‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 29 sur 118 · NÉVROPTÈRES · texte numérisé non relu

NÉVROPTÈRES

diagnoses fussent en latin, et la savante revue bibliographique de M. Hagen : Uebersicht der neueren Literatur, betreffend die NeuRoPTERA, Lin. (Entom. Zeitung zu Stettin, 1849 à 1852).

TRIBU DES PANORPIENS,.

Les Panorpiens forment un groupe bien limité, présentant les caractères généraux qui suivent : Antennes sétiformes et grêles, de longüeur variable ; ocelles existant ou nuls. Pièces buccales prolongées en bec ou rostre; les mandibules libres, allongées, trigones; les mâchoires soudées à la lèvre inférieure, cornées, allongées au sommet, bifides, le lobe interne le plus long, lancéolé, poilu, l’externe subulé, biarticulé ; les palpes maxillaires un peu plus courts que les mâchoires, à cinq articles cylindriques, les apicaux les plus courts ; le menton allongé, corné, rebordé au sommet; la languette submembraneuse, dressée, lancéolée, poilue; les palpes labiaux plus longs qu’elle, triarticulés, à articles cylindriques, le dernier un peu plus court que les autres. Quatre ailes, les inférieures subégales et pareilles aux supérieures, non plissées, les nervures transversales peu nombreuses. Tarses longs, à articles cylindriques, les ongles différents, suivant les genres. Abdomen de forme variable, ainsi que par ses appendices terminaux. Larves vivant en terre de substances en putréfaction ou de mousses.

Les Panorpiens sont des insectes principalement carnassiers de proies vivantes ou mortes, du moins les Panorpes et les Bittaques, qui sont les mieux connus. On est resté très-longtemps dans l'ignorance de leurs premiers états. Macquart a donné d'abord quelques indications sur la nymphe de Panorpa communis, Linn., d'après une dépouille encore adhérente à un adulte, et reconnut, d’après la forme des pattes, que leur vie première n'était ni aquatique, ni fouisseuse. Il suppose qu'elles doivent se rencontrer sous terre, à peu de profondeur et au pied des végétaux ; car, si elles vivaient, comme les adultes, sur le feuillage ou sur le tronc des arbres, elles auraient été signalées et décrites depuis longtemps. Stein publia plus tard une description de cette nymphe ; mais les larves et nymphes des Panorpes, des Bittaques et des Borées ont été principalement étudiées, cependant encore avec quelques lacunes, par M. Fr. Braner (1).

Les larves des Panorpiens indiquent pour ces insectes un groupe bien

(4) Macquart, Notice sur la nymphe de la Panorpe (Ann. sc. nat., 1831, t. XXII, p. 463-465). — Fr. Stein, Sur la nymphe de Panorpa communis (Wäegmans Archiv, 1838, t. 1, p. 330, pl. vu, fig. 40 à 13). —-Fr. Braner, Entwickelungs-Geschichte der Panorpa communis, L. (Sitzungsberichte der Kaïserlichen Akademie der Wissenschaften, Wien, 1851, t. VII, p. 408-412, une pl.,

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tranché dès les premiers états, et se séparant nettement des Némoptérides, comme Klug l'avait déjà reconnu pour les adultes ; car les pièces buccales des larves de cette famille sont construites pour la succion, suivant le type des larves de Myrmeleon, tandis que chez l'adulte, elles ne sont pas conjointes, comme chez les Panorpes, mais libres dès la base. Les pièces buccales des larves de Panorpiens sont organisées pour mordre et mâcher, comme celles des larves des Raphidièns et des Phryganiens; mais l'aspect de ces larves est très-différent et rappelle les fausses chenilles des Tenthrédiniens et les chenilles des Lépidoptères. Il y a là une . affinité avec les Phryganiens, indiquée aussi par les pièces buccales, en partie déformées, des adultes, surtout pour les mâchoires et la lèvre inférieures : le genre Rhyacophila (Phryganiens), à ailes postérieures peu repliables, donne la meilleure comparaison avec les Panorpiens par les nervures des ailes. Il y a aussi une ressemblance par l’oviscapte des femelles avec le genre Boreus, et des rapprochements avec les Phryganiens par les pattes épineuses et éperonnées, les longues hanches, le thorax cunéiforme. M. Braner regarde les Panorpiens comme bien plus voisins des Phryganiens, que M. Hagen, qui les en sépare par les Mégaloptères, les Raphidies, les Sialides, etc. L'étude des larves de Panorpiens confirme tout à fait la séparation de cette tribu, et les adultes ne montrent également aucune affinité avec les Mégaloptères, auxquels, au contraire, les Raphidiens se rattachent par les Mantispes. La ressemblance des larves de Panorpiens avec les chenilles et les fausses che nilles est, au maximum, dans le genre Bittacus, et la moindre chez les Boreus.

La structure de la tête, la lèvre supérieure et le clypeus sont analogues à ceux des larves de Tenthrédiniens ; les verrues de la larve du Bittacus sont conformées comme celles des Selandrya (Tenthréd.); la structure des pattes, qui les différencie d'avec les larves de Phryganiens, établit encore chez les larves une autre ressemblance avec les fausses chenilles. Ces larves mènent en général une vie très-cachée, surtout celles des Panorpa. Celles des Panorpa et Bittacus sont très-voisines, tandis que les larves de Boreus s'en éloignent beaucoup plus, et, à part leurs étranges pattes, ressemblent à celles des Charansons (Coléoptères). Les deux premières larves ont des pattes ventrales, qui font défaut dans la larve du Boreus, ou y sont tout à fait rudimentaires. Les larves de ces trois genres ont la même structure des yeux, qui sont composés de plusieurs yeux simples, tandis que les fausses chenilles des Tenthrédiniens n’ont'de chaque côlé qu'un gros œil simple, et que beaucoup de chenilles de Lépidoptères ont six yeux simples, séparés et disposés en arc.

taf. 16). — Beitrüge zur Kenntniss der Panorpiden Larven, mil zwei Tafeln(XWI- XIV), aus dem Verhandlumgen der zool.-botan. Gesellschaft in Wien (Jhargang, 1863) besonders abgedruckt, vorgelegt in der Sitzung vom 4 Februar 1862.

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Les pattes ventrales ont aussi un arrangement différent de celui que présentent les fausses chenilles et les chenilles. Les pattes ventrales des larves de Panorpiens, quand elles existent, sont fixées à tous les segmens de l'abdomen, excepté les deux derniers, et le dernier peut porter un appareil d'arrêt spécial à ces larves. On sait au contraire que chez les chenilles de Papillons, les deux premiers segments de l'abdomen sont toujours sans pattes, et chez les larves de Tenthrédiniens, les pattes manquent seulement au premier segment abdominal ou tout à fait (Lyda). Les chenilles ont, outre la tête, douze segments, les fausses chenilles douze ou treize (Lyda), les larves de Panorpiens toujours treize. Ces indications permettent toujours la ‘distinction des trois types de larves.

On sépare les unes des autres les larves des divers genres de Panorpiens par la structure des mandibules et la disposition de leurs dents, la forme des pattes, les verrues et les épines, la présence ou l’absence des pattes abdominales; c'est la larve du Borée qui présente la structure la plus simple, et celle du Bittaque la plus compliquée.

La tête, cornée, a une surface qui semble inégale; elle porte en avant, entre les yeux, un clypeus triangulaire, auquel s’unit en avant un labre très-remarquable, à base cornée, large et subrectangle, ayant antérieurement une partie membraneuse rétractile sous la précédente, et à laquelle est fixé un petit appendice, excavé à son bord antérieur ; sur les côtés au clypeus sont des plaques incomplètes, ce qui est une différence d'avec les chenilles et les fausses chenilles, et par derrière est une plaque occipitale plus bombée. Les plaques pariétales portent les yeux, formés d'un amas de petits yeux simples très-serrés (comme chez les mâles des Strepsiptères), et en avant et en dedans de ces yeux sont de courtes antennes de trois à quatre articules, variant selon les genres, presque rudimentaires chez le Borée, ayant leur maximum chez les jeunes larves de Panorpes et de Bittaques. Les pièces buccales, inclinées sous la tête, sont fortes et organisées pour mordre. Les mandibules cornées sont sous le labre et ses appendices, trièdres, diversifiées de forme et de dents, selon les genres; les mâchoires sont membraneuses, implantées dans le menton par une large base, par laquelle elles se confondent avec la lèvre inférieure, terminées par une partie entière, épaisse et charnue, en dehors de laquelle est un palpe maxillaire de quatre articles ; la lèvre inférieure, courte et membraneuse, porte à son extrémité les palpes labiaux courts, de trois articles, contigus au moins à leur base. Cette lèvre repose dans une entaille d’un très-large menton, corné et coupé droit.

Les trois segments thoraciques offrent en dessous des pattes courtes, membraneuses, divergentes vers le bas, à articles rétractiles et eylindriques, le terminal conique. Chez les Panorpes et les Bittaques, les huit premiers segments abdominaux portent des pattes ventrales courtes et conoïdes, et il y a dix stigmates dont deux appartiennent au thorax;

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enfin, au dernier petit anneau des Panorpes et des Bittaques, se trouve une grande fourche d'arrêt, rétractile, à quatre pièces.

Nous devons mentionner un certain nombre de mémoires spéciaux relatifs à la tribu des Panorpiens : H. Klug, Versuch einer systematischen Feststellung der Insecten Familie PANORPATx, und Auseinandersetzung ihrer Gattungen und Arten, mit 1 col. Taf. (Abhandlungen der Küniglichen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1836-1838, p. 81-108). — Westwood, Monograph of the genus Panorpa, with Descriptions of some Species belonging to other allied groups (Trans. Soc. Entom. of London, 1846, t. IV, p. 184-196). — H. Hagen, Uebersicht.. die Neuropteren (Stettin entom. Zeit., Paxorren, 1850, t. XI, p. 373-378). — R. Mac Lachlan, Synopsis of the Species of Panorpa occurring in Europa and the adjoining countries ; with a Description of a singular new Species from Java (Trans. Soc. Entom. of London, 1869, April).

GENRES

PANORPA, Linn. — Antennes moins longues que le corps, à articles courts et cylindriques, le basilaire plus gros ; trois ocelles globuleux en triangle sur le vertex; mandibules étroites, courbées et bidentées au sommet, à trois dents; màchoires membraneuses et bifides, fixées en tube par la base avec le menton, à palpes de cinq articles, le dernier ovale et obtus ; languette allongée, membraneuse, à palpes labiaux biarticulés, à articles membraneux, subcomprimés, Ailes des deux paires pareilles, horizontales au repos sans recouvrir le corps, divergentes en arrière. Jambes épineuses, terminées par deux éperons; tarses munis de deux ongles dentelés, avec une pelote entre eux. Abdomen conique, ses trois derniers anneaux en queue articulée chez le mäle, le dernier renflé, relevé au repos sur la face dorsale, terminé par une pince à branches crochues, cet abdomen s’effilant peu à peu chez la femelle.

Les Panorpes ont un aspect très-singulier par la queue relevée des mâles, qui leur fait donner le nom vulgaire de Mouches-scorpions. Aristote et Théophraste distinguent deux sections dans les Scorpions, les uns fixés au sol et sans ailes, les autres pouvant s'élancer dans les airs pour saisir leurs victimes. Ils étaient trompés par une analogie fort grossière, car le crochet venimeux qui termine la queue articulée du Scorpion est unique, tandis qu'en regardant avec quelque soin le mâle d’une Panorpe, on voit que le crochet a deux pointes courbes insérées sur deux tubercules renflés. C’est une armure génitale très saillante, une pince destinée à retenir la femelle. Le bout effilé en pointe, un peu rétractile et très-mobile, de l’abdomen de la femelle lui sert à pondre dans la terre molle, et offre absolument la même forme terminale que l'abdomen de beaucoup de femelles de Diptères, comme les Tipules, les Asiles, ete., et aussi de certains Coléoptères

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longicornes. Les Panorpes volent pendant toute la belle saison et au jour sur les haies, les buissons, l’herbe des clairières, etc. On a cité leur audace et leur bravoure pour s’élancer sur des insectes, les renverser et les tuer avec leur bec, même, dit-on, sur des Libellules de plus grande taille. D’après M. Braner, les Panorpes ne sont pas aussi féroces, et se repaissent seulement d'insectes morts et de divers détritus; quand on les saisit, elles dégorgent une salive brune, à la façon de beaucoup d'insectes carnassiers de proies vivantes ou mortes.

L'anatomie interne de l’espèce la plus répandue du genre, le Pan. communis, Linn., a été faite par L. Dufour (Mém. des sav. étrang., 1841, t. VIT, p. 582), et par M. H. Lüw (Abbildungen und Bemerkungen zur Anatomie einiger Neuropteren Gattungen,(Linnæa entomol., 1848, p. 363, pl. iv et v).

L'appareil digestif de la Panorpe commune commence par une glande que ses connexions rattachent aux glandes salivaires, bien que sa fonction doive être spéciale en ce qu'elle ne se trouve que chez les mâles (L. Dufour). Elle consiste, de chaque côté, en trois longs boyaux blancs filiformes, confluents par le bout ouvert en un col commun fort court, qui s'ouvre dans l’arrière-bouche ; ils se portent au-dessous du canal digestif jusqu'au bout de l'abdomen, puis reviennent en avant, en s'amincissant peu à peu, jusqu'à la base de l'abdomen. Bien plus gros que les vaisseaux de Malpighi, et égalant parfois le tube digestif en diamètre dans leur partie antérieure, ils sont remplis d’un liquide blanc et laiteux. Le tube digestif a environ trois fois la longueur du corps, fait singulier chez un insectivore. Après un très-court œæsophage vient, au début du thorax, un gésier ovoïde, noirâtre par la couleur même de sa tunique interne, garnie en dedans de poils mobiles simulant les crins d'une brosse, revêtu extérieurement de fibres musculaires longitudinales et annulaires ; puis un estomac allongé, cylindroïde, à peu près droit, avec papilles à la surface et fibres annulaires, terminé par un bourrelet à valvule interne, autour duquel s’insèrent six canaux de Malpighi, simples, repliés, d’un brun violacé, aussi longs que le corps de l’insecte. L'intestin long, faisant un retour sur luimême, offre d'abord un tube grêle et flexueux, qu'une valvule avec contracture sépare d’un rectum offrant d’abord une dilatation oblongue, puis s’atténuant peu à peu en un conduit tubuleux, plus long chez le mâle que chez la femelle, car il s'engage dans la queue articulée de celui-ci pour aboutir à un anus placé entre les tenailles terminales.

Au tiers postérieur de l'abdomen chez le mâle, et au-dessous du tube digestif, sont deux testicules ellipsoïdaux bien séparés, enveloppés chacun par une tunique d’un brun rougeâtre, et offrant à une extrémité une petite pointe subulée, et à l’autre un canal déférent capillaire, s’insérant au col de la vésicule séminale correspondante. Chaque testicule, maintenu en place par un lacis de filets nerveux, de

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trachéoles et de tissu graisseux, contient, d'après M. Lôüw, trois capsules spermifiques, oblongues, cylindroïdes, offrant antérieurement un vaisseau grêle et arqué, et en arrière un col capillaire, axe du canal déférent du testicule, celui-ci grêle, très-long et flexueux; au côté interne de chaque testicule est une vésicule séminale allongée, cylindroïde, avec un renflement subtrièdre en avant, et que prolonge un court boyau flottant et s’atténuant en arrière en un col très-mince, à l'origine duquel s’abouche le conduit déférent; les cols des vésicules séminales confluent en un court canal éjaculateur entouré d'une paire de glandes en boyau contourné.

Les ovaires de Panorpa communis sont constitués chacun par dix gaines ovigères (huit d'après M. Lüw), multiloculaires, se réunissant, quand la gestation est avancée, en un faisceau arrondi, terminé par une pointe due à la connivence des gaines, et où s'insère le ligament suspenseur. Ces gaînes, débarrassées des fins ramuscules trachéens qui les maintiennent en faisceaux, s'insèrent d’un côté d’un axe tubuleux, où tombent les œufs parvenus à terme. 11 se termine par un col assez long, s’unissant à son congénère pour former un court oviducte. A cet appareil fondamental se joignent deux glandes annexes, suivant L. Dufour. l

Pour M. Lüw, les glandes annexes ne consistent qu'en une paire de longs boyaux aveugles, un peu flexueux, assez larges et débouchant tout à fait à l'extrémité terminale de l’oviducte.

Le système nerveux de la Panorpe a offert à M. Lôw un cerveau énorme, présentant deux très-gros lobes latéraux subhémisphériques correspondant aux yeux, unis par un large cylindre nerveux médian. Deux ganglions sous-æsophagiens accolés communiquent à un long filet nerveux, avec trace de scission médiane, qui aboutit à trois ganglions thoraciques, sphéroïdes et subégaux, à connectifs longitudinaux bien séparés. Il y a ensuite sept ganglions abdominaux arrondis, le premier assez gros, les autres beaucoup moindres que les ganglions du thorax, le dernier ovoïde, et d’où part une véritable touffe de filets nerveux. Le premier ganglion abdominal se relie par deux connectifs bien séparés au ganglion du métathorax; les autres n’ont plus qu'un connectif longitudinal, avec indice de soudure au milieu.

Les larves et les nymphes des Panorpa vivent profondément cachées dans les terrains humides. Il y a deux périodes à distinguer chez la larve, à savoir : la phase qui s'étend de la sortie de l’œuf à la première mue, puis de cette mue à la nymphose; car les seconde et troisième mues n'apportent pas de modification importante. On n’a pas encore obtenu ces larves à l'état libre, ce qui provient sans doute de ce quon ignore leur nourriture réelle, mais on les obtient très-aisémen en captivité de la manière suivante : On remplit de terre très-humectée le fond d'un grand vase de verre, et sur celle-ci on dépose quelques petits morceaux de cœur de bœuf; on a réussi aussi avec des pommes et des

pommes de terre. Dans ce vase, huit à dix Panorpes des deux sexes sont enfermées. Si les insectes sont fraîchement éclos, ils restent plusieurs jours sans s'accoupler. Le mâle s'approche de la femelle en allongeant complétement la partie postérieure de son corps. Il avance la pince ouverte de sa queue contre les anneaux dorsaux de la femelle, et glisse celle-ci lentement d'avant en arrière sur les arceaux du dos; puis il la tourne de côté pour atteindre la vulve. En même temps les corps des deux sexes se tournent, de façon à se placer à côté l’un de l’autre, divergeant antérieurement, de sorte que, de profil, la figure qu'ils forment a quelque analogie avec un huit, le corps du mâle se trouvant du côté de la plus grande courbure. L’accouplement dure souvent des heures entières et se répète fréquemment, une même femelle s’accouplant successivement avec plusieurs mâles. Avec de la viande, les adultes peuvent se conserver vivants près d'un mois; les mourants sont immédiatement dévorés par les survivants. Plusieurs jours après l’accouplement, la femelle dépose, réunis ensemble, une douzaine d'œufs dans la terre bumide, en les entourant d’un liquide visqueux. Ils sont d’abord blancs, plus tard d'un gris jaune et trouble, avec le chorion se dessinant en forme de filet ; ils ont un millimètre de long.

Les larves sortent des œufs au bout de huit jours, longues d'environ Amm,5 sur 0,5 de large. Aussitôt après l’éclosion, elles sont blanches, avec des yeux noirs, mais prennent bientôt une couleur d'un gris violacé. Ces petites larves ressemblent déjà beaucoup à ce qu’elles seront après la-première mue, mais s’en distinguent par des antennes beaucoup plus épaisses, et en ce que les anneaux abdominaux de 1 à 7 portent en dessus deux verrues, munies chacune d’une grosse soie articulée ; de même, des soies plus grandes sont implantées sur les arceaux ventraux de 8 à 10, deux sur 8 et, et une sur 10 ; ces soies persistent dans toutes les phases de la larve, tandis que celles du dos tombent avec la première mue.

Les larves bien développées de Panorpes montrent le mieux possible la structure de la tête indiquée dans les généralités sur la tribu. Cette tête est d'un brun foncé, et la partie molle antérieure du labre ainsi que le bord antérieur de son appendice sont blanes. Les mandibules fortes, cornées, trièdres, à pointe mousse, légèrement recourbées en dedans, avec deux courtes dents mousses au côté interne. Les mâchoires ont une large base, se rattachant par une partie membraneuse à la lèvre inférieure, et portent des palpes de quatre articles, les trois premiers subcylindriques et subégaux, le dernier conique ; les palpes labiaux, très-rapprochés, sont courts et gros, les deux articles basilaires cylindriques, le terminal conique, aussi long que les deux premiers ensemble. Les antennes, de quatre articles, ont les deux premiers courts, gros, cylindriques, le troisième subclaviforme au sommet, le quatrième légèrement fusiforme ou cylindrique, ayant à l'extrémité trois courtes pointes chez les très-jeunes larves. Les grands yeux, sur les côtés de la

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tête, sont bordés de clair éclatant, ce qui donne à ces larves un aspect singulier ; quelques poils isolés et sétiformes se trouvent aux diverses parties de la tête.

Le pronotum' est corné, plus large que long, quadrangulaire, offrant de chaque côté, à l’angle postérieur, le premier stigmate; les autres anneaux thoraciques sont membraneux en dessus, avec écussons cornés et poilus isolés, un plus grand au milieu, deux petits de côté. Les pattes sont courtes, à jambes épaisses et conoïdes, à cuisses et jambes cylindriques, à tarses très-courts, coniques, terminés par un petit crochet

simple, visible distinctement à la troisième paire seulement,

Les anneaux thoraciques sont d’une grosseur égale aux sept segments abdominaux suivants; ceux-ci ont en dessus et au milieu une large tache triangulaire subcornée, à deux soies, avec des prolongements verruqueux portant quatre soies, et latéralement des verrues à une soie. La couleur de la peau est plus foncée autour des taches.

Sur les côtés du second et du troisième anneau thoracique se trouvent, l’une sous l’autre, deux taches verruqueuses cornées et foncées, et aux côtés des sept premiers segments abdominaux, trois petits écussons verruqueux, saillants, en triangle, dont l’antérieur porte le stigmate. Au-dessous des anneaux en question sont implantées des pattes ventrales, en forme de mamelons, qui augmentent de grosseur d'avant en arrière, Comme signe distinctif spécial, le huitième et le neuvième anneau portent supérieurement deux grandes verrues cylindriques, avec une longue soie articulée, et le dixième anneau offre au milieu une seule verrue de pareille structure. Ces cinq verrues existent aussi sur la larve du Bittacus. Du dixième anneau part une fourchette d'arrêt rétractile et quadrifide, dont les quatre branches sont mousses et cylindriques, deux faisant saillie de côté et deux sortant droit en arrière. À l’intérieur, de nombreux muscles aboutissent à cette fourchette, au moyen de laquelle la larve peut se dresser, à la façon des chenilles de beaucoup de Phalénides, sur les fausses pattes anales. La fourchette paraît diaphane sur le bord, avec un intérieur trouble; il s'en écoule une mucosité poissante, à l’aide de laquelle la larve peut se fixer quelque temps à des objets tout à fait lisses. Des sécrétions gluantes ou äcres et fétides existent aussi, comme on le sait, chez un certain nombre de fausses chenilles de Tenthrédiniens.

Les larves des Panorpes ne se jettent pas directement sur la viande crue qu'on leur donne en pâture, mais elles s'enfoncent la plupart du temps dans la lerre à une certaine distance, creusant une gelerie en fer à cheval, dont une extrémité débouche justement au-dessous du morceau de viande, Retourne:t-on vite la viande, elles rentrent à reculons dans la profondeur de leur galerie, ets’échappent, sans tre vues, par l'autre extrémité libre, pour fuir facilement à la surface, ce qu'elles ne pourraient faire aussi rapidement dans la terre même, vu qu'elles ne creusent qu'avec lenteur. Elles se comportent comme de fausses che-

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nilles, courent souvent avec prestesse à reculons, ou se dressent librement sur leur fourchette anale; elles se nettoient les pattes en courbant la tête en bas et promenant les articles entre leurs mandibules; quand on les saisit, elles se roulent et simulent la mort.

Au bout de trente jours, elles sont entièrement développées; s’enfoncent plus profondément dans la terre, se façonnent dans une motte une petite cavité ovale, où elles reposent en larves encore plusieurs semaines avant de devenir nymphes. En cet état, elles se rétractent à la moitié de leur longueur, leur partie inférieure grossissant, l'extrémité de l’abdomen un peu recourbée vers le dos. Les soies des cinq verrues des trois derniers segments sont en partie cassées. Elles se meuvent lentement, si on les retire de leur niche. Personne ne méconnaitra la ressemblance de cet état avec celui des larves de Tenthrédiniens avant leur nymphose. Celle-ci ne s'opère pas tant que la terre reste trèshumide ; il faut que la terre se sèche un peu, tout en restant à un certain degré de moiteur; la phase de nymphe dure de deux à trois semaines.

La nymphe laisse déjà reconnaître les parties de l'adulte, qui sont toutes librement articulées, comme chez les autres nymphes des Névroptères propres. Les pièces buccales offrent avec celles de l'adulte les différences suivantes : Le rostre résultant de leur assemblage est à peine moitié aussi long et beaucoup plus large. Les mandibules sont plus droites et pourvues à la pointe et au bord interne d'une forte dent; les mâchoires, encore membraneuses et épaisses, ont déjà leurs lobes séparés; les palpes maxillaires et labiaux sont encore très-lourds, et ces derniers s'écartent déjà en are comme chez l'adulte. Les fourreaux des ailes, rejetés sur les côtés, arrivent jusqu’au quatrième anneau abdominal. L’'abdomen est sensiblement plus gros que chez l'adulte ; la queue à pince du mâle est déjà distinctement visible et repliée en dessus, ainsi que la queue pointue de la femelle. La nymphe est d’abord jaure, avec des yeux noirs; plus tard elle prend peu à peu la couleur de l'adulte, mais moins intense, surtout en dessous. Au moment de devenir adulte, elle brise sa motte de terre et remonte à la surface, où s'opère la dernière mue. L'insecte a mis environ neuf semaines, à parlir de l’œuf, à atteindre son entier développement. Comme les Panorpes n'apparaissent pour la première fois qu'à la fin d'avril, il en résulte qu'il ne peut y avoir que deux générations par an. Les larves de la seconde génération passent l'hiver sous la terre, et donnent les adultes d'avril.

M. Fr. Brauer a élevé la larve de P. communis, Linn., atteignant 13 à 14 millimètres de long sur environ 3 de large, et celles un peu plus petites de P. germanica, Linn. (son P. montana, Brauer), et de P. alpina, Rambur, ou variabilis, Brauer. Leur tête est d’un brun plus ou moins foncé, et le corps est d’un gris rougeâtre en dessus, blanchâtre en dessous, Il est plus difficile de distinguer les espèces en larves qu'à l’état

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d'adultes ; car ceux-ci se séparent surtout nettement par la forme des parties génitales des mâles.

Le genre Panorpa offre jusqu'à présent environ trente-sept espèces connues, douze en Europe et dans les contrées avoisinantes, et quelques-unes s'étendant sans doute au nord de l'Afrique; mais on n'a pas encore signalé ce genre des parties tropicales et méridionales de ce continent. On a décrit quatre espèces d'Asie, dont une de Sibérie, outre le Caucase et l'Asie Mineure; cinq sont indiquées du Japon, dont quelques-unes probablement se trouvent aussi au nord de la Chine. Java en compte trois, et l'Amérique du Nord environ treize. L'Amérique du Sud n’a pas encore fourni d'espèces de Panorpes, quoiqu'il y en ait probablement quelques-unes au Chili; enfin l'Australie ne parait pas contenir ce genre. On y a signalé un genre voisin, à bouche non prolongée en rostre, Chorista, Klug (C. australis), probablement le même, pour le genre et l'espèce, que l'Euphania ruficeps, Westw.

L'espèce de Panorpe la plus commune dans toute l'Europe septentrionale et centrale, surtout dans les lieux ombragés et humides, se trouvant aussi en Sibérie, est le P. communis, Linn., la Mouche scorpion de Geoffroy, long. du corps 12 à 14 millim.,enverg. 25 à 32 (pl. Lxvr, fig. 3, tête et bouche en dessus; 3 a, mächoire et palpe; 3 b, mandibule; 3 c, lèvre inférieure avec extrémités des palpes; 8 d, tarse antérieur ; 8e, pelote et crochets de ce tarse très-grossis, de profil; 8 f, labre et mandibule). La tête et le corps sont d’un noirâtre mélangé de jaune et de roux, les antennes noires, le rostre rougeâtre à extrémité noire. Les ailes de cette espèce sont d'ordinaire assez fortement tachées de noir brunâtre, surtout au sommet, et avec une bande subapicale anguleuse et souvent fourchue au bord interne chez la femelle, et plusieurs tathes disséminées. Les pattes sont jaunâtres ou roussàtres, obscurcies. L'abdomen est un peu rétréci à la base chez le mâle, son troisième segment rarement prolongé au delà du sommet, le plus long de tous, en cône tronqué au sommet; puis vient la queue articulée, qui est rousse, avec les segments 7 et 8 coniques, les crochets du segment 9 terminal allongés. Chez la femelle, les cinq premiers anneaux de l'abdomen sont noirs, jaunâtres au bord postérieur, les quatre extrêmes et grêles, qui forment le pondoir, sont roux, et il sort au bout deux appendices noirs, poilus, divergents.

Une seconde espèce, dont certains auteurs n'ont fait qu'une variété de la précédente, est le P. germanica, Linn. (syn. : montana, Brauer), espèce aussi commune ou à peu près que la précédente et des mêmes localités, un peu plus petite; ayant les ailes en général bien moins tachetées, et dont les taches ne forment pas de bande subapicale continue; le troisième segment de l'abdomen du mâle se prolongeant beaucoup en dessus au milieu de son bord apical, le sixième tronqué au sommet, à peine plus long que le septième; les appendices du segment terminal courts, aplatis, dilatés et tronqués au sommet. Le

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P. cognata, Rambur (germanica de Brauer), à tête rougeûtre, ressemblant beaucoup à l'espèce précédente pour les macules des ailes; les cinq premiers segments de l'abdomen noirs et couverts de poils gris chez le mâle, parfois rougeâtres chez la femelle, le troisième segment du mâle très-prolongé vers le milieu de son bord apical en dessus, le sixième oblong et renflé (vu de côté), 7 et 8 subcylindriques; les pinces du segment terminal longues, cylindriques, à branches rapprochées; espèce de l’Europe centrale, du sud de l'Angleterre, de Belgique. Le P. meradionalis, Rambur, du centre et du midi de la France, des Pyrénées, d'Espagne, etc. Toutes ces espèces, ainsi que la plupart des autres espèces d'Europe, ont la subcostale des ailes antérieures atteignant le pterostigma. Un autre groupe d'espèces européennes offre la subcostale de toutes les ailes n’atteignant que le milieu de la côte et pas au delà. On y comprend deux espèces : P. alpina, Rambur, ou variabilis, Brauer, avec ailes à reflet brun verdâtre non tachées ou faiblement tachées, des montagnes de l’Europe centrale, ainsi de Suisse, non indiqué d'Angleterre; et P. caucasica, Sélys-Longch., à ailes fortement tachetées, de Mingrélie. Il faut remarquer que nous comptons, comme M. Mac Lachlan, neuf segments à l'abdomen des Panorpes adultes, le premier étant en partie caché sous le metanotum.

Nous cterons, parmi les espèces extra-européennes, les P. japonica, Thunb., du Japon, noire, à pattes testacées et à ailes hyalines, avec deux bandes et des taches noires; P. amurensis, Mac Lachl., des rives de l'Amour en Sibérie; P. fasciata, Fabr., espèce fréquente aux États-Unis, ressemblant à notre P. communis, à tête et corps roux ou rougeûtres, à ailes d’un jaunâtre hyalin, avec le bout brun, une bande brune fourchue postérieurement et diverses taches; le P. lugubris, Swederus, ou Scorpio, Fabr., espèce de taille un peu moindre que le P. communis, très-reconnaissable par la tête, le thorax et les pattes noirs, l’abdomen rougeâtre avec le bout noir, et surtout par les ailes d’un noir un peu roussâtre, avec trois taches oblongues blanches ; de l'Amérique septentrionale.

BITTACUS, Latr. — Tête petite; antennes le plus souvent très-grêles et trèslongues chez les mâles; trois ocelles en triangle. Mandibules linéaires, cornées, bidentées au sommet ; mâchoires allongées, bilobées, cornées, soudées au menton, à palpes de cinq erticles ; lèvre inférieure à sommet aigu, à palpes allongés, biarticulés. Quatre ailes égales, en toit sur le corps au repos, subspatulées, étroites à la base, avec peu de nervures, un peu réticulées vers l'extrémité. Pattes très-longues et très-grêles, les postérieures plus fortes, toutes épineuses, les éperons terminaux des jambes longs et fins, avec tarses à longs articles, très-flexibles les uns sous les autres, échancrés à cet effet à leur extrémité, principalement le pénultième, sous lequel s’applique le dernier article, surtout aux patles antérieures, le. dernier article se confondant à sa pointe avec un ongle allongé,

BITTACUS. 07

unique, simple. Abdomen long, cylindrique ou comprimé, élargi postérieure-

ment, à pièces génitales peu apparentes au repos.

Les Bittaques frappent tout de suite les yeux de l'observateur par leur aspect, qui rappelle celui des grandes Tipules (Diptères némocères). Ce sont d'avides carnassiers de proie vivante. Leurs larves, encore peu connues, paraissent vivre sur la terre. Les espèces de ce genre sont surtout des régions chaudes, du Cap, du Sénégal, du Mexique, du Brésil, du Chili, de l'Australie, etc. Une espèce très-curieuse est celle de Californie, décrite par M. Mac Lachlan (ÆEntomologists monthly Magazine, t. VIII, October 1871, p. 100), et tout à fait privée d’ailes, le B. apterus, M. Lachl., qui peut-être devra former un genre nouveau. Le corps du mâle est long de 21 millim., celui de la femelle de 22. La couleur est verdâtre à l’état vivant, d’un roux gris sur sujets dans l'alcool. Les antennes sont médiocres en longueur, moins que la moitié du corps ; le rosire offre de chaque côté une ligne noire. Les pattes sont plus pâles, très-longues, avec poils noirs aux diverses parties, les longs tarses antérieurs en grappins très-fléchis ; la femelle a l'abdomen régulièrement renflé jusqu’à l’avant-dernier segment. Deux lignes noires, subobsolètes, règnent de chaque côté de l'abdomen. Les appendices génitaux du mâle sont grands, foliacés, tronqués, dirigés en haut, avec un pénis recourbé en dessous des appendices ; l'abdomen de la femelle se termine par deux courts prolongements spiniformes. De nombreux sujets de cette espèce étrange ont été capturés à Brooklyn, en avril 1871, dans une prairie, un certain nombre en accouplement, dans un petit espace sous un Chêne, rempli de chardons et de moutarde sauvage. On n'en trouva pas d’autres ailleurs sur les mêmes plantes. Ils étaient trèsactifs aux moments du lever et du coucher du soleil. Ils se trainaient sur les tiges des plantes en question, se nourrissant de Mouches et d'autres petits insectes. Si l'on secouait ces plantes, ils tombaient aussitôt à terre et se cachaient dans le gazon. Leur couleur à l’état vivant était d’un vert analogue à celui des végétaux qui Jes portaient, tellement qu'on les en distinguait à peine, excepté quand ils remuaient; en général leurs mouvements étaient lents et comme maladroits. Les sujets conservés dans l'alcool n'ont plus la couleur verte. M. Hagen fait remarquer que la même personne qui a découvert ces Bittaques a pris au même endroit, et probablement en leur compagnie, des mâles de Tipules d'une espèce semi-aptère. Il y aurait là une ressemblance qui doit être un moyen de protection vitale, en aidant les Bittaques aptères dans la recherche de leur proie.

En Europe, il n'existe qu'une espèce de Bittaque, le B. italicus, Mueller, ou tipuloides, Schrank, ou tipularius, Fabr. (son Panorpa tipularia), pl. Lxvi, fig. 2, femelle, long. corps 14 millim., long. aile antér. 16 à 18 millim., à antennes très-déliées et plus longues que le corps chez le mâle, plus courtes chez la femelle, l'abdomen de celle-ci oblong,

108 NÉVROPTÈRES.

celui du mâle renflé au bout. Tout l’insecte est d’un brun jaune rougeâtre, à ailes roussâtres, la subcostale n’allant qu’à la moitié de l’aile, le pterostigma à peine visible, large, ovalaire, les pattes ayant l’extrémité des jambes noirâtre. [Il se trouve surtout dans les régions méridionales de l'Europe, très-rare en France d'après Latreille, trouvé une fois près de Paris par l’entomologiste Duponchel, rencontré aussi près de Genève, mais très-rare (Pictet).

M. Fr. Brauer a représenté (1) cette espèce accrochée à une fourche de branches par les tarses des paires 2 et 3, tandis qu'elle enlace une Mouche avec les tarses très-flexibles de la première paire et la perce de son rostre. La mise en accouplement est curieuse : les sujets des deux sexes s’accrochent à la même branche par les longs tarses de la première paire, et se placent en regard, les deux rostres vis-à-vis l’un de l’autre, les pattes intermédiaires et postérieures plus ou moins entrelacées par leurs tarses, et ils recourbent leurs abdomens, de sorte que les deux corps font la boucle en se conjoignant par les bouts.

L'analomie interne du Bittaque tipulaire a montré un cerveau à deux gros lobes optiques réunis par un large cylindre transverse; trois ganglions thoraciques sphéroïdes, le métathoracique le plus gros; un système digestif analogue à celui des Panorpes, avec six canaux de Malpighi; deux testicules fusiformes, chacun de quatre capsules spermifiques, avec un long canal déférent enroulé en spirale ; chaque ovaire formé de dix tubes ovigères pluriloculaires, insérés d’un seul côté d’un calice commun très-allongé.

Parmi les espèces exotiques les plus anciennement connues, il faut citer B. capensis, Thunb., du cap de Bonne-Espérance, et B. Blancheti, Pictet (Mém. Soc. phys. et hist. nat. de Genève, t. VII, 1836, p. 403;, espéce plus grande et plus colorée, avec teintes analogues, que notre Bittaque européen, et du Brésil (province de Bahia).

Les observations de M. Fr. Brauer ont porté sur,le Bittacus italicus, Mueller, ou tipularius, Fabr., commun certaines années aux environs de Vienne. Plus que les Panorpes, le Bittaque est, pour les petites Mouches, un redoutable carnassier, et son aspect, analogue à celui d'une inoffensive Tipule, lui est très-avantageux pour ce genre de vie. I se suspend à une plante par les pattes de devant, et étend les quatre autres à la façon des Araignées. Un petit insecte s'approche-t-il, il sait habilement le saisir, et les articulations de ses tarses s'enroulent autour de son corps comme un lacet, tandis que la griffe qui termine le dernier article s'enfonce dans la proie comme un ergot. Si la victime est un peu grosse pour le carnassier, ainsi une Mouche à viande (Musca

(1) Beiträge zur Kenntniss der inneren Baues und der Verhandlung. der Neuropteren (Verhandl. des zool.-botan. Vereins in Wien, 1855, p. 707). — Ce mémoire, dont les figures sont malheureusement médiocres, renferme les anatomies de divers Névroptères propres,

BITTACUS. h09

vomitoria), celui-ci se laisse entraîner par elle plutôt que de la lâcher. Quand la Mouche, à force d’être traînée çà et là, est assez fatiguée et blessée par les ongles, le Bittaque porte à sa bouche d'abord les pattes postérieures et la dévore peu à peu. Pendant que la femelle mange, un mâle s'y adjoint bientôt, et il s'ensuit la copulation, durant laquelle les deux sexes sont accolés sur une ligne droite, les abdomens opposés. L'accouplement se prolonge souvent des heures entières, mais souvent aussi il s’accomplit en peu d’instants. Le mâle ne meurt pas sur-lechamp, mais cherche fréquemment une seconde compagne.

Au bout de peu de jours, la femelle laisse tomber, un à un, par terre, de petits œufs bruns en forme de barillet, et ne meurt qu’au bout de quelques semaines. Peut-être existe-t-il quelque autre mode de ponte, ce que M. Brauer ne peut affirmer, n'étant parvenu qu'une seule fois à obtenir des larves, en douze années d'observations de l'insecte, et encore fortuitement. Des Bittaques adultes avaient été renfermés en été dans un bocal de verre rempli de terre, sur laquelle ils laissèrent tomber beaucoup d'œufs qui se ridèrent, paraissant tous inféconds. La terre meuble du verre servit au printemps suivant à élever d'autres insectes, et l’on y trouva six larves présentant les caractères extérieurs des larves de Panorpiens. Comme elles périrent toutes en vingt jours, avant la première mue, M. Brauer n’a pu décrire que leur premier âge.

Ces jeunes larves de Bittaques, plus grosses et plus ramassées que l’état correspondant des larves de Panorpes, ont la tête brune, avec les mäâchoires, la lèvre inférieure, les articles terminaux des antennes d’un gris jaune pale; le dessus du corps est d'un gris rougeûtre, le dessous d’un blanc jaunâtre. Les soies sont jaunes, mais les cinq soies articulées des trois derniers segments sont noires, et la fourchette d'arrêt terminale transparente comme de l’eau. La tête, plus large que dans la première larve des Panorpes, porte des yeux simples groupés formant une tache noire plus petite et descendant moins bas, et, au devant d'eux, de grosses et courtes antennes de quatre articles, le dernier petit et en pointe conique. Le labre et son appendice sont bruns; les mandibules semblables à celles de la larve du Borée, bifides au bout, dentées au bord interne; les mâchoires, à deux pointes, offrent des palpes courts, courbés en arc, de quatre articles. Les palpes labiaux, de trois articles, sont courts et gros, contigus à la base, avec des pointes divergentes.

Les anneaux du thorax sont aussi gros que les premiers de l'abdomen, et tous sont munis d'excroissances particulières; le troisième anneau thoracique et les sept anneaux suivants de l'abdomen sont pareils, tandis que les anneaux 1 et 2 du thorax, 8, 9, 10 de l’abdomen, sont autrement conformés. Sur la ligne dorsale du dernier anneau du thorax, jusqu’au septième anneau de l'abdomen, s'élèvent deux rangées de prolongements, dont chacun est composé de deux parties. Sur deux cônes charnus superposés s’implantent, à la base intermédiaire et à la pointe,

L10 NÉVROPTÈRES.

deux longues soies mousses et aplaties, disposition qui rappelle un peu les verrues des chenilles de Vanessa (Lépidopt. rhopal.) et des fausses chenilles de Selandrya (Tenthrédiniens, Hymén.). Aux premier et second anneaux du thorax la partie basilaire parait avortée, et l’on ne voit que deux prolongements coniques avec une soie. Aux anneaux 8 et 9 de l'abdomen les prolongements, bien développés, se terminent par une longue soie noire articulée, comme chez les larves de Panorpes, et au dixième ou dernier anneau abdominal ne se trouve qu'un prolongement conique, avec une soie articulée supérieurement au milieu.

Dans la ligne latérale on aperçoit, du second anneau du thorax au huitième de l'abdomen, sur chaque segment, un prolongement trifide avec trois soies terminales, au-dessous duquel est un stigmate.

Les six pattes du thorax sont plus longues que chez les larves de Panorpes, les hanches grosses et coniques, les cuisses courtes et cylindriques, les jambes et les tarses paraissant difformes, car ils sont extensibles dans le sens de la longueur, comme chez la larve du Borée; les pattes abdominales sont coniques et garnies de soies à leur base, et du dernier anneau peut s’allonger une fourchette d'arrêt quadrifide.

Dans leur manière de vivre ces larves diffèrent d'une façon surprenante de leurs voisines, celles des Panorpes et des Borées, parce qu'elles ne creusent pas la terre et n’y pénètrent pas, mais restent toujours à la surface, et se cachent tout au plus sous une feuille sèche ou sous une motte détachée.

Elles rampent, comme celles des Panorpes, en avant et en arrière, et souvent se dressent complétement sur la fourchette seule. Leur couleur les rend très-difticiles à voir, et il faut les chercher longtemps, même sur un petit espace. M. Brauer les nourrissait avec du cœur de bœuf cru; mais, après avoir un peu grossi, elles périrent toutes.

On observe que le Bittaque adulte vole de juillet à septembre, et pond ses œufs à cette époque, œufs d'où les larves ne sortent qu’au printemps suivant, et elles croissent assez vite, puisque l'adulte apparaît de nouveau en juillet.

BOREUS, Latr. — Antennes filiformes, longues et assez épaisses, surtout chez le mâle; pas d’ocelles. Mandibules subcornées, comprimées, linéaires, denticulées en dedans; màchoires ovales au sommet, finement denticulées sur le bord, à palpes de cinq articles cylindriques ,et subégaux, plus longs qu’elles; menton soudé en tube aux mâchoires, sinué antérieurement, à languette obconique et arrondie, entière, avec palpes très-courts, biarticulés. Rudiments des ailes du mâle en forme d’alêne, recourbés en dessus, ceux de la femelle très-courts, collés au corps, paraissant manquer. Pattes très-longues, surtout les postérieures ; tarses très-longs, à articles de longueur décroissante, terminés par deux ongles simples. Pièces génit1les du mâle profondément cachées ;

BOREUS. 11

un oviscapte saillant et recourbé, analogue à celui des Gryllus, chez la femelle. Corps en partie métallique.

Les Borées sont les Panorpiens des régions froides, en latitude ou en altitude, les Panorpes étant surtout propres aux pays tempérés, avec quelques espèces remontant vers le Nord, et les Bittaques spéciaux aux pays chauds, un petit nombre des climats tempérés, Les pattes postérieures des Borées sont propres à un saut de médiocre étendue.

L'espèce la plus anciennement connue est le B. hiemalis, Linn. (pl. £xvr, fie. 4, femelle grossie à sa grandeur naturelle ; 4 bis, mâle de grandeur naturelle ; 4 a, lèvre inférieure et mâchoires avec leurs palpes; 4 b, mandibule ; 4c, extrémité de la mandibule très-grossie ; 4 d, extrémité membraneuse de la mâchoire ; 4 e, labre; 4 f, base d'une antenne; h g, extrémité de l'abdomen de la femelle avec oviscapte). Le singulier insecte qui est le type du genre est long de 5 millim., et la femelle de 6 1/4 avec l'oviscapte. La tète, enfoncée dans le corselet, est ovalaire vue de face, terminée par un rostre jaunâtre et noir au bout, avec des yeux ovales, légèrement échancrés vis-à-vis de l'insertion des antennes. Cellesci, rousses d'abord, noires au tiers externe, placées entre les yeux dans deux larges fossettes, sont formées d’une vingtaine d'articles cylindriques, le premier court, le second beaucoup plus long et plus épais que les suivants, ceux de l'extrémité augmentant peu à peu de longueur et de grosseur à mesure qu'ils approchent du dernier qui est fusiforme. Le prothorax est carré, transversal, recouvrant un peu la tête ; le mésothorax et le métathorax donnent naissance chez le mâle à deux ailes d'un jaune brunâtre, sans nervures, impropres au vol, réduites à la côte, accolées et courbées ensemble, de manière à simuler un long ergot concave vers Le corps, fortement ciliées sur les côtés, terminées par une soie ; chez la femelle, par une persistance de forme nymphale, on aperçoit seulement deux petits prolongements des téguments. Les pattes, d’un jaune un peu rougeâtre, sont longues, surtout celles des paires 2 et3, pareilles entre elles, à très-longues hanches renflées avec un court trochanter, les cuisses et les jambes cylindriques et subégales, les tarses beaucoup plus longs que les jambes, de cinq articles, le premier plus long que les deux suivants, les autres diminuant de longueur jusqu'au dernier, qui est tronqué obliquement pour recevoir Les crochets, ceux-ci implantés à peu près perpendiculairement sur une base commune et sans pelote entre eux. L'abdomen, de neuf segments, un peu déprimé et renflé au bout, très-renflé chez le mâle, se termine chez ce dernier par deux forts crochets de copulation, rentrés dans le repos, tandis que l’oviscapte terminal et d'un jaune roussâtre de la femelle est très-saillant, et composé de trois pièces cylindriques, la seconde à elle seule plus longue que les deux autres, la dernière ou le bout ovoiïde. Le corps, à l'état vivant, est d'un bronze verdâtre ; les sujets desséchés sont souvent bruns ou jaunâtres. On

h12 NÉVROPTÈRES.

consultera pour la description et les figures : E. Guérin et Percheron, Genera des Insectes, 47° livr., Paris, 1835, n° 6, NévrorrÈères, pl. 4, mâle et détails; F. A. Kolenati, Sur la Puce des glaciers (der Gletschergast) (Bull. Acad. impér. des sciences de Saint-Pétersbourg, 1846, t. V, p. 48, figures du mâle et de la femelle), en remarquant que c'est tout à fait à tort que Kolenati donne en synonymie le Desoria saltans, Agassiz, Nicolet, Bourlet, cet insecte appartenant à la famille des Podurides (ordre des Thysanoures).

Le B. hiemalis, Linn. se rencontre en Suède, en Allemagne, notamment dans la Prusse orientale, dans les Alpes, sautillant sur la mousse et même sur les plaques de neige.

M. Brauer a figuré, d'une manière très-incomplète, le système digestif du B. hiemalis, composé d'un grand estomac allongé, précédé d'un petit gésier analogue à celui des Panorpes. Les ovaires de la femelle paraissent formés de deux faisceaux de gaines tubuleuses pluriloculaires (op. cit., Verhandl zool.-botan. Vereins in Wien, 1855, p. 710).

Cet insecte se montre en Allemagne en automne à l’état adulte, et on le trouve en octobre, puis pendant tout l'hiver et jusqu'en mars et avril. M. Brauer ne pense pas que la génération d'octobre en produise une autre pour le printemps, car on voit de grandes larves en janvier, mais qui ne deviennent pas nymphes et passent probablement tout l'été en cet état; c’est uniquement dès septembre qu'on observe des nymphes. IL résulte que les images du printemps ne sont que des sujets d'hibernation provenant de la généralion d'automne, et que l’évolution du Borée dure un an, avec l’adulte de la fin de l'automne au début du printemps, et la larve en hiver, au printemps et à l'été. En effet, il sort déjà des larves des œufs pondus en octobre, et elles arrivent presque à toute leur taille en janvier, la nymphe ne se montrant qu’en septembre ou au début d'octobre.

C'est en mars que M. Brauer recueillit les premiers adultes et les mit captifs dans un bocal de verre, avec de la mousse et de la terre, Il les avait pris en train de s’accoupler sur des plaques de neige à demi fondue. Il ne tarda pas à observer le coït en captivité : un mâle s’élançait sur une femelle, bondissait tout à coup en se tournant, de sorte que ses crochets copulateurs se trouvassent sous les plaques ventrales de la femelle. Celle-ci fut alors relevée, et était couchée d’abord latéralement sur le dos du mâle, jusqu'à ce que les crochets de ce dernier atteignissent la vulve, et que l’intromission du pénis pût avoir lieu. Alors le mâle, comme chez la Puce, porte la femelle longitudinalement sur son dos, le pénis engagé alors à la base de son oviscapte, celle-ci resserrant les antennes et les pattes contre son corps et paraissant inanimée. Le mâle court çà et là avec son fardeau et n’est épuisé qu'à la fin de l’acte ; c’est alors souvent la femelle qui l’entraine couché sur le dos. Le coït dure fréquemment des journées entières. Le mâle meurt bientôt après, et au bout de peu de jours la femelle commence à pondre

BORLUS. h13

ses œufs; à cet effet elle se place debout, comme les femelles de Locustiens, et enfonce son oviscapte en terre, en tournant lentement en cercle et laissant reposerson corps sur le sol.

La nourriture des adultes semble être la mousse ; du moins ils cherchent ce qu'ils mangent entre les brins de mousse, peut-être des Podures ou d'autres animalcules. Presque tous les individus périrent au commencement d'avril, et les jeunes larves parurent à la fin d'avril et au début de mai. Le 11 mai, M. Brauer trouva une larve d’un millimètre, différant un peu des larves à toute leur croissance, plus grêle, portant à la partie inférieure des anneaux de l’abdomen des rudiments de pattes ventrales, et du côté supérieur des mêmes anneaux des verrues un peu allongées et munies de soies.

La larve à sa taille se trouve aussi bien en août qu'en janvier, sous des Hépatiques, dans la terre et aussi sur des pierres. C’est la seule larve de Panorpien qu'on ait encore capturée normalement à l’état libre. Si l'on retourne, à une des époques indiquées, des Hépatiques avec un couteau, soit sur le sol, soit sur des pierres, on aperçoit bientôt, se contournant vivement en spirale, une larve blanche, à tête jaune, cornée, à grandes taches oculaires noires, et que ses pattes distinguent tout de suite d’une larve de Charanson, à laquelle elle ressemble. La tête est plus large en arrière qu'en avant, avec les yeux amoncelés de chaque côté en tache noire très-visible, et, en avant, des antennes courtes en alône, l’article basilaire gros, cylindrique, inséré dans une cavité, le second fusiforme, mince, double en longueur, et portant une soie de même longueur. Le labre, très-élargi en arrière, porte une partie antérieure longue, calleuse, rétractile, sur laquelle est implanté un petit appendice échancré. Les maudibules sont fortes, bifides au bout, bidentées intérieurement. Les mâchoires sont membraneuses, à bord arrondi et munies extérieurement de palpes de quatre articles. La lèvre inférieure diffère chez la larve à sa taille de celle des autres larves de Panorpiens, en ce que ses palpes sont largement séparés et ont entre eux deux une petite pointe qui parait être une filière : on trouve en effet souvent les parois de la cavité de terre qui entoure la nymphe recouverte d'une toile blanchatre.

La tête est moins libre sur le thorax que chez les autres larves de Panorpiens. Les anneaux thoraciques forment la portion la plus grosse de la larve, presque continus, à séparalions peu visibles. En dessous sont six pattes divergentes, grosses, coniques, pareilles à des.étuis lorsqu'elles sont repliées; leurs trois articulations se déplient comme les tuyaux d’une lunette. Le prothorax est corné en dessus, et, de côté et en dessous, s’allonge une bordure cornée, qui se rattache au menton. Les trois arceaux dorsaux du thorax ont, en avant et de chaque côté, une petite verrue avec des soies.

L'abdomen est cylindrique, bien plus mince que le thorax, et porte en dessus et sur les côtés des verrues sétigères. Il n’y a pas de pattes

Ath NÉVROPTÈRES.

ventrales, et l'on n'observe pas non plus, à cette dernière phase du développement, de fourchette anale d'arrêt; le dernier anneau est arrondi en arrière.

La larve gît, la plupart du temps, courbée en are, le côté dorsal convexe, le côté ventral concave; elle mord continuellement autour d’elle, et se creuse des galeries; les parcelles de mousse qu'elle a mangées se peignent en vert à travers son corps blanc et translucide. La nymphose, avons-nous dit, n'arrive qu'en septembre, quoique bien des larves soient déjà entièrement développées en février. La nymphe est quelquefois tout à fait dans la terre meuble, mais le plus souvent se tient dans une petite galerie cylindrique, fermée en haut par un couvercle de terre et tapissée à l'intérieur d’un tissu très-fin, la plupart du temps sous la mousse et au milieu des mousses. Elle se déplace très-vivement par les mouvements de son abdomen, mais ne peut remuer les pattes que peu de temps avant de donner l’adulte. Elle ressemble à celui-ci, avec des pièces buccales plus courtes et plus grosses. Sa couleur, d'abord jaune, devient plus tard d’un jaune verdâtre. Le vertex, les joues, les yeux et le pronotum sont noirs ; les antennes et les pattes s'appliquent le long des côtés du corps. Les fourreaux des futures ailes rudimentaires du mâle s'appliquent également aux côtés du thorax, sont renflés à la base, étroits pour le reste, un peu recourbés à la pointe, etlégèrement échancrés en scie au bord postérieur.

L’oviscapte de la femelle, de même que les pinces libres du mâle, sont déjà sensiblement développés. La nymphe se dépouille de sa peau superficielle pour donner l'adulte, et celui-ci, pendant plusieurs jours, n’a pas encore son aspect ordinaire, car il n'a aucun éclat métallique, et ses pattes et son rostre sont d’un jaune très-pâle.

M. Brauer rapporte qu'on trouve le Borée hiémal dans les environs de Vienne, surtout dans les bois ordinaires, et jamais dans les bois de Pins, dont le sol est sans doute trop sec, tandis qu'il est fréquent dans les bois de Sapins du mont Schneeberg, à une altitude de 1400 mètres environ ; on y rencontre très-souvent sa larve dans les Sapins renverés, en décomposition et couverts d’une mousse épaisse. La taille de l'insecte est de 3 millim. de long sur un de large, dimensions moindres que celles que donne Kolenati. M. Brauer regarde cette espèce comme formant un passage des Panorpa et Bittacus ailés au genre Merope, Newman (tribu des Raphidiens), de l'Amérique du Nord, à larges ailes, mais privé d'ocelles, comme le genre Boreus,

Une seconde espèce, très-voisine, mais distincte, est le B. Westiwvoodi, Hagen, décrite dans le Synopsis of the genus Boreus de cet auteur (Entomol. monthly Magaz., t. HT, page 132, novembre 1866), et confirmée par M. Mac Lachlan (Trans. Entom. Soc. of London, 1869, December), se trous vant en Allemagne, en Finlande, en Angleterre, probablement l'espèce de Curtis et de Stephens, La couleur est moins vive, les appendices plus jaunes, La différence réside surtout dans la forme de la plaque

HÉMÉROBIENS. h145

ventrale qui termine chez le mâle le dernier segment de l'abdomen ; elle est triangulaire à côtés courbes, avec le bout elliptique, chez B. hiemalis, tandis que ses côtés ne sont pas arrondis et que son extrémité est tronquée dans le B. Westivoodi.

Au point de vue philosophique, il n'est pas sans intérêt de remarquer que la longue tarière saillante des femelles, analogue à celle des Grillons, établit une ressemblance avec les Orthoptères propres : aussi l'espèce type était nommée par Panzer Gryllus proboscidens; et Mac Leay, dans son Essai de classification circulaire des Insectes mandibulata, place les Raphioptera (Boreus), avec doute toutefois, à la tangence des cercles des Orthoptera et des Neuroptera (Horæ entomologicæ, or Essays on the annulose Animals, p. 439, London, 1819). à

TRIBU DES HÉMÉROBIENS.

La tribu des Hémérobiens, qui correspond en grande partie aux Megaloptera de Burmeister, se subdivise en familles importantes que nous disposerons dans l’ordre suivant : Myrméléontides, avec deux subdivisions qui s'appuient sur les genres types Myrmeleon, Linn., et Ascalaphus, Fabr.; Némoptérides, Hémérobides, répondant en grande partie à l’ancien genre Hemerobius, Linn.; Conioptéryyides; et enfin Mantispides ; de sorte que le genre Mantispa, Nlig., se trouvera naturellement suivi, dans la tribu qui viendra après, du genre Raphidia, Linn., qui lui a été souvent joint, d'après l'aspect extérieur et avant la connaissance des larves, qui a déterminé la véritable place des Mantispes comme des Coniopteryx, Haliday. Les premiers états justifient pour ces familles une réunion qui est souvent masquée par la divergence des formes adultes.

Nous ne pouvons établir qu'un petit nombre de caractères généraux, à compléter par les détails spéciaux à chaque famille : Tête perpendiculaire au corps; antennes de formes variées, en soie, en fil, en grains, en peigne, en massue, à bouton terminal; rarement trois ocelles au vertex ; yeux hémisphériques ou oblongs et divisés; pièces buccales libres, plus ou moins prolongées, mais non soudées en tube. Quatre ailes, le plus souvent tectiformes au repos, le plus souvent semblables en configuration, avec beaucoup de nervures transversales, surtout dans la bande costale, les antérieures d'ordinaire plus larges que les postérieures , rare+ ment au contraire les ailes ayant très-peu de nervures transversales et couvertes d'une pulvérulence blanche (Conioptérygides). Tarses de cinq articles, aucun n'étant presque jamais élargi et cordiforme ou bilobé; les pattes le plus souvent homonomes, parfois hétéronomes (Mantispides), les antérieures devenant ravisseuses, à la façon des

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Mantiens. Larves surtout terrestres, parfois aquatiques (Sisyra), carnassières, ayant une pince de succion formée par les mandibules et les mâächoires soudées en crochet creux et acéré. Ces larves sont donc suceuses, ce qui forme une exception apparente, mais non réelle, à la classification générale des Insectes en larves maxillées et haustelées (t. 1, Introd., p. 227). Il faut remarquer, en effet, que les mandibules sont ici l'organe principal de la succion. Elles sont détournées de leur usage ordinaire, qui est de couper et de déchirer la proie; tandis que l'organe de succion est essentiellement formé par d’autres pièces de la bouche dans les larves haustelées des Hémiptères, des Diptères et des ordres satellites correspondants.

Nous engageons à consulter pour cette tribu un travail d'une grande érudition entomologique, par M. H. Hagen, intitulé : Hemerobidarum Synopsis synonymica (Entomol. Zeitung zu Slettin, 1866, p. 569).

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