‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 28 sur 118 · NÉVROPTÈRES · texte numérisé non relu

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raissent en effet pendant quelques heures, pour voltiger aux rayons d’un soleil dont ils ne verront pas le coucher, ou pour vivre dans la durée d’un seul crépuscule. Leur abondance excessive sur certaines rivières, où ils fournissent aux poissons une nourriture dont ceux-ci sont très-friands, a attiré sur ces insectes l'attention des pêcheurs, qui guettent leur éclosion et leur donnent le nom de manne. Aussi les Éphémères furent étudiés avec un soin tout particulier par Swammerdam, Réaumur et de Geer sous le rapport de l'organisation, des mœurs et des métamorphoses. Linnæus a résumé leur existence dans une phrase qui réunit l'élégance à la précision : « Larvæ natant in aquis ; volatiles factæ, brevissimo fruuntur gaudio, uno sæpe eodemque die nuptias, puerperia et exsequias celebrantes.» Le genre Ephemera de cet auteur a compris tous les Ephémériens jusqu'en ces derniers temps. Les travaux plus modernes, notamment de M. Burmeister, et surtout la connaissance des mœurs très-distinctes des larves par Pictet, ont amené la création nécessaire de plusieurs genres.

Les Éphémériens rappellent les Perliens par la mollesse de leurs téguments, qui sont encore plus minces et moins résistants. Il est certaines espèces de petite taille, des genres Cloe, Potamanthus, Cœnis, qu'il est difficile de saisir sans les gâter, tandis que les £phemera et les Bœætis de Pictet sont plus solides ; les larves ont en général une consistance écailleuse plus ferme que celle de l'adulte. Par la dessiccation les Éphémériens perdent la forme et la couleur du corps, en même temps que leurs appendices deviennent d'une telle fragilité qu'ils se brisent au moindre choc. Aussi ces insectes ne sont presque jamais collectionnés, et sont pour cette raison assez mal connus, surtout les exotiques.

La tête est ordinairement plus large que longue chez les adultes. Chez les Ephemera, elle simule un triangle, dont un sommet tourné en avant se termine par le stemmate antérieur, tandis que les yeux occupent postérieurement les deux autres sommets, le milieu offrant des impressions profondes. Les Bœtis de Pictet ont la tête rétrécie en arrière et présentant une sorte de trapèze postérieur aux yeux, ajouté au triangle précédent. Les autres genres ont des formes se rapprochant de ces deux types. Elles s'altèrent un peu après la mue pelliculaire de l'adulte, qui raccourcit la tête et rend les yeux plus saillants. Les yeux sont assez constants chez les femelles de tous les Éphémériens, hémisphériques, à contour circulaire. Dans les genres £phemera, Palingenia, Bœætis de Pictet et Cœnis et leurs annexes, les yeux des mâles sont seulement plus grands et plus globuleux que ceux des femelles, tandis que leur organisation est toute différente dans les genres Cloe et Potamanthus. La tête des Cloe mâles vue en dessus montre deux énormes yeux,qui la couvrent presque tout entière et qui même la dépassent en arrière. Sur les côtés apparaissent deüx autres yeux, dont l'extrémité seule est visible et dont la forme rappelle les yeux de la femelle. La tête, regardée de côté, présente en effet ces derniers organes occupant la place normale des yeux, et les vrais ana-

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logues de ceux de la femelle, tandis que les deux gros yeux supplémentaires ont une forme particulière et remarquable, décrite par Réaumur et de Geer sous le nom d’yeux en turban. Is sont constitués par une calotte hémisphérique réticulée, souvent colorée de rouge ou de jaune, et qui est portée par un anneau obconique plus mince à sa base. La partie réticulée des yeux surajoutés chez les mâles du genre Potamanthus est aussi grande que pour le genre précédent; mais elle est plus arrondie et portée sur un anneau beaucoup moins régulier et moins visible, de sorte que ces organes sont moins saillants, et que leur partie

- réticulée est juxtaposée à l'œil normal, au lieu d'en être sensiblement distante. Les ocelles sont au nombre de trois : les deux postérieurs, placés entre les yeux, ordinairement en avant de leur milieu ; l'antérieur, situé entre les antennes, et quelquefois très-petit, est souvent porté sur un petit prolongement conique. Les antennes, plus courtes que chez les larves, et encore raccourcies par la mue de l'adulte, sont composées de trois articles, le premier gros et court, le second cylindrique, le troisième beaucoup plus long, et en forme de soie mince, qui doit en général se regarder comme un seul article, mais offre quelquefois des stries transversales, indice de la subdivision en articles chez la larve. Les pièces buccales des adultes perdent toute importance pour la classification. Les parties dures et écailleuses restent à la dépouille de la nymphe, et celles qui les remplacent sont faibles et très-molles, raccourcies, ainsi que les palpes, qui, très-réduits forment, avec les maxilles et la lèvre, des organes inertes ; de sorte que les bouches des divers genres, si différentes dans les larves qui mangent, se ressemblent chez tous à l’état parfait, les organes se confondant en raison d’une atrophie générale, ne se composant plus que de la partie centrale des pièces dures des larves. Leur usage devient complétement nul, car les Éphémériens ne prennent aucune nourriture depuis le moment où ils quittent l’état de nymphe. L’extrême brièveté de leur vie adulte, dans laquelle ils n'ont uniquement qu'à assurer le sort des générations futures, rend inutile pour eux d'avoir les moyens de soutenir une aussi frêle existence.

Le thorax, chez les adultes comme chez les larves, est toujours divisé en trois parties bien distinctes. Le prothorax est ordinairement un collier court et transverse, plus étroit que la tête, plus ou moins échancré en arrière pour recevoir la partie antérieure du mésothorax, celui-ci formant un disque bombé et ellipsoïdal, bien plus grand que les deux autres anneaux, et étant la seule partie qui frappe d’abord l'œil, le corselet suivant la dénomination vague et générale des anciens auteurs (genres Ephemera, Bætis de Pictet, Potamanthus, Cloe), le métathorax court, se confondant avec les segments de l'abdomen. Dans les Cœænis le prothorax devient plus important et plus large, et encore plus chez les Polymitarcys et Palingenia, en forme de bouclier oblong chez P. virgo, court, très-large, subiriangulaire dans P. longicauda, creusé en dessus de deux sillons

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longitudinaux, qui correspondent à deux grandes échancrures du bord antérieur destinées à recevoir les yeux. Le thorax porte en dessus le plus ordinairement quatre ailes plates et non plissées, les inférieures toujours beaucoup moindres que les supérieures et devenant vestigiaires et même tout à fait nulles dans quelques espèces. Il est fort curieux que dans la mue de l'adulte ces ailes, par un fait exceptionnel parmi les Insectes, perdent leur enveloppe extérieure. Avant cette mue elles sont toujours plus ou moins grisâtres et ternes, et leur surface ainsi que le bord costal antérieur sont couverts de poils ou de crochets rapprochés, visibles seulement au microscope; le bord postérieur est en outre muni dans toutes les espèces de poils plus longs, qui, dans les genres Potamanthus et Cloe, sont souvent visibles à l'œil nu. L'Éphémère parfait a la surface des ailes entièrement dépourvue de poils et de crochets. La nervure costale est forte, munie de petites épines couchées, et se divise vers son extrémité. Le bord postérieur et anal, sinueux et anguleux, est fortifié par des productions écailleuses, sous la forme de fils et de tubercules; les Cœnis et quelques Palingenia ont des poils roïdes et rares sur ce bord écailleux. Le P. longicauda, à l'état parfait, a la surface alaire toute couverte de tubercules, mais sans poils. La forme ordinaire des ailes dérive d'un triangle scalène dont le plus grand côté serait en avant, et dans lequel le bord postérieur formerait un angle obtus, et ce type idéal est presque exactement réalisé dans l'aile supérieure du genre Oligoneuria. En général, les bords sinueux et arrondis des ailes les éloignent de la forme rigoureusement triangulaire ; toutefois les genres qui ont les ailes postérieures passablement développées, présentent dans leurs supérieures trois côtés et trois angles faciles à reconnaitre (Æphemera, Palingenia, Bwtis de Pictet); dans les genres au contraire qui ont les ailes inférieures rudimentaires ou nulles, le bord anal des supérieures se développe davantage et l'aile perd de son aspect trigone (Potamanthus, Cloe, Cæwnis). Dans les Cœnis même le bord anal est très-grand, et l'aile tout à fait arrondie dans ses bords interne et postérieur. Les ailes inférieures, quand elles sont à leur plus grande étendue, sont plus courtes à proportion de leur largeur que les supérieures, ce qui leur donne une forme plus carrée, et leur bord antérieur présente un angle saillant en avant, bien visible surtout chez les Ephemera et les Bætis de Pictet. Leur aire est entre le tiers et le quart de celle des supérieures dans les genres Ephemera, Bætis de Pictet, Palingenia, Oligoneuria, où elles sont à leur étendue maximum ; chez les Potamanthus la disproportion est devenue bien plus grande, et l’aile inférieure n’a souvent en surface que la dixième partie de l’autre. Les Cloe les offrent encore plus petites, rudimentaires ou même tout à fait nulles dans quelques espèces, et ce dernier cas est celui des Cœnis, qui sont complétement diptères.

Les ailes supérieures, qui sont les seules réellement importantes chez les Ephémériens, sont plus ou moins larges relativement à leur longueur. On peut remarquer en général que les ailes qui ont peu de ner-

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vures transversales sont les plus larges, et que celles qui sont le plus réticulées sont aussi les plus étroites. Ainsi dans les genres Cœnis, Cloe et Oligoneuria, la longueur n’est pas double de la largeur, tandis que, dans les genres Ephemera, Palingenia, Beætis de Pictet et Potamanthus, elle est de deux fois et demie à trois fois aussi grande. La nervation de ces ailes peut, avec certaines difficultés, se ramener au plan général. Dans l'aile supérieure du genre Oligoneuria (peu de nervures), on remarque huit nervures longitudinales, qui sont évidemment la costale au bord, une petite accessoire de celle-ci, la sous-costale, une accessoire de la sous-costale, la médiane, la sous-médiane, l’anale et une accessoire de l’anale ; l’aile inférieure est analogue. Les mêmes nervures se retrouvent dans les autres genres, mais avec un nombre considérable d'accessoires et de bifurcations. Il est toujours facile d'y reconnaitre la costale, son accessoire et la sous-costale ; mais la médiane, la sous-médiane et l'anale sont souvent malaisées à distinguer. Outre ces nervures longitudinales, il y en a de transversales en nombre très-différent suivant les genres, peu nombreuses chez les Cœnis, les Cloe et surtout Les Oligoneuria, en grande quantité dans les genres Potamanthus, Ephemera, Palingenia et Bætis de Pictet, de manière à diviser l'aile en un nombre considérable de cellules subcarrées.

Les pattes des adultes sont bien plus longues et plus étroites que celles des larves, et la mue postnymphale les allonge encore, surtout les pattes antérieures des mâles. La cuisse est assez courte et la jambe plus longue, l’une et l’autre minces, uniformes, sans renflements ni rétrécissements, sans poils ni épines. Le tarse est composé de quatre ou cinq articles, car souvent un petit article basilaire, semblant n'être qu’un rétrécissement de l'extrémité de la jambe, rarement bien développé (Polymitarcys virgo), s'ajoute aux quatre articles normaux ; il manque aux quatre jambes postérieures des genres Potamanthus et Cloe. Les tarses se terminent par deux crochets membraneux et souvent inégaux, ou par un crochet et un appendice piriforme. Chez les Cœnis, le dernier article des tarses porte deux petits appendices égaux subquadrangulaires, et enfin les tarses ont la forme de fils grêles et sinueux à articles indistincts dans le singulier genre Oligoneuria, dont les pattes antérieures ont les cuisses contournées en demi-cercle. Il faut surtout remarquer la grandeur des pattes antérieures des Éphémériens, très-grèles et trèslongues chez les mäles principalement, insérées en avant du prothorax, très-près de la tête, toujours dirigées antérieurement dans le vol et simulant des antennes.

L’abdomen des Éphémériens adultes s’allonge et s’amincit comparativement à celui des larves. Sa forme est habituellement cylindricoconique, et son dernier ou neuvième anneau (il y a des difficultés à bien compter les segments) porte des appendices importants. Dans les genres Ephemera, Potamanthus et Cœnis, l'adulte conserve les trois soies caudales articulées que possèdent toujours toutes les larves d'Éphé-

mériens ; les Bœlis de Pictet perdent toujours la soie médiane après la mue de la nymphe, les Cloe en conservent un léger rudiment; les Palingenia et genres annexes sont intermédiaires, la soie caudale du milieu pouvant s'atrophier et perdre ses anneaux dans tous les mâles et aussi dans les femelles de certaines espèces (P. longicauda), ou bien les trois soies caudales restent à peu près égales chez les femelles (P. vérgo). Les soies caudales s’allongent au maximum chez les maàles, à mesure que s’accomplissent les mues nymphale et postnymphale où mue adulte, chaque anneau s'étirant après la mue, car il n’était ni replié ni flexueux dans son enveloppe. Outre ces soies, l'extrémité de l'abdomen porte, d’une manière analogue à ce que nous ont offert les Libelluliens, quatre appendices plus ou moins visibles chez les mâles, deux chez les femelles.

Les mâles ont, en premier lieu, deux longs crochets arqués, composés ordinairement de quatre articles, à proportions variables, parfois de trois (Potamanthus, Cloe); en outre, le dernier anneau abdominal a deux appendices internes, beaucoup plus courts, ovoïdes ou coniques, parfois en lames quadrangulaires (Zætis de Pictet), à peu près aussi longs que la petite soie médiane chez les Palingenia, ne se voyant qu’en dessous dans les Cle, et rudimentaires chez les £phemera. Deux appendices analogues, coniques, rapprochés de la ligne médiane, sont les seuls que présentent les femelles, et on ne les aperçoit qu'en dessous, le tergum du dernier anneau, en se repliant, les couvrant plus que chez les mâles.

Les appendices terminaux sont de bons caractères distinctifs des sexes. En outre, les femelles ont les yeux petits et toujours simples, les pattes antérieures et les soies caudales moins longues, les ailes plus aiguës et moins larges; leurs couleurs sont moins vives et quelquefois tout à fait différentes de celles du mâle. Il faut avoir soin encore de ne comparer entre eux que des états identiques de chaque sexe, le mieux après la mue spéciale à l'adulte ; la comparaison d’un adulte complet à un adulte avant la mue pourrait induire en erreur. La soie caudale médiane manque souvent dans les deux sèxes ; quelquefois le mâle n’a pas la soie médiane, tandis que la femelle l'offre égale aux deux autres, ou seulement plus courte ou manquante. Les proportions des articles des tarses du mâle ne sont pas les mêmes que celles de la femelle.

La courte vie des Éphémériens adultes se passe pour beaucoup d'espèces dans une agitation continuelle. Les longues pattes antérieures, étendues en avant pour équilibrer dans le vol la région postérieure du corps et les filets abdominaux, simulent des antennes et ont parfois été prises pour telles, ainsi par Aristote, qui ne donne aux Éphémères que quatre pattes. Leur vol ordinaire est vertical; ils ne cherchent pas à changer de place latéralement, On les voit monter en ligne droite, et, lorsqu'ils sont arrivés à une certaine hauteur, ils se laissent descendre en écartant leurs ailes et leurs longues queues, qui leur ser:

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vent de parachute. Puis, un coup rapide des unes et des autres change brusquement la direction du mouvement, et ils recommencent à monter, leur faible densité moyenne n'’exigeant du reste que peu d'efforts musculaires.

Ils recherchent la lumière ; l'éclat d’un flambeau les attire. Ils décrivent autour de la flamme des courbes concentriques et finissent par s’y brûler. Il y a quelques espèces qui sont au contraire peu mobiles : ainsi le Cloe diptera, qu’on trouve souvent dans l'intérieur des maisons, sur les vitres et les rideaux.

C'est dans leurs courses aériennes que les Éphémériens s'occupent à donner naissance à la génération qui doit leur succéder. La vie véritable de ces insectes est l’état de larve et de nymphe, l'adulte n'ayant uniquement à sa charge que la très-courte phase reproductrice. C’est dans l’air que les mâles recherchent les femelles pour s'accoupler. Le mâle vole au-dessus de la femelle, et saisit son prothorax avec ses pattes antérieures allongées. En même temps il agite en dessus et en dessous le bout de son abdomen, et cramponne avec ses pinces le segment approprié de l’abdomen de la femelle. Dans l’accouplement, qui est ordinairement de courte durée, le couple est surtout porté par la femelle, et descend peu à peu, parfois jusqu’à terre. Quand les sujets sont séparés, le mâle rejoint ses compagnons; la femelle vole vers l’eau, où elle dépose ses œufs fécondés, les étalant çà et là sur la surface de l'eau avec ses soies caudales étendues en éventail jusqu’à expulsion de tous les œufs. Puis elle retourne avec les autres Éphémères ; dans quelques genres elle cherche de nouveau un mâle et pond encore, et ainsi de suite jusqu’à complet épuisement des œufs. La même femelle peut être fécondée par différents mâles, et le même mâle est également apte à s’accoupler avec plusieurs femelles, n'étant pas hors de service par une seule copulation. Il y a d’autres genres où, le coït consommé, les œufs sont déposés tous ensemble en un seul paquet. Quelques espèces volent accouplées assez longtemps. On voit des Bætis de Pictet voltiger en cet état presque avec la même légèreté que des insectes isolés, en raison de la très-solide attache des crochets des mâles.

Pictet pense que les appendices abdominaux internes des femelles servent à assujettir les grappes d'œufs qu'elles tiennent suspendues à l'extrémité pendant qu'elles voltigent au-dessus des eaux, jusqu'au moment où elles les laissent choir. La grappe s'imbibe d’eau et tombe au fond au hasard, sans que la femelle ait l'instinct qu’offrent quelques Libelluliens et Phryganiens, qui, bien qu'aériens à l’état adulte, vont au fond de l’eau choisir une place convenable à leur ponte.

En général, un jour ou même quelques heures suffisent pour l’éclosion, la copulation et la mort des Éphémères adultes. Dans les jours d’élé on voit ces insectes sortir de l'enveloppe de nymphe dans l'aprèsmidi, quitter ensuite la pellicule spéciale à la tribu, voltiger quelques heures pendant lesquelles ils s’accouplent et pondent, et mourir quand

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le soleil disparait sous l'horizon ou peu après. Si l’on empêche la reproduction, on peut, comme l'ont vu de Geer et C. Duméril, maintenir vivant un Éphémère adulte plus de huit jours, en enfermant à sa naissance le sujet isolé dans un bocal. D'ordinaire l'insecte ne peut survivre à la fatigue de l’accouplement et de la ponte, ce qui se comprend chez des êtres fragiles, hors d'état de résister aux variations atmosphériques.

L’éclosion des Éphémères n’a pas lieu à toutes les heures. C’est surtout le matin et le soir, quelques heures après le lever du soleil, et principalement avant son coucher, qu'ils naissent, rarement vers le milieu du jour, trop chaud et trop desséchant. Les anciens naturalistes avaient déjà remarqué que leur apparition est plus abondante dans les jours chauds, quand un orage se prépare. Leur grand nombre est en général un signe de pluie, et quelques espèces peuvent même être considérées comme l'indice certain d’un orage. Pictet dit avoir presque toujours vu en particulier le Bœtis semihyalina se montrer régulièrement lorsque le temps va devenir pluvieux. En Hollande, pays aux multiples canaux, on voit souvent le ciel s'obscurcir tout à coup comme s'il était couvert de nuages, et cette apparence est due à un nombre immense d'Éphémères qui naissent tous à la fois, et qui, après leur mort, couvrent les rivages, les bateaux, etc., en formant quelquefois une couche de 3 centimètres d'épaisseur. À Paris, on observe par moments le Palingenia où Polymitarcys virgo assez abondant pour présenter, comme le dit Latreille, l'apparence d’une neige tombante à gros flocons : les journaux, en racontant le fait, les prennent d’ordinaire pour des pluies de Papillons blancs. A Genève, de Candolle rapporte qu'une petite espèce, le Cœnis lactea, envahit une fois les chambres éclairées de sa maison située sur le bord du lac, au point que les meubles en furent couverts d’une couche épaisse.

Les Éphémériens offrent une nourriture recherchée des poissons ; aussi les pêcheurs s’en servent comme appât sous le nom de manne, et les capturent le soir sur le bord des rivières, en les attirant en nuages autour des lampes ou des chandelles allumées : c'est ce que j'ai vu faire en certains soirs de juin près du pont de Compiègne, sur l'Oise, pour le Polymitarcys virgo. Dans son Entomologia Carniolica, Scopoli dit que les paysans de la Carniole utilisent les Éphémères comme engrais, et que, près du lac de Laz, en juin, il naît une si prodigieuse quantité d’Ephemera vulgata, qu’on peut conduire d'ordinaire sur les champs vingt chariots pleins de ces insectes, excellente fumure. On emploie aussi en Hollande, comme engrais, les amas d'Éphémériens morts. En général, on peut dire que les Éphémérieñs, inoffensifs pour l'homme, sont aussi peu utiles à ses besoins, sauf les amorces de pêche et l’engrais.

Les larves des Éphémériens présentent plus de différences dans leurs formes et leurs habitudes que ne le croyaient les anciens natu-

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ralistes. Il en est qui.sont fouisseuses (Ephemera, Palingenia), etc.,et trèsbien étudiées par Réaumur et Swammerdam. Elles sont longues et cylindriques, armées de pattes fortes. Dès que les jeunes larves son

écloses, elles se construisent des retraites, en creusant dans l’argile ou la vase des galeries tubulaires droites ou légèrement arquées, horizontales. Elles fouissent avec leurs mandibules et leurs pattes antérieures, qui ont quelque analogie avec celles des Courtilières. Elles changent fréquemment de galeries, soit lorsque leur corps prend de l’accroissement, soit par le changement de niveau de la rivière ou de l'étang, car ces insectes sont obligés de vivre dans l’eau, mais aiment à rester toujours près de la surface. Sur les bords de quelques rivières à fond d'argile solide, on voit souvent une multitude de trous, qui sont les demeures actuelles où abandonnées d’une quantité énorme de ces larves. D’après Réaumur, les tubes de la larve de Polymitarcys virgo sont formés de deux branches parallèles juxtaposées, et communiquant ensemble dans le fond par un coude de même diamètre. Swammerdam parle de ceux de Palingenia longicauda comme étant simpies. Ces larves recherchent les eaux dormantes, les fossés vaseux, les étangs, les parties des rivières où le courant est le moins fort, n'’aimant pas les bords agités des torrents, ni les ruisseaux à fond de gravier et à cours rapide. Elles peuvent cependant nager par des mouvements du corps analogues à ceux des serpents, mais leurs pattes courtes et leur corps allongé leur rendent difficile de s'arrêter, en se cramponnant à quelque pierre, quand le courant de l’eau les emporte. Elles se nourrissent de petits insectes et de vers aquatiques, et paraissent vivre deux à trois ans.

Les larves plates (Heptagenia où Bætis, Pictet) ont au contraire toutes leurs parties élargies et déprimées, les cuisses ovales, très-larges et très-minces, les pattes antérieures semblables aux autres. Cette forme ne permet pas à ces larves de creuser des terriers ; elles sont assez robustes pour chasser sans abris ; leurs pattes élargies constituent de bonnes nageoires, et l'aplatissement de leur corps leur rend possible de s'appliquer contre les pierres, en formant une saillie presque insensible, de façon à résister aux courants les plus forts. Aussi, contrairement aux larves précédentes, ces larves plates vivent dans les rivières et les ruisseaux rapides, et principalement dans les endroits les plus pierreux. Elles restent attachées aux grosses pierres, soit en dessous, soit au-dessus, au milieu des mousses; courent avec rapidité en avant, en arrière, de côté ; nagent aussi plusfacilement que les larves fouisseuses, mais sans pouvoir remonter le courant et prenant bientôt appui sur les pierres du fond. Leur nourriture se compose, à la manière des larves de Perliens, de larves de Diptères et de jeunes larves de Névroptères aquatiques, qu'elles poursuivent et saisissent directement. La durée de leur existence est ordinairement d’un an, et peut être moins pour quelques espèces qui ont deux apparitions annuelles, au printemps el en automne.

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Un autre type de larves, les nageuses (genre Cle), présente des insectes cylindriques et allongés, à pattes minces et délicates, et dont les soies caudales sont munies des deux côtés de poils forts et longs, constituant une véritable nageoire caudale, Elles vivent surtout dans les ruisseaux et dans les parties des rivières où le lit s'élargit et devient moins rapide et moins profond ; peu solides sur les pierres, vu la faiblesse de leurs pattes, ne marchant que lentement, elles s'abritent au milieu des mousses et des herbes aquatiques, et sautillent entre leurs brins dès qu'on retire de l’eau tes amas de plantes. Elles nagent habilement, avec les mouvements d’un petit poisson ; vivent de proies plus petites que les larves précédentes, en raison de leur plus faible taille, et durent d'ordinaire une année, avec deux apparitions pour quelques espèces.

Enfin le genre Potamanthus et les genres annexes présentent des larves rampantes, qui semblent moins bien traitées par la nature que celles des autres Éphémériens. Dépourvues des fortes mandibules et des pattes antérieures solides des larves fouisseuses, n'ayant ni la force des larves plates, ni la nageoire caudale des larves nageuses, elles sont en général faibles et à pattes minces. Les unes, plus grèles, ont ces organes allongés et faibles; d’autres plus raccourcies, les ont plus courts et un peu plus forts. Elles ont une démarche lente et rampante, les plus courtes cheminant avec peine au moyen de leurs pattes seules, les autres s’aidant un peu des mouvements abdominaux. Incapables de fouir, elles ne pourraient échapper à leurs ennemis, ni atteindre leur proie, si elles ne suppléaient par la ruse à ce qui leur manque en force et en agilité. Elles habitent ordinairement les ruisseaux ou rivières dont le courant est médiocre, et recherchent aussi les fonds pierreux, mais seulement ceux dans lesquels le limon et les détritus ont recouvert les pierres d’une couche de vase. Elles s’entourent de cette matière et se cachent ainsi, les plus courtes, qui sont aussi Les plus velues, étant celles où la vase adhère davantage. De cette façon elles sont aisément invisibles à leurs ennemis, et saisissent, dans cette sorte d'embuscade, les petites proies que leur lenteur de mouvements ne leur permettrait pas d'atteindre autrement.

La tête des larves offre trois formes distinctes. Les fouisseuses ont celle-ci en ovoïde irrégulier, avec saillie en avant de l’épicräne chez les Ephemera, terminée par deux petites pointes mousses dirigées au dessus des organes buccaux. Dans les larves plates et les larves rampantes, la tête déprimée a un contour à peu près circulaire, auquel ne participent pas les yeux, sifüés entièrement en dessus. Enfin les’ larves nageuses ont la tête allongée et revenant à la forme ellipsoïdale des larves fouisseuses, mais moins épaisse, avec un contour plus régulier auquel concourent les yeux, situés presque au bord. Les ocelles et les yeux sont analogues à ceux des adultes, mais moins développés, et les yeux toujours simples, même chez les Cloe et les Potamanthus..Les

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antennes des larves et des nymphes sont plus longues que celles des adultes, multiarticulées et souvent avec des poils verticillés. Dans la nymphe près de se métamorphoser, on voit dans l'intérieur, par la transparence des parois, la nouvelle forme que doit prendre cet organe. Les deux premiers anneaux restent à peu près les mêmes, mais, à la place de tout le reste de l’antenne, il se forme dans l'intérieur une soie conique plus courte et non subdivisée en anneaux, quelquefois avec des stries transversales. Les pièces buccales sont bien développées chez les larves et les nymphes, en raison de leur nécessité fonctionnelle. Le labre est presque quadrangulaire et un peu bombé; les mandibules, de forme variable suivant les genres, composées toujours d’une partie terminale et crochue servant à la préhension, et d’une partie médiane à petites dentelures servant à la mastication. Les crochets terminaux dépassent la tête dans les genres Ephemera et Palingenia, tandis qu'ils sont cachés au repos dans les autres genres. Les mâchoires, avec beaucoup de variations dans les proportions relatives de leurs parties, ont toujours une pièce basilaire, une maxille dentée et un palpe le plus souvent de trois articles; on n'y voit jamais de galea. La lèvre inférieure est en général composée d'un menton, de deux paires de pièces qui le terminent, et de deux palpes labiaux à deux ou trois articles.

Le thorax est toujours divisé en trois parties bien distinctes, comme chez l'adulte, le mésothorax étant ordinairement la plus grande et la plus développée. Il porte en dessous des pattes toujours plus courtes, plus larges et plus simples que chez l'adulte, et dont nous avons indiqué les différences en établissant la classification des larves d’après leurs mœurs. Le passage à l’état parfait les allonge et multiplie les articles des tarses, ei la mue de l'adulte augmente encore leur longueur. Chez la larve et la nymphe les tarses n’ont qu'un article cylindrique terminé par un crochet.

L'abdomen des larves et nymphes varie suivant les formes générales du corps, long et cylindrique chez les fouisseuses, plus court et plus aplali dans les Bœtis de Pictet, intermédiaire entre ces deux types chez les Potamanthus et les Cloe. Ce que ses neuf segments offrent de plus remarquable, ce sont les organes transitoires de la respiration aquatique. A l'état de larve et de nymphe, des fausses branchies ou prolongements externes des trachées servent à absorber l'air dissous dans l'eau. Elles n'existent pas d'ordinaire sur le thorax, mais sont portées par les anneaux de l'abdomen, sauf les trois derniers. Leurs formes, assez variées, correspondent aux genres naturels.

Dans le genre Cloe chaque anneau porte deux feuilles plates et ovales, avec un court pédicelle, minces et transparentes, et laissant voir, à travers leurs parois, les rameaux sortis de part et d'autre du tronc central d’une trachée appliqué à une trachée principale interne.

Une partie du genre Potamanthus de Pictet présente le même type avec de légères modifications. Les larves de ce genre, plus courtes, plus

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grosses, et plus lentes que les autres, ont aussi des organes respiratoires en forme de feuilles ; mais ces feuilles sont moins transparentes et revêtues sur leurs bords de petits poils. Les feuilles des anneaux antérieurs sont plus épaisses que les autres, et couvertes de petits poils sur toute leur étendue; c’est à peine si l'on voit par transparence quelques traces de trachées. Les feuilles des anneaux suivants, dépourvues de poils sur leur surface, laissent apercevoir, grâce à leurs parois plus transparentes, les trachées, qui se ramifient en deux faisceaux. Cette différence de téguments se lie à la position même de ces feuilles, qui se recouvrent en partie les unes les autres, et dont la première, par conséquent, est la seule qui soit tout à fait découverte. La forme de ces feuilles est moins régulièrement ovale que celle des Cloe.

Les espèces plus minces et plus allongées du genre Potamanthus avec l'extension que Pictet lui donne, ont ces organes respiratoires externes formés sur un autre type. La feuille est plus petite, et la trachée qui s'y ramifie plus grosse; aussi les rameaux de celle-ci ne sont-ils pas contenus dans l’intérieur de la feuille, et s’en échappent-ils en formant de longs filets qu'accompagnent des prolongements membraneux. Ex. : P. Geeri, brunneus et cinctus.

Chez les Polymitarcys et Palingenia(ex. : P. virgo, figuré par Réaumur) les organes respiratoires externes sont composés, de chaque côté de chaque anneau, de deux feuilles, dont le bord est orné d'une série nombreuse de petits prolongements tubulaires, plus longs au côté postérieur.

Chez les larves d'Heptagenia, on voit une grande feuille ovale qui rappelle celle des premières larves de Potamanthus, tant par sa forme que par les petits poils dont elle est ciliée et par ses granulations. La trachée s’y ramifie à peu près comme chez les Cloe. Ce genre diffère desprécédents en ce que la trachée principale, avant d'entrer dans la feuille, donne naissance à un gros faisceau de tubes libres, en cæcum, dont la longueur atteint à peu près la moitié de celle de la feuille. Au microscope, ces tubes montrent quelques ramifications et vésicules trachéennes dans leur intérieur.

Chez les Ephemera, on trouve une autre organisation. Les ramifications trachéennes ne sont plus jointes par une membrane, ou, autrement dit, il n'y a plus de feuilles. Les angles postérieurs des anneaux abdominaux donnent naissance à deux très-forts troncs trachéens, qui se ramifient en une multitude de tubes en cæcum dirigés des deux côtés et à peu près dans le même plan, de façon à représenter comme deux houppes plates. Ces tubes ne sont jamais ramifiés.

Dans le passage de la nymphe au premier état de l'adulte toutes les fausses branchies ou trachées extravasées restent adhérentes à la dépouille de la nymphe.

La découverte des larves du genre Cænis a apporté un type nouveau dans les curieux appareils branchiaux des premiers états des Ephémé-

ÉPHÉMÉRIENS, 313

riens (1). Le premier segment abdominal porte une paire de très-petites branchies relevées, puis les segments 3, 5, 6, 7, offrent des lames branchiales semi-ovales, simples, imbriquées, devenant plus petites par gradations d'avant en arrière, frangées de cæcums trachéens s’entrecroisant avec ceux du côté opposé. Le second segment offre deux lames quadrangulaires convexes, recouvrant complétement les branchies des segments suivants, unies à charnière par leurs bords supérieurs au bord dorsal du second anneau abdominal, libres par leurs bords latéraux et inférieurs : on dirait des basques de veste, et leur - mouvement est analogue à celui de deux cuvettes de montre placées à côté l'une de l’autre, se soulevant et s’abaissant ensemble d’une façon alternative. On a trouvé les nymphes rampantes de C. grisea, Pictet, et d’une seconde espèce, vivant avec celles de Potamanthus dans la vase garnissant les plantes aquatiques et les pierres des fleuves et ruisseaux des environs de Toulouse ; elles relèvent leurs soies caudales comme un paon qui fait la roue. On peut dès lors classer comme il suit les larves et nymphes des Ephémériens : 1° Organes respiratoires complétement externes. Larves fouisseuses : organes respiratoires en houppes, Ephemera; organes respiratoires en forme de feuilles frangées, Polymitarcys, Palingenia. Larves non fouisseuses : marcheuses, à queue simple, Bœtis de Pictet ou Heptagenia (corps très-aplati), Potamanthus (corps non aplali); nageuses, à queue ciliée de très-longs poils, Cloe. 2° Organes respiratoires externes protégés par deux opercules; larves rampantes, Cœænis.

L'abdomen des larves et des nymphes n'offre comme organes terminaux que les soies caudales, toujours au nombre de trois, ordinairement plus courtes que l'abdomen, et insérées dans le même plan horizontal dans une échancrure terminale du dernier anneau. Elles sont formées de nombreux articles dont le premier est le plus gros, peu poilus en général dans lesgenres Heptagenia et Potamanthus, à poils assez longs chez les Ephemera et Palingenia, et formant des espèces de plumes chez les Cloe, où les soies caudales constituent un instrument natatoire important.

Les nymphes ne diffèrent des larves que parles fourreaux alaires qui se développent peu à peu à la partie dorsale du mésothorax et du métathorax. La nymphe se débarrasse très-rapidement de sa peau, qui se fend par le dos, après un emphysème général; le corps délicat et souple de l'adulte sort facilement, et les ailes se déplissent et s’agitent presque aussitôt. Les nymphes cylindriques, fouisseuses ou nageuses,

(1) E. Joly, Contributions pour servir à l'histoire des Éphémériens (Soc. hist. natur. de Toulouse, 15 juillet 1872, Bull., t. IV, p.142). — A. E. Eaton, Monogr. of the Ephemer., m Trans. Soc. Entom.of London, 1871, p. 92.— E. Joly, Note sur les caractères: d’une larve d’Insectes orthoptères de la famille des Éphémérines (g. Cœænis), Revue des Soc. sav., 2€ sér., NI, 69-72, 1868 ; Paris, Imprim, nation., 1872,

314 NÉVROPTÈRES.

se métamorphosent à la surface même de l’eau, et leur dépouille, comme pour les Culicides (Diptères), sert de plancher ou de bateau, atin que l'adulte ne se mouille pas. Les larves plates, à corps plus dur, et qui recherchent des eaux plus bouillonnantes, ne pourraient suivre cet exemple, car elles seraient noyées avant d’être débarrassées de la peau de nymphe. Elles sortent de l'eau et se fixent dans un lieu sec, et l'on trouve leurs dépouilles adhérentes aux pierres des rivages, comme pour les Perliens. Une hypermétamorphose a lieu pour l'adulte. I est d’abord à l’éta de subimage ou pseudimage, recouvert d’une mince peau qui rend son vol lourd et ses mouvements lents ; les ailes sont grisâtres et ternes. Les Éphémériens vivent ainsi quelques heures, parfois même moins d’une heure. Ils vont se fixer sur un corps solide, recherchant pour cela les (roncs d'arbres, les pierres, les murs, les vitres. La peau se distend, se soulève et s'ouvre par le dos ; l'Éphémère se dégage et tire ses pattes, son abdomen et ses soies caudales de leur enveloppe, après avoir eu soin de fixer les pattes par le crochet tarsal. Il retire aussi ses ailes, dont l’enveloppe extérieure revient sur elle-même et se chiffonne, de sorte que la dépouille de la subimage ressemble à celle d'une nymphe, les restes des ailes paraissant vestigiaires. Alors l'insecte est devenu image ‘ou insecte parfait, apte à la reproduction, La dépouille de la nymphe présentait toujours les trois soies caudales ; celle de la subimage ne les offre que dans les genres Ephemera, Potamanthus et Cœænis et leurs annexes, où la soie médiane est persistante. Elle n’a plus que les soies latéraies chez les Bætis de Pictet, et un vestige de la médiane dans les genres Cloe et Palingenia. L'image vole beaucoup mieux que la subimage, et ses antennes, ses soies caudales et ses pattes, surtout les antérieures des mâles, sont plus longues.

Si nous passons à l'anatomie interne, encore assez imparfaitement connue, des Éphémériens, nous trouvons que le canal alimentaire est droit, et rappelle par la forme celui des Libelluliens et celui des Perliens dépourvus des gros tubes en cæcum. Chez E. vulgata (larve), l'œsophage est court, large et plissé en travers; il communique largement à un jabot de trois renflements peu séparés, le premier de texture muqueuse, le second formé de gros plis transversaux au nombre de sept environ, le troisième plus lisse et plus étroit, à parois épaisses ; puis vient un estomac allongé et cylindro-conique, allant peu à peu en se rétrécissant ; à son extrémité inférieure s'insèrent tout autour les canaux de Malpighi, au nombre de plus de trente, d'après L. Dufour, longs et fort grêles chez E. vulgata, ainsi que chez Potamanthus luteus, courts et filiformes chez Cloe diptera, courts, plus nombreux et en massues plus ou moins arquées chez l'Heptagenia flavipennis. Après l'insertion de ces canaux, vient l'intestin très-court, débouchant dans un rectum oblong et élargi.

Quant à l'appareil génital, comme dans les Libellules, les testicules se présentent sous la forme de deux boyaux allongés, droits, cou-

ÉPHÉMÉRIENS. 379

chés sur les flancs de la cavité abdominale. Ils se terminent en avant par un filet tubuleux roulé en spirale, garni de quelques boursouflures unilatérales sphéroïdales. Le conduit déférent est très-court, etil n’y a pastrace de vésicules séminales, non plus que chez les Libellules.

Chaque ovaire de l'Éphémère se compose, comme chez les Libellules, d'un nombre prodigieux de fort petites gaînes ovigères, courtes, insérées à la paroi supérieure du sachet qui sert de calice, et tri- ou quadriloculaires. Cette demi-grappe, ou plutôt ce demi-épi, s'étend jusqu’à la base de la cavité abdominale. Elle dégénère en arrière en un col tubuleux qui se réunit à son congénère pour former un trèscourt oviducte.

Les œufs sont, dans H. flavipennis, ovalaires, très-obtus. Ceux de P, luteus sont jaunes, ovales, terminés, soit en avant, soit en arrière, par une sorte de chapiteau hémisphérique, configuration singulière qui sè retrouve plus simple chez quelques Perliens.

La chaîne nerveuse diffère peu chez l'adulte et chez la larve.

Swammerdam a décrit dans sa Biblia naiuræ le système nerveux de la larve de Palingenia longicauda, et Pictet figure celui d'Ephemera vulgata image.

Le ganglion cervical est très-gros et présente l'apparence d'un cylindre transversal un peu irrégulier; son développement énorme, comparativement à la larve, vient de l’adjonction des nerfs optiques, confondus avec lui, et non plus grêles comme chez la larve. Le ganglion cervical sous-æsophagien, beaucoup plus petit et bilobé, semble partagé en deux.

Le thorax a trois ganglions principaux : le premier, gros et ovoïde, situé sur la séparation du prothorax et du mésothorax ; le second, plus arrondi, est au milieu de ce dernier anneau et suivi d’un plus petit ganglion accessoire; le troisième, thoracique, est au point de jonction du mésothorax et du métathorax et a la forme du second.

IL y a sept ganglions abdominaux, assez irrégulièrement distribués. Les trois premiers, arrondis, tendant à se bilober, sont à la base du premier segment, du second et du quatrième ; puis viennent trois ganglions ronds, à peu près moitié plus petits que les précédents, situés à la base du cinquième anneau, en son milieu et au milieu du sixième ; enfin la chaîne se termine par un gros ganglion ovoïde situé sur la ligne de séparation du septième et du huitième anneau, et envoyant des filets à tous les organes de l'extrémité du corps.

Les pièces buccales, à cause de leur atrophie, ne sont d'aucun secours pour la classification des Éphémériens. Les ailes présentent deux caractères, la nervation des antérieures et l'existence même des inférieures. Quelques Éphémériens ont des ailes dont les nervures transversales, très-nombreuses, forinent une véritable réticulation composée en presque totalité de petites cellules carrées. tandis que les autres n'ont guère que des nervures longitudinales, les transversale formant

seulement deux ou trois lignes. La présence des ailes inférieures ou leur absence donnent des résultats beaucoup moins rigoureux, car on trouve toutes les transitions possibles sous ce rapport, et l'on ne peut séparer les espèces qui n’en ont pas de celles qui les ont rudimentaires. Quant aux pattes, elles fournissent peu de caractères : toutelois la forme du premier article des tarses nul, rudimentaire ou allongé, peut offrir quelque emploi classificateur. Les yeux simples ou doubles des mäles sont importants sous ce rapport, mais on se sert surtout avec avantage du nombre des soies caudales, qui correspond à des genres. vraiment naturels. Pour les caractères d'espèce on doit autant que possible les établir sur l’image mâle, car c'est toujours ce sexe en zoologie qui présente une véritable hypertrophie du type et l’organisation la plus élevée. La mollesse du corps et sa dessiccation en collection, l'absence d'épines sur les pattes et Le corps, l'altération après la mort du corps et des yeux, nuisent beaucoup aux diagnoses spécifiques. Les caractères de coloration qui sont utiles par leur persistance sont la teinte des ailes, et surtout celle des nervures et de la cellule costale, puis la couleur et les taches des pattes et des soies caudales.

Les jeunes larves des Éphémériens ont les téguments très-minces et assez transparents pour permettre d'observer au microscope ce qui se passe à l’intérieur de leur corps. Aussi ces larves et les petites larves d’Agrion puella servirent-elles à M. Carus (1827-1831), et bientôt après à M. Bowerbank (1833), à donner les premières démonstrations nettes de l'existence de la circulation du sang chez les Insectes. On y reconnut, en suivant des organites hématiques, des courants sanguins rapides; un large courant dirigé d'arrière en avant, suivant la ligne médiane du dos; d’autres courants principaux serpentant entre les organes contenus dans la tête, formant de grandes trainées d'avant en arrière sur les parties latérales et inférieures du corps, puis rentrant dans le courant dorsal à l'extrémité postérieure de l’abdomen. D’autres courants secondaires se dessinent en forme d’anses dans diverses parties du corps, telles que les feuilles respiratoires et les soies caudales. En un mot, ces larves d'Éphémères offrirent tout ce qui constitue une véritable circulation du sang, mais presque toutes sans tuyaux de conduite, par l'intermédiaire seulement des espaces libres laissés entre les divers organes de l’économie.

On a rencontré un certain nombre d'Éphémériens à l'état fossile. Le plus ancien reste authentique est un fragment d’aile provenant des couches jurassiques de Solenhofen ; les mieux conservés sont ceux qu'on récolte dans les succins de Stettin. Il y a peu de différence d'avec les types de la création actuelle, et il en est même qui se rapportent aux genres européens modernes (ainsi au genre Æphemera). On comprend très-bien que ces insectes ont dû fréquemment, posés sur les stipes des Conifères qui croissaient sur les rives des larges cours d'eau des époques antérieures à la nôtre, s’'engluer dans les résines qui

OLIGONEURIA, 31

en découlaient, et qui sont l'origine des succins qu'on trouve dans beaucoup d’argiles ou anciennes terres végétales. Les débris d'insectes trouvés dans des couches plus anciennes que le terrain tertiaire, et qui ont été rapportés aux Éphémériens, ne le sont pas toujours avec une certitude suffisante. Quand les restes fossiles ne comprennent qu'un fragment de l'insecte, et même une aile complète, il est possible de déterminer le genre auquel il appartient, mais non l'espèce. La nervation alaire ne suffit pas en effet, à elle seule, pour définir l’espèce, et même le genre des Éphémériens actuels. Les auteurs les plus récents ont établi une quinzaine de genres spéciaux pour les Éphémériens fossiles (voy. Eaton, op. cit., p. 38).

La plupart des genres des Éphémériens sont d'Europe et d'Amérique ; un certain nombre d'espèces sont nominales, non encore décrites. L'Asie n'a que les genres Polymitarcys, Hexæagenia, Ephemera, Leptophlebia, Cœænis, Cloe, Bætis, Heptagenia, et un genre innommé. L'Afrique, les genres Oligoneuria, Polymitarcys, Leptophlebia, Tricorythus, Cænis, Cloe, Bætis ; l'Australie, les genres Cloe, Bætis, surtout le genre Leptophlebia, et peut-être le genre Coloburus ; l'Océanie, deux espèces du genre Heptagenia (Philippines, Java); la Nouvelle-Zélande, les genres Leptophlebia et Oniscigaster.

On devra consulter, dans les travaux les plus modernes pour l'étude générale de la tribu des Éphémériens, la Monographie des Éphémérines, de Pictet (Genève et Paris, J.-B. Baillière, 1848), et un mémoire anglais de M. A. E. Eaton, sous ce titre : Monograph on the Ephemeride, dans les Transactions de la Soc. entom. de Londres (1871, 3° série, t. I, p. 1). On y trouve une bibliographie très-complète des Éphémériens, l'indication des genres fossiles et de tous les nouveaux genres établis surtout en raison des espèces exotiques dont la connaissance est toute récente. Il sera utile de recourir à un travail critique et bibliographique un peu plus ancien, de M. Hagen : Uebersicht der neuen Literatur betreffend die Neuroptera, Linn. (Entom. Zeitung zù Stettin, EPHEMEREN, 18/49, X, 354).

GENRES PRINCIPAUX

OLIGONEURIA, Pictet. — Image : Yeux entiers. Prothorax transverse ; quatre ailes à nervation variable selon les espèces, les antérieures avec un petit nombre de nervures longitudinales robustes et quelques nervures transverses seulement au bord costal ef vers le sommet de l'aile. Pattes grêles; les jambes antérieures beaucoup plus longues que les cuisses ; tarses filiformes et comme infirmes, à ongles obtus. Segments intermédiaires de l’abdomen ayant de chaque côté un grêle prolongement ; trois soies égales; branches du forceps du mâle quadriarticulées, le premier article plus long, — Premiers états inconnus.

Le genre Oligoneuria, assez anomal par la nervation des ailes et surtout par ses tarses en fil et flexueux, présente une première espèce eu-

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ropéenne, O. rhenana, Imhoff, des fleuves d'Allemagne, de Turin, et d’autres espèces de Hongrie, de Natal, de Rio-Janeiro (0. anomala, Pictet, 1843, la seule espèce connue à cette époque).

POLYMITAROwS, Eaton. — Image : Yeux entiers, Quatre ailes. Pattes trèsgrêles, à cuisses très-courtes ; ongles antérieurs ténus, obtus et dissemblables, Branche du forceps du mâle à trois ou quatre articles, le second article le plus long ; soie médiane du mâle très-courte ; trois soies caudales égales chez la femelle, — Premiers états comme ceux des Palingenia.

Ce genre a été détaché de l’ancien genre Palingenia, ainsi que le prévoyait du reste Pictet, en raison des variations des soies caudales suivant les sexes. Le type est le P. virgo, Oliv. long. : corps o* et ©, 16 à 17 millimètres ; envergure ; 33; soie Q': subim. 18, im. 23, et @ im. 15. Chez l'image, les yeux sont noirs, la tête noire en dessous du front ; le prothorax grand, en forme de bouclier, plus long que large, d'un jaune pâle, le mésothorax et le métathorax d’un jaune un peu plus foncé. Les ailes sont blanches, car leur transparence disparaît sous un réseau serré de nervures d’un blanc pur, les nervures transverses apicales de l'aire marginale étant simples et subdroites ; la costale et la sous-costale ont une petite teinte violette. Les pattes sont blanchâtres ; les cuisses antérieures en dessous et les jambes antérieures presque en lotalité noires ; l'abdomen crétacé, d'un gris nébuleux vers le sommet, les soies caudales et le forceps du mâle blancs. La subimage est plus pâle que l’image et à soies pubescentes. La larve, bien décrite par Réaumur, cylindroïde, se tient surtout dans les rivières à fond argileux et à courant peu rapide des pays de plaines, se creusant des retraites en tubes recourbés, horizontaux, à peu de distance sous la surface de l’eau, de sorte qu’elle est forcée de les changer quand le niveau de la rivière varie. La femelle pond des œufs réunis en une double grappe, qu'elle porte longtemps suspendue au-dessus de l'eau. L'espèce est des grandes rivières de l'Europe centrale, et se trouve aussi à Madrid. C’est l’Ephémère jaune à deux filets et ailes réticulées de Geoffroy, d’après le mâle, qu'il caractérise ainsi: jaune, à ailes blanches réticulées, à deux soies.

D'après M. N. Joly, une sorte d'hypermétamorphose se présente pour la larve du P, virgo (4). Au sortir de l'œuf c’est un animal très-incomplet, respirant seulement par la peau, à la façon des larves de Nemoura trifasciata où variegata. Un peu plus tard apparaissent des branchiessous la forme de petits cæcums tubuleux, placés dans l'angle postérieur des six premiers anneaux de l’abdomen, et la larve, alors de 1-5 milli-

(4) N. Joly, Sur l'hypermétamorphose de la Palingenia virgo à l’état de larve; analogie de cette larve avec les Crustacés (Mém, Acad. des sciences de Toulouse, 7° série, t, IIT, p. 379 à 386).

POLYMITARCYS, PALINGENIA. 919

mètres de longueur, et tout entière d'une transparence cristalline, respire à la façon des larves de Nemoura cinerea ou de Sialis lutarius. Deux semaines après, les branchies tubuleuses se sont converties en lamelles aplaties, simples d'abord, doubles plus tard, frangées sur les bords, à la façon des branchies rectales des Libellules. Il ÿ à ainsi à la fois six paires d'organes actifs de respiration, et en même temps de rames puissantes constituant des organes locomoteurs que l'animal agite sans cesse, comme les avirons de la galère antique. La larve finit par atteindre de 7 à 12 millimètres, et l’on y voit bien cireuler le sang. Ce développement graduel des organes de la respiration et de la circulation est analogue à ce qu'on observe chez cette petite Crevette d'eau douce, Caradina Desmaresti, crustacé décapode si commun dans le canal du Midi.

Le P. virgo paraît parfois au mois d'août ou de septembre en nombre immense, et abonde pendant quelques jours sur les bords de la Seine ; de sorte qu'on en voit quelquefois en très-grande quantité dans les rues avoisinantes, où ils se fixent contre les vitres des boutiques, attirés par les lumières et cherchant à s'accoupler. Ils simulent parfois des flocons de neige, et ressemblent assez à de la neige tombée, si une forte pluie les noie et les amoncelle sur les quais et les ponts. Deux autres espèces vivantes, l'une d'Égypte, sur le Nil, l’autre des Indes orientales, et une troisième fossile des succins.

Le genre Polymitarcys est représenté en Amérique par deux genres voisins, tous deux à quatre ailes, à pattes très-grèles, dépourvus de soie médiane chez le mâle : le genre Campsurus, Eaton, avec trois soies caudales égales chez la femelle, de la Nouvelle-Orléans, et surtout du Brésil, du Para du Guatemala; le genre Asthenopus, Eaton, du Texas, du Para, du Brésil, la soie intermédiaire très-courte ou obsolète chez la femelle,

PALINGENEA, Burm.—. Image : Yeux entiers. Quatre ailes. Tarses postérieurs quadriarticulés. Branches du forceps du mâle pédicellées, à quatre et parfois à cinq articles, les premiers les plus longs; soie médiane extrêmement courte dans les deux sexes, — Nymphe fouisseuse : Les segments deux à sept de l’abdomen branchifères, avec des lames branchiales doubles et bien frangées. Palpes maxillaires et labiaux triarticulés, ces derniers à articles terminaux largement étendus ; mandibules longuement prolongées en avant de la tète, très-robustes, extérieurement ciliées ; front bicornu, à cornes dentelées et à dents latérales ; labre subarrondi, aigu au sommet ; jambes antérieures dentées en dedans.

L'espèce principale, curieuse par sa grande taille et l'extrême longueur de ses deux soies, est le P. longicauda, Oliv. : long. du corps o”", 28 millim.; enverg., 24; soies, 70. La larve se creuse des terriers dans l'argile du bord des rivières larges et tranquilles, et a été décrite

380 NÉVROPTÈRES.

et figurée d’abord par Swammerdam (Biblia naturæ). Il a reconnu aussi que, dans la dernière métamorphose, le mâle rejette souvent les dépouilles des ailes, mais que la subimage de la femelle retient le plus souvent sa peau, tout en devenant adulte. La tête de l’image du mâle est noire en dessus, jaune en dessous ; les yeux noirs et grands, rapprochés en arrière, les ocelles jaunes.

Le thorax est large et jaune, avec le prothorax traversé par cinq sillons longitudinaux. Les ailes, peu transparentes, sont d’un fauve roux, avec des nervures brillantes fauves, les inférieures assez grandes, les unes et les autres ayant à la base une faible teinte jaune. Les pattes sont d'un jaune clair; les tarses des postérieures à articles 1, 2, 3 subégaux, un peu plus courts que 4, que terminent deux ongles courts et pareils. Le ventre, les côtés de l'abdomen et les soies sont d’un ochreux pâle et brillant, et en dessus de l’abdomen est une large bande brune; le forceps est grand, à branches très-arquées ; la soie médiane des deux sexes tout à fait rudimentaire, presque invisible à l’œil nu.

Cette grande espèce, peut-être une race, que l'auteur nomme P. Ræseli, Joly, a été trouvée à Toulouse (1). La nymphe, longue de 20 millim., d'une couleur générale d’ocre brun, présente les pattes de devant très-fortement ciliées, au point d’avoir l'apparence de peignes, les autres pattes glabres. Lessoies caudales, longues de 9 millim., la médiane plus courte, sont garnies de barbelures qui en forment une élégante nageoire caudale. Les organes respiratoires sont de deux sortes : 1° des houppes trachéennes à la base des pattes de la première paire ; 2° des palettes membraneuses, accompagnées à leur insertion d'une houppe trachéenne. Il y en a sept paires, fixées de chaque côté de l’abdomen, à l’angle postérieur de chacun des sept premiers anneaux, par un court pédicule, protégé par une forte épine saillante en arrière de chacun des anneaux de l'abdomen. Ræsel, qui à figuré cette espèce, dit de son ver ou larve : «Il nage avec autant d’agilité qu'un petit poisson ; et certainement celui qui ne connaît pas cet insecte, et qui, voyant défiler à la nage un certain nombre d'individus à la fois sur le bord de la rivière, s'amuse à considérer leurs évolutions, pense avoir affaire à un groupe de jeunes poissons tout récemment éclos.» De Geer a très-bien décrit le mode de natation des larves de Palingénies : « Ces vers nagent avec beaucoup de vitesse; ils ont alors l'air de petits poissons, car ils appliquent dans ce cas les jambes contre le corps, de sorte qu’elles paraissent à peine.» -

Des larges rivières de l’Europe centrale (Allemagne, Hongrie, Autriche, Hollande, Belgique) et aussi du Caucase. Une seconde espèce du Silhet (Indes orientales) et de Sarawak (Bornéo), et une troisième de Sibérie, P. sibirica, Mac Lachl,

(1) E. Joly, Description de la nymphe de Palingenia Rœseli (Mém. Soc. nationale des sciences de Cherbourg, t. XNI).

HEXAGENIA, EPHEMERA. 381

Le genre voisin Pentagenia, Walsh, à soie médiane extrêmement courte chez le mâle, plus courte les autres que chez la femelle, a été établi sur des espèces de l'Illinois et du Texas.

HEXAGENIA, Walsh. — Image : Yeux entiers. Quatre ailes. Tarse postérieur quadriarticulé, le premier article à peine plus long que le second, avec ongles dissemblables. Branches du forceps quadriarticulées, le second article le plus long ; soie médiane très-courte dans les deux sexes. — Nymphe fouisseuse.

Les espèces de ce genre sont de l'Amérique septentrionale, du Texas, du Mexique, de l’'Amazone, du Brésil. Nous représentons (pl. 1xv, fig. 7) le mâle de l’H. limbata, Aud.-Serv. (long. corps des deux sexes, 20 à 29 millim.; enverg., o' 38, 30 ; soie, o' 40, $ subim. 20), des larges rivières des États-Unis, du Texas et du Mexique. Les yeux sont d’un ver jauuâtre en dessus, noirs en dessous, la tête jaunàtre ; le prothorax allongé, d'un jaune pâle au milieu, les deux autres segments du thorax bruns. Les ailes sont transparentes, sans taches, avec leur région costale d'un brun clair; les nervures brunes, sauf à la base, où elles sont d’un jaune pâle. Les pattes antérieures sont d’un fauve foncé, avec les jambes et les articles tarsaux terminés par des taches noires; les autres sont jaunes avec l’extrémité brune. L’abdomen est fauve avec une raie médiane brune, et un trait oblique de chaque côté de chaque anneau. La soie médiane est très-petite, les latérales brunes, avec les premiers articles à moitié pâles. La subimage a les ailes d’un jaune pâle, avec la plupart des nervures transverses noires, et les soies poilues. La femelle diffère du mâle par les nervures des ailes hyalines ou jaunâtres, et les soies jaunes.

EPHEMERS, Lion. — Image : Yeux simples dans les deux sexes, séparés par un large intervalle. Quatre ailes à nervures transversales nombreuses. Tarses postérieurs quadriarticulés, les trois premiers articles subégaux, les ongles dissemblables. Branches du forceps quadriarticulées, le second article le plus long ; trois soies caudales longues, subégales. — Subimage : Ailes conniventes et dressées au repos ; les pattes antérieures élevées et droites ; les soies caudales subparallèles, les latérales se rapprochant entre elles, soit au-dessus, soit audessous de la médiane. — Nymphe fouisseuse : Segments abdominaux un à sept branchifères ; les premières lames très-petites, à bords entiers, à demi linéaires, les postérieures aussi doubles, mais à moitié aiguës, lancéolées, à bords bien frangés. Palpes biarticulés; les maxillaires longs, hérissés, le second article plus long que le premier; les labiaux avec l’article terminal dilaté au sommet et oblique; côté externe de la mandibule fortement prolongé au dehors en une corne droite très-longue; front brièvement cornu, à cornes simples.

Les espèces de ce genre n'apparaissent d'ordinaire qu’en nombre limité. Il y a, selon chaque espèce, des variations dans la nervation du sommet de l’aire marginale. Les taches pâles du thorax de la subimage

382 NÉVROPTÈRES.

mentionnées dans la description de l'E. vulgata, se retrouvent dans les autres espèces européennes. Le type est l’£. vulgata, Linn. (syn. : maculata, Linn., communis, Retzius, l’Ephémère à trois filets et ailes tachetées de Geolfroy) ; long. du corps, 14 à 22 millim.; aile, g 16 à 17,918 à 24 ; soie, g' image 83 à 86, subim. 16 à 21, 9 image 29 à 26, subim. 17 à 19. L'image du mâle a les yeux fuligineux, la tête noire, ainsi que le dessus du thorax.

Les ailes sont d'un gris verdâtre ou d’un vert jaune très-pàle, à nervures brunes et avec des taches couleur de poix, formant sur les antérieures une bande maculaire très-variable, parfois de deux ou trois taches, parfois s'étendant avec continuité de la côte au milieu; les ailes postérieures sont incolores, sauf sur leurs bords costal et extrême, où elles sont brunes, et élles ont une tache noirâtre dans leur milieu. Les pattes sont olivacées, les antérieures à cuisses noires et à tarses bruns, les autres à jambes et à tarses fauves.

L'abdomen est jaune, avec des taches triangulaires et des lignes plus fortes sur les derniers segments, les soies étant brunes annelées de noir. L'image femelle a des couleurs plus claires ; les ailes beaucoup plus légèrement teintes de jaune verdàtre, taches plus petites, la tache médiane des postérieures à peine distincte. Les subimages ont des teintes plus confuses, Les taches de l'abdomen moins nettes ; les ailes ou d'un jaune verdâtre, ou cendrées, à nervures brunes bordées de noirâtre ; la tête tachée de jaune ; deux lignes longitudinales noires sur le prothorax; le mésothorax avec une grande tache jaunâtre en dessus, d'où partent en avant et en arrière deux stries courbes; le métathorax jaune, avec deux taches noires en forme d’L. La larve (pl. rxv, fig. 8) est d’un jaune pale en avant et verdâtre sur l'abdomen, les yeux et l’occiput noirs ; des raies brunes à la base des anneaux de l'abdomen, les branchies et les soies caudales d'un brun clair. La nymphe a des couleurs plus vives, quelques traits noirs sur le thorax, les fourreaux alaires d'abord jaunes, puis noirs. Elle vit en terriers creusés dans la terre humide du fond des ruisseaux, LE. vulgata, qui éclôt de mai à juillet, se trouve près des rivières, cours d’eau calmes, lacs et mares; des environs de Moscou, de Suède et de Laponie, d'Angleterre, de France, d'Allemagne, de Suisse, du Piémont.

Les espèces du genre Ephemera sont d'Europe, y compris la Laponie, des États-Unis, des Indes orientales, de Ceylan, du nord de la Chine.

BOTAMANTHUS, Pictet. — Yeux ordinaires du mâle surmontés chacun d’un grand œil réticulé. Quatre ailes à nervures transversales nombreuses, fines, peu visibles. Tarses postérieurs de cinq articles; le premier des articles le plus court, fixé à la jambe, subobsolète, le second beaucoup plus long que le troisième ou le quatrième; ongles dissemblables. Branches du forceps triarticulées, le premier des articles beaucoup plus long; trois soies caudales subégales: — Nymphe rampante, abritée.

POTAMANTHUS , LEPTOPHLEBIA. 383

Nous citerons le P. luteus, Linn., l'Éphémère à trois filets et ailes réticulées de Geoffroy ; long. corps, o* 10 à 11 millim., @ 9 ; enverg., @ 29; soie, ow' image 15 à 19, @ 12. Le male image a les yeux noirs; le thorax et l'abdomen d’un fauve clair brillant, ce dernier avec une série de taches triangulaires sur la partie dorsale et deux lignes de petits points noirs arrondis sur les côtés; les pattes jaune:, les soies caudales fauves, annelées de brun, le forceps jaune.

Les ailes sont transparentes, avec la région costale un peu jaunàtre, les nervures longitudinales jaunes, les (transversales brunes, ce qui donne l'apparence réticulée. L'image de la femelle a les yeux petits, simples, écartés ; les couleurs plus claires que.le mâle, une tache brune sur le prothorax, les jointures des tarses antérieurs brunes. La subimage male offre les ailes jaunes, plus foncées vers les côtes, à nervures transversales noires; celle de la femelle a les ailes d’un vert grisâtre, jaunâtres vers les bases, à nervures jaunâtres.

Cette espèce est d'Angleterre, d'Allemagne, de France, fréqueite aux environs de Paris, près du bord des petites rivières; une seconde espèce est du Piémont. ù SEPTOPHELEBUIA, Eaton. — [mage : Yeux des mäles subdivisés, Quatre ailes ;

soie caudale médiane longue ou raccourcie.

Ce genre, créé par M. Eaton, est réellement provisoire, en raison de l'ignorance où l’on est des premiers états de la plupart des espèces. L'auteur l’a divisé en cinq sections. La première (type L. australis, Walker, de Tasmanie) comprend d'assez nombreuses espèces d'Australie, de Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande, de Ceylan, du cap de Bonne: Espérance. La seconde est fondée sur une espèce de la Colombie britannique (L. Colombie, Walker). La troisième offre des espèces d'Europe et d'Amérique septentrionale, et une espèce fossile du sucein. Elle est caractérisée par des nymphes rampantes, à lames branchiales pennées-divisées,.découpées, presque filiformes. La subimage repose, les ailes dressées, appuyée sur toutes ses pattes, les soies latérales courbées et s'écartant de la médiane. Le male image dort les pattes antérieures élevées et divergentes. Chez la femelle, les tarses sont nettement de quatre articles (très-rarement un cinquième, fixé à la jambe, est vaguement indiqué), le pénultième article plus court que les autres, les deux premiers subégaux, les ongles postérieurs dissemblables.

La côte des ailes postérieures n'est pas excisée ; le nombre des articles des branches du forceps varie, selon les espèces, de deux à quatre, le premier toujours le plus long ; trois soies égales ou subégales.

L'espèce principale de cette section est le L. marginata, Linn., ou viridescens, Fourcroy (un Potamanthus pour Pictet), l'Éphémère à trois filets et ailes brunes de Geoffroy; long. corps, 6 à 12 millim.; aile, 7 à 12: soie, im. & 12 à 20, subim. 9, soie im. Q 8 à 16. Les yeux de l’image

38h NÉVROPTÈRES.

des deux sexes sont d’un roux fuligineux, Le dos du thorax noir ; le corps et les pattes d’un brun plus ou moins foncé; ies ailes transparentes, à nervures longitudinales d’un brun clair, les ailes antérieures ayant les aires marginale et submarginale d'un ton de bistre, ce qui donne le caractère principal de l'espèce ; les soies caudales noires ou cendrées à iointures obscurcies, Le forceps fuligineux ou testacé. Les subimages diffèrent beaucoup des adultes parfaits : le corps et Les pattes, bien moins foncés, étant en entier d’un gris verdâtre, Les soies d’un brun uniforme, les ailes opaques et d’un gris terne, ciliées de poils visibles à l'œil nu, la région costale d'un brun pâle. La larve est d’un jaune sale, avec une série de taches brunâtres de chaque côté du corps; les yeux noirs, les pattes brunes. La nymphe a les rudiments des ailes grisätres. L'espèce est des régions tempérées et boréales de l’Europe et de l'Amérique; se trouve en Laponie ; est commune en Angleterre, sur les rivières; en avril, mai, juillet, septembre, octobre ; se trouve en octobre près de Genève, existe aux environs de Paris, etc.

Le L. cincta, Retzius, ou nigra, Fourcroy (Potamanthus, Pict.\, l'Éphémère noir à trois filets de Geoffroy ?, à tête noire chez le mâle, avec les yeux accessoires globuleux et rougeûtres ; les ailes vitrées, à nervures ambrées ; l'abdomen ayant d'ordinaire les segments de 2 à 7 vitrés et translucides, les autres bruns ; les pattes, les soies et le forceps blanchâtres; la femelle ayant l'abdomen brun en entier et la côte des ailes noirâtre, les pattes et les soies testacées. La larve est amincie et d’un gris verdâtre avec raies plus pâles, le prothorax très-transversal, les branchies en filets très-allongés, les soies caudales longues eu égard à la petitesse du corps. De l’Europe tempérée et septentrionale, sur les ruisseaux et rivières, juin, juillet, août. C'est probablement la femelle de cette petite espèce que Geoffroy a prise une fois voltigeant à Paris sur le bord de la Seine; elle est commune près de Genève.

La quatrième section, à soie médiane manifestement plus courte, est formée de deux espèces des États-Unis. Enfin, dans la cinquième se trouvent une espèce de Carinthie et de Corse, et l'espèce typique, L. fusca, Curtis (Potamanthus de Pictet), ou brunnea, Pict., petite espèce de 5 à 7 millim. de long., l'aile de 6 à 7, les soies du mâle de 8 à 42, un peu plus courtes chez la femelle ; brune, ainsi que les appendices avec tarses postérieurs de cinq articles, le premier obsolète, fixé à la jambe ; les ailes vitrées, à nervures brunes avec le bord costal des inférieures trèsexcisé ; de la Grande-Bretagne, d’Interlaken, du mont Salève, mai et août. La larve est mince, cylindroïde, à tête petite, déprimée, semi-circulaire ; les branchies noirâtres, prolongées en filets; la couleur générale brunâtre, avec les pattes plus pâles. La larve et la nymphe sont rampantes, avec segments de l'abdomen 1 à 7 branchifères, les lames branchiales simples, cependant pinnatipartites, mais à peine divisées en filaments, les palpes des deux sortes de trois articles,

EPHEMERELLA, CÆNIS. à 385

EPHEMERELLA, Walsh (partie des POTAMANTHUS de Pictet). — Image : Quatre ailes, les inférieures petites; yeux des mâles subdivisés ; trois soies subégales ; tarses de cinq articles, le premier obsolète, fixé à la jambe, les ongles dissemblables; branches du forceps triarticulées ; une lame ventrale chez la femelle partant du pénultième segment, mais pas d’ovivalvule. — Subimage: station comme chez le genre Leptophlebia, — Nymphe rampante, portant quatre lames branchiales complexes, les segments branchifères étant 4, 5, 6, 7 ; palpes buccaux triarticulés, les maxillaires très-courts.

Il faut citer dans ce genre une belle espèce, £. ignita, Poda, ou erythrophthalma, Schrank : long. corps, 8 à 9 millim.; aile, o” 9, @ 10 à 11; la soie du mâle image pouvant atteindre 12 millim. L'image mâle est, chez le vivant, d’un rouge-brique mêlé de jaunâtre ; les yeux surajoutés globuleux et rouges; les ailes transparentes, avec nervures longitudinales ayant des points nodaux ambrés, les ailes postérieures n'ayant à peu près en surface que le dixième des antérieures; les pattes d’un jaune fauve, les soies caudales d’un jaune pâle, annelées de rouge, le forceps testacé. La femelle a les yeux simples et d’un jaune olivacé, les points nodaux des ailes plus marqués que chez le mâle. Les subimages sont jaunâtres, à ailes antérieures opaques et cendrées, les postérieures d’un fauve blanchâtre. La larve a Le corps ramassé ; les pattes courtes et ciliées de poils fauves; les branchies simples, sans prolongements; la tête et le thorax d’un fauve grisâtre, avec des traits bruns; l'abdomen d’un gris verdàtre. Elle rampe lentement dans la vase, qui adhère à son corps à cause des poils des pattes et des soies caudales, qui sont fauves et ornées de verticilles de poils roux.

Cette espèce est d'Angleterre, d'Allemagne, probablement de France, de Suisse, de Madrid ; elle est commune de juin à septembre sur les rivières et Les ruisseaux. Le genre Ephemerella a deux autres espèces des environs de Genève, les Æ. gibba, Pict., et ænea, Pict., et deux espèces, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Illinois.

CÆNIS, Stephens, ou OxycYPHA, Burm.— Image : Yeux simples dans les deux sexes, très-écartés ; tête et prothorax transverses ; deux ailes grandes, en éventail, peu réticulées, ciliées dans la longueur des bords ; tarses de cinq articles, (les intermédiaires parfois de quatre), le premier article du tarse postérieur trèscourt, fixé à la jambe, 2, 3, 4 courts et subégaux, 5 plus long ; ongles des tarses antérieurs obtus, courts, pareils, ceux des postérieurs dissemblables ; trois soies caudales subégales, très-longues chez le mâle, courtes chez la femelle (1). — Subimage : au repos, les pattes antérieures déprimées, les deux ailes largement étendues, presque jamais dressées; les trois soies subégales, pubescentes, parallèles. — Nymphe fouisseuse, à segments 1, 3, 5, 6, 7 de l’abdomen branchifères, les branchies du segment 4 petites et dressées, le

(4) D'où le faux genre Brachycercus, Curtis, établi sur des femelles seules. GIRARD, II. — 25

356 ’ NÉVROPTÈRES.

segment 2 portant une paire d’opercules couvrant les branchies suivantes, qui sont simples, semiovales, frangées, imbriquées et de grandeur décroissante d'avant en arrière ; pattes à cuisses ou comprimées. ou grêles, suivant les espèces ; tête ou inerme, ou armée de trois cornes frontales ; palpes buccaux des deux sortes triarticulés.

Les espèces du genre Cœænis sont toutes de petite taille, avec l’abdomen court et subtriangulaire, les ailes amples à côte obscurcie, et sont remarquables par la grande inégalité qui existe dans la longueur des soies caudales des deux sexes. Leur vie est extrêmement courte à l’état adulte; on les trouve volant en troupe serrée sur les petits cours d'eau, les rivières, les lacs, soit de grand matin, soit au dernier terme du jour, au commencement et à la fin de l'été. Les espèces sont d'Europe, y compris la Corse, la Sardaigne et la Sicile, des États-Unis, de Ceylan et du Cap.

Nous citerons principalement le C. macrura, Steph., ou grisea, Pict., long de 4 à 6 millim., l’aile de 4 à 5 chez le mâle, 7 chez la femelle; les soies atteignent 16 millim. chez l’image mâle, 3 seulement pour la femelle et les subimages. La tête du mâle est noire au sommet, avec la base des antennes et le prothorax d’un fauve blanchâtre, le reste du thorax noir ; les jambes de devant noirâtres, tandis que les autres sont grisàtres ; l'abdomen gris, plus foncé chez la femelle, avec des traits et des points noirs, les soies caudales obscurcies: les ailes transparentes, à nervures blanches, la costale et la sous-costale violettes et entourées d’une teinte de la même couleur. Cette espèce existe dans la Garonne à Toulouse (E. Joly), se rencontre de mai à septembre en Angleterre et en Suisse, au mois de juin en Laponie, en Autriche. Citons encore une espèce très-voisine, le C. chironomiformis, Curtis, ou lactea. Pict., à thorax d’un fauve pâle, brun au milieu, à pattes d'un jaune très-clair, à abdomen blanc, avec soies caudales blanches, les ailes transparentes, incolores, à nervures jaunes, sauf la costale et les sous-costales, qui sont noires. Cette espèce se trouve dès le mois de mai en Angleterre et en Prusse, commune en été sur les bords du lac de Genève, parfois très-abondante, volant très-tard, et s’introduisant dans les maisons’ attirée par l’éclat des lumières.

Signalons enfin une espèce un peu plus grande d'Angleterre, de Prusse, des lacs de la Suisse, le C, luctuosa, Burm., et une très-petite espèce d'Angleterre, du Valais, de Belgique, de Moscovie, probablement de France, paraissant de juin à août, le C. dimidiata, Steph., peut-être minima, Linn., horaria, Linn., Ramb., m'atteignant que 4 millim., avec l’aile de 4 millim., &', de 3 Q, les soies du mâle image allant jusqu'à 18 millim., tandis qu'elles n'ont que 2,5 à 8 chez la femelle et les subimages.

C'est près des Cœnis que se place le genre Bœtisca, Walsh, détaché des Bœtis pour un fort curieux insecte américain, le B, obesa, Say, de l'Hli-

CÆNIS, PROSOPISTOMA. 387

nois, de l’Indiana, de la Californie. La nymphe est rampante et manque de lames branchiales externes: cependant le premier segment abdominal a, de chaque côté, une double lame recouverte. Le caractère étrange de cette nymphe, c'est que le thorax se prolonge en arrière en forme de carapace couvrant les cinq premiers segments de l’abdomen, et cachant les rudiments alaires. Cette conformation de la phase aquatique disparaît chez l'adulte et la subimage. qui n’ont de remarquable que l'obésité du thorax. L'image a les yeux simples, quatre ailes, la soie médiane abortive, les tarses de cinq articles, le premier . fixé à la jambe, les branches du forceps triarticulées; la femelle sans

ovivalvule, mais ayant un prolongement ventral partant du pénultième segment.

C’est probablement à côté des genres Cœnis et Bætisca que vient se placer une création étrange, objet de controverses animées. Geoffroy, le premier, rencontra aux environs de Paris un animal, encore très-rare, qu'il appela Bénocle à queue en plumet (il n'avait pas vu les trois stemmates), et qui reçut de Latreille le nom de Binocle pennigère. Il fut retrouvé en 1816 par C. Duméril, dans les mares qui se forment après les grandes pluies sur les terres argileuses, ainsi au bois de Boulogne, près de la mare du château de la Muette, et il donna à cet être, de couleur bleuâtre passant au rouge, le nom de Binocle pisciforme. En 1833, Latreille établit le genre Prosopistoma, des Crustacés branchiopodes, comme les Apus, les Limnadies, sur un sujet analogue, le P. variegatum , provenant de Madagascar, trouvé au milieu de Coléoptères dans l'alcool, rapportés de ce pays par Goudot, et il appela P. punctifrons l'espèce voisine. des eaux douces de France. Elle fut rencontrée dans la Moldau, en Bohème, par Purkinje, et enfin, en 1868, à Toulouse, dans la Garonne presque à sec, en septembre, sous les pierres immergées de la chaussée du Ramier, située non loin du château Narbonnais. L'animal adhère assez fortement aux pierres par son plastron sternal, et vit en compagnie de larves de divers genres d’Ephémériens. Il se nourrit des détritus amassés sous les pierres, et offre des mouvements rapides, saccadés, capricieux ; sa queue s'’agite sans cesse, et contribue efficacement à le faire monter ou descendre dans l’eau à la façon d’un ludion. Le premier aspect est celui d’un Crustacé entomostracé, ou d'une Coccinelle dont le corps serait terminé par une queue garnie d’un plumet; mais l’organisation est celle d’un insecte : car l’animal présente six pattes thoraciques grêles et courtes terminées par un crochet et portées par le bouclier céphalique ; deux antennes sétacées de cinq articles, deux yeux latéraux et trois ocelles en triangle ; un labre, deux mandibules, deux mâchoires avec palpes de deux articles ; une lèvre inférieure également avec palpes de deux articles; un tube digestif d’insecte, avec œsophage, estomac allongé et renflé, des canaux de Malpighi, un intestin grêle et un rectum. La longueur totale de l’animal, avec les derniers segments et la queue étirés, est de 6 à

388 NÉVROPTÈRES.

8 millimètres (1). Le corps, ovoïde, est recouvert par un double bouclier dorsal ; au petit bouclier céphalique semi-circulaire dont nous avons parlé s'adapte par une échancrure un grand bouclier thoraco-abdominal. Il est échrancré aussi postérieurement en deux valves mobiles, rappelant, avec plus de développement, les deux opercules des larves de Cœænis et le bouclier de la nymphe du Pœætisca, et recouvre les cinq premiers segments de l'abdomen ; les quatre derniers, décroissant en largeur, sont rétractiles sous la carapace, avec le plumet terminal formé de trois soies courtes et transparentes, élégamment ciliées, et ils constituent avec ces soies l’organe locomoteur par excellence. L'abdomen présente deux troncs trachéens, aboutissant à cinq paires de houppes branchiales portées sur les côtés des cinq premiers segments abdominaux, reccuvertes par le bouclier dorsal, offrant un nombre variable de cæcums, bifurqués pour la plupart à leur extrémité. On voit, à travers la carapace translucide, ces houppes s'élever et s’abaisse r alternativement ensemble, d’une manière rhythmique, ainsi que la lamelle très-mince et frangée qui accompagne chacune d'elles. MM. Joly regardent cet insecte comme une larve d’Ephémérien, dont les métamorphoses sont encore inconnues. En acceptant en partie cette opinion, M. Mac Lachlan (2) se demande si l’on n'aurait pas affaire à une petite espèce d'Ephémérien, adulte et aptère, selon l'exception qui se rencontre dans presque tous les groupes des insectes ailés. Il faudra d'abord, pour résoudre le problème, voir si l’on rencontre des sujets munis de rudiments alaires. On comprend tout l'intérêt philosophique de cette recherche d’entomologie, et les détails étendus que nous donnons sur ce très-rare insecte sont destinés à provoquer de nouvelles et intéressantes investigations.

CLOE, Burm., ou CLOEON, Leach. — Image : Yeux ordinaires du mâle surmontés chacun d’un grand œil réticulé en forme de turban, c’est-à-dire porté sur un anneau obconique, à la base duquel est l’œil ordinaire; deux ailes; tarses postérieurs de quatre articles, le premier de beaucoup le plus long, fixé à la jambe, le second court, le troisième le plus court; ongles dissemblables ; branche du forceps triarticulée, à second article le plus long ; pénis caché ; deux soies caudales. — Subimage : au repos, posant sur toutes les pattes, les ailes dressées, les soies divergentes, — Nymphe nageuse, avec sept lames branvhiales de chaque côté, la septième lame simple, les autres bilamnellaires , toutes

(4) N.Jolyet E. Joly, Études sur le prétendu Crustacé au sujet duquel La= treille a fondé le genre Prosopistoma, et qui n’est autre qu'un véritable insecte hexapode (Ann. se. natur.,5°sér., Zoo, 1872,t. XVI, p. 19, pl. xu1 ; — Comptes rendus Acad, des sc., 27 mai 4872 ; — Mém. Soc. nation. des sciences naturelles de Cherbourg, t. XN1).

(2) Linnean Society's Journal, Zoo1oey, t. XI, p. 145.

CLOE, CENTROPTILUM. 389

à bords entiers ; palpes buccaux biarticulés, à articles égaux en longueur, Îles maxillaires très-ténus, filiformes, les labiaux déprimés, à sommets obliques,

Le type de ce genre, réduit aux espèces absolument diptères, est le C. diptera, Linn., l'Éphémère à deux filets et ailes marginées de Geoffroy : long. corps, de 2 à 11 millim. ; ailes, 6 à 10; soie, 9’ 13 à 20, subim. 44, soie @ 12 à 15, subim. 12. Cette espèce, très-commune dans toute l'Europe, de Corse et aussi de Madère et des environs d'Alger, des eaux tranquilles, de mai à juillet, a les deux sexes fort dissemblables. Le - mâle image a la tête et le thorax d’un noir vif et brillant, avec les yeux accessoires d'un rouge-brique; les côtés du mésothorax et la pointe postérieure de cet organe fauves; les ailes transparentes, incolores, avec les nervures minces et brunes, les deux sous-costales jaunes; les pattes tachées de roux, les antérieures grises, les autres jaunâtres ; l’abdomen fauve, avec les quatre derniers anneaux d’un brun de poix, et sur tous un point médian et deux taches rouilleuses aux jointures; le forceps cendré, à premier article brun, les soies blanches annelées de noir. La femelle a les yeux d'un bleu olivacé et tout le corps d’un fauve rosé, avec des taches rougeûtres sur la tête et le thorax, et trois taches sur chaque anneau abdominal; les pattes sont testacées, les antérieures gonflées, les tarses noirâtres; les ailes transparentes, avec toute la région costale d’un jaune verdâtre, marquée de gouttelettes blanches. Les subimages des deux sexes ont les ailes grises et opaques. On a signalé de Belgique une petite variété femelle, à abdomen gris, rouilleux au sommet des segments, les trois derniers couleur de poix. Le C. diptera, décrit par tous les auteurs, a, plus que toute espèce d'Ephémériens, l'habitude de se réfugier dans l’intérieur des maisons, où on le voit fréquemment appliqué contre les murs blanchis, les vitres et les rideaux, et y laissant sa dépouille de subimage.

Nous ajouterons une espèce un peu plus petite, offrant de grandes variations de couleur, le C. russula, Müller (syn. : pumila, Ramb., dimidiata, Pict., de l'Europe tempérée et du nord de la Chine; C. obscura. Ramb., à ailes grises, des environs de Paris; C. similis, Eaton, d'Angleterre, en septembreet octobre ; C. subinfuscata, Ramb., de Provence); trois espèces des États-Unis, et une du Chili, C. vitripennis, E. Blanch.

M. Eaton a détaché du genre Cloe , sous le nom de Centroptilum, des espèces dont l'image ressemble beaucoup à celle &es Cloe, mais qui ont, outre les ailes antérieures, des ailes postérieures binerviées et très-étroites. La subimage a la même tenue que celle des Cloe; la nymphe nageuse a les segments 1 à 7 de l'abdomen munis de lames branchiales simples et entières, ovales ou subovales, les palpes maxillaires de quatre articles, les labiaux de deux. Il faut citer le C. luteolum, Müller (syn.: Cloe halterata, Burm., Cloe translucida , ochracea, hyalinata, albipennis, Pictet, ochracea, Walker), de Suisse, d'Angleterre, d’Allemagne, de Norvége (Alten), du territoire de la baie d'Hudson, paraissant

390 NÉVROPIÈRES,

d'avril à novembre; le C. pennulatum, Katon, espèce anglaise, d'août à octobre; le C. litura, Pict., du mont Salève (Suisse), en automne, insecte fauve dans les deux sexes, varié de traits noirs, le mâle ayant les yeux en turban d'un-jaune de soufre, etc.

BæÆTis, Leach (partie des CLoE de Pictet). — Image : Yeux du mâle divisés, les supérieurs à demi subturbinés ; quatre ailes, les postérieures petites, oblongues, à côte unidentée et avec deux ou trois nervures longitudinales, dont la seconde est simple ou divisée ; branches du forceps à quatre articles, le pénultième le plus souvent le plus long ; deux soies caudales (1). — Subimage : au repos, comme celle des Cloe et des Centroptilum, — Nymphe agile, avec sept lames branchiales de chaque côté, simples, entières, ovales ou subovales ; palpes buccaux biarticulés, à articles subégaux en longueur, les maxillaires arrondis, les labiaux à articles apicaux déprimés, spatuliformes et incisés latéralement ; lobes externes de la lèvre inférieure aigus, subulés, plus étroits que les internes.

La plupart des espèces de ce genre, tel qu'il est actuellement défini, habitent les rivières et les petits cours d’eau. Elles se montrent principalement au printemps et au commencement de l'automne, mais l'époque exacte d'apparition varie avec le climat. Les exemplaires monstrueux sont bien plus nombreux en automne qu'au printemps, et ce fait jette un grand jour sur la morphologie des insectes en général.

Le type est le B. bioculatus Linn. (syn. : Ephemera fuscata, Linn., flava, Fourcroy, lutea, Schrank, culiciformis, Oliv.; Cloe bioculata et autumnalis, Pictet, pumila, Hagen, Oulmann). C’est probablement l’Ephémère à deux filets et ailes blanches de Geoffroy. Nous représentons l’espèce pl. rxv, fig. 9 (9 a, tête du mâle; 9 b, tête de la femelle; 9c, extrémité de l'abdomen du mâle à l’état d'image). L'image du mâle a la tête fauve, avec les yeux en turban grands, d’un orangé rougeâtre vif, les inférieurs d'un vert jaunâtre ou noirâtre. Les couleurs sont assez variables : Le thorax fauve, avec le dessus brun ou olivacé ; les ailes vitrées, avec éclat irisé et nervures très-délicates, blanchâtres ou brunes, les postérieures presque invisibles, sous la forme de petites lames transparentes, couchées sur la partie postérieure du thorax, traversées d'une ou deux nervures; les pattes blanchâtres, ou olivacées, ou fuligineuses ; les segments de l'abdomen tantôt blanchâtres et translucides, tantôt bruns en dessus, jaunes aux jointures, ochracés ou olivâtres en dessous; les soies blanches ou d'un vert blanchâtre, ou blanches et noirâtres à la base, ou cendrées, et noires vers la base. La femelle présente comme différence, outre qu'elle est plus large et plus courte, la tête et le thorax d'un fauve clair, les yeux petits et bleus, l'abdomen fauve brun en dessus. Les subimages ont les ailes opaques

(4) Cependant le B. ferrugineus a une soie médiane très-courte.

BÆTIS, SIPHLURUS, ONISCIGASTER. 391

et grises, les pattes verdâtres et tachées, les postérieures de la femelle

d'un jaune-paille, tous les tarses noirs, les soies enfumées. La larve a

la tête, les antennes et les pattes jaunes; le thorax et le corps d'un jaune

verdâtre ; le dessus de l’abdomen portant des taches variées, en X, en triangles, en points; les soies caudales blanchâtres aux deux bouts, noires au milieu dans la partie où naissent les longs poils qui servent

à la natation. Le corps de l'adulte est long de 6 à 8 millimètres chez

le mâle, 4 à 7 pour la femelle; l'aile de 6 à 8; la soie Oo 12 à 14 mil-

limètres, subim. 7 à 10, la soie @ 10 à 12, subim. 8 à 10.

Cette espèce paraît de mai à octobre sur les rivières de la Grande- Bretagne, de France, de Suisse, d'Allemagne, de Moscovie, de Suède, de la baie d'Hudson. 1

Une espèce de même taille est le B. pumilus (syn.: Cloe pumila, Burm., striata, Pict.?) peut-être l'Ephémère à deux filets et ailes brunes de Geoffroy, d’après la subimage, l’image du mâle ayant les yeux turbinés, d'un noir fuligineux; les ailes vitrées, d’un éclat de talc; les pattes blanches, avec tarses, sommets des jambes et des cuisses antérieures noirâtres; les segments abdominaux blancs et pellucides de 2 à 7, le reste fauve : le forceps et les soies blanches; la femelle olivâtre, tachée de brun ; d'Angleterre, de Belgique, de France?, d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse, de Corse, commune sur les rivières de mai à octobre. Joignons à cette espèce le B.niger, Linn., de couleur enfumée, les ailes noirâtres chez la subimage, espèce anglaise, paraissant en mai et juin, parfois en septembre ; le B. Rhodani, Pict., d'avril à octobre, en Angleterre, Suisse (Bellier de la Chavignerie), Madère (Wollaston), probablement de Corse (Hagen); le B. phæops, Eaton (syn. : vernus, Curt., Pict,,, d'Angleterre, de Norvége (Alten et Hammerfesl), en mai et juin, et septembre et octobre ; d'autres espèces jusqu'à pésent spéciales à l'Angleterre ou à la Suisse ; d’autres de Sicile, des Indes orientales, des États-Unis, du Texas, du Mexique, du Brésil.

SIPHLURUS, Eaton. — Image : Yeux du mâle simples et entiers; quatre ailes ; tarses de cinq articles, le premier parfois fixé à la jambe ; branches du forceps de quatre articles visibles ; deux soies longues, avec rudiment de soie intermédiaire parfois articulé ; femelle sans lame ventrale au pénultième’ segment, ni ovivalvule. — Subimage : au repos, sur toutes ses pattes, les ailes dressées, les soies divergentes. — Nymphe agile, avec sept lames branchiales de chaque côté, Jes deux premières doubles, les autres simples, toutes entières ; palpes des deux sortes de trois articles, |

Des lacs et rivières des régions septentrionales de l’ancien et du nouveau monde ; espèces de l'Angleterre, des montagnes de la Suisse, des États-Unis, du Canada, de la baie d'Hudson, de la Nouvelle-Écosse.

Cest probablement à une place peu éloignée des Siphlurus, Eaton, qu'il faudra placer le genre Oniscigaster, établi par M. Mac Lachlan

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pour un très-remarquable Éphémérien de la Nouvelle-Zélande, l'O. Wakefieldi, M. Lachl. En effet, les Siphlurus ont un indice d'expansion latérale des segments abdominaux ; à l'état de larve, le genre Oniscigaster est assez voisin des Cloe, mais bien moins à l’état d'image, où les Cloe présentent les yeux doubles chez le mâle. Aucun autre Éphémérien adulte ne présente une pareille structure. L'abdomen, trèsallongé et robuste, offre, de chaque côté des segments 6, 7, 8, 9 de l'abdomen, des prolongements cornés et aigus, recourbés en arrière, d'une grande analogie avec l'aspect dorsal d'un cloporte (1). Les yeux sont simples dans les deux sexes ; il y a quatre ailes très-réticulées, les postérieures assez grandes et ovales; tous les tarses de cinq articles, le forceps également. Le mâle a tes pattes antérieures beaucoup plus longues que les autres, tandis qu'elles le sont à peine chez la femelle, et un peu plus courtes que les intermédiaires dans la nymphe. Les soies caudales sont au nombre de trois dans les deux sexes, la médiane plus grêle et plus courte. La nymphe, aplatie, longue et large, a tous les segments de l'abdomen, sauf le dernier, très-prolongés en arrière, véritablement onisciformes ; sur le dos quatre paires de branchies ovales, et trois soies caudales épaisses, fortement ciliées, constituant une puissante nageoire. Ses habitudes aquatiques sont actives ; elle nage librement au milieu des plantes d’eau, et ne reste pas enfouie, comme cela a lieu pour les premiers états de certains genres d'Éphémériens.

HEPTAGENIA, Walsh (syn. : BÆris, Curtis, Pictet), — Yeux des mâles simplus, gros et rapprochés ; quatre ailes bien réticulées ; tarses postérieurs de cinq articles, 2, 3, 4 graduellement décroissants, à ongles dissemblables ; branches du forceps du mâle triarticulées, les premiers articles les plus longs, partant du sommet d’un prolongement ventral; femelle avec prolongement véntral du pénultième segment et ovivalvule ; deux soies caudales dans les deux sexes, sans trace de soie médiane, — Subimage : très-semblable, au repos, à celle des Siphlurus, —Nymphe agile, rampante, avec sept lames branchiales de chaque côté, simples, entières, et, à la base de chacune , autant de houppes de filaments trachéens ; tête et thorax largement déprimés ; labre simple, transverse, obtusément triangulaire, à sommet rebordé ; mandibules courtes, palpes buccaux biarticulés’ à mâchoires laminaires, ciliées en dedans, pectinées vers le sommet, à palpes ténus ; lèvre inférieure à palpes robustes, à derniers articles bifides, à demi imbriqués, avec languette ovale, petite, à lobes inarticulés, trèscourts, subovales ; cuisses largement comprimées, ciliées.

Les Heptagénies actuelles, qui correspondent aux Bætis de Pictet, offrent des espèces difficiles à distinguer, car leur forme est identique,

(1) Mac Lachlan, On Oniscigaster Wakefieldi, {he sinyular Insect from New- Zealand, bhelonging to the family EpnemERIDÆ ; with Notes on its aquatic conditions (Liun. Soc, Journal, Z001,, t. XIE, p. 139).

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et leur différence réside surtout dans la taille, qui peut varier individuellement, et dans la couleur si altérée sur les sujets secs des collections. Les larves, aplaties, ne se creusent pas de terriers, et vivent appliquées contre les pierres dans les courants rapides des rivières et des ruisseaux, évitant les eaux stagnantes. Les espèces, nombreuses, au nombre d’une quarantaine, sont surtout de l'Europe, en y comprenant la Corse et la Sicile, et de l'Amérique du Nord, et aussi du nord de la Chine, des Indes orientales, de la Malaisie et des Andes.

Nous prendrons comme type l’H. venosa, Fabr. (syn.: rufa, Rambur, purpurascens et forcipula, Pict.) : long. corps, 13 à 14 millimètres 97,12 à 18 9; aile, 18, @ 15 à 17; soie, © 30 à 48, @ 15. L'image du mäle a les yeux noirs en dessus, ochracés en dessous; le dessus du thorax et de l'abdomen d’un brun fuligineux ; les ailes vitrées, avec nervures noires et le sommet de l'aire marginale noirâtre ; les pattes antérieures noirâtres, les autres d’un vert grisâtre ; les soies caudales étant brunes, La femelle peut être très-semblable au mâle, ou d'un violet pâle un peu rosé en dessus, à yeux jaunâtres. Les subimages ont les ailes d’un fauve très-pâle, à nervures noirâtres, à aires marginales jaunâtres, avec deux fascies transverses indistinctes, obscurcies, les pattes cendrés, les soies brunes. De Suède, d'Angleterre, de Belgique, de France, de Suisse, de Dalmatie, de Corse ; moisde juin.

Parmi les autres espèces européennes on peut indiquer: H. fluminum, Pict., de taille analogue à la précédente ; à yeux bleus ou verts, à thorax jaunâtre; les ailes vitrées, à nervures noires, à aires marginales antérieures jaunes; les pattes et l'abdomen jaunâtres, les soies jaunâtres ; la subimage du mâle a les ailes d'un fauve clair, celles de la femelle d’un vert jaunâtre. Allemagne ; Rhône, tant aux environs de Genève qu'à l’autre extrémité du lac. — H. elegans, Curtis, les yeux verts, avec des taches mobiles arrondies, entrecoupées de ligne$ courbes concentriques; les ailes vitrées, d'un éclat pruineux; les pattes verdâtres, à tarses enfumés; les soies blanches ou enfumées, à jointures obscures, l’ovivalvule obtuse. De mai à septembre, sur les ruisseaux et rivières de Suisse, d'Allemagne, de Belgique, de Grande-Bretagne, de Norvége (Hammerfest). — H. lateralis, Curtis (syn. : brunnea, Rambur, obscura, Pict., non Steph.), petite espèce de 5 à 9 millimètres, avec envergure de 6 à 7; les soies de 8 à 19, selon le sexe; les yeux etle corps d’un fuligineux noirâtre, ainsi que les pattes, les soies, le forceps : les ailes à nervures brunes ; pays de Galles en Angleterre, Carinthie, Suisse, dans les torrents des montagnes et les eaux froides, en juillet et août. — H. semicolorata, Curtis, peut-être semitincta de Pictet, les yeux noirâtres et les ailes vitrées chez l’image, les ailes enfumées, les soies noirâtres dans la subimage; Grande-Bretagne, Suisse, Autriche, des eaux froides et des rivières rapides, de juin à septembre ; etc.

Le genre Heptagenia possède des espèces arctiques, ainsi : borealis, Eaton, du Finmark ; canadensis, Walker, du Canada; basalis, Walker,

39h NÉVROPTÈRES.

du lac Winnipeg ; luridipennis, Burm. du Canada, de la baie d'Hudson, etc. Il en est de spéciales aux montagnes; telles: H. montana, Pict., de Savoie, d'Autriche; alpicola, Eaton, de Carinthie, etc. Parmi les exotiques, se trouve une espèce du nord de la Chine, H. cupulata, Eaton; de l'Hindoustan, A. annulifera, Walker; des îles Philippines, H. torrida, Walk. ; de Java, H. determinata, Walk. ; enfin une du Chili, H. guttata, E. Blanch., la seule espèce du genre encore signalée de l'Amérique méridionale.

(à métamorphoses complètes, nymphe le plus souvent inactive).

Les insectes de ce sous-ordre ont des métamorphoses à trois phases bien distinctes. Leurs pièces buccales sont mordantes, parfois atrophiées chez les adultes (Phryganiens), la lèvre inférieure non fendue. Exceptionnellement aptères, ils sont ordinairement pourvus de quatre ailes pareilles ou non pareilles, membraneuses, réticulées, plus ou moins velues, rarement rudimentaires. Les antennes peuvent affecter quatre modifications, être en soies, en fil, ou moniliformes, ou elaviformes; ies tarses sont de cinq articles.

Les auteurs ont varié beaucoup pour les subdivisions à établir parmi les Névroptères ; ce qui montre que nous avons affaire à un ordre peu naturel, où il y aurait réellement à établir un nombre considérable de subdivisions de même valeur, à peu près comme était l'ancien ordre des Pathydermes de Cuvier pour les Mammifères. C. Duméril réunit la plus grande partie des Névroptères propres dans sa famille des Stégoptères ou Tectipennes (ailes en toit lors du repos), car il y range les genres : Fourmilion,Ascalaphe, Hémérobe, Panorpe, Némoptère, Semblide et Raphidie ; mais il n'y comprend-pas les Phryganiens, qu'il laisse avec les Éphémériens dans son groupe à caractère négatif des Agnathes, et y joint les grands genres Perle, Termite et Psoque des Névroptères Orthoptères. Latreille a repris en grande partie la même classification dans ses Planipennes, qu'il divise en cinq sections : 4° les Panorpates, subdivisés en Némoptères, Bittaques, Panorpes et Borées; 2° les Fourmilions, auxquels il a joint les Ascalaphes ; 3° les Hémérobiens, subdivisés en Osmyles, Hémérobes, Nymphès et Semblides; 4° les Termitines auxquels, par l'assemblage le moins naturel, s'associent les Mäntispes, les Raphidies, ainsi que les Psoques; 5° enfin les Perlides avec les Némoures. Les Planipennes de Latreille présentent les antennes toujours composées d’un grand nombre d'articles, plus longues que la tête ; des mandibules chez l'adulte, très-distinctes et cornées, des palpes maxil-

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‘aires de cinq articles ; les ailes inférieures non plissées au repos, égalant presque les supérieures en surface; les tarses de cinq articles. Cette section répond surtout aux Synistata de Fabricius. Burmeister fait cinq grandes familles dans les Névroptères qui font partie de ses Gymnognathes, à savoir : Corrodentia (Termitiens), Subulicorntia (Libelluliens et Éphémériens), Plecoptera, Trichoptera et Planipennia. Les Plecoptera ne renferment que la famille naturelle des Semblodea, formée des genres Nemoura (Semblis de Burmeister) et Perla. Les Planipennia de Burmeister, débarrassés des éléments étrangers conservés par Latreille, sont divisés en deux familles : Rhaphidiodea (Rhaphidia et Mantispa) et Megaloptera (nos Hémérobiens, à très-peu près).

Rambur ne laisse plus subsister dans ses Planipennes, à l’imitation de Burmeister, que des Névroptères propres, car il les compose de six familles bien caractérisées : Panorpides, Némoptérides, Myrméléontides, Nymphides, Hémérobides et Mantispides. Il fait deux sections de même valeur pour les Semblides et les Trichoptères ou Plicipennes de Latreille, Névroptères vrais à métamorphoses et à premiers états aquatiques. En nous rapprochant encore davantage des divisions établies par Pictet, nous n'établirons dans les Névroptères vrais que quatre tribus : Panorpiens, Hémérobiens, Raphidiens et Phryganiens. Les deux tribus intermédiaires se décomposent naturellement en nombreuses sections, dont on: ferait volontiers des groupes de même valeur que nos tribus, s'il n’y avait pas avantage à simplifier, du moment qu'on ne s'attache pas à la chimère des classifications naturelles parfaites. Bien que les Phryganiens aient de fortes analogies par les larves avec les Panorpiens, ce qui a engagé M. Fr. Braner à rapprocher les deux tribus, nous préférons rejeter les Phryganiens ou Trichoptères à la fin de l'ordre des Névroptères. En effet, ces insectes établissent un passage aux Lépidoptères par les ailes supérieures poilues des adultes, et leur position de repos pareille à celle de beaucoup de Lépidoptères hétérocères, par leurs larves herbivores, sortes de chenilles aquatiques, s’entourant de fourreaux, à la façon des chenilles des Psychides et de beaucoup de Tinéides. Cette tribu a été élevée au rang d'ordre par les auteurs anglais, sous le nom de Trichoptères. Elle forme un sous-ordre dans la classitication des Névroptères de Brullé, qui en distingue quatre sous les noms de Dictyoptères (Libelluliens, Éphémériens, Perliens), Isoptères (Termitiens), Trichoptères, et enfin Névroptères pour toutes les autres tribus. M. E. Blanchard (1845) a adopté deux sous-ordres, les Hyaloptères et des Trichoptères, le premier renfermant toutes les tribus des Pseudorthoptères et des Névroptères propres, autres que celle des Fhryganiens.

Nous engageons à consulter, pour le sous-ordre des Névroptères propres comme pour le précédent, outre l'ouvrage général de Rambur(voy. t. Il, p. 260), les auteurs qui suivent : Fr. Braner et F. Lôw, Neuroptera austriaca (Wien, 1857), excellent traité où il serait à désirer que les

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