils de soie, et qui s'ouvre, sous la pression du papillon, comme le couvercle d'une boite à saxonnctte ou des fruits nommés pyxides ; au contraire la coque carénée d'Halias qurrcana s'ouvre en deux valves, comme une capsule, par la rupture facile des fils de soie qui les maintenaient autour de la chrysalide. Chez les Psyché et chez di\ers Tinéiniens à chenilles également dans des fourreaux, ces fourreaux deviennent les coques protectrices des chrysalides. Si la chenille doit devenir une femelle, elle reste dans sa position, et c'est dans le fourreau que demeure fixée la femelle, recevant les approches du mâle par l'ouverture anale du fourreau; c'est aussi par cet orifice naturel que doit sortir le papillon mâle, et non par la partie antérieure du fourreau par où sortaient la tète et les pattes écailleuses de la chenille. Imi elfet, lors de la nymphose, cette ouverture est, soit fermée par une cloison, soit collée contre un mur ou une écorce. La chenille prend alors la précaution de se retourner dans le fourreau, de sorte que la chrysalide se forme la tète en bas, ce qui permet au papillon mâle de sortir aisément, Les coques ligneuses et dures des Dicraiw.ra et llarpiju sont ramollies à un bout par une liqueur spéciale, de même que les cocons fermés à soie serrée et gommée. Les chrysalides à demi-enterrées sont dans une excellente situation pour l'éclosiondupapillon, qui trouve de toutes parts des points d'appui. Il en est de même des cocjnes terreuses et des cocons iixés à divers supports par leur bave soyeuse ou par une matière collante; le papillon, ne pouvant les entraîner avec lui, s'en sert pour s'accrocher et sortir au dehors. Aussi dans les magnaneries, où les cocons destinés au grainage ont été privés tle leur bave quand on les a tléramés, on a soin de les enfiler à un lit commun, et les papillons éclosentdans ces filanes de cocons, connue si ceux-ci avaient conservé leur attache naturelle. Les papillons utiLisent aussi comme appui les fils de soie qui maintiennent les chrysalides suspenilues par la queue ', et parfois en outre par un lien en façon de ceinture (la [dupart des Uluqtalocères).
112 LÉPIOOPTËRI'S.
(Juaml la chrysalide csl parvenue au terme de révolution interne, alors que les organes de l'adulte inclus se sont complètement formés, elle s'amollit, change parfois de couleur, et souvent, chez les Uhopalocères, devient translucide, laissant voir à travers les étuis des ailes les dessins et la teinte du papillon, l.a peau de la chrysalide se fend longitudinalement en dessus du corselet, et le papillon prisonnier agrandit Touverture en poussant avec sa tète et parfois se servant de ses pattes. C'est le plus souvent dans la matinée qu'ont lieu ces éclosions des papillons, comme si les premiers rayons de l'astre bienfaisant donnaient à l'insecte la force d'ouvrir la porte du tombeau. Il est d'abord trèsfaible, tout mouillé, ses parties externes molles. Après un temps de repos, les antennes repliées s'allongent et s'agitent, semblant interroger l'atmosphère, route nouvelle, inconnue, interdite jusqu'alors. Les pattes sortent de dessous le ventre, et le papillon marche en tournant autour de la dépouille de la chrysalide. Sur les flancs pendent de chaque côté deux moignons inertes et superposés, où apparaissent déjà, mais de dimensions très-réduites, tous les dessins des ailes futures, qui ne feront que s'amplifier, en conservant tous leurs rapports. Le papillon s'est fixé à une tige, à une feuille ou aux parois du cocon, et il introduit l'air dans ses trachées pai" de fortes inspirations. Bientôt de rapides mouvements vibratoires agitent les ailes ; l'insecte tourne tour à tour chaque aile du côté de l'air libre, afin de la sécher. Le frémissement est si précipité, que l'œil aperçoit une masse élargie et indistincte, comme lorsque vibre une corde élastique. Les ailes semblent pousser en même temps comme des feuilles et s'élargissent dans une proportion considérable. Quand elles ont acquis leur ampleur normale, le papillon les relève et les abaisse successivement, pour achever l'évaporalion du liquide dont elles sont encore imprégnées, et, le plus ordinairement, en moins d'une demi-heure, elles sont propres à remplir leur fonction, et l'insecte s'élève dans la subtile atmosphère, amoureux de liberté, enivré de soleil.
Voici comment le D"' Boisduval explique l'amplification des dessins des ailes des Lépidoptères après leur sortie de la chrysalide, et l'extension des ailes en tous sens régulièrement pour chaque portion de leur surface. « Ces organes, écrit-il, sont composés de deux lames ou de deux membranes, entre lesquelles sont situées les nervures, qui sont autant de jietits tubes fistuleux. Dans l'état de nymphe ces membranes ne sont pas encore réunies par leur face interne; elles sont pliées longitudinalement et transversalement d'une manière égale sur toute leur surface, de sorte que tout le dessin s'y retrouve pour ainsi dire en miniature. ImmécHatement après l'éclosion, un liquide pénètre dans toutes l(!s ramifications des nervures, qui étaient tilles-mêmes pliées, les oblige à s'allonger et à se redresser. Il en résulte que les portions de membrane comprises dans chaque cellule doivent nécessairement s'étendre. Au fur et à mesure (jue cette dilatation s'opère, les deux
membranes se rapprochent l'une lonlre l'autre et Unissent par s'unir au point de se confondre. »
l'eu de temps après être sorti de la clirysalide, et alors qu'il est sécli6 et ralVermi, le papillon rejette par l'atuis un liquide qui remplissait la région terminale du tnl)e digestif, (l'est un véritable méconium, anal()L;ue à celui que rendent les mammifères nouveau-nés ; c'est un excrément de l'état nymphal. On voit très bien ce liquide qui remplit le tube digestif si l'on extrait un papillon de l'enveloppe de la chrysalide (luehjues heures avant l'éclosion naturelle. 11 est soumis à un ballotlement violent, dû à la contractilité musculaire des parois, ce qui explique avec quelle force l'expulse le papillon, (le liquide méconieux conlient une très ,<,a'ande quantilè d'acide uri(iue, et, en le soumettant à l'examen microscopique, on le trouve rempli de corpuscules vibrants, dont la ressemblance avec les corpuscules du sang de la chenille est frappante. La couleur de ce méconium est variable. Elle est quelquefois noirâtre, plus souvent blanchâtre ou grise, de couleur nankin chez le papillon du Ver à soie i)ien i)orlaiit, brune et de mauvaise odeur quand il est affecté de pébrine, parfois de teinte rougeâlre et même; analogue à celle du sang, chez certains Vanessa, comme les V. pohjchloros, Urfica', lo, etc. De là une des origines probables de ces légendes des pluies de sang, rapportées plusieurs ibis par les historiens, et qui produisaient dans le peuple une terreur supcrslilieuse, à la vue de ces larges gouttes rouges couvrant les murs(l/.
Il nous reste à présenter un résumé des observations les plus récentes sur l'anatomie interne et l'embryogénie des Lépidoptères. 11 faut remarquer que pour eux, comme pour tous les animaux à métamorphoses, les études embryogéniques ne portent pas seulemeiit sur l'o'uf, mais sur les divers stades jusqu'à la forme parfaite, apte à la reproduction. On peut dire que la chrysalide est ime sorte de second o'uf, où divers organes nouveaux se forment dans le plasmii. I/(euf des Lépidoptères étant toujours d'une opacité à p(ni près complète, il est difficile de suivre le développeinenl embryonnaire de la chenille. Lu trempant l'œuf dans l'huile, ou arrive à uiu; demi-trausparence de la coque, encore insuflisante pour distinguer neltenieut ce (jui se passe à rintèrieur. Il faut recourir à la dissection de l'ieuf, alin d'en extraire, le plus délicatement possible, l'embryon aux diverses phases de son développement. Quand l'œuf a été pondu, il ne tarde pas à prendre une teinte plus foncée que sa couleur initiale; si l'on ouvre alors l'o-uf du Ver à soie devenu gris, ou recoiiuait que cette coloration est (hu; à la formation d'une membrane ipii le tapisse; intérieurement. La laclie germinative a ordinairement disparu avant la poule; quelqueioismême elle disparait dans l'ovaire avant la production de la cocpie. L'(!mi)ryon
(1) Mauric(! Gicanl, Métuinorpluises des Inscclcs, 5*^ édil., Harlietto ciC^. Paris, 1879, p. 201.
OIRARI». lu — 8
lU LÉPlDOPTÈHIiS.
se distingue tout d'abord par quelques cellules plus grandes au milieu du vitellus. Deux feuillets blastodermiques se forment à la surface du vitellus: l'extérieur est destiné à produire la peau; l'intérieur, en se détachant peu à peu du premier et en se refermant sur lui-même, constitue le tube digestif. En même temps cette double enveloppe subit un mouvement d'incurvation. Le vitellus, par suite de la soudure des deux bords de l'enveloppe blastodermique interne, se trouve renfermé dans le tube digestif, de sorte que l'embryon va trouver dans son intérieur même les matériaux de son développement. De chaque côte du corps se constituent les deux grandes trachées qui devront distribuer l'air dans le corps de la chenille; les premières ramifications se produisent dans la tête même, sous forme de tubes qui restent quelque temps dépourvus de fil spiral. Le vaisseau dorsal, ou série des cœurs, ne devient visible sous la peau que quelques heures avant la naissance, lorsque leurs pulsations sont suffisamment prononcées. Le système nerveux suit la formation du système digestif et précède l'apparition des tubes séricipares. Bientôt la segmentation commence, et la tête, plus développée que le reste du corps, laisse voir quelques points colorés en jaune, première solidification des diverses parties qui la composent. Les organes de la tête qui se distinguent ainsi les premiers sont les mandibules et le labre. Les pattes écailleuses ne sont alors que de simples prolongements dermiques, qui se segmentent peu à peu en se solidifiant. Les pattes membraneuses apparaissent les dernières. A l'intérieur on voit les deux troncs trachéens, qui ne se ramifiaient d'alîord que vers la tête, se renfler à la hauteur de certains anneaux ; puis ces reullemeuts se transforment en des troncs gros et courts qui bientôt se ramifieront. A cette époque l'embryon du Ver à soie, extrait de la coque de l'œuf, est blanc, la tête exceptée, et ressemble à beaucoup de larves de Coléoptères et d'Hyménoptères, surtout de très jeunes larves de Tenthrédiniens. Les glandes séricipares sont représentées par deux tubes gros et courts, qui s'allongent peu à peu à partir de la base de la tête, très courts à leur début, et natteignant toute leur longueur relative que par les progrès de l'âge. Les muscles sont d'abord constitués par des éléments arrondis disposés bout à bout en chapelet. Ces éléments ne se confondent et leur configuration globuleuse ne disparait que quelque temps après l'éclosion de la chenille. T^a forme circulaire qu'affecte l'embryon dans l'œuf , fait que la chenille parait étranglée au milieu, les deux extrémités ayant pu se déve lopper plus librement que la partie moyenne. Plusieurs heures avant réclusion, l'embryon effectue des mouvements et la coque de l'u'uf devient transparente. Alors les ouvertures stigmatiqucs, qui jusque-là étaient restées fermées, s'ouvrent pour substituer la resitiralion (racliécnne spéciale à la riîspiralion cutanée générale. Chez le Ver à soie, le corps, blanc (luelque temps auparavant, est devenu noirâtre et s'est r(;coiivert de tubercules et de poils; l'animal est désormais constitué
pour vivre et se développer au dehors. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que, dans cette embryogénie de r(euf, rien ne dévoile la présence d'un papillon, même rudimentaire. Celte étude suffit seule pour détruire toutes les assertions contraires des anciens naturalistes, Swammerdam, Malpiglii, Réaumur. La transparence des organes de l'embryon permet de porter l'investigation microscopique dans les parties les plus intimes, et toujours on les trouve simples et seulement propres à constituer un individu unique.
Avant de donner quelques notions sur le tube digestif dans les trois phases de la vie du Lépidoptère, nous devons revenir en quelques mots sur les pièces que rencontrent les aliments à son origine, c'est-à-dire les pièces buccales. Leur signification peut être interprétée tout autrement que ne l'avait fait Savigny, et c'est surtout en s'aidant de l'embryogénie du passage de la chenilleà la chrysalide, que M. A. Harthélemy (I; est arrivé à les envisager sous un point de vue très dill'ércnt de celui des auteurs français. D'après lui, les organes bi- ou triarticulés qu'on regarchi comme des antciuies cliez les chenilles, et qui sont placés a la base des mandibules, seraient des palpes mandibulaires; ces organes, dans lui grand numbre d espèces, s'enlevant avec les mandibules, dont ils paraissent ainsi une dépendance. Il y aurait, d'après cela, et contrairement à l'opinion générale, des palpes mandibulaires chez certains insectes, comme il en existe chez les Crustacés supérieurs. M. A. Barthélémy est disposé à voir dans la filière buccale des chenilles le représentant de la languette portée sur un menton membraneux. Si l'on tire de la peau d'une chenille dans son cocon et près de se chrysalider la chrysalide encore immature et molle, on voit que les deux deuiispiriirompes, ou plutôt les fouri'eaux dans lesquels elles s'organiseront, correspondent aux mandibules de la peau qui tombe; à la base de ces deux corps on aperçoit un tubercule qui représente l'anteinie de la chenille, qui n'est pourM. A. Harthélemy qu'un palpe mandibulaire. Pour \crifier cette interprétation, il acoupé his mandibules, avant le dernier charigement de peau, sur la chenille de DeilephiUi Eui>liorbiœ, en ayant soin d'arrêter l'épanchement sanguin avec de la cire molle, et il a obtenu des papillons présentant la trompe tronquée. Les chenilles qui n'avaient subi cette mutilation que; d'un côté ont domié des papillons dont la partie de trompe correspondant à ce côté était beaucoup plus courte que l'autre. La clirysalide de Sericariu Mori et des autres Bombyciens à trompe rudimentaire ne présente à la place de la trompe que deux organes courts et larges, qui, par leur finuK!, leur position et les mouvements qu'ils elfectuent, rappellent très bien les mandibules de la ch»!nill(!. ici on obtient mieux encore, par la section des maiidi-
(1) A. Bartliùleniy, Ik'clicrclics (/'nuafiDnic cl de iiliijsLoliKjie ijcnérulcs sur lu tinsse des Lépidoptères, (jour servir à l'Insloire des mélai-inurhuses, j». 10, 35 GO{thèse de la Facultr des scieuces de Toulouse). Toulouse, I8C^.
IKi LÊPinoPTÈr.ES.
bulcs de la chenille, ravortemenl du rudiment de tronnpe de l'insecfe parfait; de plus la tête présente la plus grande ressemblance avec la tête de la chenille à chaque changement de peau, lorsqu'elle est encore molle et renfermée dans l'enveloppe de l'état précédent. Chez le papillon, la lèvre supérieure ou labre, d'après M. Barthélémy, est constitue par la petite écaille médiane et les deux écailles latérales (mandibules de Savigny). En effet, le labre de la chenille est formé de trois parties, une centrale et deux latérales soudées, et au moment de la transformation en chrysalide, il conserve la même forme que chez la chenille, et exécute les mêmes mouvcmenls.
Peu de temps avant l'éclosion du papillon, la trompe se soulève et contribue à détacher le masque de la chrysalide ; dans ce mouvement, elle vient se loger dans l'échancrure de la lèvre supérieure et soulève la pièce médiane, qui se sépare des écailles latérales. Ceci est confirmé par cette remarque de Savigny lui-même, que, chez les papillons sans trompe, les mandibules sontbeaucoup moins distinctes, parce que, pour ces papillons, il n^ a pas de soulèvement de la trompe. I>es deux demispirilrompcs représentent les mandil)ules, leurs gaines occupant chez la chrysaUde la place même des mandibules de la chenille et elfecluanl des mouvements semblables. Les deux tubercules bi- ou triarîiculés qui se trouvent à la base de cette trompe représentent les rudiments de l'antenne de la chenille, ou palpe mandibulaire pour M. Barthélémy; souvent ils se détachent avec cette trompe, comme on voit le palpe mandibulaire se détacher avec la mandibule chez la chenille. Enfin le nombre des articles de ce prétendu palpe maxillaire est ahsolument le même que celui de l'antenne ou palpe mandibulaire de la chenille correspondante, toujours à deux ou trois articles. Les rudiments de trompe ou mandibules du papillon de Ver à soie récemment éclos ont une forme absolument identique avec celle des mandibules delà chenille, quand on dissèque la tête un peu avant les changements de peau. Les organes que Savigny nomme palpes labiaux seraient les vraies mâchoires ou maxillaires. En effet, ils sont insérés à la base de la tête, mode d'insertion qui est dilférent de celui des palpes labiaux des autres insectes. Cette remarque n'avait pas échappé à Savigny; mais il y voyait une simple particularité à l'ordre des Lépidoptères. Leur direction est le plus souvent ascendante, comme celle des mâchoires de la chenille, et enfin ils sont à trois articles, comme les palpes maxillaires de la chenille, qu'ils représentent plus particulièrement. M. Barthélémy dit n'avoir pu retrouver chez le papillon le corps de la mâchoire, déjà nidimentaire chez la chenille. D'après lui, une écaille inférieure, rudiment de la lèvre, vient compléter le système buccal du papillon. Nous ne pouvons nous prononcer sur les assertions de M. Barthélémy, dont nous n'avons pas répété les expériences; mais il nous a paru important de faire connaître ses travaux, qui sont restés presque ignorés, même en France.
LÉPIDOPTF.RF.S. 117
Nonsoxamiiierons rapidrmont le tubo digestiCdans les Irois phases do la vie du Lépidoptère, (^hez les clieailles on trouve pat'Cois, à la suite d'un jabot assez développé, un gésier charnu, mais sans l'armature solide interne des Ortlioptùres et de beaucoup de Coléoptères : ainsi chez la chenille du Cos.'uts Li(jniperda , qui est lignivore. F, 'estomac ou ventricule chylitique occupe presque toute la longueur du tube digestif chez les chenilles, les portions œsophagienne et intestinale étant très courtes. Chez la clienille de Pieris tirassica', Hérold a trouvé un œsophage simple et très court, suivi d'un grand estomac cylindrique, qui s'étend en ligne droite jusqu'au voisinage de l'anus, dont il n'est séparé que par un intestin fort court et également droit. La disposition est analogue chez le Ver à soie du Mûrier, chez la chenille du grand Paon de nuit, de l'Ophiodcs tirrhœa, etc. Les villosités gastriques manquent à l'estomac des Lépidoptères.
Si nous prenons la chrysalide du Ver à soie et si nous l'ouvrons aussitôt après la mue qui l'a produite, la constitution interne ressemble beaucoup à celle de la chenille. Le tube digestif, encore très volumineux, contient à son intérieur une substance rougeàtre, de la consislanci' du beurre, qui semble une accumulation de substance nuiritivc servant au travail des métamorphoses, de même que le vitellus, enfermé également dans le tube digestif de l'embryon, a servi à son développement. Tout d'ailleurs, dans le nouvel état, est préparé pour le singulier acte vital dans lequel l'animal se soumet à une véritable incubation. A la base de l'œsophage se trouve une très gi'ande quantité de graisse, et, de chaque côté du vaisseau dorsal, on remarque une accumulation de tissus adipeux, de couleur souvent jaunâtre. Ce sont là, avec la matière rougeàtre du tube digestif, autant d'aliments mis en magasin par la nature pour les besoins de la seconde embryogénie, l'embryogénie nymphale. Le tube digestif diminue d'ai)ord de volume à mesure que la substance rougeàtre se résorbe. Lorsqu'il est devenu très étroit, sa partie inférieure semble subir un mouvement ascensionnel, qui a pour résultat l'allongement de l'intestin, et qui paraît être déterminé par la disparition de la substance rougeàtre nutritive. Eiitin (l'Ile matière se circonscrit au milieu de l'iniestin et détermine ainsi l'étendue que doit avoir l'estomac dans le papillon. Ln même temps se dépose, à la partie supérieure et à la pailie inférieure du tube digestif, un plasma organisable destiné à former, h l'œsopluige le jabot, à rinteslin le ca'cum. De même, dans la chrysalide de Picris Hidssicœ, la porlion stomacale se concentre vers le milieu du corps, tandis que l'œsophage s'allonge, ainsi (jue l'intestin.
L'œsophage des chenilles reçoit à sa naissance des glandes salivaires, composées de deux tubes assez courts et qu'il ne faut pas confondre avec les glandes sériciparcs dont nous parlerons plus loin, llelativement très court, l'a^sophage se termine ordinairement par un renllenienl. Hérold a étudié le développement de ce jabot, ou premier renllement
œsophagien, chez la chenille de Picris Brassicœ. I/cosophage, d'abord court et cylindrique, s'allonge plus que ne le fait l'eslomac et se renfle un peu vers son extrémité postérieure. Ce changement se prononce encore davantage dans la chrysalide. Alors, à l'extrémité de l'œsophage devenu long et grôle, on distingue un petit jabot fusifornie ; mais cette dilatation ne continue pas à se faire d'une manière régulière et s'avance du côté dorsal seulement, de façon à donner naissance à une petite poche latérale, dont le fond s'agrandit plus que l'entrée. A mesure que les métamorphoses du papillon s'avancent, l'appendice œsophagien ainsi constitué granditjfrapidement, et son col s'allonge beaucoup, de sorte qu'au terme de son développement, il consiste en un sac piriforme, suspendu à la partie postérieure de l'œsophage et communiquant à l'intérieur de ce tube alimentaire par un canal étroit.
Le rôle de cette panse appendiculaire de l'œsophage des Lépidoptères adultes est peu connu. Elle manque chez les Hépiales et chez une partie des Bombyciens (Treviranus) et contient ordinairement de Fair. On Fa nommée estomac suceur ou vessie aspiratoire, en supposant qu'elle serve, comme une pompe aspirante, pour la succion des liquides. Elle consiste plus souvent en un sac arrondi, qui naît à angle droit de Fœsophage par un col étroit, et se prolonge en arrière au-dessus de l'estomac proprement dit. Cette panse est profondément bilobée chez les Zygènes, et son développement paraît Iréquemment en rapport avec celui de la spiritrompc, ce qui serait conforme à son rôle d'estomac suceur. Elle est très grande chez Vanessa Urticœ, très réduite chez Attacus Piri, nulle chez Clielonia Caja^ Cossus Ligniperda, Gastropacha Pini, où la trompe est rudimentaire. D'autre part, il faut remarquer, contre cette fonction de succion, que, chez le papillon du Ver à soie, à trompe nulle et qui ne suce aucun liquide, ce jabot en panse latérale est très développé. Chez les Diptères, où ce même jabot en panse existe presque toujours, son col, étroit et fort long, naît dans le voisinage de la bouche, au lieu de se détacher du tube alimentaire près de l'estomac, comme chez les Papillons. La bouche du papillon reçoit deux glandes salivaircs réunies en un seul canal vers la région supérieure; elles sont plus longues et plus minces que celles de la chenille. La présence de ces glandes chez des abimaux qui ne se nourrissent que de sucs fluides ou semi-fluides semble démontrer que la salive ne joue pas seulement dans la digestion un rôle d'imbibition destinée à ramollir les aliments, mais encore un rôle chimique.
Si, à l'autre extrémité de l'estomac, nous considérons la partie intestinale du tube digestif, nous voyons chez les chenilles (Pieris Brassicw, Gastropacha Pini, Sericaria Mori, Sphinx Ligustri, OEnophthira Pilleriana, etc.) qu'elle consiste en un tube droit et presque cylindriciue, qui n'a guère que le quart ou même le cinquième de la longueur du corps, et se divise en trois parties : l'îuiléricMircon pyloriquc,(jou intestin
gi'èle, ;'i parois très charnues, donnant insertion aux vaisseauv de ^lalpi- S'hi; la moycinie, plus renflée, formant le réservoir stercoral, avec des i)rides fibro-musculaires à l'intérieur, sur lesquelles se moulent les crottins ; puis la partie postérieure ou rectum, très dilatable, mais qui, à l'état de vacuité, ne constitue qu'un petit canal membrano-musculaire qui aboutit à l'anus. A la fin de l'état de cbrysalide, quand le papillon s'est constitué, on voit que le tube digestif, si volumineux dans la vie égoïste de la chenille, dont toute l'occupation est de se nourrir, a beaucoup perdu de ses dimensions et s'est muni de renflements qui n'existaient pas chez la chenille, l/intestin, beaucoup plus long, forme des replis dans l'abdomen, tandis qu'il était gros, court et droit dans la chenille. C'est là, sans contredit, un des faits les plus re- • marquables des morphoses des Lépidoptères, et qui prouve bien qu'il ne faut pas se hâter de conclure des organismes des Vertébrés à ceux des Invertébrés. Chez les Vertébrés, en efTet, l'intestin est d'autant plus long et fle\ucux, que le régime est plus exclusivement hei'bivore ; ici, au contraire, l'intestin de la larve herbivore est droit et court, tandis que celui de l'insecte parfait, qui ne se nourrit que d'aliments fluides, ' est long et flexueux. 11 est probable que chez le papillon, cet intestin joue un rôle particulier et coiitribue, scjit aune production de glycose, soit à la formation de l'acide urique avec les vaisseaux de Malpighi. A mesure que se développe le long intestin grêle, replié et flexueux, des Lépidoptères adultes, la partie antérieure de cet intestin, qui était primitivement bien distincte de l'estomac, se confond de plus en plus avec cet organe, de façon que, chez le papillon, l'embouchure des tubes malpighiens ne se trouve plus dans l'intestin proprement dit, mais à l'extrémité de l'estomac. Chez l'adulte, d'après M. A. Barthélémy, l'intestin est garni à l'intérieur d'un très grand nombre de corps transparents, semblables à ceux que l'on observe chez certaines larves de Diptères et d'Hyménoptères. 11 est muni d'une couche de muscles très minces, qui lui permettent d'exécuter des mouvements assez vifs, surtout au moment de l'éclosion.
Les canaux de Malpighi, chez les Lépidoptères, soit en chenilles, soit adultes, sont toujours au nombre de trois paires et à extrémités flottantes; mais ces vaisseaux ne débouchent de chaque côté dans le canal digestif que par une paire d'orifices.
Cliez le Ver à soie, le réservoir stercoral (gros int(!3tin, côlon) est divisé en deux loges par un étranglement circulaire, et dans chacun de ces compartiments arrondis ou voit quatre paires de tubercules ou plaques cornées ovalaires, disposées transversalement en forme d'anneau. Chez les chenilles, le réservoir stercoral est simple, c'est-àdire faisant complètement suite à l'intesiin grêle et ne se prolongeant [tas ; il n'en est plus de même chez les Lépidoptères adultes, où le réservoir stercoral se développe latéralement, de façon à former une poche dont le, fond se prolonge beaucoup en avant du point où l'in-
tcsfin grOle vient s'y ouvrir. C'est dans ce o;ecum latéral que se forme et s'accumule le méconium liquide, chargé d'acide urique, que le papillon rejette après sa sortie de la chrysalide. Il est pavé à sa face interne des mômes corps Iransparents qu'on trouve dans l'intestin grêle. Cet appendice c;t;cal est du reste des plus variables dans les Papillons, peu prononcé chez Pieris Brassicœ, très allongé chez Attacm Carpini, ayant la forme d'un sac ovoïde, à col plus ou moins étroit dans les Sphinx Li(jW<lri et Acherontia Atropos, très petit, au point de paraître parfois manquer chez ilacroglossaStcllatarurn, diminuant beaucoup de volume chez Attacus PiV/, après que l'accouplement a eu lieu, semblant faire défaut dans les genres Vcmessa, Cossus, Hepialus, Yponomeuta et Pterophorus.
Les glandes séricipares, destinées à sécréter la matière de la soie, sont liées, plus encore que la configuration du tul)e digestif, à l'état transitoire de la chenille, et disparaissent par résorption, lorsqu'elles sont devenues inutiles, dans la chrysalide et dans le papillon. Elles existent dès l'éclosion de la chenille, car beaucoup d'entre elles, notamment le Ver à soie, émettent des fils soyeux à toutes leurs mues. Dans l'embryon les glandes séricipares sont représentées par deux tubes gros et courts, qui s'allongent peu à peu h partir de la base de la lète. Ils sont encore très courts à l'éclosion du Ver à soie et n'atteignent toute leur longueur relative que par les progrès de l'ûge. Les glandes séricipares restent des tubes droits et courts chez les chenilles qui ne filent pas de cocons et ne font que suspendre leur chrysalide ou l'entourer de quelques liens de soie. Pour celles qui construisent des cocons, ces tubes sont très développés et tiennent, surtout après la dernière mue de chenille, une grande place dans la cavité générale du corps. Il y en a deux, se réunissant en un tube commun, qui se rend dans une sorte de tambour placé à la base de la languette, par l'ouverture de laquelle s'écoule la soie ; à partir du tube commun, qui est très court, les glandes séricipares, chez le Ver cà soie, redescendent le long du tube digestif, jusqu'à la hauteur de la troisième patte membraneuse, et reçoivent du quatrième stigmate des trachées servant à la fois de soutien et d'organe d'hématose. Le tube remonte ensuite, en se renflant, jusque vers la partie supérieure du corps, à. la seconde patte thoracique, se recourbe de nouveau, et, devenu plus mince, redescend jusqu'à la deuxième patte membraneuse; il remonte encore un peu jusqu'au quatrième stigmate, et avant se termine par un grand nombre de circonvolutions qui finissent à la hauteur de l'avant-dernier stigmate, et le fond du tube, fermé en cul-de-sac, présente souvent un petit appendice terminal.
La partie sécrétante de l'organe est formée de petites cavités latérales logées dans l'épaisseur des parois. .Sous la tunique externe se trouve une couche de muscles très minces, se divisant en lanières. On les aperçoit très aisément dans la chenille du Gastrupacha Pini. Lu
déchirant sous la loupe la tunique extérieure du tube séricipare, on les voit se dérouler en spirale.
A la réunion des deux glandes séricipares en un seul tube, se trouvent, chez beaucoup de chenilles, deux petits appendices à fond l'ernié, s'ouvrant librement dans le tube terminal. Ces appendices paraissent servir à sécréter la substance qui rend la soie solide; car lorsqu'on retire la matière visqueuse de la soie directement des canaux qui la produisent, elle ne possède pas la propriété de se solidifier et de devenir résistante, comme lorsqu'elle sort de la filière après le déversement du liquide des cœcuras. M. A. Barthélémy pense aussi qu'on peut attribuer à cette glande la coloration particulière de la soie blanche, jaune ou brune, couleur que n'a pas la soie dans la glande séricipare propre. Nous ferons toutefois remarquer que chez les Vers à soie à cocons jaunes, une matière jaune semble s'épancher partout dans le Ver près de filer, dont le corps prend par transparence sous la peau une couleur de prune de Heine-Claude très mi^re; de même la chenille d'un vert tendre du gruiul Paon de nuit devient, au moment de filer son cocon incrusté et brunâtre, de couleur jaune ternie. Ce qui semble bien indiquer que la matière colorante vient surtout d'une glandule spéciale, c'est que le cocon de cette espèce, et encore plus du petit Paon, est d'abord à peine coloré, et que la matière incrustante formée est surtout déversée par la filière buccale à la fin de la filature du cocon.
On sait que les travaux sur le saiig des Invertébrés, et particulièrement des Insectes, sont peu nombreux, G. Newport regarde les corpuscules du sang des Insectes, et notamment des Lépidoptères, comme analogues à ceux du sang des Vertébrés, les sangs étant eux-mêmes analogues dans leur ensemble ; taudis que des auteurs regardaient au contraire le sang des Insectes comme correspondant seulement au chyle des Vertébrés. Dans les chenilles, le sang présente de nombreux corpuscules en forme de grains d'avoine, très abondants, surtout à l'époque des mues, moment où le sang est très coagulable. Ces corpuscules avénacés disparaissent peu à peu dans la chrysalide, et il n'en reste que fort peu chez le papillon. Ils sont, pense G. iN'ewport, analogues aux corpuscules blancs du chyle des Vertébrés. Chez l'adulte, des sphérules les remplacent, qui passent peu à peu à des disques aplatis, ovales ou cylindroïdes, doublement concaves. Dans le sang de la chenille de X\jluphasia poli/odon (Bombycoïdes) et aussi du papillon de cette espèce, il signale des corps en forme de massue ou de violon, qui lui paraissent être la transition des sphérules aux disques. Nous ferons remarquer que le sang des chenilles est normalement incolore, ainsi chez les chenilles endophytes, caractère général du sang des Insectes, mais que très souvent, quand les chenilles se nourrissent de feuilles à chlorophylle fort abondante, ainsi des Orties par e\em])le, le sang se colore en vert plus ou moins foncé, ce qu'on observe fréquemment quand on écrase des chenilles. Le sang est très abondant
chez les chenilles, comme chez toutes les larves en général, et il est en bien moins grande quantité dans les insectes arrivés à l'état parfait, de sorte qu'il paraît lié princii)al('ment au travail organique des métamorphoses. Il est d'une odeur forte chez les chenilles qui se nourrissent de plantes à suc acre, ainsi celles de Deilcphila Eiiphorbiœ. M. A. Barthélémy a observé au microscope le sang d'un grand nombre de chenilles, et a toujours trouvé beaucoup d'inconstance dans ses cléments. A l'état normal, on voit nager dans la liqueur verdâlre des globules de forme peu régulière, plus ou moins arrondis, en nombre bien moins grand qu'à l'état de maladie, où leurs formes deviennent très variées; nous ne ferons que citer ici les psorospermies ellipsoïdales de la maladie corpusculaire ou pébrine des Vers à soie. Le sawg chemine d'arrière en avant dans le vaisseau dorsal de la chenille. Chez la chenille du Scricaria Mori et chez d'autres à corne anale, ce vaisseau ofl're un renflement au-dessous de la corne, puis se continue eu avant en s'atténuant peu à peu. Si l'on coupe la corne chez les chenilles de Bombyciens et Sphingiens qui en sont pourvues, il s'écoule par l'ouverture une très grande quantité de sang; les parois du renflement s'affaissent sur elles-mêmes, et l'animal ainsi mutilé ne tarde pas à succomber. Le vaisseau dorsal des chenilles n'a pas de replis valvulaires à l'intérieur, et M. A. Barthélémy dit n'avoir pu distinguer nettement d'ouvertures latérales, pas plus que ses devanciers. Le tube dorsal est maintenu en place par des muscles ou des cordons jaunâtres formant de chaque côté une suite de figures triangulaires. Les cordons jaunâtres sont très développés dans certaines chenilles [Acronycta Aceris, Sericaria Mori); d'autres fois les muscles sont en continuité de tissu avec le cœur et se terminent en se ramifiant. C'est ce qu'on observe très bien dans la grosse chenille d'Attacus Piri.
Si nous passons maintenant à l'appareil respiratoire interne, nous rappellerons d'abord que les chenilles ont neuf paires de stigmates, ordinairement très apparentes sur les flancs, une sur le premier anneau thoracique, les autres sur les huit premiers anneaux de l'abdomen. Les trachées des chenilles sont toujours tubulaircs. Dans la chenille du Cossus Ligniperda (l^yonet), chaque trachée d'origine donne naissance, tout près de son stigmate, à une grosse trachée connective se portant directement en avant et débouchant dans la trachée d'origine de l'anneau précédent, vis-à-vis du point où celle-ci fournit à son tour la trachée analogue destinée à l'unir à son autre voisine. Il en résulte que l'ensemble de ces trachées anastomotiques, qui passent ainsi d'anneau en anneau, forme de chaque côté du corps un gros tube longitudinal, dans lequel toutes les trachées d'origine du même côté viennent déboucher.
Pendant les morphoses, le système respiratoire subit des modifications plus ou moins grandes, qui dépendent en général de l'éteiulue et de la rapidité <lu vol du pa|)ill(»n. Dans les l'a[iilluns à vol peu soutenu, les
LÉPIDOPTÈRES. i'iZ
gros troncs tracliéens se mainlieimciit à peu près avec leurs aiicioimes dimensions chez les chenilles. Ils suivent seulement les modifical ions de l'orme que subit l'extérieur de l'animal, en se; ra[)procliant au thorax, de manière à mieux dessiner les trois régions qui caractérisent le corps des insectes adultes. Les ramifications trachéennes suivent aussi les modifications des organes auxquels elles se rendent. Les trachées qui se distribuent sur le tube digestif accompagnent en s'allongeant cet organe à mesure qu'il diminue de largeur. Les ramifications trachéennes qui aéraient et soutenaient les glandes séricipares se résorbent et disparaissent avec ces organes. liCS deux branches qui se trouvent entre les deux stigmales supérieurs dans le prothorax se continuent dans les gaines où doivent se constituer les ailes, et déterminent la l'orme des nervures, dans les trachées desquelles s'introduira l'air lors de leur extension à la sortie de la chysalide. Les trachées qui se rendent aux capsules génitales mâles ne subissent pas de modificati(jns sensibles, tandis que les ramifications que regoivent les ovaires de la femelle se multiplient beaucoup après la fécondation et le développement tics œufs, et à leurs extrémités se forment, comme on le voit très bien chez le Sericaria Mon', des renflements ellipso'idaux placés bout à bnut, les ballons de L. Dufour, que nous retrouverons en bien plus grande quantité dans les Papillons à vol soutenu. Alors, quand l'insecte doit se mouvoir avec rapidité, et sucer, tout en volant, le suc des tlenrs, comme la plupart des Sphingiens, l'appareil respiratoire subit des modifications assez profondes. Dès la chrysalidation, en même temps que le tube digestif se rétrécit peu à peu, les troncs trachéens se gonflent entre les stigmates de la partie abdominale, et l'on peut bien constater pendant ce gonflement que c'est la membrane intérieure qui produit le fil spiral. Les trachées se terminent presque toutes par des ballons très nombreux, surtout aux environs du tube digestif, où ils sont distribués avec une véritable symétrie. Sprengel a décrit ces ballons dans le S/)/t<«.c Ligustri, et Suckow en a constaté deux dans le thorax du Gastropacha IHni. On les retrouve chez le Deilcphila Eayhorhiœ et le SmerintJius Tiliœ; chez ce dernier les sacs aériens sont plus petits, mais ils sont plus nombreux. On en trouve encore deux plus développés près de l'estomac. Dans certaines espèces, surtout celles dont les mouvements alaires sont très vifs, les trachées donnent de petites branches dont chacune est entourées d'un amas d(! tissu adipeux. (".(!tte disposition est surtout remarquable chez les Sphingiens, et principalement dans le Macroglossa Sti'llatarum.
Chez tous les Lépidoptères, on voit se former à l'eulrée de chaqui', stigmate et dans l'intérieur de la trachée d'origine un cercle cartilagineux incomplet, qui provient de la solidification d'un tour du fil spiral. Ces corps qui, par leur élasticité, doivent aider à la respiration, sont formés par un(; demi-circonrérenc(> fermée par une ligne brisée présentant un angle rentrant à l'intérieur du cercle. Cette disposition
a pour but de suppléer au manque de muscles obturateurs auxstigmates qui scpréscnlent chez le papillon sous forme d'une ouverture simplement béante.
L'action des muscles qui produisent le vol est intimement liée à l'énergie de la respiration. Nous avons déjà vu, à propos de l'anatomie externe des Lépidoptères, combien le frein des ailes a peu d'importance. M. J. Kuackel d'tlercuUiis (1) a reconnu que les battements des deux ailes d'un même côté sont toujours simultanés. L'expérience conslate que l'extension de l'aile antérieure, même chez les Lépidoptères privés de frein, entraîne forcément l'extension de l'aile postérieure. Les ailes ne re(,'oivent pas directement les muscles abaisseurs et élévateurs. Les muscles abaisseurs s'insèrent à la région médiane du dorsiim du mésothcrax (prœscutuxi et scuttiin) et au scutuiu du métathorax, et il n'y a qu'une paire de ces grands muscles dorsaux. Quant aux muscles élévateurs, ceux-ci se tixent d'une part à la région latérale du dorsum du mésothorax (/)rrP5c»/M/;( et scuium), d'autre part au mcsosternum et au inelasiernum, ceux-là s'allachant au dorsum du mésothorax {sciifum) et à ïepisternum du métathorax. L'action de ces muscles ne se communique pas directement aux ailes, mais se transmet à certaines pièces axillaires par l'intermédiaire d'une arête solide, qui a reçu le nom de clavicule thoracique . Les abaisseurs et les éleveurs, par suite de leur mode d'insertion, entraînent dans leurs contractions, non pas une paire d'ailes, mais les deuv paires en même temps.
Outre les grands abaisseurs et les grands élévateurs, il existe une série de petits muscles très compliqués, qui sont les vmsclrs directeurs (J. luinckel). Les uns président à l'extension et au retrait des ailes, les autres servent à modifier sans cesse, au gré de l'animal, l'inclinaison de ces appendices pendant le vol. Ces derniers muscles s'insèrent aux pièces articulaires des ailes {l'iiidèines d'articulation). Tous les muscles directeurs agissent directement sur les ailes, comme les muscles des pattes sur les pattes, et leur mode d'insertion, à l'aide de pièces comparables à des tendons, ne rappelle en rien la disposition toute spéciale des insertions des abaisseurs et des élévateurs. En résumé, chez les Lépidoptères et chez les Hyménoptères, il existe une paire de puissants abaisseurs et une série d'élévateurs, qui entraînent forcément, non pas chaque aile individuellement, mais les quatre ailes dans des mouvements d'ensemble; les extenseurs et les rétracteurs entraînent cha({ue paire d'ailes et non pas chaque aile isolément ; les muscles modificateurs de l'inclinaison agissent seuls individuellement sur chacune des ailes.
On peut dire que dans la transformation progressive ([iii ((nidnil de la chenille au papillon, le système musculaire est de tous celui (jui semble obéir le plus à la loi du balancement organique. Les muscles
('!) Coit/p/i.'.s rciiiina des mémoires et séances de la Société de biologie, 187G, p. 70.
gardent la même position relalive que daiislaclieiiille. Si'uIciiu'iiMaiHiis ([ue les muscles de la région thoracique, qui \oul (Mre si iinportanis pour le vol, prennent un très grand dévelojipenK'nt, les muselés abdominaux au contraire ont perdu, dès le début de la métamorphose en chrysalide, leur force si considérable dans la ch(!nille. Ils sont devenus surtout les muscles longitudinaux, d'une très grande lénuité. Le thorax, en se segmentant de plus en plus, rend plus nbli(iues sur la ligue médiane les muscles moteurs des ailes.
Lesappendicesquin'existaient pas dans la chenille se (léveli)p[)('iil [icu à peu, ainsi que leurs muscles. On peut en suivre le dévelo[)[iemcnt en cherchant à les extraire le mieux possibleet à des époques diflerenles de leur maillot dans la chrysalide. C'est ainsi qu'on voit les Irachées, d'abord libres dans les canaux qu'elles se tracent, pénéti'er peu à ])eu dans les ailes et déterminer la forme des nervures. Les écailles d(jnt seront recouvertesles ailes du papillon ne paraissent se constituer qu'en dernier lieu dans de petites cavités disposées en lignes plus ou moins régulières. Elles commencent par un petit bulbe qui s'épanouit [dus tard [liiur se terminer par plusieurs pointes eu nombre variable, suivant les espèces. La partie sujjérieure de l'écaillé, d'abord resserrée, s'élargit en éventail lorsijue son tléveloppement est plus avancé. L'analogie de ces organes avec les poils est évidente et corroborée par ce fait, (juo dans la région céphalique on voit souvent, dans les organes appcndiculaires. les poils remplacés par des écailles semblables à celles des ailes.
Les pattes ne deviennent distinctes que vers les derniers temps des métamorphoses. Au fond de leur gaine et dans un plasma organisable, se forment les crochets et les pelotes, dont le nombre et la position sont utiles pour la classification générique. La patte, d'abord unie, se segmente en même temps que se l'ortnent les éperons propres à beaucoup d'espèces. Les antennes s'extraient facilement de leurs moules. Ce sont d'abord des masses transparentes où h; microscope [)erniel d(! suivre à rinU'rieur la marche de la li'acbce et du nerf anteniuiire ap[)uyé sur celle-ci. La segmentation de l'anleiine a lieu en même temps que celle des pattes, et c'est aussi à la même époque que se produisent les prolongements aigus (]u'elles présentent dans certaitu's espèces.
Le système ner\eux ordinaire ou de la vie animale des Lepid()|i(ères a été suivi avec soin dans les trois elats do l'animal par liérold sur Pieris Brassic(c vl par C. Newporlsur .S'/j/n'/io^ Lù;».s7r/. Cbezlesclienillcs, chacun des segments du thorax et de l'abdomen [lossède un ganglion situé sur la ligne médiane et séparé de ses homologues sérialaires par une distance considérable, mais relié à eux, soi! par une paire de cmidons cnnnectifs, soit par un connectif impair et médian. Chez, l'adiille, le n(Mnl)re dans ces centres nerveux a considérablement diminu(''. el la chrysalide montre que cette diminulion, plus a[)|»arenle que réelle, dépend principalement du rapprochement, puis de la coalescence
complète de parties primitivemeul distinctes et éloignées entre elles. Le ganglion métathoracique attire à lui deux ou trois des premiers ganglions abdominaux.
La coalescence longitudinale est au reste variable et afTecle parfois la totalité de la chaîne ganglionnaire postœsophagienne, mais sans jamais faire disparaître le caractère typique de cette chaîne. La coalescence médiane est toujours complète ou à très peu près entre les ganglions, et, le plus souvei^l, elle se produit également enlre les connectifs dans la région abdominale. Au contraire, dans la région thoracique, les deux cordons intergangiionnaires restent généralement séparés entre eux. De plus, comme cela arrive d'habitude chez les Insectes, les ganglions nerveux des deux ou trois derniers segments du corps sont confondus, ou tout au moins très rapprochés entre eux, et ne tigurent qu'une masse gangliforme unique.
Va\ étudiant les modifications de la chaîne nerveuse abdominale dans la chrysalide s'appréiant à donner le papillon, divers observateurs (G. Newport, L. Dufour, A. Barthélémy, etc.) ont signalé un organe qui a été appelé vaisseau ventral. 11 a été découvert par Treviranus (1832) et son rôle est resté fort obscur. C'est un canal parfois très développé {Smcriiitltus Tiliœ, Deilophila A'irii, etc.), autour de la chaîne abdominale, souvent d'axe différent et s'en distinguant par une couleur particulière ; sa nature, selon M. A. Barthélémy, n'est pas simplement tîbro-musculaire, afin de fixer la ligne nerveuse ventrale aux téguments, mais réellement vasculaire. Doit-on y voir un vaisseau de circulation analogue à l'artère ventrale des Myriapodes, et à celle des Limules qui emboîte la chaîne nerveuse? En extrayant un papillon de la chrysalide quelques heures avant l'éclosion, en l'ouvrant par le dos et en écartant le tube digestif, on voit très bien des mouvements des muscles abdominaux auxquels correspondent des mouvements de la moelle abdominale. M. A. Barthélémy se demande si ces mouvemejiis ne serviraient pas à pousser le liquide sanguin dans ce vaisseau ventral, qui ne lui a pas semblé contractile. Cette opinion de l'existence d'un organe vasculaire est aussi celle de C. Newport, Au contraire, M. Leuckart, se rangeant aune idée analogue à celle de L. Dufour. qui refusait lout vaisseau aux Insectes, fait un névrilème de ce prélendn vaisseau ventral. M. le D^' Burger a constaté sur beaucoiq» d'espèces de Bhopalocères et d'Hétérocères que c'est un organe constant des Léi)idoptères adultes ; c'est pour lui un ligament blanchâtre ou jaunâlre, qu'il appelle corde supraspinale, expansion du névrilème vers le haut, ligament en rapport avec des muscles insérés aux parois de l'abdomen. C'est une excroissance formée de ce tissu conjondil' gélatineux fré.quenl (liez les Invertébrés, un(! érnjiiialion du ucMilèiuc, t^iiiiciicnr de la (■jiaîuc ventiale nerv(îuse.
Avant de commencer l'étude inip(U'tante des organes génilaux des Lépidoptères et de leur dévelopiienieni aux trois pliases de la vie de
rinscctc, nous indiquerons quelques travaux à cousullcr l'elatils aux sujets précédemment traités :
iiiiiiioKi'iiitiiie. — Suckow, Recherches anntomiques et pJnjslul()(ji([ues sur les Insectes et les Cnistacés (en allemand), 1818. Dans ce travail, l'auteur étudie le développement du tube dii^estif surl(; Bombyx l'ini {Gastropacha). — E. Cornalia, Monografia del Bumbice del Gelso, grand in-4° de 385 pages, avec 15 planches. Milan, 1856. Dans cette description complète de rariatomic du Ver à soie du Mûrier, nous cilerons particulièrement le tube digestif, pi. iv, tîg. 51, pi. x, liii. i'M, pi. xii, fig. 89 et 202. — G. A'evvport, On the Neroous System uf llie Spiiin\ Ligustri, Linn., and on the changes which it undergucs during a pari of the métamorphoses of the Insect {l'hilosophical Trans.^ 1832, p. 383-398). On the Nervous Sjistein of the Sphinx Ligustri, l.inn., p;n't. 2, during the lutter stages ofits pupa and imago States {l'hilos. Trans., 183Zi, p. 389-Zi2Zi). Ces mémoires sont surtout consacrés au développement comparé du système nerveux chez la chenille, la chrysalide et l'adulte de ce Sphiugien, et montrent bien le peri'eclionnement graduel par coalesceuce des ganglions. On y trouve aussi trois figures comparatives du tube digestif de la chenille, de la chrysalide et de l'adulte. — (i. Newport, On the Structure and Development of the lilood-corpuscle ; the development of the lilood-corpuscle in Insects and other Invertebrata , und Us comparison wilh that of man and other Vertebrata ( Royal Soc. Proceed., \, 18/i3-50 , p. 5ZiZi-5/i6 ; Ann. se. natur., Zodi,., 18û5, III, p. 36i-367). Ce dernier mémoire, en français, est une analyse où l'auteur étudie spécialement les corpuscules du sang des Lépidoptères et leurs transformations dans les trois phases, avec leur comparaison aux corpuscules du sang des Vertébrés. — D. IJurger, Ueher das sogenannte Bauchgefdss der Lepidoptera (Sur le vaisseau ventral des Lépidoptères) (Niederldndische Archiu. fur ZooL, 1870, p. 97-12/1). — Helm, Ueber die Spinndriisen der Lepidopteren (Sur les glandes séricigènes des Lépidoptères) (Zeitschr. fiir wiss. ZooL, 1870, XXVI). — Uermaun Landois, Beitrà'je zur Entivicklmujsgeschichte der SchmetterliugsjU'igel in Raupe und l'uppa (Développement des ailes des Lépidoptères chez la chenilh; et chez la chrysalide) Zeitschr. fur wiss. ZooL, 1871, XXI). — C. Joseph, Ueber die Zeit der Geschlechtsdifferenzirnng in dm Eicn einiger Lipariden {Sitzungsberichte d. schles. (les. fiir vaterlûnd. CuUur, 2à Jan. 1870, Hreslau, 1871). C'est l'indication de la diiVt'rcnce de grosseur des œufs mâles et femelles du Liparis dispar. — Wi'issmann, iSiurfiCTt zur Descendenziheorie ; I Ueber den Suison-Dimorphismus der Schmetter linge, Leipzig, 1875. On y trouve des observations sur le dimorpbisme des Lépidoptères avec la saison, notamment (VAraschnia levana et prorsa, faits publiés bien auparavant parDiiponchel. — ih\eilenbach, Vorlàaf. Miltlieil. uber einige neue Vnlersuchungen an SchmetterlinysrUsseln (llecherches sur la structure de lu trompe dos
Lépidoptères) (Archiv fiir mikr. Anat. , XIV,, 1877). — Von Siebold, Beitriige zur Parlhenogenosis der Arthropoden, Leipzit:, 1871 (Parthénogenèse cliez Psijche {Cochlophora S.) Hélix, Solenobiu triquelrella et lichmella). — H. Wagenberg, Quelques Observations de parthénoiienèse chez les Lépidoptères {Archives néerlandaises des se. physiques et naturelles, 1870, V). — E. Verson, Sulla parthenogenesi nel Bombice del Gelso {Ànnuario del IL Stazione bacologica sperimentale di Padova, 1872).
Si le sexe n'apparaît presque jamais chez la chenille par des caractères extérieurs, on doit dire qu'il en est tout autrement pour les organes internes, qui décèlent le mâle et la femelle chez les chenilles même très jeunes. Ce sont principalement ces développements de l'appareil reproducteur qui sont la base des travaux d'Hérold(]). Il établit que l'œuf des Lépidoptères se compose d'un vitcllus remplissant presque toute la capacité de l'œuf, d'une petite qutuititô d'albumine et d'un blastoderme qui n'apparaît qu'après la fécondation, sauf les cas de partliénogenèse. Dans le Pieris Brassicœ, l'œuf, observé aussitôt après la ponic, renferme une liqueur granuleuse assez consistante, de couleur jaune (vitellus et albumen). Les globules vitellins sont arrondis ou ovalaires. Us sont de couleur rouge dans l'œuf de Liparis monacha, de couleur bleue tirant sur le violet dans l'œuf de Bombyx Quercûs, de couleur verte dans l'œuf de Dicranura viniila, jaunes dans l'œuf de Pieris Brassica-, d'un vert tendre au cenire et incolores sur les bords dans l'œuf de Smerinthus ocellatus, viobicés au milieu ou en plusieurs points, et se décolorant vers les bords, dans l'œuf d'Odoneslis potaloria.
Hérold a étudié les premiers rudiments des œufs dans les quatre gaines ovigères de la chenille à tout son développement de Bombyx Rubi, et dans les quatre gaines ovigères de la chrysalide de Pieris Brassicœ âgée de huit jours. Il a consacré cinq figures de son traité à représenter les rudiments d'œufs pris dans la chrysalide d'Attacus Piri, a étudié comparativement les œnifs de Bombyx Quercûs et de Smerinthus ocellatus immédiatement après la ponte, au bout de 6 heures, de 15 heures, de 36 heures, de 68 et de 72 heures.
Nous avons vu que les petites chenilles, pour sortir de l'œuf, rongent le chorion à la région micropylaire et l'avalent. M. Balbiani a recomui dans l'inlestindes petits Vers à soie àl'éclosionlos rosaces micropylaires.
(1) Moriz .lohann David Hci-oIlI, Srlanclterliuge, anatomisch uiul p/iysiu/oy/sc/t Bear beilet {CAtësel anà Marburg:, Kiie^er, 1815). — Phy.nologische Untcrsuchun- (jcn ilbcr das Mckengefuss der Insecten; ein Beitrag zur Entivickclu/igsycsclnchte und Mclanuirphosc dn- Ins-ccteti [Abhand. naturf. Gescllsch., Marbur!^, tS'i^î, t. I, II. .'it-107). — tiechcrclies sur le développement des œu/'s chez les Insectes [Ann. se. naiur., ZooL., 1839, l. XII, p. 176-205). C'est une analyse de Disquisiliones de animalinm veriebris carentium in ovu fonnulionc, de yeiteratione Inscctorum in ovo.
LÉPIDOPTÈHES. 129
l-a prcmièic délt'cati(ja de ces c'acnilles oll're ces rosaces et la iiiciiibr.iiic, ainiiios dn l'œuf Iccoiidé avalée par le petit ver. On voit Id'ul' s'éclaircir au moQiciil d'éclore, (juaiid la cheuilhï iuaiiL;(ï celle iiieinbrane amniolique iiilenie.
Les organes reproducteurs des deux sexes commencent de la même manière dans les jeunes chenilles des Lépidoptères, (le sont deux capsules adhérentes à la lace dorsale, offrant chacune, dans la plupart des genres, quatre lobes séparés par des sillons transversaux, et ({ui se séparent aisément chez certaines Noctuelles , si l'on vient à rompre la membrane extérieure : ces lobes sont peu distincts chez les Hombyciens. A l'extérieur, les capsules génitales sont recouvertes par une membrane péritonéale (scrotum, tunique vagiiuale cliez les mâles), (|ui persistera chez les mâles et se résorbera peu à peu chez les femelles. En dessus un court ligament suspenseur les relie au vaisseau dorsal ; de leur partie inférieure et interne parient deux filaments qui descendent de chaque côté du vaisseau dorsal, et, après avoir traversé le tissu graisseux, viennent se rendre à un petit mamelon situé derrière le rectum (Héi'old). Dans beaucoup d'espèces, la coloration spéciale au scrotum persistant des mâles permet de reconnaître ce sexe à l'avant-dernière mue ; toutefois, dans la plupart des cas, elle ne se produit que dans la chrysalide. Les sécrétions propres aux organes génitaux se rencontrent dès la chenille. On trouve, dès le premier âge des chenilles, quatre filaments en voie de formation, qui, chez les mâles, ne tardent pas à être remplacés par des masses spermatiques, visibles au microscope dès la seconde ou la troisième mue. Le développement des spermatozoïdes des Lépidoptères a été étudié par H. Mayer (Archives de Sicbuld ot Kulliker, IS/ji)) en partant des chenilles encore très jeunes. Ces spermatozoïdes existent dans le Ver à soie quinze jours avant la nymphose. Chez la chenille femelle, à l'inléricur des lilaments ([ui persistent, se produisent, à l'avant-dernière mue, des étranglements qui représentent les premières traces des œufs. Il n'est pas rare même, qu'avant la transformation en chrysalide, les œufs soient assez développés pour être ap(n'gus à la loupe à travers les parois des capsules génitales. Ces capsules génitales sont d'autant plus développées dans la chenille, que la vie de la chrysalide est plus courte. Ainsi , dans la grosse chenille de Y Allacus Piri , qui reste buit mois à l'état de chrysalide, ces capsules sont d'une petitesse remarquable et ne présentent pas de lobes à leur surface. Dans les espèces où les métamorphoses sont assez longues et qui n'ont qu'une génération jiar an, les œufs n'apparaissent que pendant l'état de chrysalide. Les capsules génitales mâles ou testicules, toujours séparés dans la jeune chenille, se rapprochent graduellement et s'accolent sous un scrotum unique chez presque tous les Lépidoptères, sauf des Tinéiniens. Pendant les premiers jours on peut encore les séparer facilement avec la pointe du scalpel ; mais bientôt la fusion devient
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plus complète, les deux capsules se soudent intimement et la cloison de séparation se résorbe peu à peu ; les quatre lobes qui étaient dessinés à leur surface disparaissent eux-mêmes. Cependant chez quelques espèces {Ophiodes tirrhœa, certains Sphinx) cette segmentation persiste. Dans beaucoup de Bombyciens les testicules restent bien séparés sous la membrane péritonéale, très nettement chez Sericaria Mon', se disjoignant aisément au scalpel chez Attacus Piri. Dansées espèces le papillon les offre bien séparés et disjoints après la copulation. Le canal déférent et ses annexes se développent peu à peu dans la chrysalide ; la dualité 'des canaux déférents qui partent du testicule suffirait au besoin pour démontrer la dualité primitive de celui-ci. Ils se réunissent en un canal éjaculateur unique et médian, qui l'ait de très nombreuses circonvolutions dans la chrysalide de Finis Bi-assicœ (Hérold). Quand le testicule arrive à maturité à la lin de la vie de la chrysalide, il est rempli de longs faisceaux de spermatozoïdes accolés, présentant d'ordinaire un renflement à un bout et s'atténuant peu à peu vers l'autre.
(Juant au développement des organes femelles, lorsque la chenille est passée à l'état de chrysalide, les tubes ovigèrcs, en se développant, deviennent trop grands pour être contenus dans la capsule et la dépassent un peu par leur partie inférieure. En même temps la membrane capsulaire devient de plus en plus mince et se réduit à une simple pellicule qui se résorbe peu à peu. Les quatre gaines ovigôres restent attachées au sommet de la capsule, et, après la résorption de celle-ci, demeurent reliées à la partie dorsale de la chrysalide par les deux ligaments qui suspendaient chez la chenille les germes des organes génitaux, et ces cordons suspenseurs se raccourcissent souvent par les progrès des tubes ovigères. Ceux-ci, en se développant, se rapprochent du point d'insertion des deux filaments qui les joignent à la base de l'abdomen. Du mamelon où se rendent ces filaments on voit se soulever un oviducte unique, l'analogue du canal éjaculateur du mille, et, de chaque côté, se forment les divers appendices qui recevront le liquide séminal, fourniront le vernis agglutinatif des œufs, et serviront à diverses fonctions encore mal connues. Pendant le développement de ces divers organes, les trachées qui se rendent au milieu des lubes ovigères se renflent à leur extrémité, souvent même se terminent par une série de renflements qui distribuent l'air à profusion dans ces organes. Une série d'étranglements, où se formeront les œufs, se produisent dans les quatre gaines ovigères, et cette formation a lieu de la partie la plus basse des gaines, ou la plus voisine de l'oviducte, à la partie supérieure, de sorte que leur sommet conlienl constamment des œufs avortés. Bien avant que les étranglements soient complets, on aperçoit dans les œufs la vésicule germinative et la tache germinative. l'uis les œufs se séparent nettement les uns des autres, et de grandes cellules vitellines entourent l'auréole. On voit enfin se former, à partir delà base de l'œuf, le chorion et la coque de couleur
LÉPlUOPJËlîES. 131
jauniltre, plus ou moins ouverte selon les es[)ètes. A lu partie su[)éricure, ki eo(iuc l'orme un petit rcnllcment où se trouvera le niicro- Ityle. il n'est pas rare, en dégageant l'œuf de sa coque encore molle (liez le Scriraria Mûri, de voir que la \ésiculc germinalive a disparu et (jue la segmentation du vitellus a commencé, comme elle a lieu normalement dans l'teur fécondé. Ces sortes d'œufs doivent se rapporter à la parthénogenèse.
En même temps ([ue se développent les organes génitaux internes et leur contenu, les organes extérieurs se forment au dernier anneau delà chrysalide, ils n'ont pas, comme les autres appendices extérieurs, de moule ou de fourreau propre, mais se constituent de tontes pièces tlans un plasma qu'on peut apercevoir en détachant le dernier segment de la chrysalide. M. A. Harthélemy s'est proposé de retrouver dans l'ensemble de CCS organes génitaux terminaux la constitution du dernier anneau de la chenille, et a pris surtout ses exemples dans le Ver à soie. Cliez le nulle, à la partie dorsale, on voit se dévehqiper une pièce ccjrnée représentant le disque, qui, chez la chenille, forme la partie dorsale du dernier anneau ; deux crochets latéraux qu'on nomme assez improprement forceps, rappellent, par leur position, leur direction et leur jeu chez le papillon, les deux jiatfes mendjraneuses qui accompagnent le dernier anneau de la chenille. Au centre de l'espace compris entre ces trois pièces se développe le fourreau corné coiitenaul le pénis, et se reliant avec l'extrémité du canal éjaculatenr par des muscles puissants qui feront jaillir le sperme. Le fourreau est garni à sa base d'une plaque cornée, ainsi que l'ouverture de l'anus, et aussi de deux petites pointes. 11 faut remarquer que les insectes n'ont pas de pénis préformé ; c'est le canal éjaculateur (jui s'évagine au deliors, comme chez l'Écrcvisse màle, par la base de la cinquième paire de pattes. C'est un refoulement en doigt de gant. Les éléments conslitutil's se placent alors en ordre inverse : ce ([ui (Hait intérieur devient externe ; la cuticule vient au dehors. L'attache des testicules met airét à une sortie trop forte de ce pénis évaginé et adventif. C'est autour de ce pénis évaginé que sont les pièces solides de copulation, valves, crochets, crampons. L'organe femelle externe qui se forme dans la chrysalide est constitué sur le même type. Outre des placiues cornées qui entourent les ouvertures de l'anus et de la poche copulalrice, on trouve encore un organe ovoposeur, quelquefois un oviscapte réfractile (Sésies, Zeuzère, Cossus, etc.), muni de deux appendices pouvant se gonfler à volonté et rappelant très bien, par leurs mouvements, les dernières pattes membraneuses de la chenille. La formation des organes génitaux, soit internes, soit externes, semble fixer la durée des métamorphoses ; le papillon ne sort jamais de sa chrysalide avant que les faisceaux de spermatozoïdes ou les œufs soient arrivés à leur complet développement. On peut dire que l'individu meurt dans la chrysalide, et que l'espèce naît avec le papillon. Les chrysalides, à la fhi
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surtout de leur évoluliuii, manifestant déjà l'appétit sexuel, comme OM peut le reconnaître aux mouvements qu'exécute une chrysalide mule de Ver à soie, si on place contre elle une chrysalide femelle.
Si nous passons enfin au papillon, nous verrons que les organes génitaux mâles se composent, après les transformations que nous avons suivies, d'abord de deux testicules, libres dans le Sericaria Mori, les Yponomeutes et divers Tinéiniens, simplement accolés dans VAttacus Firi, profondément soudés entre eux dans la plupart des espèces. Les capsules spermitiques, «jui constituent ce testicule d'aspect le plus souvent unique, ont une tunique propre avec cuticule, en outre une couche albuginée de cellules qu'on rend visibles par l'acide acétique. De plus, il y a une enveloppe externe, scrotum, tunique vaginale ou péritonéale, qui présente des colorations variées, noire dans les Chclonia, rougciltre chez Ophiodes tirrliwa et Picris Brassicœ, d'un gris cendré ou d'un blanc pâle dans la plupart des Sphingiens, etc. Les deux canaux déférents se terrtiinent par une partie renflée ou vésicule séminale, souvent remplie de faisceaux de spermatozoïdes, et se rendant à un long canal éjaculaleur, unique et flexiieux. Dans le canal éjaculateur s'ouvrent des glandes accessoires ou collélériques, glandes mucipares d'usages assez mal connus, dont la sécrétion paraît surtout destinée à délayer les masses spermatiques, peut-être aussi à donner plus de vivacité aux spermatozoïdes, qui sont presque immobiles dans les testicules. On trouve dans les conduits déférents et les glandes mucipares une tunique propre, et dans les conduits déférents une couche de fibres musculaires aidant à expulser les spermatozoïdes. La couche musculaire manque toujours dans les glandes mucipares; la tunique péritonéale y est très développée, et sécrète une cuticule interne. Le canal éjaculateur contient souvent à l'intérieur une matière gluante et semi-transparente, et vient s'insérer à la base du pénis par une partie très musculeuse. Nous avons vu que, d'après M. A. Darlhélemy, les organes externes du papillon mâle de Sericaria Mori représentent le dernier anneau de la chenille. Cette ressemblance est plus parfaite dans d'autres espèces. Chez VAttacus Piri et chez beaucoup de Spliingiens, comme Smerinthus Tiliœ, Deilephila Euphurbia', etc., les deux forceps cornés du papillon du Ver à soie sont remplacés par des lames planes et mobiles, dont la forme rappelle encore bien mieux les deux pattes membraneuses de la chenille. Dans quelques Noctuelles, le pénis est entouré de panaches de poils, insérés sur des tubercules qui représentent des forceps rudimentaires. Le pénis est enfermé dans un fourreau de forme variable, mais toujours corné. Cet organe principal de la copulation est formé d'une partie allongée, terminée par un renflement qui rappelle par sa forme le gland des anim.aux supérieurs. Dans beaucoup de l'haléniens, ce renflement terminal entre en forte turgescence lors du coït, et se hérisse d'une couronne de soies raides qui étaient (•ouclu'os lors de rinlromis?ion et contribuent l)oaucoiip à
LÉI'lDOPTtRES. l'VA
empècliLT lu sortie de Torgane, au point qu ou peut rompre les abdomens si l'on tire les deux sujets bien accouples, f.e pénis est trùs allongé chez les Psychés.
M. P.uchanan White a récemment étudié l'armure génitale malt; dans les divers groupes européens des Rhopalocères et dans les Zygénides. Le dernier segment al)dominal présente des prolongements, ordinairement un supérieur, qu'il nomma tegumon, et deux latéraux, qu'il appelle harpagones. L'abdomen propre se termine pour lui au septième segment ; les deux derniers seraient les segments génitaux, le huitième formé par les appendices précédents, le neuvième parles organes génitaux. Ce n'est qu'en enlevant les poils et les écailles qu'on aperçoit les appendices, î-e tegumen est un anneau de chitine plus développé dans l'arc dorsal du segment que dans l'arc ventral, et olfrant un prolongement médian et des lobes latéraux. Les harpagones se composent d'arnuires plus ou moins élargies, convexes extérieurement, concaves inlérieurement. Dans les Zygénides, les harpagones sont placés sur l'anneau dont le tegumen est le prolongement dorsal, et ils sont joints à ce dernier. Au moyen des muscles insérés sur ces organes, l'insecte peut à volonté les écarter ou les rapprocher. Ln outre, l'organe d'in- Iromission offre des gaines en dessus et en dessous. Dans le genre Zijgœini, la gaine supérieure est triangulaire et couverte d'épines en dessoui ; la gaine inférieure est plus pelite, non régulièrement triangulaire, et sa surface supérieure ou intérieure est couverte d'épines. Dans l'étal normal, les sommets des gaines et les épines sont dirigés en arrière ; mais, lors de la copulation, les* gaines péniales sont renversées (la surface extérieure devenant intérieure) et les épines sont dirigées en avant.
Les organes génitaux des Papillons femelles olfrent des particulariiés importantes, spéciales à l'ordre des Lépidoptères. Nous avims vu la capsule génitale, qui, dans la chenille, entourait les organes fem(dles inlerncs, se résorber peu à peu pendant l'étal de chrysalide;, et laisser libres dans l'abdomen les ([uatre gaines ovigères de chaque cùt(', qui restent fixées au tub(; circulatoire par les mêmes ligaments suspcnseurs qui soutenaient auitaravanl les capsules. Dans l'intérieur de ces quatre gaines ovigères, qui sont enroulées en corne sur elles-mêmes, se sont développés des œufs en grand nombre, dont les dernier.^, situés vers le sommet des gaines, n'arriveront jamais à malurilé. Les o'uis grossissent sur place dans la gaine, et non en cheminant. Le point végétatif cM le hou I stuil de la gaine. Les gaines viennent s'insérer de chaque côté à un col commun, par où les œufs descendronl dans l'oviducte.
On sait que chez divers insectes le fond du vagin se dilate du côlé dorsal, de manière à former un cul-de-sac plus ou moins profond (]u se porte en avant, au-dessus d(î la partie terminale de l'oviduile; et d'autres fois ce ca'cum, au lieu d'être un simple prolongement du
13i LtPlDOlMÉUES.
canal qui constitue le vagin, se rétrécit à son embouchure, de manière à prendre la forme d'une vésicule pédonculée qui débouche dans la portion vestibulaire du vagin, au-dessus et en arrière de l'orifice terminal de l'oviductc. Quelquefois même cette portion vulvaire de l'appareil copulateur se raccourcit de façon à se confondre presque avec le cloaque, et les deux orifices appartenant, l'un à l'oviducte, l'autre au sac appendiculaire dont on vient de parler, peuvent s'ouvrir isolément dans cette poche, où débouche aussi l'anus. C'est précisément là le cas spécial des Papillons femelles, qui ont trois orifices distincts au bout du dernier segment de l'abdomen. En bas est l'anus ; au miheu, l'ouverture de l'oviducte, par laquelle sortent les œufs lors de la ponte ; et en haut le vagin, dans lequel entre le pénis du mâle pendant la copulation, et qui aboutit .à la vésicule ampulliformc dont nous venons de parler. Cette poche est essentiellement un organe copulalcur. Malpighi constata, le premier, chez le papillon femelle du Ver à soie, une vésicule placée à l'entrée de Tapporeil génital, vide et contraclée avant le coït, pleine d'un liquide blanchrdre après. Hunter (Obscro. on Bées, Philosophical Trans., i79'i, p. 18G), en ouvrant des Bombyciens accouplés, constata que le pénis du mâle avait pénétré jusqu'à l'entrée de celte poche à semence, et que le liquide blanchâtre contenu dans ce réservoir était apte à la fécondation artificielle des reufs extraits de l'oviducte , comme le sperme puisé directement dans l'appareil génital du mâle.
Il est curieux de remarquer que l'appareil fécondateur, avec la poche à semence, est également très bien développé cheî certains Lépidoptères qui paraissent se reproduire ordinairement par parthénogenèse, et dont les mâles sont très rares ou encore inconnus. Cela a été constaté chez Solcnobia {Talœporia ) triqup.tr ella.
Audouin a eu souvent l'occasion de constater que pendant l'accouplement, le pénis du mâle est logé dans cette poche, où il déverse la semence {Lettre sur la génération des Insectes, dans Ami. des sciences naturelles, 182/1, t. il, p. 281). De là le nom de poclw copidatrice, donné par Audouin à cette cavité où se dépose le sperme. Chez l'OEnophthira Pilleriana,o[i Pyrale de la Vigne (Audouin, Histoire des Insectes nuisibles à la Vigne, et particulièrement de la Pgrale, Paris, 18/i2), il y a une grosse poche copulatrice indépendante du canal vecteur qui met l'ovaire en commu-. nication avec l'extérieur. L'organisation du Ver à soie est la même. Cornalia a vu que la poche copulatrice n'a pas seulement pour fonction de recc\(iir le pénis et le sperme du mâle, mais qu'il s'y exerce sur le sperme une certaine influence dissociant les spermatozo'ides de leurs faisceaux et de la matière enveloppante, de sorte que ces faisceaux, encore immobiltis lors de l'éjaculation, deviennent, dans la poche copulatrice, des sp(!rmatoz()'idcs isolés, libres et mobiles. Chez tous les Lépidoptères, la poche copulatrice ne cons(!rve pas longtemps dans son intéiicnr le sperme injecté piir le pénis, ou du moins sa partie essen-
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tiello, les speraiatozoïdc's actifs, lii conduit latéral iin'iiibraiii'ux, ou caîud séininifèrc, va do la poche copulatrice à l'oviducte, et vis-à-vis débouche dans l'oviducte un autre conduit, canal fécondateur, allant à un autre réceptacle ampulli l'orme, plus petit que la poche copulatrice, et qui est laspennathèque ou vésicule séminale. Hérold, dans son travail sur la Piéride du Chou (planche IV), a bien vu les deux ouvertures séparées pour le pénis et pour les reufs. Il figure la poche coj)ulatrlce et le réceptacle séminal, avec deux glandes sébiiiques et l'origine d'une glande annexe, probablement nourricière des ?permatoz(jïdep.
Le mécanisme exact du passage^ du sperme d'une poche à l'autre et de la fécondation des (cufs a été découvert par M. Balbiani, et résulte d'une différence de structure anatomique des parois. La poche copulatrice est dénuée de fibres musculaires; les spermatozoïdes actifs en sortent par un mouvement propre, et se rendent dans la spermathèque, qui ne contient ainsi que la partie la plus pure de la semence. La spermalhèque est pourvue de fibres musculaires, de sorte que la semence tombe sur les œufs par le canal fécondateur, en raison d'un mouvement réflexe des muscles de la spermalhèque, à mesure que chaque œuf vient toucher le col du canal fécondateur, et le spermatozoïde entre dans l'umf par le micropyle. Audouin a constaté sur la Pyrale de la Vigne que les œufs extraits de l'oviducte d'une femelle qui a reçu le mâle sont aptes à se développer, si on les prend en aval de l'emboiihurc du canal fécondateur de la spermalhèque, tandis qu'ils sont stériles si on les prend en amont de cette ouverture. Lu même temps le second des tubes génitaux, ou oviducle, communiquant aux gaines o\igères et entièrement distinct du vagin de copulation, reçoit plus bas que le canal fécondateur le produit des glandes collétériques, sécrétant le vernis ou enduit fixateur des œufs, et conduit au dehors l'oMif fi'condé et Vernissé. Chez la Pyrale, il y a une paire de ces gl.iiides collétériques, consistant chacune en un long tube grêle, terminé eu cœcum et dilaté en forme d'ampoule près de son insertion à l'oviducte. Il faut bien remarquer que les spermatozoïdes sortis de la poche copulatrice dans les vingt-quatre heures, séjournent ensuite pendant un temps plus ou moins long dans la vésicuh; séminale de 1 1 femelle, ou spermadièque. Ils y subissent une véritabb», incubation, et une pelile glande y déverse la nourriture de ces spermatozoïdes, de sorte qu'ils restent longtemps actifs. On s'explique ainsi comment un seul accouplement peut être suivi de la production d'œufs féconds pendant plusieurs jours, el même nue ou di'ux semaiiu's pour certaines espèces.
I.e mécanismi^ anatomique qiu' nous venons de décrire explique très bien un fait important de la maladie des psorospermies ou corpuscules du Ver à soiu. M. I^albiani regarde la [loche copulatrice comme un organe d'épuration du sperme, releuaul les particules étrangères, notamment les psorospermies de la jK^hrine du papillon mâle du Ver
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à soie malade. Les mieux développés et les plus agiles des filaments fécondants parviennent seuls, par leurs mouvements propres, dans le réceptacle -séminal pour s'unir ensuite, dans l'oviducte, à l'élément femelle ou œuf. L'inertie des parois de la poche copulatrice explique comment les corpuscules morbides mêlés au sperme restent dans cette poche, et que pas un seul ne passe dans le réceptacle séminal : ce qu^ permet de comprendre pourquoi uu papillon mule corpusculeux n'infecte pas les roufs d'une femelle saine à laquelle il s'accouple. On se rend également parfaitement compte des superfétations, quand une môme femelle subit l'approche de' plusieurs mâles différents. Ainsi M. Higot, à Pontoise, qui se livre à de nombreux essais d'acclimatation de séricigènes exotiques, a vu une femelle à'Attacm Yama-m(ù\,G.-Uén., successivement fécondée par un mâle de son espèce et par un mâle d'une espèce voisine, VA. Pernyi, G.-Mén., pondre des œufs dont les uns ont donné des yf. IV/ma-rnaV purs, les autres des métis des A. Vaniamat et Pernyi. Les spermatozoïdes des deux espèces ont coexisté, sans se nuire, dans la spermathèque de la femelle, et, taulùt l'un, lant(M l'autre est tombé sur l'œuf sorti des gaines ovigères de la femelle.
Chez les insectes autres que les Lépidoptères, il n'y a, à l'extrémité de l'abdomen, que deux orifices, l'anus et le vagin-oviducte. Le pénis du mille et son sperme passent par le même orifice que les œufs pondus. Ce sperme se rend tout de suite à la poche copulatrice d'Audouin, quand elle existe, c'est-à-dire dans la plupart des Coléoptères, chez quelques Orthoptères et Névroptères. Chez les Lépidoptères, la poche copulatrice a son vagin spécial. Chez les autres insectes, les deux poches, copulatrice et spermathèque ou réservoir séminal, sont en général remplacées par celte dernière seule, où se rend tout de suite le sperme du mâle.
La glande qu'on appelle aiuiexo ou accessoire, colléféri(]ue des Anglais, sébifique (à tort) de L. Dufour, n'a pas, en général, de muscles. Elle offre une couche épilhéliale de cellules sécrétantes colorées et, en dedans, une cuticule. La substance de la glande accessoire, qui fournira le vernis collant de la coque des œufs, n'est pas grasse, comme le croyait L. Dufour. C'est plutôt une matière soyeuse, avec flbroïne, comme dans les glandes à soie des chenilles et des Araignées, insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, les alcalis, ne rougissant pas par le carmin (d l'aniline, fortement colorée en brun i)ar l'iode. C'est unr matière albuminoïde bien idutôt qu'une graisse,
Les organes génitaux externes des femelles de l'apillons sont encore moins développés que ceux des nulles. Cela tienl au ]ieu d'industrie de ces femelles pour opérer la ponte de leurs œufs. L'organe ovoposeur, formé par le dernier segment de l'abdomen est très simple, miuii de deuv couris ai)pendiccs pouvant se conlracler ou se dilater, sous la volonté de l'animal. Il y a (•(irtains genres, conune Cdssrs^ /cuzeia, etc., où les femelles pondent leurs (lîuls dans les feules ilu bois. L'organe
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ovoposeur, tinalognc à (;elui de ctM-taiiis Diptères, est dors l'ormé t\o hibes articulés et r('tractiles, de diamôtres dccroissaiils, conirne le tuyau d'une lunette. Chez /cnzera Jisculi, il se compose de deu\ tubes rétracliles, dont le premier porte deux petites pointes. A l'intérieur, on aperçoit une pièce centrait; cornée présentant une pointe médiane et deux appendices latéraux, qui Ibrment comme nue pince pour aider au mouvement des œufs. Deux poils latéraux loni;s et raidcs vieuneul aboulir à l'ouverture de ce tube de ponte, et paraissent avoir i)Our fonction de lui donner une rigidité snClisanle. Cet organe, ovoposeur dans toute son extension, est très long' et très mobile, dépassant en lonçneur le fiers de l'abdomen.
uiitiioKi-Mitiiic. — INous indiquerons ici les titres des travaux les plus récents à consulter sur l'embryogénie dos Lépidoptères et sur l'aïuilomic de leurs a|)pareils reproducteurs : — Kowalewsky, Emhrynlugische Stiidien an WUrmorn vnd Aiifiroinidcii (Développement embryonnaire des Lépidoptères : l'icruphoi-ns poitadactijlus, Sinerintlius Populi, Gustrajuiclui Pini) {Mrm. Acad. Saint-IV-h'rsboiirg, 1871, t. XVI, n" 12). — E. lîessels, Sludien ilbor die Enlivickclung dor Sexualdruscn bel den Lcpidopteren (Développement des glandes sexuelles) [Zeilschr. fur wiss. ZooL, ISfJ/, t. XVIi). — Cauini, IJcbcr die. Embryonalhulle dcr Uymenoploron und Lepidoptcren Embryuncn (Développement embryonnaire chez Siiicaria Mori ci l'irris hras.vica') {Mém. Académie Sainl-l'clersbour(j, 1" série, 1868, t. XIV). — K. Ludwig, Ueber die Eibilduruj im Tliierrcich (Formation de l'œuf chez les Lépidoptères) {Arbeiten der Zoot. Zootom. Iiistiluls zu Wilr-burg, i; à part,187/i). — H. Uallike, Etudes saj- le dévehppcuivnl des Insectes {Stetlin entoinol. Zeitunii, IHGl, p. Ki!) ci '22'.»): les Lépidoptères examinés sont : Sericariu Mort, Li paris Salicis, Li paris dispar. — OItmar Uol'mann, BeHrage zur Nalurijeschiclde tier Coleupiioren {Siellin entuin. Zeit., 18Gi),p. 107, 187) (ce sont les C.oléopborcs, IVlicrolépidoplères à chenilles envcdoppées de fourreaux de cellulose, les Teignes a falbalas de Uéanmur}. — Otimar llofman, Beitrdije zur Kenntniss der l'<irthenogenesis{Stett. entoin. Zeit., 18(59, p, 2',)!)j (celle noie Iraitc de la parlliénogenèse de divers Léi)ido[)tères;. — D' Schleici'., Déoeloppemenl du i'ieropliorus didactylus, IJini. (IMéroplioriens, Microlépidoplères) {Stelt. enlani. Zeit., 18G'i, p. !)7). — A Dobrn, Notizen zur Kenntniss lier inselilenenlicickelang (Sur le développement des Insectes) \Zeitschr. fUr iriss. Zoo!., 187G, t. XXVI). — iîerlhold Ilatschek, Beitràge ztir EntaiicklungsgeschicUle der Lepidoptcren (Développement des Lépidoptères) (A'/i«/.vr//(; Ze/7sx'/(r/// Nalurwissenscliaft, 1877, t. XI). — L. \erson, lieitrdge zur A)iat. der lionibijx Yania-maï (Analomic de l'.l;/^/c(/* yania-)n:,ï) 'Sitzungsber. der K. A'. Acad. dcr Wissenschafti'nzu IIVc», 1870,
LXI, [). 91o). — italbiani. Sur le niécanisnie de la fécondation chez les Lépidoptères Complcs rendus de l\\cad. des sciences, 186!), t lAVIII, p. 781). — Wbile, F. lîuchauan. On tlie nuile ijenital Armature in the European
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niiopalocera [Journal of Linn. Soc, 1877, t. XIII, p. 195, et Trans. uf the Linn. Soc. of London, 2'' série, Zool., 1878, t. 1, p. 357 à 369, pi. 55, 56î 57). Observations sur l'armure génitale de plusieurs espèces frajiçahes de Zygenid.'K (Ann. Soc. entom. France, 1878, p. h(M., pi. xi el xii).
Quelques recherches intéressantes d'anatomie interne ont été faites sur les yeux des I.épidopttres, soit composés (adultes), soit simples (chenilles). Sclniltze place dans un premier groupe tous les Insectes, sauf les Coléoptères et Lépidoptères nocturnes ou plutôt crépusculaires, qui en forment un second. Dans les cornéules de WvW composé de ces derniers, le bâtonnet nerveux se rende en massue antérieure, où s'emboîte par juxtaposition la base du cône cristallin. Le bâtonnet nerveux est formé de quatre prismes accolés, et chaque prisme est un faisceau de fibrilles. La membrane du cristallin a un trou par où pénétre le bâtonnet. Chez les Sphinx, les fibres centrales entrent dans la capsule du cristallin et coiffent sa base d'une cupule nerveuse, comme une rétine {Sphinx Liguslri). L'analogue a lieu chez le Geotrupes stercorarius (Coléoptères). Chez les autres Insectes, ou premier groupe, le bâtonnet est enveloppé de deux membranes, l'interne, pigmentée (jaune chez les Libellules), l'extei'ne, de tissu conjonctif granulé. Cette membrane externe se continue sur le cône cristallin. Chez les Papillons. Rhopalocères ou Diurnes, le bâtonnet est uniforme partout et offre deux membranes. La membrane interne présente quatre filets rouges longitudinaux. Le bâtonnet se termine parfois aminci, parfois non aminci, contre le cône cristallin indépendant de lui. Marcel de Serres, dans son Mémoire sur les yeux composés des insectes (181))), croyait les yeux (les Papillons nocturnes, ou de la plupart des Hétérocères, sans pigment. M. Leydig a découvert l'existence d'une gaine de trachées autour de la base renflée du bâtonnet nerveux chez les Papillons nocturnes. C'est la cause de la phosphorescence rosée de l'œil de ces Papillons au demi-jour, si manifeste surtout chez les Sphinx et les grandes Noctuelles. En effet, chez les Coléoptères et les Lépidoptères nocturnes, le bâtonnet oll're à sa base un renflement fusiformc de couleur rose, avec couches superposées. Il joue un peu l'effet du tapis de l'œil des Ruminants. Chez les Papillons noclurnes, ce renflement est entouré d'une gaîne de trachées pleines d'air, de sorte que le rose du renflement basilaire, vu à travers cet air, offre un luisanl rosé et phosphorescent. Les yeux composés des Insectes sont remarquables par leur nombre énorme (U; trachées, qui semblent remplacer les vaisseaux sanguins. Les cornéules de l'o'il composé des Papillons nocturnes sont très convexes, ainsi cliez V Acheronlia Atropos (Leydig). Les cornéules sont incolores chez les Papillons nocturnes; (dles sont bordées de jaune opaque chez les Diurnes. Les cônes cristallins des Diurnes sont petits et coniques; ceux des Noclurnes, cylindi'iques et grands. Chez h^s Diurnes,
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ces cônes sont Iransliuidcs et juuiiâtres; il n'y u que quatre trachées isolées le long du bâtomiet. Chez les Nocturnes, le cristallin est diaphane et la base du bâtonnet est (Miveloppéc d'un l'aisceau do Irachées accolées.
Il y a des Ilctérocères de même conformation générale que les autres Nocturnes, dont la période active se passe en plein jour: ainsi lesMacroglosses, les Zygènes, qui volent sous les rayons du soleil. Chez les /yjiœna Loiiicerœ, l'œil est celui d'un Diurne; les cornées sont bordées de noir; lescùncspetits et coniques, entourés d'un abondant pigment; le bâtonnet uniforme, ne présentant que des tilets trachéens. Le Macrofllofsm Stellalarnm a un œil mixte. Les bâtonnets sont fusiformes à la base, mais le fuseau est incolore et peu renflé; les cônes sont volumineux', peu pigmentés el jaunâtres; les cornéules sont bordées d'un contour jaune. Selon les doctrines de M. Darwin, on dirait qu'un changement d'hal)itude a entraîné des modifications anatomiques.
Les chenilles ont des yeux véritablement simples, analogues à ceux des Crustacés inférieurs ; tandis que les stemmales ou ocelles des Hyménoptères adulles sont des yeux composés où les cornées et les cristallins se sont confondus chacun en organe unique, les bâtonnets s'élant rapprochés davantage. Les ocelles des chenilles et des fausses chenilles (Tcnthrédiniens) sont extérieurement pareils et très probablement aussi de même structure interne, qui n'a pas été étudiée chez les fausses chenilles. Nous savons qu'il y a chez les chenilles six ocelles au-dessus de chaque mandibule, comme Malpighi l'a reconnu d'abord sur le Ver à soie (IGGO), et Lyonct, plus tard, sur la chenille du Saule on chenille du Cossus Lifinipcrda: puis Ilérold, sur celle de Pioris Brassicd'. Les fausses chenilles des Tcnthrédiniens ont cinq ocelles de chaque côté (Lcydig), pris à tort pour un seul (Lacordaire). Dans l'ocelle des chenilles, les parties sont ordonnées suivant le nombre trois.
A la cornée trisegnientée succède un cristallin de trois parties accolées (c'est le nombre quatre pour les occdies des Insectes adultes), et au-dessous un disque aplati, violet, à fibres radiées, qui est un iris à pupille triangulaire. Le tout repose sur une amphore qui reçoit le nerf o[)lique. Le bâtonnet nerveux est formé de trois fibres nerveuses, à deux renllemcnts supérieur et inférieur, ou trois bâtonnets simples, avec une gaine propre, le tout entouré d'une masse de pigment violet. En dehors est une couche de fibrilles musculaires, striées en travers, servant à faire contracter l'ceil. Le névrilème du nerf optique forme une sclérotique il r<eil. Les six yeux de la chenille sont groupés andessus de la mandibule, sur le côté d(^ la tète, en demi-cercle, cinq rapprochés, un isolé. Chaque leil de la chenilh; est animé par un filet du nerf optique, né de la partie postéi'icinc du ganglion ci'piialicine. Si l'on com[iare ce stemniate à celui de l'AIx-illc, on voit (juc (('liii-ci a un grand nombre de bâtonnets, taudis que <elui de la clirnilb' n'en a qu'un seul, à tmis fibres.
1^0 I.KPIDDPTtr.LS.
Pour observer anatomiquement les yeux des Insectes et en particulier des Lépidoptères, il faut les colorer et les durcir par certains réactifs. Max Schultze recommande l'acide osmique à un centième au maximum, qui noircit les tissus nerveux, ou l'acide oxalique conceiitré. F.'acide azotique, à 25 ou 30 pour 100, dissout ensuite la matière pigmentaire; ou bien on emploie la potasse étendue. — Consulter pour les yeux des Lépidoptères :
Claparède, Sur l'œil de Vanessa lo (Paon de jour) [Zeitschrift Zool. Siebold und Kôlliker, 1860. — Leydig, Das ykii/e die Gliedcrthiere, 186Z| (Sur l'œil des Articulés, en particulier œil des Chenilles). — IL Landois, Die Raupen-autjen {ocelli cowposili, Mihi) {Zeitsc.hr. Zool. Siebold und h'uUiker, 1866, t. XVI, p. 27, pi. ii (chenilles de Vanessa Urticœ, I^icris Brassicœ, Bombyx Rubi). — Max Schultze, Ueber den feincren Bau dcr I msanmengesetzten yhigen d. Krabse und Insekten, Bonn, 1868 (Sur la structure des yeux composés des Crustacés et des Insectes, faits relatifs aux Lépidoptères).
On peut dire*, d'une fai^^on générale, que les Lépidoptères sont des insectes muets. 11 en est cependant quelques-uns qui produisent des l)ruiis, probablement des appels pour la reproduction. Tels sont Cheluniapudica, du midi de la France, et plusieurs espèces des montagnes, du genre Setina : ainsi S. aurita. Ce sont vraiment des Papillons timbaliers. Sur le dernier anneau du thorax, on voit une large membrane blanchâtre, triangulaire, recouvrant une cavité sans communication avec rinlérieur du corps, sans tendon ni battant agissant sur la membrane. La membrane parcheminée et sèche, tendue sur la .vésicule de résonnancc pleine d'air, vibre sous un coup sec qui vient du dehors, a reconnu le docteur Laboulbène. Ce sont de petites percussions des cuisses des pattes postérieures, ou des pressions latérales rapides des genoux. D'après de Villers, qui a découvert en 1833 le son de LLcaillc pudique, on dirait le bruit du métier d'un fabricant de bas. M. Cuenée, en 1861, a fait connaître un acte analogue chez les Setina, où le son produit imite le tic-tac d'une montre ou les pulsations des Anobium, ces petits Coléoptères des bois ouvrés, s'appelant la nuit, d'un sexe à l'autre, en frappant contre les cloisons, avec leur tête, ces coups secs au milieu du silence de la nui!, qui ont valu à ces Vrillettes le nom A'horloge de la mort. Cliez les Chelunia et Setina, les organes de stridulation sont plus développés chez les mâles que chez les femelks. On a aussi indiqué la production de bruits chez des Rhopalocères, ainsi dans e Paon de jour {Vanessa lo), chez la chrysalide de Tliecla Rubi et chez quelques chenilles. Le plus célèbre des Papillons sonores est l'énorme Sphinx à tête de mort, Acherontia Alrupos. Il fait entendre un véritable cri, assez intense, un peu plaintif, analogue au bruit d'un fort parchemin déchiré. Ce cri se produit également dans les deux sexes, comme je l'ai constaté sur plusieurs sujets servant à mes .expériences de chaleur animale, et senil)l(! lié à un sentiment de (Tainte. On s'explique com-
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nieril ce cri, juin! au luj^ubre eiublùmc ({lu; porlc le l'apilluii sur le corrclel, ail jclé autrefois répouvanlc en Hrctagiic, comme le rapporte l{éaumur, dans une année où l'apparition en grand noml)re de ce Papillon coïncidait a\ei; des maladies épidémiques, en 17.'j7. On a beaucoup disserté sur la cause de ce cri, qu'on croyait d'abord provenir de la spiritrumpe, mais qui se produit encore, celle-ci complètement enlevée. D'après le docteur Laboulbène, il provient d'une tente, située de chaque côté de la base de l'abiiomen, d'où sort un éventail de poils, en même temps que le cri. Au fond de la gouttière est nue membrane sèche; et si l'on passe dessus la pointe d'une aiguille, on entend le ci'i, en même temps que l'éventail sort. Ce sont des contractions musculaires, amenant le froissement de la membrane, qui produisent le cri, comme pour la timbale de la Cigale. Kn outre, on a signalé chez YAcherontia Atrupos, à la jonction de la cuisse et de l<i jambe antérieure, une lamelle chilineuse sublriangulaire sur la jambe. Sous cette plaque est un creux où pénètre une trachée. C'est probablement une oreille analogue à celle des Crylliens et des Locustiens, qui occupe la même i)lace sur lu jambe antérieure, sur une dilatation [)rè3 de Farliculation delà cuisse. 11 y aune cavité ovale avec un tympan, \is-à-sis duquel se renfle, pour la résonnance, une des trachées de la jambe. Le tympan est tantôt à deux membranes (GrUliens), tantôt à une (Locustiens), et il est parfois entouré d'une sorte de conque [Meconemu). L'n nerf acoustitjue arrive par la cuisse au côté antérieur de cette oreille, et forme un ganglion très allongé sur la paroi de la vésicule. — Consulter : Romanes, Mac-Lachlan, White, Cunningbam, On the Scnsc. uf hearinçj in Insects [Nature, 1. XV, 1877, p. 177, ToL\^ 'll'l (obser\ations anciennes et nouvelles de Papillons qui produisent des sons). — Scliild, Misccllen {Sletlin cntomol. Zeilung, 1877) (production de sons chez la chrysalide de Tliccla liubi et chez quelques chenilles).
Les i,épidùptères adultes ofï'rcnt parfois des sécrétions odo;antes, liées, suit à la fonction de reproduction, soit à des usages défensifs. Les sécrétions musquées, exagérées chez certains Chevrotains et les Civettes, moindres chez les (icnettes et Desmans, se manifestant chez les Vautours en ponte, et lors du rut des Crocodiliens, existent aussi, hors des Vertébrés, chez certains Insectes. Nous avons eu occasion de les citer chez certains Formiciens et chez le Vellcius ou Quedius ilHalalus, ce rare Staphylinien, commensal des nids de Vespiens et défenseur du couvain. \.e Ckaraxes Jasius, ce beau pa[)illon méditerranéen, que les paysans turcs nomment le Pacha à deux queues, sent fortement le musc, surtout à la sortie de sa chrysalide. Parmi les Hélérocères, le Sphinx Convolvuli répand une odeur musquée très prononcée, surtout récemment éclos et avant l'accouplemenl. Cette sécrétion musquée existe aussi, mais beaucoup moindre, chez le Sphinx Litjustri, et je me suis assuré sur de nombreux spécimens, que dans ces deux Splnnx la écrétion musquée est propre aux mâles seuls. Le l'apilio Machaon
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exhale souvent une odeur prononcée de Fenouil. Nous avons déjà cité le groupe des Héliconiens, faibles et délicats Papillons de l'Amérique méridionale, qui sont protégés contre les Oiseaux par une sécrétion acre et fétide, à la façon des larves des Chrysomèles du Peuplier et du Tremble. — Consulter Fritz Muller, Die Stinkkolùchrn dcr weiblichm Maracuja-Faltor (Sur les organes à sécrétion fétide des Papillons femelles dont les chenilles vivent sur le Maracuja (Passiflore) au Brésil : Helicunius, Eueides, Colœnis et Dione) [Zdtschrifl fur wiss. Zool, 1877, t. XXX).
A propos de la chasse et de la conservation des Lépidoptères, nous ne ferons que renvoyer à ce qui a été développé en détail dans l'Introduction de ce traité (tome I", pages 153 à 16Zi).
La distribution géographique des Lépidoptères ne présente pas les mêmes lois que celle des Coléoptères ou des Hémiptères, par exemple. En effet, les Lépidoptères ont, dans les grandes espèces au moins, un vol puissant, et tendent, comme les Oiseaux, aune considérable extension, car ils sont facilement entraînés par les vents. Aussi ils caractérisent bien moins nettement la faune entomologique d'un pays que les ordres plus sédentaires,;"! vol médiocre ou nul. De plus, à part quelques exceptions pour des espèces vivant de corps gras ou de matières sèches, surtout d'origine animale, la nourriture des Lépidoptères se composant des diverses parties des végétaux vivants, leur répartition est liée d'une manière intime à celle de la flore; les chenilles engourdies, les chrysalides, les œufs, pouvant supporter des températures très basses, il suffit de quelques jours de chaleur, dans les localités de forte latitude ou très élevées, pour que des plantes se développant, suffisent au rapide accroissement de certaines chenilles et reçoivent les pontes des adultes dont quelques jours de chaleur ont permis l'accouplement. Comme l'a remarqué Latreille pour l'Furope, les espèces méridionales commencent là où réussit le vin, deviennent dominantes dans les régions où croît l'Olivier, et des espèces plus méridionales encore habitent les pays de l'Oranger et du Palmier. On peut dire que, partout où il y a des plantes, on trouve des Papillons, même sur les Bolets et les Lichens (Lilhosies, lîryophilcs). On voit voler des Papillons jusqu'au sommet du mont Rose et du mont Blanc; on a trouvé des Phalènes vivantes sur les neiges du volcan d'Orizaba, au Mexique. Souvent on voit des Lépidoptères sur les glaciers, se conservant longtemps morts, entraînés par les tourbillons. Parry a vu quelques Papillons dans les régions polaires. Sur la côte septentrionale du Groenland, par 70" lat. N., dans des vallées très abritées où la végétation était abondante et où la chaleur concentrée faisait monter le thermomètre à 21 degrés, Scoresby a pris plusieurs Diurnes, notamment Argynnis Dia et Cutias Palœno. Stcller trouva trois espèces de Lépidoptères au Kamtchatka {Parnassius, Nomion et Dolim). L'Islande, qui continue son refroidissement lent, n'a plus olVert de Diurnes à M. Slaudinger, dans la plus
LLPIDOI'TÉISLS. 143
récente exploration qu'un ait faite, mais seulement des Noctuelles et des Géomètres ressemblant aux nôtres du début du printemps. Des Lépidoptères nocturnes hyperborécns, des genres lladena, Anarta, La' rentia, Eudorea, ont des espèces spéciales au Groenland, au Labrador, à la Laponie, au pays des Esquimaux (Lefebyre et Duponcliel, Ann. Soc. ciilorn. France, I80G, t. V, p. 3S9).
Une première grande l'aune de Lépidoptères est la fainic boréale tempérée, nom beaucoup plus exact que celui de faune rurupéenne, car l'Europe, continent adossé dans toute sa longueur à l'Asie septentrionale et centrale, ne peut, par sa configuration même, offrir des faunes animales prédominantes. Cette première faune lépidoplérique renferme toute ri'Àirojie; la partie septentrionale de l'Afrique jusqu'au Sahara, la Palestine; une partie des cotes de l'Arabie, depuis l'isthme de Suez jusque vers la Mecque et Médine -, toute l'Asie Mineure, la Syrie, l'Arménie; tout le pourtour de la mer Caspienne, en y comprenant en Perse le littoral étroit du Mazenderan jusqu'auprès d'Aslerabad ; enfin tout le nord de l'Asie, tel qu'il est limité par l'Altaï et une ligne allant de cette chaîne à travers le Turkestan jusqu'auprès d'Asterabad. Enfin, il faut joindre aux précédentes régions une partie de l'Amérique du Nord, limitée au sud parle fleuve Saint-Laurent, les grands lacs et une ligne qui s'élève, à travers l'Amérique anglaise, jusqu'à la côte méridionale de l'Amérique russe. Les genres les plus caractéristiques de cette faune européenne, ou plutôt occidentale, sont : Arijijnui^, Melitœa, Thaïs, Lycœna, Satyrus, Erebia, /ijjja'ita, Deileijhila,eic. Nous ne parlerons pas des Noctuelles, Phalénides et .Microlépidoptères, car leur prédominance considérable dans cette faune n'est probablement qu'apparente, et tient à ce qu'on ne les connaît pas encore suffisamment dans les autres faunes. 11 faut remarquer pour cette faune, et des faits analogues se retrouvent pour divers types dans les autres faunes, que certaines familles de Lépidoptères sont exclusives à certaines familles végétales, et les adultes se tiennent sur ces plantes. Ainsi les Zygœna ne vivent que sur les Légumineuses herbacées, jamais sur les buissons ni sur les Légumineuses arborescentes; les /.j/m'«a, sur les Légumineuses herbacées ou arborescentes ; les Satyrm, sur les (iraminées ; les Pieris, sur des herbes, et surtout des (aiicifères; les Hombyciens, au contraire, ordinairement sur des arbres, avec quelques exceptions, comme Bombyx castrensi-^, duincli, Trifi>lii,Odonestis polatoria, etc. Les Conifères ne nourrissent qu'un pelit nonUjre d'espèces de chenilhis comparativement aux arbres dicotylédones vrais, comme les Ameutacées, Bétulinées, Drupacées, etc. ; mais les individus sont nomhreiix. Le Chêne, qui nourrit très peu de Diurnes, est l'arbre où se trouvent le plus de Bombyciens et de Noctuéliens. Le Châtaignier, le Hobinier (du moins dans nos pays), le Marronnier d'Inde, l'Ailatde (aussi végétaux importés), sont pauvres en Lépidoptères, etc. Certains auteurs distinguent une sous-faune polaire, comprenant la
ihU I.ÉPJDUPTÈliLS.
Laponic, le Groenland, l'Islande, le Kamtchatka, le nurd de l'Amérique, ayant quelques espèces propres et représentées dans les Diurnes par les genres IHcris, Colias, Arfjynnis, Satyrns, Chionobas. Une autre sous-faune, beaucoup plus étendue, est celle de l'Europe moyenne avec son prolongement asiatique, et qui s'étend en Europe de la péniusule Scandinave, eauf l'extrême nord, aux A^lpes de la Suisse et de l'Italie. Les espèces de la Sibérie méridionale et du bassin du fleuve Amour se raltachent immédiatement à cette faune par le plus grand nombre de leurs types, avec un mélange d'espèces méridionales, comme Thaïs rumina et Limenitis Aceris, et même d'un certain nombre d'espèces tropicales, surtout dans le genre Papilio. il y a là une in- (lucnce remarquable d'un climat excessif ou continental, avec des hiver? loni^s et très froids, mais un été qui rappelle, par son ardeur, les chaleurs du tropique; de sorte que l'existence d'espèces tropicales s'explique par la résistance aux basses températures des œufs et des chrysalides. Les Papilio Machaon et Podalirus sont aussi bien d'Europe que d'Asie. Sur les Alpes et sur les l'yrénées, on distingue deux faunes. L'une est celle des Lépidoptères, qui se tiennent au-dessous de la région limite des arbres, celle où croissent encore l'Érable, le Bouleau, le Sorbier, le Sapin : ce sont divers Erebia, les Parnassius Apollo et Mncmosrjne, des Ârge autres que \Galatea, qui est l'espèce des plaines; divers Setina; des Géomètres spéciales, comme Tanagra dueropJiyllata. Les Parnassius Apollo et Mnemosyne sont aussi des montagnes moyennes, comme le Cantal, les causses de la Lozère, les Vosges et le Jura; la femelle d'Apollo descend même parfois dans les jardins de Besaiiçon. La faune alpine proprement dite se compose des Papillons qui dépassent la région des arbres et même les endroits où croît encore le Sapin ordinaire dans certains abris. On y trouve les Erebia des plus hautes régions, Chionobas Aello, Collas Phicomone et Palœno, et des Argynnes arctiques, Pieris Callidice, Zygcena cxulans, Selina ramosa, Nemeopliila Plantayinis var. hospita, qu'on peut aussi rencontrer en plaine, et même aux environs de Paris; Chelonia Quenseli, trouvé par M. Kallou près des monts Rose et Cervin, et qu'on croyait jusqu'alors exclusif à la Laponie; la Phalénide, Psodos alpinata, etc. Cette vraie flore alpine, voisine des neiges éternelles, peut varier notablement d'altitude, suivant les localités, et présente nombre d'espèces de la sous-faune arctique, en raison de l'identité des plantes. Ce qui empêche une parité complète de la faune et de la flore, c'est que, si la zone alpine olfre la succession annuelle des températures circumpolaires, la répartition de la lumièie y est tout à fuit diiférente. 11 faut remarquer que beaucoup de Papillons des vallées se mêlent à la faune alpine et sous-alpine. Ainsi, on prend Vanessa la près de Colias Phicomone, là où les arbres ne viennent plus; Vanossa Urticœ volant sur les glaciers les plus élevés, tout autour du couvent du giaud Saint-Hei-nard, et même jusque sur les sommets du mont liose cl du mont Hlauc. On prend Bondiyx Qiicrcûs ci Chelonia
LÉPIDOPTÈRES. lAf)
caja sur les Alpes les plus hautes; Deilephila lineata, sur des montagnes tr(>s-élevées, ainsi que Pijramris Atalanta cl Canhii, etc.
Vient ensuite la sous-faune méridionale ou méditerranéenne, qui comprend essentiellement la Provence en France, l'Espagne et le Portugal, l'Italie avec les îles méditerranéennes, la Turquie, l'Egypte, l'Asie Mineure, le nord de l'Alrique et la Russie méridionale. On peut rattacher à cette région, à part de rares espèces spéciales, les îles du cap Vert et les Canaries, les Aç.ores, Madère et même Sainte-Hélène. Cette l'aune est caractéristique par ses Thaïs, ])a.r le C har axes, Ja.^ lus, el Rliodoccra Cleopatru, qui remonte, près de Bordeaux, dans les (Hiarentes et dans le Cantal. On y voit aussi apparaître des formes orientales, comme Argyn- 7iis Pandora, qui se trouve par places sur le littoral occidental de la France, ainsi ahondant près de Bordeaux et sur les rempnrts de la Rochelle, remontant même en Bretagne, et Syntomis Phegœa, égaré en BelL:iquc, sur les remparts de Malincs. Il s'y rencontre aussi des espèces très méridionales ou africaines, qui seraient même plus nombreuses, si elles ne trouvaient, formant obstacle à leur extension, les.Alpes et les vents froids qui en descendent, comme contre-courant du vent chaud du désert saharien. Ainsi le type des Danais apparaît par Chrysij)pus, et sa variété Alcippus,?,uvloul dans la partie orientale du bassin méditerranéen, ne résistant pas aux hivers très-froids qu'offre parfois le midi de l'Italie. Bonelli a, le premier, remarqué que les espèces communes à l'Italie et à la Sardaigne sont de près d'un tiers plus petites dans cette île, mais à fond plus vif, à bandes et à taches plus foncées, mais moins grandes et même disparaissant quelquefois entièrement (ainsi Vanessa Ichnusa en regard de V. Urticœ). M. Bellier de la Chavignerie a noté le môme fait pour les Lépidoptères de la Corse, où les espèces sont presque toutes les mêmes que celles du continent, mais bien plus rares, de taille plus petite et avec un cachet spécial. On trouve un fait analogue, dans la faune européenne centrale, pour les iles Britanniques, où les espèces continentales sont en général plus petites, les Phalénides plus foncées, etc. Les espèces des îles Schctland ont aussi un cachet spécial par rapport à celles de l'Angleterre et de l'Ecosse. En Angleterre, tous les Diurnes sont rares; mais l'humidité du climat favorise la production de nombreuses espèces de Noctuelles, de Phaléniens et surtout de Microlé[)idoptères. On doit dire, en général, que les continents et les grandes îles fournissent seuls des Papillons de taille colossule; ces espèces disparaissent dans les petites îles de même latitude, et, dans les îles très-petites et isolées, le nombre des Lépidoptères est très-resfreint. L'altitude a aussi son influence sur les variations : ainsi le PapUio Machaon des Alpes est d'un tiers plus pelit que celui des phiines ou des collines; de même Parnassius Apollo et Argynnis Pales sont bien plus petits sur les hautes montagnes que plus bas.
La seconde grande faune des Lépidoptères est lu faune rhaude. Je l'an- GIRARD. m. — 10
cie7i continent. Elle se divise en trois sous-faunes. La première est celle de l'Asie méridionale et des Indes, dite faune indienne. Elle comprend toute la partie du continent asiatique qui n'appartient pas à la faune précédente, plus, d'une part, les côtes nubiennes et abyssiniennes de la mer Rouge et le pays des Somaulis, au sud du golfe d'Aden; d'autre part, toute la Malaisie et la Polynésie, avec la partie septentrionale de l'Australie. Le sud de la Chine se rattache à cette faune indienne, ainsi que l'archipel du Japon, que tant d'autres formes animales rapprochent de l'Europe. En Australie, cette faune a envahi, en partant de la Nouvelle-Guinée, toute la partie septentrionale, ou Queensland; elle renferme les îles Sondaïques et Moluques, si riches en magnifiques Lépidoptères. Les îles peu étendues de la Polynésie sont au contraire très pauvres en Lépidoptères, et ne peuvent former une faune spéciale, leurs espèces se rattachant, soit à la sous-faune indienne, soit à la sousfaune australienne. La faune indienne a sa part également dans les espèces peu nombreuses des îles Maurice et de la Réunion. •
La faune indienne est remarquable par la grandeur et l'éclat de certaines de ses formes, et ses genres caractéristiques sont : Ornithoptera, Danais^ Euplœa, Limenitis, Adolias, Diadema et Parnassius, ce dernier genre, de sa région froide ou montagneuse, rattachant cette faune à la faune européenne, dont il n'est réellement qu'un genre accessoire, n'y offrant que cinq espèces, tandis qu'il en a une vingtaine sur le versant méridional ou himalayen du grand plateau central de l'Asie. L'Attacus Atlas, qui atteint une taille démesurée dans certaines races, est un type de la faune indienne. Parmi les Papilio, qui y ont de nombreuses espèces, P. Pammon forme un type limite. On retrouve dans cette faune quelques espèces de la faune méditerranéenne: ainsi Danais Chrysippus existe aux Indes orientales, à Java et à Timor ; Lycœna bœtica, de l'Europe centrale et surtout méridionale et du nord de l'Afrique, existe aussi à l'île Maurice, à Sainte-Hélène et à Timor; Lycœna Lysimon, d'Espagne, de Portugal, de Barbarie, d'Egypte, se prend aussi à Maurice et au Bengale. Il faut remarquer que, bien que la faune indienne soit, en général, circonscrite à des régions plus ou moins voisines des tropiques, on la voit atteindre en Mantchourie, par un efl'et de climat excessif, oO degrés de latitude N., c'est-à-dire la latitude de l'Europe centrale. Dans cette riche faune, il y a des genres répandus sur toute son étendue géographique; d'autres, au contraire, limités à des pays spéciaux, ainsi le curieux genre Cocytia à la Nouvelle-Guinée.
La sous-faune africaine, comprenant la plus grande portion de l'Afrique, Madagascar et en partie les îles Mascareignes, paraît pauvre en Lépidoptères comparativement à la faune indienne, malgré la haute température des pays qu'elle renferme. Gela est dû aux conditions physiques de la majeure partie du continent africain, qui est sèche et peu boisée. On y rencontre une continuation des formes européennes et aussi des formes indo-asiatiques qui y ont afflué, peut-être sous l'in-
fluencc des moussons, et qu'on retrouve sur une partie des côlcs orientales. Comme caractère propre, on peut dire que l'Afrique est le royaume des genres Anthocharis, Acrœa, Charaxes, Junonia, Romahosoma, Aterica et Harma. Ainsi, par exemple, le genre Anthocharis a bien les trois quarts de ses espèces africaines, et le genre Acrœa les quatre cinquièmes. Par contre, les genres Eii[jlca, Danais, Tliecla et Hesperia n'y sont que très-peu représentés.
La sous-faune australienne comprend les parties sud-est et ouest de l'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande et les îles Auckland et Macquarie, ces îles représentant la faune froide et presque circompolaire du groupe. Elle présente assez de foi^mes caractérisliqiies pour constituer une faune spéciale, subordonnée toutefois à la faune indienne dont certains rameaux viennent s'y prolonger. Parmi les influences qui contribuent à la spécialisation, figurent le climat et la flore. Les genres propres des l-épidoptères de cette faune sont les genres Antipodites, Agarista, Hecatesia, Synemon, Teara, Opsirhina et Oiketicus. Le singulier genre Ophideres se trouve en Australie, mais surtout dans sa partie qui confine à la faune indienne, et aussi dans l'Afrique australe; c'est le seul genre de Lépidoptères qui offre une trompe rigide et perforante, de sorte que ces Papillons, qui trouent les oranges et les bananes pour en sucer le jus, causent souvent beaucoup de dégâts dans les plantations.
Une troisième grande faune de Lépidoptères comprend tout le nouveau ciintinent, sauf sa partie la plus septentrionale, qui se rattache à la faune européenne : c'est la faune américaine ou transatlantique. Elle ne se prête guère à la division en sous-faunes, car les mêmes types, bien plus les mêmes espèces pour quelques-unes, se prolongent sur une étendue considérable en latitude. Cette absence de modifications profondes, malgré la vaste étendue géographique, s'explique tout de suite par la configuration du continent américain, qui est beaui'oup plus régulière que celle de l'ancien monde ; on n'y trouve pas de ces grandes chaînes de moatagnes dans le sens des parallèles, qui modifient si profondément les climats sur leurs deux versants. La fauuc américaine est la plus riche en espèces et surtout en individus, peut, être autant sous ce rapport que toutes les autres ensemble-, la faune indienne seule en approche pour les espèces. Comme importance, elle équivaut aux deux autres réunies, de sorte qu'on pourrait ne faire qu'une faune de l'ancien monde et une du nouveau monde. Il serait beaucoup trop long de citer tous les genres qui caractérisent la faune américaine. Ils appartiennent surtout aux familles des Pa])ilionides, Piérides, HéUconides, Nympbalides, Erycinides, Lycénides (surtout le genre Thecla), etc., en nous bornant aux Rhopalocères. Il y a beaucoup d'He^périens aux ailes inférieures caudées. Le beau genre anormal des Castnia est un type américain. Aux environs de Baltimore, on constate un curieux mélange de formes américaines et déformes d'Europft
ainsi, dans ces dernitres, Vanessa Antiopa, Pyrameis Cardui, Thccla Amxjntas et Telicanus, Polyommatus Phlœas, Bombyx Neustria, Acromjcta psi, Agrotis segetum, valliyera, trux, etc., Plusia gamma, Catocalaelecta, Larentia undularia, etc. L'espèce Danais Archippus est très répandue dans presque toute l'Amérique, de New-York au l^araguay, partout où croissent les Asclépiadées.
On sait que chez nous certaines espèces de Lépidoptères ne fréquentent que les lieux habités par l'homme, les alentours des maisons, les plantations, les broussailles qui y croissent, quand on les laisse en i'riche, et qu'on ne les trouve jamais dans l'intérieur des grandes forêts. Le même fait se montre à la Guyane. Il est très connu des colons et des nègres, qui divisent les Lépidoptères en Papillons de grands lois et Papillons de niamans, ou taillis des terrains en friche (1). Ainsi, par exemple, jamais on ne rencontre Biblis Thadana, Danais Eresy me, Vanessa Larinia, dans l'intérieur des forêts, et au contraire certains Nymphalis, Heliconia, Erycina, ne volent jamais dans le voisinage des habitations. La plupart des Papilio des Guyanes vivent à l'état de chenilles sur les Orangers. Le P. Protesilaus est l'analogue de notre Podalirus, fréquentant comme lui les lieux habités, recherchant les endroits humides, et se posant à terre pour pomper les sucs liquides ou voltigeant au-dessus en faisant frémir ses ailes. P. Thoas, l'analogue du Machaon d'Lurope, est commun comme lui dans les lieux habités, volant avec rapidité sur les fleurs. Les HeZ/conm et genres voisins, à ailes le plus souvent gazées en partie, muniesd'une sécrétion défensive fétide, sont un type exclusif à l'Amérique chaude, ayant son maximum d'espèces à la Guyane liollandaise; seul le genre Hamadryas est, par exception, de l'arcliipel indien et de la Polynésie. Les splendides Morpho sont une création spéciale à l'Amérique, depuis le versant mexicain tourné vers le Paciiique jusqu'à la province de Sainte-Gatherine, au sud du Brésil. Les Morpho sont nombreux à la Guyane, et la rareté de la plupart n'est que relative, en raison de leur habitude de se tenir, pour certains d'eux, sans en descendre, au sommet des arbres ; tels sont les M. Metellus, flecuba {le grand Oculo de Caycnne de Daubenton), Andromachus, Rhetcnor. 11 en est quelques autres, au contraire, qui se prennent aisément dans les bois, comme Menelaus, Helenor, Achilles, car, au lieu de planer sans descendre autour de la cime des arbres, ils s'élancent pur bonds désordonnés et rapides, mais se posent près de terre, auv abords de lu nuit ou à l'approche de la pluie. Le M. Adonis, au bleu si délicat, est rare à la Guyane, mais plus répandu au Brésil jusqu'au Sud. Le supeibe M. Cypris, d'un bleu éclatant et métallique chez le mâle, tandis que sa rarissime femelle est fauve, est une espèce de Golombie, surtout des environs de Santa-Fé de Bogota. Les Pavonia, autre type de l'Amérique
(1) Lacordairc, Sor les /ui/jilw/es des Lépidoplcrcs IVtopaiocères de la Guyane frauraise {Ann. Soc. tntjin. France, 183o, t. H, p. 379).
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du Sud, sont, au contraire des Morpho, à demi crépusculaires, au repos le jour sur les troncs d'arbres, les ailes rapprochées et voiant lourdennent le soir dans les broussailles, ou pendant le jour dans les fourrés épais et obscurs, et retombant se poser après quelques coups d'ailes. Aussi on capture très aisément à la Guyane les Pavonia Lloinrnœiis, Antoinedon, licrecynthus, Xunthus.
Un fait remarquable, qui ressort de l'examen d'ensemble de la faune des Lépidoptères, c'est la grande uniformité de la plupart des types. Ainsi, d'une extrémité à l'autre du globe, toutes les Vanesses ont les ailes découpées sur les bords de la même manière. Les espt^ces à queue du genre Papiliu, les Dinuiis, les Euplœa, se retrouvent avec les mêmes caractères, au Mexique et aux Indes orientales. Les gigantesques Hétérocères, aux antennes pectinées, du grand genre Altacus, se trouvent dans le monde entier avec le caractère des taches vitrées, en lunules ou subtrièdres, au milieu des ailes, qui les faisaient appeler Phalènes ininiirs par les vieux auteurs. Parmi eux, le sous-genre Actias, à ailes inférieures caudées, se retrouve partout, sauf en Australie: ainsi, dans ceux à queues médiocres, ne dépassant pas la longueur de l'aile, A. Isabellœ, du centre de l'Espagne et du Portugal, A. Selene, de l'Inde, A. Luna, de l'Amérique du Nord; enfin deux espèces à queues démesurées, A. Comètes, de Madagascar, et un autre du centre du Brésil. 11 y a certains groupes où la couleur semble elle-même rester spéciale : ainsi beaucoup de Papilio ont le fond jaime avec des dessins en marqueterie noire, analogues à ceux des espèces d'Europe, P. Machaon. Alexanor, Huspiton; les diverses nuances de brun et de fauve, avec des taches oculées en dessous, se voient sur les ailes des Satyres du monde entier, dont les chenilles vivent de Graminées; les Thecla elles Lycœna se ressemblent en général partout, etc.
11 y a quatre régions du globe dont les Lépidoptères sont encore à peine connus : 1" Tartarie chinoise, Dzoungarie et Mongolie, sauf la lisière septentrionale explorée par les Russes ; 2" centre de l'Australie ; o° une grande région intérieure de l'Afrique comprise entre le tropique du (>ancer et 10 degrés de latitude S. ; k° la pointe de l'Amérique méridionale, au sud du rio Negro.
On pourra consulter pour la faune des Lépidoptères un certain nombre de mémoires, soit généraux, soit la phipart locaux :
Keferstein d'Erfurth, Sur les mœurs et les habitudes des Lépidoptères, trad. de VaWcm. (Revue entomolonique de Silbermann, lS3[i,i. II, 10'^^ livraison, p. lo7); lietrachtunfien, (jeknupfl an uieine Schmetterlinyssamniluiifi (Stettin entomol. Zeit.,iS6{t^ p.l91).Ges travaux ont surtout pour but de démontrer la liaison complète de la tlore avec la faune des Lépidoptères, en raison du régime végétal des chenilles. — Koch, Géographie générale den Lépidoptères (Revue géogr. de Pelermann, Gotha, 1870, livr. I et II, et Ann. Soc. eiitom.de Belgique, 18G9-1870, t.\!lI;C. R.,p.xx).— De Graslin, Sur l'entomologie de la France occidentale (Lépidopt. des côtes océaniques de
France) (inn. Soc. entom., I8Z18, t. VI, p. Zi9).— Lépidopt. des Alpes-maritimes (mélange ûngulier d'espèces du Nord et du Midi) (op. cit., même vol., Bull., p. XLiTi). — Pierret, Richesse entomol. dr Lanhj {Ann.Soc. entom. Fr., 18Ù5, t. III, Bull., p. lxxvi, et 18k6, t. IV, Bull., p. liv). — Lépidopt. d'Auvergne et des Alpes de la Provence {Anri. Soc. entom. Fr., 18û9, t. VII, Bull., p. Lxxi). — Lépidopt. de la foret de Compiègne, au commencement de juin {.inn. Soc. entom. Fr., 1852, X, Bull., p. xxxii). — Lefèvre et Duponchel, Lépidopt. nocturnes hyperboréens (A7in. Soc. entom. Fr., 1836, t. V, p. 389). — Pierret, Lépidopt. de Gavarnie, en juillet et août {Ann. Soc. entom. Fr., I8Z18, t. VI, p. 397). — Donzel, Sur des Lépidopt. de r Algérie [Ann. Soc. entom-. Fr., 18/|7, t. V, p. 528). — H. Lucas, Sur les Lépidopt. de l'Algérie (Ann. Soc. entom. Fr., 1850, p. 83). — Lépidopt. des Canaries (Ann. Soc. entom. Fr., 1866, t. IV, Bull., p. cxiv) (mélange d'espèces d'Afrique et d'Europe). — De Sélys-Longchamps, Sur les Lépidopt. des environs de Naples (Ann. Soc. entom. Fr., I8/4/J, t. II, Bull., p. xii). — De Graslin et Rambur, Lépidopt. curieux rencontrés en Andalousie (Ann. Soc. entom. Fr., 1836, t. V, p. 5i7 et 573). — Rambur, Faune entomologique de V Andalousie. Paris, 1838-1839. — Zetterstedt, Insecta lapponica. LipsicO, 1860. — D' Boisduval, Lépidopt. de Madagascar (Nouv. Ann. du Muséum d'hist. natur., 1833, t. II, p. lZi9-'J70, pi. vu); Lépidopt. de la Californie (Ann. Soc. entom. Fr., 1856, t. Il, p. 755-759); Lépidopt. nouveaux de la Nouvelle-Calédonie (Ann. Soc. entom. Fr., 1859, t. VII, Bull., p. 156-157); Lépidopt. nouveaux de la république Argentine {Ann. Soc. entom. Fr., 1859, t. VI[, Bull., p. 157-158). — E. Blanchard, Entomologie de la Sicile (Anii. Soc. entom. Fr., 1866, t. II, Bull., p. lxxix). — D' Boisduval, Lépidopt. d'Odessa et du Caucase (Ann. Soc. entom. Fr., 1868, t. VI, Bull., p. xxvni). — E. Blanchard, Voijage au pôle Siul et dans VOcéanie de /'Astrolabe et de la Zélée, ZooL, Insectes, t. IV, Paris, 1853 (à citer notamment pour les Papillons diurnes de l'Océanie). — D"" Boisduval, Faune entom. de Madagascar, Bourbon et Maurice (Paris, Roret, 1833). — Voyage de I'Astrolabe, Faune entom., 1'" partie, Lépidoptères (Paris, Tastu, 1832). — De Graslin, Notice sur deux explorations entomologiques faites dans les Pyrénées-Orientales en 1867 et en 1857 (Ann. Soc. entom. Fr., 1863, p. 297). — G. Allard, Notes sur les Insectes de VAlgérie, t. I, Lépidoptères, pi. vi (Ann. Soc. entom. Fr., 1867, p. 311). — Maurice Girard, Note sur l'entomologie de l'Amérique du Nord, considérée spécialement au point de vue des espèces identiques et analogues à celles d'Europe (Ann. Soc. entom. Fr., 1868, p. 287). — P. G. Zeller, Sur les Microlépidoptères de l'Amérique du Nord (Verhandl. zool.-hotan. Gesellsch. in Wien, 1872, t. XXII, p. 667 à 566. — De l'Orza, les Lépidoptères japonais à la grande exposition internationale de 1867. Paris, 1869. — E. Ménétriès, Lépidoptères de la Sibérie orientale, et en particulier des rives de l'Amour, brochure in-6" avec 5 pi. col. (Saint- Pétersbourg, 1859). — Otto Bremer, Lepidopteren Ost-Sibiriens insbesondere des Amur-Landes [Mémoires de l'Académie impériale des sciences
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(1) Nous réunissons ici un grand nombre des travaux du célèbre entomologiste américain relatifs à la faune des Lépidoptères de l'Amérique du Nord.
brief Notes on those known to occur in Essex County, Mass. (Fourth annual Report, 1871; Peabody Acad. Se. Salnn, Massachusetts, 1872, p. 2/i-33); The food Plants of Europœan Butterflies {Canadian Entomoloyist, 187/i, t. VI, p. 21-25 et 126-127); Description of some Labradorian Butterflies {Proceed. Boston Soc. Nat. H ist., 1875, t. XVII, p. 29[i-3ilx)\Edward's Butterflies of North America (American Naturaliste 1876, t. X, p. 108-109); Antigeny, or sexual Dimorphism in Butterflies {Proceed. Amer. Acad. Arts and Se, 1877, t. XII, p. 150-158); Notice of the Butterflies coUected by D' Edward Palmer in the arid régions of Southern Utah and Northern Arizona during the summer of 1877 {Bull. Unit. St. Geol. Geogr. Surveij Territ., 1878, t. IV, 253-258). — Roland Trimen, Rhopalocera Africœ australis, 2 vol. in-S» (Gape-town, 18Zi2). — A. Gueiiée, Lépidoptères de l'île de la Réunion {Notes sur Vîle de la Réunion, par L. Maillard, t. II, Paris, 1863). — D'' }io\%(\\x\di\, Lépidoptères de la Californie {Ann. Soc. entom. Fr., 1875, t. X, p. 275). — 0. Staudinger, Lepidopterea des Russlaiids {Stettin entomol. Zeitung, 1879). — Crieger, Australian Rhopaloceren {Stettin entom. Zeit., 1879). — P. Mabille, Recensement des Lépidoptères liétérocères de Madagascar (Ann. Soc. entom. France, 1879, p. 291).
Après la distribution géographique des animaux actuels se placent naturellement les formes fossiles, c'est-à-dire leur répartilion aux anciennes époques géologiques, souvent fort différente de celle d'aujourd'hui, par suite de climats très divers. On comprend aisément que les Lépidoptères fossiles doivent être très rares, pour la même raison qui rend si peu abondants les fossiles d'Oiseaux. Ces insectes ne volent pas souvent au-dessus des eaux, et il n'y a que quelques sujets accidentellement tombés à Teau qui peuvent être enfouis dans les sédiments, quand ils ont échappé à une foule d'animaux aquatiques dont ils sont la proie. Les chenilles ne vivent pas dans l'eau, sauf celles du genre Hydrocampa, assemblant des feuilles de plantes aquatiques, et celle d'un Bombycien découvert à Cayenne par M. G. Bar. On éprouve en outre des difficultés à distinguer les empreintes alaires de Lépidoptères de celles de Locustiens du groupe des Ptérocliroses, ou de certains Libelluliens ou de Myrméléoniens, etc. Un des Lépidoptères fossiles les premiers connus est un Nymphalicn, le Cyllo sepulta, Boisd., rencontré dans les marnes insectifères d'Aix en Provence. Ce genre est actuellement de Madagascar et du Mozambique, du Bengale, de Chine, des îles Sondaïques et d'Australie. Les Lépidoptères des anciennes époques géologiques avaient les mêmes métamorphoses complètes que de nos jours. Dans l'ouvrage de M. S. Scudder sur les Papillons fossiles, cet auteur fixe à neuf le nombre d'espèces dont jusqu'ici des empreintes ont été retrouvées ; il ne mentionne aucun reste de chenille. Or, MM. Daudet et Goossens, en 1870, ont trouvé, dans les gypses des environs d'Aix en Provence, dans un morceau d'argile fendu en deux par clivage, une empreinte, reproduite des deux côtés, d'une chenille à tête grosse, à poils courts et serrés, agglutinés en petits faisceaux par
l'action de l'eau. Ils y ont reconnu une chenille de Rhopalocère, probablement d'un Satyridc, et M. Daudet a établi l'espùce sous le nom de Satyrites incertus, Daudet, On consultera pour les Lépidoptères fossiles : D"" Boisduval, Rapport sur une empreinte de Lépidoptère fossile trouvée dans les marnes des environs d'Aix en Provence (Ann. Soc. entom. Fr., 18/iiO, t. IX, p. 371 et pi. vni). — H. Daudet, Description d'une chenille fossile trouvée dans le calcaire d\'iix en Provence {Revue et Magasin de zool., 1876, p. /il5, pi. xvii). Un des travaux les plus complets et les plus récents sur ce sujet est : S. H. Scuder, Fossil Butterflies {Memoirs ofthe American Association, Salera, .Massachusetts, 1875).
Il nous reste, pour terminer d'une manière utile aux entomologistes les généralités sur l'ordre des Lépidoptères, à leur présenter une nomenclature des travaux les plus intéressants à consulter ; nous écartons, suivant l'habitude de cet ouvrage, les documents trop anciens, qui sont surabondamment indiqués dans la plupart des livres que nous citons.
BiiiiUogi-aiiiiie génôraie. — Jacob Hubner, Sammlung europœischer Schnielterlinge (Aug^bourg, 1805); Geschichte europœischer Schmetterlinge (chenilles, chrysalides et plantes nourricières) (Augsbourg, 1796); Sammlung exotischer Schmetterlinge (Augsbourg, 1806j; divers Suppléments aux exotiques par C. tieyer (Augsbourg, 1818 à 1837), et des catalogues tirés de Hubner par C. Geyer (Augsbourg, 18'2'2). Ces ouvrages sont accompagnés de nombreuses planches coloriées. — Pierre Cramer (texte iioUandais et français), Papillons exotiques des trois parties du monde : l'Asie, l'Afrique et l'Amérique', k ^ol., 1879, et un supplément par Stoll, 1790. — J. Christian Sepp, Beschouving der ]Vonderen Gods in de Minstgeachte Schepselen of Nederlandsche Insekten, 8 vol. petit in-/i", Amsterdam, sans date. C'est une iconographie de Papillons d'Europe, et de chenilles, chrysalides et œufs, eu hollandais, connnencée dès la fin du dix-huitième siècle, et encore en cours de publication par divers. — Ochsenheimer, Die Schmetterlinge von Europa, Leipzig, 1807-1816. — Treitschke, Die Schmettirlinge von Europa {Fortsetzung des Ochsenheimerschen Werk's), Leipzig, 1825 (c'est une suite et un complément d(! l'ouvrage précédent). — llavvorth, Lepidoplera Britannica, London, 1803-1829. — .Meigen, Syslemalische Bearbeitung der europœischen Schmetterlinge, Aachen und Leipzig, 1829- 183-'. — M. J. A. Boisduval, Europœorum Lepidopterorum Iidex methodicus, pars prima, sislens gênera Papilio, Sphinx, Bombyx et Noctua, Linn.; Parisiis, 1829, Méquignon-Marvis et Crochard, in-S". — Godard et Duponchel (1), Histoire naturelle des Lépidoptères ou Papillons
(1) Duponctiel, coiitinualeur de Godard, est l'auteur de la plus grande partie de eut ouvrage, à partir du tome VI, ouvrage qui est encore le plus important travail descriptif des Lépidoptères de France.
de France, Paris, Crevot, puis Méquignon-Marvis, 15 vol. in-S", avec fig. col., dont k de Supplément, 1821 à 18^2. — Duponchel, Iconographie des chenilles, 2 vol. in-S" : Diurnes, 1832; Crépusculaires et Nocturnes, sans date ni pagination, Paris, Méquignon-Marvis; Catalogue méthodique des Lépidoptères d' Europe, 1 vol. in-8'', ISZiû, Paris, Méquignon-Marvis. — Boisduval, Rambur et de Graslin, Collection iconographique et historique des chenilles d'Europe, 1832-1 8/i3. Paris, Roret, inachevé, à fasc. de texte, Zi fasc. de pi. col. — J. J. Schott, Raupenkalender, etc. (indication systématique des chenilles d'Allemagne), 8 pi., Francfort, 1829; Sc/imp^<ey//»f/.sA:a/t!/u/er, etc. (indication systématique des Papillons d'Allemagne), 8 pi., Francfort, 1830. — De Villiers et Guenée, Tableaux synoptiques des Lépid. d'Europe, contenant la description de tous les Lépidoptères d'Europe connus jusqu'à ce jour : Diurnes, in-li°; Paris, Méquignon-Marvis, 1835. — D"^ E. Herold, Die teutschen Schmetterlinge syste7natisch beschrieben, Nordhausen, 18/il ; Teutscher Rnupenkalender, Nordhausen, 18Zi5 (ce sont des catalogues raisonnes des Papillons et chenilles de l'Allemagne). — G. A. W. Herrich Schœffer, Systematische Bearbeitung der Schmetterlinge von Europa, 6 vol., avec 636 pi. col. et 36 pi. noires; Regensburg, Manz, 18Zi3-1856 (c'est le complément et la révision de l'ouvrage de Hubner); Neue Schmetterlinge ans Europa und den angrenzenden Landern, Regensburg (Ratisbonne), 1856-1861. — Ratzeburg, Die Forstinsekten (le volume consacré aux Lépidoptères nuisibles aux forêts). — Freyer, Beitrœge zur Geschichte europaischer Schmetterlinge, Augsbourg. — D'' Boisduval, Icônes historique des Lépidoptères d'Europe, nouveaux ou peu connus, avec pi. col., Paris, Roretj 1832-18Zi3; Gênera et Index methodicus europœorum Lepidopterorum (pars I, sistens Papiliones, Sphinges, Bombyccs, Noctuas], Paris, Roret, ISZjO, in-8'', 1 vol. de 238 pages. — H. Lucas, Histoire naturelle des Lépidoptères d'Europe, 1 vol. in-8'', accompagné d'un atlas de 79 pi., l"^" édit., 1834, Pauquet, éditeur, et L. Debure, libraire; Id., 2'' édit., revue corrigée, et augmentée, 186/|, Savy, libr,édit.; Hist. natur. des Lépidopt. exotiques, l vol. in-8'', accompagné d'un atlas de 80 pi., 1835, Pauquet, édit., et L. Debure, libr. ; Les Papillons, vade-niecum du lépidoptérologiste, 1 vol. in-8" avec 5 pi., Paris, 1838 (bonnes généralités, ne comprenant en espèces que les genres Papilio, Parnassius et annexes) ; Achalinoptères et Sphingiens, dans YEncycl. d'hist. natur. du D' Chenu, 1 vol. avec nombreuses figures, Paris, Maresq et Gomp., et G. Bavard, sans date; Nocturnes ou Chalinoptères (suite), par E. Desmarest (même EncycL), 1 vol., avec nombreuses figures, Paris, Maresq et Gomp., et G. Bavard, sans date; Hist. natur. des animaux articulés de l'Algérie, publiée par ordre du Gouvernement, U vol. in-Zi", dont un atlas de 125 pi., 18/|9 (dans cet ouvrage, les Lépidoplùres comprennent trois i>\.); Aniînaux nouveaux ou rares recueillis pendant l'expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, de liio-Ganaro à Lima et de Lima au Para : Entomologie, 1 vol.
LÉPinOPTfeRES. 155
in-Zi" et un atlas de 18 pi., 1856 (dans cet ouvrage, deux planches sont consacrées aux Lépidopt.); Histoire physique, politique et naturelle de l'île de Cuba : Arachnides, Myriapodes, Lépiiloptèreset Hyménoptères, 1 vol. in-S" et un atlas in-folio, 1857, Paris, Arthus-Hertrand, libr.-édit. (les Lépidopt("'res, dans cet ouvrage, comprennent k pi.). — D'' Boisduval, Species général des Lépidoptères (Roret, Paris, Suites à Buffon), 1"'' vol. in-S", avec pi. col., 1836 (inachevé), comprenait dans les Rhopalocères une partie des Succincti, notamment les genres Ornithoptera, Papilio, Thais, Doritis, Parnassius, Leptalis, Leucophasia, Pieris, Zegris, Anthocharis, Rhodocera, Callidryas, Colias, etc. ; Species génér. des Lépidopt. (Suites à Buffon) ; Hétéroceres : Sphingides, Sésiides, Castnides, t. I""", avec pi. col., ISVZi. —A. Guenée, Species gén. des Lépidopt. {Suites à Buffon), Paris, Roret, 6 vol. in-8'', avec pi. col. : Noctuélites, t. I", 1852, t. II, 1852, t. III, 1S52; Uranides et Phalénides, t. h', 1857, t. II, 1857; Deltoïdes et Pyralid'S, 185'i (dans la tomaison générale, 5, 6, 7, 8, 9, 10). — A. Guenée, Essai sur une classification des Microlépidoptères (Ann. Soc. entom. Fr., 18Zt5). — H. T. Stainton, Insecta Britannica Lepidoptira, London, 185^-1860; H. T. Stainton, avec collaboration de Zeller, Douglas et Frey, The Natural History of the Tineina, London, 1855, t. I à t. XII, 1870, en quatre langues : anglais, français, allemand et latin, avec nombreuses pi. col. (c'est un ouvrage classique pour les Microlépid.). — H. Frey, Die Schiveizerischen Microlepidopteren {Mittheilungen der Schweiz. entomol. Gesellsch., Schaffhouse, 1867, p. 286. — E. Berce, Faune entomol. française (Lépidoptères, des Rh(jpalocères aux Phalénides, inclusivement, 5 vol. in-12, avec pi. col., 1867 à 1873, Paris, E. Deyrolle. — Maurice Sand et Depuiset, le Monde des Papillons, deux parties : Mœurs et Classification ; Paris, Rothschild. — A. Dubois, les Lépidoptères de VEurope, leurs chenilles et leurs chrysalides, Paris, E. Deyrolle. — Pierre Millière, Iconographie et Description de chenilles et Lépidoptères inédits (extr. des Ann. Soc. Linnéenne de Lyon), 3 vol.: t. I, 1859 à 186Zi, t. Il, 186/i à 1868, t. III, 1869 à 1874. — E. Doubleday et J. 0. Westwood, The Gênera of Butterflies, or Diurnal Lepidoptera, comprising their generic Characters, a Notice of their habits and transformations, and a Catalogue of the Species of each. genus, illustrated loith 86 coloured plates from draioing by W. C. Hewitson, 2 vol., London, 18^6 à 1852. — W. C. Hewitson, Illustrations of neio Species of exiitic Butterjlies, selected from the collect. of W. Saunders and W. C. Hewitson (avec pi. col. et descriptions des espèces), 5 vol. in-Zi", London, 1851 à 1876 ; Illustrations of Diurnal Lepidoptera, London, 1862 à 1878. — Catalog. der Lepidopteren des europœischen Faunengebiets : Macrolepidoptera, par le D' 0. Staudinger ; Microlepidoptera, par le D' M. Wocke; Dresde, 1871, in-8". — W. E. Kirby, A Synonymie Catalogue of Diurnal Lepidoptera, in-S", London, 1871, et un supplément, 1877. — Cajetan Felder et Rudolph Felder, Lépidoptères du voyage de la Novara: Rhopalocera, 1 vol. texte et 1 vol. pi., Wien, 186i à 1867 ; Ilete-
rocera, 1 vol. pi. seulement, avec collaboration de A. F. Rogenhofor, Wien, I86/1 à 1875. — S. H. Scudder, Historical Sketch of the gêner ic naines proposed fur Butter (lies {Proceedings of the American Academy of arts and Sciettces, Boston, vol. X, Salem, Massachusetts, 1875). — Ovven S. Wilson, The Larvœ of the British Lepidoptera and iheir fuod Plants, avec pi. col., î.oiidon, Reeve and C", 1879.
Catalogues locaux.
Cantener, Catalogue des Lépidoptères du Var, Roret, LevrauU, 1833; Histoire naturelle des Lépidoptères Rlwpalocéres, ou Papillons diurnes des départements du Haut et Bas-Bhin, de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges, Paris, Roret, 183Z|. — Dujardin, Catalogue des Lépidoptères des environs d'' Amiens (bassin de la SommeJ, Abbeville, I8Z1O. — Bruand d'Uzelles, Catalogue systématique des Lépidoptères du Doubs, Besançon, 18kl\ à 1851 . — Rambur, Catalogue des Lépidoptères de la Corse {Ann. Soc. entom. de France, ISo^, t.I, p.2/i5,et l;<33,t. II, p. 7. — Abbé Désiré Pinart, les Papillons du département de l'Oise, catalogue méthodique des Lépidoptères (autographie), Beauvais, 18/i7. — Depuiset et DeyroUe, Catalogue méthodique des Lépidoptères d'Europe, Paris. — Guillemot, Catalogue des Lépidopteresdu département du Puy-de-Dume, Clermont,185Zi, supplémeni, 1858 ; Observations sur les Lépidoptères du printemps des environs d'Hyères, comparés à ceux d'Auvergne. Vingt-cinq jours de chasse aux Lépidoptères à Barcelonnette et à Larc/ie (Basses-Alpes). — W. L. Kirby, Catalogue des Lépidoptères d'Europe, dont les chenilles ne sont pas connues ou r(e le sont qu'imparfaitement {Ann. Soc. entom. de Fr., 1855. p. 320). — G. Viret, Catalogue des Lépidoptères du département de la Seine-Inférieure : Bhopalocères, Rouen. 187/i; Hétéroceres, Rouen, 1876. --Le Roi, Catalogue des Lépidoptères du département du Nord, Lille, 1871. — A. d'Aubusson, Catalogue des Lépidoptères de la Haule-Garonne {Bull. Soc. lust. nat. deToulouse, 1868}. — W. J. Griffith, Catalogue raisonné des Lépidoptères du Morbihan {Soc. polymathique du Morbihan, Vannes, 1873). — A. Foucarl, Catalogue méthodique et raisonné des Lépidoptères des environs de Douai, Douai, 1876. — A. Guenée, Statistique scientifique des Lépidoptères d'Eureet-Loir, Chartres, 1875. — Bellier de la Chavignerie, Observations sur les Lépidoptères des Basses-Alpes {Aim. Soc. entom. de France, 185/i, p. 29; 1856, p. 5; 1857, p. 587; 1859, p. 177); Observations sur quelques Lépidoptères d'Islande {Anîi. Soc. entom. de France, 1 857, p . 5) ; Observations sur la faune entom. de la Sicile {Ann. Soc. entom. de Fr.); Catalogue des Lépidoptères observés en Sicile {Ann. Soc. entom. de Fr., 1860, p. 705) ; Sur les Lépidoptères observés en Auvergne {Ann. Soc. entom. Fr., 1858, p. 73). — Berce, Catalogue méthodique des Lépidoptères de France, décrits dans la faune française (ne comprend pas les Microlépidoplcres), Paris, L. Dcyrolle. — Trimoulet, Catalogue des Lépidoptères de la Gironde {Actes de la Soc. Linnde Bordeaux, t. XII, 3' série, t. Il, 1''^ livraison, 1" avril 1858). — Bel-
lier de laChavignerie et Guillemot, Lépidoptères de la Lozère non signalés par Duponchel {Ann. Soc.entoin. de France, 1851, p. 631.) — A. Fauvel, Irs Lépidoptères du Calvados {sManuel descriptif, l'^ partie, Diurnes et Crépusculaires), br. in-/i, Cacn, I86.J. — G. Jourdheuille et J. Roy, Liste des Microlépidoptères recueillis dans le département de l'Aube, Troyes, 1865. — H. de Peyerimliofl', Catalogne des Lépidoptères d'Alsace, Juin 1862. — P. Minière, Catalogue raisonné des Lépidoptères des Alpes-Maritimes, 3 fasc, Cannes, 1871, 1873, 1876. — A. Gonstant, Catalogue des Lépidoptères du département de Saône-et-Loirc (publication de la Soc. Educnne), Autun, 1866. — Paul MdhiWo, Catalogue des Lépidoptères de la côte occidentale d'Afrique (Sociéié zoologiquc de France, trois articles, 1877-78).
— P. Minière, Iconographie et Description de Lépidoptères inédits, avec 1 planche col. {Ann. Société Linnéenne de Lyon, 1878j; Lépidoptérologie, avec 2 pi. col. {Mémoires de la Société des sciences nat. et hist., des lettres et des beaux-arts de Cannes, 1878;. — Maurice Sand, Catalogue raisonné des Lépidoptères du Bcrry et de l'Auvergne (France centrale), Paris, 1879, E. Deyrolie. Cet excellent catalogue contient de précieux renseignements sur les mœurs et les localités; il est très utile pour la liste fort étendue des Microlépidoptères. — C. Jourdheuille, Calendrier du Mirrolépidoptériste : recherche des chenilles {Ann. Soc. entom. de France, 1869, t. IX, p. 533). — Marquis de Lafitole, Calendrier lépidoptérologique (Chenilles) [le Xaturalistc, 1879). — Catalogue des Lépidoptères de la Somme (Ann. Suc, Liiin. du Nord, 1877). — Roudaire, Catalogue des Lépidoptères de la Creuse.
-De Sélys-Longchamps, Ènumération des Insectes lépidoptères de la Belgique {Mémoires de la Soc. royale des se. de Liège, 18Zi5j. — Divers auteurs. Catalogue des Insectes lépidoptères de la Belgique {Ann. Soc. entom. de Belgique, 1857, t. 1, p. 1). — De Fré, Catalogue des Microlépidoptères de la Belgique {Ann. Soc. entom. de Belgique, 1857, t. 1-% p. Zi5). — Gliiliani, Lepidopteri negli Stati Sardi, Y iivin, Imprimerie royale, 1851. — List of the Spécimens of Brilish Animais in the collection of the British Muséum : Lepidoplera, 1 lasc, J. Fr. Stephens, London, 185G; Microlepidoptera, 3 fasc, J. Edw. Cray, London, 1852-5/i. — D' Boisduval, Lépidoptères de la Californie {Ann. Soc. entom. de Belgique, t. Xll) ; Considérai ions sur les Lépidoptères envoyés du Guatemala à M. de rOrza, 1870.
— S. H. 'Scuddci , Sy nony mie List of the Butterjlies ofXurth America, JS'orlh of Mexico {Bull, of the Bujfalo Soc. of Saturai Science) : Nymphales, 1875; Rurales, 1876. — A. Curo, Saggio d(' un Catalogo dei Lepidoteri d'Italia {Bullttino délia Soc. enlomol. italiana, t. IX, 3" trira., p.:25'2; t. .\, 3' trim. , p. 189, suite; /i« trira., p. 229, suite). — Seebold, Catalogo de los Lepidopteros observadus en los alrededores de Bilbao, I pi. noÏTe {Anal, de la Soc. espaiiola de hist. natural, t. Vlll, p. 97. — 1)'' Seriziat, Catalogue des Lépidoptères des environs de Collo [Algérie).
Nous citerons cnlin, pour terminer los généralités sur la classification des Lépidoptères, un important travail de Duponchel : Mémoire sur la
i58 LÉPIDOPTÈRES.
question de savoir si les caractères fournis par les chenilles des Lépidoptères doivent prévaloir sur ceux tirés de l'insecte parfait dans une bonne classification de cet ordre {Ann. Société entomologique de France, 1837, t. VI, p. Ml, et 1838, t. VII, p. 2Zi7), et la réponse de M. A. Guenéc {op. cit., 1838, t. Vil, p. 231). Dans un traité élémentaire ces questions de philosophie naturelle ne peuvent trouver place ; notre opinion est que les caractères tirés des adultes doivent prévaloir, sauf de très rares cas de développement récurrent, que n'offrent pas les Lépidoptères.
La polémique anciennement soulevée entre Duponchel et M. Guenéc se rapporte à une question générale, propre à tous les animaux à métamorphoses. La forme adulte a l'avantage sur la forme larvaire de présenter les caractères sexuels, et en outre la séparation des sexes, presque toujours nulle chez les larves ; de là un élément de plus pour la distinction des espèces. Il faut remarquer que les caractères tirés de la reproduction, et par suite de la forme adulte, sont véritablement dominateurs dans toute la zoologie, soit pour distinguer les espèces, soit pour établir les groupes de divers degrés. Cela se comprend, en quelque sorte à priori, si l'on réfléchit que la reproduction est la fonction suprême des êtres vivants, à laquelle la nature a tout subordonné. Comme les adultes sont en général plus consistants dans leurs téguments que les larves, ils sont dans de meilleures conditions pour la fossilisation (enfouissement sous les eaux), de sorte que les fossiles, si importants à comparer aux formes actuelles, appartiennent presque exclusivement aux états adultes. Enfin la récolte des adultes chez les Insectes, où ils sont seuls pourvus d'ailes, est plus générale et plus rapide que celle des larves; celles-ci, souvent molles et peu consistantes, se conservent mal. Pour ces raisons, presque tous les voyageurs ne rapportent des pays lointains que des insectes adultes; presque tous les genres et les espèces de Lépidoptères exotiques portent la mention : « Chenilles, et chrysalides inconnues » . Dans cet ouvrage nous donnons la préférence et en première ligne, pour les genres et pour les espèces, aux caractères de l'état adulte, puis à ceux des états larvaires en second rang. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il faut réunir, quand on le peut, ces doubles caractères, et qu'on a ainsi une détermination meilleure et plus complète.